2001
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
Anthropologie d’une saudade: mémoire et imaginaire dans la
représentation du cycle du latex à belém do
pará
Fábio Horácio-castro
[*]
De 1880 à 1912, l’Amazonie brésilienne a vécu une période
économique très particulière, centrée sur la production et l’exportation du
caoutchouc. Du point de vue économique, cette période peut être identifiée
comme un « cycle économique », c’est-à-dire comme un moment de contrôle des
forces productives locales par la demande extérieure d’un produit déterminé
présentant temporairement une valeur. Détentrice du monopole mondial de la
production de caoutchouc, fascinée par le latex, l’Amazonie ne tarda pas à
substituer à ses activités agricoles et commerciales traditionnelles
l’exploitation de ce produit, créant ainsi un petit monde marqué par
l’extractivisme, la monoculture et la spéculation sur le plan des politiques
publiques et des intérêts généraux de l’élite locale, un petit monde marqué
également par un dialogue particulier avec les spectres de la modernité
urbano-industrielle de l’Europe de l’époque. Élément structurant de ce
discours, plate-forme de sa représentation la plus plausible et centre de
l’exportation du caoutchouc, la vieille capitale de l’Amazonie brésilienne,
Belém do Grão-Pará, fut réurbanisée (par les pouvoirs publics) et réidéalisée
(par ses élites) conformément aux utopies de l’Européen moderne
[1].
L’économie de l’extraction du caoutchouc (ou économie
«seringueira », selon l’expression brésilienne) a profondément marqué la ville.
En l’absence de volonté politique d’entreprendre l’internalisation des
bénéfices disponibles – une réelle industrialisation ou même une
verticalisation des activités manufacturières associées au latex –, des
capitaux étaient disponibles pour la «modernisation » de la ville : réseau
d’égouts, approvisionnement en eau, équipements scolaires, de santé et
d’hygiène publique, équipements de transport, ouverture de routes,
reconstruction du port, fourniture de gaz et téléphonie, construction
d’édifices, toutes ces améliorations furent au centre des investissements des
pouvoirs publics. Pas plus intéressés que les capitaux publics par les
investissements productifs, des capitaux privés furent engagés dans la
construction de petits palais et dans l’importation des rêves de consommation
européenne : le fétiche du fer, de la musique lyrique, de la mode, de la
décoration, de la photographie, du sport, de la vitesse, des vacances
parisiennes.
Mais comme toutes les économies de troc, la période dite « Ère
du Caoutchouc » était vouée à sa fin, une fin qui se produisit dans un moment
de forte spéculation et de certitude de bénéfices immédiats. Allant en cela à
l’encontre des pratiques spéculatives de la place commerciale de Belém, 638
entreprises liées au latex amazonien fondèrent à New York la « Rubber Growers
association », une organisation qui finança des recherches et développa des
techniques de culture – à l’exception de quelques rares expériences, l’activité
seringueira a toujours été
extractiviste en Amazonie –, sur ses propres plantations en Malaisie. En
Orient, la production de caoutchouc passa de 3 tonnes en 1900 à 28000 tonnes en
1912. En 1913, la production atteignit 48 000 tonnes et en 1914, la Malaisie
produisit plus de la moitié du caoutchouc mondial, soit 71000 tonnes. En 1919,
le caoutchouc oriental fournissait 90% du marché mondial et anéantissait
définitivement la concurrence de la production amazonienne.
La production amazonienne ne connut sa chute absolue qu’aux
alentours de 1920. Mais le moment où le caoutchouc de Malaisie pénétra sur le
marché international, en août 1912, est resté gravé dans la mémoire de Belém.
De fait, la ville se réfère souvent à une nuit très particulière et imprimée
sur la subjectivité locale.
Au cours de cette nuit-là en effet, la ville de Belém do
Grão-Pará fut la scène d’une série d’événements surprenants. La mémoire du
XX
e siècle, mémoire orale mais aussi mémoire littéraire,
situe pendant cette nuit-là, entre autres événements, une tempête soudaine et
torrentielle, l’apparition de fantômes, un attentat politique et une
mystérieuse odeur de putréfaction qui empesta les quartiers du centre ville.
Puis, dans les jours qui suivirent, tel un cycle de catastrophes successives,
on entendit parler de 46 suicides, de la faillite de près de 160 établissements
commerciaux, une crise d’approvisionnement éclata et une série d’images de
décadence se présenta, comme des familles abandonnant leur maison, de petits
incendies, l’annulation de représentations théâtrales et de projections
cinématographiques, des actes de vandalisme
[2]. Sur les autres événements mythiques de la nuit du 28
août, comme l’apparition de fantômes et les odeurs de putréfaction, je ne
dispose pas de références historiques, mais ils suggèrent visiblement
l’appropriation publique de l’imagination individuelle.
Réorganisés par l’imaginaire social, les faits historiques
rassemblent sous le mythe d’une même nuit des événements qui se sont produits
au cours des jours proches ou même des semaines ou des années qui suivirent la
crise – des années pendant lesquelles ses effets se firent sentir. Le principal
d’entre eux, le véritable événement fondateur de la toile de relations
symboliques que j’aborde dans cet article, fut la chute soudaine et
vertigineuse du cours international du caoutchouc amazonien. Près d’une semaine
avant la nuit fatidique du 28 août, la ville s’était réveillée sans plus aucun
contact télégraphique possible avec Londres, un incident fâcheux qui, à
l’époque, signalait l’imminence de problèmes commerciaux. Les rumeurs prirent
corps et en fin d’après-midi, une fois les communications rétablies, on apprit
que, l’un après l’autre, les contrats d’importation de latex étaient annulés,
générant ainsi un enchaînement d’endettement que l’on ne peut comprendre en
dehors du contexte propre au système d’exportation de ce produit, un système
appelé « aviamento » basé sur une succession d’emprunts allant de la banque au
simple collecteur de latex (seringueiro). Le 28 août, un autre fait historique
significatif sembla cristalliser l’angoisse suscitée sur le plan économique :
le leader de l’opposition, l’ancien gouverneur Lauro Sodré, fut victime d’un
attentat alors qu’il se rendait en carrosse à un spectacle lyrique donné à
l’Opéra municipal. Ce fait provoqua une rébellion populaire qui traîna dans les
rues le chef politique de la ville, Antônio José de Lemos, principal symbole de
la modernité de Belém, pour une humiliation publique.
Cette crise de 1912, qui engendra une décadence économique,
mais également politique et sociale, se cristallisa dans la mémoire de Belém.
La soudaineté et l’intensité de tous les événements de ce mois d’août finirent
par créer un vide symbolique profondément significatif pour l’identité locale.
Dans cet article, je cherche à comprendre les mécanismes généraux de cet
imaginaire, en l’identifiant à une temporalité narrative et en suggérant une
explication sociohistorique à son éruption.
2. Sémiotique d’une saudade
J’ai cherché à cartographier les indices de cet imaginaire en
reprenant les diverses représentations de la ville de Belém produites pendant
et après le cycle du caoutchouc
[3]. Pour commencer, j’ai analysé la production
littéraire et journalistique relative à la ville, en cherchant à identifier la
présence d’un thème discursif particulier, marqué par un sentiment de nostalgie
associé à certaines références à l’imaginaire de la modernité
urbano-industrielle de la fin du XIX
e siècle et du début
du XX
e siècle. J’ai supposé que ce thème discursif était
associé à l’«Ère du Caoutchouc », à savoir que c’est à travers elle, par le
biais de la référence qu’elle constitue, que se construisaient, dans
l’imaginaire, le cycle du latex et ses marques sur la ville
[4]. Les représentations qui racontent ce
cycle du caoutchouc suggéreraient ainsi la polarité entre l’apogée féerique de
la modernité de Belém et la « débâcle », terme employé pour parler de la crise
économique de 1912:
Quand elle était petite, elle
s’habillait des plus fines dentelles / de mille seringais. Femme, elle fascine
encore, / sentant la résine, / baignée de cristaux
[5]
.
La Belém de mon enfance était
une ville triste. (…) Pendant des années, on ne voyait pas un échafaudage, pas
une construction, pas un chantier nouveau. Belém pourrissait dans sa pauvreté
et dans sa mélancolique décadence. (…) Tout était emporté par le torrent du
désastre financier, et des années de souffrance et de lutte attendaient un État
appauvri, dépeuplé et abandonné par la Nation
[6]
.
Comment se fait-il que la
ville ait décliné si soudainement? Chaque jour voyait s’effondrer une maison,
embarquer une famille [7] .
Mais au fur et à mesure que j’approfondissais ma lecture de ces
énoncés, je commençais à construire l’hypothèse selon laquelle les thèmes des
discours recueillis dépassaient la représentation exclusive du cycle du latex.
Ils allaient en effet bien au-delà et conformaient un tissu discursif qui, non
associé nécessairement à un moment spécifique du passé local (le cycle du
latex), faisait référence, du point de vue idéologique, au passé dans son
ensemble – et par là à la construction sociale identitaire. Ainsi, la
représentation topique du Belém-latex aurait pour référence un fonds
imaginel qui ne se limite pas à la
représentation du passé-latex ou à l’histoire-latex. Le même fonds
imaginel, je le suppose, servirait à
retracer Belém à chacune de ses époques, avant, pendant et après le cycle du
latex, constituant ainsi une intersubjectivité commune ou même une condition
existentielle, identitaire, profonde, construite peut-être par une élite, mais
reflétant l’ensemble social, compréhensible par le corps social. Observons un
extrait d’un poème de Age de Carvalho :
J’errerai dans l’inexistence
de la ville / au-dessus des toits de tuiles
[8]
,
et de celui de João de Jesus Paes Loureiro :
Ce que j’ai aimé en toi, /
c’est l’éphémère, / L’étrange durée de ton éter-
nité
[9]
ou encore le vers tiré d’un samba en hommage à Belém, dans
lequel la ville est évoquée sous le mythe de la dualité du féminin :
Vieille amante, / tu feins de
te soucier de moi / comme quelqu’un qui m’a presque aimé
[10]
.
J’ai étendu mes recherches à d’autres corpus produits à Belém
ou sur Belém : paroles de chansons, peinture et autres arts plastiques
[11], photographies
artistiques, architecture de référence, décoration d’intérieurs et publicité.
Dans un troisième temps, et dans le but de vérifier la représentation de cet
imaginaire dans un corpus discursif moins formel – ou moins perceptible, ou
encore moins régi par un modèle discursif –, j’ai cherché à identifier le même
thème dans la mémoire orale, dans les correspondances privées, dans les cartes
postales et dans des annotations et des journaux non publiés et même non
désignés formellement comme tels.
Pour résumer, j’ai trouvé la même pratique discursive dans
toutes ces catégories de représentation : dans les arts plastiques représentant
une Belém nocturne et bleutée, dans la mémoire orale
[12] où les allusions au passé
perdu (ou plutôt au futur perdu) sont fréquentes jusque dans la décoration des
intérieurs où l’on observe souvent des références au passé douloureux de la
ville, à travers des vitraux et des antiquités allégoriques du cycle du latex
et de cette époque abandonnée. La variété des tissus discursifs a bien
évidemment requis une variété de stratégies de collecte des énoncés et une
certaine précision dans le contrôle méthodologique du travail. Une sémiotique
de base discursive a permis d’enchaîner les différentes stratégies de collecte
des énoncés, et une perspective phénoménologique marquée par une lecture
heideggerienne a permis de régler la découpe sémiotique selon les principes
généraux d’une interprétation de la « temporalité des sujets narrateurs de
Belém »
[13].
Le thème commun aux textes étudiés se construit, selon ce que
j’ai observé, par la concurrence de trois codes d’usage des signes : les idées
(présupposés) d’un passé fastueux qui aurait été «modernement » civilisé, d’une
urbanité délirante et cosmopolite et, enfin, l’idée de la destruction vive et
impitoyable des signes antérieurs. Il s’agit, je le présume, de la construction
locale de l’un des thèmes chers à l’être humain et présents, d’une façon plus
ou moins expressive, dans tous les groupes sociaux : le thème de la chute, de
la condamnation, de la mort. En me basant sur cette observation, j’ai élaboré
mon hypothèse initiale de travail, selon laquelle ces codes de représentation
ont produit un important fonds
imaginel sur la ville sous la forme d’une utopie
sur le cycle du latex, à savoir une représentation idéalisée – une nostalgie
ou, mieux, une
saudade de
ce qui aurait pu être même sans être
arrivé
[14].
En cherchant toujours à identifier des «modes narratifs » et
non des « objets narrés » – c’est-à-dire des topies, des chronotopies et des
lieux de paroles –, des temporalités – et non des icônes, des indices, etc. –,
j’ai repris mon hypothèse de travail initiale en proposant que l’imaginaire
social de Belém reflète, de façon subjective, une mémoire de chute et
d’appartenance. Ainsi, l’imaginaire relatif au passé-latex exprime au fond
l’ensemble historique de la ville, ou tout du moins un imaginaire local sur sa
fonction historique.
Cette hypothèse s’articule avec la proposition qui fonde le
travail de G. Durand, pour qui l’imaginaire se trouve à la base de toute
société
[15]. J’ai
essentiellement travaillé sur des énoncés du monde
imaginel compris par Maffesoli
[16] comme l’ensemble
d’images, de mythes, de symboles et d’imaginations. En cherchant à définir,
sous une perspective phénoménologique, la dimension
imaginelle de la subjectivité
identitaire de Belém – ou de l’une de ses principales subjectivités –, j’ai
noté la répétition de faisceaux sémiotiques déterminés, à savoir des ensembles
de signes évocateurs de cette mémoire d’appartenance et de chute. J’ai
également remarqué que ces faisceaux étaient traversés d’une dimension quelque
peu mythique/mystique révélatrice des nostalgies du passé-latex: une mélancolie
légère, énonciative et indicielle. J’ai baptisé ces faisceaux de «passélatex »
et leur processus de représentation de « blues sémiotique », signifiant par-là
que tout le champ de référence « Ere du caoutchouc » cristallise le discours
historique de la ville, couvre d’autres époques, synthétise une chute qui ne
s’est pas produite seulement le 28 août 1912, mais qui s’est souvent répétée
tout au long de l’histoire de la ville
[17]. Le blues sémiotique est une nostalgie, une
saudade de l’inconnu. C’est un
souvenir sensuel, qui surgit quand la réalité matérielle d’un objet
historico-discursif traverse le pouvoir de gérer de nouvelles paroles, de
nouveaux énoncés relatifs au passé. Il s’agit d’une sémiose importante pour le
mode narratif de la modernité et, je le crois, essentielle au mode narratif de
la haute modernité (ou post-modernité, ou contemporanéité, etc.) et je pense
qu’elle relie entre eux certains des aspects de la construction de la relation
entre mémoire et imaginaire social.
3. Anthropologie d’une saudade
Restait toutefois à considérer, pour conclure cette recherche,
la base sociale de cet imaginaire, ou, en d’autres termes, à se demander
pourquoi cet imaginaire de Belém perdure, pourquoi la mémoire sociale se fonde
ainsi sur l’idée d’ascension et de chute, pourquoi les relations entre mémoire
et imagination sociale se présentent, à Belém, comme une sémiose cristallisée
sur des images du «moderne ».
Il fallait pour cela construire une hypothèse sociohistorique
en observant que le passé de Belém présente une certaine succession de défaites
qui finissent par expliquer pourquoi celle du latex a été si durement ressentie
et, d’une certaine façon, prévue et attendue. On observe en réalité que la
construction de l’imaginaire social sur le cycle du latex a engendré un combat
de signes dans lesquels les meilleures histoires sur l’apogée ou la chute ont
fini par dépasser ou, en d’autres termes, se sont inspirées de la séquence
matérielle de l’histoire.
La succession de défaites historiques de Belém reflète, d’une
façon dichotomique, ses brèves périodes de faste : si ce n’est la défaite
permanente de la victoire relative du contrôle de l’espace amazonien, si ce
n’est les massacres successifs de peuples indigènes dont la ville, élément
central de la conquête portugaise, a été la scène ou le laboratoire, tout du
moins les défaites matérielles et morales, toujours dichotomiques d’un certain
bref apogée, où la logique de l’État portugais ou de l’État brésilien a prévalu
sur la logique de la société locale. Ainsi, l’humiliation de la répression
politique sous l’Empire brésilien, ou le manque de prestige commercial et
politique de la région pendant tout l’Empire ou encore pendant le siècle
républicain, sont toutes des défaites successives, séquentielles. La défaite du
latex reproduit simplement avec plus de plasticité les défaites antérieures.
Ainsi, le blues sémiotique du Belém du XXe siècle, sa
nostalgie, cherche à devenir un Pharmakon, un palliatif à la douleur des
défaites historiques successives de la ville de Belém, révélant ainsi que
l’imaginaire, comme le (suite note 17)
cette guerre contribua à la stagnation du développement de la ville et de la
région, créant ainsi des circonstances propices aux pratiques spéculatives du
cycle du latex et, plus tard, dans les années 1920-1930, à une nouvelle
séquence de rébellions civiles et militaires. Une nouvelle stagnation, «le long
sommeil», fut interrompue par la politique brésilienne d’occupation effective
du territoire amazonien et de mise à profit de ses ressources naturelles lancée
à la fin des années 60. suggère Durand, revêt une fonction thérapeutique
essentielle. Et, pour aller plus loin, il importe de se référer à la structure
nostalgique des cultures lusitanienne et luso-américaine, au célèbre thème du
sébastianisme présent dans la
structure imaginelle du Portugal et de ses colonies. En réalité, le mot
bienheureux de saudade fait référence
à un phénomène narratif présent dans la culture occidentale et contemporaine,
si ce n’est au blues sémiotique lui-même. Dans la culture des sociétés
modernes, le sentiment de mémoire ne peut être séparé d’une dimension
temporelle inusitée et déconcertante qu’on appelle en portugais « saudade ».
Dans la modernité, ce n’est pas l’histoire mais des
saudades qu’on trouve, à savoir une
formation narrative, structurellement fantasmatique, qui fonctionne comme une
veine conductrice, comme la source principale de la connaissance historique. Le
passé connu en tant que nostalgie ne se situe pas exactement comme un
antécédent du présent. Il ne peut être décrit comme un producteur du présent,
pas plus qu’il n’en fait un lieu de temps, directement dérivé des contingences
de production. Ce passé absent, paradoxal, empêche la compréhension du présent
comme un devenir de quelque chose. Il le temporalise également, en l’appelant
magique, inappropriable, surgi de rien. Le thème du blues sémiotique suggère
que la nostalgie, la saudade, est
également une conscience réflexive du temps et une façon de raconter
l’histoire.
·
AGE DE CAR VALHO João, Os Quintais – IV (frag.), in
Arquitetura dos Ossos, Belém,
Falângola, 1980.
·
BELÉM Conselho Municipal, Relatórios apresentados pelo intendente Antônio José de
Lemos, 1897-1912, Belém, Intendência Municipal, 1897-1913.
·
DURAND Gilbert, L’imagination
symbolique. Paris, Quadridge/Presses Universitaires de France, 1998,
4e éd.
·
JURANDIR,Dalcídio, Ribanceira, RJ, Record, 1978, p. 41.
·
LOURENÇO Eduardo, O Labirinto da
Saudade : psicanálise mítica do destino português, Lisboa,
Publicações Dom Qixote, 1982, 2a ed.
·
MAFFESOLI Michel, L’imaginaire sociall, in : Dossier Imaginaire
et changement social. Cultures en mouvement,
Sciences de l’homme et sociétés, Paris, n° 27, maio 2000.
·
MEIRA Octávio. Memórias do
Quase-Ontem, RJ, Lidador, 1976, pp.135-139.
·
OLIVEIRA FILHO, João Pacheco de, O caboclo e o bravo: notas
sobre duas modalidades de força-de-trabalho na expansão da fronteira amazônica
no século XIX. In Encontros com a civilização
brasileira, Rio de Janeiro, Editora Civilização Brasileira, 1979, V.
11.
·
PAES LOUREIRO , João de Jesus, Altar em Chamas, in
Cantares Amazônicos. SP, Roswitha
Kempf Editores, 1985, p. 195.
·
RUBBER GROWERS ASSOCIATION, India
Rubber World, New York, s/ed., 1891-1920.
·
SANTOS Roberto, História
econômica da Amazônia – 1800-1920, São Paulo, T. A. Queiroz,
1980.
·
WEINSTEIN Bárbara, The Amazon
Rubber Boom, 1850-1920, Califórnia, Stanford University Press,
1983.
[*]
Enseignant au Département de Communication de l’Université
Fédérale du Pará, Belém, Brésil. Doctorant à l’Université de la Sorbonne
Nouvelle. Boursier de la Ca- pes.
[1]
La demande en latex amazonien a commencé à croître avec la
découverte du proces- sus de vulcanisation du caoutchouc en 1939, par Charles
Goodyear. Ce processus, qui permit au caoutchouc de supporter de hautes
températures, a rendu possible son utilisation dans la confection d’une
nouvelle génération de machineries industrielles (
suite note 1) puis, au début du
XX
e siècle, son application dans l’industrie automobile
naissante. De 1 000 tonnes environ dans les premières années du
XIX
e siècle, les exportations amazoniennes sont passées à
8 000 tonnes en 1870, puis à 21 000 tonnes en 1891 et 33 000 tonnes en 1900. En
1912, année de la spéculation démesurée de ce produit mais également année de
la débâcle, le chiffre historique de 42 000 tonnes de latex produit a été
atteint.
[2]
Onody (
apud R.
Santos,1980) calcule qu’en 1913, les faillites sur la place de Belém
atteignirent 59 524 contos de réis (soit près de 100 millions de
francs).
[3]
Cette recherche a donné lieu à un mémoire de « mestrado »
(Master of Arts) intitulé
A Cidade Sebastiana.
Era da borracha, memória e melancolia numa capital da periferia da
modernidade, sous la direction de Benedito Nunes et présenté à la
Faculté de Communication de l’Université de Brasília en 1995.
[4]
Noter ainsi la différence entre le
cycle du latex, qui fait référence à
la matérialité historique de la période, et
l’Ère
du Caoutchouc qui renvoie à l’utopie sociale rela- tive à ce
cycle.
[5]
Vestiu-se quando era menina, /
Com a renda mais fina, / De mil seringais./ Senhora, inda hoje fascina, /
Cheirando a resinas, / Banhada em cristais. Carlos Henry Sandoval
(musique, paroles et interprétation), «Belém leite moreno », in :
Dança das águas, Festival 3 canções
para Belém (disque), Belém, Prefeitura Municipal, 1978.
[6]
Belém da minha infância era uma
cidade triste. (…) Anos seguidos não se via um andaime, uma construção, uma
obra nova. Belém apodrecia na sua pobreza e na sua melancólica decadência. (…)
Tudo seria arrastado na enxurrada do desastre financeiro e anos de sofrimento e
luta aguardavam um Estado empobrecido, despovoado e abandonado pela
Nação. Octávio Meira,
Memória do
quasi-ontem, Rio de Janeiro, Lidador, 1976, p. 135-139.
[7]
Como foi que tão de repente a
cidade caiu? T udos os dias via cair um sobrado, embarcar uma
família. Dalcídio Jurandir,
Ribanceira, Rio de Janeiro, Record, 1978, p.
41.
[8]
Vagarei pela inexistência da
cidade / por sobre os telhados (…). Age de Cavalho, « Os Quintais –
IV » (extrait), in
Arquitetura dos
ossos, Belém, Falângola, 1980.
[9]
O que te amei, / foi o efêmero,
/ A estranha duração da tua eternidade. João de Jesus Paes Loureiro,
« Altar em chamas », in :
Cantares
amazônicos, São Paulo, Roswitha Kempf Editores, 1985, p.
195.
[10]
Velha namorada, / tu me finges
um cuidado / de quem quase me amou. Grupo Oficina de Samba,
Olá Belém (1985).
[11]
Les rapports référentiels sur la perte négocient avec un vide
plausible. La série télévi- sée « Janelas », peintures de Geraldo Teixeira, les
séries télévisées «Noturnos de Be- lém » de Paolo Ricci, «Nunca viram mas
pintaram. Isso est guerra» de PP Codurú, et « Amorocidade » de Antar Rohit
montrent une certaine intention de restaurer et de récupérer cette mémoire «
nocturne » de la ville par leur volonté de travailler pour ainsi dire
directement avec des références aux choses «qui disparaissent en elles- mêmes
». La représentation visuelle de la ville est également extrêmement expressive
dans l’œuvre de Owaldo Goeldi qui y a passé son enfance et qui s’y rapporte en
permanence.
[12]
J’ai pu recueillir 94 témoignages libres structurés autour de
deux questions formulées dans cet ordre : 1) Pouvez-vous décrire la Belém
idéale pour y vivre aujourd’hui? et 2) Comment imaginez-vous la Belém de l’«Ère
du Caoutchouc ? » D’une façon sug- gestive, la Belém « idéale pour y vivre
aujourd’hui» correspondait à la Belém du cycle du latex.
[13]
J’ajoute que la dynamique du travail a intégré dans ses
fondements le mythe de Walter Benjamin, en particulier en ce qui concerne le
vécu, l’expérience du moderne et le découpage des rêves de modernité qui ont eu
lieu pendant le cycle du latex et qui ont été récupérés par le fonds «imaginel»
narrateur des Belém dans les écrits posté- rieurs.
[14]
Il est certain que le cycle du latex peut être étudié à la
lumière de l’histoire (d’une histoire des productions, des matérialités ou des
processus sociaux) sur laquelle on pourrait construire des hypothèses sur les
illusions locales sur l’histoire et les mécanis- mes d’aliénation historique.
Mon approche s’inspire d’une sociologie, ou sémiotique, de la culture pour
laquelle la réalité est un produit dialectique de la réalité matérielle et
(
suite note 14) du délire
fantasmatique : une illusion, une élaboration, une élucubration sur
l’antécédence d’être de cette même réalité. Cela m’a permis de rechercher dans
cette chimère une certaine « vérité sociale », dans une formulation qui m’a
permis de carac- tériser et d’interpréter cette catégorie sociosémiotique des
«nostalgies de l’inconnu ».
[15]
G. Durand,
L’imagination
symbolique, Paris, Quadridge / Presses Universitaires de France,
1998, 4
e éd.
[16]
M. Maffesoli, L’imaginaire social, in :
Dossier Imaginaire et changement social. Cultures
en mouvement, Sciences de l’homme et sociétés, Paris, n° 27, mai
2000.
[17]
Belém a été fondée en 1616, et fut le premier élément de la
conquête portugaise de l’Amazonie. Elle a occupé également la fonction de place
commerciale centrale des produits amazoniens et de centre d’accumulation de
savoirs stratégiques sur la ré- gion. Capitale de l’État de Grão-Pará e
Maranhão qui, avec le Brésil, constituaient les deux colonies portugaises en
Amérique, Belém a été marquée par sa proximité poli- tique et culturelle avec
le Portugal. Sous le gouvernement du Marquis de Pombal, sous le règne de Don
José I (1750-1777), la ville a bénéficié d’investissements signi- ficatifs. Une
crise économique au début du XIX
e siècle (1808) et le
mécontentement général de la population vis-à-vis de l’administration
portugaise et brésilienne (le Grão- Pará fut contraint d’adhérer à
l’indépendance du Brésil – au Brésil indépendant – en 1823) conduisirent à une
guerre civile dévastatrice au cours de laquelle périrent 30% de la population
totale de l’Amazonie. La dure répression brésilienne postérieure à