2001
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
L’éphémère dans les villes proposition pour une rénovation symbolique de l’espace urbain
Tania Pitta
Architecte DPLG, chercheur au CEAQ
L’espace est le lieu des figurations, une source inépuisable d’idées et d’images.
Gilbert Durand définit l’espace comme étant un lieu de notre imagination, et
c’est pour cette raison profonde que l’imagination humaine est modelée par
le développement de la vision, puis de l’audition et du langage, tous moyens
d’appréhension et d’assimilation «à distance»
[1]. C’est dans cette réduction
euphémique du distancement que sont contenues les qualités de l’espace
[2].
L’espace sert à comprimer le temps.
Gaston Bachelard entreprend un abordage phénoménologique, où la dynamique des images, le processus de symbolisation est antérieur à la raison.
D’abord
on ordonne l’univers à partir de la sensibilité et de l’émotion, après se construisent les relats explicatifs (mythes) à propos de la création. Et la construction de l’univers implique une ordination de l’espace. L’espace sert de réserve
d’éternité contre le temps
[3].
Aujourd’hui l’espace virtuel (comme l’Internet, le minitel, l’e-mail, le fax…
pour n’en citer que quelques exemples), tout comme la vitesse technologique,
ainsi que l’actuelle mobilité géographique, tout cela contribue à un nouveau dynamisme socioculturel.
L’espace, dans diverses sociétés, aujourd’hui, n’est plus fondé sur une seule
mythologie, mais sur plusieurs. C’est à travers l’étude de l’image, de l’imaginaire
et de l’inconscient collectif que nous pouvons, actuellement, aborder l’espace.
L’espace urbain, un labyrinthe sous le signe de la terre
La composition urbaine des villes transmet par son architecture, par ses lieux
éphémères et encore par ses espaces vides, une image ; ses symboles, basés sur
sa mémoire collective et sur l’imaginaire de ses habitants, donnent à chaque ville
une allure différente, une poétique qui la concerne, qui est le reflet de son propre
portrait.
À partir d’une étude faite par G. Durand sur le mythème du labyrinthe, nous
essayerons de mieux appréhender le thème urbain, devenu aujourd’hui un sujet
amplement discuté. Dans le chapitre :
Polysémie de l’objet symbolique, le vase
de verre et le labyrinthe
[4], Gilbert Durand nous explique que le labyrinthe est un
mythème avec une flexibilité sémantique qui peut être incluse dans trois bassins
sémantiques : le premier est
le triomphaliste qui se caractérise par l’Homme,
maître de lui et de l’univers ; cet esprit faisant partie de l’Homme moderne,
d’une urbanisation basée sur des grands axes, sur le fonctionnalisme triomphant.
Le deuxième,
l’écologiste, est caractérisé comme étant anti-urbaniste et antisocial et enfin le troisième, le
sisyphien ou
situationniste faisant partie de l’esprit d’aujourd’hui, accepte
en un heureux désespoir le désordre, la labyrinthique et la « dérive»
[5]. C’est le troisième bassin sémantique qui nous intéressera
ici, parce qu’il existe de nos jours une rencontre entre la nature et le social.
L’homme d’aujourd’hui essaye de trouver du plaisir dans le « chaos » où il vit.
Le temps s’enracine… Michel Maffesoli nous parle d’un monde qui (re)devient
baroque, de l’explosion des valeurs sociales, du relativisme idéologique, de la
diversification des façons de vivre, comme étant des nouvelles valeurs qui nous
conduisent à cette effervescence créatrice, caractéristique aussi de l’époque baroque.
L’image émouvante d’une ville, qui serait composée par des bâtiments qui
offriraient de la grandeur à nos gestes les plus modestes, pourrait-t-elle être envisagée aujourd’hui? Flâner dans les rues… est une des propositions faites par
Pierre Sansot, lorsqu’il nous parle des mesures de
retardement, d’un urbanisme
retardataire. Il attire notre attention sur la possibilité de faire des parcours dans la
ville « sans entraver la libre circulation des personnes et des marchandises, nous
prendrons en compte le souci d’habiter, donc de demeurer dans les lieux avec
lesquels nous nous sentons en bonne intelligence»
[6]. Il faut apprendre a s’accommoder dans le temps sans qu’il nous bouscule.
Les lieux d’une ville sont capables de capter notre être ; le génie du lieu
composé par sa propre poésie est là pour nous capter, pour nous transporter, à
travers ses formes symboliques, dans un autre monde. Pour chaque lieu, nous
découvrons une nouvelle image, un nouvel univers, qui nous mène dans un monde
onirique, qui est particulier à lui seul.
Aujourd’hui, il est indispensable d’utiliser des éléments de recherche sur la
ville qui soient basés sur l’imaginaire, sur l’inconscient collectif. J’aimerais proposer ici l’utilisation d’un test basé sur des archétypes, où la recherche de terrain
est réalisée sous un regard plutôt sensible. En utilisant cette méthode, les lieux
nous transmettent des images qui sont propres à leur esprit. À travers la mémoire de leur vécu, les habitants nous transmettent un aperçu de leur quartier (ou
de leur ville) et de leur quotidien. C’est à partir de la symbolisation des archétypes, que l’image première ressort, dynamique et créatrice. L’image transmise
par un lieu, le sens du lieu, sont liés aux échanges socioculturels qui se passent à
l’intérieur de cet espace. Le génie du lieu ne dépend pas seulement de sa structure matérielle ni de sa fonction urbaine, mais plutôt de sa matière onirique.
Yves Durand, à partir du système de classification des images élaborées par
Gilbert Durand, a créé l’AT-9, qui est un test basé sur l’image, soit sur des archétypes universels. Les neuf archétypes sont les suivants : le monstre dévorant et la
chute, qui concentrent l’angoisse existentielle devant le passage du temps et de
la mort ; l’épée, le refuge et l’élément cyclique, qui conduisent à l’action; le
personnage, support pour la projection de l’individu questionné ; l’eau, l’animal
et le feu, renvoyant aux archétypes polysémiques et polymorphes.
Ce test, basé sur un dessin et un récit, doit être réalisé par un individu quelconque ; la personne, devant une feuille blanche, est mise en situation de création, elle doit développer un univers en actionnant son imaginaire. Ce test est un
instrument de recherche sur l’imaginaire, qui peut être utilisé dans plusieurs domaines. Cet outil de recherche a été, ensuite, adapté par Danielle Perin Rocha
Pitta pour devenir un instrument d’étude pour des architectes urbanistes. Il est
important de signaler que l’intérêt primordial de cette recherche est de pouvoir
connaître les qualités et les problèmes spatiaux d’un quartier ou d’une ville, par
rapport à ses habitants. Dans l’AT-9, chaque symbole (image archétypale) est
placé dans un lieu précis de la ville, en créant ainsi un plan sensible du quartier
(ou de la ville), lequel est basé sur l’image première, celle qu’a symbolisée chacun
des neuf archétypes.
C’est à partir de la connaissance de la mémoire de ces lieux, de leur symboles, que nous pourrions prévoir un projet d’aménagement symbolique des espaces. Il est aussi important de distinguer les diverses façons de vivre le temps et
l’espace, spécifiques à chaque société, à chaque culture.
Le plan sensible de la ville peut être construit à partir du plan où se trouve le
regroupement des symboles correspondant aux neuf éléments : il sert à connaître les lieux plus « vivants » de la ville et les lieux, moins parlants, considérés
« morts », qui sont ceux qui n’ont pas reçu d’éléments. Ce plan est essentiel pour
savoir si le lieu a une connotation positive ou négative, ou s’il est plutôt équilibré.
À partir de l’analyse de ce symbolisme, nous pouvons essayer d’améliorer, à
travers des représentations rituelles, quelques espaces mal vécus par ses habitants.
Pour chaque ville, nous trouvons des cultures différentes. À partir d’une recherche réalisée à Noto en Sicile, par exemple, nous avons ressenti les quatre
éléments de la nature : l’eau, la terre, l’air et le feu, qui selon Gaston Bachelard,
servent d’hormone à l’imagination. Il nous fait remarquer aussi que l’espace est
adjectivé, par exemple, le sirocco qui souffle d’Afrique ne symbolise pas la même
chose que le Mistral qui souffle du Nord. Ils sont fondamentaux pour la compréhension de l’univers. L’interprétation de ces quatre éléments, de manière spécifique, par les habitants de Noto, nous a permis une meilleur compréhension de
cette société.
Il est intéressant de remarquer qu’à Noto, tous les lieux les plus vivants se
trouvent sur l’axe principal de la ville. Cela correspond aux idées de l’architecte
urbaniste de la ville utopique, Rosario Gagliardi. En créant la place principale au
centre de cet axe (constitué par les institutions les plus importantes, comme la
cathédrale, l’hôtel de ville et les palais aristocratiques), il a voulu lui donner de
l’amplitude. Dans ce cas, la visite de la ville doit être faite via son axe principal.
Pour que les résultats de la recherche puissent être utiles à la ville, il est
important de développer un projet symbolique, de créer un événement spécifique pour une société ciblée, qui a été «découverte » à l’avance. Cet événement
doit être basé sur le rituel, ainsi la ville prend une nouvelle allure, le public est tout
de suite confronté aux changements de son quartier. Il y a de l’extraordinaire
dans le quotidien. L’évènement ne doit pas être défini par le rationnel et le
conscient, avec début, milieu et fin, mais plutôt sur l’inconscient collectif. Il faut
un spectacle où la notion de temps et d’espace aient une autre dimension.
Cet espace de la ville qui devient théâtral, lieu de rituel, symbolisera l’essence
de l’esprit, c’est un espace qui, comme tous les espaces, comprime le temps. Le
public vivra un moment éternel, tragique. Walter Benjamin, en parlant de l’image,
dit qu’elle a un caractère éphémère et éternel à la fois, c’est ce que symbolise ici
le théâtre itinérant, la parade, le carnaval… Et, à propos du temps, Michel Maffesoli
nous parle du « temps éternel de la durée éphémère, celui du rite, du temps
suspendu redit, dans son intensité même, l’utopie qui est celle, récurrente, du
désir de la vie comme « œuvre d’art » (Gesamtkunstwerk)»
[7]. C’est le temps cyclique qui fait renaître la ville, de façon différente à chaque fin de spectacle, la voilà
prête pour de nouvelles aventures. La ville est dynamique.
Le théâtre
[8] est un espace où se trouvent des gens qui regardent et des gens qui
sont regardés. Cet espace est toujours dépendant de la ville. L’espace théâtral
est tridimensionnel, il est concret et délimité. Ce lieu n’est pas seulement le
‘théâtre’auquel nous sommes habitués, il peut être le parvis d’une église, ou un
terrain vague, ou une place publique, ou encore une usine ou une forge… en
somme, un lieu où une représentation se donne. Ce qui intéresse dans le choix
de l’espace est de pouvoir le fracturer et de jouer avec les oppositions spatiales,
dans le but de les « euphémiser ». Lors d’une création d’un espace théâtral, ce
sont les faits socioculturels qui confèrent des variations spatiales (espace-temps),
à l’interprétation de cet espace.
Une même représentation
jouée dans des cultures différentes aboutit à la
construction d’espaces distincts : ils s’ordonnent à partir du mythe,
l’espace et le
mythe sont créés à partir d’une même structure de l’imaginaire
[9], c’est pour
cela que dans la création spatiale l’imagination est féconde. Un espace n’est
jamais uniquement géométrique, il est aussi symbolique, il représente la construction et l’organisation de l’univers. Il « … joue un rôle de médiation entre le
texte et la représentation, entre les divers codes de la représentation, entre les
moments de la scène (comme espace-temps unificateur), enfin entre spectateurs
et comédiens »
[10]. Tous les éléments spatiaux sont liés à l’esthétique, aux mythes
du temps.
L’architecture baroque a essayé de nous emporter dans ce monde onirique, à
travers un voyage qui nous guidait dans l’au-delà. Michel Maffesoli nous rappelle
que dans la Bavière Méridionale, le style baroque est appelé « style de l’oreille »
:
c’est une métaphore qui traduit tout ce qui lie l’extérieur à l’intérieur du corps. Il
nous montre aussi l’exemple de la salle des géants au Palais du Te de G. Romano
à Mantoue, comme exemple du chaos dans la composition architecturale du
bâtiment. Ce palais est un bon exemple du style, «il n’y a plus d’angles durs,
d’arêtes vives, mais prolifération monstrueuse d’une matière en mouvement que
rien ne vient limiter, on est confronté à une véritable force de la nature qui
s’exprime en masse et en fluidité. Mouvement qui a pour ambition, par la multiplicité de ses replis, de relier le visible au centre caché du noyau terrestre »
[11].
Cette relation entre l’homme et la nature était aussi présente dans les villes
baroques, leur plan avait un tracé régulier et l’architecture devait participer au
caractère monumental de la ville. Dans le cas des villes anciennes, le choix était
plutôt de détruire quelques bâtiments pour créer des places nouvelles en leur
donnant une caractéristique monumentale et scénographique. La ville était conçue pour être un théâtre en plein air.
Dans les villes baroques, le temps semble s’arrêter, ces villes-théâtre paraissent être toujours comprimées dans un espace-temps, les habitants deviennent
les acteurs des mises en scène quotidiennes et éphémères. Ces lieux de spectacle, lieux de la ville, nous conduisent dans une dimension cosmique, dans la
logique du régime nocturne de l’image bien soulignée par G. Durand, où une
chose peut être ceci et son contraire à la fois, en créant ainsi une harmonie entre
les lieux de la ville et la société qui l’habite.
Les fêtes rituelles comme le carnaval, comme la
gay pride ou comme
halloween qui reviennent aujourd’hui en France, ou encore des rituels religieux
comme les fêtes des
Orixás
[12] au Brésil, sont quelques exemples d’événements
où l’enracinement dynamique aboutit à une sorte d’éternel présent. Ces événements construisent la mémoire des lieux, le génie du lieu ; l’architecture compose avec le quotidien, l’image symbolique d’un lieu.
Théâtre, fêtes et rituels au Brésil
Les fêtes rituelles dans les villes sont essentielles. Le carnaval, par exemple,
est une fête Dionysiaque, la fête du masque, la fête à l’envers, qui pendant son
déroulement transforme les espaces de la ville, en un lieu où se déroule une
multiplicité d’activités, où les rêves s’accomplissent. Le carnaval d’Olinda, par
exemple, transforme la ville en son entier. Ses maisons en style baroque colonial
décorent la fête, deux millions de
foliões
[13] (fous) sont les spectateurs et les acteurs de cette fête, c’est un moment de magie et de rencontre, façon d’acquérir
de l’énergie vitale pour le reste de l’année. C’est l’
axé, énergie vitale qui dynamise la ville.
Au Brésil, toutes les villes fêtent le carnaval, c’est l’évènement qui transforme
les rues, normalement déshumanisées par les voitures qui roulent à grande vitesse. Pendant le carnaval, ces rues qui normalement sont des lieux de passage
sont ritualisées, elles deviennent des rues piétonnes pour que les blocs carnavalesques puissent passer, les villes sont décorées et remplies de
foliões, déguisés
ou non déguisés. « …le fait même de se déplacer est une fête, hautement consciente, avec les gens qui chantent, dansent et battent le rythme dans l’autobus.
Ce comportement ne doit rien, c’est clair, à une amélioration subite des transports pendant le carnaval, c’est le trajet qui se transforme en espace carnavalesque. »
[14] Le carnaval, comme d’autres fêtes rituelles, redéfinit l’espace urbain.
Autres fêtes d’importance, les fêtes en hommage aux
Orixás ; les lieux où
elles se déroulent sont variés et ritualisent des espaces précis de la ville. Cette
fête publique est dynamique et basée sur le rituel, la danse et la transe. Les forces
cosmiques sont évoquées, chaque
Orixá représente un ou plusieurs éléments de
la nature, comme les forêts, les mers, l’eau douce, le feu, le tonnerre…
Le
terreiro, lieu sacré de la fête, est décoré et préparé en accord avec l’
Orixá
à qui on va rendre hommage, chacun alliant ses couleurs, ses habits, sa danse et
ses nourritures spécifiques. La cérémonie est dansée toujours en cercle (xiré)
dans le sens antihoraire : tourner dans se sens signifie un retour au passé. La
répétition cyclique des mouvements et des gestes, toujours en locomotion dans
le cercle et dans le sens antihoraire donne lieu à la possession et à la transe.
[15]
L’espace utilisé pour la danse est toujours circulaire et cyclique. Aussi les mouvements de la danse sont toujours arrondis, ondulants… avec une dimension surnaturelle.
Fêtés aussi en plein air, à des jours spécifiques de l’année, la fête de l’Orixá
Iemanjá par exemple est réalisée à Bahia le 2 février. La procession se passe à la
mer, parce que Iemanjá est la Déesse de la mer et des eaux salées, elle symbolise
la maternité. Les offrandes sont menées à la mer, la fête se passe la nuit et est
d’une incroyable beauté, on lui offre des bijoux, des peignes, des miroirs, tout ce
qui est lié à la beauté de la femme.
Pour la fête d’
Oxalá
[16] à Salvador, la fête du Bonfim, nommée aussi
As águas
de Oxalá
[17], la cérémonie se passe dans la rue, devant l’église du Bonfim. C’est
toujours le dernier jeudi avant le carnaval, les habitants de Salvador procèdent au
lavage rituel de l’église, la purifient en hommage à
Oxalá. Le mythe raconte que
pour visiter le peuple et mieux le connaître,
Oxalá s’est déguisé en mendiant.
Emprisonné en tant qu’agitateur, il a connu la faim, la soif, les insultes et la
saleté ; un jour enfin il est reconnu, il est alors «
lavé» et purifié, c’est ce lavage
qui se répète tous les ans, suivi d’une grande fête, où tout le monde chante et
danse dans la ville. La fête dure jusqu’à dimanche et lundi, c’est le
lundi gras…
« C’est cet axe et, derrière lui, les besoins et les stratégies du «peuple des
saints », qui feront exister quelques bouts de terre, des arbres, du ciment et des
tuiles comme place sainte »
[18]. La ville comme dynamisme de création, mène une
œuvre ponctuelle où elle accompagne des formes festives et rituelles.
La fête est mise en relation avec un
territoire flottant
[19], elle apporte avec
elle le ludique et l’onirique, en donnant à la ville une ouverture à l’aventure et à la
rencontre. Les brésiliens pratiquent la dérive urbaine : comme des errants passionnels, ils marquent l’espace.
Le plaisir de profiter de tout ce qui est naturellement passager, comme la fête,
a créé cette nécessité de vivre les événements culturels, qui sont, à leur tour,
enracinés dans la force créatrice de la nature. À l’époque baroque, ainsi
qu’aujourd’hui au Brésil, cette dimension rituelle du quotidien est présente partout dans les villes : dans l’architecture, dans l’urbanisme, dans les théâtres, aux
fêtes, aux processions… dans la façon de vivre.
À propos des brésiliens, je citerais Roberto Da Matta qui, lorsqu’il parle du
carnaval, parle de l’identité
post-moderne du brésilien ; il écrit : « Nous ne sommes plus membres d’une famille, d’un quartier, d’une race, d’une catégorie socioprofessionnelle, nous nous trouvons simplement devant cette réalité : nous
sommes tout cela, mais seulement cela, des hommes et des femmes cherchant le
plaisir avec un certain style. Nous pouvons en conclure immédiatement que, par
dessus tout, nous sommes brésiliens »
[20].
C’est dans ces parcours à travers la ville, dans la flânerie, que les brésiliens
marquent leur territoire, en donnant une nouvelle dynamique quotidienne aux
villes et en dynamisant la mémoire collective. Quand la fête arrive, tous se rencontrent dans cet espace de rituel, et ensemble, pendant les fêtes, interrompent
le vol du temps.
·
AGIER, Michel, L’invention de la ville. Banlieues, townships, invasions et favelas,
Amsterdam, Éditions des archives contemporaines, 1999.
·
BACHELARD, Gaston, La poétique de l’espace, Paris, Quadrige/PUF, 1994. 1re édition : 1957.
·
DA MATTA, Roberto, Carnavals, bandits et héros, ambiguités de la société brésilienne. Titre original: Carnavais, malandros e herois. Para uma sociologia do dilema
brasileiro, Paris, Seuil, 1983.
·
DURAND, Gilbert et SUN, Chaoying, Mythe, thèmes et variations, Paris, Desclée de Brouwer, 2000.
·
DURAND Yves, L’Exploration de l’Imaginaire, Paris, L’Espace Bleu, 1988.
·
FERNANDEZ Dominique, L’or des Tropiques. Promenades dans le Portugal et le Brésil baroques, Paris, Grasset, 1993.
·
MAFFESOLI Michel, Au creux des apparences : pour une éthique de l’esthétique.
1re édition : 1990.
Du nomadisme, vagabondages initiatiques, Paris, Le livre de poche, 1997.
·
ORS Eugenio d’, Du Baroque. Titre original: Lo Barroco, Paris, Gallimard, 2000. 1re édition : Gallimard, 1935.
·
ROCHA PITTA Danielle Perin, Padronização do teste AT-9 – Recife (Inedit) – 1984.
Espacios imaginarios, Premier coloquio internacional. Universidad Nacional Autonoma
de México, Facultad de Filosofia y Letras, 1999.
·
SANSOT Pierre, Du bon usage de la lenteur, Paris, Éditions Payot et Rivages, 1998.
·
FILM : Festas na Bahia de Oxalá. Réalisé par Ronaldo Duarte.
·
TEXTE ET NARRATION : Jorge Amado.
[1]
Pradines M., cité par Gilbert Durand,
Les structures anthropologiques de l’imagi-
naire, Paris, Dunod, 1992, p. 472.
[2]
Ibid., p. 472.
[3]
Rocha Pitta Danielle Perin, Espacios imaginarios, Premier coloquio internacional.
Universidad Nacional Autonoma de México, Faculdad de Filosofia y Letras. 1999,
p 50.
[4]
Durand Gilbert et SUN Chaoyng –
Mythe, thèmes et variations, Paris, Desclée de
Brouwer, 2000, p.19-31.
[6]
Sansot Pierre, Du bon usage de la lenteur, Payot et Rivages, Paris, 2000, p. 13.
[7]
Maffesoli Michel,
L’Instant éternel, le retour du tragique dans les sociétés
postmodernes, Paris, Denoël, 2000, p. 82.
[8]
Quand nous parlons de théâtre, nous parlons de théâtre au sens large du terme.
[9]
Rocha Pitta Danielle Perin,
Espacios imaginarios,
op. cit., p.53.
[10]
Corvin M., Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Paris, Bordas, 1995. Texte écrit
par A. Ubersfeld.
[11]
Maffesoli Michel,
Au creux des apparences : pour une éthique de l’esthétique,
Paris, Plon, 1990, p. 178.
[12]
Dieux, divinités du culte afro-brésilien.
[13]
De
folia, danse rapide au son d’un petit tambour. Le terme de
foliões désigne tout
simplement ceux qui participent au carnaval, avec ce que cela implique d’exubérance
et de « folie ». Définition donnée par Roberto Da Matta,
Carnavals, bandits et héros.
Ambiguïtés de la société brésilienne, Paris, Éditions du Seuil, 1978, p.110.
[14]
Da Matta Roberto,
Carnavals, bandits et héros, op. cit., p.112.
[15]
Voir l’article de Martins Suzana, A dança no candomblé: celebração e cultura,
Repertorio, Teatro e Dança, Universidade Federal da Bahia, n°1, 1998. p. 27 – 32.
[16]
Oxalá correspond à Jésus dans la religion catholique.
[17]
Les eaux d’Oxalá.
[18]
Agier, Michel,
L’invention de la ville. Banlieues, townships, invasions et favelas,
Amsterdam, Éditions des archives contemporaines, 1999, p.54.
[19]
Terme utilisé par Michel Maffesoli pour désigner le territoire comme étant plutôt
relatif, il n’est jamais une fin en soi, il ne se suffit pas à lui même, cela provoquerait
son enfermement.
[20]
Da Matta Roberto,
Carnavals, bandits et héros, op. cit., p.115.