Movement & Sport Sciences 2009/3
Movement & Sport Sciences
2009/3 (n° 68)
102 pages
Editeur
Revue précédemment éditée par De Boeck Université

I.S.B.N. 9782804104412
DOI 10.3917/sm.068.0083
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Vous consultezCulture des loisirs et diffusion sociale du sport. L’exemple des marathoniens

AuteursOlivier Bessy[*] [*] Professeur d’Université en Géographie/ Aménagement,...
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du même auteur

Bruno Lapeyronie[**] [**] Étudiant en thèse, SPOTS JE 2496, Université de Paris...
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du même auteur



Déjà posée en 1979 par Le Pogam, la question de la diffusion sociale de la pratique sportive est récurrente dans le champ de la sociologie du sport. Mais depuis quelque temps, cette question semble un peu délaissée dans la littérature sociologique, comme si la recomposition des groupes sociaux[1] [1] Cette recomposition des groupes sociaux se traduit selon...
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, rendait particulièrement délicat l’éclairage des mécanismes de détermination des conduites sociales. Notre objectif dans cet article est de redonner à ce type de questionnement un réel intérêt sociologique en montrant le rôle joué par la dynamique culturelle du modèle des loisirs dans la diffusion sociale du sport mais aussi en faisant observer la persistance d’inégalités sociales dans l’accès à ces mêmes loisirs.
Nos travaux sur les adeptes des centres de mise en forme avaient déjà mis en évidence ce double processus (Bessy, 1990). Nous utiliserons ici l’exemple des pratiquants de course à pied qui nous semblent représenter un analyseur particulièrement pertinent en raison de leur massification importante ces dernières années (Yonnet, 1985 & Ségalen, 1994). L’idéal aurait été de pouvoir travailler sur le profil sociologique des « joggers », mais ne disposant pas de statistiques fiables sur ces derniers nous nous sommes centrés sur les marathoniens pour lesquels nous disposions d’un certain nombre de données d’enquêtes empiriques. D’autre part, cette course représente aujourd’hui, pour un nombre croissant de « joggers », un aboutissement final, en raison de la requalification symbolique de cette pratique par les groupes sociaux intermédiaires et populaires.

Cadre théorique

2 Ce dernier s’inscrit, tout d’abord, dans une mise en perspective socio-historique en se référant aux travaux de J. Defrance (1985), P. Yonnet (1985), JM. Faure (1987) et M. Segalen (1994) qui cherchent à identifier l’évolution du profil social des marathoniens durant la seconde moitié du xxe siècle.

3 Il prend appui, ensuite, sur la sociologie des loisirs initiée par Joffre Dumazedier (1962 & 1966) qui cherche à comprendre comment les valeurs du loisir ont constitué progressivement un nouveau modèle social de référence. Plus seulement assimilable à un temps de récupération de la force de travail (Marx), à une mode synonyme de passe-temps ostentatoire (Veblen) ou encore à une simple pratique de consommation (Marcuse), le loisir constitue désormais dans nos sociétés développées, le temps social structurant notre quotidien, donnant du sens à notre vie et participant ainsi à la construction de soi. Il tient lieu de référent existentiel pour un nombre toujours plus grand de personnes en raison des nouvelles valeurs qu’il véhicule (hédonisme, liberté, convivialité…), des nouveaux usages du temps et des espaces qu’il engendre (mobilité, autodétermination, appropriation…) ainsi que des formes plurielles de sociabilité qu’il favorise (Yonnet, 1998 ; Huet & Saez, 2002 ; Viard, 2002 & 2006). Les normes du loisir contaminent ainsi tous les secteurs de la vie sociale dont le sport qui a vu ces dernières années son offre et sa demande particulièrement évoluer à la fois sur le plan quantitatif et qualitatif.

4 Il fait référence, enfin, aux théories de la diffusion et de la différenciation sociale. La première repose sur l’idée d’une extension de « l’égalité tocquevilienne » (Dubet, 2004). Elle se fonde sur une égalisation des modes de vie, alignés aujourd’hui sur une norme définie par les nouvelles classes moyennes en relation avec le développement d’une consommation de masse. Sous les effets notamment de la démocratisation de la culture du loisir, des valeurs communes au sport seraient ainsi partagées par des individus d’horizons sociaux divers amenés à s’auto-définir indépendamment de leur position sociale. J. Dumazedier évoque à ce propos « un affaiblissement des ancrages identitaires de classe » (1988) et J. Viard, parle « d’un désenclavement social des loisirs sportifs » (2002). Dans cette dynamique, le sport, à l’image des loisirs en général, se serait diffusé ces dernières années de manière significative dans tous les groupes sociaux. P.Yonnet utilise l’expression de « massification du sport » (1985) pour décrire ce phénomène.

5 La seconde théorie évoque a contrario un processus de distinction symbolique qui génère des conduites différentes selon les groupes sociaux. Son soubassement structuraliste se réfère généralement aux travaux de P. Bourdieu et à son concept « d’habitus de classe» qui contribue à définir l’identité profonde de l’individu et à expliquer ses goûts et son style de vie. « L’habitus fonctionne à la fois comme principe générateur de pratiques et comme système de classement de ces pratiques » (Bourdieu, 1979). Moins opérant aujourd’hui, ce concept est relayé par celui de « dispositions sociales spécifiques préalablement constituées » cher à B. Lahire (2004). Les schèmes « structurés et structurants » agissent sous conditions et peuvent être activés ou en sommeil. Pour comprendre ce mécanisme d’activation ou de mise en veille il faut s’intéresser à l’histoire des individus et à leurs différentes formes de socialisation.

6 Cette théorie va ainsi nous permettre d’expliquer la différence de pouvoir d’attraction que joue le sport sur les personnes, en favorisant ou non son intégration dans l’univers de chacun.

7 Les chiffres fournis par les différentes enquêtes nationales de 1967 à 2000, reflètent bien cette ambivalence théorique en montrant la diffusion sociale relative des pratiques sportives. D’un côté, on peut observer avec P. Duret (2001), « une extrême diffusion des pratiques qui constitue un socle commun semblant gommer le poids des déterminations sociales »[2] [2] Evolution du taux de pratique en fonction de la CSP de 1967...
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.

8 Il faut toutefois relativiser ces données comparatives car l’enquête de l’INSEE de 1967 et celle de 2000 de l’INSEP n’ont à la fois pas le même mode de questionnement ni le même principe de construction de leur échantillon.
De l’autre, on peut faire le constat que le processus de démocratisation du sport n’est pas achevé aujourd’hui et que des différences notables dans l’accès aux pratiques sportives sont toujours observables entre les différents groupes sociaux (Irlinger, Louveau &Metoudi, 1987 & Mignon, 2002[3] [3] Au début du XXIème siècle, les professions...
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).
Notre objectif est de mettre ces deux thèses à l’épreuve des données recueillies sur le profil sociologique des marathoniens.

Méthodologie

9 Les données présentées ici proviennent de résultats d’enquêtes déjà publiées (Defrance, 1985 ; Yonnet, 1985 ; Faure, 1987 ; Segalen, 1994) et des résultats de deux enquêtes inédites. La première est réalisée en 1994 dans le cadre du marathon du Médoc, avec l’aide de l’organisation, sur la base d’un questionnaire visant à cerner le profil socio-sportif des marathoniens. Il est distribué aux 7000 participants et son exploitation repose sur 2500 réponses collectées. La seconde enquête est réalisée en 1998, en passation directe, auprès de 1000 marathoniens (Bessy & Lapeyronie, 2000). L’échantillon est composé de quatorze marathons choisis en fonction de quatre critères discriminants (effectif, lieu géographique, concept[4] [4] Par concept, nous entendons le positionnement marketing...
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et image[5] [5] Par image, nous entendons la réputation que les marathons...
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) censés représenter la diversité des épreuves présentes sur le territoire national. Il s’agit des marathons de Paris, du Médoc, de La Rochelle, du Loir, d’Albi, de Bordeaux, d’Agen, de Caen, du Val de Loire, de Normandie, de Lyon, de Reims, de Poitiers et de Figeac. De même, au sein de chaque marathon, 70 coureurs ont été interrogés au minimum et le choix de ces derniers a été effectué en fonction de deux variables discriminantes à savoir le genre et la performance chronométrique. Les pourcentages retenus pour chacune des deux variables proviennent de renseignements fournis par les organisateurs. Ce recours à un échantillon par quota vise à tendre vers la plus grande représentativité possible, vis-à-vis de la population parente.

10 Le choix du genre s’explique par la féminisation progressive de cette activité depuis la fin des années 80 (Bessy, 1994), et donc la nécessité d’intégrer les femmes dans notre échantillon si nous voulions avoir une vision la plus juste possible du profil social des marathoniens. On peut émettre l’hypothèse qu’il existe, au sein de la population marathonienne, de notables différences de catégories sociales entre hommes et femmes, en raison de la participation récente de ces dernières à ce type d’épreuve (Ségalen, 1994) mais aussi au caractère énergétique et extrême du mode d’engagement corporel propre à cette activité (Bessy, 1995). Ces deux facteurs n’engendrent-ils pas, en effet, des inégalités sociales, plus fortes chez les femmes que chez les hommes, liées à des « dispositions spécifiques de genre » différentes (Lahire, 2004) ?

11 De même, il nous a semblé pertinent de prendre en compte la grande diversité des allures de course (de 2h10 à 6h) car elles révèlent des projets et des modes d’engagement différents. Ces derniers vont du mode d’engagement compétitif visant une performance normo-référencée, à l’engagement hédonique centré sur un rapport fusionnel avec l’environnement, en passant par un engagement performatif centré sur l’optimisation auto-référencée de ses ressources (Bessy, 2005). Ces différentes manières de courir un marathon renvoient à des structurations identitaires diverses et au final à des positions sociales hétérogènes qu’il était important de faire émerger.

12 Il s’agit donc d’un échantillon artisanalement construit sur la base de données à la fois scientifiques et empiriques. Il présente, de ce fait, ses propres limites. Cependant, les exigences quantitatives et qualitatives retenues dans la construction de notre échantillon nous autorisent à tirer un certain nombre de conclusions des résultats obtenus.

13 Enfin, le choix de baser notre analyse sur les PCS[6] [6] PCS veut dire Professions et Catégories Socioprofessionnelles. ...
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peut être discuté. En dépit de son caractère souvent vague et réducteur, cette variable reste malgré tout pertinente en raison notamment de la multiplicité des données à partir desquelles elle est construite[7] [7] Les P. C. S. sont un outil construit par l’I. N. S. E. E. pour...
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. Elle possède toujours « une valeur descriptive et explicative importante des pratiques sociales » (Dubet & Martucelli, 1998).

14 Reste que l’évolution des rapports entre les marathoniens et leurs appartenances sociales devra être interprétée avec beaucoup de prudence. En effet, les comparaisons entre enquêtes ne sont jamais évidentes car les objectifs poursuivis, les catégorisations effectuées et les échantillons de référence ne sont jamais rigoureusement les mêmes. C’est encore plus vrai lorsque ces enquêtes ont été réalisées à des époques éloignées car la signification des PCS n’est certainement pas la même en 1979, en 1985 et aujourd’hui. Ces comparaisons restent cependant possibles à partir du moment où les populations sondées sont plutôt homogènes au niveau du nombre comme des différentes catégories de coureurs. Cela est particulièrement vrai entre l’enquête de JM Faure (N=904) de 1985 qui porte sur le marathon de Paris censé représenter les différentes sensibilités hexagonales et l’enquête Bessy/Lapeyronie (N=1000), de 1998, qui est basé sur un échantillon qui se veut être le plus représentatif possible du paysage national. La comparaison avec l’enquête de 1979 qui ne porte que sur 243 marathoniens est plus délicate dans la mesure où l’intervalle de confiance est plus faible.
De même, le regroupement dans la catégorie « Cadres et professions intellectuelles supérieures », pose problème car il s’agit là de fractions sociales bien différentes dont la connaissance sociologique aurait sans doute permis une analyse plus fine mais les données disponibles ne nous permettaient pas d’aller davantage dans le détail.
Des informations plus qualitatives issues d’une analyse de contenus de la revue « Jogging International » sur la période 1995-2000 et de plusieurs observations participantes réalisées à l’occasion des marathons de Paris, du Médoc, de La Rochelle et de Bordeaux, viennent compléter le dispositif méthodologique.

Interprétation et discussion des données

L’inversion sociale des années 70-80 ou l’affirmation d’une éthique du plaisir au détriment d’une éthique ascétique

15 De l’après guerre, jusqu’au milieu des années 60, le marathon attire de moins en moins de pratiquants[8] [8] J. Defrance signale que le marathon semble atteindre son...
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et se trouve être très majoritairement investi par les classes populaires dans un contexte fortement institutionnalisé et saturé par un imaginaire laborieux associé à la compétition (Defrance, 1985). Les années 70 marquent de ce point de vue une évolution dans la mesure où les courses de fond en général et le marathon en particulier, renaissant dans de nouvelles conditions sociales et organisationnelles, attirent de façon significative les groupes sociaux aisés. Les artisans, commerçants et chefs d’entreprise (3,3 %) associés aux cadres et professions intellectuelles supérieures (48,5 %) représentent avec 51,8 % plus de la moitié de la population des marathoniens dans l’enquête réalisée par J. Gilbert en 1979. Le faible échantillon (243 personnes) peut nous amener à relativiser ce résultat. Reste qu’il est confirmé dans l’enquête plus lourde (échantillon de 904 personnes) présentée par JM. Faure en 1985 puisque ces deux catégories atteignent 48,4 % (9% plus 39,4 %).

Tableau 1 - Données enquêtes marathoniens par CSP[9] [9] Enquête réalisée sur le cinquième marathon de l’Essonne,...
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[10] [10] Enquête réalisée sur le marathon de Paris qui comptait...
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[11] [11] Enquête réalisée en 1994 dans le cadre du marathon du...
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[12] [12] Enquête réalisée en 1998, sur la base d’un échantillon...
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Enquête Gilbert (1979) N=243 Enquête Faure (1985) N=904 Enquête Bessy (1994) N=2500 Enquête Lapeyronie/Bessy (1998) N=1000 Agriculteurs 0 0,3 % 1,2 % 0,6% Artisans,commerçants et chefs d’entreprise 3,3% 9% 4,8% 4,4% Cadres et professions intellectuelles supérieures 48,5% 39,4% 37,3% 36,2% Professions intermédiaires 0 17,6% 22,4% 22,9% Employés 23% 18,2% 16,8% 19,5% Ouvriers 16% 5,7% 11,3% 7,1% Autres 5,8% 9,8% 4,6% 8,5% Non Précisé 3,4% 1,6% 1,5 % Olivier Bessy et Bruno Lapeyronie

16 J. Defrance parle pour cette période « de schisme divisant, voire renversant le monde de la course à pied » (1989). Il écrit à ce propos « qu’il n’y a pas seulement domination numérique de ces catégories sociales mais que l’univers entier de la course sur route est organisé et présenté au moyen de valeurs loisibles que ces groupes ont engendrées, développées et imposées par ailleurs dans le champ des rapports sociaux pour en faire une morale dominante » (1985, p135). Il laisse ainsi sous-entendre qu’une éthique du plaisir s’affirme contre une éthique ascétique en adéquation avec une nouvelle façon de vivre liée à la contamination des valeurs de loisirs dans la société. Cette scission est aussi soulignée par A.M Waser (1998) qui à partir d’une analyse de contenu de la revue Spiridon montre que les nouveaux marathoniens courent davantage pour le plaisir que pour réaliser une performance athlétique.

17 Cependant, peut-on pour autant parler de rupture idéologique dans la mesure où des perceptions dissemblables de l’univers marathonien existent entre les différentes fractions des classes dominantes ? L’interprétation proposée par JM. Faure illustre bien cette complexité des représentations sociales au sein d’une même PCS dans la mesure où il explique la sur-représentation des catégories supérieures (patrons, professions libérales et cadres) dans les statistiques marathoniennes, par la prédominance chez eux « d’une éthique puritaine » qui se manifeste « dans une pratique fréquente et intense avec un investissement compétitif marqué (1987, p 35). Dans la même logique, il précise que « la sous-représentation populaire (18,2 % employés et 5,7 % ouvriers) est due à une pratique irrégulière sans grand souci de performances, tendance nettement accentuée dans le cas des ouvriers » (p. 37).

L’élargissement de l’aire sociale de diffusion du marathon ou la construction personnalisée du mode d’engagement (1990-2000)

18 Nos propres travaux sur les marathons et les marathoniens (Bessy, 1994,1995 ; Bessy & Lapeyronie, 2000) mettent en évidence un nouveau public lié à une évolution de l’offre et à l’émergence de nouveaux modèles sociaux de référence. Les enquêtes réalisées en 1994 et 1998 montrent une participation plus importante à ce type d’épreuve des groupes sociaux intermédiaires et populaires. Dans l’enquête sociographique relative au marathon du Médoc réalisée en 1994, le total des professions intermédiaires (22,4 %), des employés (16,8 %) et des ouvriers (11,3 %) s’élève à 50,5 % contre seulement 41,5 % en 1985 (cf. tableau 1). L’enquête de 1998 confirme cette tendance à partir d’un échantillon plus représentatif de la population parente, puisque 49,5 % des marathoniens sont issus de ces milieux (22,9 % de professions intermédiaires, 19,5 % d’employés et 7,1 % d’ouvriers).

19 Au-delà de ces chiffres toujours discutables, l’augmentation continue depuis une vingtaine d’années du nombre de marathoniens avec une accélération notable ces dix dernières années, va dans le même sens. Elle est observable de manière globale (de 30 000 marathoniens recensés en 1988 à 55 000 en 1998, à près de 100 000 aujourd’hui[13] [13] Il s’agit d’une source personnelle issue d’un comptage...
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) ainsi qu’à l’échelle de chaque marathon dont plusieurs d’entre eux sont obligés aujourd’hui de limiter les inscriptions face à l’afflux massif des demandes (Paris[14] [14] Le marathon de Paris a accueilli plus de 30000 participants...
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, Le Médoc[15] [15] Le marathon du Médoc a pulvérisé son record de participants...
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, La Rochelle[16] [16] Le marathon de la Rochelle est passé de 5150 inscrits en...
suite
).

20 Des marathoniens au profil social inédit sont donc venus grossir le peloton des différentes épreuves. Ils recherchent en priorité l’exploration d’eux-mêmes dans leur temps de loisir en participant à des courses organisées plus seulement pour l’élite mais pour la masse. Par opposition aux marathons exclusivement compétitifs, d’ailleurs de moins en moins nombreux et qui sélectionnent davantage socialement[17] [17] Soit les groupes sociaux favorisés en quête d’affirmation...
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, les nouveaux marathons favorisent l’accès au plus grand nombre en permettant une mise en scène de soi à géométrie variable. En effet, la participation à un marathon peut être associée de manière dominante ou croisée à un objectif compétitif, à la réalisation d’une performance auto-référencée, au bien être procuré par l’effort maîtrisé, à la découverte d’un patrimoine ou encore à la fusion dans une ambiance festive. Chaque marathonien rentre ainsi dans la course en se construisant son propre mode d’engagement. A un nombre limité de concurrents extéro-référencés s’est substituée une masse intro-référencée sur son projet personnel, sur son défi du moment.

21 Cette tendance lourde rejoint les analyses de M. Segalen (1994) qui considèrent que le marathon touche aujourd’hui davantage de classes populaires, en relation avec l’évolution de la société et l’engouement pour les loisirs corporels. « À travers le développement du sport dans l’entreprise, de nouvelles couches moyennes, employées dans le tertiaire, se lancent aujourd’hui dans l’aventure (…) ; Ne peut-on même supposer que ce sport recrutera des adeptes parmi les catégories jusqu’ici les plus réfractaires comme les ouvriers et les employés du secteur primaire, qu’il touchera les nouvelles hordes de préretraités(…) ; Par ailleurs la démocratisation des voyages autour d’épreuves internationales ne peut qu’élargir le public des marathons… » (p. 165).

22 P.Yonnet va encore plus loin en remettant en cause la pertinence des critères socio-professionnels de la pratique pour analyser un tel phénomène social. La décennie 70 se caractérise selon lui par une « massification de la culture d’endurance » qui va du jogging aux marathons et concerne indifféremment tous les groupes sociaux sous l’effet des mutations sociales en cours. Le marathon symbole d’une course lente et longue, « qui s’apparente à une activité de survie exigeant une économie de soi-même serait une véritable métaphore de notre société en phase elle aussi d’économie d’énergie » (p. 121). Cette interprétation prend aujourd’hui encore davantage de signification en relation avec la nécessité de s’engager dans un développement durable, seule voie possible pour demain.

23 Certes ces deux auteurs ne font pas reposer leur analyse sur des enquêtes empiriques mais plutôt sur des exploitations secondaires d’enquêtes (Marathons de Paris, de New York et du Médoc) ainsi que sur des entretiens auprès de coureurs et sur des observations ethnologiques de type participante[18] [18] Ils sont, en effet, tous les deux marathoniens. ...
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. Mais leur analyse me semble pertinente dans la mesure où ils cherchent à montrer à leur façon que le marathon est devenu un lieu de mélange social car des microsociabilités diverses se côtoient.
L’élargissement de l’aire sociale de diffusion du marathon témoigne à n’en pas douter d’un processus culturel de mise en loisir de la société responsable du renouvellement des investissements corporels, des valeurs et des représentations de soi-même dans le sport. L’identité marathonienne est aujourd’hui particulièrement métissée car enrichie de nouvelles significations et structurée par des imaginaires pluriels qui captent des participants d’horizons sociaux très divers.

La persistance d’inégalités sociales dans l’accès à cette pratique

24 Ce processus de diffusion sociale observé chez les marathoniens ne doit pas pour autant masquer une présence limitée des employés (19,5 %) et des ouvriers (7,1 %), si l’on considère les résultats de l’enquête de 1998 censée être la plus représentative de la population parente et la plus signifiante en matière de démocratisation de la pratique marathonienne (cf tableau 1).

25 Au-delà cette première lecture à plat, il est particulièrement intéressant de comparer les pourcentages de marathoniens issus des différentes PCS et la part que ces mêmes PCS représente dans la population active de référence afin d’évaluer plus justement le degré de diffusion sociale de la pratique du marathon.

26 On peut ainsi observer une sur-représentation très nette des cadres et professions intellectuelles supérieures (40,1 % contre 12,6 %) et une sous-représentation significative des employés (21,4 % contre 30 %) et surtout des ouvriers (7,8 % contre 28,1 %), comme si ces catégories n’avaient pas encore rattrapé le retard historique pris dans ce genre d’activité et restaient davantage frappées par des inégalités sociales en matière d’accès aux loisirs (cf. tableau 2, ci-dessous). Aux ouvriers doivent être rajoutés tous les chômeurs et autres catégories en détresse sociale que les statistiques ont du mal à dénombrer.

Tableau 2 - Comparaison des pourcentages de marathoniens dans chaque CSP / représentation dans la population active[19] [19] Ces pourcentages sont différents de ceux présentés dans...
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[20] [20] Source INSEE d’après le recensement de la population...
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Enquête marathon 98 (% catégories pop active) Population active française (1999) Agriculteurs 0,7% 2,3% Artisans, commerçants et chefs d’entreprise 5% 6% Cadres et prof intellectuelles supérieures 40,1% 12,6% Professions intermédiaires 25% 19,8% Employés 21,4% 30% Ouvriers 7,8 % 28,1% Olivier Bessy et Bruno Lapeyronie

27 Ce constat donne une certaine crédibilité aux écrits de JM. Faure (1987) et de C. Pociello (1994) qui considèrent que les groupes sociaux populaires et plus spécifiquement les ouvriers s’investissent moins dans ce type d’exercice car ils développent plus rarement, en relation avec leurs « goûts » (Bourdieu, 1979) ou « leurs dispositions sociales dominantes » (Lahire, 2004), un style de vie qui intègre la recherche d’une performance auto-référencée et maitrisée.

28 Plus globales, les analyses de F. Dubet et de J. Viard expliquent cette sousreprésentation des ouvriers par le vécu d’une situation sociale qui ne leur permettent pas de profiter des loisirs offerts par notre société. F. Dubet (2004) considère que les ouvriers sont davantage concernés par le développement de la pauvreté, de l’incertitude et de la ségrégation urbaine. J. Viard (2002), les assimile à des « exclus absolus de nos sociétés », car la non-jouissance de temps libre ne leur permet pas une réelle intégration sociale. La société laisse donc au bord du chemin un certain nombre de personnes qui n’ont toujours pas accès aux sports, même les plus populaires.
Davantage que le temps ou l’argent, c’est l’absence, chez les catégories sociales les plus modestes et les plus démunies, d’un registre de valeurs leur permettant de se penser sportif ou marathonien, qui serait le facteur explicatif dominant. Ces dernières ne sont-elles pas le produit de notre société « hypermoderne » (Auber, 2004) qui, à côté des « individus par excès » possédant toutes les ressources pour accéder à la reconnaissance sociale, fabrique des « individus par défaut » qui restent en marge de la société (Castel, 2004).

Conclusion

29 L’analyse du profil sociologique des marathoniens permet de mettre en évidence un élargissement des bases sociales du recrutement. La distribution sociale de cette pratique sportive n’est effectivement plus la même aujourd’hui en raison de la progression des « nouvelles classes moyennes ». Leur présence de plus en plus importante est liée à une nouvelle signification accordée à ce type d’épreuve qui prend sa source dans le processus « d’acculturation de masse aux loisirs » (Viard, 2002). Il s’incarne dans le partage d’une culture des loisirs, constitutive d’une identité collective fondée sur la recherche d’autonomie et le style libre (Yonnet, 1985 & 1998), le culte de la performance au sens de l’optimisation de ses ressources personnelles (Ehrenberg, 1991) ainsi que sur le plaisir de la découverte, de la fête et de la rencontre (Segalen, 1994).

30 Pour autant, la « moyennisation » des modes de vie ne supprime pas toutes les inégalités sociales dans la mesure où « la constellation populaire » (Mendras, 1994) des employés et des ouvriers accède toujours moins aujourd’hui que la « constellation centrale » (cadres, ingénieurs, enseignants…) aux loisirs sportifs. A l’image des marathoniens, la recomposition sociale du public sportif a donc ses limites. Cette conclusion donne toujours de la crédibilité à la théorie de la différenciation sociale développée par P. Bourdieu et B. Lahire. Elle montre que l’investissement dans une pratique sportive, en l’occurrence le marathon, obéit à un processus hybride empruntant à l’autodéfinition des individus sensibles à la culture dominante indépendamment de leur position sociale mais aussi à leur ancrage identitaire de classe.

31 De même, l’appartenance sexuelle, comme l’âge des pratiquants et leurs lieux d’habitation (milieu rural ou urbain) sont des variables qui conditionnent tout autant l’accès au marathon et qu’il serait intéressant de croiser avec la PCS, en référence aux travaux de C. Suaud (1989), dans l’objectif de bien comprendre le processus de diffusion sociale en cours et ses limites. D’une manière plus générale, ces considérations ne sont-elles pas également à intégrer dans le passage d’une « société bipolaire » qui fonctionnait sur une opposition de classes à une « société multipolaire » qui prend en compte des données plus larges (Kokoreff & Rodriguez, 2004). Elles rejoignent les analyses de R-A. Peterson qui écrit à ce propos « qu’une transformation majeure est en train de se produire dans la façon d’affirmer son statut au moyen de ses goûts et, au cours de ce processus, l’omnivore prend la place de l’intellectuel snob » (2004, p. 18).
Enfin, d’une manière plus générale, le processus de mise en loisirs de la société génère une extrême diversité d’expériences sportives, de projets corporels, de lieux et de temporalités de pratique, synonyme de complexité sociale.

Bibliographie

Bibliographie

Aubert, N. (sous la dir.), (2004), L’individu hypermoderne. Paris : Érès.

Bessy, O. (2005), Sports, loisirs et société. De la diffusion sociale à la construction identitaire. De l’innovation marketing au développement durable des territoires, HDR de l’Université de La Réunion.

Bessy, O,. & Lapeyronie B. (2000), L’évolution de l’identité des marathons et des marathoniens de 1886 à 1998, in revue Sport, ADEPS, 36-45.

Bessy, O. (1995), Le marathon du Médoc ou le carnaval de la course à pied, //2, UNCU, Aix en Provence, 126-134.

Bessy, O. (1994), Le marathon du Médoc, 10 ans de fête. Bordeaux : Edition Delteil.

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Notes

[ *] Professeur d’Université en Géographie/Aménagement, Laboratoire SET, UMR CNRS 5603
Université de Pau et des Pays de l’Adour, Campus universitaire, 64000 Pau, Tél : 06 73 88 27 23, Mail : olivier. bessy@ univ-pau. frRetour

[ **] Étudiant en thèse, SPOTS JE 2496, Université de Paris Sud 11, URFSTAPS, Bâtiment 335, 91405 Orsay, Tél : 06-78-71-86-57, Mail : blapeyronie@ mairie-tourlaville. frRetour

[ 1] Cette recomposition des groupes sociaux se traduit selon J.Dumazedier (1988) par un affaiblissement des clivages entre les groupes sociaux et selon J. Viard (2002) par une pluralité des appartenances et des projets développés dans le temps de loisir. Ces deux sociologues expliquent cette évolution par le partage de valeurs communes chez des individus d’horizons sociaux divers qui sont amenés à s’auto-définir aujourd’hui indépendamment de leur position sociale.Retour

[ 2] Evolution du taux de pratique en fonction de la CSP de 1967 à 2000 (Source : P. Duret, in Sociologie du sport, p. 27)

Agriculteurs Artisans, Commerçants Chefs d’entreprises Professions Intellectuelles Supérieures Professions Intermédiaires Employés Ouvriers 1967 5% 5% 67,7% 57,6% 35,1% 31,5% 1985 52% 78,1% 90,8% 85,2% 73,2% 67,5% 2000 66% 83% 92% 92% 86% 81%
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[ 3] Au début du XXIème siècle, les professions intellectuelles supérieures (92%) et les professions intermédiaires (92%) restent toujours plus engagées dans la pratique sportive que les agriculteurs (66%) et les ouvriers (81%) d’après la dernière enquête sur les pratiques sportives en France (INSEP/.MJSVA, 2000).Retour

[ 4] Par concept, nous entendons le positionnement marketing réalisé (marathon élitiste, marathon de masse, marathon festif, marathon touristique….)Retour

[ 5] Par image, nous entendons la réputation que les marathons ont auprès des coureurs et qui est relayée par les média spécifiques.Retour

[ 6] PCS veut dire Professions et Catégories Socioprofessionnelles. Il remplace le terme de CSP (Catégorie Socio-Professionnelles) à partir de 1993 dans les ouvrages de référence tels que Données Sociales de l’INSEE, L’Etat de la France et Francoscopie.Retour

[ 7] Les P.C.S. sont un outil construit par l’I.N.S.E.E. pour tenter de regrouper les actifs français dans des catégories dont les membres présentent une certaine homogénéité sociale, c’est-à-dire le même genre de comportements (par exemple vis-à-vis de la fécondité, des opinions politiques, des pratiques de loisirs, etc…). Pour constituer ces groupes, l’I.N.S.E.E prend en compte un certain nombre de critères socio-professionnels : le statut des actifs (salarié / travailleur indépendant / employeur), leur métier, leur qualification, leur place dans la hiérarchie professionnelle (avoir ou non des personnes sous ses ordres), l’activité de l’entreprise où travaille la personne. Il y a 6 P.C.S. : les exploitants agricoles, les artisans, commerçants et chefs d’entreprise, les cadres et professions intellectuelles supérieures, les professions intermédiaires, les employés et les ouvriers.Retour

[ 8] J. Defrance signale que le marathon semble atteindre son plus bas niveau de participation vers 1966, in La course libre ou le monde athlétique renversé. Sociologie des représentations collectives de deux variantes de la course à pied, Travaux et recherches en EPS, INSEP, 1985, pp 128-136.Retour

[ 9] Enquête réalisée sur le cinquième marathon de l’Essonne, brochure imprimée, citée par J. Defrance, in La course libre ou le monde athlétique renversé. Sociologie des représentations collectives de deux variantes de la course à pied, Travaux et recherches en EPS, INSEP, 1985, pp 128-136.Retour

[ 10] Enquête réalisée sur le marathon de Paris qui comptait à l’époque quelques 8000 arrivants, sans prendre en compte l’élite (moins de 2h40). Elle est citée par JM Faure, in L’éthique puritaine du marathonien, Esprit, Le Nouvel âge du sport, 1987, pp 36-41.Retour

[ 11] Enquête réalisée en 1994 dans le cadre du marathon du Médoc avec l’aide de l’organisation, cf. partie méthodologique.Retour

[ 12] Enquête réalisée en 1998, sur la base d’un échantillon de 14 marathons représentatifs du marché français, cf. partie méthodologique.Retour

[ 13] Il s’agit d’une source personnelle issue d’un comptage des coureurs réalisé à partir des effectifs fournis par les organisateurs des différents marathons français. Source confirmée par les chiffres fournis par la revue Jogging International (avril 2004).Retour

[ 14] Le marathon de Paris a accueilli plus de 30000 participants (31680 exactement), pour son 30ème anniversaire en avril 2006. Un record en France.Retour

[ 15] Le marathon du Médoc a pulvérisé son record de participants en 2006 avec plus de 8600 dossards distribués. Il n’étaient que 500 en 1985, date de la première édition.Retour

[ 16] Le marathon de la Rochelle est passé de 5150 inscrits en 2001 à 7600 pour la dernière édition en novembre 2006.Retour

[ 17] Soit les groupes sociaux favorisés en quête d’affirmation sociale, soit les groupes sociaux populaires en quête de valorisation sociale.Retour

[ 18] Ils sont, en effet, tous les deux marathoniens.Retour

[ 19] Ces pourcentages sont différents de ceux présentés dans le tableau 1 car ils correspondent à un nouveau calcul qui écarte les inactifs.Retour

[ 20] Source INSEE d’après le recensement de la population effectué en 1999.Retour

Résumé

L’objet de cet article est de s’intéresser, dans une perspective socio-historique, au processus de diffusion sociale de la pratique sportive et à ses limites, en prenant comme exemple le cas des marathoniens. Nos résultats montrent un élargissement de l’aire sociale de diffusion du marathon durant le dernier quart du xxe siècle, essentiellement dû à l’appropriation par les classes moyennes et dominantes de nouveaux modèles sociaux de référence véhiculés par la culture du loisir. Notre enquête met en évidence aussi une faible présence d’employés et surtout d’ouvriers qui témoigne du retard historique pris dans ce type de pratique par ces groupes sociaux qui n’ont pas accès de la même façon aux loisirs sportifs.

Mots-clés

marathon, diffusion sociale, inégalité sociale, culture, loisir



The aim of this article is to focus on the social diffusion of sport and its limits taking marathon runners as an example. Our results show an extension of the area of social diffusion of marathon in the last quarter of the twentieth century, mostly due to the appropriation by the middle and upper classes of the new social models of reference passed on by the culture of leisure. Our survey also highlights a low representation of employees and above all workers, revealing how far behind these social groups, which do not have the same access to sport-related leisure activities, are lagging in that kind of practice.

Keywords

marathon, social diffusion, social inequality, culture, leisure

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Olivier Bessy et Bruno Lapeyronie « Culture des loisirs et diffusion sociale du sport. L'exemple des marathoniens », Movement & Sport Sciences 3/2009 (n° 68), p. 83-95.
URL :
www.cairn.info/revue-science-et-motricite-2009-3-page-83.htm.
DOI : 10.3917/sm.068.0083.