2004
Science et motricité
Analyse fractale de la marche : application au sujet âgé
Davide Malatesta
[(1)]
Corinne Caillaud
[(2)]
Avec l’âge, les troubles de la locomotion sont associés à
l’augmentation du risque de chute, cause la plus fréquente d’accidents
domestiques et phénomène à l’origine d’une réduction de la mobilité,
aboutissant à une perte d’autonomie et à l’institutionnalisation des personnes
âgées. Les facteurs responsables de l’augmentation de cette instabilité sont
encore mal con~nus mais sûrement plusieurs mécanismes interagissent entre eux
et sont à l’origine de ce phénomène multi-factoriel. L’évaluation de la
variabilité de la durée de foulée par une ana~lyse fractale des fluctuations
des durées de foulée au cours du temps a permis récemment de quantifier
l’instabilité de la marche chez le sujet âgé et le sujet pathologique. Cette
nouvelle approche a permis de mettre en évidence le rôle du système nerveux
central dans l’instabilité de la marche et d’identifier les principaux déficits
physiologiques qui peuvent contribuer à l’altération du fonctionnement correct
du système locomoteur et donc participer à l’augmen~tation de cette
instabilité. Le but de cette revue de question est de présenter une synthèse
des travaux d’Hausdorff et al. sur l’analyse fractale et sur l’instabilité de
la marche chez le sujet âgé. En complément, des résultats récents obtenus sur
l’instabilité de la marche et la loco~motion sur tapis roulant chez des sujets
octogénaires actifs seront également présentés.
Mots-clés :
locomotion, vieillissement, instabilité.
In elderly subjects, the locomotion disorders and increased gait
instability are associated with greater risk of falling. Falls continue to be a
major source of morbidity and mortality among older adults and, in this
population, represent the most important public health prob~lem. The mechanisms
involved in gait instability remain unclear but its etiology is certainly
multifactorial. The fractal analysis of stride-to-stride variability can be
used to quantify gait instability in healthy and pathological elderly subjects.
Abnormal alterations in the fractal proprieties of gait dynamics and increased
gait instability are apparently associated with changes in central nervous
system control and with deficits in physiological and functional status. The
purpose of this review is to synthesize the studies of Hausdorff et al. on gait
dynamics and instability in elderly subjects. To complete this review, recent
results on gait instability and treadmill locomotion in healthy and active
elderly subjects will be presented.
Keywords :
locomotion, elderly, instability.
L’approche dynamique en physiologie
Une caractéristique des systèmes physiologiques est leur
extraordinaire complexité. La
non
stationnarité
[(3)] et la
non
linéarité
[(4)] des signaux générés par les organismes biologiques
défient l’approche traditionnelle liée au concept d’homéostasie et aux
méthodologies d’analyses bio-statistiques traditionnelles. En effet, le
principe de l’homéostasie prétend qu’un
système biologique s’autorégule pour réduire la variabilité et pour maintenir
ses sorties constantes après une quelconque perturbation. Cependant, des faits
nouveaux indiquent que les systèmes biologiques « sains » tendent à montrer des
dynamiques irrégulières avec des fluctuations complexes, même à l’état de
repos. Les méthodes issues des mathématiques non-linéaires et de la physique
ont relevé la présence de corrélations à long terme de type fractal dans les
séries temporelles
[(5)] qui décrivent les
fluctuations au cours du temps des systèmes physiologiques. Ces nouveaux
résultats suggèrent que les systèmes biologiques évoluent loin de l’équilibre
et que le maintien de la stabilité n’est pas le but du contrôle physiologique.
En outre, il a été montré que ces fluctuations physiologiques révèlent des
structures cachées non supposées et qu’elles sont dépendantes des perturbations
d’ordre pathologique ou liées au vieillissement (« perte de complexité » de la
série). Ces résultats indiquent que la compréhension de l’origine et de
l’organisation de telles structures temporelles et de leurs altérations peut
élucider certaines caractéristiques des mécanismes de contrôle des systèmes
physiologiques sains, pathologiques et vieillissants. Donc, ces séries
temporelles ont une valeur pratique pour le suivi clinique (Goldberger, 2001 ;
Goldberger
et al., 2002).
Les fractales : applications aux signaux physiologiques
Benoît Mandelbrot (1989) a créé le mot fractal de l’adjectif
latin fractus, qui signifie «
irrégulier ou brisé ». Le terme fractal s’adresse à des objets géométriques qui
satisfont deux critères : l’auto-similarité et la dimensionalité fractionnaire («
fractional dimensionality »).
L’auto-similarité définit le fait qu’un objet peut être décomposé en
sous-unités, puis en sous-sous-unités, qui ressemblent à la structure de
l’objet global et qui possèdent les mêmes propriétés statistiques que
celui-ci.
Théoriquement, cette propriété est vraie pour un nombre infini
de décompositions de l’objet en sous-unités. Cependant, dans le monde réel il
est nécessaire d’imposer des bornes (supérieure et inférieure) pour pouvoir
appliquer l’auto-similarité. Le deuxième critère, qui définit la fractalité
d’un objet, postule que ce dernier doit avoir une dimension fractionnaire
contrairement aux objets euclidiens caractérisés par une dimension entière. Par
exemple le cube, malgré son auto-similarité, n’est pas un objet fractal car sa
dimension est entière (= 3).
FIGURE 1
Auto-similarité temporelle. Série temporelle générée par un
processus physiologique (régulation
Dans la nature, on retrouve de nombreuses structures
non-eucli-diennes fractales, comme les branches des arbres, le profil des
côtes, les surfaces des montagnes. De même, de nombreuses structures
anatomiques sont caractérisées par une géométrie fractale (Goldberger, 1996,
1997 ; Goldberger et al., 2002 ;
Weibel, 1991) : les embranchements des veines et des artères, l’orientation de
certains faisceaux du muscle cardiaque, l’architecture des voies aériennes
pulmonaires et du système de conduction d’« His-Purkinje ». Cette
auto-similarité des structures cardiopulmonaires sous-entend au moins une
fonction physiologique importante : un transport rapide et efficient à travers
des réseaux anatomiques à structure spatiale complexe. D’autres systèmes
physiologiques sont caractérisés par une structure fractale facilitant la
transmission de l’information (système nerveux), l’absorption des aliments
(intestin) ou, simultanément, la distribution, le recueil et le transport (les
canaux biliaires et rénaux, etc.). Avec le vieillissement et la maladie, les
structures anatomiques fractales peuvent montrer une dégradation de leur
complexité structurale (Goldberger, 1997 ; Goldberger
et al., 2002).
Ce concept de structure fractale peut être étendu aux séries
temporelles générées par certains systèmes physiologiques (Goldberger
et al., 2002 ; Yamamoto & Hughson,
1994). L’auto-similarité ou l’invariance d’échelle signifie alors que les
fluctuations sur une échelle de temps sont similaires aux fluctuations sur une
autre échelle de temps. L’appréciation qualitative de l’auto-similarité de ces
processus fractals peut être mise en évidence par une résolution temporelle
différenciée des fluctuations de la série (Figure 1).
Pour quantifier le processus d’auto-similarité des séries
temporelles non stationnaires générées par des processus physiologiques et dans
le but d’extraire les caractéristiques cachées de ces fluctuations complexes,
Goldberger et al. (1996,1997 ; 2002)
ont introduit l’analyse des fluctuations
redressées « Detrended Fluctuation
Analysis » (DFA).
L’analyse des fluctuations
redressées (DFA)
La DFA a des avantages par rapport aux méthodes
conventionnelles d’analyse des processus stochastiques monofractals
[(6)] (l’analyse des
étendues normalisées « Rescaled Range Analysis » ou analyse d’Hurst et
l’analyse spectrale ou analyse de Fourrier). Elle permet la détection du
phénomène d’auto-similarité renfermé dans des séries temporelles en apparence
non stationnaires et elle évite également la fausse détection de
l’auto-similarité manifeste qui est un artefact de non-stationna-rité. En
effet, l’analyse des étendues normalisées est limitée par la longueur de la
série, peu appropriée pour des séries brèves (moins de 500 observations), et
l’analyse spectrale nécessite la stationnarité du signal qui n’est pas présente
dans les séries non stationnaires générées par les processus des systèmes
physiologiques. La DFA a été appliquée dans l’analyse des différentes séries
temporelles non stationnaires physiologiques comme le rythme cardiaque
(intervalle inter-battements) (Ho
et
al., 1997 ; Peng
et al.,
1996) et le rythme de marche (durée des foulées successives) (Hausdorff
et al., 1995b ; Hausdorff
et al., 1996).
Dans la figure 2, nous illustrons, brièvement, l’algorithme
DFA appliqué à une série temporelle des intervalles inter-battements cardiaques
(pour les détails méthodologiques du calcul de l’algorithme voir Hausdorff
et al., (1995b ; 1996).
FIGURE 2
Algorithme DFA. (A) Série temporelle des intervalles
inter-battements (IBI) chez un sujet sain
La pente de la droite log
F(n) – log
n correspond au paramètre
α (Figure 2. Cet
exposant fournit une mesure de la « rugosité » de la série originale : plus la
valeur d’
α est élevée, plus la série est « lisse ». Dans ce contexte, le
bruit rose
[(7)]
1/f (
α = 1) peut être interprété comme un
« compromis » entre l’imprévisibilité et la plus grande « rugosité » du
bruit blanc (
α = 0,5) et le « paysage »
plus lisse du
bruit brun (
α = 1,5),
l’intégration du bruit blanc. Lorsque 0 <
α < 0,5, des corrélations
antipersistantes sont présentes, indiquant que des valeurs élevées sont suivies
de valeurs faibles et vice-versa ; 0,5 <
α < 1 indique la présence de
corrélations persistantes à long terme, l’évolution de la série tend à suivre
des tendances ; dans le cas
α>1, les corrélations existent mais ne suivent
plus aucune loi de puissance.
Pour tester si les séries temporelles des intervalles
inter-battements montrent un comportement fractal, l’algorithme DFA est
appliqué afin de comparer la série temporelle du rythme cardiaque chez un sujet
adulte sain et celle enregistrée par une simulation aléatoire, utilisée comme
contrôle (Figure 3). Pour le sujet sain, la DFA montre une autosimilarité et un
exposant α = 1. Par contre, comme pour tous les phénomènes aléatoires, la
simulation contrôle montre un exposant α = 0,5 indiquant un bruit
blanc.
Altération de l’organisation
fractale associée à la pathologique (le paradoxe clinique)
Un organisme est considéré comme étant sain s’il a la
capacité de répondre à des stimuli ou des stress imprévisibles. La plasticité
fonctionnelle nécessite une vaste gamme de sorties intégrées entre elles
(Goldberger et al., 2002).
L’organisation fractale dans les systèmes physiologiques, illustrée par
l’auto-similarité (corrélation à long terme) des séries temporelles générées
par leur processus, a un rôle primordial dans l’organisation des fonctions et
des structures physiologiques saines et caractérise leur capacité adaptative
face aux stimuli extérieurs. En effet, cette corrélation à long terme ou
invariance d’échelle représente un mécanisme d’auto-organisation pour les
processus complexes qui génèrent des fluctuations multi-fréquentielles,
c’est-à-dire selon différentes échelles temporelles («
scale-free fractal system »).
L’absence d’une réponse mono-fréquentielle, avec une fréquence dominante («
single frequency or scale »), inhibe
l’apparition d’un comportement de type périodique qui pourrait réduire la
capacité de réponse et d’adaptation aux stimuli extérieurs. Par définition, un
phénomène périodique est caractérisé par la répétition d’un
pattern régulier et hautement
prévisible. Ce type de réponse mono-fréquentielle ou périodique caractérise les
systèmes physiologiques pathologiques (Peng et
al., 1993). La pathologie est associée à un comportement périodique
et régulier tandis que son nom en anglais « disease » dérive de « dis-orders »
(paradoxe clinique) (Goldberger,
1997).
FIGURE 4
Le passage de l’organisation complexe (fractale et
multi-fréquentielle)
Le passage de l’organisation complexe (fractale et
multifréquentielle) du système physiologique sain à celle du système
physiologique pathologique est une véritable rupture, «
breakdown », qui est associée à un
ordre excessif (périodicité pathologique) ou à une causalité aléatoire non
corrélée, « uncorrelated randomness »,
qui caractérise les fluctuations complètement aléatoires de certaines
pathologies (Figure 1).
La pathologie périodique et la
perte de la complexité fractale. De nombreuses pathologies sont
caractérisées par une perte de complexité fractale ou dynamique par rapport à
l’organisme sain. Cette décomplexification du système avec la maladie semble
être une caractéristique de différentes pathologies et du vieillissement
(Lipsitz & Goldberger, 1992). Quand les systèmes physiologiques deviennent
moins complexes, le contenu de l’information à l’intérieur des séries
temporelles des processus physiologiques est détérioré (Goldberger, 1997). Le
système n’est plus capable de générer des fluctuations multi-fréquentielles et
il manifeste des réponses mono-fréquentielles. Par conséquent, le système est
moins capable de s’adapter aux exigences extérieures, qui changent de manière
continue ; il devient hautement prévisible et ses sorties régulières sont
pauvres en information puisque le système répète, de manière monotone, son
activité (« Single scale » — Figure
4). L’oscillation périodique des séries temporelles de ces processus
pathologiques peut être quantitativement évaluée par l’analyse spectrale de
Fourier. Les séries temporelles de ces systèmes pathologiques ont un aspect
sinusoïdal et le spectre montre un pic dominant à cette fréquence
caractéristique. Un exemple est la variabilité de la fréquence cardiaque
observée chez les patients avec décompensation cardiaque «
congestive heart failure » (Goldberger
et al., 2002). Par contre, les
systèmes physiologiques sains avec des sorties de type fractales montrent un
large spectre qui comporte plusieurs fréquences différentes.
Dynamique irrégulière et
rupture du mécanisme fractal. Pour les processus des systèmes
physiologiques sains, l’invariance d’échelle (autosimilarité) est le mécanisme
sous-jacent à un effet de mémoire à long terme (« memory effect ») : la valeur d’une variable à un
temps donné dépend non seulement des valeurs immédiatement précédentes mais
aussi des fluctuations plus lointaines. Certaines pathologies sont
caractérisées par une rupture de cette organisation à long terme et donc par
une causalité aléatoire non corrélée, « uncorrelated randomness », similaire au « bruit
blanc » (« Uncorrelated randomness » — Figure
4) (Goldberger, 1996). La réponse ventriculaire dans la fibrillation
auriculaire (Goldberger et al., 2002)
et les fluctuations des durées de foulée chez les sujets atteints de la maladie
de Huntington (Hausdorff et al.,
1997b) en sont des exemples.
Dynamique fractale du rythme de marche
Hausdorff et al.
(1995b ; 1996) ont mis en évidence le caractère fractal du rythme de marche
chez le sujet adulte sain. Ces auteurs ont étudié les fluctuations de la durée
de foulée pendant différentes durées de marche (6-60 minutes) et à différentes
vitesses de marche (lente, normale et rapide). La durée de foulée («
stride interval ») reflète le rythme
de marche et représente la sortie finale du système locomoteur (Figure 5-A)
(Hausdorff et al., 2001a).
Cette sortie finale est le résultat d’une intégration d’un
ensemble d’informations de type efférentes, qui proviennent du cervelet, du
cortex moteur, des ganglions de la base, et de type afférentes, incluant les
différents feedbacks qui arrivent des
récepteurs visuels, vestibulaires et proprioceptifs. Chez le sujet sain, ce
système à niveaux de contrôle multiples produit un
pattern de marche stable et, dans un
premier temps, les paramètres cinématiques, dynamiques et l’activité musculaire
lors de la marche sont considérés constants d’une foulée à l’autre (Rose &
Gamble, 1993). Dans un deuxième temps, des études ont montré que le
pattern de marche varie au cours du
temps donnant lieu à des fluctuations de la durée de foulée, représentant la
sortie finale du système locomoteur (Gabell & Nayak, 1984 ; Hausdorff
et al., 1995a).
FIGURE 5
La durée de foulée (« Stride interval »). A : La durée de
foulée est définie comme la durée du cycle
Dans le but d’étudier et de comprendre la structure de ces
fluctuations, Hausdorff et al.
(1995b), dans un travail précurseur sur la dynamique fractale de la marche, ont
analysé les fluctuations de la durée de foulée chez le sujet sain par
l’intermédiaire des séries temporelles des durées de foulées successives
pendant 9 minutes (Figure 5-B). Les explications possibles de cette variation
du rythme de marche pouvaient être au nombre de trois. La première explication,
la plus simple, serait que les fluctuations de la durée de foulée soient
représentées par un bruit non corrélé (bruit blanc) caractéristique d’un
processus régulier : les durées de foulées successives oscillent autour d’une
valeur moyenne de manière complètement aléatoire (stabilité du
pattern de marche, vision classique).
La deuxième possibilité serait que ces fluctuations soient caractérisées par
une corrélation à court terme (« memory effect ») : la valeur de la durée de
foulée au temps t est uniquement
influencée par les durées les plus récentes qui la précèdent ; par contre à
long terme, les fluctuations sont aléatoires. La troisième serait que les
fluctuations de la durée de foulée de la marche présentent une corrélation
fractale à long terme : la durée de foulée à chaque instant
t dépend des durées proches et
éloignées qui la précèdent. Cette dépendance (« memory effect ») suit une loi de puissance (voir
paragraphe 2.1). Les résultats de cette étude montrent que la durée de foulée
lors des 9 minutes de marche varie entre 1,1 et 1,4 s et qu’elle est donc assez
stable (coefficient de variation
4 %). Toutefois, les fluctuations de foulée varient
irrégulièrement au cours du temps, laissant présager une structure temporelle
complexe de type fractal. En effet, dans ce groupe de 10 sujets adultes sains,
l’analyse DFA (α = 0,83) montre qu’à l’intérieur des séries temporelles de la
durée de foulée, il existe une corrélation à long terme qui confirme
l’organisation fractale du rythme de marche. Par contre, après avoir mélangé de
manière aléatoire les durées de foulée originales, la valeur de α se rapproche
de la valeur caractéristique d’un processus complètement non corrélé (0,5)
(Figure 6).
Il faut noter que la série mélangée aléatoirement a la même
moyenne et le même écart-type que la série originale. Ceci indique que le
caractère fractal de la marche chez le sujet sain est lié à l’ordre séquentiel
des valeurs des durées de foulée de la série temporelle.
FIGURE 6
Représentation d’une série temporelle de la durée de foulée
avant (« Original data »)
Dans une étude suivante, Hausdorff
et al. (1996) ont démontré que la
structure fractale du rythme de marche, chez le sujet sain, reste constante
lors d’une heure de marche (1000 foulées environ) à trois vitesses différentes.
Ces résultats montrent que la dynamique fractale du rythme de marche est assez
robuste et semble être intrinsèque au système locomoteur. Un autre but de cette
étude a été d’évaluer le mécanisme potentiel impliqué dans cette propriété
fractale de la marche et de caractériser ainsi l’horloge biologique à la base
du contrôle de la locomotion. Les sujets marchaient selon le rythme imposé par
un métronome réglé à leur fréquence préférentielle de foulée, évaluée durant
l’heure de marche à vitesse préférentielle. En effet, une altération de la
corrélation à long terme (auto-similarité) lors de la marche avec métronome
aurait pu suggérer qu’un mécanisme supra-spinal était essentiel pour la génération
du rythme fractal de marche ou que ce mécanisme intervenait dans la médiation
d’un processus périphérique, au niveau de la moelle épinière, responsable de la
corrélation fractale à long terme. Au contraire, le maintien de cette
organisation fractale lors de la marche avec métronome aurait pu indiquer que
ce rythme fractal n’était pas relié aux influences centrales mais qu’il était
le résultat d’un processus périphérique, au niveau ou plus bas que la moelle
épinière. Les résultats de cette expérimentation montrent que les fluctuations
de la durée de foulée lors de la marche avec métronome deviennent complètement
aléatoires et non corrélées et perdent ainsi l’organisation fractale,
caractéristique du rythme de marche spontanée. Ces résultats suggèrent que le
système nerveux central est impliqué dans la génération du
pattern de marche robuste et fractal
chez le sujet sain.
Altération de la dynamique
fractale de la marche lors du vieillissement et de la
pathologie
L’équipe d’Hausdorff, après avoir mis en évidence
l’implication du système nerveux central dans la génération du rythme fractal
de marche chez le sujet sain, a émis l’hypothèse qu’une détérioration des
fonctions du système nerveux central aurait pu altérer le
pattern fractal de marche. Pour tester
cette hypothèse, ces auteurs ont étudié l’effet du vieillissement (Hausdorff
et al., 1997b) et de pathologies
neuro-dégénératives sur le rythme fractal de marche (1996 ; 2000 ;).
Effet du
vieillissement. Hausdorff et
al. (1997b) ont comparé la marche d’un groupe de 10 sujets âgés
sains (76 ± 3 ans), sans maladie neurologique, à celle d’un groupe de 22 jeunes
adultes (25 ± 2 ans). Les deux groupes avaient la même durée moyenne de foulée
(1,05 s) et une variabilité de la durée de foulée similaire sur les 6 minutes
de marche (coefficient de variation (CV) moyen : 2,0 % chez les sujets âgés
sains et 1,9 % chez les sujets jeunes). L’analyse des séries temporelles des
durées de foulée par la DFA montre un changement avec l’âge de la structure des
séries. Les fluctuations de la durée de foulée lors de 6 minutes de marche sont
plus aléatoires et moins corrélées chez les sujets âgés (α = 0,68) par rapport
aux sujets jeunes (α = 0,87) (Figure 7).
FIGURE 7
Effet du vieillissement sur le rythme fractal de la marche.
(Hausdorff et al., 1997b).
Cette diminution de l’exposant α chez les sujets âgés sains
peut être due à une légère altération des fonctions du système nerveux central
lors du vieillissement physiologique qui n’est pas révélée lors de l’évaluation
clinique préalable à l’expérimentation. Cependant chez le sujet âgé sain, il
peut également y avoir un déclin physiologique du contenu de dopamine dans les
ganglions de la base. Cette diminution pourrait être responsable des
modifications de la marche lors du vieillissement (Dobbs
et al., 1992). Hausdorff
et al. (1997b) spéculent que la
réduction de la corrélation fractale à long terme chez le sujet âgé pourrait
être un témoin de ces modifications au niveau du système nerveux central.
Cependant, ces auteurs soulignent que cette explication reste encore une
spéculation à vérifier expérimentalement et que les facteurs à la base de la
dynamique fractale de la marche restent encore à élucider. Toutefois,
l’évaluation quantitative des propriétés fractales de la marche peut être un
moyen simple pour obtenir des informations importantes concernant l’instabilité
de la marche chez les sujets âgés (voir paragraphe 4). En effet, les troubles
de la locomotion sont associés à l’augmentation du risque de chute, cause la
plus fréquente d’accidents domestiques et phénomène à l’origine d’une réduction
de la mobilité, aboutissant à une perte d’autonomie et à
l’institutionnalisation des personnes âgées (Sudarsky, 2001 ; Tinetti
et al., 1988). La possibilité
d’identifier les individus à risques plus élevés ou d’avoir un moyen
d’évaluation quantitative d’un programme d’entraînement ayant pour but de
restaurer l’instabilité de la marche, pourrait avoir une implication
considérable au niveau de la santé publique (Tableau 1).
TABLEAU 1
Dynamique fractale de la marche
TABLEAU 1 Dynamique fractale de la marche
(PhysioNet Mini-tutorials (http://reylab.bidmc.harvard.edu/DynaDx). Caractéristiques chez le sujet sain
Diagnostique potentiel Utilité clinique – Etendue sur plus de 1000 foulées –
Persistante quelle que soit la vitesse de marche (lente, normale ou rapide) –
Altérée lors du vieillissement – Altérée par les pathologies du système nerveux
central (par exemple la maladie d’Huntington) – Peut prédire les « chuteurs »
chez les sujets âgés
Effet des maladies
neuro-dégénératives, un exemple : la maladie d’Huntington. Pour
tester ultérieurement l’hypothèse selon laquelle une détérioration des
fonctions du système nerveux central aurait pu altérer le rythme fractal de la
marche, Hausdorff et al. (1997b) ont
analysé les séries temporelles des durées de foulée de la marche chez des
sujets atteints de la maladie d’Huntington, pathologie neuro-dégénérative
caractérisée par des troubles de fonctionnement des ganglions de la base. A
l’origine de la maladie d’Huntington, il y a l’épuisement de production de
plusieurs médiateurs neurochimiques dans le striatum (nucleus et putamen) avec une perte de la projection
neuronale. Toute-fois, les mécanismes à travers lesquels ces modifications
affectent l’habilité des ganglions de la base dans la régulation de la commande
motrice ne sont pas encore clairement établis. Les résultats de ces
modifications lors de la maladie d’Huntington sont souvent des mouvements non
contrôlés et une ataxie de la marche, mais ces deux caractéristiques ne sont
pas nécessairement liées. Dans l’étude de Hausdorff
et al. (1997b), les sujets atteints de
la maladie d’Huntington (n = 17, âge : 34,5 ± 13,4 ans) présentaient une
diminution significative de l’exposant α (0,60) par rapport aux sujets adultes
sains (α = 0,88). Les fluctuations de la durée de foulée de la marche étaient
moins corrélées et plus aléatoires par rapport aux sujets contrôles sains. De
plus, chez les patients, le paramètre α était inversement corrélé au degré de
sévérité de la maladie (r = 0,78). Ce
paramètre était significativement moins élevé chez les sujets à un stade plus
avancé de la maladie (α = 0,44) par rapport aux sujets qui étaient dans les
premiers stades de la maladie (α = 0,83). Chez certains sujets ayant des
troubles sévères liés à la maladie, α était inférieur à 0,5, démontrant la
présence d’une corrélation anti-persistante et donc d’une structure dynamique
du rythme de marche complètement différente de celle du sujet sain.
En conclusion, ces fluctuations de la durée de foulée, plus
aléatoires chez les sujets atteints de la maladie de Huntington, suggèrent que
la structure fractale de la marche est modulée, au moins en partie, par le
système nerveux central et plus précisément par les ganglions de la base
(Tableau 1).
Instabilité de la marche chez le sujet âgé
Hausdorff et al.
(1997b ; 2001a) ont montré que l’instabilité de la marche est augmentée chez
les sujets âgés sains. Cette instabilité augmente les risques de chute et
contribue aux changements du statut fonctionnel et neurophysiologique, incluant
la peur de tomber, la diminution de la confiance en soi et la réduction de la
mobilité.
Une instabilité de la marche très marquée peut diminuer la
qualité de vie, amener à une dépendance fonctionnelle et à une
institutionnalisation des personnes âgées (Hausdorff
et al., 2001a). Chez ces sujets, les
facteurs responsables de l’augmentation de l’instabilité de la marche sont
encore peu connus mais il est probable que plusieurs mécanismes interagissent
entre eux et sont à l’origine de ce phénomène multifactoriel. De nombreux
déficits physiologiques, dus au vieillissement « naturel », peuvent contribuer
à l’altération du fonctionnement correct du système locomoteur et donc
participer à l’augmentation de l’instabilité de la marche : la réduction de la
mobilité spontanée, la diminution de l’aptitude physique aérobie, la diminution
de la force musculaire, l’altération des fonctions neuropsychologiques et les
troubles de l’équilibre (Alexander, 1996 ; Hausdorff
et al., 2001a).
L’instabilité de la marche peut être évaluée par des
fluctuations des durées de foulées successives. En effet, comme nous venons de
le définir (paragraphe 3), la durée de foulée représente la sortie finale du
système locomoteur. Ces fluctuations de la durée de foulée peuvent être
décrites par la variabilité de la durée de foulée ou la grandeur des
fluctuations, « fluctuation magnitude
», (l’écart-type des fluctuations) et la dynamique des fluctuations, «
fluctuation dynamics », (comment une
foulée change par rapport à la suivante, indépendamment de l’écart-type de la
série temporelle des fluctuations) (Hausdorff et
al., 1997b ; 2001a). Ces deux aspects peuvent être utilisés pour
mettre en évidence une instabilité de la marche mais leur signification
clinique semble être différente. En effet, chez les sujets âgés sains, la
variabilité de la foulée est similaire à celle observée chez les sujets jeunes,
tandis qu’il y a une modification des fluctuations dynamiques avec l’âge
(Gabell & Nayak, 1984 ; Hausdorff et
al., 1997b). De plus, une augmentation de la variabilité de foulée
caractérise la marche de sujets âgés « chuteurs » (Hausdorff
et al., 1997a ; 2001b).
Récemment, Hausdorff et
al. (Hausdorff et al.,
2001a) se sont intéressés à la relation entre l’instabilité de la marche et les
facteurs physiologiques et neurophysiologiques qui contribuent à ce phénomène
chez des sujets âgés modérément fragiles. Le but de cette étude était de mettre
en évidence les facteurs les plus importants dans l’instabilité de la marche et
de tester la réversibilité potentielle de cette dernière après 6 mois d’un
programme d’entraînement physique multivarié (entraînement en force, de
l’équilibre et aérobie). Les résultats de cette expérimentation montrent que :
(i) l’instabilité de la marche est
multifactorielle, (ii) la variabilité de
la foulée est associée à une diminution du statut fonctionnel, une diminution
de la qualité de vie, une réduction dans le statut neuropsychologique
(augmentation des symptômes dépressifs), une diminution de l’aptitude physique
(réduction de la capacité d’exercice, d’équilibre dynamique), un niveau
d’activité physique et des index de santé générale diminués,
(iii) les variables neuropsychologiques,
liées à la qualité de vie, ont un rôle important dans l’instabilité,
(iv) une amélioration de l’aptitude
physique générale est associée à une réduction de l’instabilité de la marche.
Cette amélioration est d’autant plus importante chez les sujets les plus
fragiles (Figure 9).
FIGURE 9
Effet d’un programme d’entraînement multivarié sur
l’instabilité de marche chez un sujet de 75 ans
Donc, l’instabilité de la marche n’est pas un produit
irréversible du vieillissement et semble être un paramètre plus sensible que la
vitesse de marche (préférentielle et rapide) pour évaluer les effets d’un
programme d’entraînement ayant pour but de retrouver un
pattern de marche plus stable par une
amélioration de l’aptitude physique générale (fonctions physiologiques et
neuropsychologiques).
Instabilité de la marche et
locomotion sur tapis roulant
Récemment, une étude qui a testé le rôle de l’instabilité
dans l’augmentation du coût énergétique de la marche chez l’octogénaire sain et
actif, a montré que la locomotion sur tapis roulant peut induire des
modifications des fluctuations des durées de foulées successives par rapport à
la marche en conditions naturelles (Malatesta et
al., 2003). Trois groupes de sujets ont participé à cette étude :
G80 (n = 10,81,6 ± 3,3 ans), G65 (n = 10,65,3 ± 2,5) et G25 (n = 10,24,6 ± 2,6
ans). Pour chaque sujet la durée de foulée pendant 6 minutes à vitesse
préférentielle a été mesurée et une série temporelle a été constituée. A partir
de ces séries temporelles, l’instabilité de la marche a été évaluée par la
variabilité de la durée de foulée (le coefficient de variation de la durée de
foulée) (Hausdorff et al., 2001a) et
par les fluctuations dynamiques : le «
nonstationary index », l’« inconsistency of the variance » (Hausdorff
et al., 2001a) et l’exposant α de
l’analyse des fluctuations redressées (α-DFA) (Hausdorff
et al., 1997b). Les résultats montrent
que le coefficient de variation de la durée de foulée (CV) était
significativement plus élevé chez G80 et G65 par rapport au G25. Le
« nonstationary index », l’« inconsistency of the variance » et l’α-DFA
n’étaient pas significativement différents entre les groupes (Tableau
2).
Ces résultats contrastent avec les résultats précédemment
publiés qui montrent que chez les sujets âgés sains la variabilité de la foulée
est similaire à celle observée chez les sujets jeunes, tandis qu’il y a une
modification des fluctuations dynamiques avec l’âge (Gabell & Nayak, 1984 ;
Hausdorff et al., 1997b). Cette
discordance peut être expliquée par la différente modalité de locomotion entre
les études (i.e. tapis roulant
versus marche en conditions
naturelles). La marche sur tapis roulant, à une vitesse imposée par le
déroulement de la bande, pourrait réduire les possibilités de régulation de la
durée de foulée et induire ainsi une perte d’automatisme de la marche chez le
sujet jeune (Guimaraes & Isaacs, 1980). Ce phénomène peut être assimilé à
l’altération de l’organisation fractale des fluctuations de la durée de foulée
lors de la marche avec métronome mise en évidence par Hausdorff
et al. (1996) et décrit précédemment
(voir paragraphe 3).
TABLEAU 2
Paramètres de l’instabilité de la marche.
TABLEAU 2 Paramètres de l’instabilité de la
marche. CV, % Nonstationary index Inconsistency of variance α -DFA G80 2,31 ±
0,68* 0,79 ± 0,13 0,28 ± 0,05 0,68 ± 0,17 G65 1,93 ± 0,39§ 0,69 ± 0,1 0,31 ±
0,08 0,78 ± 0,22 G25 1,40 ± 0,30 0,66 ± 0,10 0,30 ± 0,04 0,78 ± 0,17 *
différence significative entre G80 et G25 ; § différence significative entre
G65 et G25. CV : coefficient de variation de la durée de foulée. α-DFA :
exposant α de l’analyse des fluctuations redressées (DFA) (Malatesta et al.,
2003).
Toutefois, la marche sur tapis roulant montre une instabilité
plus importante chez le sujets âgé comparé au sujet jeune (i.e. l’exposant α est plus proche de 0,5 chez
G80 par rapport au G25 et la variabilité de la durée de foulée est
significativement plus élevée chez G80 et G65 comparée au G25) (Malatesta
et al., 2003).
Nous tenons à remercier : Stéphane Perrey pour son aide dans la
rédaction de la partie introductive « L’approche dynamique en physiologie » et
« Les fractales : applications aux signaux physiologiques », Didier Delignières
pour l’initiation à l’approche dynamique et Sophie Minelli pour la relecture du
manuscrit.
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[(1)]
UPRES 701, « Physiologie des Interactions », Hôpital Arnaud de
Villeneuve, 371 Avenue du Doyen G.Giraud, 34295 Montpellier CEDEX 5,
France.
[(2)]
UPRES 2991 « Sport, performance, santé », Faculté des Sciences
du Sport, 700 Avenue du Pic Saint Loup, 34090 Montpellier, France.
Correspondance : Malatesta Davide, Physiologie des Interactions, Hôpital Arnaud
de Villeneuve, 371 Avenue du Doyen G.Giraud, 34295 Montpellier CEDEX 5, France.
Téléphone : +33 (0) 4 67 33 59 08, Fax : +33 (0) 4 67 33 59 23. E-Mail :
davide. malatesta@ poc. it
[(3)]
L’évolution d’une variable dans le temps peut être imprévisible
(
processus stochastique) ou déterminée
(
non stochastique). Un processus
stochastique peut être
stationnaire ou
non stationnaire. Une série est
stationnaire si la moyenne, l’écart
type et le moment d’ordre supérieur, ainsi que la fonction de corrélation
demeurent invariants malgré les transitions temporelles (par exemple les états
d’équilibre, «
steady states »). Les
séries sont
non stationnaires si les
propriétés statistiques changent au cours du temps et présentent au contraire
des dérives plus ou moins marquées de l’évolution de la variable au cours du
temps.
[(4)]
La
non linéarité d’un
système est la violation des principes de proportionnalité et de superposition
caractéristiques des systèmes linéaires. Les composantes des systèmes non
linéaires interagissent les unes avec les autres, et par conséquent leurs
sorties ne sont pas proportionnelles à l’intensité de leurs entrées.
[(5)]
Enregistrement du signal instantané de sortie d’un système au
cours d’une période continue d’observation.
[(6)]
Les signaux monofractals sont uniformes, en ce sens qu’ils
conservent les mêmes propriétés d’échelle de temps tout au long du signal. Par
conséquent, les signaux monofractals peuvent être classés selon un exposant
global unique, par exemple l’exposant
α pour la DFA. Il existe des signaux
multifractals qui peuvent être décomposés en plusieurs sous-ensembles
caractérisés par différents exposants
α locaux, qui quantifient le comportement
singulier local et relie ainsi l’échelle de temps locale à la série temporelle.
Donc, les signaux multifractals nécessitent plusieurs exposants pour
caractériser pleinement les propriétés d’échelles temporelles.
[(7)]
La plupart des processus physiologiques (pression artérielle,
respiration, cinétique des canaux ioniques, fréquence cardiaque, durée de
foulée de la marche) fluctuent comme un bruit 1/f également observé dans
certains systèmes dynamiques issus de la physique. Ceci implique que la valeur
au temps
t d’un signal physiologique
(e.g., la fréquence cardiaque) dépend non seulement des valeurs immédiatement
précédentes mais aussi des fluctuations plus lointaines, c’est-à-dire son
histoire à long terme («
memory effect
»), avec un caractère fractal, révélé par des phénomènes d’invariance
d’échelle. Cette caractéristique non-expli-quée rend l’ubiquité du comportement
1/f des séries temporelles physiologiques spécialement intrigante. A ce jour,
l’origine exacte de l’émergence du bruit 1/f des systèmes physiologiques reste
inconnue.