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Movement & Sport Sciences

2006/1 (no 57)



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Introduction

1

L’analyse historique d’une discipline scolaire, en l’occurrence ici l’éducation physique et sportive (EPS), implique de porter son attention sur deux dimensions indissociables. La plus communément retenue concerne les discours politiques ou pédagogiques qui la régissent en vue d’en justifier l’intérêt (Arnaud, 1983) ou bien de la positionner sur l’échiquier éducatif au regard des problématiques scolaires (Attali et Saint-Martin, 2004). Si ces postures historiques, de nature qualitative, sont indispensables pour circonscrire le champ d’action disciplinaire, elles restent partielles lorsqu’elles ne s’enrichissent pas d’une analyse quantitative sur les conditions faites de son enseignement (Grew et Harrigan, 2002). Pour en percevoir la réalité, il apparaît nécessaire de mesurer la transcription des discours dans les actes concernant en particulier les moyens disponibles. L’encadrement devient ainsi un élément essentiel en étant une condition indispensable pour s’assurer de la mise en place effective d’un enseignement. En effet, tous les discours péremptoires ne peuvent prendre du sens que par la nomination concrète et en nombre suffisant d’enseignants d’EPS dans les établissements scolaires. Le principe de son obligation, régulièrement rappelé par l’ensemble des textes officiels à travers notamment l’évocation d’horaires officiels, traduit non seulement l’importance qui lui est attribuée par le législateur mais aussi toute la difficulté de la mettre en œuvre. Cette situation renvoie à la question de sa diffusion et aux possibilités d’accès de l’ensemble des élèves scolarisés, autrement dit à la démocratisation de son enseignement. Si avant 1945, tout le monde s’accorde pour affirmer l’important déficit d’enseignants pour en assurer l’application (Saint-Martin, 1997), à la Libération les discours sont moins unanimes et l’EPS semble enseignée à tous les élèves.

2

En réalité, derrière ces apparences, la démocratisation de l’EPS reste une difficulté récurrente entre 1945 et 1981. En s’appuyant sur le nombre d’enseignants d’EPS en exercice et non sur les postes budgétaires (Attali, 2004) et sur le nombre d’élèves scolarisés dans les établissements de l’enseignement secondaire public [3]  Durant notre période d’étude, les structures d’accueil... [3] , nous tenterons de faire apparaître les distorsions entre les volontés institutionnelles et leurs laborieuses mises en œuvre. En outre, cette option méthodologique implique de développer une démarche différenciée en fonction des statuts enseignants qui se multiplient entre 1945 et 1981 (Girault, 1996 ; Compagnon, Thévenin, 2001).

3

Entre 1945 et 1958, les effectifs de l’enseignement secondaire public doublent quasiment. Cette situation traduit un désir important de scolarisation. L’école représente un espace à investir pour espérer gravir les échelons de la hiérarchie sociale (Robert, 1993). Alors que les structures se modifient assez peu, le recrutement des enseignants s’accroît, notablement pour assurer les horaires obligatoires de l’ensemble des disciplines (Prost, 1981). En EPS, le nombre d’enseignants connaît, entre 1948 et 1957, une augmentation de 19,8 %. Celle-ci est d’ailleurs irrégulière puisqu’en 1949-1950 on constate une diminution des effectifs enseignants [4]  Elle est due à des restrictions budgétaires et au contexte... [4] tandis que le nombre d’élèves continue d’augmenter. Le décalage flagrant avec la croissance de la population scolaire montre aussi la faible diffusion de l’EPS. Tous les enfants scolarisés ne profitent donc pas de cet enseignement. Ce constat est confirmé lorsque l’on calcule le ratio national d’élèves par enseignant. En effet, chacun d’entre eux doit prendre de plus en plus d’élèves en charge (de 160,4 élèves en 1948/1949 à 202,1 en 1956/1957). Ainsi, entre 1948 et 1958, alors que le nombre absolu d’enseignants d’EPS augmente, le taux d’encadrement suit une progression inverse annihilant tout espoir de généralisation de cet enseignement.

4

En outre, en croisant les obligations de service des deux principales catégories enseignantes à partir de 1950 [5]  Le décret du 25 mai 1950 fixe le temps de travail des... [5] et les horaires obligatoires d’enseignement (5 heures), la capacité d’encadrement d’un professeur d’EPS et d’un maître d’EPS s’élève respectivement à 105 élèves et 135 élèves. Or les chiffres sur l’ensemble de cette période (tableau 1) sont nettement supérieurs à ces estimations, et il paraît impossible de proposer un enseignement équitable sur tout le territoire français. De plus, l’affectation prioritaire des enseignants dans les zones urbaines aggrave ce phénomène. Le plus souvent, faute d’enseignant dans les établissements ruraux, l’EPS n’est pas inscrite dans les emplois du temps. Enfin, la nature des établissements influe également sur l’offre d’enseignement d’EPS proposée. La situation dans le premier cycle est plurielle. Alors que les cours complémentaires offrent un temps d’enseignement moyen réduit en deçà des deux heures hebdomadaires par classe, les collèges tendent à se rapprocher de l’horaire obligatoire. Quant aux lycées, ils ne proposent souvent aucun cours d’EPS. En définitive, on perçoit un enseignement à plusieurs vitesses en fonction des établissements [6]  En effet, les élèves issus des catégories populaires... [6] et de la gestion d’un personnel dont le nombre s’avère nettement insuffisant au regard des nouveaux besoins scolaires.

TABLEAU 1 - Un encadrement déficitaire (1945-1958) 

Année

Nombre d’enseignants d’EPS1

Nombre d’élèves dans l’enseignement secondaire public

Nombre d’élèves par enseignant d’EPS

1945-1946

//

550 700

//

1946-1947

//

580 700

//

1947-1948

//

593 600

//

1948-1949

3 746

600 900

160,4

1949-1950

3 565 (-181)

630 100

176,7

1950-1951

//

665 900

//

1951-1952

3 886

674 200

173,5

1952-1953

4 098 (+212)

711 100

173,5

1953-1954

4 179 (+81)

738 300

176,7

1954-1955

4 281 (+102)

787 500

184

1955-1956

4 481 (+200)

839 100

187,3

1956-1957

4 672 (+191)

944 100

202,1

1957-1958

//

1 035 400

//

[1]

Les chiffres entre parenthèses correspondent à la différence absolue par rapport à l’année précédente.

5

Le début du premier mandat du général de Gaulle est marqué par les réformes scolaires engagées par son ministre de l’Éducation nationale. Le 6 janvier 1959, J. Berthoin prolonge par ordonnance la scolarité obligatoire à 16 ans et porte réforme de l’enseignement public par décret. Ces mesures engendrent une « explosion scolaire » (Cros, 1961) dont les chiffres du tableau 2 traduisent l’ampleur. Alors que, durant les années 1950, les effectifs augmentaient en moyenne de 5,1 % par an (tableau 1), entre 1958 et 1968 l’accroissement atteint une moyenne de 9,3 % avec un pic de 17,2 % en 1960-1961 (tableau 2). Pour faire face à ce bouleversement, les recrutements d’enseignants s’accélèrent. De nouveaux statuts sont créés afin d’engager des personnels n’ayant pas obtenu les diplômes jusque-là nécessaires [7]  En particulier, les statuts de professeurs adjoints,... [7] et réduire les temps de formation (Girault, 1996). L’EPS ne fait pas exception et le Haut commissaire à la Jeunesse et aux Sports, M. Herzog, profite de cette situation pour augmenter son budget (Martin, 1999). Au début de la décennie 1960, les effectifs connaissent un accroissement brutal avec l’arrivée chaque année d’une cohorte de nouveaux enseignants. En près de dix ans, la capacité d’encadrement double presque ; l’accroissement annuel oscille régulièrement entre 8 et 10 % (tableau 2). Chaque année, il est recruté quasiment autant d’enseignants que sur l’ensemble de la période précédente (tableau 1). On pourrait penser que ces mesures comblent les déficits horaires. Or le calcul du ratio national élèves-enseignant montre que la réalité est plus complexe et nettement moins à l’avantage de l’EPS. Si l’effort est manifeste, il ne compense pas la déferlante démographique qui s’abat sur l’école. Bien plus, la situation s’aggrave puisque le nombre d’élèves par enseignant atteint des sommets en 1960-1961, interdisant l’application de l’horaire obligatoire d’EPS [8]  Pour assurer cet horaire, le Ve Plan estime nécessaire... [8] . L’analyse locale confirme le paradoxe de cet extraordinaire effort de recrutement, malgré tout nettement insuffisant face aux effectifs des élèves scolarisés (Combeau-Mari, 1996).

TABLEAU 2 - Des apparences trompeuses (1958-1968)

Année

Nombre d’enseignants d’EPS

Nombre d’élèves dans l’enseignement secondaire public

Nombre d’élèves par enseignant d’EPS

1958-1959

//

1 147 600

//

1959-1960

6 059

1 268 800

209,4

1960-1961

6 674 (+615)

1 531 600

229,5

1961-1962

7 395 (+721)

1 688 900

228,4

1962-1963

8 140 (+745)

1 859 300

228,4

1963-1964

9 194 (+1024)

2 039 100

221,8

1964-1965

10 014 (+850)

2 278 700

227,6

1965-1966

10 905 (+891)

2 461 500

225,7

1966-1967

11 767 (+862)

2 557 700

217,4

1967-1968

13 030 (+1 263)

2 721 600

208,9

6

Alors que, dans la période précédente, l’EPS était supprimée dans certains cas, sous l’effet de son obligation au baccalauréat (5 octobre 1959), l’État doit désormais assurer dans le second cycle un minimum d’enseignement pour tous les élèves. La circulaire du 14 juin 1960, rendant indispensable au moins deux heures hebdomadaires d’EPS, participe de cette réduction des horaires, certes non officielle, mais effective face à l’urgence. La moyenne nationale d’EPS s’établit ainsi au cours de cette décennie aux environs de 2 h 30. Au-delà de ce chiffre qui ne reflète pas la diversité des situations, les horaires apparaissent dépendants du type d’établissement. Soumis aux contraintes du baccalauréat, les lycées et les collèges d’enseignement technique proposent les temps d’enseignement les plus longs (plus de 2 h 30). Les collèges d’enseignement secondaire, qui accueillent les enfants issus des couches moyennes et aisées de la population, offrent une plage de 2 h d’EPS. Enfin, les collèges d’enseignement général, regroupant les catégories populaires, subissent une réduction horaire importante avec parfois moins d’une heure d’EPS par classe. En fin de compte, durant les années 1960, la démocratisation de l’EPS semble acquise sur des bases inégales. Le dynamisme des enseignants [9]  Dans certains établissements, les enseignants regroupent... [9] , l’incitation administrative (Martin, 1999) ou les expériences de rénovation [10]  L’analyse de la revue professionnelle E.P.S. en témoigne... [10] de l’enseignement ne résistent pas face à l’évidence d’une situation qui ne permet pas de proposer à tous les enfants scolarisés des conditions d’enseignement équivalentes. Les 5 h officielles d’EPS restent un leurre dans le système éducatif français. Les planifications pédagogiques proposées sur cette base demeurent utopiques au regard de la réalité vécue par les élèves et les enseignants.

Une adaptation à la réalité (1968-1981)

7

À partir de 1968, le ministère de la Jeunesse et des Sports instaure plusieurs mesures concernant les enseignants d’EPS pour qu’ils participent mieux au procès éducatif sans nécessairement inscrire leur discipline dans l’emploi du temps hebdomadaire des enseignements obligatoires. F. Missoffe, qui succède à M. Herzog en janvier 1966, envisage l’intervention de personnels non reconnus par le ministère de l’Éducation nationale pour collaborer à l’éducation des élèves. La solution ultime prévoit une EPS dispensée par des éducateurs sportifs dans des structures annexes aux établissements scolaires. Sous-tendu par une volonté de démocratisation et piloté par une logique libérale, l’avenir des enseignants d’EPS semble se situer au côté de l’école, à l’instar de leur discipline qui, entre 1966 et 1981, est rattachée au ministère de la Jeunesse et des Sports (Arnaud et Saint-Martin, 1998). Les nouvelles contingences économiques, beaucoup moins favorables, et les doutes sur les liens entre sport et éducation physique imposent une reconfiguration qui passe par les aspects quantitatifs.

8

Même si, entre 1968-1969 et 1980-1981, on perçoit la rapide réduction du nombre d’élèves par enseignant d’EPS (-27 %), pouvant être interprétée comme l’existence de meilleures conditions d’enseignement, les chiffres présentés (tableau 3) illustrent un choix politique marqué par la rigueur budgétaire. Face au tassement progressif de l’accroissement scolaire annuel, les responsables successifs privilégient la gestion quantitative aux mesures qualitatives. Peu importe finalement la nature des contenus d’enseignement ; seule la présence d’un enseignant face à une classe d’élèves oriente les politiques éducatives [11]  La multiplication des statuts en témoigne, comme celui... [11] . Tous les moyens sont utilisés pour parvenir aux normes d’encadrement jugées indispensables. Déjà à l’automne 1969, J. Comiti, qui succède à F. Missoffe, propose aux maîtres d’EPS une augmentation de salaire de 50 % en contrepartie d’un service hebdomadaire de 27-28 heures (Martin, 1999). Face à leur refus, il opte finalement pour la diminution pure et simple de l’horaire obligatoire d’EPS (circulaire du 9 septembre 1971). Cette réduction drastique des horaires sème le doute quant à la légitimité institutionnelle de l’EPS (Attali et Saint-Martin, 2004).

TABLEAU 3

Année

Nombre d’enseignants d’EPS

Nombre d’élèves dans l’enseignement secondaire public

Nombre d’élèves par enseignant d’EPS

1968-1969

14 340 (+ 1 310)

2 984 700

208,1

1969-1970

15 459 (+ 1 119)

3 255 800

210,6

1970-1971

16 536 (+ 1 077)

3 432 300

207,5

1971-1972

17 616 (+ 1 080)

3 618 500

205,4

1972-1973

18 925 (+ 1 209)

3 793 900

200,4

1973-1974

20 134 (+ 1 209)

3 850 900

191,2

1974-1975

22 088 (+ 1 954)

3 916 200

177,3

1975-1976

23 140 (+ 1 052)

3 995 900

172,6

1976-1977

23 992 (+ 852)

4 066 600

169,5

1977-1978

//

4 072 300

//

1978-1979

25 524

4 100 600

160,6

1979-1980

//

4 113 800

//

1980-1981

27 100

4 107 300

151,5

9

Devant cette situation vécue par les enseignants d’EPS comme un déni de leur utilité scolaire, le gouvernement persévère, réaménage au besoin la carte scolaire et se livre à leur redéploiement. Avec la mise en œuvre de cette politique, le ratio élèves-enseignant tombe sous la barre des 200 à partir de l’année 1973-1974. Mais ce résultat est obtenu au prix d’importantes concessions ; le gouvernement estime par exemple que chaque enseignant peut effectuer en moyenne deux heures supplémentaires de cours par semaine [12]  Légalement autorisées depuis 1950, ces deux heures... [12] .

10

L’année 1975-1976 marque une étape importante de cette politique d’austérité. Au mitan des années 1970, le sport optionnel [13]  La circulaire du 5 octobre 1973 définit le sport optionnel... [13] devient le modèle d’organisation privilégié, même s’il stigmatise les débats autour du contenu de l’EPS à enseigner à tous (Attali, 2004). Avec la mise en place des Centres d’Animation Sportive (circulaire du 1er juillet 1972) puis, l’année suivante, celle des Sections Sport Études (SSE) [14]  La circulaire du 15 novembre 1973, qui précise l’objectif... [14] , la logique économique et libérale bouscule les positions des professionnels de l’EPS (Goujeon, 2000 ; Attali, 2005). Cette stratégie structure finalement la démographisation de l’EPS qui flirte désormais avec le champ extra-scolaire. Véritable cordon ombilical entre les associations sportives civiles et l’EPS scolaire, le CAS représente la première étape de l’extra-scolarisation de l’EPS.

11

En devenant optionnel, le temps de l’initiation sportive comble apparemment le déficit des horaires d’EPS. La circulaire du 25 novembre 1971 mentionne que les heures passées par les élèves dans les CAS représentent les « heures de sport complémentaires des heures d’EPS pratiquées dans le cadre de l’établissement » [15]  Cinq mois plus tard, la circulaire du 24 mars 1972... [15] . Habile sur le plan administratif [16]  Tous les textes publiés après le 9 septembre 1971 font... [16] pour rendre le sport accessible à tous, cette solution arithmétique défendue par J. Chaban-Delmas ne résout pas la crise de l’EPS et remet en question les missions des enseignants d’EPS du second degré.

12

Progrès pour les uns, le passage en force de ces mesures ne favorise pas la sérénité et l’unanimité des enseignants. Alors que cette « victoire à la Pyrrhus » (Martin, 2002) participe bon an mal an à la démocratisation quantitative de l’EPS à l’école (tableau 3), cette propagande pro-sportive met en évidence une stratégie politique de plus en plus discutée par les organisations professionnelles des enseignants d’EPS (Attali, 2004).

13

En transformant progressivement les CAS en Service d’Animation Sportive (SAS [17]  Les SAS, définis par les circulaires du 20 mars et... [17] ) en 1977, P. Mazeaud puis J.-P. Soisson poursuivent ce processus. Le plan de relance du 31 août 1978 représente l’expression la plus aboutie de cette logique privilégiant les données quantitatives aux exigences qualitatives. Le tableau 3 l’illustre par la baisse continue du ratio élèves-enseignant, une première fois de 5 % en 1978-1979, puis de nouveau de 5 % en 1980-1981, pour atteindre le chiffre de 151,5 élèves par enseignant d’EPS [18]  Le plan Soisson prévoit notamment une réduction du... [18] . Tous les élèves ont désormais accès à un enseignement équitable sans toutefois préjuger de l’accessibilité de son contenu dont la définition a été réduite à sa plus simple expression. À la démocratisation quantitative de l’EPS doivent désormais être associées des conditions qualitatives sans lesquelles tout enseignement de masse se révèle voué à l’échec (Prost, 1992 ; Robert, 1993).

Conclusion

14

Entre 1945 et 1981, les solutions gouvernementales pour démocratiser l’EPS dans le système éducatif français se révèlent essentiellement quantitatives. L’explosion des effectifs scolaires contrarie les prévisions optimistes en matière d’horaires obligatoires et aboutit en EPS à la mise en évidence d’un paradoxe. L’amélioration lente et progressive du ratio élèves-enseignant d’EPS se produit au prix de concessions lourdes de conséquences en matière d’organisation de l’EPS et de légitimité scolaire. La présente analyse met en évidence une politique fondée sur l’augmentation des recrutements et sur le redéploiement des personnels qui semble ne pas pouvoir se passer d’une baisse généralisée des horaires officiels d’éducation physique. Le contexte économique joue ainsi un rôle non négligeable en interdisant une explosion des effectifs enseignants trop coûteuse, surtout pour une discipline dont on émet des doutes sur sa pertinence éducative. À une période où l’école laisse de plus en plus place à l’initiative individuelle, la démocratisation quantitative de l’EPS se traduit dans les pratiques quotidiennes par une politique optionnelle marquée du sceau de l’idéologie libérale et du pragmatisme gestionnaire. Cette situation illustre finalement les analyses de P. Bourdieu (1993) selon lesquelles la démocratisation rime avec mystification.


Bibliographie

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  • Martin, J.-L. (2002). Histoire de l’éducation physique sous la Ve République, la conquête de l’éducation nationale. Paris : Vuibert.
  • Prost, A. (1981). Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France. L’école et la famille dans une société en mutation (1930-1980), t. IV. Paris : Nouvelle Librairie de France.
  • Prost A. (1992). Éducation, société et politiques. Une histoire de l’enseignement en France de 1945 à nos jours. Paris : Le Seuil.
  • Robert, A. (1993). Système éducatif et réformes. Paris : Nathan.
  • Saint-Martin, J. (1997). L’exemplarité des éducations physiques étrangères en France entre les deux guerres mondiales. Thèse STAPS, Université C. Bernard, Lyon 1.

Notes

[1]

Maître de conférences Grenoble 1, laboratoire SENS et chercheur associé au CRIS – UFRAPS Grenoble, BP 53, 38041 Grenoble Cedex 9 – Tél. : 04 76 63 50 57 – Fax : 04 76 63 51 00 – michael. attali@ ujf-grenoble. fr

[2]

Maître de conférences Université Lyon 1, laboratoire CRIS, EA-647 – UFRSTAPS Lyon, 27-29 Bd du 11 novembre 1918, 69622 Villeurbanne – Tél. : 06 89 10 54 40 – Fax : 04 72 43 38 46 – j. saint-martin@ wanadoo. fr

[3]

Durant notre période d’étude, les structures d’accueil évoluent dans des proportions importantes. Elles regroupent en particulier les cours complémentaires ; les collèges d’enseignement général ; les lycées ; et les écoles professionnelles, techniques et agricoles. Les effectifs bruts sont issus des études de l’INSEE publiées annuellement.

[4]

Elle est due à des restrictions budgétaires et au contexte d’épuration qui touche les enseignants d’EPS (Attali, 2004).

[5]

Le décret du 25 mai 1950 fixe le temps de travail des professeurs d’EPS à 17 h d’enseignement obligatoire et 3 h au sein de l’association sportive ; les maîtres assurant pour leur part un total de 25 h (22 h + 3 h).

[6]

En effet, les élèves issus des catégories populaires suivent leur scolarité secondaire dans les cours complémentaires, alors que ceux issus des catégories plus aisées sont inscrits dans les collèges puis les lycées (Prost, 1981).

[7]

En particulier, les statuts de professeurs adjoints, de chargés d’enseignement et de maîtres auxiliaires.

[8]

Pour assurer cet horaire, le Ve Plan estime nécessaire de recruter 2800 enseignants d’EPS en 1968, 1969 et 1970 pour ensuite maintenir le rythme à 2000 enseignants par an. Or les recrutements entre 1968 et 1972 seront de 2860 enseignants.

[9]

Dans certains établissements, les enseignants regroupent par exemple les classes ou développent le travail en équipes pour réduite les coûts horaires.

[10]

L’analyse de la revue professionnelle E.P.S. en témoigne (pour exemple : Collectif, 1965).

[11]

La multiplication des statuts en témoigne, comme celui des professeurs bivalents.

[12]

Légalement autorisées depuis 1950, ces deux heures supplémentaires permettent de résorber le déficit de personnel de 8,7 %.

[13]

La circulaire du 5 octobre 1973 définit le sport optionnel comme « la forme d’options (sportives) pratiquées en sus des heures d’EPS déjà dispensées dans l’établissement (scolaire) ».

[14]

La circulaire du 15 novembre 1973, qui précise l’objectif et l’organisation de nouvelles sections « sports-études », accroît l’intégration officielle d’éducateurs sportifs dans l’institution scolaire.

[15]

Cinq mois plus tard, la circulaire du 24 mars 1972 prévoit même des transferts entre le lycée et le collège d’une même localité, n’entraînant de ce fait aucun changement de résidence pour les enseignants dont les postes sont ainsi transférés.

[16]

Tous les textes publiés après le 9 septembre 1971 font encore référence aux 5 heures obligatoires d’EPS au moins jusqu’en 1975.

[17]

Les SAS, définis par les circulaires du 20 mars et du 10 mai 1977, poursuivent l’œuvre des CAS d’une façon plus subtile car ils incitent les personnels enseignant l’EPS à élaborer des projets à leurs convenances.

[18]

Le plan Soisson prévoit notamment une réduction du forfait AS des enseignants d’EPS de trois à deux heures et un accroissement de la durée d’enseignement obligatoire par enseignant. Les aspects économiques dominent en limitant le recrutement des professeurs et en privilégiant celui des professeurs adjoints moins rémunérés.

Résumé

Français

Entre 1945 et 1981, les gouvernements successifs mettent en œuvre des solutions multiples pour permettre la diffusion de l’enseignement de l’éducation physique et sportive dans le système éducatif français. Face à l’accroissement continu des effectifs scolaires, les ministres successifs de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et des Sports ne peuvent assurer les horaires obligatoires, comme en témoigne l’étude du ratio national élèves-enseignant. Après une période durant laquelle les cinq heures d’EPS sont un leurre et où cet enseignement est pour certains supprimé, les années 1960 font apparaître une situation contrastée amenant à faire des concessions face aux urgences. La démocratisation quantitative équitable ne se produira qu’à partir des années 1970 par l’intermédiaire de mesures drastiques reposant à la fois sur des nécessités économiques et des choix éducatifs. Elle fera alors apparaître les limites d’une gestion administrative d’un enseignement dont on ne peut exclure les dimensions qualitatives.

Mots-clés

  • éducation physique
  • démocratisation quantitative
  • sport optionnel
  • explosion scolaire

English

Between 1945 and 1981, the successive governments implemented multiple solutions to increase the diffusion of the teaching of physical education in the French education system. Facing the continuous increase in the enrolled pupils, the successive Ministers for National Education and Youth and Sports could not ensure the obligatory schedules as testified by the study of the pupil-teacher ratio. After a period during which the five hours of Physical Education appeared as an illusion and during which these courses were sometimes omitted, the 1960’s revealed a contrasted situation leading to concessions for facing urgencies. The equitable quantitative democratization will occur only as from the 1970’s by means of drastic measures based both on economic concerns and educational choices. It will then reveal the limits of an administrative management of a teaching which one cannot exclude qualitative dimensions.

Keywords

  • physical education
  • quantitative democratization
  • optional sport
  • school explosion

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. Une adaptation à la réalité (1968-1981)
  3. Conclusion

Pour citer cet article

Attali Michaël, Saint-Martin Jean, « Essai d'analyse quantitative de l'encadrement de l'EPS entre 1945 et 1981 », Movement & Sport Sciences 1/ 2006 (no 57), p. 55-66
URL : www.cairn.info/revue-science-et-motricite-2006-1-page-55.htm.
DOI : 10.3917/sm.057.66


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