2001
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
« en redécouvrant le monde du loisir »
« lorsque le travail se marie avec le loisir»
Daniela Fernandes Y Freitas
Chercheur au CEQ – Paris V – Sorbonne
En nous proposant d’étudier et d’analyser le monde du loisir,
nous n’avions pas la prétention d’aborder la totalité des pratiques de loisir
ni d’apporter des idées excentriques ou trop novatrices sur un quelconque
clivage entre un « ancien » et un « nouveau » monde du loisir.
Notre idée est plutôt de tenter d’apporter un regard nouveau
sur les pratiques du loisir, sur la théorie du loisir, en prenant compte des
changements qui sont intervenus dans la société avec notamment l’arrivée
d’Internet et des nouveaux styles de vie qui lui sont concomitants.
Mais nous ne pouvons pas faire une analyse approfondie de la
théorie du loisir si nous ne nous penchons pas un instant de plus près sur une
autre théorie, celle du temps libre, et qui découle d’une autre, celle de la
catégorie du temps social.
Il nous paraît judicieux de partir de cette dernière, pour bien
comprendre comment s’articule le temps social, ou plutôt les temps sociaux en
général, afin, ensuite, de porter un regard plus pertinent sur la théorie du
temps libre et plus spécifiquement la théorie du loisir.
Ainsi, nous nous efforcerons de souligner les raisons qui nous
ont fait regarder de plus près la théorie des temps sociaux, du partage du
temps dans la société, afin de mieux comprendre cette nouvelle façon de vivre
de la post-mo-dernité.
Nous tâcherons, pour cela, de donner un aperçu de la façon dont
était vécu le loisir depuis l’antiquité, pour démontrer que chaque époque revêt
sa propre façon d’être, et qu’ainsi, la nôtre, la post-modernité, a bien son
propre style qui commence à se dessiner, à se mettre à jour dans la
société.
Nous verrons aussi qu’il est possible de mener une double vie,
dans son quotidien et de quelle façon le loisir s’y prête, et notamment par le
biais des nouvelles technologies.
1. Les raisons d’étudier le loisir
Nous ne pouvons pas parler de «loisir » sans parler de temps,
de l’étude du temps.
Et l’étude du temps est essentielle si nous voulons comprendre
la problématique du loisir, car à toutes les époques et dans toutes les
cultures, il va s’articuler avec le travail, donnant ainsi de la matière à
l’étude d’une sociologie du temps social.
La tradition sociologique de l’étude des temps sociaux ne date
pas d’hier, nous retrouvons des penseurs des temps sociaux comme Henri Hubert,
Marcel Mauss, Emile Durkheim, Maurice Halbwachs, George Herbert Mead, Pitirim
A. Sorokin, Robert Merton et Georges Gurvitch. Actuellement nous avons William
Moore, Eviatar Zerubavel, William Grossin et d’autres. Nous voyons donc
l’importance de l’étude de la sociologie du temps social, et au sein de
celle-ci, de l’étude du loisir.
Dans « Les formes élémentaires de la vie religieuse », Durkheim
démontre cela très clairement en disant:
« C’est le rythme de la vie sociale qui est à la base de la
catégorie de temps». [1]
Ainsi, le temps est une donnée collective, puisque toute la
société partage l’entendement de ce temps.
Pronovost va au-delà, en affirmant :
« Le temps est une catégorie sociale de pensée, articulant
les multiples événements et durées particulières dont la vie de chaque individu
est tissée dans une sorte de totalité significative de la durée ». [2]
De toute évidence, la société est immergée dans un milieu
temporel où chacun articule cette donnée plus ou moins sans s’en rendre compte.
Mais elle est bien présente, et notre rôle est de cerner cette catégorie temps,
pour comprendre sa signification.
Comme nous le savons, l’homme vit dans l’espace et dans le
temps. Mais cet espace n’est pas un espace unique, il est plutôt composé de
plusieurs espaces superposés, entrecroisés, emboîtés les uns dans les
autres.
Il y a une multitude d’exemples à donner à ce propos : l’homme
vit dans l’espace réel, comme son pays, son quartier, sa chambre à coucher,
mais aussi dans des espaces virtuels, comme dans les réseaux du Minitel et de
l’Internet. Mais l’homme vit aussi dans le temps, qui n’est pas unique, lui non
plus. Considéré comme un objet scientifique, il peut être étudié, analysé, et
les observations qui résultent des études menées démontrent qu’il peut être
identifié, qu’il peut être classé selon sa catégorie.
Ainsi, la catégorie du temps moderne est celle d’un temps
unique, tandis que celle du temps post-moderne va être composée de petits
morceaux de temps, des temps multiples.
Dans la modernité, le temps au singulier est formé par des
temps au pluriel: il est composé, par exemple, du temps de travail, du temps de
loisir, du temps des trajets, du temps des rites et de tous les autres temps
que nous découpons. Mais ce découpage du temps n’est pas une évidence. Même
s’il devient plus courant de parler du temps de ceci ou de cela, ce découpage
n’est pas encore perçu par la société. Il n’est pas reconnu dans sa
pluralité.
Dans son étude d’une science des temps, William Grossin
démontre très clairement cela :
« La représentation d’une multiplicité de temps divers,
différents les uns des autres, personnels ou collectifs, est écrasée, annihilée
par celle, dominante, du temps unique.» [3]
Et avec cette représentation d’un temps unique, l’homme pense
encore le temps comme quelque chose qui ne lui appartient pas, comme quelque
chose qui peut lui échapper.
Pour illustrer un peu mieux ce que nous avançons, il suffit de
considérer le discours social, où on parle du temps comme s’il était une
entité, autonome et de volonté propre.
C’est ainsi qu’on entend fréquemment des phrases comme – «je
n’ai pas le temps », « vivre dans son temps », « prendre son temps », « perdre
du temps », « gagner du temps », etc.
Mais, en réalité, ces temps qui, comme nous l’avons vu, sont
pluriels et non uniques, appartiennent à l’homme, et c’est à lui d’en disposer
comme il l’entend. C’est ainsi que l’homme va, par exemple, utiliser des temps
de bonne ou de mauvaise qualité, c’est à lui de décider, de gérer, de disposer
comme il l’entend du partage de son temps.
En partant de ce principe, si nous confrontons cette idée de
temps unique avec l’expérience sociale, nous allons nous rendre compte de
l’ambiguïté du discours social.
Par exemple, nous parlons aussi bien aujourd’hui du temps
urbain et du temps rural. Ainsi, deux personnes, à la même époque, vont mesurer
le temps de manière complètement différente, l’une parlera du temps des
moissons, du temps des vendanges, des saisons, etc., l’autre du temps
industriel, partagé en heures, jours, semaines, week-ends. L’un va parler du
temps en fonction du lever et du coucher du soleil, l’autre parlera du temps
réparti dans son agenda, avec des horaires très bien définis.
Aussi, on entendra parler du temps de travail en opposition au
temps des vacances, où on mesurera complètement différemment le partage du
temps. Nous voyons donc que les temps sont rythmés différemment selon la
situation.
À ce propos, nous nous rapprochons de la pensée de Durkheim
lorsqu’il dit:
« … même des idées aussi abstraites que celles de temps et
d’espace sont, à chaque moment de leur histoire, en rapport étroit avec
l’organisation sociale correspondante. » [4]
De là découle le fait que nous ne sommes pas les esclaves d’un
temps autonome et dictateur, mais que nous nous sommes, volontairement,
assujettis à une conception d’un temps, unique et omniprésent.
Cette situation a été créée par les hommes, et nous sommes les
responsables de cette construction temporelle.
Et cette construction temporelle est en train de changer. Ce
temps dictateur et unique, créé dans la société industrielle, est à nouveau en
train de se transformer, de changer, de se répartir en plusieurs fragments de
temps, emboîtés les uns dans les autres.
Cette représentation d’un temps autonome laisse place à une
autre façon de vivre, de concevoir et de partager le temps, plus démocratique
et flexible, où il n’y a plus de place pour une entité temps, mais plutôt pour
des temps pluriels, extensibles et souples.
Les problématiques à propos des cultures temporelles surgissent
avec l’observation des temps dans la société, à partir de l’étude des
comportements et des attitudes des individus. Et les changements dans ces
cultures temporelles vont être perçus « après coup », à partir des comparaisons
avec les comportements et attitudes antérieurs.
Au fur et à mesure que l’avancement technologique s’impose dans
la société, il devient plus aisé de constater ces changements dans la culture
temporelle. Ce qui avait du sens dans une culture vouée au travail, à
l’industrialisation, à une culture mécaniste et linéaire n’en aura plus dans
une culture ayant d’autres valeurs comme base, dans une culture pluraliste et
plurielle, où le mot d’ordre n’est plus celui du progrès et de l’avenir, mais
celui de vivre l’instant présent et de profiter de la vie au jour le
jour.
En partant de cette idée, la société moderne va être construite
sous l’emprise d’un cadre temporel, où la société elle-même a créé une
dictature du temps. En revanche, la société post-moderne va se baser non plus
dans un cadre temporel rigide, mais plutôt dans un milieu temporel où des temps
divers vont cohabiter, car le propre d’un milieu temporel c’est qu’il admet une
contemporanéité entre les temps. Ils sont, donc, modifiables,
modulables.
Dans son ouvrage « Pour une science des temps »
[5], William Grossin saisit très
bien ces changements et démontre que les cadres temporels vont être rigides,
imposés, restreints, unicistes, réducteurs, fermés ; ils refusent le milieu
temporel, ils vont être aussi réguliers et réitérés, imbriqués en
configurations, construits sur des mesures d’horloge. Les milieux temporels,
par contre, sont souples, libres, étendus, pluralistes, extensibles, ouverts,
ils accueillent les cadres temporels, ils sont changeants, modifiables,
associés, sans rigueur et sont sans rapport étroit avec un ordre
chronologique.
Nous nous rendons compte, grâce à ces précisions que, selon les
époques, les sociétés, les façons d’être et de vivre de l’homme, la conception
même du temps change.
Nous pouvons observer plus attentivement ces changements dans
la perception du temps dans nos organisations sociales en examinant la façon
d’utiliser le ou les temps.
En ce qui nous concerne, nous observons ces changements dans la
culture temporelle en étudiant l’évolution du temps libre et du temps des
loisirs dans les sociétés depuis l’Antiquité.
Nous constatons que l’importance donnée à l’étude du Loisir est
proportionnelle à celui-ci. C’est la durée du temps de loisir par rapport au
temps de travail qui a poussé divers auteurs à se pencher dessus. Car le
loisir, en se constituant, a réussi à générer ses propres valeurs et
contenus.
2. Le loisir depuis l’Antiquité
S’attachant à démontrer le caractère distinct du temps social,
par rapport au temps physique ou psychologique par exemple, Sorokin et Merton
insistent sur deux idées principales :
- le temps social est significativement lié aux activités qui
le composent;
- il est aussi l’expression du rythme des groupes
sociaux.
Ils insistent sur l’idée de la nature qualitative du temps
social, en disant que cette nature qualitative :
« … permet de révéler les rythmes, les pulsations et les
modulations des sociétés dans lesquelles elle prend place. » [6]
Ainsi, nous verrons que le loisir va prendre de la valeur et
différentes proportions selon l’époque et la culture des groupes
sociaux.
Dans les sociétés grecques, on ne parlait pas encore de temps
de loisir en relation au temps de travail, tout simplement parce qu’ils
n’avaient pas de rapport l’un avec l’autre.
Nous comprenons cela, en étudiant l’étymologie du mot
loisir.
Loisir, en grec se traduit par Scholé, qui veut aussi dire instruction. De ce
fait, nous comprenons cette opposition entre loisir et travail chez les grecs
anciens, la caste qui jouissait du loisir était opposée à celle qui
travaillait, le loisir étant l’accomplissement de l’homme instruit. Nous voyons
ici très clairement le clivage avec le travail, lorsque nous observons que
A-scholé est justement la définition
de travail, ou de l’état de servitude.
Si nous cherchons ce même clivage en latin, nous trouverons
otium s’opposant à
neg-otium, donc loisir, oisiveté
s’opposant à commerce, négoce, travail. En avançant dans le temps, on se rend
compte que ce clivage, cette opposition, cette exclusion de l’un par l’autre va
changer. Il n’est plus envisageable de parler de loisir sans parler de travail,
car le loisir ne sera plus vu comme un état permanent d’oisiveté mais plutôt
qu’il suppose qu’on travaille.
Mais cela ne va se faire que lentement. Dans les sociétés
préindustrielles, cette même séparation entre une élite qui jouit du loisir et
une masse qui ne vit que pour le travail subsiste. À cette époque, le temps
libre est très rare pour la population qui travaille, et lorsqu’elle en
dispose, c’est plutôt dû au climat qui ne permet pas de continuer un travail:
le temps libre est subi et non pas acquis. De la même manière, les très rares
jours fériés sont imposés par l’Église, ainsi ce temps libre n’est toujours pas
choisi.
Roger Sue nous en parle très bien : « Le temps libre dans ces
sociétés ne peut se comparer au loisir moderne. Il résulte des aléas
climatiques, de la mauvaise saison pendant laquelle le travail agricole est
rendu impossible. Autrement dit ce temps “libre” est plutôt un temps contraint
dans la mesure où l’inactivité est subie et non choisie. »
[7] Lorsqu’on arrive à la modernité, et à sa
conception linéaire du temps, on se rend compte que le loisir n’y a pas
vraiment sa place. Le loisir est mal vu, mal vécu car, dans une société tournée
vers l’avenir, dans une société où la valeur du travail est la valeur de base,
pour le progrès et le futur, parler de loisir, de « gaspillage » de temps, de
tout ce qui s’oppose à cette valeur d’évolution et d’amélioration du lendemain,
dans un temps linéaire, c’est créer des obstacles au progrès moderne.
Mais c’est dans la modernité qu’on commence à parler de temps
de travail, et par rapport à ce temps de travail, reste ce temps inoccupé qui,
même s’il est mal vu, mal vécu, doit être défini.
Or, c’est justement dans cette société que le loisir va se voir
attribuer certaines définitions.
Il peut être défini comme un temps libre, quelles que soient
les activités qui le remplissent, c’est-à-dire un temps différent de celui du
travail, ou une activité de libre choix, où la personne qui la pratique
trouverait une certaine satisfaction et aussi sa liberté.
Partant de cette définition, trois caractéristiques définissent
le loisir dans la modernité.
Une caractéristique matérielle, qui envisage le Loisir comme un
temps disponible, comme nous l’avions dit, donc un temps différent du temps de
travail, et aussi un temps homogène, dans la durée, en ce qui concerne sa
pratique.
La deuxième caractéristique est une caractéristique sociale:
puisque la modernité a généralisé les loisirs pour tout le monde, il n’est plus
le privilège d’une élite, même si on retrouve des pratiques de loisir
différentes selon la classe sociale observée.
La troisième caractéristique définissant le loisir est
institutionnelle. Pour la première fois l’État va prendre en charge certains
loisirs au bénéfice de la population.
À ce propos, Roger Sue nous donne une piste intéressante
:
« En 1936 pour la première fois, un secrétaire d’État chargé
des Sports et des Loisirs voit le jour. » [8]
Après la modernité, nous abordons une époque de changement, de
bouleversement de la culture, de la façon d’être de tout un chacun : on ne
conçoit plus le monde de cette façon linéaire vouée à l’avenir.
C’est la société du présent qui s’installe, et avec elle le
Loisir retrouve ses lettres de noblesse. Car dans cette nouvelle ère, l’accent
va être mis sur les pratiques sociales telles que le plaisir, la fête, l’extase
du présent, et bien évidement, le loisir.
On entend beaucoup parler du problème du chômage, de la
diminution des heures de travail, du manque de temps, du stress de la vie
quotidienne, mais, en même temps, on voit se dessiner une nouvelle société qui
recherche une qualité de vie, et qui, pour cette même raison, soutient un
discours de recherche du temps libre.
Comme l’affirme Roger Sue, dans « Temps et ordre social»
:
« Cette focalisation sur la question du temps est l’un des
meilleurs indices de son changement, c’est-à-dire de la prise de conscience
encore confuse de la transformation des temps sociaux et du changement de temps
dominant.» [9]
Ainsi, le temps post-moderne va être un temps qualitatif,
flexible et orienté vers le présent.
Au contraire de la modernité qui a réduit le temps à un système
de mesure de la durée, auquel les activités sociales étaient soumises, la
post-modernité et cette libération du temps mettent l’accent sur une jouissance
du temps présent. Comme le rappelle l’expression tellement d’à propos, il
s’agit de « prendre son temps ». Nous retrouvons donc, dans la post-modernité,
ce désir de « prendre son temps », cette nouvelle dimension sacrée du
temps.
Roger Sue illustre très bien ces propos lorsqu’il parle des «
sacro-saintes vacances », auxquelles il n’est pas question de toucher.
De même, lorsqu’il dit que le temps est devenu un signifiant,
une «expression de la valorisation de l’activité considérée »
.
[10] Nous avons dit que le
temps post-moderne est un temps flexible : on assiste de plus en plus à un
nouvel aménagement du temps de travail, celui-ci devient chaque jour plus
personnalisé, pour une meilleure productivité. C’est par exemple le cas du
travail à 35 heures par semaine, du mercredi libéré, etc.
Mais pas seulement de ces cas-là. Avec la naissance des
nouvelles technologies, et plus spécifiquement de l’Internet, cette flexibilité
du temps et avec elle, du loisir, devient chaque jour plus évidente.
Nous observons de plus en plus que cette opposition entre
loisir et travail créée dans la modernité tend à disparaître, ce clivage
n’existe plus.
Aujourd’hui, à cause de la qualité du temps, de sa flexibilité,
et aussi des nouvelles technologies, le loisir est en train «d’envahir » le
temps de travail.
C’est ainsi qu’on retrouve de nouveaux métiers, tels que «
web-surfeur professionnel», « créateur de sites de loisir sur Internet », «
créateur de jeux en ligne », où finalement le travail s’est marié avec le
loisir et avec le plaisir. C’est le cas aussi des personnes qui travaillent
chez elles et qui décident elles-mêmes de leurs horaires et de leurs modes de
travail.
D’autre part, de nouvelles habitudes sont en train de voir le
jour, dans le lieu de travail, comme par exemple voyager sur les pages web
entre deux tâches au bureau, envoyer une carte de vœux électronique lorsqu’on
effectue une recherche ou un travail sur Internet, ou encore laisser des
programmes tels que ICQ ouverts sur son ordinateur de bureau, pour avertir ses
connaissances, réelles ou virtuelles, que l’ordinateur est connecté sur
Internet et ainsi pouvoir recevoir, à tout moment, des messages des amis sur
son lieu de travail et bien évidemment, pouvoir leur répondre immédiatement.
C’est donc un nouveau mode de vie, de travail qui est en émergence, c’est
pouvoir travailler tout en étant en contact avec ses amis, sa famille, ses
intérêts personnels.
Grâce à ce nouveau temps qualitatif et flexible, il est
possible désormais de « répondre aux nécessités du nouveau mode de production
de la société » et aussi de correspondre « aux aspirations des intéressés à la
recherche d’une meilleure adéquation entre leurs projets personnels et les
temps socialement organisés »
.
[11] Nous ne pouvons plus,
dans ce cas dissocier le travail et le loisir. Ils sont interpénétrés.
Et cette interpénétration entraîne la mise en cause d’un style
de vie voué au travail. Il s’agit maintenant de valoriser plutôt le loisir,
l’hédonisme et le présent. De cette façon, nous pouvons ici parler de cette
ambivalence dont nous parle M. Maffesoli, ce « va-et-vient constant entre la
clôture et l’ouverture ».
[12] Pour conclure, les raisons pour lesquelles le temps
post-moderne est orienté vers le présent nous paraissent de plus en plus
claires. C’est justement cette qualité de vie et cette flexibilité qui
demandent, qui recherchent un temps de plaisir, de fête, de loisir au
quotidien, y compris pendant le temps de travail.
[1]
Durkheim E.,
Les formes
élémentaires de la vie religieuse, Paris, P.U.F., 1960, p.
628.
[2]
Pronovost G.,
Sociologie du
Temps, Bruxelles, De Boeck & Larcier, 1996, p. 16.
[3]
Grossin W. ,
Pour une science des
temps, Introduction à l’écologie temporelle, Paris, Octares, 1996,
p. 12.
[4]
Durkheim M. et Mauss M.,
De
quelques formes primitives de la classification, Journal de
sociologie, 1969, in «Pour une science des temps», 1996, p. 15.
[5]
Grossin W. ,
Pour une science des
temps, Introduction à l’écologie temporelle, Octares, Paris, 1996,
p. 44.
[6]
Sorokin P.A. et Merton R. K.,
Social Time : A Methodological and Functional
Analysis, Américan Journal of Sociology, 1937, p. 623.
[7]
Sue Roger,
Le Loisir,
Que sais-je, P.U.F., Paris, 1993, p 11.
[8]
Idem p. 15.
[9]
Sue R.,
Temps et ordre
social, Paris, PUF, 1994, p. 290 et 291.
[12]
Maffesoli M.,
Du
Nomadisme, Le livre de Poche, Paris, 1997, page 92.