Science et motricité
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4766-5
114 pages

p. 115 à 123
doi: 10.3917/sm.054.0115

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Lettres à l'éditeur

no 54 2005/1

2005 Science et Motricité Lettres à l'éditeur

Lettre à l’éditeur (réponse à D. Malatesta, F. Borrani, R. Candau)

Coût mécanique et économie de déplacement

J. Slawinski  [1] V. Billat  [1]
En premier lieu, nous remercions les auteurs de cette lettre qui nous permettent de préciser les questions méthodologiques de la mesure du rendement en course à pied. Comme le décrivent Malatesta, Borrani et Candau dans leur lettre parue dans le n° 51 de la revue Science et Motricité, ce rendement est évalué à partir de deux descripteurs globaux : la puissance mécanique et la dépense métabolique. Cette méthode de mesure du rendement pose cependant un problème important puisque la puissance mécanique réellement développée par chaque muscle ne peut pas être estimée. Les interactions entre la dépense métabolique et la puissance mécanique sont donc difficiles à mettre en évidence et ce malgré l’existence de nombreuses méthodes de calcul de la puissance mécanique en course à pied (tableau 1).

TABLEAU 1
Récapitulatif des différentes méthodes de mesures de la puissance mécanique.
ÉtudesMéthodesMatérielConditionsVitesse (m.s-1)Puissance mécanique (W)
Cavagna et Kaneko. (1977)2Plate-forme de force et CameraCourse à vitesse constante3,6556
Fukunaga et coll. (1978)1Plate-forme de forceCourse à vitesse constante3,6343
Norman et coll. (1976)6CaméraTapis roulant3,6172
Gregor et Kirkendall (1978)6CaméraTapis roulant3,6163
Luhtanen et Komi (1978)6CaméraCourse à vitesse constante3,9931
Winter (1979)6CaméraTapis roulantMarche1,4147
Pierrynowski et coll. (1980)6CaméraTapis roulantMarche1,5166
Zarrugh (1981)6CaméraTapis roulantMarche1,571
Williams et Cavanagh (1983)Multiples4 CamérasCourse à vitesse constante3,6310 à 820
Sakurai et Miyashita (1985)2CaméraCourse à vitesse constante3,32151
Martin et coll. (1993)7Caméra et plate-formeCourse à vitesse constante3,351650 à 2516
Leplanquais (1995)8CaméraCourse à vitesse constante5540
Willems et coll. (1995)3Plate-forme de force et CameraCourse à vitesse constante3,65526805
Bourdin et coll. (1995)1Bras cinématiqueTapis roulant51011
Lejeune et coll. (1998)3Plate-forme de force et CameraCourse et marche à vitesse constante dans le sable1,53,5173591
Candau et coll. (1998)1Bras cinématiqueTapis roulant, jusqu’à épuisement4,7770
Aramptzis et al. (2000)1Plate-forme de forceCourse et marche à vitesse constante5,52246
1CaméraCourse et marche à vitesse constante5,52289
6CaméraCourse et marche à vitesse constante5,51656
7Plate-forme de force et CameraCourse et marche à vitesse constante5,51920
Slawinski et Billat (2003a)2Caméra30 minutes sur route4,9836
Source : Méthodes : 1, centre de masse (CM) seul ; 2, CM + le mouvement des membres par rapport au CM (transfert d’énergie total) ; 3, CM + le mouvement des membres par rapport au CM (transfert d’énergie uniquement à l’intérieur d’un même segment.) ; 6, Analyse segmentaire ; 7, puissance articulaire ; 8, calcul de la puissance des forces internes.

 
Existe-t-il une méthode de référence de mesure du travail mécanique ?
 
 
Ce tableau montre que des méthodes de calcul associées à des outils de mesure différents conduisent à des valeurs de travail mécanique très hétérogènes, allant de 151 à 2516 Watts (pour des vitesses de course comprises entre 3,32 et 5 m.s-1). Ainsi le rendement d’un coureur de 70kg ayant un coût énergétique de 4 J.m-1.kg-1, peut varier suivant la méthode de calcul de 16 à 270 %, ce qui est considérable. Il est donc manifeste que le calcul du rendement de la course à pied à partir des méthodes existantes de mesure du travail mécanique est très délicat. C’est pourquoi, la validation d’une méthode de mesure du travail mécanique par rapport à une autre, à partir de la simple comparaison des valeurs de rendement est hasardeuse.
Au-delà des différentes méthodes de calcul, se pose le problème de la précision de la mesure. En effet, des problèmes d’incertitudes de mesure demeurent quel que soit le système de mesure employé (plateforme de force, bras cinématique, vidéo, accéléromètre). Avec la vidéo, l’incertitude de mesure de la position ne correspond pas à deux fois le délai entre deux images comme Malatesta, Borrani et Candau (2004) ont tenté de l’expliquer. Conformément au théorème de Shannon, une fréquence d’échantillonnage de 25 Hz est largement suffisante pour étudier le travail mécanique associé à des mouvements dont l’harmonique principale est de 3 Hz (la fréquence d’échantillonnage doit être égale à au moins 2 fois la fréquence du signal mesuré). Ce n’est donc pas la fréquence d’échantillonnage qui est à l’origine de l’incertitude de mesure, mais la résolution de l’image. Dans le plan antéro-postérieur, le champ de prise de vue est d’environ 3 mètres de largeur et la définition de l’image de 720 pixels, un pixel représente 0, 4 cm. Si, lors du traitement de l’image, une erreur d’un pixel sur la position du centre de masse (CM) est admise, la précision du traitement est de ± 0, 4 cm et non pas 0, 4 m comme l’affirment Malatesta, Borrani et Candau (2004) dans leur lettre.
En indiquant (page 105 dernier paragraphe) que « l’erreur sur la position du centre de masse correspond au déplacement pendant un temps égal à deux fois le délai entre deux images », les auteurs, Davide Malatesta, Fabio Borrani et Robin Candau, entretiennent une confusion importante entre fréquence d’échantillonnage (cadence de prise de vue) et fréquence d’analyse du capteur CCD (temps d’exposition). En effet, l’évaluation correcte de la position du centre de masse n'est pas imputable à la fréquence d’échantillonnage. L’incertitude sur la position induite par la précision des horloges internes des caméras est négligeable (10-6 seconde).
Si le point étudié sur l’image reste fixe, l’incertitude sur la position est celle induite par la relation entre les coordonnées du point dans l’image et les coordonnées 3D (DLT ou méthode de Toscani optimisée) et la résolution intrinsèque de l’image. Ces dernières incertitudes intègrent les erreurs de mesure de la position des mires de calibration, la non linéarité de la chaîne de mesure (optique et électronique) et les qualités d’appréciation de l’opérateur (ou de l’algorithme) qui analyse la position du point dans l’image. Pour une image qui couvre un champ tel que celui réalisé dans l’expérience (3m x 4m) et compte tenu de l’emploi d’un objectif dont la distance focale est suffisamment longue pour bénéficier d’une faible distorsion optique l’incertitude sur la position est de l’ordre de 0.4 cm.
Lorsque le point se déplace dans l’image, il faut ajouter une incertitude supplémentaire due au fait que l’écart de temps entre les deux positions de ce point n'est plus exactement 1/25e de seconde. Cet effet est plus ou moins important en fonction de la fréquence d’analyse de l’ensemble des photosites du capteur CDD (l’inverse de cette fréquence correspond au « temps d’obturation »). Si le temps d’obturation est de 1/50e de seconde (temps réglé par défaut sur la plupart des caméras vidéo) L’écart de temps à l’intérieur d’une même trame (une image vidéo est composée de deux trames) entre l’analyse du photosite en haut à gauche et celui de l’analyse du photosite en bas à droite est de 1/50e de seconde.
Si un point décrit cette diagonale de l’image lors de 2 trames de même parité, la position sera déterminée avec une précision égale à celle décrite pour un point fixe mais le temps ne sera pas de 1/25e de seconde mais de 1/25e+1/50e de seconde soit 3/50e de seconde. La vitesse du point ainsi analysée sera 50 % surévaluée par rapport à la vitesse réelle.
Il est rare de rencontrer des points qui se déplacent aussi vite dans l’image. Dans le cas de notre expérience cela correspondrait à une vitesse de l’ordre de 50 m.s-1 soit environ 10 fois celle des coureurs testés. Une façon simple de remédier à ce défaut structurel est de diminuer « le temps d’obturation » (augmenter la fréquence d’analyse du capteur CCD). En utilisant un temps d’obturation de 1/500e de seconde, l’erreur sur le temps d’un point mobile est inférieure ou égale à 1/500e de seconde. Sachant qu'il y a environ 500 lignes dans un capteur CCD, l'erreur en temps entre 2 lignes est de 4µs. Dans l'analyse de la course le déplacement d'un point entre 2 trames de même parité n'excède pas 10 lignes l'erreur sur le temps est de 40µs. Pour un point se déplaçant à 5 m.s-1 cela représente une incertitude sur la position de 0.2 mm (Houel 2004 ; Tavernier 2004).
Dans l’article initial que nous avons publié dans Science et Motricité (Slawinski et Billat, 2003a) si la fréquence d’échantillonnage de 25 Hz (25 images par seconde soit 50 trames par seconde) a bien été indiquée, la fréquence d’obturation de 500Hz a été omise.
Par ailleurs, même si Malatesta, Borrani et Candau (2004) érigent la plateforme de force en méthode de « référence », elle n’est pas exempte d’incertitude de mesure. Ainsi, la détermination de la position du centre de masse (calcul de sa variation d’énergie potentielle) à partir de la mesure d’une force, nécessite une double intégration de l’accélération en fonction du temps et la détermination d’une constante d’intégration. L’incertitude sur la détermination de cette constante est problématique dans le calcul du travail mécanique. De la même manière, le bras cinématique ne mesure pas le déplacement du centre de masse, mais celui d’un point du bas du dos. Cette différence entraîne une surestimation de la variation d’énergie cinétique qui est à l’origine des écarts observés entre la mesure du travail mécanique à l’aide de la caméra et du bras cinématique (Slawinski 2003b ; Slawinski et coll. 2004a).
Enfin, si « grossière » que soit la méthode d’analyse par cinématographie, elle nous a permis de retrouver, pour une autre population de coureur, des corrélations entre le travail mécanique et la dépense énergétique (Slawinski et Billat 2004b) et de mettre en évidence des différences dans le travail mécanique de gesticulation entre des coureurs de niveaux d’entraînement différents (Slawinski et Billat 2004c). Le terme d’énergie de gesticulation a été préféré à celui d’énergie interne car, comme cela est présenté dans l’ouvrage de Duboy et coll. (1994), la variation d’énergie cinétique (DEc) d’un système articulé en mouvement est égale à la somme des travaux pour les déplacements élémentaires réels, de toutes les forces tant intérieures qu’extérieures, appliquées aux points du système.
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Le travail des forces internes est donc égal à :
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WFext représente le travail des forces externes appliquées au coureur (la force aérodynamique, la force de contact entre le sol et le pied et le poids). Dans le cas de la course, seul le poids travaille car la force aérodynamique est négligeable et le travail de la force de contact est également nul puisque le point d’application de cette force est considéré comme fixe (il n’y a pas de glissement).
On a donc :
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et non pas à seulement comme cela est généralement présenté (ou traduit) dans la littérature. Ce terme a donc été appelé énergie de gesticulation.
Avec ms : la masse du segment et M la masse du sujet (kg) - Is : la matrice d’inertie du segment s par rapport au centre de masse du sujet, et  : respectivement la vitesse (m.s-1) et la vitesse angulaire (rad.s-1) du centre de masse du segment par rapport au centre de masse global du sujet et le vitesse du centre de masse dans le repère terrestre.
 
Conclusion
 
 
La quantification du travail mécanique lors de la course à partir d’une simple caméra vidéo cadencée à 25 images par secondes, idée séduisante, n’est donc pas aussi approximative que Malatesta Borrani et Candau (2004) le suggèrent. Cette méthode est aussi précise que d’autres méthodes utilisées pour mesurer le travail mécanique en course à pied. De plus, cette méthode associée au logiciel ANIMAN3D, permet l’étude du mouvement en conditions réelles de course et l’étude simultanée de la variation d’énergie associée aux mouvements des membres (énergie de gesticulation) et de la variation d’énergie mécanique du centre de masse (énergie de transport).
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1]Laboratoire d’Étude de la Physiologie de l’exercice (LEPH) Université d’Évry Val d’Essonne, Boulevard François Mitterrand 91025 EVRY Cedex.
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