Movement & Sport Sciences 2005/2
Movement & Sport Sciences
2005/2 (no 55)
136 pages
Editeur
Revue précédemment éditée par De Boeck Université

I.S.B.N. 2804147673
DOI 10.3917/sm.055.0061
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Ce numéro.
Papier et électronique

Ajouter au panier Ajouter au panier - Movement & Sport Sciences
Movement & Sport Sciences 2005/2 (no 55) 23 €

Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Movement & Sport Sciences

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Olivier Thomas
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée

Vous consultezLe respect d’une convention d’orthodoxie budgétaire accroît-t-il le niveau de la performance sportive ?

Le cas des clubs masculins de basket professionnel en France

AuteurOlivier Thomas[*] [*] Université Montpellier 1 LEREPS – Université Toulouse...
suite
du même auteur


Introduction[1] [1] Quatrième version corrigée, juillet 2004. L’auteur remercie...
suite


À l’heure où les impératifs de gestion d’entreprise tendent à se propager auprès d’un nombre croissant d’entités de natures différentes (hôpitaux, associations, collectivités locales, …), il semble fructueux de questionner l’articulation entre économie et sport (et plus précisément sport collectif professionnel). L’intérêt est d’autant plus manifeste que les termes d’une telle articulation demeurent imprécis.

2 Certes, la professionnalisation des dirigeants de clubs gagne du terrain dans de nombreuses disciplines, entraînant avec elle une rigueur managériale et un respect de normes de contrôle de gestion accrus. Néanmoins, la relative fréquence de situations économiques devenues épineuses voire irrémédiables à moyen terme[2] [2] À l’image de la situation, apparue durant les étés...
suite
nous interroge sur les connexions entre maximisation du résultat sportif[3] [3] Tout en tenant compte de mécanismes spécifiques du type...
suite
et santé financière des clubs.

3 L’analyse de ces connexions constitue le point de départ de cet article. Notre objectif est d’analyser l’impact potentiel de variables économiques sur la détermination de résultats sportifs. Ainsi, pourrait-on expliquer le classement d’une équipe de sport collectif professionnelle par des variables non sportives, comme des données budgétaires et patrimoniales ?

4 Le présent article tente d’apporter quelques éléments de réponse à cette interrogation et, indirectement, de tester la pertinence de la gestion d’un club professionnel comme une « vraie » entreprise, en passant d’une logique associative à des référentiels d’entreprise (Rundstadler & Chifflet, 2001). Pour ce faire, nous faisons l’hypothèse de la prééminence de critères relatifs à une gestion financière et budgétaire saine et rigoureuse comme clé de la réussite sportive.

5 En vue de tester notre hypothèse, nous entreprendrons une vérification économétrique. Notre domaine empirique concernera les clubs français professionnels de basket masculin de Pro A au cours de la période 1992-99[4] [4] Nous tenons à remercier la Ligue Nationale de Basket, grâce...
suite
. Le choix d’une approche formelle est en effet beaucoup plus approprié à notre objet qu’une analyse comparative de diverses monographies de clubs en bonne ou mauvaise santé, et s’impose en raison de la taille de l’échantillon.

Vers un renouvellement du traitement économique et financier des problématiques sportives

6 Notre positionnement méthodologique se situe au croisement des thématiques économiques (rationalité, impératif de rentabilité) et sportives (incertitude de la compétition, passion, déraison) : Bayle 2000, Durand 1999 au niveau français, Leonard 1997, Vrooman 1995, Scully 1992, par ailleurs. Notre domaine d’étude concerne plus précisément l’analyse des outils économiques, liés aux préoccupations budgétaires, permettant d’optimiser le niveau de la performance sportive des clubs professionnels (Akers & alii 1991). Dans cette perspective, nous envisagerons la notion de convention d’orthodoxie budgétaire (1.1). Puis nous détaillerons les principales hypothèses que notre étude empirique a pour but de tester (1.2).

La notion de convention d’orthodoxie budgétaire

7 Selon Lewis (1969), « une convention est une régularité R dans le comportement des membres d’une population P, placés dans une situation récurrente S, si les six conditions suivantes sont satisfaites : chacun se conforme à R (C1), chacun croit que les autres se conforment à R (C2), cette croyance donne à chacun une bonne et décisive raison de se conformer lui aussi à R (C3), chacun préfère une conformité générale à R plutôt qu’une conformité légèrement moindre que générale (C4), R n’est pas la seule régularité possible satisfaisant les deux dernières conditions, il existe au moins une alternative R’ (C5), C1 à C5 sont connaissance commune (C6). »

8 La convention se distingue fondamentalement de la norme, pour laquelle l’assurance de la conformité générale des autres peut inciter de façon opportuniste à la déviance. Elle nous apparaît ainsi comme une modalité implicite et générale ancrée auprès d’une partie substantielle des membres d’une population, proposant à ces derniers une façon, parmi d’autres, et d’autant plus convaincante qu’elle suscite des adhésions plus nombreuses, de se comporter dans le cas où une certaine situation récurrente, pouvant occasionner différentes sortes de réactions, viendrait à se produire (Thomas 2002).

9 Nous allons à présent considérer une catégorie particulière de convention que nous qualifions de « convention d’orthodoxie budgétaire ». Cette dernière traduit la conviction que toute croissance saine et durable pour une organisation ne peut passer que par la mise en œuvre d’une politique budgétairement stable et pérenne, au sens de non-dispendieuse.

10 La convention d’orthodoxie budgétaire repose sur le respect du principe d’équilibre budgétaire, d’adossement des dépenses sur les recettes disponibles. On s’oppose alors à une gestion budgétaire « myope », c’est à dire de très court terme, qui revient à faire supporter le déficit d’une année sur le budget et les recettes des années futures. Il s’agit dès lors de l’inverse d’une convention qu’on pourrait qualifier de « keynésienne », privilégiant les dépenses initiales, financées si nécessaire par un déficit, en arguant de leur impact bénéfique à moyen et long terme.

Hypothèses et spécificités de l’approche privilégiée

11 L’étude empirique suivante entend vérifier l’existence d’un lien entre respect d’une convention d’orthodoxie par les clubs et effets bénéfiques sur leur classement. Cette adhésion aux préceptes en accord avec une gestion financière prudente est estimée au moyen d’indicateurs patrimoniaux relatifs à l’endettement, ainsi que de soldes intermédiaires de gestion s’apparentant à ceux usités en gestion d’entreprise. On considérera notamment une absence de résultat net comptable négatif ou un niveau d’endettement faible comme témoins du crédit accordé à une telle convention.

12 L’adhésion à une convention d’orthodoxie budgétaire est évidemment orientée ex ante par les actions volontaristes des commissions de contrôle de gestion. Au delà de l’intérêt « rationnel » de respecter cette convention, il convient de ne pas omettre le rôle du pouvoir et de l’influence dans la création et la propagation d’une convention.[5] [5] L’analyse théorique détaillé de ce point précis sort...
suite

13 Notre approche se singularise alors par l’hypothèse suivante : un club qui « n’achète pas ses victoires à crédit », en s’endettant au-delà de ses capacités, ou encore un club qui veille à l’équilibre global de son budget aura un meilleur classement.

14 En effet, tout déficit d’exploitation augmenterait les charges financières liées au remboursement des dettes, amputant d’autant le budget dédié aux exercices futurs. Notre hypothèse revient à supposer la prédominance, comme référentiel de gestion, d’une convention d’orthodoxie sur son alternative keynésienne. La rigueur budgétaire prévaudrait dès lors sur une stratégie de « fuite en avant », où la pression sans cesse alimentée par l’habitude des résultats flatteurs pousserait les sponsors et/ou les collectivités locales à renflouer le club, au déficit structurel et croissant. En vue de tester notre hypothèse, l’analyse empirique suivante étudie le cas des clubs de basket-ball de pro A au cours de la période 1992-99[6] [6] Peu d’analyses s’inscrivent au croisement des domaines...
suite
.

Quels référentiels pour la gestion des clubs sportifs professionnels ?

Étude liminaire de l’échantillon

15 Nous présenterons dans un premier temps la liste des variables explicatives utilisées (A). Puis, une analyse en composantes principales (ACP)[7] [7] L’ensemble des résultats statistiques du présent article...
suite
nous permettra d’effectuer une première partition entre groupes de variables afin de mieux cerner le potentiel explicatif de ces dernières (B). Enfin, nous procéderons à un premier examen de nos hypothèses en intégrant comme régresseurs les facteurs précédemment extraits grâce à l’ACP (C).

Les variables

16 Les données proviennent d’une base de données relative aux budgets des clubs de basket masculins Pro A de la saison 1992-93 à la saison 1998-99. Elles émanent de la Ligue Professionnelle de basket masculin[8] [8] L’échantillon traité est composé d’un nombre variable...
suite
. Nous avons extrait les variables figurant dans le tableau ci-dessus (précédées du préfixe « LN » lorsqu’il s’agit de leur logarithme népérien).

17 Certaines variables étant naturellement corrélées entre elles, il importe d’effectuer un tri des principales influences reliant l’ensemble de nos variables à la variable de classement. L’intérêt du recours à une ACP est lié au fait que les facteurs extraits par l’analyse sont, par construction, statistiquement indépendants les uns des autres. Ainsi nous entendons isoler les principaux groupes de variables significatifs.

ACP et pouvoir explicatif des variables

18 Les quatre composantes extraites (annexe 1) rendent compte d’un pourcentage satisfaisant de la variance globale (78,97 %). La matrice des composantes détaille quatre axes, chacun laissant apparaître une signification particulière.

19 L’axe 1 retrace la dimension classement/budget (-0,79 pour « rang » ; entre 0,79 et 0,96 pour la plupart des postes de recettes et de dépenses). Il est primordial de souligner que la variable dépendante définit fortement l’axe 1 dans sa partie négative. Donc toute autre variable fortement liée à un autre axe que le premier sera en grande partie indépendante de la variable de rang. De même, on observe l’importance de la « taille » du budget dans la détermination du rang. Cependant, il est intéressant de relever que l’actif net tend à se rapprocher de l’extrémité négative de l’axe 1 (-0,53), de même que les dettes de l’extrémité positive (0,48). Ainsi, il semblerait que l’axe premier, bien que principalement révélateur du poids de la taille financière, ne soit pas totalement étranger aux considérations de rigueur budgétaire et de santé financière.

TABLEAU 1 Liste des Variables
LibelléSignification de la variable
RANGVariable à expliquer, classement obtenu au terme de la saison régulière
GUICHETRecettes des matchs
SPONSORSRecettes émanant de sponsors et de droits TV
SUBVENTIEnsemble des subventions, principalement des collectivités locales
TOTPDTSTotal des produits d’exploitation
FRAISTotal des frais de fonctionnement
SALAIRESalaires et traitements hors charges
IMPOTSAutres charges et impôts
TOTCHARGTotal des charges d’exploitation
RERésultat d’exploitation
RNCRésultat net comptable
FRAISFINEstimation des frais financiers (RE – RNC)
SITUATIOSituation nette
DETTESIntégralité des dettes
ACTNETDifférence entre situation nette et dettes

20 L’axe 2 est justement le lieu de l’expression de l’influence de l’orthodoxie et de la vertu budgétaire, puisqu’il est fortement lié dans sa partie positive à l’actif net et au résultat comptable (0,76), et dans sa partie négative aux dettes (-0,59) et frais financiers (-0,72). Les deux autres axes extraits représentent respectivement l’influence du résultat d’exploitation (0,93 sur l’axe 3) et des subventions (0,79 sur l’axe 4).

21 On déduit des différents diagrammes de composantes que le rang est fortement lié, de façon négative, à la taille du budget, tout en étant influencé de façon beaucoup plus ténue par la composante relative à l’orthodoxie budgétaire.

22 Par ailleurs, il apparaît que le rang est encore plus indépendant du résultat d’exploitation (axe 1 versus axe 3), c’est à dire de la façon dont s’équilibre le budget de fonctionnement. Si un endettement excessif peut s’avérer préjudiciable à long terme, les clubs de basket professionnels français sembleraient toujours déconnectés d’une logique de maximisation du niveau du profit, qu’il soit d’exploitation ou financier (Ferguson et al. 1991).

23 La confrontation des axes 2 et 3 illustre que la vertu budgétaire serait indépendante du niveau du résultat d’exploitation. Ceci plaide en faveur de l’universalité de la convention d’orthodoxie, puisqu’une politique d’endettement maîtrisée serait indépendante de l’équilibrage du budget d’exploitation (notamment par le biais d’une augmentation des apports en capitaux).

Adéquation partielle par rapport aux hypothèses

24 En liaison avec nos hypothèses liminaires, il nous a semblé pertinent de tester le pouvoir explicatif de ces quatre facteurs, recalculés en ôtant la variable de rang de l’ACP. Nos axes étant désormais considérés comme variables explicatives du rang (pris au logarithme) au sein d’une régression, nous avons confirmé les résultats suivants.

25 Premièrement, l’axe rendant compte de la majeure partie de la variabilité du rang est celui ayant trait au budget et au volume des dépenses (bêta=-0,80)[9] [9] Ou encore une corrélation simple entre valeur du rang et...
suite
. Le volume des dépenses est ainsi fortement et négativement lié au rang : plus on accroît les dépenses, meilleur est le classement. Deuxièmement, l’axe relatif à l’orthodoxie budgétaire est significatif, bien que d’importance moindre (« bêta »=-0,182). Son signe est également négatif : l’adhésion à la convention d’orthodoxie favoriserait le niveau de performance sportive. Enfin, les niveaux du subventionnement et du résultat d’exploitation ne sont pas significatifs. Globalement, le pouvoir explicatif de cette première équation est relativement satisfaisant (R2=67.6 %)[10] [10] Ce qui signifie donc que nos axes expliquent plus de deux...
suite
.

26 Au terme de ces tests liminaires basés sur des groupes de variables, il importe à présent, au moyen de régressions linéaires, de formaliser le lien entre classement et variables prises isolément afin de tester plus précisément nos hypothèses.

Les modèles concernant la Pro A

27 Les trois modèles auxquels nous avons abouti (annexes 3 à 5) par une sélection de type “stepwise”[11] [11] Régression pas à pas : les variables sont intégrées...
suite
, s’avèrent d’une part plus significatifs en termes de pourcentage de la variance pris en compte, et plus riches d’autre part quant au nombre de variables sélectionnées in fine.

28 Le premier modèle (annexe 3) se distingue par un R2 ajusté de 59,8 %. On constate le poids prédominant de la variable « frais » (plus de 51 % de la variabilité globale du rang), et d’autre part le signe négatif de chacune des trois variables (frais, dettes et subventions). Dès lors, le rang sera d’autant plus faible (et donc meilleur) que les dépenses, les dettes et les subventions seront conséquentes. Tandis qu’on retrouve logiquement un effet taille relatif à la fois aux éléments de dépenses et de recettes, il semblerait cependant que notre hypothèse d’orthodoxie budgétaire soit infirmée.

29 La fiabilité et la robustesse statistiques de ce premier lot de résultats n’apparaissent entachées d’aucun soupçon, comme en témoignent les diagnostics de régression calculés[12] [12] Hamilton, L. C. (1994). “Regression with graphics : a...
suite
 :

  • absence notable de colinéarité (niveaux de tolérance[13] [13] la tolérance nous renseigne sur les problèmes de colinéarité,...
    suite
    satisfaisants : supérieurs à 88 %)
  • normalité des résidus[14] [14] Les résultats ne sont valides que si les erreurs du modèle...
    suite
     : le normogramme présente une allure quasi-parfaite
  • constance de la variance
  • les indicateurs détectant les problèmes d’« outliers[15] [15] Observation écartée du nuage de point résumé par la...
    suite
     » ne révèlent quasiment aucune observation biaisant vraiment les résultats obtenus. Seules les observations 1, 44, 65, 66 et 89[16] [16] Il s’agit respectivement de Pau99, Levallois97, Antibes95,...
    suite
    génèrent des doutes, et sont donc plus particulièrement intéressantes.

Dans le second modèle (R2 ajusté : 68,2 %, voir annexe 4), les variables explicatives relatives aux recettes et dépenses sont elles aussi exprimées en logarithme, en vue d’atténuer l’effet de taille. Trois variables sont finalement retenues : total des charges, recettes guichet, et recettes sponsors. On retrouve des résultats en grande partie analogues aux précédents. Toutefois, nous ne sommes pas en mesure ici de conclure sur les effets potentiels de l’orthodoxie budgétaire, aucune des variables financières n’étant statistiquement significative.

30 Le troisième modèle (66,8 %, voir annexe 5), remédie à cette lacune en démontrant la non-confirmation de l’hypothèse d’orthodoxie en raison du signe positif du résultat d’exploitation (nous avions établi plus haut la relative indépendance entre résultat d’exploitation et orthodoxie budgétaire).

Conclusion

31 Au terme de notre analyse, il apparaît que notre hypothèse de la primauté d’une convention d’orthodoxie budgétaire semblerait davantage infirmée que confirmée. Même si la non-indépendance totale entre taille budgétaire et orthodoxie financière a été soulignée, les modèles testés aboutissent à l’existence d’un lien négatif entre performance sportive et vertu financière, voire à l’absence de liens quels qu’ils soient.

32 Dès lors, les clubs de basket professionnels tenteraient de concilier « l’inconciliable », à niveau budgétaire donné et sans apports conséquents de capitaux extérieurs : la rigueur budgétaire comme condition sine qua non de l’engagement année après année en championnat d’une part, et la tentation de dépenses accrues, déterminant en grande partie le succès sportif immédiat d’autre part. Il est alors logique de céder à la quête du résultat instantané, si l’on considère qu’un succès sportif durant l’année en cours constitue un atout indispensable pour la négociation avec les sponsors et collectivités locales de moyens supplémentaires pour la saison suivante.

33 C’est pourquoi l’existence d’une instance contrôlant la gestion des clubs, et incitant ces derniers à se conformer en accord avec une « convention d’orthodoxie budgétaire » demeure plus que jamais indispensable. En effet, même si l’adhésion à une convention d’orthodoxie est, à long terme, la solution incontournable, elle ne s’impose pas spontanément ni « naturellement » à court terme dans les stratégies des managers.

34 Ceci nous incite à reconsidérer la perception par ces derniers des règles de prudence prônées par les instances fédérales. La menace de disparition du CSP Limoges, sauvé provisoirement en nationale 1 durant l’été 2004, pourrait constituer l’électrochoc nécessaire. Considérera-t-on enfin l’orthodoxie budgétaire comme une convention et non comme une norme, de laquelle, par définition, on a égoïstement intérêt de s’écarter, surtout quand la hiérarchie budgétaire prédétermine la hiérarchie sportive ? À l’image des règles d’arrêt aux feux tricolores dans le passé et des ratios de Maastricht plus récemment, il s’agirait de durcir les sanctions en cas de non-adhésion à la convention, pour rendre « naturellement » dissuasive la solution du déficit.

35 Les résultats de notre recherche, qui n’est qu’une première étape, gagneraient cependant à être complétés et généralisés. Il serait intéressant de cerner les éventuels liens entre gestion financière et classement sportif en intégrant des décalages temporels. Il semblerait ainsi plus pertinent de « saisonnaliser » le modèle, en testant les effets délétères d’un endettement contracté lors d’une saison donnée, sur les résultats sportifs des saisons ultérieures. Il est en effet envisageable que l’infirmation de notre hypothèse de départ soit due à la vision de court terme que nous avons ici privilégiée.

36 De même, des prolongements pourraient concerner la généralisation de notre étude au basket féminin d’élite d’une part, à d’autres sports collectifs en salles, de budgets plus ou moins comparables, d’autre part. Pourraient ainsi être testées les éventuelles spécificités dues à la temporalité, au type de sport, et enfin à la taille financière au sein d’un même sport.

Annexe

Annexe 5

Pro A modèle no 3

...


...


...


Bibliographie

Bibliographie

Akers, M.D., Wolff, S., & Buttross, T. (1991). “An empirical examination of the factors affecting the success of NCAA division I college basketball teams”, Journal of Business and Economic Studies, 1, (2), 57-70.

Bayle, E. (2000, novembre). « Le financement des clubs sportifs professionnels par les collectivités locales : une gestion entre légitimité et légalité », article présenté lors des IV° Rencontres Ville-Management, Nancy.

Durand, C. (1999). « Villes et sports professionnels : les externalités justifient-elles les coûts ? », in Le Duff, & Rigal (eds.) : « Maire Entrepreneur, Emploi », 293-317.

Ferguson, D., Stewart, K., Jones, J. & Dressay, A. (1991). “The pricing of sports events : do teams maximise profit ?”, The Journal of Industrial Economics, 39, 3.

Leonard, W.M. (1997). “Some economic considerations of professional team sports”, Journal of Sport Behavior, 20 (3), 338-343.

Lewis, D. (1969). “Convention, a philosophical study”, Cambridge. Harvard University Press.

Rundstadler, L., & Chifflet, P. (2001). « Stratégies et logiques d’action des dirigeants de clubs de tennis : d’une logique associative à l’émergence de logiques différentes », Science et Motricité, 43-44, 14-21.

Scully, G.W. (1992). Advances in the economics of sports, Greenwich, Connecticut, JAI Press.

Sloane, P.J. (1976). “Restriction of competition in professional team sports”, Bulletin of Economic Research, may, 3-32.

Thomas, O. (2002). « Management des organisations sportives et évolution de la convention dominante : d’une logique associative à une logique entrepreneuriale », Revue Européenne de Management du Sport, 6.

Vrooman, J. (1995). “A general theory of professional sports leagues”, Southern Economic Journal, 61, 971-990.

 

Notes

[ *] Université Montpellier 1 LEREPS – Université Toulouse 1Retour

[ 1] Quatrième version corrigée, juillet 2004. L’auteur remercie l’éditeur de la revue ainsi que les deux rapporteurs anonymes pour leurs conseils et remarques et demeure entièrement responsable de ses propos ainsi que des imperfections résiduelles.Retour

[ 2] À l’image de la situation, apparue durant les étés 2003 et 2004, des clubs de basket de Bordeaux et Toulouse (Ligue Féminine).Retour

[ 3] Tout en tenant compte de mécanismes spécifiques du type « paradoxe de la compétition », mis en évidence par Sloane (1976).Retour

[ 4] Nous tenons à remercier la Ligue Nationale de Basket, grâce à la diligence et à l’efficacité de laquelle nous avons pu bénéficier des données ici traitées.Retour

[ 5] L’analyse théorique détaillé de ce point précis sort du cadre du présent article. On se référera plus particulièrement à Young, H.P. (1996). “The economics of conventions”, Journal of Economic Perspectives, 10 105-122.Retour

[ 6] Peu d’analyses s’inscrivent au croisement des domaines sportifs et financiers concernant le basket-ball, à l’exception de NCAA (1993) : NCAA basketball tournament financial analysis 1971-1990., Mission, Kansas.Retour

[ 7] L’ensemble des résultats statistiques du présent article a été obtenu par l’intermédiaire du logiciel SPSS 10.0Retour

[ 8] L’échantillon traité est composé d’un nombre variable de clubs, en raison de l’ évolution du nombre de clubs en Pro A au cours de la période considérée : 14 clubs pour les trois premières saisons, puis 16 clubs pour les quatre suivantes, soit un total de 106 observations (voir annexe 2, récapitulatif du modèle).Retour

[ 9] Ou encore une corrélation simple entre valeur du rang et volume des dépenses de –80 %Retour

[ 10] Ce qui signifie donc que nos axes expliquent plus de deux tiers de la variabilité de la variable de rang.Retour

[ 11] Régression pas à pas : les variables sont intégrées une à une, par ordre décroissant de significativité, jusqu’à ce que l’adjonction d’une nouvelle variable fasse baisser le niveau d’explication global et n’entraîne l’élimination d’une variable devenue superflue car insuffisamment explicative.Retour

[ 12] Hamilton, L.C. (1994). “Regression with graphics : a second course in applied statistics”. Brooks, Cole Publishing Company.Retour

[ 13] la tolérance nous renseigne sur les problèmes de colinéarité, rédhibitoires puisque la valeur du coefficient de chaque variable n’est fiable que si les variables sont linéairement indépendantes les unes des autres. Plus la tolérance est grande, moins une variable donnée est expliquée par les autres, moins la multicolinéarité pose problème.Retour

[ 14] Les résultats ne sont valides que si les erreurs du modèle suivent une loi normale.Retour

[ 15] Observation écartée du nuage de point résumé par la droite d’équation, le risque étant justement qu’un point trop isolé n’ait biaisé l’estimation de la droite représentant l’intégralité de l’échantillon. Une observation est qualifiée d’« outlier » quand sa suppression modifie significativement les résultats de la régression.Retour

[ 16] Il s’agit respectivement de Pau99, Levallois97, Antibes95, Limoges95 & Paris94.Retour

Résumé

Le présent article a pour objet de tester l’impact éventuel de la vertu budgétaire des clubs sportifs professionnels, par opposition à un comportement dépensier incontrôlé, sur la détermination de leur performance. Dans un premier temps, nous définissons la notion de convention d’orthodoxie budgétaire. Puis, nous envisageons la pertinence de la gestion entrepreneuriale d’un club professionnel en dépassant l’unique prise en compte des variables liées à la compétition sportive. Nous testons dès lors l’influence de variables de nature financière sur le classement en fin de saison. L’application empirique concerne les clubs français professionnels de basket masculin au cours de la période 1992-99.

Mots-clés

convention d’orthodoxie budgétaire, basket, classement, dettes, diagnostics de regression, analyse en composantes principales



This paper intends to test the influence of the budgetary orthodoxy of professional team sports on their rank in their championship. Therefore, this assumption will challenge the link between uncontrolled debts and “undeserved” success in sport competition. First of all, the notion of convention of budgetary orthodoxy will be defined. Then, the relevance of a corporate management for professional team sports will be considered, in addition to sports data. Several statistical tests will be processed to determine the influence of financial and budgetary data on final rank. The empirical studies will refer to French professional basket teams from 1992 to 1999.

Key-words

convention of budgetary orthodoxy, basket ball, rank, debts, regression diagnostics, factor analysis

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Olivier Thomas « Le respect d'une convention d'orthodoxie budgétaire accroît-t-il le niveau de la performance sportive ? », Movement & Sport Sciences 2/2005 (no 55), p. 61-77.
URL :
www.cairn.info/revue-science-et-motricite-2005-2-page-61.htm.
DOI : 10.3917/sm.055.0061.