2007
Science & Motricité
Ouvrages signalés
D. Jallat
Bosman, F., Clastres, P., & Dietschy, P. (eds.) (2006). Le sport de l’archive à l’histoire. Besançon : Presses Universitaires de Franche-Comté
Le travail réalisé par F. Bosman, P. Clastres et P. Dietschy présente un réel intérêt d’autant que c’est la première fois qu’un tel ouvrage est commis en histoire du sport. Cette publication réunit les communications présentées lors d’un colloque qui s’est déroulé en 2005 sur le thème des archives dont la densité, la richesse et l’intensité ont été exceptionnelles (en témoigne ce livre, mais aussi une organisation sur deux sites pourtant éloignés -Paris et Roubaix- qui n’a pas rebuté les participants). L’objet de cet ouvrage est pluriel, comme le suggère son titre, « ...de l’archive à l’histoire » vise à faire connaitre aux lecteurs des lieux parfois inattendus où sont disponibles des sources ou des types de sources sur le sport et à présenter un recensement non exhaustif des collections susceptibles d’intéresser les chercheurs qui travaillent sur cet objet. Mais l’entreprise a également d’autres ambitions et une ampleur différente : les auteurs émettent l’idée dans leurs articles que des collaborations soient nouées (échanges entre les institutions ; coopérations entre établissements publics et laboratoires de recherche) ; ils aspirent à faire naître des vocations à exploiter les archives ; ils évoquent des pistes possibles de travail, font part de réflexions qui toutes présentent un intérêt certain pour le chercheur (même si, parfois, il s’agit de débats techniques entre archivistes). L’ouvrage est donc plus qu’un simple catalogue de sources comme cela se fait souvent en histoire ; son apport pour l’historien du sport est incontestable.
Le document est organisé autour de six chapitres dont la logique a sans doute été difficile à trouver, comme en témoigne, par exemple, la rupture entre des parties organisées sur des lieux d’archives déclinés de l’international au local en passant par les fédérations, le mouvement olympique français, les clubs et les privés et un chapitre dont l’idée est différente puisqu’il traduit plutôt deux types d’archives différentes des classiques sources écrites : l’iconographie et les sources orales (que, par ailleurs, d’autres auteurs évoquent également dans les chapitres précédents). On peut aussi s’étonner de certains manques comme, par exemple, le peu de cas qui est fait dans ce livre de la presse, même si ce type de sources est facile d’accès et très largement exploité par les chercheurs. Ces deux remarques sont mineures au regard de la richesse de l’ouvrage qui présente plusieurs points de vue (souvent convergents et complémentaires) : celui des chercheurs, celui des institutions et celui des personnels en charge des archives.
Nous avons relevé trois catégories d’informations présentes dans les 31 articles de ce livre auxquels s’ajoutent 6 propos introductifs ou conclusifs :
1° Des éléments visant à présenter et inventorier les collections (contenus, classement, logique de regroupements, etc.), mais aussi à recenser des corpus avec « leur origine » et leur localisation ; ici les connaissances offertes par les chercheurs et celles proposées par des archivistes se complètent admirablement pour offrir aux lecteurs les informations les plus complètes possibles (bien sûr, certains domaines ne sont pas évoqués et d’autres traités avec plus ou moins de profondeur ; mais comment pourrait-il être autrement dans un ouvrage dont la vocation n’est pas uniquement celle de faire état des sources disponibles et à propos d’un sujet aussi vaste que le sport). Sur ce point l’originalité de l’ouvrage consiste à illustrer chaque article par un exemple de document.
2° Des réflexions que se posent les institutions en charge des archives mais aussi celles qui font la vie sportive, à propos de l’acte de conservation. Ces questions relèvent de la politique de ces établissements, mais elles peuvent également intéresser le chercheur et l’aider dans la construction d’un corpus. Quelles sont les missions des centres d’archives ? Quelles sont les prérogatives de chacun d’entre eux ? Quelles sont leurs logiques de préservation, de classement ? Comment susciter des procédures de conservation auprès des producteurs de sources ? Quelle urgence y-a-t-il à le faire ? Quelles démarches ont déjà été effectuées par ceux qui ont la charge de gérer ou d’organiser le sport ? …
3° L’expérience de chercheurs qui se sont mesurés au travail dans les archives. Les plus expérimentés dans ce domaine évoquent, alors, les difficultés et problèmes qu’ils ont rencontrés dans la constitution de leur corpus, les pièges auxquels ils ont été confrontés dans leurs travaux, mais également le type d’histoire autorisé par les différents types de sources, les partis pris méthodologiques qu’ils ont dû prendre en fonction de certaines archives. Ils énoncent également des problématiques possibles liées aux sources qu’ils ont analysées, précisent parfois la façon dont ils ont travaillé dans les collections à leur disposition, font part de perspectives à développer.
Ces trois points, qui ne manqueront pas d’intéresser les lecteurs, font de l’ouvrage un travail complet, un réel apport pour la connaissance en histoire et une aide précieuse pour tous les chercheurs en histoire du sport.
Dietschy P., & Clastres P. (2006). Sport, société et culture en France, du XIXe siècle à nos jours. Paris : Hachette supérieur, coll. « Carré histoire »
L’ouvrage s’adresse prioritairement aux étudiants comme en témoignent le contenu mais aussi la collection dans laquelle le livre est commis. Sept chapitres (encadrés par une introduction et une conclusion) structurent l’analyse qui balaye l’histoire du corps, de l’éducation physique et du sport de la fin du XIXe siècle à nos jours (2006) ; on peut d’ailleurs saluer cette volonté des auteurs (2 historiens qui ont mené de nombreuses recherches sur cet objet) de pousser les analyses jusqu’aux années 2000. Les chapitres, que les auteurs ont voulu chrono-thématiques, rendent compte des grands thèmes qui ont structuré le sport et qui lui ont donné son importance ; ils prennent appui sur les périodes classiques de l’histoire (le XIXe, de Sedan à la première guerre mondiale, l’entre-deux-guerres, le front populaire, Vichy, la politique gaullienne, etc.), qui sont en même temps des périodes qui marquent et transforment le sport.
Dès l’introduction, les auteurs affirment une position épistémologique intéressante (trop d’ouvrages sur le même sujet oublient de poser, en préambule, les présupposés qui ont organisé la réflexion) : le sport moderne est indissociable du contexte de la révolution industrielle ; dès lors, le sport doit être considéré avant tout comme une rupture avec les jeux traditionnels ou les exercices corporels qui l’ont précédé. On peut cependant regretter que cette position, même si elle est classique, ne soit pas plus développée ou qu’elle ne serve pas plus de fil conducteur à l’ouvrage dans la mesure où elle constitue une véritable pierre d’achoppement entre certains courants de l’histoire du sport.
Le livre présente de nombreuses qualités : l’ouvrage est extrêmement bien référencé et documenté ; il s’agit souvent de renvois à des thèses ou des ouvrages approfondis sur une question, de plus les auteurs font l’effort de présenter à la fin de chaque chapitre (ou en annexe) des documents d’époque en rapport avec la thématique développée dans les pages précédentes. De même que l’on apprécie le souci qui anime les auteurs de prendre appui sur des éléments du contexte ou des connaissances historiques, sans toutefois alourdir le propos ou faire oublier le thème principal. Le travail est bien écrit, structuré ; la démonstration probante.
Les auteurs ne revendiquent pas l’originalité de leurs thèses, au contraire, pour rendre intelligible l’histoire des sports (pourtant connue et maintes fois énoncée) ils annoncent comme seule ambition de relire l’histoire des sports à travers « le prisme qui conjugue le politique, l’économique, le social et le culturel » et c’est ce qui donne de la clarté à leur propos, même s’ils sont alors conduits à quelques raccourcis, simplifications et erreurs minimes. Ces petits travers sont sans doute la conséquence de l’option voulue par les auteurs de coller à une histoire déjà écrite à laquelle ils ne font, et c’est déjà beaucoup, que donner de la cohérence sur le long terme. Ils résultent également du type de plan (chronothématique) adopté par les auteurs qui oblige à négliger certains aspects de la période pour en grossir d’autres plus marquants.
Néanmoins, et pour conclure, il convient de réaffirmer l’intérêt de cet ouvrage, sa qualité, et ce qui n’est pas le plus simple son mérite à poser simplement et efficacement une histoire des sports par ailleurs complexe tant elle résulte de facteurs multiples et renvoie à des histoires plurielles.