Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.280413671X
110 pages

p. 101 à 103
doi: en cours

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no 74 2001/4

 
Programme de recherche : « Trajectoires de vie, trajectoires de consommations »
 
 
La recherche porte sur les trajectoires de consommations d’usagers de produits psychotropes illicites (mono et/ou poly-consommations), en association occasionnelle ou durable avec l’alcool et le tabac. Nous faisons l’hypothèse générale que le passage d’un usage à l’autre est toujours possible, et réversible, et nous cherchons à définir quels sont les facteurs prépondérants dans le passage d’un usage à l’autre : facteurs biologiques (âge, effets des produits), psychologiques, sociaux, culturels.
C’est au cœur de la vie quotidienne des usagers qu’il est possible d’observer l’ensemble de ces facteurs déterminants. Il est donc important de développer des méthodologies de type qualitatif qui permettent de focaliser sur ces éléments : imprégnation culturelle, apprentissage de perspectives, de valeurs de comportements. Notre approche se veut qualitative, dans la mesure où notre objet de recherche est construit de façon socio-symbolique. En effet, à travers l’observation des trajectoires de vie et de consommations des usagers nous tenterons de mettre en évidence, la « culture » qui les imprègne et les anime. Il s’agit de faire apparaître les logiques internes aux individus, et aux groupes auxquels ils ont le sentiment d’appartenir : représentations du monde, valeurs, sentiments et émotions collectives.
 
Problématique
 
 
Il y a dix ans déjà que la notion d’usage a été mise en évidence comme déterminant les conduites addictives [1]. Le contexte d’usage est à rattacher à différents modes d’initiation, dont l’initiation collective [2]. Enfin il existe différents domaines de représentations collectives concernant le champ de la toxicomanie, au point qu’il est possible de montrer l’existence de différents imaginaires de la toxicomanie [3].
Nous retenons une même typologie des usages :
  • usage occasionnel ou récréatif (type d’usage maîtrisé et régulé);
  • usage abusif ou nocif (usager maîtrisé par le produit);
  • usage dépendant (pathologique).
Le passage de chacun de ces usages à un usage plus dangereux devrait pouvoir être observé en même temps que des seuils de passage dont il nous reste à construire des indicateurs en terme de qualité et de références d’absorption, liés à chaque produit consommé en mono ou poly-intoxication. Nous cherchons à définir quels sont les facteurs prépondérants lors de ces passages :
  • les facteurs permettant une fonction de contrôle des risques se traduisant par un comportement de l’usage maîtrisé ou régulé ;
  • les facteurs à l’inverse occasionnant des pratiques d’abus, ainsi que d’éventuels facteurs prédictifs (au sens de signes d’appel) du passage de la consommation à l’abus, de l’abus à la dépendance, de la rechute après une période d’abstinence ;>
  • les facteurs favorables à l’abandon spontané du ou des produits sans aide extérieure institutionnelle.
Nous explorerons les différents niveaux du lien social [4] qui peuvent analytiquement se décomposer ainsi :
  • le lien de soi à soi : facteurs personnels, psycho-affectifs, psychopathologiques et cognitifs (régulation des émotions, stimulations intellectuelle, sensorielle, sociabilité, évasion, etc.);
  • le lien de soi à son ou ses groupes d’appartenance : facteurs sociaux ou environnementaux (contextes familial, scolaire, professionnel, relationnel, festif, etc.);
  • le lien de soi à sa société : facteurs économiques et professionnels (niveau de vie, contraintes professionnelles, insécurité économique, performances, horaires décalés);
  • le lien de soi à l’humanité : facteurs anthropoculturels (statuts des produits, normes éducatives, professionnalisation du sport et culte de la forme, etc.).
Différentes formes de consommation peuvent être appréhendées en identifiant les facteurs clés de contrôle des risques, ainsi que les facteurs aggravant l’usage.
 
Population et hypothèses
 
 
La population mère étudiée est encore mal connue des institutions dans la mesure où il s’agit de toxicomanes qui ne sont pas pris en charge institutionnellement pour la plupart ou trop jeunes pour être affectés de troubles pathologiques et sociaux ou encore de toxicomanes anciens sevrés et stabilisés. À partir des produits utilisés et des modes d’usage, les modes de vie et les représentations peuvent être corrélés pour former trois sous-groupes culturels qui constituent notre hypothèse. Il s’agit d’une typologie culturelle des usagers selon le produit dominant utilisé (cannabis, drogue de synthèse, opiacés) associé à un usage type (récréatif, abusif, dépendant) donnant lieu à des modes de vie et des représentations.
À partir de cette typologie trois séries d’hypothèses croisées peuvent être posées :
  • les produits, les modes d’usages, et les modes de vie sont corrélés;
  • les trois types d’usagers sont inscrits dans des sous-cultures ou cultures plus vastes au sens anthropologique (langage, territoire, représentations collectives);
  • ces trois styles de vie détiennent des particularités spécifiques, ainsi que communes (notamment en terme de réseaux et de sociabilité).
 
Perspectives
 
 
À partir de 2001, les études de terrain s’infléchiront vers des problématiques plus fines en terme d’imaginaires individuels et de groupes de consommation : le teste AT9 (archétype à neuf éléments [5]) nous permettra d’élaborer de nouvelles hypothèses et perspectives en terme de représentations individuelles et collectives.
Philippe Bouzat, Doctorant en sociologie
Hélène Houdayer, Docteur en sociologie
Martine Xiberras, Maître de Conférence en sociologie, HDR
Université Paul-Valéry, Montpellier III.
 
NOTES
 
[1] Cf. Martine Xiberras, La Société intoxiquée, Paris, Méridiens Klincksieck, 1989.
[2] Cf. Martine Xiberras, «La part nocturne de l’imaginaire des drogues », Psychotro- pes, n° 2, mai 1996.
[3] Cf. Hélène Houdayer, Le Défi toxique, conduites à risque et figures de l’exil, Paris, L’Harmattan, 2000.
[4] Cette typologie du lien social est développée in Martine Xiberras, Les Théories de l’exclusion, Paris, Méridiens Klincksieck, 1998 (1993). Cf. aussi Hélène Houdayer, « Cannabis ou la métaphore du lien social», Psychotropes, vol. 7, n° 1, 2001.
[5] Cf. Yves Durand, L’Exploration de l’imaginaire, introduction à une modélisation des univers mythiques, préface de Gilbert Durand, Paris, L’Espace bleu, 1988.
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[1]
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[2]
Cf. Martine Xiberras, «La part nocturne de l’imaginaire des...
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[3]
Cf. Hélène Houdayer, Le Défi toxique, conduites à risqu...
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[4]
Cette typologie du lien social est développée in Martine ...
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[5]
Cf. Yves Durand, L’Exploration de l’imaginaire, introdu...
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