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2001/3 (no 73)


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De par son architecture aux façades haussmanniennes, Paris est une capitale dont les charmes sont indéniables ; elle subjugue par la vie trépidante et l’effervescence qui y règnent, tout en demeurant par moments un havre de paix.

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En longeant les quais, le promeneur n’est-il pas happé par ce paysage changeant, où une quiétude soudaine se dégage de la Seine! Le regard, jusqu’ici rivé sur l’asphalte, s’élève vers un horizon plus vaste et plus accueillant. Ce promeneur devient un véritable flâneur qui s’adonne à la nonchalance et à la rêverie au gré des bouquinistes ! Il est comme transposé dans un autre monde, lieu où l’agitation s’apaise…

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Capitale aux multiples facettes, elle a l’art et la manière de s’offrir sous les aspects les plus inattendus, entre « brouhaha » et quiétude. Si une pluie soudaine vient surprendre le promeneur, les passages deviennent alors de véritables refuges. Ils sont donc à la fois des repères vis-à-vis de l’inattendu, des abris contre les caprices d’un climat trop instable ou tout simplement une occasion de se dissimuler, de fuir l’agitation ou les regards trop inquisiteurs. Sorte de replis où il est aisé de se dissimuler et de s’enfuir quelques instants pour renaître un peu plus loin dans une rue adjacente. Être là sans y être… être et ne pas être, n’est-ce pas le rêve de tout un chacun, de vouloir disparaître et échapper à la réalité du quotidien pour un ailleurs ! Bel éloge de la fuite pour emprunter un titre à Henri Laborit.

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Au détour d’un boulevard une perspective se profile sur un défilé de galeries, dont certaines ont gardé le charme désuet d’antan. Lieux privilégiés où se cô-toient aussi bien le design dernier cri que les dernières trouvailles des antiquaires ; vaste cacophonie artistique, où chacun peut trouver son bonheur ! Ainsi, le passant ne reste pas indifférent aux charmes de ces boutiques qui, chacune à sa manière, dévoilent les trophées et les richesses dont elles regorgent. Ces vitrines sont de véritables jeux de miroirs dont les carreaux à la surface même de ces allées répondent harmonieusement aux courbes de verre des plafonds. « De deux côtés du passage qui reçoit sa lumière d’en haut, s’alignent les magasins les plus élégants, de sorte qu’un tel passage est une ville, un monde en miniature ». [1][1] Walter Benjamin, « Paris, Capitale du 19e siècle, le... Or, ces galeries couvertes sont protectrices et permettent de fuir les regards trop inquisiteurs… lieux quelque peu magiques qui fascinent le promeneur !

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Ces passages sont des points de jonction qui courent entre deux boulevards de façon transversale ; vaste maillage de ramifications où certaines coursives planes vont s’entremêler à d’autres plus déclinées. Pour cela, il suffit d’aller du côté du jardin du palais Royal et rejoindre les rues jouxtant la rue Montpensier par exemple, lieux de prédilection de Colette ou de Jean Cocteau… Sans aller jusqu’aux dénivelés sur plusieurs étages comparables des Traboules du quartier Saint Jean à Lyon… Cependant quelques marches d’escaliers suffisent à rehausser les trottoirs, offrant ainsi des angles de fuite et des perspectives totalement différentes.

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L’aventure est au coin de la rue, il suffit de regarder les messages publicitaires qui sans cesse vantent l’éloge de l’évasion avec un décollage immédiat vers des contrées lointaines. Le voyage a cette vertu de saisir tout voyageur qui sommeille en nous. Ce désir d’exploration est partout présent et reprend à son compte les récits des explorateurs qui allaient à la découverte de territoires inconnus ; vaste horizon de tous les possibles comme par exemple le personnage de Filléas Fog chez Jules Verne dans le «Tour du monde en quatre-vingt jours». De même, le film de Jacques Becker «Rendez-vous de juillet» illustre bien cette atmosphère, où des étudiants en ethnologie vont consacrer toute leur énergie à réaliser une expédition en Afrique. Ce film révèle en fait que le véritable voyage consiste surtout dans la mise en œuvre d’un projet, où les spectateurs vont être les témoins de ces jeunes durant les différentes étapes qui vont permettre de mener à bien cette expédition. Au-delà de la réalisation finale, c’est davantage l’intensité de l’action entreprise lors du montage du projet qui va être importante et qui sera l’axe central dans cet investissement: comme si toute la dynamique et l’élan vital résidaient surtout dans la maturation du projet. La motivation de la recherche repose plus sur l’excitation face aux obstacles rencontrés pendant l’élaboration que sur la réalisation finale.

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Ainsi, les différentes expériences sont avant tout des voyages initiatiques. Comme si la force constructive reposait surtout dans la puissance souterraine du processus d’élaboration, bien plus que dans celle de la finalité visée.

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Ce cheminement intérieur s’apparente en quelque sorte à la notion de Gründ «qui implique de chercher le fondement et non la simple cause de tous les actes, de toutes les représentations, de tous les phénomènes, afin de saisir sa raison interne. » [2][2] Maffesoli Michel, La raison interne, Paris, Dunod,... Autrement dit, c’est le pressentiment d’une intuition, d’une présence qui sera le pôle d’ancrage et qui aura pour nom Grund, mot qui désigne d’abord le sol, puis le fondement. [3][3] Maffesoli M., Éloge de la raison sensible, Paris, Grasset,... Les piliers fondateurs de toute élaboration n’ont-ils pas leur soubassement en profondeur, et leur enracinement dans cette force tellurique ?

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Cet espace souterrain est en quelque sorte une matrice très sécurisante, et reste étroitement lié aux souvenirs de l’enfance et à leurs caractères protecteurs. Gaston Bachelard a d’ailleurs admirablement décrit la maison comme un archétype, où la cave symbolise la caverne ou la grotte, lieu de repli mais aussi de gestation. « Habiter oniriquement c’est plus qu’habiter le souvenir. La maison onirique est un thème plus profond que la maison natale. Si la maison natale met en nous de telles fondations, c’est qu’elle répond à des inspirations inconscientes plus profondes – plus intimes – que le simple souci de protection ». [4][4] Gaston Bachelard, «La terre et les rêveries du repos»... Elle est une pierre d’achoppement sur laquelle repose toute la vibration du monde. La cave est le lieu originaire de l’enracinement, encore à l’état naissant, tout en s’apprêtant déjà à advenir. Elle est donc un espace où vont prendre forme les idées, l’émergence de toute conceptualisation, mais aussi, elle est un lieu de retour qui sera régulièrement revisité.

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L’image des profondeurs masque le côté visible auquel le regard est habitué. Ce monde de la nuit s’instaure au sein même des ramifications les plus diverses, pour donner forme aux images du grenier onirique.

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Le « régime nocturne » pour reprendre une expression de Gilbert Durand, est l’espace d’ancrage de tout processus qui va s’interroger sur les méandres de la vie nocturne et le monde de l’ombre ; au sens d’humus dans toute son entièreté comme le signifie Michel Maffesoli. C’est donc un lieu de gestation et de maturation. Cette forme originaire a tout son ferment dans la figure allégorique de la grotte décrite notamment par Gaston Bachelard : « Grotte, onirisme du sommeil tranquille des chrysalides. La grotte est plus qu’une maison, elle reste un lieu magique et un archétype agissant dans l’inconscient de tous les hommes. Elle est enracinement dans la terre et ressourcement à la mère. » [5][5] Gaston Bachelard, op. cit., p. 202. En somme, la grotte est la métaphore des profondeurs, de l’enfermement et en même temps le point originaire de toute forme émergeante, comme si cette descente dans les profondeurs était le passage obligatoire pour donner naissance à de nouvelles figures ou métamorphoses. Lieu où la lumière du jour travaille les ténèbres souterraines. Univers magique qui est l’archétype de l’inconscient de tous les êtres ; plus qu’une simple maison, il est le socle originel, la forme archétypale même. Comme si à certains moments, certaines choses cachées réapparaissaient. Cela n’est pas sans faire écho à la notion apocryphe, dont l’origine cryphe signifie la crypte, la grotte, c’est-à-dire ce qui est en dessous, de l’ordre du soubassement. Sous cet aspect mystérieux transparaît en fait ce qui appartient au domaine du visible. Or, qu’est-ce qu’il y a de plus réel: la maison même où l’on dort ou bien la maison où, dormant, l’on va fidèlement rêver… Or la vie urbaine est bien le reflet de ce mystère de la conjonction entre visible et invisible où les échanges se font souvent à notre insu, au détour d’une rencontre. Le lien social n’est plus déterminé par des catégories d’appartenance mais s’organise de plus en plus au creux du vitalisme dans ce qui se manifeste au quotidien. Si une certaine organisation subsiste lors de manifestations festives, celle-ci n’a plus le même sens, il suffit de voir l’impact des raves symbole de reliance où l’essentiel est de vibrer ensemble, de se sentir à l’unisson avec d’autres, autour d’une figure totémique. [6][6] Michel Maffesoli, Le temps des tribus, Méridiens Klincksieck,... Le côté festif prend toute sa dimension dans l’éphémère du moment, dans l’inattendu où chacun va s’agréger; jusqu’au dernier instant le lieu du rassemblement reste inconnu, caché. Or c’est justement de ce mystère que va naître toute l’intensité et l’ampleur de la fête. De ce non-dit en attente d’une révélation future va croître l’intensité et l’effet de surprise pour se retrouver et participer à cette symbiose offerte de façon spontanée.

La profondeur de la nuit

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S’enfoncer dans les puissances souterraines, c’est en quelque sorte s’interroger sur l’univers voilé qui habite tout un chacun, cette partie secrète et mystérieuse, au sens où le signifie Simmel: « C’est tout un processus qui agit en souterrain ». [7][7] Georg Simmel, op. cit., p. 169. De fait, si les secrets n’existent plus, et si des contrées ne sont plus à explorer, l’évasion perd alors tout son charme.

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L’image métamorphose, force souterraine, peut aussi prendre la tonalité sombre des bas-fonds, lieux mystérieux qui renferment l’antre de Paris, comme a bien su l’évoquer Victor Hugo. Cette opacité pèse par sa grande noirceur et entraîne vers les passages sinueux les plus obscurs, vers les tourbillons les plus profonds, comme aspirée par les béances de la chute. Cette trajectoire conduit à l’impasse totale qui n’offre plus aucun sillage par lequel s’évader, d’autant que ces passages étroits se rétrécissent de plus en plus. L’avancée dans les ténèbres s’accentue et se resserre comme un étau avec d’autant plus de force que la chute vertigineuse propulse vers le gouffre. La finitude apparaît alors sans retour. Si telle devait être la trajectoire de cette descente, celle-ci s’épuiserait et se tarirait inéluctablement. De fait, la vision du tragique s’apparente à la perte, au manque, comme si l’horizon s’éloignait et s’opacifiait davantage. Seul l’effroi sub-siste, chargé de représentations des plus angoissantes vers un abîme de l’épouvante aux formes fantasmagoriques. Gilbert Durand rappelle d’ailleurs: « Au commencement de tout devenir est l’obstacle. Toute action, tout drame est nécessairement promu par un opposant qui fait pièce à la force thématique initiale.». [8][8] Gilbert Durand, Le décor mythique de la chartreuse... Au cœur du soubassement de l’enracinement, une vie s’anime qui cherche à descendre dans les profondeurs de la nuit, pour prendre possession d’un territoire secret. À l’inverse de l’ascension qui se tourne vers l’extérieur, l’axe de la descente est lié à l’intériorité comme le signifie Michel Leiris: « Loin d’être celle du vide et du néant, elle a bien plutôt la teinte active qui fait saillir la substance profonde, par conséquent sombre, de toutes choses » [9][9] Michel Leiris, «Aurora», Paris, Mercure de France,.... Propos que l’on retrouve aussi chez Gilbert Durand : « Le retour imaginaire est toujours une rentrée plus ou moins coenesthésique et viscérale», [10][10] Gilbert Durand, op. cit., p. 229. de même Gaston Bachelard confirme que : « C’est par une démarche involutive que commence tout mouvement explorateur dans les secrets du devenir ». [11][11] Op.cit., p. 214. Cela n’est pas sans rappeler Jung, chez qui l’animus se présente sous les traits de la grande image archétypique, cette figure primitive empreinte de la représentation du héros et du monstre. Elle apparaît donc sous une dimension cachée, empreinte d’obscurité qui s’apparente souvent à un espace d’enfermement, d’enclosure, comme murée sur elle-même, en correspondance avec la notion de «barrières » qu’emploie Gilbert Durand : « C’est d’abord le thème de la “fortification” du monde contre Dieu. La séparation apparaît comme la volonté négative ( le “diable” signifie le séparateur diabolos). » [12][12] Gilbert Durand «L’Âme tigrée, les pluriels de psyché»,... Ce principe dichotomique entre diurne qui n’est autre que la forme d’Apollon et nocturne symbolisé par Dionysos. Nietzsche confirme d’ailleurs qu’une culture ne peut exister que par ses profondeurs ; de fait, Apollon ne brille que sur la nuit de son frère Dionysos… Toute réalité n’est jamais donnée totalement et pour qu’elle existe vraiment, elle a besoin de son double, c’est-à-dire de son miroir qui n’est autre que la partie cachée, l’ombre.

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La forme représentative endosse une apparence le plus souvent diabolique et provoque la frénésie. Cette double thématique met en valeur le principe séparateur du glaive, dont l’expression diaïrétique est celle de séparer, de trancher par opposition à celle de la coupe, de la matrice : bassin sémantique où l’acte créatif de la vacuité trouve toute sa valeur notamment à travers la notion de trou: vaste puits archétypal, comme le souligne Gilbert Durand.

Le clair-obscur du labyrinthe

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La ville et tous les espaces qu’elle renferme n’est-elle pas à l’image de ce creux, ce puits unificateur qui rassemble et relie les êtres, tout en ayant aussi la faculté de les disperser. De même, chaque personne en tant que persona est constituée d’une multiplicité de facettes et peut endosser des rôles différents au gré des circonstances. La ville oscille donc en permanence sur des lignes frontières qui sont des formes de passages ou des points de jonction. À travers le besoin d’être un autre, de renaître, c’est toujours un absolu qui est visé ; « ce qui se montre est une vision de l’invisible » pour reprendre Anaxagore. Cette entrée en profondeur n’est pas seulement un enfermement dans la nuit, c’est surtout une voie au sens d’une maïeutique donnant accès aux origines.

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C’est bien là où se situe toute la force initiale vers le sens caché, le non visible ; ce qui ne peut pas être vu, mais seulement éprouvé. Véritable mystère du monde souterrain qui demeure voilé, insaisissable et dont paradoxalement la présence intuitive s’éprouve d’autant plus. Comme si la nuit veillait sur cette présence en devenir ; pour mieux figurer le sens caché. « De même que nous ne sommes pas vraiment là dès l’instant de notre naissance, il y a continuellement un peu de nous en train de naître », [13][13] Georg Simmel, «La tragédie de la culture», Paris, Petite... comme le suggère Georg Simmel.

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Autrement dit, la nécessité interne se trouve préfigurée comme une sorte de ressort incarné où les impressions de l’ombre ne peuvent que surgir ; quelque chose est là qui s’affirme par sa présence. De même, Walter Benjamin confirme : « La compréhension de l’essence du beau ou de l’art se mêle et s’enchevêtre avec celle de l’œuvre absolument unique et singulière. Elle entre dans son for intérieur qui est celui d’une monade dépourvue – nous le savons – de fenêtres, mais qui renferme en elle le tout en miniature ». [14][14] Benjamin Walter, Gesammelte Schriften, Francfort-sur-le-Main,... Au-delà du perceptible une présence s’impose, figure encore diffuse mais qui attire et retient l’attention. La visée herméneutique prise au sens de Odos: le chemin, est en somme une quête, une recherche, qui permet d’aller à la découverte du mystère, afin d’identifier l’intangible.

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Tel le promeneur, il s’agit d’aller à la découverte, savoir se laisser surprendre et être attentif à tout ce qui se passe même si ce n’est encore que de l’ordre du fugitif. Autrement dit, le mouvement, comme forme créatrice, réprouvé jadis par Baudelaire car il déplace les lignes, prend véritablement sens et devient une réelle présence qui a une valeur constitutive dans ce monde souterrain. Un sillage se creuse et fait apparaître au grand jour une dimension cachée ou oubliée, prouvant alors que « les sources de l’expérience labyrinthique sont donc cachées, les émotions que cette expérience implique sont profondes, premières ». [15][15] Gaston Bachelard, op. cit., p. 210. L’image souterraine est similaire à une clé qui permet d’accéder à la chambre secrète, entité souterraine qui après la descente et la chute appelle vers une ouverture sur autre chose.

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Une différence existe entre le rêve du mur qui barre la route et le rêve du labyrinthe où se présente toujours une fissure : la fissure est le début du rêve labyrinthique ». [16][16] Gaston Bachelard, op. cit., p. 216. Semblable à l’allégorie du mythe de la caverne chez Platon, où la clarté succède au monde des ténèbres ; au-delà de l’ombre, du reflet des images, la vraie lumière transparaît. Comme s’il s’agissait de voir au-delà de ce que l’on croyait savoir Véritable Mythe de l’initiation, où « la connaissance du réel, nous dit Gaston Bachelard, est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres – les révélations du réel sont toujours récurrentes ». Le réel n’est jamais ce que l’on pourrait croire, mais il est ce qu’on aurait dû penser». [17][17] Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique,... La lumière et l’ombre sont intimement mêlées et l’obscur ne peut pas être envisagé comme dissocié de la clarté. C’est justement au sein de la conjonction de ces deux entités antinomiques que la puissance de résurgence et de vie va jaillir avec d’autant plus d’intensité.

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À l’encontre du vide et de la finitude, c’est toute une résurgence qui prend forme, comme s’il fallait toucher un état limite pour renaître. « Nous passons notre vie à combler des vides ». [18][18] Bersgson H., L’Evolution créatrice, Paris, P.U. F.,... Le vide est donc toujours à la recherche d’un manque, d’une absence de quelque chose qui échappe. Véritable désir de retrouver l’unité originelle, qui a été perdue. « Il existe un non-dit, nous dit Paul Ricœur, dans ce qui est présent et qui est ailleurs. Une trace imperceptible s’est inscrite dans cette scission, comme si la réponse était donnée dans cet espace masqué. Ainsi, la représentation symbolique du grenier[19][19] Gaston Bachelard, op. cit., p. 208. donnée par Bachelard montre bien l’attraction qui tend vers l’au-delà, qui rejoint le cosmos et l’infini du monde, désir de prendre son envol, comme pour mieux rejoindre le monde imaginaire, celui qui renferme les rêves les plus secrets. Cette figure de légèreté et d’élévation s’oppose à celle de la cave, ce lieu mystérieux que nous venons de voir, comme si la dynamique et l’impulsion du surgissement ne pouvaient venir que de la matrice originelle, le ferment fondateur de tout ancrage.

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Le souterrain est donc une source vive donnant force et réenchantement au quotidien, comme s’il fallait se perdre pour mieux se retrouver. La quintessence du monstrueux n’est-elle pas une substitution des visions tragiques vers l’envol et la métamorphose de l’être !

Notes

[1]

Walter Benjamin, « Paris, Capitale du 19e siècle, le Livre des passages», Paris, éd. du Cerf, 1989, p.65.

[2]

Maffesoli Michel, La raison interne, Paris, Dunod, Revue Sociétés, 1994, p. 133.

[3]

Maffesoli M., Éloge de la raison sensible, Paris, Grasset, 1996, p. 78.

[4]

Gaston Bachelard, «La terre et les rêveries du repos» Paris, éd. José Corti, 1948, p. 33.

[5]

Gaston Bachelard, op. cit., p. 202.

[6]

Michel Maffesoli, Le temps des tribus, Méridiens Klincksieck, 1988.

[7]

Georg Simmel, op. cit., p. 169.

[8]

Gilbert Durand, Le décor mythique de la chartreuse de Parme, Paris, José Corti, 1990, (1re édition 1961), p. 73.

[9]

Michel Leiris, «Aurora», Paris, Mercure de France, 1957, p. 45.

[10]

Gilbert Durand, op. cit., p. 229.

[11]

Op.cit., p. 214.

[12]

Gilbert Durand «L’Âme tigrée, les pluriels de psyché», Paris, Denoël/Gonthier (Médiations), 1980, p. 93.

[13]

Georg Simmel, «La tragédie de la culture», Paris, Petite Bibliothèque/ Rivages, (traduit de l’allemand par Sabine Cornille et Philippe Ivernel), 1988, p. 169.

[14]

Benjamin Walter, Gesammelte Schriften, Francfort-sur-le-Main, éd. par Rolf Tiedemann et Hermann Schweppenhaüser, (tome I-VI), 1972-1985, p. 51.

[15]

Gaston Bachelard, op. cit., p. 210.

[16]

Gaston Bachelard, op. cit., p. 216.

[17]

Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique, Paris, Vrin, 1938, p. 13.

[18]

Bersgson H., L’Evolution créatrice, Paris, P.U. F., 1969, p.322.

[19]

Gaston Bachelard, op. cit., p. 208.

Plan de l'article

  1. La profondeur de la nuit
  2. Le clair-obscur du labyrinthe

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