Science et motricité
De Boeck Université

I.S.B.N.2804154769
138 pages

p. 131 à 136
doi: 10.3917/sm.061.0131

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n° 61 2007/2

Ferez, S. (2007). Le corps déstabilisé. Paris, L’Harmattan, coll. « Le corps en question »

En 2005, Sylvain Ferez a publié Mensonges et vérités des corps en mouvement. Cette biographie a rendu visible la complexité de la trajectoire de Claude Pujade-Renaud qui était communément associée et réduite à l’expression corporelle et à la critique du sport, dans un contexte idéologique marqué par mai 1968, alors même que la richesse de son parcours lui confère une triple reconnaissance : en EPS, en sciences de l’éducation et en littérature. Avec Le corps déstabilisé paru en 2007, il poursuit son travail biographique relatif à Claude Pujade-Renaud en pointant les récurrences et cohérences dans l’œuvre littéraire de cette femme avant de les interpréter autant que possible, en lien avec sa trajectoire de vie.
La thèse principale défendue dans cet ouvrage de 360 pages construit en dix chapitres, est la suivante : « le pouvoir d’interpellation corporelle des textes de C. Pujade-Renaud correspond à une certaine façon d’y élaborer et d’y faire travailler l’ordre symbolique ». L’auteur s’inscrit dans le prolongement de Lucien Goldman (Pour une sociologie du roman, 1970) ; il propose une analyse qui croise les principes d’une critique littéraire et emprunte les voies de la sociologie de l’art en évitant de tomber dans les pièges du génie artistique.
Sylvain Ferez montre tout d’abord, qu’au-delà des ruptures des centres d’intérêts et des expériences de vie qui caractérisent l’itinéraire de C. Pujade-Renaud, celle-ci est mue par une profonde cohérence : un questionnement sur les articulations entre le dire et le faire, entre le verbal et le non-verbal, entre le corps et le langage demeure dans le domaine des pédagogies corporelles, puis des sciences de l’éducation et enfin dans son œuvre littéraire. La nécessité d’apporter une réponse à ce questionnement persistant a été, semble-t-il, une des conditions de son glissement de la pédagogie (réflexive) vers la littérature (réflexive également).
L’ouvrage s’attache ensuite au fait que, si Claude Pujade-Renaud s’oriente sans regret de la pédagogie vers la littérature, elle a néanmoins continué à traiter de la danse dans ses textes. La danse semble alors lui offrir l’occasion de mettre en scène un jeu de significations qui la dépassent : interroger la mise en mouvement de ce qui avait été a priori fixé ; de questionner la formation et la déformation du vécu des délimitations corporelles. Pour l’auteur du corps déstabilisé, la position sociale problématique en termes d’héritages culturel, religieux et de genre, est à l’origine de ces écrits convoquant la danse. L’eau revient par ailleurs sans cesse dans l’œuvre de Claude Pujade-Renaud. Elle y est un agent dissolvant les catégories fixées dans les corps et dans le langage ; elle y est pouvoir de dissolution mais aussi puissance destructrice.
Le poids de l’héritage et de la répétition chez les personnages de Claude Pujade-Renaud est également mis en évidence. À travers la répétition, se joue un procès de la rigidification et s’inscrit la question de l’héritage (comme enjeu de sens et de pouvoir). Comme la danse ou l’eau, la répétition est bicéphale et elle a sa logique destructrice. Les héros de l’œuvre littéraire étudiée paraissent toujours devoir remettre en cause les catégories de l’ordre symbolique par leur corps et leurs mots, répondant à une nécessité de résistance à l’enfermement dans les structures de pouvoir. Ainsi, à travers la destinée de personnages singuliers et de couples improbables qui défient l’ordre symbolique au risque de la mort et de la folie, s’expriment une nécessité d’ouvrir les catégories fixées par le corps et le langage et une volonté de faire vaciller les codes et normes engendrés par le pouvoir. Les personnages, en outre marqués par des positions sexuées très contrastées, avec des hommes et des femmes qui sont mal placés dans l’institution et qui tentent de la re-placer, ne sont pas sans rappeler les expériences de vie et les amours de Claude Pujade-Renaud. L’androgynie y répond à une nécessité : celle d’échapper à un positionnement identitaire donné par avance ; celle de briser l’enfermement dans la répétition et la reproduction. La problématique de la place travaille en somme la plupart des personnages confrontés à des phases de flottement, d’errance et d’insatisfaction (en lien avec une position de dominé(e) le plus souvent).
Enfin, pour Sylvain Ferez, un certain nombre d’éléments rapprochent l’activité de la chorégraphe et de l’écrivain : la grande instabilité qui les habite ; la tentative de s’accommoder d’une place mal assurée ou d’un déséquilibre ; la conception de l’écriture comme acte corporel (et de mise à distance corporelle) et à l’inverse, la mise en scène des corps qui prend une place essentielle dans l’œuvre littéraire ; une écriture qui s’apparente à un jeu de mobilité, de déséquilibre et d’instabilité.
Cet ouvrage, en proposant une analyse socio-symbolique de l’œuvre littéraire de Claude Pujade-Renaud nous offre une nouvelle facette d’une femme marquante pour l’histoire des pratiques et des pédagogies corporelles.
C. ERARD

Dietschy P., Gastaut Y. et S. Moulane (2007). Histoire politique des Coupes du monde de football. Paris, Vuibert, coll. « sciences, corps et mouvements »

On pourrait voir dans cet ouvrage un livre de plus sur le football. Si les auteurs s’intéressent en effet à cette activité sportive, ils le font en revanche d’une manière originale et particulière. Partant du constat de la présence d’hommes politiques lors des grandes compétitions footbalistiques et surtout d’attitudes qui rompent avec le rang et la fonction qui sont les leurs (omniprésence, salut fraternel, baiser sur le front, …), partant également du fait que, au moment où l’idée d’une Coupe du monde, organisée tous les quatre ans pour réunir des équipes nationales, germe en 1930, le sport n’est plus apolitique, les auteurs ont essayé, avec brio, de comprendre l’ancrage politique du football. Ils s’intéressent à son utilisation ou sa récupération par le monde politique, s’interrogent sur le rôle prétendu du « ballon rond » comme acteur des relations internationales, comme « catalyseur de changements positifs dans le monde », comme élément unificateur.
Historiens de formation, les trois auteurs engagent donc l’idée que le football est un « objet historique éminemment politique ». Ils ne prétendent pas réaliser une histoire complète (globale) de cette activité, au contraire. Ils ont donc opéré des choix en rapport avec leur problématique : porter leur intérêt sur des évènements précis – les Coupes du monde – et sur un aspect défini – le caractère politique de ces manifestations. Mais là encore, avec intelligence et réflexion, les auteurs cherchent à éviter de survaloriser « la portée politique et idéologique du ballon rond » et celle de ces compétitions. Quatre parties prennent place dans ce livre qui appuient leur argumentation sur les archives de la FIFA, du CIO mais aussi de la presse sportive et généraliste de l’époque. Elles permettent de visiter les liens forts entre football et politique et, en même temps, elles montrent des dimensions particulières de ces relations. Le premier chapitre étudie, pour trois moments de l’histoire des Coupes du monde (la genèse, 1930, 1998) la capacité des manifestations de football à « mobiliser des opinions publiques » mais aussi les possibilités pour les Etats qui accueillent l’évènement (sous délégation de la FIFA) à démontrer leurs capacités d’organisateur, leur engagement dans le sport et enfin leur rayonnement. Un deuxième thème aborde la façon dont des dictatures ou des régimes totalitaires (l’Italie fasciste, la Hongrie sous Staline, le communisme soviétique et enfin l’Argentine militaire) ont instrumentalisé les Coupes du monde (et certains joueurs) pour démontrer dans leur pays surtout mais aussi au reste du monde la pertinence des modèles idéologiques qu’ils soutiennent. Une troisième partie vise à montrer, à travers le football et les « affrontements » qu’il occasionne, le jeu métaphorique joué par certains pays sur la scène internationale. En 1938, puis en 1974, ou encore en 1998 mais aussi en 2002 la Coupe du monde permet aux nations qui y participent de faire la preuve de leur puissance, de montrer leurs valeurs, leur prestige et l’efficacité de leur système social, économique ; elle favorise alors l’exacerbation d’un sentiment d’appartenance nationale qui doit être analysé au travers du prisme des relations inter-nations. Enfin, les auteurs abordent le rôle du football dans le cadre des relations Nord-Sud en fixant leur focale sur les éditions ou sur les matchs qui mettent aux prises les pays émergents avec les anciennes nations occidentales ou sur des compétitions qui on permis à des pays du Sud d’exprimer des revendications internationales.
Conscients de facteurs qui pourraient brouiller leur analyse (le contexte et les circonstances, la médiatisation différente d’une Coupe qui pourrait grossir certains traits du caractère politique du football) les auteurs sont prudents dans la généralisation des faits mis en lumière. L’ouvrage peut sans problème être abordé soit à travers une lecture déroulée (de la première à dernière page) soit en picorant les chapitres, en fonction de ses propres interrogations, de ses propres recherches. Bien écrit, clair il est particulièrement intéressant, y compris pour ceux que le football rebute, justement parce qu’il aborde des aspects soupçonnés mais rarement démontrés et qu’il fait résonance avec d’autres objets. Car au final se sont avant tout les questions de politiques intérieures et de relations internationales qui sont mises en lumière à travers une démonstration solide basée sur des références nombreuses et une lecture des archives qui a été faite avec minutie.
D. JALLAT

Soulé, B. et J. Corneloup (2007). Sociologie de l’engagement sportif. Paris, Armand Colin, coll. « Cursus »

Défier la gravité, mettre sa résistance à l’épreuve, recourir à des produits dopants, se frotter à des environnements hostiles ou à des adversaires violents : autant de formes diversifiées d’un d’engagement corporel radical, perceptible à travers certaines pratiques sportives contemporaines. Comment expliquer ces comportements ? Que signifient-ils pour leurs adeptes ? Quand dépasse-t-on le seuil du socialement acceptable ? Enfin, quels sont les modes de régulation mis en œuvre ?
Le présent ouvrage, première synthèse du genre sur le sujet, apporte des éléments de réponse à ces questions, à travers une revue des connaissances sociologiques disponibles sur l’engagement dans des modalités risquées de pratique sportive, et sur la manière dont les dangers sont produits, identifiés et collectivement pris en charge.
De nombreuses études de terrain viennent illustrer les perspectives théoriques présentées, concernant des pratiques aussi variées que les sports de glisse et de combat, en passant par les sports collectifs, le cyclisme ou encore la fréquentation de la montagne. La question du dopage figure aussi en bonne place parmi les sujets développés.
L’ouvrage s’adresse aux étudiants comme aux en-seignants-chercheurs des filières Sociologie et STAPS, qui disposeront d’un accès facilité et thématique à l’abondante littérature traitant des risques sportifs. Les adeptes de « sports à risque », institutionnels, gestionnaires de sites de pratique et simples curieux y trouveront également des éléments de compréhension d’un phénomène qui suscite un intérêt croissant.
 
Trois nouveaux ouvrages dans la collection « L’Essentiel en sciences du sport », Éditions Ellipses
 
 
Renseignements sur http:// www. editions-ellipses. fr/ collection2. asp? identite= 299
1) Biomécanique (Lepers Romuald, Martin Alain)
Destiné aux étudiants en licence STAPS (L1-L2-L3), les objectifs de cet ouvrage sont :
  • Acquérir les connaissances de base en biomécanique (cinématique et dynamique)
  • Se préparer efficacement aux épreuves de biomécanique
Sommaire : Statique, postures d’équilibre, forces et moments aux articulations, Approche des propriétés mécaniques du muscle, Cinématique, Analyse dynamique du geste sportif, Analyse de la puissance mécanique lors de gestes sportifs
2) Méthodologie de l’entraînement (Dupont Grégory, Bosquet Laurent)
Destiné aux étudiants en licence STAPS (L1-L2-L3), les objectifs de cet ouvrage sont :
  • Comprendre et maîtriser les moyens d’optimiser la performance sportive
  • Se préparer efficacement aux épreuves de méthodologie de l’entraînement
Sommaire : Les principes généraux, Méthodes et effets de l’entraînement, Planification, Modélisation, Contrôle et suivi de l’entraînement
3) Activités physiques et santé (Laure Patrick)
Destiné à un large public, les objectifs de cet ouvrage sont :
  • Comprendre l’intérêt de l’activité physique comme outil thérapeutique dans certaines pathologies (maladies cardiovasculaires, diabète, obésité, cancers, etc.)
  • Appréhender l’activité physique régulière comme outil de prévention à la survenue de certaines maladies, et d’amélioration de l’espérance et de la qualité de vie
  • Réussir à inciter une personne à pratiquer une activité physique
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