Science et motricité
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4491-7
132 pages

p. 83 à 103
doi: 10.3917/sm.053.0083

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no 53 2004/3

2004 Science et motricité

Analyse fractale de la marche : application au sujet âgé

Davide Malatesta  [(1)] Corinne Caillaud  [(2)]
Avec l’âge, les troubles de la locomotion sont associés à l’augmentation du risque de chute, cause la plus fréquente d’accidents domestiques et phénomène à l’origine d’une réduction de la mobilité, aboutissant à une perte d’autonomie et à l’institutionnalisation des personnes âgées. Les facteurs responsables de l’augmentation de cette instabilité sont encore mal con~nus mais sûrement plusieurs mécanismes interagissent entre eux et sont à l’origine de ce phénomène multi-factoriel. L’évaluation de la variabilité de la durée de foulée par une ana~lyse fractale des fluctuations des durées de foulée au cours du temps a permis récemment de quantifier l’instabilité de la marche chez le sujet âgé et le sujet pathologique. Cette nouvelle approche a permis de mettre en évidence le rôle du système nerveux central dans l’instabilité de la marche et d’identifier les principaux déficits physiologiques qui peuvent contribuer à l’altération du fonctionnement correct du système locomoteur et donc participer à l’augmen~tation de cette instabilité. Le but de cette revue de question est de présenter une synthèse des travaux d’Hausdorff et al. sur l’analyse fractale et sur l’instabilité de la marche chez le sujet âgé. En complément, des résultats récents obtenus sur l’instabilité de la marche et la loco~motion sur tapis roulant chez des sujets octogénaires actifs seront également présentés. Mots-clés : locomotion, vieillissement, instabilité. In elderly subjects, the locomotion disorders and increased gait instability are associated with greater risk of falling. Falls continue to be a major source of morbidity and mortality among older adults and, in this population, represent the most important public health prob~lem. The mechanisms involved in gait instability remain unclear but its etiology is certainly multifactorial. The fractal analysis of stride-to-stride variability can be used to quantify gait instability in healthy and pathological elderly subjects. Abnormal alterations in the fractal proprieties of gait dynamics and increased gait instability are apparently associated with changes in central nervous system control and with deficits in physiological and functional status. The purpose of this review is to synthesize the studies of Hausdorff et al. on gait dynamics and instability in elderly subjects. To complete this review, recent results on gait instability and treadmill locomotion in healthy and active elderly subjects will be presented. Keywords : locomotion, elderly, instability.
 
L’approche dynamique en physiologie
 
 
Une caractéristique des systèmes physiologiques est leur extraordinaire complexité. La non stationnarité [(3)] et la non linéarité [(4)] des signaux générés par les organismes biologiques défient l’approche traditionnelle liée au concept d’homéostasie et aux méthodologies d’analyses bio-statistiques traditionnelles. En effet, le principe de l’homéostasie prétend qu’un système biologique s’autorégule pour réduire la variabilité et pour maintenir ses sorties constantes après une quelconque perturbation. Cependant, des faits nouveaux indiquent que les systèmes biologiques « sains » tendent à montrer des dynamiques irrégulières avec des fluctuations complexes, même à l’état de repos. Les méthodes issues des mathématiques non-linéaires et de la physique ont relevé la présence de corrélations à long terme de type fractal dans les séries temporelles [(5)] qui décrivent les fluctuations au cours du temps des systèmes physiologiques. Ces nouveaux résultats suggèrent que les systèmes biologiques évoluent loin de l’équilibre et que le maintien de la stabilité n’est pas le but du contrôle physiologique. En outre, il a été montré que ces fluctuations physiologiques révèlent des structures cachées non supposées et qu’elles sont dépendantes des perturbations d’ordre pathologique ou liées au vieillissement (« perte de complexité » de la série). Ces résultats indiquent que la compréhension de l’origine et de l’organisation de telles structures temporelles et de leurs altérations peut élucider certaines caractéristiques des mécanismes de contrôle des systèmes physiologiques sains, pathologiques et vieillissants. Donc, ces séries temporelles ont une valeur pratique pour le suivi clinique (Goldberger, 2001 ; Goldberger et al., 2002).
 
Les fractales : applications aux signaux physiologiques
 
 
Benoît Mandelbrot (1989) a créé le mot fractal de l’adjectif latin fractus, qui signifie « irrégulier ou brisé ». Le terme fractal s’adresse à des objets géométriques qui satisfont deux critères : l’auto-similarité et la dimensionalité fractionnairefractional dimensionality »). L’auto-similarité définit le fait qu’un objet peut être décomposé en sous-unités, puis en sous-sous-unités, qui ressemblent à la structure de l’objet global et qui possèdent les mêmes propriétés statistiques que celui-ci.
Théoriquement, cette propriété est vraie pour un nombre infini de décompositions de l’objet en sous-unités. Cependant, dans le monde réel il est nécessaire d’imposer des bornes (supérieure et inférieure) pour pouvoir appliquer l’auto-similarité. Le deuxième critère, qui définit la fractalité d’un objet, postule que ce dernier doit avoir une dimension fractionnaire contrairement aux objets euclidiens caractérisés par une dimension entière. Par exemple le cube, malgré son auto-similarité, n’est pas un objet fractal car sa dimension est entière (= 3).
FIGURE 1
Auto-similarité temporelle. Série temporelle générée par un processus physiologique (régulation
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Dans la nature, on retrouve de nombreuses structures non-eucli-diennes fractales, comme les branches des arbres, le profil des côtes, les surfaces des montagnes. De même, de nombreuses structures anatomiques sont caractérisées par une géométrie fractale (Goldberger, 1996, 1997 ; Goldberger et al., 2002 ; Weibel, 1991) : les embranchements des veines et des artères, l’orientation de certains faisceaux du muscle cardiaque, l’architecture des voies aériennes pulmonaires et du système de conduction d’« His-Purkinje ». Cette auto-similarité des structures cardiopulmonaires sous-entend au moins une fonction physiologique importante : un transport rapide et efficient à travers des réseaux anatomiques à structure spatiale complexe. D’autres systèmes physiologiques sont caractérisés par une structure fractale facilitant la transmission de l’information (système nerveux), l’absorption des aliments (intestin) ou, simultanément, la distribution, le recueil et le transport (les canaux biliaires et rénaux, etc.). Avec le vieillissement et la maladie, les structures anatomiques fractales peuvent montrer une dégradation de leur complexité structurale (Goldberger, 1997 ; Goldberger et al., 2002).
Ce concept de structure fractale peut être étendu aux séries temporelles générées par certains systèmes physiologiques (Goldberger et al., 2002 ; Yamamoto & Hughson, 1994). L’auto-similarité ou l’invariance d’échelle signifie alors que les fluctuations sur une échelle de temps sont similaires aux fluctuations sur une autre échelle de temps. L’appréciation qualitative de l’auto-similarité de ces processus fractals peut être mise en évidence par une résolution temporelle différenciée des fluctuations de la série (Figure 1).
Pour quantifier le processus d’auto-similarité des séries temporelles non stationnaires générées par des processus physiologiques et dans le but d’extraire les caractéristiques cachées de ces fluctuations complexes, Goldberger et al. (1996,1997 ; 2002) ont introduit l’analyse des fluctuations redressées « Detrended Fluctuation Analysis » (DFA).
L’analyse des fluctuations redressées (DFA)
La DFA a des avantages par rapport aux méthodes conventionnelles d’analyse des processus stochastiques monofractals [(6)] (l’analyse des étendues normalisées « Rescaled Range Analysis » ou analyse d’Hurst et l’analyse spectrale ou analyse de Fourrier). Elle permet la détection du phénomène d’auto-similarité renfermé dans des séries temporelles en apparence non stationnaires et elle évite également la fausse détection de l’auto-similarité manifeste qui est un artefact de non-stationna-rité. En effet, l’analyse des étendues normalisées est limitée par la longueur de la série, peu appropriée pour des séries brèves (moins de 500 observations), et l’analyse spectrale nécessite la stationnarité du signal qui n’est pas présente dans les séries non stationnaires générées par les processus des systèmes physiologiques. La DFA a été appliquée dans l’analyse des différentes séries temporelles non stationnaires physiologiques comme le rythme cardiaque (intervalle inter-battements) (Ho et al., 1997 ; Peng et al., 1996) et le rythme de marche (durée des foulées successives) (Hausdorff et al., 1995b ; Hausdorff et al., 1996).
Dans la figure 2, nous illustrons, brièvement, l’algorithme DFA appliqué à une série temporelle des intervalles inter-battements cardiaques (pour les détails méthodologiques du calcul de l’algorithme voir Hausdorff et al., (1995b ; 1996).
FIGURE 2
Algorithme DFA. (A) Série temporelle des intervalles inter-battements (IBI) chez un sujet sain
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La pente de la droite log F(n) – log n correspond au paramètre α (Figure 2. Cet exposant fournit une mesure de la « rugosité » de la série originale : plus la valeur d’α est élevée, plus la série est « lisse ». Dans ce contexte, le bruit rose [(7)] 1/f (α = 1) peut être interprété comme un « compromis » entre l’imprévisibilité et la plus grande « rugosité » du bruit blanc (α = 0,5) et le « paysage » plus lisse du bruit brun (α = 1,5), l’intégration du bruit blanc. Lorsque 0 < α < 0,5, des corrélations antipersistantes sont présentes, indiquant que des valeurs élevées sont suivies de valeurs faibles et vice-versa ; 0,5 < α < 1 indique la présence de corrélations persistantes à long terme, l’évolution de la série tend à suivre des tendances ; dans le cas α>1, les corrélations existent mais ne suivent plus aucune loi de puissance.
Pour tester si les séries temporelles des intervalles inter-battements montrent un comportement fractal, l’algorithme DFA est appliqué afin de comparer la série temporelle du rythme cardiaque chez un sujet adulte sain et celle enregistrée par une simulation aléatoire, utilisée comme contrôle (Figure 3). Pour le sujet sain, la DFA montre une autosimilarité et un exposant α = 1. Par contre, comme pour tous les phénomènes aléatoires, la simulation contrôle montre un exposant α = 0,5 indiquant un bruit blanc.
Altération de l’organisation fractale associée à la pathologique (le paradoxe clinique)
Un organisme est considéré comme étant sain s’il a la capacité de répondre à des stimuli ou des stress imprévisibles. La plasticité fonctionnelle nécessite une vaste gamme de sorties intégrées entre elles (Goldberger et al., 2002). L’organisation fractale dans les systèmes physiologiques, illustrée par l’auto-similarité (corrélation à long terme) des séries temporelles générées par leur processus, a un rôle primordial dans l’organisation des fonctions et des structures physiologiques saines et caractérise leur capacité adaptative face aux stimuli extérieurs. En effet, cette corrélation à long terme ou invariance d’échelle représente un mécanisme d’auto-organisation pour les processus complexes qui génèrent des fluctuations multi-fréquentielles, c’est-à-dire selon différentes échelles temporelles (« scale-free fractal system »). L’absence d’une réponse mono-fréquentielle, avec une fréquence dominante (« single frequency or scale »), inhibe l’apparition d’un comportement de type périodique qui pourrait réduire la capacité de réponse et d’adaptation aux stimuli extérieurs. Par définition, un phénomène périodique est caractérisé par la répétition d’un pattern régulier et hautement prévisible. Ce type de réponse mono-fréquentielle ou périodique caractérise les systèmes physiologiques pathologiques (Peng et al., 1993). La pathologie est associée à un comportement périodique et régulier tandis que son nom en anglais « disease » dérive de « dis-orders » (paradoxe clinique) (Goldberger, 1997).
FIGURE 3
Exposant α — DFA. Graphe de log F(n) versus Log n de l’analyse DFA de deux séries temporelles
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FIGURE 4
Le passage de l’organisation complexe (fractale et multi-fréquentielle)
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Le passage de l’organisation complexe (fractale et multifréquentielle) du système physiologique sain à celle du système physiologique pathologique est une véritable rupture, « breakdown », qui est associée à un ordre excessif (périodicité pathologique) ou à une causalité aléatoire non corrélée, « uncorrelated randomness », qui caractérise les fluctuations complètement aléatoires de certaines pathologies (Figure 1).
La pathologie périodique et la perte de la complexité fractale. De nombreuses pathologies sont caractérisées par une perte de complexité fractale ou dynamique par rapport à l’organisme sain. Cette décomplexification du système avec la maladie semble être une caractéristique de différentes pathologies et du vieillissement (Lipsitz & Goldberger, 1992). Quand les systèmes physiologiques deviennent moins complexes, le contenu de l’information à l’intérieur des séries temporelles des processus physiologiques est détérioré (Goldberger, 1997). Le système n’est plus capable de générer des fluctuations multi-fréquentielles et il manifeste des réponses mono-fréquentielles. Par conséquent, le système est moins capable de s’adapter aux exigences extérieures, qui changent de manière continue ; il devient hautement prévisible et ses sorties régulières sont pauvres en information puisque le système répète, de manière monotone, son activité (« Single scale » — Figure 4). L’oscillation périodique des séries temporelles de ces processus pathologiques peut être quantitativement évaluée par l’analyse spectrale de Fourier. Les séries temporelles de ces systèmes pathologiques ont un aspect sinusoïdal et le spectre montre un pic dominant à cette fréquence caractéristique. Un exemple est la variabilité de la fréquence cardiaque observée chez les patients avec décompensation cardiaque « congestive heart failure » (Goldberger et al., 2002). Par contre, les systèmes physiologiques sains avec des sorties de type fractales montrent un large spectre qui comporte plusieurs fréquences différentes.
Dynamique irrégulière et rupture du mécanisme fractal. Pour les processus des systèmes physiologiques sains, l’invariance d’échelle (autosimilarité) est le mécanisme sous-jacent à un effet de mémoire à long terme (« memory effect ») : la valeur d’une variable à un temps donné dépend non seulement des valeurs immédiatement précédentes mais aussi des fluctuations plus lointaines. Certaines pathologies sont caractérisées par une rupture de cette organisation à long terme et donc par une causalité aléatoire non corrélée, « uncorrelated randomness », similaire au « bruit blanc » (« Uncorrelated randomness » — Figure 4) (Goldberger, 1996). La réponse ventriculaire dans la fibrillation auriculaire (Goldberger et al., 2002) et les fluctuations des durées de foulée chez les sujets atteints de la maladie de Huntington (Hausdorff et al., 1997b) en sont des exemples.
 
Dynamique fractale du rythme de marche
 
 
Hausdorff et al. (1995b ; 1996) ont mis en évidence le caractère fractal du rythme de marche chez le sujet adulte sain. Ces auteurs ont étudié les fluctuations de la durée de foulée pendant différentes durées de marche (6-60 minutes) et à différentes vitesses de marche (lente, normale et rapide). La durée de foulée (« stride interval ») reflète le rythme de marche et représente la sortie finale du système locomoteur (Figure 5-A) (Hausdorff et al., 2001a).
Cette sortie finale est le résultat d’une intégration d’un ensemble d’informations de type efférentes, qui proviennent du cervelet, du cortex moteur, des ganglions de la base, et de type afférentes, incluant les différents feedbacks qui arrivent des récepteurs visuels, vestibulaires et proprioceptifs. Chez le sujet sain, ce système à niveaux de contrôle multiples produit un pattern de marche stable et, dans un premier temps, les paramètres cinématiques, dynamiques et l’activité musculaire lors de la marche sont considérés constants d’une foulée à l’autre (Rose & Gamble, 1993). Dans un deuxième temps, des études ont montré que le pattern de marche varie au cours du temps donnant lieu à des fluctuations de la durée de foulée, représentant la sortie finale du système locomoteur (Gabell & Nayak, 1984 ; Hausdorff et al., 1995a).
FIGURE 5
La durée de foulée (« Stride interval »). A : La durée de foulée est définie comme la durée du cycle
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Dans le but d’étudier et de comprendre la structure de ces fluctuations, Hausdorff et al. (1995b), dans un travail précurseur sur la dynamique fractale de la marche, ont analysé les fluctuations de la durée de foulée chez le sujet sain par l’intermédiaire des séries temporelles des durées de foulées successives pendant 9 minutes (Figure 5-B). Les explications possibles de cette variation du rythme de marche pouvaient être au nombre de trois. La première explication, la plus simple, serait que les fluctuations de la durée de foulée soient représentées par un bruit non corrélé (bruit blanc) caractéristique d’un processus régulier : les durées de foulées successives oscillent autour d’une valeur moyenne de manière complètement aléatoire (stabilité du pattern de marche, vision classique). La deuxième possibilité serait que ces fluctuations soient caractérisées par une corrélation à court terme (« memory effect ») : la valeur de la durée de foulée au temps t est uniquement influencée par les durées les plus récentes qui la précèdent ; par contre à long terme, les fluctuations sont aléatoires. La troisième serait que les fluctuations de la durée de foulée de la marche présentent une corrélation fractale à long terme : la durée de foulée à chaque instant t dépend des durées proches et éloignées qui la précèdent. Cette dépendance (« memory effect ») suit une loi de puissance (voir paragraphe 2.1). Les résultats de cette étude montrent que la durée de foulée lors des 9 minutes de marche varie entre 1,1 et 1,4 s et qu’elle est donc assez stable (coefficient de variation
4 %). Toutefois, les fluctuations de foulée varient irrégulièrement au cours du temps, laissant présager une structure temporelle complexe de type fractal. En effet, dans ce groupe de 10 sujets adultes sains, l’analyse DFA (α = 0,83) montre qu’à l’intérieur des séries temporelles de la durée de foulée, il existe une corrélation à long terme qui confirme l’organisation fractale du rythme de marche. Par contre, après avoir mélangé de manière aléatoire les durées de foulée originales, la valeur de α se rapproche de la valeur caractéristique d’un processus complètement non corrélé (0,5) (Figure 6).
Il faut noter que la série mélangée aléatoirement a la même moyenne et le même écart-type que la série originale. Ceci indique que le caractère fractal de la marche chez le sujet sain est lié à l’ordre séquentiel des valeurs des durées de foulée de la série temporelle.
FIGURE 6
Représentation d’une série temporelle de la durée de foulée avant (« Original data »)
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Dans une étude suivante, Hausdorff et al. (1996) ont démontré que la structure fractale du rythme de marche, chez le sujet sain, reste constante lors d’une heure de marche (1000 foulées environ) à trois vitesses différentes. Ces résultats montrent que la dynamique fractale du rythme de marche est assez robuste et semble être intrinsèque au système locomoteur. Un autre but de cette étude a été d’évaluer le mécanisme potentiel impliqué dans cette propriété fractale de la marche et de caractériser ainsi l’horloge biologique à la base du contrôle de la locomotion. Les sujets marchaient selon le rythme imposé par un métronome réglé à leur fréquence préférentielle de foulée, évaluée durant l’heure de marche à vitesse préférentielle. En effet, une altération de la corrélation à long terme (auto-similarité) lors de la marche avec métronome aurait pu suggérer qu’un mécanisme supra-spinal était essentiel pour la génération du rythme fractal de marche ou que ce mécanisme intervenait dans la médiation d’un processus périphérique, au niveau de la moelle épinière, responsable de la corrélation fractale à long terme. Au contraire, le maintien de cette organisation fractale lors de la marche avec métronome aurait pu indiquer que ce rythme fractal n’était pas relié aux influences centrales mais qu’il était le résultat d’un processus périphérique, au niveau ou plus bas que la moelle épinière. Les résultats de cette expérimentation montrent que les fluctuations de la durée de foulée lors de la marche avec métronome deviennent complètement aléatoires et non corrélées et perdent ainsi l’organisation fractale, caractéristique du rythme de marche spontanée. Ces résultats suggèrent que le système nerveux central est impliqué dans la génération du pattern de marche robuste et fractal chez le sujet sain.
Altération de la dynamique fractale de la marche lors du vieillissement et de la pathologie
L’équipe d’Hausdorff, après avoir mis en évidence l’implication du système nerveux central dans la génération du rythme fractal de marche chez le sujet sain, a émis l’hypothèse qu’une détérioration des fonctions du système nerveux central aurait pu altérer le pattern fractal de marche. Pour tester cette hypothèse, ces auteurs ont étudié l’effet du vieillissement (Hausdorff et al., 1997b) et de pathologies neuro-dégénératives sur le rythme fractal de marche (1996 ; 2000 ;).
Effet du vieillissement. Hausdorff et al. (1997b) ont comparé la marche d’un groupe de 10 sujets âgés sains (76 ± 3 ans), sans maladie neurologique, à celle d’un groupe de 22 jeunes adultes (25 ± 2 ans). Les deux groupes avaient la même durée moyenne de foulée (1,05 s) et une variabilité de la durée de foulée similaire sur les 6 minutes de marche (coefficient de variation (CV) moyen : 2,0 % chez les sujets âgés sains et 1,9 % chez les sujets jeunes). L’analyse des séries temporelles des durées de foulée par la DFA montre un changement avec l’âge de la structure des séries. Les fluctuations de la durée de foulée lors de 6 minutes de marche sont plus aléatoires et moins corrélées chez les sujets âgés (α = 0,68) par rapport aux sujets jeunes (α = 0,87) (Figure 7).
FIGURE 7
Effet du vieillissement sur le rythme fractal de la marche. (Hausdorff et al., 1997b).
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Cette diminution de l’exposant α chez les sujets âgés sains peut être due à une légère altération des fonctions du système nerveux central lors du vieillissement physiologique qui n’est pas révélée lors de l’évaluation clinique préalable à l’expérimentation. Cependant chez le sujet âgé sain, il peut également y avoir un déclin physiologique du contenu de dopamine dans les ganglions de la base. Cette diminution pourrait être responsable des modifications de la marche lors du vieillissement (Dobbs et al., 1992). Hausdorff et al. (1997b) spéculent que la réduction de la corrélation fractale à long terme chez le sujet âgé pourrait être un témoin de ces modifications au niveau du système nerveux central. Cependant, ces auteurs soulignent que cette explication reste encore une spéculation à vérifier expérimentalement et que les facteurs à la base de la dynamique fractale de la marche restent encore à élucider. Toutefois, l’évaluation quantitative des propriétés fractales de la marche peut être un moyen simple pour obtenir des informations importantes concernant l’instabilité de la marche chez les sujets âgés (voir paragraphe 4). En effet, les troubles de la locomotion sont associés à l’augmentation du risque de chute, cause la plus fréquente d’accidents domestiques et phénomène à l’origine d’une réduction de la mobilité, aboutissant à une perte d’autonomie et à l’institutionnalisation des personnes âgées (Sudarsky, 2001 ; Tinetti et al., 1988). La possibilité d’identifier les individus à risques plus élevés ou d’avoir un moyen d’évaluation quantitative d’un programme d’entraînement ayant pour but de restaurer l’instabilité de la marche, pourrait avoir une implication considérable au niveau de la santé publique (Tableau 1).

TABLEAU 1
Dynamique fractale de la marche
IMGIMGTABLEAU 1 Dynamique fractale de la m...IMGIMF
TABLEAU 1 Dynamique fractale de la marche (PhysioNet Mini-tutorials (http://reylab.bidmc.harvard.edu/DynaDx). Caractéristiques chez le sujet sain Diagnostique potentiel Utilité clinique – Etendue sur plus de 1000 foulées – Persistante quelle que soit la vitesse de marche (lente, normale ou rapide) – Altérée lors du vieillissement – Altérée par les pathologies du système nerveux central (par exemple la maladie d’Huntington) – Peut prédire les « chuteurs » chez les sujets âgés

Effet des maladies neuro-dégénératives, un exemple : la maladie d’Huntington. Pour tester ultérieurement l’hypothèse selon laquelle une détérioration des fonctions du système nerveux central aurait pu altérer le rythme fractal de la marche, Hausdorff et al. (1997b) ont analysé les séries temporelles des durées de foulée de la marche chez des sujets atteints de la maladie d’Huntington, pathologie neuro-dégénérative caractérisée par des troubles de fonctionnement des ganglions de la base. A l’origine de la maladie d’Huntington, il y a l’épuisement de production de plusieurs médiateurs neurochimiques dans le striatum (nucleus et putamen) avec une perte de la projection neuronale. Toute-fois, les mécanismes à travers lesquels ces modifications affectent l’habilité des ganglions de la base dans la régulation de la commande motrice ne sont pas encore clairement établis. Les résultats de ces modifications lors de la maladie d’Huntington sont souvent des mouvements non contrôlés et une ataxie de la marche, mais ces deux caractéristiques ne sont pas nécessairement liées. Dans l’étude de Hausdorff et al. (1997b), les sujets atteints de la maladie d’Huntington (n = 17, âge : 34,5 ± 13,4 ans) présentaient une diminution significative de l’exposant α (0,60) par rapport aux sujets adultes sains (α = 0,88). Les fluctuations de la durée de foulée de la marche étaient moins corrélées et plus aléatoires par rapport aux sujets contrôles sains. De plus, chez les patients, le paramètre α était inversement corrélé au degré de sévérité de la maladie (r = 0,78). Ce paramètre était significativement moins élevé chez les sujets à un stade plus avancé de la maladie (α = 0,44) par rapport aux sujets qui étaient dans les premiers stades de la maladie (α = 0,83). Chez certains sujets ayant des troubles sévères liés à la maladie, α était inférieur à 0,5, démontrant la présence d’une corrélation anti-persistante et donc d’une structure dynamique du rythme de marche complètement différente de celle du sujet sain.
En conclusion, ces fluctuations de la durée de foulée, plus aléatoires chez les sujets atteints de la maladie de Huntington, suggèrent que la structure fractale de la marche est modulée, au moins en partie, par le système nerveux central et plus précisément par les ganglions de la base (Tableau 1).
 
Instabilité de la marche chez le sujet âgé
 
 
Hausdorff et al. (1997b ; 2001a) ont montré que l’instabilité de la marche est augmentée chez les sujets âgés sains. Cette instabilité augmente les risques de chute et contribue aux changements du statut fonctionnel et neurophysiologique, incluant la peur de tomber, la diminution de la confiance en soi et la réduction de la mobilité.
Une instabilité de la marche très marquée peut diminuer la qualité de vie, amener à une dépendance fonctionnelle et à une institutionnalisation des personnes âgées (Hausdorff et al., 2001a). Chez ces sujets, les facteurs responsables de l’augmentation de l’instabilité de la marche sont encore peu connus mais il est probable que plusieurs mécanismes interagissent entre eux et sont à l’origine de ce phénomène multifactoriel. De nombreux déficits physiologiques, dus au vieillissement « naturel », peuvent contribuer à l’altération du fonctionnement correct du système locomoteur et donc participer à l’augmentation de l’instabilité de la marche : la réduction de la mobilité spontanée, la diminution de l’aptitude physique aérobie, la diminution de la force musculaire, l’altération des fonctions neuropsychologiques et les troubles de l’équilibre (Alexander, 1996 ; Hausdorff et al., 2001a).
L’instabilité de la marche peut être évaluée par des fluctuations des durées de foulées successives. En effet, comme nous venons de le définir (paragraphe 3), la durée de foulée représente la sortie finale du système locomoteur. Ces fluctuations de la durée de foulée peuvent être décrites par la variabilité de la durée de foulée ou la grandeur des fluctuations, « fluctuation magnitude », (l’écart-type des fluctuations) et la dynamique des fluctuations, « fluctuation dynamics », (comment une foulée change par rapport à la suivante, indépendamment de l’écart-type de la série temporelle des fluctuations) (Hausdorff et al., 1997b ; 2001a). Ces deux aspects peuvent être utilisés pour mettre en évidence une instabilité de la marche mais leur signification clinique semble être différente. En effet, chez les sujets âgés sains, la variabilité de la foulée est similaire à celle observée chez les sujets jeunes, tandis qu’il y a une modification des fluctuations dynamiques avec l’âge (Gabell & Nayak, 1984 ; Hausdorff et al., 1997b). De plus, une augmentation de la variabilité de foulée caractérise la marche de sujets âgés « chuteurs » (Hausdorff et al., 1997a ; 2001b).
Récemment, Hausdorff et al. (Hausdorff et al., 2001a) se sont intéressés à la relation entre l’instabilité de la marche et les facteurs physiologiques et neurophysiologiques qui contribuent à ce phénomène chez des sujets âgés modérément fragiles. Le but de cette étude était de mettre en évidence les facteurs les plus importants dans l’instabilité de la marche et de tester la réversibilité potentielle de cette dernière après 6 mois d’un programme d’entraînement physique multivarié (entraînement en force, de l’équilibre et aérobie). Les résultats de cette expérimentation montrent que : (i) l’instabilité de la marche est multifactorielle, (ii) la variabilité de la foulée est associée à une diminution du statut fonctionnel, une diminution de la qualité de vie, une réduction dans le statut neuropsychologique (augmentation des symptômes dépressifs), une diminution de l’aptitude physique (réduction de la capacité d’exercice, d’équilibre dynamique), un niveau d’activité physique et des index de santé générale diminués, (iii) les variables neuropsychologiques, liées à la qualité de vie, ont un rôle important dans l’instabilité, (iv) une amélioration de l’aptitude physique générale est associée à une réduction de l’instabilité de la marche. Cette amélioration est d’autant plus importante chez les sujets les plus fragiles (Figure 9).
FIGURE 9
Effet d’un programme d’entraînement multivarié sur l’instabilité de marche chez un sujet de 75 ans
IMGIMGEffet d’un programme d’entraînement multivarié sur...IMGIMF
Donc, l’instabilité de la marche n’est pas un produit irréversible du vieillissement et semble être un paramètre plus sensible que la vitesse de marche (préférentielle et rapide) pour évaluer les effets d’un programme d’entraînement ayant pour but de retrouver un pattern de marche plus stable par une amélioration de l’aptitude physique générale (fonctions physiologiques et neuropsychologiques).
Instabilité de la marche et locomotion sur tapis roulant
Récemment, une étude qui a testé le rôle de l’instabilité dans l’augmentation du coût énergétique de la marche chez l’octogénaire sain et actif, a montré que la locomotion sur tapis roulant peut induire des modifications des fluctuations des durées de foulées successives par rapport à la marche en conditions naturelles (Malatesta et al., 2003). Trois groupes de sujets ont participé à cette étude : G80 (n = 10,81,6 ± 3,3 ans), G65 (n = 10,65,3 ± 2,5) et G25 (n = 10,24,6 ± 2,6 ans). Pour chaque sujet la durée de foulée pendant 6 minutes à vitesse préférentielle a été mesurée et une série temporelle a été constituée. A partir de ces séries temporelles, l’instabilité de la marche a été évaluée par la variabilité de la durée de foulée (le coefficient de variation de la durée de foulée) (Hausdorff et al., 2001a) et par les fluctuations dynamiques : le « nonstationary index », l’« inconsistency of the variance » (Hausdorff et al., 2001a) et l’exposant α de l’analyse des fluctuations redressées (α-DFA) (Hausdorff et al., 1997b). Les résultats montrent que le coefficient de variation de la durée de foulée (CV) était significativement plus élevé chez G80 et G65 par rapport au G25. Le « nonstationary index », l’« inconsistency of the variance » et l’α-DFA n’étaient pas significativement différents entre les groupes (Tableau 2).
Ces résultats contrastent avec les résultats précédemment publiés qui montrent que chez les sujets âgés sains la variabilité de la foulée est similaire à celle observée chez les sujets jeunes, tandis qu’il y a une modification des fluctuations dynamiques avec l’âge (Gabell & Nayak, 1984 ; Hausdorff et al., 1997b). Cette discordance peut être expliquée par la différente modalité de locomotion entre les études (i.e. tapis roulant versus marche en conditions naturelles). La marche sur tapis roulant, à une vitesse imposée par le déroulement de la bande, pourrait réduire les possibilités de régulation de la durée de foulée et induire ainsi une perte d’automatisme de la marche chez le sujet jeune (Guimaraes & Isaacs, 1980). Ce phénomène peut être assimilé à l’altération de l’organisation fractale des fluctuations de la durée de foulée lors de la marche avec métronome mise en évidence par Hausdorff et al. (1996) et décrit précédemment (voir paragraphe 3).

TABLEAU 2
Paramètres de l’instabilité de la marche.
IMGIMGTABLEAU 2 Paramètres de l’instabilit...IMGIMF
TABLEAU 2 Paramètres de l’instabilité de la marche. CV, % Nonstationary index Inconsistency of variance α -DFA G80 2,31 ± 0,68* 0,79 ± 0,13 0,28 ± 0,05 0,68 ± 0,17 G65 1,93 ± 0,39§ 0,69 ± 0,1 0,31 ± 0,08 0,78 ± 0,22 G25 1,40 ± 0,30 0,66 ± 0,10 0,30 ± 0,04 0,78 ± 0,17 * différence significative entre G80 et G25 ; § différence significative entre G65 et G25. CV : coefficient de variation de la durée de foulée. α-DFA : exposant α de l’analyse des fluctuations redressées (DFA) (Malatesta et al., 2003).

Toutefois, la marche sur tapis roulant montre une instabilité plus importante chez le sujets âgé comparé au sujet jeune (i.e. l’exposant α est plus proche de 0,5 chez G80 par rapport au G25 et la variabilité de la durée de foulée est significativement plus élevée chez G80 et G65 comparée au G25) (Malatesta et al., 2003).
 
Remerciements
 
Nous tenons à remercier : Stéphane Perrey pour son aide dans la rédaction de la partie introductive « L’approche dynamique en physiologie » et « Les fractales : applications aux signaux physiologiques », Didier Delignières pour l’initiation à l’approche dynamique et Sophie Minelli pour la relecture du manuscrit.
 
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NOTES
 
[(1)] UPRES 701, « Physiologie des Interactions », Hôpital Arnaud de Villeneuve, 371 Avenue du Doyen G.Giraud, 34295 Montpellier CEDEX 5, France.
[(2)] UPRES 2991 « Sport, performance, santé », Faculté des Sciences du Sport, 700 Avenue du Pic Saint Loup, 34090 Montpellier, France. Correspondance : Malatesta Davide, Physiologie des Interactions, Hôpital Arnaud de Villeneuve, 371 Avenue du Doyen G.Giraud, 34295 Montpellier CEDEX 5, France. Téléphone : +33 (0) 4 67 33 59 08, Fax : +33 (0) 4 67 33 59 23. E-Mail : davide. malatesta@ poc. it
[(3)] L’évolution d’une variable dans le temps peut être imprévisible (processus stochastique) ou déterminée (non stochastique). Un processus stochastique peut être stationnaire ou non stationnaire. Une série est stationnaire si la moyenne, l’écart type et le moment d’ordre supérieur, ainsi que la fonction de corrélation demeurent invariants malgré les transitions temporelles (par exemple les états d’équilibre, « steady states »). Les séries sont non stationnaires si les propriétés statistiques changent au cours du temps et présentent au contraire des dérives plus ou moins marquées de l’évolution de la variable au cours du temps.
[(4)] La non linéarité d’un système est la violation des principes de proportionnalité et de superposition caractéristiques des systèmes linéaires. Les composantes des systèmes non linéaires interagissent les unes avec les autres, et par conséquent leurs sorties ne sont pas proportionnelles à l’intensité de leurs entrées.
[(5)] Enregistrement du signal instantané de sortie d’un système au cours d’une période continue d’observation.
[(6)] Les signaux monofractals sont uniformes, en ce sens qu’ils conservent les mêmes propriétés d’échelle de temps tout au long du signal. Par conséquent, les signaux monofractals peuvent être classés selon un exposant global unique, par exemple l’exposant α pour la DFA. Il existe des signaux multifractals qui peuvent être décomposés en plusieurs sous-ensembles caractérisés par différents exposants α locaux, qui quantifient le comportement singulier local et relie ainsi l’échelle de temps locale à la série temporelle. Donc, les signaux multifractals nécessitent plusieurs exposants pour caractériser pleinement les propriétés d’échelles temporelles.
[(7)] La plupart des processus physiologiques (pression artérielle, respiration, cinétique des canaux ioniques, fréquence cardiaque, durée de foulée de la marche) fluctuent comme un bruit 1/f également observé dans certains systèmes dynamiques issus de la physique. Ceci implique que la valeur au temps t d’un signal physiologique (e.g., la fréquence cardiaque) dépend non seulement des valeurs immédiatement précédentes mais aussi des fluctuations plus lointaines, c’est-à-dire son histoire à long terme (« memory effect »), avec un caractère fractal, révélé par des phénomènes d’invariance d’échelle. Cette caractéristique non-expli-quée rend l’ubiquité du comportement 1/f des séries temporelles physiologiques spécialement intrigante. A ce jour, l’origine exacte de l’émergence du bruit 1/f des systèmes physiologiques reste inconnue.
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