Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2804136698
130 pages

p. 37 à 45
doi: en cours

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no 71 2001/1

2001 Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales Contributions

L’éphémère dans les villes proposition pour une rénovation symbolique de l’espace urbain

Tania Pitta Architecte DPLG, chercheur au CEAQ
L’espace est le lieu des figurations, une source inépuisable d’idées et d’images. Gilbert Durand définit l’espace comme étant un lieu de notre imagination, et c’est pour cette raison profonde que l’imagination humaine est modelée par le développement de la vision, puis de l’audition et du langage, tous moyens d’appréhension et d’assimilation «à distance» [1]. C’est dans cette réduction euphémique du distancement que sont contenues les qualités de l’espace [2]. L’espace sert à comprimer le temps.
Gaston Bachelard entreprend un abordage phénoménologique, où la dynamique des images, le processus de symbolisation est antérieur à la raison. D’abord on ordonne l’univers à partir de la sensibilité et de l’émotion, après se construisent les relats explicatifs (mythes) à propos de la création. Et la construction de l’univers implique une ordination de l’espace. L’espace sert de réserve d’éternité contre le temps [3].
Aujourd’hui l’espace virtuel (comme l’Internet, le minitel, l’e-mail, le fax… pour n’en citer que quelques exemples), tout comme la vitesse technologique, ainsi que l’actuelle mobilité géographique, tout cela contribue à un nouveau dynamisme socioculturel.
L’espace, dans diverses sociétés, aujourd’hui, n’est plus fondé sur une seule mythologie, mais sur plusieurs. C’est à travers l’étude de l’image, de l’imaginaire et de l’inconscient collectif que nous pouvons, actuellement, aborder l’espace.
 
L’espace urbain, un labyrinthe sous le signe de la terre
 
 
La composition urbaine des villes transmet par son architecture, par ses lieux éphémères et encore par ses espaces vides, une image ; ses symboles, basés sur sa mémoire collective et sur l’imaginaire de ses habitants, donnent à chaque ville une allure différente, une poétique qui la concerne, qui est le reflet de son propre portrait.
À partir d’une étude faite par G. Durand sur le mythème du labyrinthe, nous essayerons de mieux appréhender le thème urbain, devenu aujourd’hui un sujet amplement discuté. Dans le chapitre : Polysémie de l’objet symbolique, le vase de verre et le labyrinthe [4], Gilbert Durand nous explique que le labyrinthe est un mythème avec une flexibilité sémantique qui peut être incluse dans trois bassins sémantiques : le premier est le triomphaliste qui se caractérise par l’Homme, maître de lui et de l’univers ; cet esprit faisant partie de l’Homme moderne, d’une urbanisation basée sur des grands axes, sur le fonctionnalisme triomphant. Le deuxième, l’écologiste, est caractérisé comme étant anti-urbaniste et antisocial et enfin le troisième, le sisyphien ou situationniste faisant partie de l’esprit d’aujourd’hui, accepte en un heureux désespoir le désordre, la labyrinthique et la « dérive» [5]. C’est le troisième bassin sémantique qui nous intéressera ici, parce qu’il existe de nos jours une rencontre entre la nature et le social. L’homme d’aujourd’hui essaye de trouver du plaisir dans le « chaos » où il vit. Le temps s’enracine… Michel Maffesoli nous parle d’un monde qui (re)devient baroque, de l’explosion des valeurs sociales, du relativisme idéologique, de la diversification des façons de vivre, comme étant des nouvelles valeurs qui nous conduisent à cette effervescence créatrice, caractéristique aussi de l’époque baroque.
L’image émouvante d’une ville, qui serait composée par des bâtiments qui offriraient de la grandeur à nos gestes les plus modestes, pourrait-t-elle être envisagée aujourd’hui? Flâner dans les rues… est une des propositions faites par Pierre Sansot, lorsqu’il nous parle des mesures de retardement, d’un urbanisme retardataire. Il attire notre attention sur la possibilité de faire des parcours dans la ville « sans entraver la libre circulation des personnes et des marchandises, nous prendrons en compte le souci d’habiter, donc de demeurer dans les lieux avec lesquels nous nous sentons en bonne intelligence» [6]. Il faut apprendre a s’accommoder dans le temps sans qu’il nous bouscule.
Les lieux d’une ville sont capables de capter notre être ; le génie du lieu composé par sa propre poésie est là pour nous capter, pour nous transporter, à travers ses formes symboliques, dans un autre monde. Pour chaque lieu, nous découvrons une nouvelle image, un nouvel univers, qui nous mène dans un monde onirique, qui est particulier à lui seul.
Aujourd’hui, il est indispensable d’utiliser des éléments de recherche sur la ville qui soient basés sur l’imaginaire, sur l’inconscient collectif. J’aimerais proposer ici l’utilisation d’un test basé sur des archétypes, où la recherche de terrain est réalisée sous un regard plutôt sensible. En utilisant cette méthode, les lieux nous transmettent des images qui sont propres à leur esprit. À travers la mémoire de leur vécu, les habitants nous transmettent un aperçu de leur quartier (ou de leur ville) et de leur quotidien. C’est à partir de la symbolisation des archétypes, que l’image première ressort, dynamique et créatrice. L’image transmise par un lieu, le sens du lieu, sont liés aux échanges socioculturels qui se passent à l’intérieur de cet espace. Le génie du lieu ne dépend pas seulement de sa structure matérielle ni de sa fonction urbaine, mais plutôt de sa matière onirique. Yves Durand, à partir du système de classification des images élaborées par Gilbert Durand, a créé l’AT-9, qui est un test basé sur l’image, soit sur des archétypes universels. Les neuf archétypes sont les suivants : le monstre dévorant et la chute, qui concentrent l’angoisse existentielle devant le passage du temps et de la mort ; l’épée, le refuge et l’élément cyclique, qui conduisent à l’action; le personnage, support pour la projection de l’individu questionné ; l’eau, l’animal et le feu, renvoyant aux archétypes polysémiques et polymorphes.
Ce test, basé sur un dessin et un récit, doit être réalisé par un individu quelconque ; la personne, devant une feuille blanche, est mise en situation de création, elle doit développer un univers en actionnant son imaginaire. Ce test est un instrument de recherche sur l’imaginaire, qui peut être utilisé dans plusieurs domaines. Cet outil de recherche a été, ensuite, adapté par Danielle Perin Rocha Pitta pour devenir un instrument d’étude pour des architectes urbanistes. Il est important de signaler que l’intérêt primordial de cette recherche est de pouvoir connaître les qualités et les problèmes spatiaux d’un quartier ou d’une ville, par rapport à ses habitants. Dans l’AT-9, chaque symbole (image archétypale) est placé dans un lieu précis de la ville, en créant ainsi un plan sensible du quartier (ou de la ville), lequel est basé sur l’image première, celle qu’a symbolisée chacun des neuf archétypes.
C’est à partir de la connaissance de la mémoire de ces lieux, de leur symboles, que nous pourrions prévoir un projet d’aménagement symbolique des espaces. Il est aussi important de distinguer les diverses façons de vivre le temps et l’espace, spécifiques à chaque société, à chaque culture.
Le plan sensible de la ville peut être construit à partir du plan où se trouve le regroupement des symboles correspondant aux neuf éléments : il sert à connaître les lieux plus « vivants » de la ville et les lieux, moins parlants, considérés « morts », qui sont ceux qui n’ont pas reçu d’éléments. Ce plan est essentiel pour savoir si le lieu a une connotation positive ou négative, ou s’il est plutôt équilibré. À partir de l’analyse de ce symbolisme, nous pouvons essayer d’améliorer, à travers des représentations rituelles, quelques espaces mal vécus par ses habitants.
Pour chaque ville, nous trouvons des cultures différentes. À partir d’une recherche réalisée à Noto en Sicile, par exemple, nous avons ressenti les quatre éléments de la nature : l’eau, la terre, l’air et le feu, qui selon Gaston Bachelard, servent d’hormone à l’imagination. Il nous fait remarquer aussi que l’espace est adjectivé, par exemple, le sirocco qui souffle d’Afrique ne symbolise pas la même chose que le Mistral qui souffle du Nord. Ils sont fondamentaux pour la compréhension de l’univers. L’interprétation de ces quatre éléments, de manière spécifique, par les habitants de Noto, nous a permis une meilleur compréhension de cette société.
Il est intéressant de remarquer qu’à Noto, tous les lieux les plus vivants se trouvent sur l’axe principal de la ville. Cela correspond aux idées de l’architecte urbaniste de la ville utopique, Rosario Gagliardi. En créant la place principale au centre de cet axe (constitué par les institutions les plus importantes, comme la cathédrale, l’hôtel de ville et les palais aristocratiques), il a voulu lui donner de l’amplitude. Dans ce cas, la visite de la ville doit être faite via son axe principal. Pour que les résultats de la recherche puissent être utiles à la ville, il est important de développer un projet symbolique, de créer un événement spécifique pour une société ciblée, qui a été «découverte » à l’avance. Cet événement doit être basé sur le rituel, ainsi la ville prend une nouvelle allure, le public est tout de suite confronté aux changements de son quartier. Il y a de l’extraordinaire dans le quotidien. L’évènement ne doit pas être défini par le rationnel et le conscient, avec début, milieu et fin, mais plutôt sur l’inconscient collectif. Il faut un spectacle où la notion de temps et d’espace aient une autre dimension.
Cet espace de la ville qui devient théâtral, lieu de rituel, symbolisera l’essence de l’esprit, c’est un espace qui, comme tous les espaces, comprime le temps. Le public vivra un moment éternel, tragique. Walter Benjamin, en parlant de l’image, dit qu’elle a un caractère éphémère et éternel à la fois, c’est ce que symbolise ici le théâtre itinérant, la parade, le carnaval… Et, à propos du temps, Michel Maffesoli nous parle du « temps éternel de la durée éphémère, celui du rite, du temps suspendu redit, dans son intensité même, l’utopie qui est celle, récurrente, du désir de la vie comme « œuvre d’art » (Gesamtkunstwerk)» [7]. C’est le temps cyclique qui fait renaître la ville, de façon différente à chaque fin de spectacle, la voilà prête pour de nouvelles aventures. La ville est dynamique.
 
L’espace théâtralisé
 
 
Le théâtre [8] est un espace où se trouvent des gens qui regardent et des gens qui sont regardés. Cet espace est toujours dépendant de la ville. L’espace théâtral est tridimensionnel, il est concret et délimité. Ce lieu n’est pas seulement le ‘théâtre’auquel nous sommes habitués, il peut être le parvis d’une église, ou un terrain vague, ou une place publique, ou encore une usine ou une forge… en somme, un lieu où une représentation se donne. Ce qui intéresse dans le choix de l’espace est de pouvoir le fracturer et de jouer avec les oppositions spatiales, dans le but de les « euphémiser ». Lors d’une création d’un espace théâtral, ce sont les faits socioculturels qui confèrent des variations spatiales (espace-temps), à l’interprétation de cet espace.
Une même représentation jouée dans des cultures différentes aboutit à la construction d’espaces distincts : ils s’ordonnent à partir du mythe, l’espace et le mythe sont créés à partir d’une même structure de l’imaginaire [9], c’est pour cela que dans la création spatiale l’imagination est féconde. Un espace n’est jamais uniquement géométrique, il est aussi symbolique, il représente la construction et l’organisation de l’univers. Il « … joue un rôle de médiation entre le texte et la représentation, entre les divers codes de la représentation, entre les moments de la scène (comme espace-temps unificateur), enfin entre spectateurs et comédiens » [10]. Tous les éléments spatiaux sont liés à l’esthétique, aux mythes du temps.
L’architecture baroque a essayé de nous emporter dans ce monde onirique, à travers un voyage qui nous guidait dans l’au-delà. Michel Maffesoli nous rappelle que dans la Bavière Méridionale, le style baroque est appelé « style de l’oreille » : c’est une métaphore qui traduit tout ce qui lie l’extérieur à l’intérieur du corps. Il nous montre aussi l’exemple de la salle des géants au Palais du Te de G. Romano à Mantoue, comme exemple du chaos dans la composition architecturale du bâtiment. Ce palais est un bon exemple du style, «il n’y a plus d’angles durs, d’arêtes vives, mais prolifération monstrueuse d’une matière en mouvement que rien ne vient limiter, on est confronté à une véritable force de la nature qui s’exprime en masse et en fluidité. Mouvement qui a pour ambition, par la multiplicité de ses replis, de relier le visible au centre caché du noyau terrestre » [11]. Cette relation entre l’homme et la nature était aussi présente dans les villes baroques, leur plan avait un tracé régulier et l’architecture devait participer au caractère monumental de la ville. Dans le cas des villes anciennes, le choix était plutôt de détruire quelques bâtiments pour créer des places nouvelles en leur donnant une caractéristique monumentale et scénographique. La ville était conçue pour être un théâtre en plein air.
Dans les villes baroques, le temps semble s’arrêter, ces villes-théâtre paraissent être toujours comprimées dans un espace-temps, les habitants deviennent les acteurs des mises en scène quotidiennes et éphémères. Ces lieux de spectacle, lieux de la ville, nous conduisent dans une dimension cosmique, dans la logique du régime nocturne de l’image bien soulignée par G. Durand, où une chose peut être ceci et son contraire à la fois, en créant ainsi une harmonie entre les lieux de la ville et la société qui l’habite.
Les fêtes rituelles comme le carnaval, comme la gay pride ou comme halloween qui reviennent aujourd’hui en France, ou encore des rituels religieux comme les fêtes des Orixás [12] au Brésil, sont quelques exemples d’événements où l’enracinement dynamique aboutit à une sorte d’éternel présent. Ces événements construisent la mémoire des lieux, le génie du lieu ; l’architecture compose avec le quotidien, l’image symbolique d’un lieu.
 
Théâtre, fêtes et rituels au Brésil
 
 
Les fêtes rituelles dans les villes sont essentielles. Le carnaval, par exemple, est une fête Dionysiaque, la fête du masque, la fête à l’envers, qui pendant son déroulement transforme les espaces de la ville, en un lieu où se déroule une multiplicité d’activités, où les rêves s’accomplissent. Le carnaval d’Olinda, par exemple, transforme la ville en son entier. Ses maisons en style baroque colonial décorent la fête, deux millions de foliões [13] (fous) sont les spectateurs et les acteurs de cette fête, c’est un moment de magie et de rencontre, façon d’acquérir de l’énergie vitale pour le reste de l’année. C’est l’axé, énergie vitale qui dynamise la ville.
Au Brésil, toutes les villes fêtent le carnaval, c’est l’évènement qui transforme les rues, normalement déshumanisées par les voitures qui roulent à grande vitesse. Pendant le carnaval, ces rues qui normalement sont des lieux de passage sont ritualisées, elles deviennent des rues piétonnes pour que les blocs carnavalesques puissent passer, les villes sont décorées et remplies de foliões, déguisés ou non déguisés. « …le fait même de se déplacer est une fête, hautement consciente, avec les gens qui chantent, dansent et battent le rythme dans l’autobus. Ce comportement ne doit rien, c’est clair, à une amélioration subite des transports pendant le carnaval, c’est le trajet qui se transforme en espace carnavalesque. » [14] Le carnaval, comme d’autres fêtes rituelles, redéfinit l’espace urbain. Autres fêtes d’importance, les fêtes en hommage aux Orixás ; les lieux où elles se déroulent sont variés et ritualisent des espaces précis de la ville. Cette fête publique est dynamique et basée sur le rituel, la danse et la transe. Les forces cosmiques sont évoquées, chaque Orixá représente un ou plusieurs éléments de la nature, comme les forêts, les mers, l’eau douce, le feu, le tonnerre…
Le terreiro, lieu sacré de la fête, est décoré et préparé en accord avec l’Orixá à qui on va rendre hommage, chacun alliant ses couleurs, ses habits, sa danse et ses nourritures spécifiques. La cérémonie est dansée toujours en cercle (xiré) dans le sens antihoraire : tourner dans se sens signifie un retour au passé. La répétition cyclique des mouvements et des gestes, toujours en locomotion dans le cercle et dans le sens antihoraire donne lieu à la possession et à la transe. [15] L’espace utilisé pour la danse est toujours circulaire et cyclique. Aussi les mouvements de la danse sont toujours arrondis, ondulants… avec une dimension surnaturelle.
Fêtés aussi en plein air, à des jours spécifiques de l’année, la fête de l’Orixá Iemanjá par exemple est réalisée à Bahia le 2 février. La procession se passe à la mer, parce que Iemanjá est la Déesse de la mer et des eaux salées, elle symbolise la maternité. Les offrandes sont menées à la mer, la fête se passe la nuit et est d’une incroyable beauté, on lui offre des bijoux, des peignes, des miroirs, tout ce qui est lié à la beauté de la femme.
Pour la fête d’Oxalá [16] à Salvador, la fête du Bonfim, nommée aussi As águas de Oxalá [17], la cérémonie se passe dans la rue, devant l’église du Bonfim. C’est toujours le dernier jeudi avant le carnaval, les habitants de Salvador procèdent au lavage rituel de l’église, la purifient en hommage à Oxalá. Le mythe raconte que pour visiter le peuple et mieux le connaître, Oxalá s’est déguisé en mendiant. Emprisonné en tant qu’agitateur, il a connu la faim, la soif, les insultes et la saleté ; un jour enfin il est reconnu, il est alors «lavé» et purifié, c’est ce lavage qui se répète tous les ans, suivi d’une grande fête, où tout le monde chante et danse dans la ville. La fête dure jusqu’à dimanche et lundi, c’est le lundi gras… « C’est cet axe et, derrière lui, les besoins et les stratégies du «peuple des saints », qui feront exister quelques bouts de terre, des arbres, du ciment et des tuiles comme place sainte » [18]. La ville comme dynamisme de création, mène une œuvre ponctuelle où elle accompagne des formes festives et rituelles.
La fête est mise en relation avec un territoire flottant [19], elle apporte avec elle le ludique et l’onirique, en donnant à la ville une ouverture à l’aventure et à la rencontre. Les brésiliens pratiquent la dérive urbaine : comme des errants passionnels, ils marquent l’espace.
Le plaisir de profiter de tout ce qui est naturellement passager, comme la fête, a créé cette nécessité de vivre les événements culturels, qui sont, à leur tour, enracinés dans la force créatrice de la nature. À l’époque baroque, ainsi qu’aujourd’hui au Brésil, cette dimension rituelle du quotidien est présente partout dans les villes : dans l’architecture, dans l’urbanisme, dans les théâtres, aux fêtes, aux processions… dans la façon de vivre.
À propos des brésiliens, je citerais Roberto Da Matta qui, lorsqu’il parle du carnaval, parle de l’identité post-moderne du brésilien ; il écrit : « Nous ne sommes plus membres d’une famille, d’un quartier, d’une race, d’une catégorie socioprofessionnelle, nous nous trouvons simplement devant cette réalité : nous sommes tout cela, mais seulement cela, des hommes et des femmes cherchant le plaisir avec un certain style. Nous pouvons en conclure immédiatement que, par dessus tout, nous sommes brésiliens » [20].
C’est dans ces parcours à travers la ville, dans la flânerie, que les brésiliens marquent leur territoire, en donnant une nouvelle dynamique quotidienne aux villes et en dynamisant la mémoire collective. Quand la fête arrive, tous se rencontrent dans cet espace de rituel, et ensemble, pendant les fêtes, interrompent le vol du temps.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  AGIER, Michel, L’invention de la ville. Banlieues, townships, invasions et favelas, Amsterdam, Éditions des archives contemporaines, 1999.
·  BACHELARD, Gaston, La poétique de l’espace, Paris, Quadrige/PUF, 1994. 1re édition : 1957.
·  DA MATTA, Roberto, Carnavals, bandits et héros, ambiguités de la société brésilienne. Titre original: Carnavais, malandros e herois. Para uma sociologia do dilema brasileiro, Paris, Seuil, 1983.
·  DURAND, Gilbert et SUN, Chaoying, Mythe, thèmes et variations, Paris, Desclée de Brouwer, 2000.
·  DURAND Yves, L’Exploration de l’Imaginaire, Paris, L’Espace Bleu, 1988.
·  FERNANDEZ Dominique, L’or des Tropiques. Promenades dans le Portugal et le Brésil baroques, Paris, Grasset, 1993.
·  MAFFESOLI Michel, Au creux des apparences : pour une éthique de l’esthétique. 1re édition : 1990. Du nomadisme, vagabondages initiatiques, Paris, Le livre de poche, 1997.
·  ORS Eugenio d’, Du Baroque. Titre original: Lo Barroco, Paris, Gallimard, 2000. 1re édition : Gallimard, 1935.
·  ROCHA PITTA Danielle Perin, Padronização do teste AT-9 – Recife (Inedit) – 1984. Espacios imaginarios, Premier coloquio internacional. Universidad Nacional Autonoma de México, Facultad de Filosofia y Letras, 1999.
·  SANSOT Pierre, Du bon usage de la lenteur, Paris, Éditions Payot et Rivages, 1998.
·  FILM : Festas na Bahia de Oxalá. Réalisé par Ronaldo Duarte.
·  TEXTE ET NARRATION : Jorge Amado.
 
NOTES
 
[1] Pradines M., cité par Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l’imagi- naire, Paris, Dunod, 1992, p. 472.
[2] Ibid., p. 472.
[3] Rocha Pitta Danielle Perin, Espacios imaginarios, Premier coloquio internacional. Universidad Nacional Autonoma de México, Faculdad de Filosofia y Letras. 1999, p 50.
[4] Durand Gilbert et SUN Chaoyng – Mythe, thèmes et variations, Paris, Desclée de Brouwer, 2000, p.19-31.
[5] Ibid.
[6] Sansot Pierre, Du bon usage de la lenteur, Payot et Rivages, Paris, 2000, p. 13.
[7] Maffesoli Michel, L’Instant éternel, le retour du tragique dans les sociétés postmodernes, Paris, Denoël, 2000, p. 82.
[8] Quand nous parlons de théâtre, nous parlons de théâtre au sens large du terme.
[9] Rocha Pitta Danielle Perin, Espacios imaginarios, op. cit., p.53.
[10] Corvin M., Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Paris, Bordas, 1995. Texte écrit par A. Ubersfeld.
[11] Maffesoli Michel, Au creux des apparences : pour une éthique de l’esthétique, Paris, Plon, 1990, p. 178.
[12] Dieux, divinités du culte afro-brésilien.
[13] De folia, danse rapide au son d’un petit tambour. Le terme de foliões désigne tout simplement ceux qui participent au carnaval, avec ce que cela implique d’exubérance et de « folie ». Définition donnée par Roberto Da Matta, Carnavals, bandits et héros. Ambiguïtés de la société brésilienne, Paris, Éditions du Seuil, 1978, p.110.
[14] Da Matta Roberto, Carnavals, bandits et héros, op. cit., p.112.
[15] Voir l’article de Martins Suzana, A dança no candomblé: celebração e cultura, Repertorio, Teatro e Dança, Universidade Federal da Bahia, n°1, 1998. p. 27 – 32.
[16] Oxalá correspond à Jésus dans la religion catholique.
[17] Les eaux d’Oxalá.
[18] Agier, Michel, L’invention de la ville. Banlieues, townships, invasions et favelas, Amsterdam, Éditions des archives contemporaines, 1999, p.54.
[19] Terme utilisé par Michel Maffesoli pour désigner le territoire comme étant plutôt relatif, il n’est jamais une fin en soi, il ne se suffit pas à lui même, cela provoquerait son enfermement.
[20] Da Matta Roberto, Carnavals, bandits et héros, op. cit., p.115.
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Durand Gilbert et SUN Chaoyng – Mythe, thèmes et variations...
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Sansot Pierre, Du bon usage de la lenteur, Payot et Rivages...
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Maffesoli Michel, L’Instant éternel, le retour du tragique ...
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Quand nous parlons de théâtre, nous parlons de théâtre au s...
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Maffesoli Michel, Au creux des apparences : pour une éthiqu...
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Dieux, divinités du culte afro-brésilien. Suite de la note...
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De folia, danse rapide au son d’un petit tambour. Le terme ...
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Voir l’article de Martins Suzana, A dança no candomblé: cel...
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Oxalá correspond à Jésus dans la religion catholique. Suite de la note...
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Les eaux d’Oxalá. Suite de la note...
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