Science et motricité
De Boeck Université

I.S.B.N.2804144909
170 pages

p. 7 à 8
doi: 10.3917/sm.052.0007

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no 52 2004/2

2004 Science et motricité

Petit test d’ouverture aux autres disciplines

Voici deux extraits d’ouvrages : diriez-vous de chacun d’eux qu’il est scientifique ou non ?
  • Extrait n° 1 : « Beeru ! Ejo, Kromi, Waave » chuchote une voix d’abord lointaine et confuse, puis douloureusement proche. Quel effort pour s’arracher en pleine nuit au bonheur du repos et à la chaleur du feu voisin. Viens homme blanc ! Viens l’enfant de Pichugui est né ! Tout s’éclaire brusquement, je sais de quoi il s’agit. C’est son frère grand Coati qui est penché sur moi. Les flammes s’agitent mais nulle émotion n’anime ses traits. Voyant que je ne dors plus il se redresse et disparaît sans ajouter un mot dans l’obscurité. Je me précipite sur ses talons espérant que le bébé n’est pas né depuis trop longtemps ».
  • Extrait n° 2 : Le Maréchal n’en peut plus. La charge maintenant l’écrase. Trois ans plus tôt, quand on le pressait d’assumer la régence, quand il finit de guerre lasse par accepter devenant
  • « gardien et maître » de l’enfant roi et de tout le royaume d’Angleterre, il l’avait bien dit et répété « je suis trop vieux, trop faible et tout démantibulé ».
Le texte n° 1 est tiré d’un des tout premiers ouvrages de référence en Ethnologie « Chronique des indiens Guayaki » de Pierre Clastres ; le second provient d’un des meilleurs livre d’histoire écrit ces trente dernières années « Guillaume le Maréchal ou le meilleur chevalier du monde » ; Georges Duby, son auteur, est un grand nom du collège de France.
La prescription épistémologique que livrent ces deux extraits est qu’il est nécessaire d’accepter les critères de reconnaissance de chaque discipline de référence qui composent les STAPS. Sachez, en somme, que si vous restez quand même sceptique, vous avez perdu au test.
Il convient de respecter même et surtout les sciences les plus dominées, et envers lesquelles les sciences à peine moins dominées sont d’ordinaire les moins tendres. En effet, il leur paraît souvent plus facile de se dégager des critiques portant sur leur propre manque de légitimité scientifique en se comparant avec de providentielles disciplines encore plus « molles » qu’elles. Comme dans le jeu du « mistigri », elles passent à leurs plus proches voisines les accusations dont elles sont chargées. Les bénéfices identitaires ponctuels que chacune d’elle peut en retirer ont pourtant des effets globaux dramatiques sur une section universitaire dont l’équilibre repose fondamentalement sur un tir à la corde entre les sciences de la vie et les sciences humaines et sociales. L’important est que chacun tienne bon sa place et tire dans le sens de son équipe.
Mais de même que l’on peut craindre pour les sciences sociales les méfaits d’une dérive positiviste, on peut tout autant appréhender pour elles la dernière mode « anti-positiviste » qui consiste à tirer à boulets rouges sur tout ce qui ressemble à de la production de chiffres, à des statistiques, à des équations… En effet, ce n’est évidemment pas la même chose de renoncer ponctuellement aux statistiques par choix (en ayant la possibilité d’y avoir recours quand ses enquêtes le réclament) ou par défaut (parce qu’on ne peut guère faire autrement n’ayant pas acquis la formation et les compétences nécessaires).
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