2001
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Marges
Secours d’urgence : le « show » de saint expédit
Monique Augras
Université Catholique (PUC) de Rio de Janeir
Les observations qui suivent m’ont été suggérées par un travail de recherche sur
le terrain des cultes populaires brésiliens, qui s’étend déjà sur plus de deux décennies. La première partie de ces recherches a d’abord porté sur les modalités de
construction de la personne dans les temples du candomblé, religion d’origine africaine qui jouit aujourd’hui d’une expansion et d’une reconnaissance
certaines, à tous les niveaux de la société brésilienne (Augras, 1992). Mais le
terrain brésilien est particulièrement riche, il n’y a souvent pas de nette démarcation entre les diverses pratiques cultuelles (sauf au niveau des groupes
pentecostaux, qui tiennent à affirmer leur spécificité, en claire opposition à
toutes les autres croyances), ce qui m’a finalement amenée à m’intéresser
également au culte des saints catholiques, tel qu’on peut l’observer actuellement dans les églises de la ville de Rio de Janeiro, où je réside.
Commencée tout d’abord dans quelques églises appartenant à d’anciennes
confréries remontant au temps de l’esclavage – qui n’a été aboli qu’en 1888 –
et qui avaient alors été créées dans le double but d’encadrer rigoureusement
esclaves et affranchis et d’assurer une sépulture chrétienne à leurs adhérents,
cette recherche
[1] a permis, entre autres observations (Augras, 2000), de mettre
en évidence un type de dévotion tout particulier, dans lequel les saints sont priés
de pourvoir aux demandes précises et concrètes des fidèles. En d’autres termes,
le rapport entre le saint et le dévot semble dominé par une intention de type
magique.
Que le culte des saints, au Brésil ou ailleurs, ait été de tous temps marqué
par l’appui, souvent fort spécialisé
[2], que chaque élu est censé apporter à chaque moment de la vie de son fidèle, cela est bien connu. Mais en cette époque-ci, où on nous parle de désaffection religieuse, ou de surgissement de nouvelles formes d’ésotérisme, il n’est pas moins intéressant de voir combien tiennent bon les pratiques traditionnelles. À dire vrai, non seulement elles résistent, mais – et cela sera un des aspects que nous prétendons développer ici –
elles reçoivent actuellement, au Brésil du moins, un renfort dû au développement des ressources médiatiques.
De tous temps également, l’attitude de la hiérarchie catholique par rapport
à cet aspect purement magique
[3] a été fort ambigüe, et aujourd’hui encore, elle
semble souvent osciller entre la condamnation de pratiques par trop éloignées
des consignes du Vatican II, et la tolérance envers certains détails qui, si on y
regardait de trop près, pourraient bien révéler une utilisation fort pragmatique
des choses sacrées…
Dans la doctrine officielle, les saints, on le sait, représentent tout d’abord un
modèle de comportement. En principe, ils ont été des gens comme nous, qui se
sont montrés totalement disponibles à la grâce de Dieu et par là sont devenus
des guides que tout bon catholique se doit de suivre. L’énorme quantité de canonisations et béatifications proclamées par le pape actuel, Jean-Paul II, a précisément pour but l’accroissement du nombre de ces exemples à suivre pour sauver
un monde qui, convenons-en, en a bien besoin ! Mais, dans la perspective de la
plus stricte orthodoxie, les saints n’ont aucun pouvoir. Proches de Dieu, ils peuvent lui transmettre les appels des fidèles. Mais c’est Dieu seul qui peut les exaucer. Autrement dit, les saints ont un simple rôle de médiateurs.
Au niveau quotidien des dévots, cependant, ils sont considérés comme étant
les dépositaires d’un pouvoir qui peut aller de l’aide spirituelle à surmonter les
diverses afflictions de cette vie, jusqu’à l’intervention très précise – ciblée, pour-rait-on dire – dans la résolution d’un problème concret. Chômage, accumulation
de dettes, maladie ou conflits familiaux, l’éventail des problèmes à résoudre est
assez ample. Mais, dans notre recherche du moins, la demande des dévots présente un caractère commun, quel que soit le but visé : c’est l’urgence. Et les
saints qui reçoivent actuellement le plus grand nombre de sollicitations sont ceux
dont la renommée assure la diligence.
Outre qu’il met en évidence le moment critique par lequel passe actuellement
la société brésilienne, ce caractère d’urgence nous semble également correspondre à l’accélération qui, dès le début du XXe siècle, a été reconnue comme une
des marques de notre culture. La civilisation de la jouissance immédiate exige
que tout problème soit résolu à l’instant même. Dans ce sens, la dimension
magique du recours aux saints, loin de constituer une survivance archaïque d’anciennes traditions – comme on a encore souvent tendance à le penser – paraît
s’inscrire dans le droit fil de la société de consommation dont la devise implicite
– tout avoir, tout de suite – implique, elle aussi, la croyance à la toute-puissance
magique du désir. Ce sera là un autre aspect que nous essaierons de mettre ici en
évidence.
Résolution immédiate d’un problème concret, disions-nous, la demande du
dévot semble se réduire essentiellement à des pratiques de nature aussi concrète
que la situation à laquelle le saint est prié de porter remède. Notre travail de
terrain consiste en l’observation systématique du comportement des fidèles qui
fréquentent les églises du centre de la ville de Rio de Janeiro. C’est une région de
passage, surtout commerçante, et les gens entrent et sortent constamment de
ces églises. À dire vrai, le point de départ de cette recherche fut la remarque, il y
a bien longtemps, d’une sorte de juxtaposition – pour ne pas dire une coupure –
entre la dévotion aux saints et le culte catholique «officiel». En effet, pendant
une messe à laquelle nous avions eu l’occasion d’assister
[4], nous avions pu voir
des gens entrer, aller au pied d’une statue, la toucher, lui parler, et se retirer. Et
ce, au moment même de l’élévation quand, selon le dogme catholique, se produit la transsubstantiation de l’hostie en corps du Christ, moment sacré entre
tous. Le contraste entre le comportement attendu des fidèles pendant la messe
et celui des dévots qui, au contraire de l’adage, aimaient moins s’adresser à Dieu
qu’à ses saints, nous suggéra la présence d’un culte méritant une recherche
spécifique.
Or, au long de ces observations systématiques, doublées d’entretiens avec les
dévots qui veulent bien s’y prêter, ce même comportement s’est montré constant. Les gens entrent dans l’église, s’adressent à une statue, la touchent, lui
parlent, parfois écrivent un billet sur un coin de l’autel – ou même écrivent directement sur le mur qui jouxte l’effigie – et, la plupart du temps, font ensuite la
même chose auprès d’autres effigies.
Une de nos étudiantes a même noté qu’«il n’est pas rare que certains dévots
fassent ainsi le tour de
tous les saints représentés
[5]. Ce qui suggère que loin d’une
dévotion spécifique, le dévot cherche l’appui de tous ceux qui peuvent l’aider
(Daniel, 1999). Mais ce qui nous a le plus impressionnés, c’est que beaucoup de
dévots
ignorent le nom du saint auquels ils s’adressent. Et, apparemment,
cela n’a aucune importance
[6]. Il ne s’agit donc pas de la dévotion à un saint
spécifique, due à sa vie exemplaire, et encore moins – c’était là notre première
hypothèse de travail – d’une possible identification à ce saint. Au niveau de ces
pratiques quotidiennes, aucune trace d’aspiration à l’imitation de la vie dévote,
mais une relation purement utilitaire avec l’image d’un pouvoir.
Car, on aura pu le noter, nous parlons ici constamment des rapports qui
s’établissent entre le dévot et l’effigie du saint. Il se dirige vers elle, il la salue,
il la touche, il lui parle, et souvent lui laisse un mot. Il lui arrive même parfois de
prendre sa mesure avec l’aide d’un ruban.
La chose est assez compliquée, nous l’avons observé à propos de l’effigie
de saint Balthazar
[7] qui, souvent, se présente couverte de rubans. Quand on
lui demande une « grâce », on retire un des rubans, qui doit être coupé à la taille
exacte de la statue, et quand la demande a été exaucée, il faut revenir avec
7 rubans de même longueur, qu’on suspend au poignet de l’effigie. Cette coutume semble être d’origine ibérique. Il est d’ailleurs fréquent, dans certaines églises (et couvents…), de « prendre la mesure du Petit Jésus ». Saint Antoine de
Padoue, très célèbre au Brésil à cause de son origine portugaise, fait aussi l’objet
de ce genre de « mesure ».
C’est donc bien l’effigie qui est porteuse de pouvoir. Le signifié disparaît au
seul profit du signifiant. Le sacré est réduit à un pouvoir magique, susceptible
d’être manipulé selon les exigences de désirs particuliers. C’est de l’utilisation
de ces images que nous allons maintenant parler.
La représentation figurée de Dieu et des saints, on le sait, a donné lieu à bien des
controverses tout au long de l’histoire du christianisme. La distinction entre idole
et icône a souvent paru bien ténue. Il n’est pas dans notre propos de retracer ici
les étapes qui, du second concile de Nicée, en 787, jusqu’à celui de Trente, en
1563, ont fini par assurer le triomphe de l’iconophilie dans les pays d’observance catholique. Il n’est cependant pas inutile de souligner que l’iconophobie
exprime, sur le mode paradoxal, l’extrême valeur attribuée aux images. Si leur
simple présence met en danger le culte de Dieu même, on peut en déduire que
toute représentation, en tant qu’análogon de son référent, évoque le risque de
se substituer à celui-ci et, par conséquent, de produire une sorte de dévoiement
de l’image. Tout semble se passer comme si l’image risquait de «drainer », pour
ainsi dire, la force sacrée inhérente à la divinité et de s’en investir. Problème que
l’église orthodoxe a résolu d’une façon singulière, en créant la tradition des icônes acheiropoiétai, c’est-à-dire, des images qui passent pour ne pas avoir été
faites de la main de l’homme, et donc émanent directement de la divinité.
Pour la théologie orthodoxe, il y aurait une espèce de
continuum entre l’Incarnation du Christ et l’apparition de ces icônes miraculeuses: « L’Incarnation
aussi est une image [le Fils est l’image du Père, l’Eucharistie l’image du Fils]; le
Christ, image, a produit des images. Les images sont vraies : leur existence est
une preuve de leur vérité, c’est-à-dire une preuve de la vérité qu’elles représentent » (Spieser, 1991 :124). Logique circulaire que celle-ci, ou plutôt en forme de
spirale, qui va peu à peu se déployer pour englober tout le champ de la représentation. « La vérité des images les rend sacrées », dit encore Jean-Michel Spieser
dans son beau texte sur les programmes iconographiques dans les églises byzantines, « mais en fait ces images, étant sacrées, ne peuvent qu’être vraies.
»
(
ibid.:125). On comprend désormais l’importance de l’enjeu. La représentation, c’est-à-dire la production de figures qui ont pour fonction de traduire ce qui
est invisible sur le plan du visible, est donc mise elle-même au niveau de la création. En faisant voir le sacré sous une forme humaine, l’icône est un opérateur
qui, en retour, rappelle au fidèle que lui-même, créé par Dieu «à son image et à
sa ressemblance » est promis à un avenir d’éternité. En d’autres termes, l’icône –
support visible du sacré – fonctionne dans les deux sens. Elle assure la réalité du
passage entre les divers niveaux d’existence, de la création à l’incarnation, et de
la vie dévote à la rencontre de Dieu après la mort. D’où sa stéréotypie stylistique,
car elle ne représente pas des êtres concrets, mais bien la possibilité qu’ont les
hommes d’accèder eux-mêmes au plan de la divinité
[8].
Mais le catholicisme romain, dans lequel se situe notre terrain, n’a guère
exploité cette dimension. Il semble bien qu’actuellement le seul exemple d’image
achiropite se réduise à celui du saint Suaire de T urin, qui fait toutefois l’objet de
fortes polémiques. Tout au plus pourrions-nous ranger dans cette catégorie les
statuettes – toutes miraculeuses – de Notre-Dame, trouvées dans les eaux
[9] mais,
à la rigueur, personne ne dit clairement quelle pourrait être leur origine. Le même
flou artistique semble d’ailleurs envelopper toutes les effigies auxquelles la tradition
attribue des pouvoirs particulier. Jean Pirotte (1991), qui a étudié l’évolution de
la valeur attribuée aux images saintes distribuées par les prêtres en Belgique,
souligne combien les rapports de l’Église à l’imagerie sont marqués par l’ambiguïté.
De nos jours, il est bien évident que le culte de certaines effigies ressortit
surtout à d’anciennes traditions, qu’il ne serait peut-être pas très habile de
dénoncer, mais qu’il vaut mieux laisser tomber tout doucettement en désuétude.
D’autant plus que nous pouvons observer que le culte de saints purement
légendaires, et déclarés officiellement ineptes, comme ce fut récemment le cas
de saint Georges, n’en continue pas moins à être célébré. Il semble que l’imaginaire populaire suive son cours propre, sans prendre très au sérieux les recommandations de la hiérarchie ecclésiastique. Au Brésil du moins, et ce, malgré une
tentative déjà ancienne d’encadrer le comportement des fidèles dans des modèles plus conformes aux désirs de Rome
[10], saints historiquement situés et saints
purement légendaires sont honorés dans les mêmes églises, et avec la même
ferveur.
De même, à l’issue d’une recherche portant sur le culte des saints dans la
province espagnole de Saragosse dans les années 80, Ana Maria Rivas Rivas
(1997) met en relief cet enchevêtrement entre dévotions traditionnelles et
pratiques contemporaines, et note que, la plupart du temps, le saint se confond avec son effigie qui, loin d’être considérée comme une simple représentation figurée, est vue comme la dépositaire du pouvoir attribué à ce saint: « Le
symbole dominant des rituels décrits est la statue, l’effigie sacrée qui concentre sur elle la plus grande condensation de signifiés.» (1997 : 109).
Or, le travail sur le terrain des pratiques de dévotions à Rio de Janeiro permet
de vérifier que non seulement l’effigie est le saint, mais qu’on trouve plusieurs
cas dans lesquels c’est l’image qui semble créer le saint. Image au sens
iconographique du terme, mais aussi image verbale : nous allons maintenant, à
titre d’exemple, analyser le cas d’un personnage qui reçoit actuellement un culte
fervent, marqué particulièrement par une dimension toute médiatique. Nous espérons montrer ici comment se mêlent inextricablement interêts spirituels et
matériels, ferveur et manipulation, réponse à l’affliction et exaspération de la
consommation, ainsi que les aspects politiques et institutionnels – qui sont toujours présent dans la gestion du sacré…
Du nom à l’image : la production du culte de saint Expédit
Dès le début de notre recherche, notre attention fut attirée par la soudaine visibilité du culte d’un saint jusque-là à peu près ignoré, celui de saint Expédit. Il n’était
pas inconnu au Brésil, puisque des chapelles lui avaient même été dédiées: à
São Paulo, qui en est la ville la plus importante, il était déjà l’objet d’un culte
fervent parmi les soldats de la Police Militaire
[11]. Près de la ville de Rio de Janeiro,
à Niterói (ancienne capitale de l’État de Rio), il possède également sa chapelle,
dont la fondation ne doit guère remonter au-delà du siècle dernier [1926 ?]. Mais
la plupart des gens – et nous-mêmes, il faut bien le dire – n’en avaient pas
entendu parler.
Or, tout à coup, lors du deuxième semestre de 1998, on trouve partout à
Rio des images pieuses représentant St Expédit avec, à l’avers, un texte intitulé Prière de saint Expédit, introduit par ces mots
:
« Si vous avez un PROBLÈME DIFFICILE À RÉSOUDRE, et si vous avez
besoin d’une AIDE URGENTE, demandez l’aide de Saint Expédit, qui est le
Saint des Affaires qui ont besoin d’une Solution Rapide et donc l’invocation
ne Tarde Jamais. » [nous repectons les majuscules]
Après le texte de la prière proprement dite à « Mon Saint Expédit des Causes Justes et Urgentes », vient la recommandation :
« En remerciement, j’ai [sic] fait imprimer et distribuer mille exemplaires de
cette prière, pour diffuser les bienfaits du grand saint Expédit. Vous aussi,
faites-les imprimer tout de suite après avoir fait votre demande [au saint].»
En effet, il doit bien s’en imprimer des milliers, car on en est inondés. Ces
images se retrouvent partout. Pas seulement dans les églises, où elles s’amoncellent souvent en piles plus ou moins discrètes, au coin des autels et même dans les
bénitiers secs, mais dans la rue, collées ça et là, chez les commerçants, sur les
étals des foires et marchés, dans les taxis et, évidemment, dans mon casier de
professeur à l’université…
Bientôt la grande presse fait état de cette avalanche. Suivant la piste indiquée
tout en bas de la prière
[12], et qui suggère également l’achat d’un livre intitulé
« Saint Expédit : Un show de grâces », il est facile de découvrir l’origine de ces
images, d’autant plus que l’auteur du livre n’est autre que le propriétaire de
l’imprimerie qui ne se fait vraiment pas prier pour raconter sa vie.
Né en 1952 dans l’État de Sta Catarina, élevé dans la foi catholique la plus
fervente, il avait même pensé à entrer au séminaire, mais il se maria et fonda une
imprimerie qui, par suite des problèmes économiques par lesquels passa le Brésil
au début des années 90, fit faillite. Un jour de l’année 1996 qu’il déambulait
dans les faubourgs de São Paulo à la recherche d’embauche, il fut abordé, dit-il,
par une très vieille dame qui lui demanda à brûle-pourpoint s’il était catholique,
et lui recommanda de lire la prière de St Expédit, dont la chapelle était toute
proche. Il y trouva des tas d’exemplaires de la prière, « imprimée noir sur blanc»,
dit-il, et portant la recommandation d’en faire faire un millier en remerciement.
Geraldes fit le vœu d’en imprimer dix mille, et sa vie s’améliora petit à petit.
Il obtint d’un ami imprimeur le dessin d’un format réduit, « pour que les
gens puissent mettre la prière de St Expédit dans leur portefeuille », et il avoue
être l’auteur de l’avertissement reproduit ci-dessus. Les commandes affluèrent et, le 19 avril 1997 (jour de la fête du saint), lorsqu’il apporta dix mille
affiches représentant l’image du saint à sa chapelle, les dévots se les arrachèrent.
Le succès fut tel que, peu après, le prêtre de la paroisse où habite l’imprimeur résolut de fonder une chapelle dédiée au saint, dans la même rue
[13]. L’année suivante, en avril 1998, les personnes qui s’occupaient de la chapelle de
Niterói entrèrent en contact avec l’imprimeur qui, évidemment, leur envoya
force images, portant dans le fond, la photo de cette chapelle.
Depuis, les chapelles de St Expédit se multiplient au Brésil. Il va sans dire
que l’imprimerie de notre héros s’appelle désormais « Éditions St Expédit».
Outre le site déjà cité, d’autres ont été créés sur Internet, par d’autres dévots. Le journal
Folha de São Paulo, en avril 2000, en signale plusieurs, qui
ont pour objet de divulguer les grâces obtenues par l’intercession du saint.
C’est plus pratique que les images, disent les créateurs des sites, et un très
célèbre représentant de la « théologie de la libération », l’ex-franciscain Leonardo
Boff, assure qu’il n’y voit aucun mal, sauf si les gens ont «un rapport mercantile avec la religion, exigeant une solution immédiate » de leurs problèmes
[14].
Or c’est exactement ce que font les dévots
:
« Répondez à ma demande – «Faites la demande » – Aidez-moi à surmonter
ces Heures Difficiles, protégez-moi de tous ceux qui peuvent me porter préjudice. Protégez Ma Famille, et répondez à ma demande avec urgence » (Prière au
dos de l’image).
« Ce Saint Martyr est toujours invoqué pour résoudre des affaires urgentes,
auxquelles un retard pourra (sic) causer du tort. C’est le Saint de l’avant-dernière
heure, celui dont la réponse est immédiate, mais qui exige que l’engagement pris soit également rempli, immédiatement, sans délai» [prière
recueillie à São Paulo, d’un autre imprimeur, c’est nous qui soulignons].
Ici, on le voit, la logique qui prévaut est celle du «donnant, donnant». St Expédit
exauce immédiatement ce qu’on lui demande, mais exige qu’on lui donne ce
qu’on lui doit, de façon tout aussi immédiate… Il est vrai qu’au Brésil, accomplir un vœu se dit payer une promesse. En tout cas, ce niveau d’exigence de la
part du saint nous semble chargé de fort relents magiques, car il suggère la
possibilité d’un quelconque châtiment (tout au moins le refus de l’aide sollicitée), en cas de non-respect de l’engagement, tout comme les entités des
cultes d’origine africaine sont censées le faire. Le style est le même.
En outre, Expédit est qualifié de « Saint des Causes Justes et Urgentes ».
Est-ce à dire qu’on pourrait, imprudemment, le confondre avec d’autres protecteurs, bien peu catholiques ceux-là, capables d’exaucer des demandes injustes ? Les billets que nous avons trouvés dans maintes églises donnent à penser que les cultes populaires sont, à Rio du moins, plutôt poreux… Et que les
divers « puissants de l’au-delà » (Daniel, 1999) ne sont, au niveau des dévots,
pas toujours différenciés.
On aura pu remarquer que le culte lui-même de St Expédit est marqué par la
rapidité galopante de son expansion. Peu divulgué jusqu’en 1997, il devient,
grâce à la gratitude de l’imprimeur qui inonde São Paulo d’abord et Rio ensuite,
de milliers d’images pieuses, le prototype de ce que nous avons appelé les «saints
de la crise », catégorie qui groupe des intercesseurs plus traditionnels tels que Ste
Edwiges, protectrice des endettés, St Jude Thaddée, patron des cas désespérés,
et Ste Rita-des-impossibles, saints déjà bien connus auparavant, mais dont le
culte a gagné une grande visibilité à la fin des années 90.
On peut se demander si le succès remporté par St Expédit n’est justement
pas en proportion inverse de sa relative invisibilité antérieure. En d’autres
termes, n’aurait-il pas pris tout ce relief en conséquence de son obscurité
?
Lorsque les grands intercesseurs traditionnels sont assaillis par les demandes
des fidèles, le recours à un saint seulement connu par son nom, qui a tout l’air
d’être synonyme de rapidité, n’a-t-il pas plus de chance d’être exaucé ? Et, ce qui
est important, tout de suite
?
En vérité, si on consulte les traités hagiographiques, on n’y trouve du saint
que le nom. Les auteurs des
Petits Bollandistes (Guérin, 1880) qui d’habitude
ne se font pas faute de narrer maintes légendes fantastiques
[15] signalent seulement que, le 19 avril, le Martyrologe Romain célèbre la mémoire des « saints
martyrs Hermogène, Caius, Expédit, Aristonique, Rufus et Galatas», mis à mort
à Mélitène, en Arménie. Parmi les diverses encyclopédies catholiques dont dispose la bibliothèque de notre université, seul le
Dictionnaire d’histoire et de
géographie ecclésiastiques lui consacre un article, pour dire qu’on ignore tout
de sa vie, et que son culte, inconnu du haut moyen âge, aurait été signalé au XVI
e
siècle, mais se serait surtout répandu vers le milieu du XIX
e siècle, en France et
en Italie, se revêtant dès lors de « formes superstitieuses » [déjà…]. L’opinion
des auteurs de ce dictionnaire est qu’en fait, Expédit n’a jamais existé.
Il s’agirait, une fois de plus, de l’erreur d’un copiste qui, au lieu de transcrire
correctement le nom de saint Elpidus, l’aurait remplacé par Expeditus, et l’ignorance du latin aurait fait le reste
[16]: « Il a dû prendre naissance d’un véritable
calembour qui a fait du saint le patron des causes pressantes. » (DHGE, vol.6 :257).
Calembour, en effet, car en latin,
expeditus ne veut pas dire « expéditif »,
mais bien « libre, dégagé », du verbe
expedire, « dégager, débarasser, démêler ». Le Quicherat cite, en exemple, le corps de soldats romains dit « expeditus »,
c’est-à-dire, « armé à la légère ». Or c’est précisément ce corps d’armée qui,
dûment exploité, va donner naissance à la légende de St Expédit. Celui-ci sera
désormais un légionnaire romain et même, pourquoi pas ?, un « commandant-en-chef de la légion ». Le voici donc représenté vêtu de la cuirasse, de la jupette
et des jambières du soldat romain, avec une grande cape rouge qui, à mesure
que les images se multiplient, semble bien s’allonger un peu plus à chaque fois,
de même que son casque, posé par terre, porte chaque jour plus de dorures.
De la main gauche, il tient la palme du martyre et, de la droite, il brandit une
croix qui porte l’inscription « hodie », tandis qu’il foule aux pieds un corbeau
dont le bec émet l’adverbe latin «cras ».
Cette représentation n’est point brésilienne, elle est déjà signalée par Louis
Réau dans son traité sur l’iconographie de l’art chrétien (1958), mais il ne la
date malheureusement pas, si bien que nous ignorons jusqu’à présent quelle
peut être l’ancienneté de ces attributs. On serait tenté d’y voir la main d’un
religieux bien intentionné [et francophone !] qui, à partir d’une certaine ressemblance phonétique entre les mots cras et croasser, aurait introduit la légende selon laquelle
:
« à l’instant même de sa conversion, apparut un corbeau qui, symbolisant
l’Esprit du Mal, lui dit: “Cráss… Cráss… Cráss…” ce qui, en latin, veut dire :
“Demain… Demain… Demain…” Cela signifie que l’Esprit du Mal, au moment
même de la conversion de saint Expédit au christianisme, essaya de le convaincre de prendre son temps, en lui disant que rien ne pressait – attends demain
pour te convertir ! Mais saint Expédit, en bon soldat, réagit énergiquement, en
écrasant le corbeau de son pied droit, et cria “Hodie… Hodie… Hodie… je ne
souffrirai aucun retard. Je n’attendrai pas demain, je veux être chrétien dès
aujourd’hui.” » C’est pourquoi on le connaît comme un saint qui résout les problèmes avec rapidité, le Saint de la Dernière Heure » (Geraldes, 1999).
À dire vrai, cette fable n’est guère plus absurde que toutes celles qui abondent dans les pages des traités hagiographiques. D’ailleurs la vraisemblance
n’est pas ce qui nous préoccupe ici. Ce qui nous intéresse, c’est la réinvention
– au sens étymologique, de re-trouvaille – d’un saint taillé sur mesures pour
répondre aux problèmes qui assaillent aujourd’hui les dévots. En fort contraste
avec la réputation bien établie selon laquelle tous les habitants de l’Amérique
Latine – et pas seulement les brésiliens – seraient généralement portés sur la
procrastination, l’ajournement est désormais le fait du démon. Car il s’agit de
résoudre, le plus vite possible, aujourd’hui même, le problème qui m’afflige. Ste
Edwiges peut adoucir le cœur de mes créanciers, Ste Rita ou St Thadée peuvent m’aider à surmonter ce qui paraissait impossible à affronter, mais seul St
Expédit m’assure une solution immédiate.
On aura remarqué le glissement sémantique : pour un chrétien, parler de la
« dernière heure » semble faire allusion à l’heure de la mort, mais le contexte du
culte de St Expédit montre que, s’il s’agit bien ici d’un dernier recours, il ne
peut guère être entendu en tant que question spirituelle. C’est d’un secours
de toute urgence dont le dévot a besoin, pour éviter, in extremis, la saisie de ses
biens ou la perte de son emploi. De ce point de vue, toute heure est la dernière,
car le dévot se trouve littéralement à toute extrémité. Angoisse due bien évidemment aux difficultés de l’heure, mais aussi exaspération de l’immédiatisme contemporain. Car si le discours des premiers dévots de St Expédit, comme c’est le
cas de Renato Tadeu Geraldes que nous avons systématiquement cité ici (Geraldes,
1999), montre que le recours au saint s’est produit dans un moment objectivement désespéré, il n’en est pas moins vrai que celui-ci semble désormais invoqué
à tout propos. Son succès est tel qu’il est devenu – qu’on nous passe l’expression
– une sorte de « commis-voyageur » des autres saints.
Cela se vérifie au niveau des images. Les éditions St Expédit impriment à tour
de bras, dans un style iconographique aisément identifiable, des images pieuses
diffusées à des millions d’exemplaires, des saints les plus populaires
[17]. D’autres
imprimeurs lui emboîtent le pas. La distribution d’images à tous les coins de rue
s’intensifie. La pratique de faire imprimer un millier en remerciement s’étend au
culte d’autres saints. Si on lit attentivement la notice, on remarque qu’il y a des
prix concurrentiels : des R$ 38,00, francs de port, on passe parfois à R$ 35,00,
et même à R$ 20,00, mais avec une taxe postale de R$ 15,00… D’autres, par
contre, n’affichent pas leurs prix. Nous sommes littéralement sur le terrain mercantile que dénonçait Leonardo Boff.
En outre, au niveau des images mêmes, nous voyons sur la couverture de
publications religieuses de style traditionnel, la figure de St Expédit qui semble
n’être là que pour attirer l’acheteur.
Le caractère spectaculaire du culte du saint – Geraldes intitule son opuscule « Saint Expédit : un show de grâces » – se situe, il faut bien le dire, dans la
mouvance d’une nouvelle facette des pratiques catholiques, originaire encore
de São Paulo, et qui est la transformation de la messe en un authentique
happening de masse. Le mouvement de « rénovation charismatique » nous
vient des USA et a été adopté au Brésil, il y a une bonne quinzaine d’années,
dans le but assez évident de faire face à l’expansion des sectes pentecostales.
Le mouvement charismatique met l’accent sur les aspects affectifs et émotionnels de la foi, et organise des messes chantées et dansées. D’abord limité
aux jeunes des classes aisées et même très aisées, ce mouvement semble
avoir misé sur ces nouveaux « prêtres danseurs » dont la star est incontestablement Marcelo Rossi, qui attire des centaines de milliers de participants à
ses messes-spectacles, et dont les CD se vendent par millions. Il n’est pas
possible de développer ici une analyse de ce phénomène, mais nous nous devons de le signaler, car il fait partie de la scène religieuse actuelle. En outre, le
mouvement charismatique a remis les chapelets à la mode, il s’en fabrique
désormais des milliers, et leur utilisation va de l’instrument traditionnel des
prières à la Vierge à la transformation en colliers ou en bracelets de pierres
précieuses…
Il s’agit donc bien d’une multiplication médiatique, dans laquelle chaque
élément produit une chaîne qui se dédouble en divers niveaux de production, à
un rythme chaque fois accéléré, et dont le résultat est cette véritable inflation
d’images et de demandes, et de distribution d’images. Que la vieille foi catholique y trouve son compte, à quel point, et à quels risques, ce n’est point notre
propos de l’estimer ici.
Ce qui attire notre attention, par contre, c’est ce glissement du rôle attribué aux saints, ce passage de la médiation à la médiatisation
[18], dans lequel le
champ du sacré semble se réduire à un marché magique où prime la satisfaction immédiate des besoins les plus concrets. Certes, et nous l’avons déjà
souligné, le culte des saints s’est toujours accompagné, au cours de l’histoire,
de pratiques plus ou moins magiques et «superstitieuses ». Mais maintenant, il
semble que la scène soit dominée par cette prolifération de demandes et d’images qui, dans une progression géométrique, s’éloignent chaque fois plus de la
perspective du salut. Salut qui, pour un chrétien, devrait être à l’horizon de
son espérance.
Le culte de St Expédit, par la forme qu’il a actuellement pris au Brésil, nous
offre le plus vif exemple de la voracité et de l’immédiatisme de la société de
consommation. Son image illustre la perte de toute temporalité. Car, en foulant
aux pieds l’oiseau qui parle du lendemain, Expédit anéantit l’idée même d’avenir…
·
AUGRAS, Monique, Le double et la métamorphose: L’identité mythique dans le
candomblé brésilien, Paris, Méridiens Klincksieck, 1992.
·
AUGRAS, Monique, Existências lendárias : hagiografia e subjetividade, Rapport de
recherche pour le CNP Q, PUC-Rio, 2000, 182 p.
·
BAKHTINE, Mikhail, Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard, 1984.
·
BRANDÃO, Carlos Rodrigues, Religião e catolicismo do povo, Curitiba, Univ. Catol.
do Paraná, 1977.
·
CASSAGNES-BROUQUET, Sophie, Vierges Noires, Rodez, Éditions du Rouergue,
2000.
·
CERTEAU, Michel de, Uma variante : a edificação hagiográfica. In A escrita da história,
Rio de Janeiro, Forense, 1982, 266-278.
·
DANIEL, Renata Del C., Os poderosos do Além, monographie de conclusion du cours
de formation en Psychologie, PUC-Rio, 1999.
·
Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, Paris, Letouzey et An é, 1924/
1963, 15 vol.
·
GERALDES, Renato T., Santo Expedito : « Um show de graças », São Paulo, Edit. Santo
Expedito Ltda, 1999.
·
GUÉRIN, Paul, (org.), Les Petits Bollandistes, etc., Paris, Blond et Barral, 1880, 17 vol.
·
MAUSS, Marcel, Œuvres – 1. Les fonctions sociales du sacré, Paris, Minuit, 1968.
·
PIROTTE, Jean, L’imagerie de dévotion aux XIXe et XXe siècles et la société ecclésiale. In
F. DUNAND et al., L’image et la production du sacré, Paris, Méridiens Klincksieck,
1991, 233-249.
·
RÉAU, Louis, Iconographie de l’art chrétien, t.III – Iconograhie des saints, Paris, PUF,
1958, 3 vol.
·
RIVAS RIVAS, Ana Maria, Le pouvoir symbolique des images religieuses. Bastidiana,
19/20 : 99-116, juil./déc.1997.
·
SPIESER, Jean-Michel, Les programmes iconographiques des églises byzantines après
l’iconoclasme. In F. DUNAND et al., L’image et la production du sacré, Paris, Méridiens Klincksieck, 1991, 121-138.
[1]
Réalisée grâce à l’appui du Centro Nacional de Pesquisa e Tecnologia (CNPq), l’équi-
valent brésilien du CNRS, avec une importante participation de nos étudiants.
[2]
Il n’est que de compulser les listes établies par Louis Réau dans son
Iconographie des
saints (1958) pour le vérifier.
[3]
Sans vouloir entrer dans une discussion d’ordre théorique, nous désignerons ici comme
« magique » tout recours à l’utilisation de pouvoirs supra-naturels pour obtenir la réa-
lisation concrète d’un désir.
[4]
C’était, en 1986, une messe pour le repos de l’âme d’un haut dignitaire du temple de
candomblé où nous menions alors nos recherches…
[5]
Inspirée par les observations de Marcel Mauss (1968) sur le sens de la rotation des
rondes, notre équipe a même cherché à vérifier si ce «tour des saints » suivait un sens
constant, mais nous ne sommes arrivés à aucune conclusion.
[6]
Lors de l’interview télévisée d’un des joueurs de l’équipe brésilienne pendant le Mon-
dial de 1998, celui-ci déclare, en montrant la médaille que sa mère lui a donnée : « Je
ne sais pas de quel saint il s’agit, mais j’y crois !
»
[7]
Qui, comme on s’en doute, n’est autre que l’un des rois mages.
[8]
Bakhtine (1984) établit une correspondance entre hagiographie et création d’icô-
nes : dans les deux cas, la forme reste traditionnelle et conventionnelle, car la vie du
saint est significative
en Dieu, et non par elle-même. Il n’y donc pas de place (ou si
peu…) dans la vie des saints, pour la variation individuelle, aspect que Certeau (1982)
a également mis en évidence.
[9]
C’est le cas de « Notre-Dame Apparue » [Nossa Senhora Aparecida], statue de N.-D.
de la Conception, trouvée dans les filets de trois pêcheurs de l’État de São Paulo au
XVIII
e siècle, et qui est aujourd’hui la sainte patronne du Brésil. Voir à ce sujet
Cassagnes-Brouquet (2000:34-36).
[10]
La seconde moitié du XIX
e siècle y fut marquée par l’action énergique des « évêques
réformateurs » mandatés par Rome pour en finir avec le culte des saints «populai-
res », d’origine portugaise et le remplacer par des dévotions telles que celle du Sacré
Cœur. Malgré les recommandations qui prônaient des interventions plutôt «mus-
clées » – l’évêque de São Paulo en arrivant à ordonner, en cas de désobéissance, de
« mettre à bas les chapelles des cultes populaires » (Brandão, 1977:156) – le fait est
que ces cultes traditionnels continuèrent, aussi florissants que par le passé.
[11]
À quelque chose près, l’équivalent de la Gendarmerie.
[12]
Imprimerie Saint Expédit. R$ 38,00 le millier, franc de port, avril 1997. Demandez
aussi le livre : « Saint Expédit, un show de grâces». Numero vert 0800.55.1904, ou
à São Paulo, tel. 6951.2099. VISITEZ NOTRE PAGE SUR INTERNET : http.//
www. santinho. com. br
[13]
Geraldes (1999 :71) se demande si c’est une «simple coïncidence » (sic). On vient
d’ailleurs de découvrir qu’il y a, dans l’État de São Paulo, un village qui s’appelle
Santo Expedito et qui, tout comme celui de Saint-Valentin en Bas-Berry, semble
promis à un bel avenir.
[14]
Interview publiée par la
Folha de São Paulo, cahier
Cotidiano, p.3 «
Rede cria
pagador de promessa virtual», 9 de abril de 2000.
[15]
Le titre exact du traité, qui se compose de 17 volumes, est le suivant:
Les Petits
Bollandistes – Vie des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testaments, des Mar-
tyrs, des Pères, des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables et autres
personnes mortes en odeur de sainteté – Notice sur les congrégations et les or-
dres religieux – Histoire des Reliques, des Pélerinages, des Dévotions populaires
(
suite note 15)
et des Monuments dûs à la piété depuis le commencement du monde et jusqu’à
aujourd’hui.
[16]
À dire vrai, je n’ai pas trouvé, non plus, trace d’un quelconque saint Elpidus…
[17]
Suivant la revue
Época (
op.cit.), en 1998, l’éditeur en aurait imprimé 18,7 millions,
et projetait d’en produire
76 millions dans l’année 2000.
[18]
Cet aspect a été fort bien mis en relief par les commentaires qui ont suivi notre
intervention, intitulée «Le sacré en miettes : fonction des images dans les cultes po-
pulaires brésiliens », au séminaire du doctorat en sciences de l’éducation animé par
nos éminents collègues Dany Dufour et Patrick Berthier à l’université de Paris-VIII,
qui nous avaient permis d’exposer une première version de nos observations, en
février 2001. Je remercie également le professeur Claúdia Garcia, ma collègue à la
PUC, d’avoir attiré mon attention sur le fait qu’en tuant le corbeau, St Expédit détruit
toute perspective temporelle.