2006
Science & Motricité
Éditorial
Faut-il indexer Science & Motricité ?
Benoît Bardy
L’indexation de Science & Motricité dans la base de données de l’Institute for Scientific Information (ISI) est une question récurrente au sein de la communauté des chercheurs en sciences du sport et du mouvement humain. Durant notre présidence de l’ACAPS (2001-2005), nous avons eu, mon conseil d’administration et moi-même, à évoquer à de nombreuses reprises cette question, au sein du conseil ou à l’extérieur. Pour mémoire, la moitié environ des 16 000 références répertoriées à ce jour à l’ISI (8000 donc) concernent des revues internationales considérées comme importantes (les revues dites « indexées »). Ces revues sont suivies annuellement, classées par catégorie et par importance, principalement en référence au facteur d’impact de la revue (le nombre de fois où un périodique voit ses articles cités sur une période de deux ans, divisé par le nombre total de ses articles publiés pendant cette période).
Grâce au travail effectué par chacun(e) ces dernières années, aux accords passés depuis 2001 avec l’éditeur De Boeck, à la solidité financière de la société et de sa revue, aux nombreux articles en attente de parution, ainsi qu’aux sévères mais justes expertises réalisées par les experts et encadrées par les éditeurs scientifiques, S&M présente à ce jour les signes tangibles d’une possible indexation. Pour autant, cette indexation est-elle souhaitable ?
Les partisans du « Pour » argueront sans doute l’internationalisation de la revue consécutive à son indexation, sa diffusion accrue, son attrait renouvelé pour nos jeunes chercheurs en vue de la préparation aux concours de recrutement, le reformatage souhaitable ou imposé qui l’accompagnerait nécessairement (le passage à langue anglaise notamment), ou encore simplement le sentiment d’accomplissement au terme d’un long processus de maturation. Ils auront raison, même si chacun de ces arguments peut (et doit) s’évaluer finement.
Les partisans du « Contre » avanceront la nécessité de maintenir une revue de langue française, l’existence de revues pluri-disciplinaires déjà indexées, le marché saturé des publications dans le domaine des sciences du sport (environ 60 périodiques dans cette catégorie créée en 1999 par l’ISI), souvent de faible valeur en termes de citations (seuls 20 % de ces périodiques ont un impact > 1), la réorientation disciplinaire que l’indexation pourrait impliquer, ou encore le caractère discutable du facteur d’impact pour classer les périodiques, notamment ceux qui pratiquent réellement la pluridisciplinarité. Ils auront raison, même si chacun de ces arguments peut (et doit) s’évaluer finement.
Faut-il indexer Science & Motricité ? Au cours des cinq dernières années, le CA de l’ACAPS a fait le choix de solidifier la revue (scientifiquement et financièrement), garantir l’excellence de sa production, assurer sa diffusion internationale avec son éditeur tout en maintenant sa pluridisciplinarité. S&M est une bonne revue, marquée par la rigueur de ses expertises, appréciée des juniors et des séniors, tant pour ses brefs comptes-rendus d’expériences que ses revues de questions. Son indexation aurait les avantages énoncés plus haut. Elle pourrait en avoir également les inconvénients, en particulier si l’on y prend garde celui de se retrouver en bas de classement de sa possible catégorie d’appartenance, pour des raisons élémentaires mathématiques. La décision de demander l’indexation de S&M, et les négociations avec l’ISI qu’elle engendrerait, ne doit pas être prise à la légère. Elle doit résulter d’une réflexion approfondie autour des critères évoqués plus haut (et d’autres), et surtout d’un engagement de tou(te)s, responsables de la revue et de la société, mais aussi experts, éditeurs, et surtout chercheur(e)s.