Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2804136698
130 pages

p. 21 à 29
doi: en cours

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Contributions

no 71 2001/1

2001 Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales Contributions

« en redécouvrant le monde du loisir »

« lorsque le travail se marie avec le loisir»

Daniela Fernandes Y Freitas Chercheur au CEQ – Paris V – Sorbonne
 
Introduction
 
 
En nous proposant d’étudier et d’analyser le monde du loisir, nous n’avions pas la prétention d’aborder la totalité des pratiques de loisir ni d’apporter des idées excentriques ou trop novatrices sur un quelconque clivage entre un « ancien » et un « nouveau » monde du loisir.
Notre idée est plutôt de tenter d’apporter un regard nouveau sur les pratiques du loisir, sur la théorie du loisir, en prenant compte des changements qui sont intervenus dans la société avec notamment l’arrivée d’Internet et des nouveaux styles de vie qui lui sont concomitants.
Mais nous ne pouvons pas faire une analyse approfondie de la théorie du loisir si nous ne nous penchons pas un instant de plus près sur une autre théorie, celle du temps libre, et qui découle d’une autre, celle de la catégorie du temps social.
Il nous paraît judicieux de partir de cette dernière, pour bien comprendre comment s’articule le temps social, ou plutôt les temps sociaux en général, afin, ensuite, de porter un regard plus pertinent sur la théorie du temps libre et plus spécifiquement la théorie du loisir.
Ainsi, nous nous efforcerons de souligner les raisons qui nous ont fait regarder de plus près la théorie des temps sociaux, du partage du temps dans la société, afin de mieux comprendre cette nouvelle façon de vivre de la post-mo-dernité.
Nous tâcherons, pour cela, de donner un aperçu de la façon dont était vécu le loisir depuis l’antiquité, pour démontrer que chaque époque revêt sa propre façon d’être, et qu’ainsi, la nôtre, la post-modernité, a bien son propre style qui commence à se dessiner, à se mettre à jour dans la société.
Nous verrons aussi qu’il est possible de mener une double vie, dans son quotidien et de quelle façon le loisir s’y prête, et notamment par le biais des nouvelles technologies.
 
1. Les raisons d’étudier le loisir
 
 
Nous ne pouvons pas parler de «loisir » sans parler de temps, de l’étude du temps.
Et l’étude du temps est essentielle si nous voulons comprendre la problématique du loisir, car à toutes les époques et dans toutes les cultures, il va s’articuler avec le travail, donnant ainsi de la matière à l’étude d’une sociologie du temps social.
La tradition sociologique de l’étude des temps sociaux ne date pas d’hier, nous retrouvons des penseurs des temps sociaux comme Henri Hubert, Marcel Mauss, Emile Durkheim, Maurice Halbwachs, George Herbert Mead, Pitirim A. Sorokin, Robert Merton et Georges Gurvitch. Actuellement nous avons William Moore, Eviatar Zerubavel, William Grossin et d’autres. Nous voyons donc l’importance de l’étude de la sociologie du temps social, et au sein de celle-ci, de l’étude du loisir.
Dans « Les formes élémentaires de la vie religieuse », Durkheim démontre cela très clairement en disant:
« C’est le rythme de la vie sociale qui est à la base de la catégorie de temps». [1]
Ainsi, le temps est une donnée collective, puisque toute la société partage l’entendement de ce temps.
Pronovost va au-delà, en affirmant :
« Le temps est une catégorie sociale de pensée, articulant les multiples événements et durées particulières dont la vie de chaque individu est tissée dans une sorte de totalité significative de la durée ». [2]
De toute évidence, la société est immergée dans un milieu temporel où chacun articule cette donnée plus ou moins sans s’en rendre compte. Mais elle est bien présente, et notre rôle est de cerner cette catégorie temps, pour comprendre sa signification.
Comme nous le savons, l’homme vit dans l’espace et dans le temps. Mais cet espace n’est pas un espace unique, il est plutôt composé de plusieurs espaces superposés, entrecroisés, emboîtés les uns dans les autres.
Il y a une multitude d’exemples à donner à ce propos : l’homme vit dans l’espace réel, comme son pays, son quartier, sa chambre à coucher, mais aussi dans des espaces virtuels, comme dans les réseaux du Minitel et de l’Internet. Mais l’homme vit aussi dans le temps, qui n’est pas unique, lui non plus. Considéré comme un objet scientifique, il peut être étudié, analysé, et les observations qui résultent des études menées démontrent qu’il peut être identifié, qu’il peut être classé selon sa catégorie.
Ainsi, la catégorie du temps moderne est celle d’un temps unique, tandis que celle du temps post-moderne va être composée de petits morceaux de temps, des temps multiples.
Dans la modernité, le temps au singulier est formé par des temps au pluriel: il est composé, par exemple, du temps de travail, du temps de loisir, du temps des trajets, du temps des rites et de tous les autres temps que nous découpons. Mais ce découpage du temps n’est pas une évidence. Même s’il devient plus courant de parler du temps de ceci ou de cela, ce découpage n’est pas encore perçu par la société. Il n’est pas reconnu dans sa pluralité.
Dans son étude d’une science des temps, William Grossin démontre très clairement cela :
« La représentation d’une multiplicité de temps divers, différents les uns des autres, personnels ou collectifs, est écrasée, annihilée par celle, dominante, du temps unique.» [3]
Et avec cette représentation d’un temps unique, l’homme pense encore le temps comme quelque chose qui ne lui appartient pas, comme quelque chose qui peut lui échapper.
Pour illustrer un peu mieux ce que nous avançons, il suffit de considérer le discours social, où on parle du temps comme s’il était une entité, autonome et de volonté propre.
C’est ainsi qu’on entend fréquemment des phrases comme – «je n’ai pas le temps », « vivre dans son temps », « prendre son temps », « perdre du temps », « gagner du temps », etc.
Mais, en réalité, ces temps qui, comme nous l’avons vu, sont pluriels et non uniques, appartiennent à l’homme, et c’est à lui d’en disposer comme il l’entend. C’est ainsi que l’homme va, par exemple, utiliser des temps de bonne ou de mauvaise qualité, c’est à lui de décider, de gérer, de disposer comme il l’entend du partage de son temps.
En partant de ce principe, si nous confrontons cette idée de temps unique avec l’expérience sociale, nous allons nous rendre compte de l’ambiguïté du discours social.
Par exemple, nous parlons aussi bien aujourd’hui du temps urbain et du temps rural. Ainsi, deux personnes, à la même époque, vont mesurer le temps de manière complètement différente, l’une parlera du temps des moissons, du temps des vendanges, des saisons, etc., l’autre du temps industriel, partagé en heures, jours, semaines, week-ends. L’un va parler du temps en fonction du lever et du coucher du soleil, l’autre parlera du temps réparti dans son agenda, avec des horaires très bien définis.
Aussi, on entendra parler du temps de travail en opposition au temps des vacances, où on mesurera complètement différemment le partage du temps. Nous voyons donc que les temps sont rythmés différemment selon la situation.
À ce propos, nous nous rapprochons de la pensée de Durkheim lorsqu’il dit:
« … même des idées aussi abstraites que celles de temps et d’espace sont, à chaque moment de leur histoire, en rapport étroit avec l’organisation sociale correspondante. » [4]
De là découle le fait que nous ne sommes pas les esclaves d’un temps autonome et dictateur, mais que nous nous sommes, volontairement, assujettis à une conception d’un temps, unique et omniprésent.
Cette situation a été créée par les hommes, et nous sommes les responsables de cette construction temporelle.
Et cette construction temporelle est en train de changer. Ce temps dictateur et unique, créé dans la société industrielle, est à nouveau en train de se transformer, de changer, de se répartir en plusieurs fragments de temps, emboîtés les uns dans les autres.
Cette représentation d’un temps autonome laisse place à une autre façon de vivre, de concevoir et de partager le temps, plus démocratique et flexible, où il n’y a plus de place pour une entité temps, mais plutôt pour des temps pluriels, extensibles et souples.
Les problématiques à propos des cultures temporelles surgissent avec l’observation des temps dans la société, à partir de l’étude des comportements et des attitudes des individus. Et les changements dans ces cultures temporelles vont être perçus « après coup », à partir des comparaisons avec les comportements et attitudes antérieurs.
Au fur et à mesure que l’avancement technologique s’impose dans la société, il devient plus aisé de constater ces changements dans la culture temporelle. Ce qui avait du sens dans une culture vouée au travail, à l’industrialisation, à une culture mécaniste et linéaire n’en aura plus dans une culture ayant d’autres valeurs comme base, dans une culture pluraliste et plurielle, où le mot d’ordre n’est plus celui du progrès et de l’avenir, mais celui de vivre l’instant présent et de profiter de la vie au jour le jour.
En partant de cette idée, la société moderne va être construite sous l’emprise d’un cadre temporel, où la société elle-même a créé une dictature du temps. En revanche, la société post-moderne va se baser non plus dans un cadre temporel rigide, mais plutôt dans un milieu temporel où des temps divers vont cohabiter, car le propre d’un milieu temporel c’est qu’il admet une contemporanéité entre les temps. Ils sont, donc, modifiables, modulables.
Dans son ouvrage « Pour une science des temps » [5], William Grossin saisit très bien ces changements et démontre que les cadres temporels vont être rigides, imposés, restreints, unicistes, réducteurs, fermés ; ils refusent le milieu temporel, ils vont être aussi réguliers et réitérés, imbriqués en configurations, construits sur des mesures d’horloge. Les milieux temporels, par contre, sont souples, libres, étendus, pluralistes, extensibles, ouverts, ils accueillent les cadres temporels, ils sont changeants, modifiables, associés, sans rigueur et sont sans rapport étroit avec un ordre chronologique.
Nous nous rendons compte, grâce à ces précisions que, selon les époques, les sociétés, les façons d’être et de vivre de l’homme, la conception même du temps change.
Nous pouvons observer plus attentivement ces changements dans la perception du temps dans nos organisations sociales en examinant la façon d’utiliser le ou les temps.
En ce qui nous concerne, nous observons ces changements dans la culture temporelle en étudiant l’évolution du temps libre et du temps des loisirs dans les sociétés depuis l’Antiquité.
Nous constatons que l’importance donnée à l’étude du Loisir est proportionnelle à celui-ci. C’est la durée du temps de loisir par rapport au temps de travail qui a poussé divers auteurs à se pencher dessus. Car le loisir, en se constituant, a réussi à générer ses propres valeurs et contenus.
 
2. Le loisir depuis l’Antiquité
 
 
S’attachant à démontrer le caractère distinct du temps social, par rapport au temps physique ou psychologique par exemple, Sorokin et Merton insistent sur deux idées principales :
  1. le temps social est significativement lié aux activités qui le composent;
  2. il est aussi l’expression du rythme des groupes sociaux.
Ils insistent sur l’idée de la nature qualitative du temps social, en disant que cette nature qualitative :
« … permet de révéler les rythmes, les pulsations et les modulations des sociétés dans lesquelles elle prend place. » [6]
Ainsi, nous verrons que le loisir va prendre de la valeur et différentes proportions selon l’époque et la culture des groupes sociaux.
Dans les sociétés grecques, on ne parlait pas encore de temps de loisir en relation au temps de travail, tout simplement parce qu’ils n’avaient pas de rapport l’un avec l’autre.
Nous comprenons cela, en étudiant l’étymologie du mot loisir.
Loisir, en grec se traduit par Scholé, qui veut aussi dire instruction. De ce fait, nous comprenons cette opposition entre loisir et travail chez les grecs anciens, la caste qui jouissait du loisir était opposée à celle qui travaillait, le loisir étant l’accomplissement de l’homme instruit. Nous voyons ici très clairement le clivage avec le travail, lorsque nous observons que A-scholé est justement la définition de travail, ou de l’état de servitude.
Si nous cherchons ce même clivage en latin, nous trouverons otium s’opposant à neg-otium, donc loisir, oisiveté s’opposant à commerce, négoce, travail. En avançant dans le temps, on se rend compte que ce clivage, cette opposition, cette exclusion de l’un par l’autre va changer. Il n’est plus envisageable de parler de loisir sans parler de travail, car le loisir ne sera plus vu comme un état permanent d’oisiveté mais plutôt qu’il suppose qu’on travaille.
Mais cela ne va se faire que lentement. Dans les sociétés préindustrielles, cette même séparation entre une élite qui jouit du loisir et une masse qui ne vit que pour le travail subsiste. À cette époque, le temps libre est très rare pour la population qui travaille, et lorsqu’elle en dispose, c’est plutôt dû au climat qui ne permet pas de continuer un travail: le temps libre est subi et non pas acquis. De la même manière, les très rares jours fériés sont imposés par l’Église, ainsi ce temps libre n’est toujours pas choisi.
Roger Sue nous en parle très bien : « Le temps libre dans ces sociétés ne peut se comparer au loisir moderne. Il résulte des aléas climatiques, de la mauvaise saison pendant laquelle le travail agricole est rendu impossible. Autrement dit ce temps “libre” est plutôt un temps contraint dans la mesure où l’inactivité est subie et non choisie. » [7] Lorsqu’on arrive à la modernité, et à sa conception linéaire du temps, on se rend compte que le loisir n’y a pas vraiment sa place. Le loisir est mal vu, mal vécu car, dans une société tournée vers l’avenir, dans une société où la valeur du travail est la valeur de base, pour le progrès et le futur, parler de loisir, de « gaspillage » de temps, de tout ce qui s’oppose à cette valeur d’évolution et d’amélioration du lendemain, dans un temps linéaire, c’est créer des obstacles au progrès moderne.
Mais c’est dans la modernité qu’on commence à parler de temps de travail, et par rapport à ce temps de travail, reste ce temps inoccupé qui, même s’il est mal vu, mal vécu, doit être défini.
Or, c’est justement dans cette société que le loisir va se voir attribuer certaines définitions.
Il peut être défini comme un temps libre, quelles que soient les activités qui le remplissent, c’est-à-dire un temps différent de celui du travail, ou une activité de libre choix, où la personne qui la pratique trouverait une certaine satisfaction et aussi sa liberté.
Partant de cette définition, trois caractéristiques définissent le loisir dans la modernité.
Une caractéristique matérielle, qui envisage le Loisir comme un temps disponible, comme nous l’avions dit, donc un temps différent du temps de travail, et aussi un temps homogène, dans la durée, en ce qui concerne sa pratique.
La deuxième caractéristique est une caractéristique sociale: puisque la modernité a généralisé les loisirs pour tout le monde, il n’est plus le privilège d’une élite, même si on retrouve des pratiques de loisir différentes selon la classe sociale observée.
La troisième caractéristique définissant le loisir est institutionnelle. Pour la première fois l’État va prendre en charge certains loisirs au bénéfice de la population.
À ce propos, Roger Sue nous donne une piste intéressante :
« En 1936 pour la première fois, un secrétaire d’État chargé des Sports et des Loisirs voit le jour. » [8]
Après la modernité, nous abordons une époque de changement, de bouleversement de la culture, de la façon d’être de tout un chacun : on ne conçoit plus le monde de cette façon linéaire vouée à l’avenir.
C’est la société du présent qui s’installe, et avec elle le Loisir retrouve ses lettres de noblesse. Car dans cette nouvelle ère, l’accent va être mis sur les pratiques sociales telles que le plaisir, la fête, l’extase du présent, et bien évidement, le loisir.
On entend beaucoup parler du problème du chômage, de la diminution des heures de travail, du manque de temps, du stress de la vie quotidienne, mais, en même temps, on voit se dessiner une nouvelle société qui recherche une qualité de vie, et qui, pour cette même raison, soutient un discours de recherche du temps libre.
Comme l’affirme Roger Sue, dans « Temps et ordre social» :
« Cette focalisation sur la question du temps est l’un des meilleurs indices de son changement, c’est-à-dire de la prise de conscience encore confuse de la transformation des temps sociaux et du changement de temps dominant.» [9]
Ainsi, le temps post-moderne va être un temps qualitatif, flexible et orienté vers le présent.
Au contraire de la modernité qui a réduit le temps à un système de mesure de la durée, auquel les activités sociales étaient soumises, la post-modernité et cette libération du temps mettent l’accent sur une jouissance du temps présent. Comme le rappelle l’expression tellement d’à propos, il s’agit de « prendre son temps ». Nous retrouvons donc, dans la post-modernité, ce désir de « prendre son temps », cette nouvelle dimension sacrée du temps.
Roger Sue illustre très bien ces propos lorsqu’il parle des « sacro-saintes vacances », auxquelles il n’est pas question de toucher.
De même, lorsqu’il dit que le temps est devenu un signifiant, une «expression de la valorisation de l’activité considérée ». [10] Nous avons dit que le temps post-moderne est un temps flexible : on assiste de plus en plus à un nouvel aménagement du temps de travail, celui-ci devient chaque jour plus personnalisé, pour une meilleure productivité. C’est par exemple le cas du travail à 35 heures par semaine, du mercredi libéré, etc.
Mais pas seulement de ces cas-là. Avec la naissance des nouvelles technologies, et plus spécifiquement de l’Internet, cette flexibilité du temps et avec elle, du loisir, devient chaque jour plus évidente.
Nous observons de plus en plus que cette opposition entre loisir et travail créée dans la modernité tend à disparaître, ce clivage n’existe plus.
Aujourd’hui, à cause de la qualité du temps, de sa flexibilité, et aussi des nouvelles technologies, le loisir est en train «d’envahir » le temps de travail.
C’est ainsi qu’on retrouve de nouveaux métiers, tels que « web-surfeur professionnel», « créateur de sites de loisir sur Internet », « créateur de jeux en ligne », où finalement le travail s’est marié avec le loisir et avec le plaisir. C’est le cas aussi des personnes qui travaillent chez elles et qui décident elles-mêmes de leurs horaires et de leurs modes de travail.
D’autre part, de nouvelles habitudes sont en train de voir le jour, dans le lieu de travail, comme par exemple voyager sur les pages web entre deux tâches au bureau, envoyer une carte de vœux électronique lorsqu’on effectue une recherche ou un travail sur Internet, ou encore laisser des programmes tels que ICQ ouverts sur son ordinateur de bureau, pour avertir ses connaissances, réelles ou virtuelles, que l’ordinateur est connecté sur Internet et ainsi pouvoir recevoir, à tout moment, des messages des amis sur son lieu de travail et bien évidemment, pouvoir leur répondre immédiatement. C’est donc un nouveau mode de vie, de travail qui est en émergence, c’est pouvoir travailler tout en étant en contact avec ses amis, sa famille, ses intérêts personnels.
Grâce à ce nouveau temps qualitatif et flexible, il est possible désormais de « répondre aux nécessités du nouveau mode de production de la société » et aussi de correspondre « aux aspirations des intéressés à la recherche d’une meilleure adéquation entre leurs projets personnels et les temps socialement organisés ». [11] Nous ne pouvons plus, dans ce cas dissocier le travail et le loisir. Ils sont interpénétrés.
Et cette interpénétration entraîne la mise en cause d’un style de vie voué au travail. Il s’agit maintenant de valoriser plutôt le loisir, l’hédonisme et le présent. De cette façon, nous pouvons ici parler de cette ambivalence dont nous parle M. Maffesoli, ce « va-et-vient constant entre la clôture et l’ouverture ». [12] Pour conclure, les raisons pour lesquelles le temps post-moderne est orienté vers le présent nous paraissent de plus en plus claires. C’est justement cette qualité de vie et cette flexibilité qui demandent, qui recherchent un temps de plaisir, de fête, de loisir au quotidien, y compris pendant le temps de travail.
 
NOTES
 
[1] Durkheim E., Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, P.U.F., 1960, p. 628.
[2] Pronovost G., Sociologie du Temps, Bruxelles, De Boeck & Larcier, 1996, p. 16.
[3] Grossin W. , Pour une science des temps, Introduction à l’écologie temporelle, Paris, Octares, 1996, p. 12.
[4] Durkheim M. et Mauss M., De quelques formes primitives de la classification, Journal de sociologie, 1969, in «Pour une science des temps», 1996, p. 15.
[5] Grossin W. , Pour une science des temps, Introduction à l’écologie temporelle, Octares, Paris, 1996, p. 44.
[6] Sorokin P.A. et Merton R. K., Social Time : A Methodological and Functional Analysis, Américan Journal of Sociology, 1937, p. 623.
[7] Sue Roger, Le Loisir, Que sais-je, P.U.F., Paris, 1993, p 11.
[8] Idem p. 15.
[9] Sue R., Temps et ordre social, Paris, PUF, 1994, p. 290 et 291.
[10] Idem, p. 293.
[11] Idem, p.296.
[12] Maffesoli M., Du Nomadisme, Le livre de Poche, Paris, 1997, page 92.
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[7]
Sue Roger, Le Loisir, Que sais-je, P.U.F., Paris, 1993,...
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[8]
Idem p. 15. Suite de la note...
[9]
Sue R., Temps et ordre social, Paris, PUF, 1994, p. 290...
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[10]
Idem, p. 293. Suite de la note...
[11]
Idem, p.296. Suite de la note...
[12]
Maffesoli M., Du Nomadisme, Le livre de Poche, Paris, 1...
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