2002
Sociétés
Marges
Évolution historique d’une pratique : le passage de l’adultère à l’infidélité
Florence Vatin
L’évolution historique est appréhendée ici en mettant en rapport l’évolution des termes et l’évolution des pratiques, afin de mieux comprendre comment s’est effectué le passage de l’adultère à l’infidélité. Le terme adultère se
retrouve en effet au XIXe siècle où il se différencie de l’infidélité au sens moderne
du terme.Mots-clés :
Amour, adultère, sexisme.
L’adultère au XIXe siècle
Une vie de couple harmonieuse au XIXe siècle suppose un accord « sur la périodicité des rapports ». Hommes et femmes diffèrent : un rythme trihebdomadaire
semble convenable pour les femmes alors que les hommes, en revanche, penchent pour des fréquences plus rapprochées. Les premières aspirent à des rapports assez réguliers pour les rassurer sur la solidité de leur couple, la fidélité de
leur conjoint et leur attrait personnel, mais elles souhaitent en même temps « un
rythme mesuré qui ne les fatigue ni ne les lasse ». La disharmonie des rythmes
serait ainsi, dans certains couples, une cause de mésentente qui s’aggraverait
avec le temps. Les partisans d’une « conjugalité tranquille » contrastent donc, à
cette époque, avec une autre partie des Français qui connaît une vie sexuelle plus
intense et que le langage ordinaire désigne sous le nom de « coureurs », de « femmes légères » et autres débauchés (Sohn, 1996)
[1].
Si hommes et femmes sont différents dans leurs motivations à commettre un
adultère, ils le sont surtout au niveau de la légitimité sociale de la pratique. Le
désir masculin est « avoué et visible ». Il se définit comme une donnée physiologique propre à chaque homme. La puissance du désir « est souvent présentée
comme irrépressible ». La femme, quant à elle, avoue rarement « une sensualité
qui alignerait [son] comportement sur celui du sexe fort » (Sohn, 1996)
[2]. La plupart tait donc ses désirs. Il faut dire que la société du XIX
e siècle est encore
« patriarcale ». Elle repose sur l’idée « que la femme mineure dépend de son père
et la femme adulte de son mari », donnant à l’homme « le pouvoir absolu ». C’est
l’institution du mariage qui est « à la source de cette domination », en assurant « la
répartition des femmes entre les hommes ». Aux yeux de son époux, la femme a
triplement le statut d’objet. Elle est à la fois « un instrument de promotion sociale, éventuellement un objet de distraction, et un ventre dont on prend possession ». Cet état de fait rend possibles les aventures féminines de l’homme, alors
que celles de la femme restent empreintes d’une hantise : prendre le risque de
« peupler la lignée d’enfants illégitimes porteurs du sang d’un autre » alors que la
priorité est de protéger l’héritage de l’homme (Badinter, 1986)
[3].
Malgré tout l’adultère existe chez l’un comme chez l’autre, la différence essentielle étant qu’il est socialement admis voire même encouragé chez l’homme
mais condamné chez la femme. « Deux êtres, de sexe différent, enfermés dans
une chambre à un seul lit suffit pour constituer le délit d’adultère », rappelle
La
Gazette des tribunaux, dans sa « chronique » du 3 septembre 1890 (Martin-Fugier, 1983)
[4]. Il est cependant utile de rappeler que seul le conjoint du coupable
peut le dénoncer. S’il préfère se taire, l’adultère le plus notoire reste impuni.
L’adultère est rangé parmi les attentats aux mœurs dans la législation de 1810.
Mais l’homme et la femme sont très inégaux devant la loi. En effet, l’adultère de
l’épouse est puni dans tous les cas. Celui de l’époux ne l’est que s’il se complique
d’une circonstance aggravante, comme l’entretien d’une concubine au domicile
conjugal. En 1890, les peines de prison sont effectives, même si elles dépassent
rarement quelques mois. De 1895 à 1910 s’est développé un important mouvement en faveur de la suppression de toute sanction pénale de l’adultère. Cependant, il faut attendre 1974 pour que soit abolie toute condamnation spécifique.
Dans les discours issus des procès-verbaux des cent soixante et onze hommes et
quatre cent cinquante-huit femmes, étudiés par Anne-Marie Sohn, les époux
adultères avancent, pour excuser leur geste, des arguments objectifs et imparables, bien qu’on observe une distinction entre hommes et femmes : «14 % des
femmes invoquent l’abandon du domicile conjugal ou se plaignent d’une trop
longue absence, en général professionnelle. 22 % énumèrent les griefs matériels
qui ont ruiné l’attachement qu’elles avaient pour leur conjoint : avarice, ivrognerie, violences physiques surtout. 31 % des hommes mentionnent des disputes et
scènes incessantes qui les font rêver d’évasion. 16 % avouent s’être laissé emporter par la passion, alors que 6,5 % des femmes seulement sont dans ce cas »
(1996)
[5].
Les manières de se livrer à l’adultère sont très différenciées selon les milieux
sociaux. Dans les milieux bourgeois, la morale du XIXe siècle oppose fermement
deux catégories de femmes : les honnêtes femmes et les « noceuses », la femme
épouse, mère respectable et insoupçonnable et la maîtresse « sorte de poubelle
où se déverse le trop-plein des scories masculines ». La distinction est claire : à
l’épouse la pruderie, à la maîtresse le goût pour le sexe.
Un homme doit veiller à épouser une femme « honnête », une femme qui
n’ait pas un passé trouble. « Un honnête homme n’épouse qu’une honnête
femme » (Martin-Fugier, 1983)
[6]. Une épouse se réduit à sa vertu. Sa condition de
femme dite honnête devient son statut. Jusqu’au milieu du siècle, le destin féminin continue de se jouer par le biais de la maternité. Une femme n’est « respectable », « accomplie » ou « épanouie », qu’en fonction de son statut de mère et de
ménagère, de « maîtresse de maison », comme on dit dans les classes favorisées
(Badinter, 1986)
[7]. Un honnête homme ne traite pas son épouse comme une
maîtresse. Avec l’épouse il accomplit le « devoir » conjugal, a des relations sexuelles hygiéniques, auxquelles ne doit se mêler aucune recherche érotique. L’époux
est responsable de la moralité de sa femme légitime : « une femme mariée a droit
à des respects et à des convenances » (Martin-Fugier, 1983)
[8]. L’époux a pour
tâche de « régler » le plaisir de sa compagne car toute femme, bien qu’elle l’ignore,
peut devenir une « terrible jouisseuse »; seule une sexualité « bien tempérée » lui
évitera « les affres de la nymphomanie », ou, plus simplement, les troubles de
l’« énervation ». Le culte de la virginité, l’angélisme romantique et l’exaltation de
la pudeur imposent au bourgeois fervent de se représenter la chambre et le lit
conjugal « comme un sanctuaire et un autel où se déroule l’acte sacré de la reproduction » (Corbin, 1987)
[9]. Si une épouse, destinée à être honnête, sort de son
rôle, si elle se conduit en maîtresse amoureuse de son mari et cherche à provoquer son désir, elle s’attire le mépris de celui-ci. Le mariage doit réguler le sexe et
la passion. Un homme se marie pour pouvoir se reposer dans le « nid », le cocon
dont son épouse est la gardienne.
Il ne faut pas confondre celle qu’on épouse et celle avec laquelle on a des
relations sexuelles satisfaisantes. L’adultère est une forme de bonne gestion du
sexe. Il a pour fonction d’endiguer les excès sentimentaux et sensuels capables
de créer les pires désordres dans les familles et dans la société. L’image de « la
femme vertueuse », qui est l’image dominante de la femme au sein de la bourgeoisie, justifie que l’adultère se développe. Il est « normal » d’avoir une maîtresse; « une liaison mondaine peut même susciter quelques échos appréciateurs ».
Le ménage à trois fonctionne ici « avec une efficacité bourgeoise »: il permet en
effet « de calmer les sens, de jouir dans le confort d’une volupté que vient pimenter le secret, il évite de compromettre sa santé et sa réputation » (Corbin, 1987)
[10].
Les maîtresses sont généralement « entretenues », logées et cette double vie,
apparue au XIX
e siècle dans les milieux bourgeois et non plus uniquement dans
les milieux aristocratiques, pose rapidement des problèmes financiers (Corbin,
1978)
[11]. Entretenir deux ménages coûte cher : « selon Paul Bourget, louer un
appartement pour y retrouver sa maîtresse revenait à cinq cents francs par mois
et si la maîtresse n’avait pas de mari pour subvenir à ses besoins, il fallait l’installer et lui donner un confort minimal, qui commençait avec une domestique (quarante francs de salaire mensuel) et de quoi assurer ses dépenses quotidiennes »
(Martin-Fugier, 1983)
[12].
Abandonnées, ces maîtresses n’hésitent pas à recourir au scandale public.
Plutôt que de prendre ce risque et par souci d’économie, certains hommes préfèrent s’adonner à l’adultère vénal favorisé par le développement des « maisons
de rendez-vous » qui ont pour fonction « d’apaiser les époux frustrés ». Ceux qui
fréquentent ces lieux sont « friands de l’épouse de l’autre » et la maison de ren-dez-vous leur donne « l’illusion de la séduction mondaine ». Elle permet, comme
son nom l’indique clairement, « de combiner des rencontres entre de riches clients
et des femmes qui acceptent certes de se vendre mais se prétendent des bourgeoises honnêtes : actrices, femmes mariées, veuves ou divorcées ». Les femmes
sont généralement en toilette d’après-midi, sobres et décentes; « l’ambiance est
celle d’un
five o’clock chez une demi-mondaine; pas une grossièreté. Le meilleur
ton mondain, sans vulgarité aucune » (Corbin, 1978)
[13].
À l’inverse, l’adultère demeure, quand il est commis par une femme, « un
crime qui pervertit et dégrade la famille et tend, par cela même, à pervertir et à
dégrader la nature, l’État, le corps social. La criminelle, c’est la femme ». Il y
aurait même, selon certains, « une nature adultérine de la femme, un trop-plein
sexuel qu’elle ne peut évacuer dans le mariage ». Mais cela ne peut lui servir
d’excuse car elle aurait dû savoir canaliser ses pulsions pour s’élever moralement
dans le mariage. Les médecins mettent d’ailleurs en garde les maris qui voudraient initier leur femme au plaisir car ce sont les « fraudes conjugales » qui font
tomber les femmes dans l’adultère. « La jeune femme chaste, ayant appris, dans
le lit conjugal transformé en lupanar, les odieux stratagèmes de la débauche, ne
se contentera plus des caresses de son mari, et voudra connaître d’autres hommes » (Adler, 1983)
[14]. Mais l’adultère féminin peut aussi être « la conséquence
toute simple du mauvais fonctionnement du couple conjugal », thèse d’abord
avancée dans les romans de l’époque (Corbin, 1987)
[15]. L’héroïne « a toujours
une trentaine distinguée. Elle est mariée, mal mariée, à un homme médiocre qui
l’a épousée pour sa dot. La nuit de noces est généralement fatale et incite la
femme à se réfugier dans la résignation physique et dans la haine morale envers
son mari ». C’est le plus souvent là que l’amant entre en scène. Il est beau, jeune,
doux, un peu féminin. Et même si au départ elle se défend de dépasser certaines
limites, elle succombe aux délices de la chair : « tremblante de honte, elle se laisse
dévêtir, se laisse caresser ». Il y a toujours « une profusion de caresses dans les
scènes d’adultère, caresse des cheveux, caresse des pieds, caresse de la peau, le
corps en son entier, à l’inverse de la description du commerce conjugal ». Puis les
yeux cernés, le corps troublé par la volupté, languissante, elle quitte son amant :
« elle vient enfin de découvrir les transports de l’amour physique, les émois de la
chair ». Elle regagne le domicile conjugal songeant déjà à quitter définitivement
son mari et à s’enfuir avec son amant. « Premiers moments exquis de la découverte de l’amour; le cœur qui bat avant les rendez-vous; le corps qui frissonne
de plaisir …». Puis l’acte d’amour remplace la tendresse. Plus de confidences,
plus de conversations, plus de promenades, plus de « cérébration » de l’adultère,
plus de séduction intellectuelle : « Elle voit désormais l’amant au lit et rien qu’au
lit. N’éprouvant plus le frisson de l’interdit, la pudeur s’étant usée, elle part faire
l’amour et non retrouver un amant » (Adler, 1983)
[16].
La fidélité n’est pas non plus au XIX
e siècle de mise pour les prolétaires. Alain
Corbin (1978)
[17] ou Jacques Donzelot (1974)
[18] montrent comment des campagnes idéologiques étaient menées à l’époque en direction du prolétariat pour
inciter les individus à se marier, à ne pas vivre en concubinage, mais surtout à
être fidèle et à se « familiariser », ce qui était impossible à l’époque du fait d’une
trop grande promiscuité. En effet, le sentiment de famille va de pair avec la
privatisation de l’existence qui aura lieu avec une privatisation de l’espace réservé au couple car c’est « la sphère privée [qui] permet l’émergence de la cellule
couple distincte de la communauté » (Ariès, 1977)
[19].
Pour l’heure « les ouvriers, trop pauvres, ne se marient guère » (Zeldin, 1978)
[20].
Dans ces ménages où on vit en concubinage, les « ménages à trois » explicites
sont même fréquents (Solé, 1976)
[21]. La condition de la femme trompée n’est,
en effet, « aucunement protégée » et en cas de litige les tribunaux statuent en
faveur de l’homme, acculant des ouvrières mères de famille à la misère car celui-ci a rarement les moyens d’entretenir deux foyers (Adler, 1983)
[22]. Aussi ces
dernières ferment-elles souvent les yeux et vont même jusqu’à tolérer une autre
femme sous leur toit plutôt que de se retrouver à la rue.
De l’adultère à l’infidélité
Un certain nombre de changements vont faire en sorte que l’on va passer de
l’adultère à l’infidélité telle qu’on l’entend actuellement. Le premier de ces changements est une modification de la place de la femme au sein du couple.
Cette répartition des rôles épouse-maîtresse fonctionnait dans les classes aisées
où, traditionnellement, les couples mènent une existence séparée et où l’homme
a des relations extraconjugales. Mais tout change avec la situation petite~bourgeoise où le couple, pour des raisons économiques, vit en circuit fermé, replié
sur lui-même. La bonne gestion de la sexualité conjugale va nécessairement faire
partie de la gestion du ménage. On s’achemine vers une réhabilitation de la
sexualité à condition qu’elle soit conjugale. Se dessine donc un mouvement vers
le couple amoureux, la maîtresse se confondant lentement avec l’épouse et mère.
Ce mouvement s’amorce dès la fin du XIXe siècle. Cependant, c’est encore en
terme de devoir que ce nouveau rôle s’inclut dans ceux déjà impartis à la femme
dans son ménage.
Le XX
e siècle, avec l’élargissement du divorce, va malgré tout voir l’avènement d’une nouvelle morale sexuelle qui va sacraliser le couple fondé sur l’amour.
Du moment que la liberté préside au choix du compagnon, c’en est fini aussi de
l’adultère, prône-t-on dans ce nouveau type de discours. La sexualité conjugale
change de nature : elle devient synonyme de recherche du plaisir sexuel. Mais
dans cette perspective un autre devoir apparaît : celui d’« apprendre à faire
l’amour » (Martin-Fugier, 1983)
[23]. Enfin, en travaillant, les femmes prennent
possession, dès la deuxième moitié du siècle, du monde extérieur et cela fait en
sorte que le mariage ne soit plus perçu « comme la condition de la respectabilité
féminine » (Badinter, 1986)
[24].
Selon ces thèses, le XX
e siècle « a mis fin au principe d’inégalité qui présidait
aux rapports entre hommes et femmes » et a instauré « l’idéal du couple égalitaire » (Badinter, 1986; Martin-Fugier, 1983)
[25]. L’une d’entre elles va même
plus loin en affirmant que « le schéma de la complémentarité s’efface au profit de
la ressemblance » et parle même de « l’avènement de l’androgyne », dans le sens
de la reconnaissance de la « bisexualité de tout individu » (Badinter, 1986)
[26].
Cependant, ces propos doivent être nuancés car il est prématuré de parler
d’une totale indistinction des rôles. L’auteur reconnaît que « les actes suivent
difficilement les paroles ». Si on prend l’exemple de la répartition soi-disant égalitaire des tâches ménagères, on constate que même si les individus se déclarent
« massivement » en faveur de cette idée, la réalité est toute autre : « le centre de
résistance à l’égalité entre les sexes se trouve en famille, à la maison, dans les
pratiques ménagères les plus élémentaires » et au détriment des femmes
(Kaufmann, 1992)
[27].
Concernant la réconciliation de l’épouse avec le rôle de maîtresse, l’explication, si elle était aussi simple, devrait signifier la disparition ou du moins la diminution conséquente de l’adultère. Or, il n’en est rien : ces pratiques n’ont nullement disparu. Malgré tout, le terme n’est plus guère employé. À cette réalité
résumée en terme de « besoins sexuels à satisfaire » s’en est substituée une autre
(Adler, 1983)
[28]. Les formes d’adultère traditionnel diminuant, l’épouse pouvant
être la maîtresse et l’extension du divorce permettant de changer de partenaire,
un autre mode de relation extraconjugale a émergé, plus communément qualifié
d’infidélité. Mais ce terme unique englobe plusieurs types de pratiques.
Les pratiques d’adultère de la fin du XIXe siècle étaient codées en termes
purement sexuels. Le conjoint légitime n’avait pas pour fonction de garantir
l’ensemble des satisfactions, du moins pour les hommes : la femme légitime,
l’épouse, était cantonnée à son rôle de mère. L’homme bourgeois avait mis en
place un système qui préservait la durée de vie conjugale, nécessaire pour la
transmission entre les générations et qui lui assurait également les satisfactions
affectives et sexuelles à l’extérieur du cercle domestique. Le choix du conjoint
n’était pas établi selon la logique moderne de l’amour, mais dans le but de garantir avant tout les intérêts des lignées familiales.
En un siècle, les choses ont beaucoup changé, la logique du sentiment a
triomphé. La vie conjugale repose avant tout sur l’amour, qui s’est imposé progressivement comme mode de régulation des relations conjugales et a contribué
à rendre illégitimes les comportements d’adultère réservés aux hommes. En effet, l’idée d’une union construite sur le consentement mutuel limite l’amour aux
seules formes conjugales. Toute union extérieure est alors coupable et vue comme
une trahison. « Un processus de culpabilisation et d’autocontrôle est ainsi mis en
place avec la mystique de l’amour autosuffisant ». Jusqu’au XIX
e siècle, l’inconstance vient des différences de tempérament entre hommes et femmes et ceux
qui pratiquent l’adultère ne se sentent pas responsables, « ils sont dépassés par
eux-mêmes ». Mais « l’individualisation » au contraire les rend coupables (Luhmann,
1990)
[29]. « Morale religieuse et morale bourgeoise se sont combinées harmonieusement pour investir les corps et les consciences et faire en sorte que la morale
de la fidélité et la honte de la sexualité s’imposent » (Grimmer, 1983)
[30]. L’aveu
d’une liaison « ne vient pas tant rencontrer le doigt de Dieu que sa propre morale, celle d’une croyance envers un amour interindividuel, éternellement fidèle,
exclusif et autosuffisant » (Chaumier, 1999)
[31].
Mais ce mythe de l’amour romantique n’est qu’un idéal. En effet, dans la
réalité des pratiques, on retrouve bon nombre d’infidèles. Cependant, suite à ces
transformations du couple, l’infidélité actuelle n’est plus réductible au modèle de
l’adultère du XIXe siècle et prend d’autres sens qu’il convient de saisir dans leur
complexité.
[1]
A.-M. Sohn,
Du premier baiser à l’alcôve. La sexualité des Français au quotidien
(1850-1950), Paris, Aubier, Collection historique, 1996, pages 161 et 162.
[2]
A.-M. Sohn,
ibid., pages 256 et 257.
[3]
E. Badinter,
L’un est l’autre, Paris, Odile Jacob, 1986, pages 141,147 et 150.
[4]
A. Martin-Fugier,
La bourgeoise, Paris, Grasset, 1983, page 131.
[5]
A.-M. Sohn,
ibid., page 289.
[6]
A. Martin-Fugier,
ibid., pages 100 et 101.
[7]
E. Badinter,
ibid., page 223.
[8]
A. Martin-Fugier,
ibid., page 109.
[9]
A. Corbin,
Histoire de la vie privée : de la révolution à la grande guerre, tome 4,
Paris, Seuil, 1987, pages 541 et 543.
[10]
A. Corbin,
ibid., pages 542 et 555.
[11]
A. Corbin,
Les filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle, Paris,
Aubier Montaigne, 1978, page 203.
[12]
A. Martin-Fugier,
ibid., page 158.
[13]
A. Corbin,
ibid., pages 258 et 260.
[14]
L. Adler,
Secrets d’alcôve. Histoire du couple de 1830 à 1930, Paris, Hachette, 1983, pages 141 et 145.
[15]
A. Corbin,
ibid., page 557.
[16]
L. Adler,
ibid., pages 150,153 et 154.
[17]
A. Corbin,
ibid.
[18]
J. Donzelot,
La police des familles, Paris, Minuit, 1974.
[19]
P. Ariès (préface à M. O. Métral),
Le mariage. Les hésitations de l’occident, Paris,
Aubier, 1977, page 9.
[20]
T. Zeldin,
Histoire des passions françaises. 1845-1945, tome I : Ambition et amour,
Encres, Recherches, 1978, page 61.
[21]
J. Solé,
L’amour en Occident à l’époque moderne, Paris, Albin Michel, 1976,
page 100.
[22]
L. Adler,
ibid., page 135.
[23]
A. Martin-Fugier,
ibid., page 188.
[24]
E. Badinter,
ibid., pages 231 et 232.
[25]
E. Badinter,
ibid., page 250; A. Martin-Fugier,
ibid., page 362.
[26]
E. Badinter,
ibid., page 282.
[27]
J.-C. Kaufmann,
La trame conjugale. Analyse du couple par le linge, Paris, Nathan, 1992, page 233.
[28]
L. Adler,
ibid., page 168.
[29]
N. Luhmann,
Amour comme passion. De la codification de l’intimité, Paris, Aubier,
1990, page 26.
[30]
C. Grimmer,
La femme et la bâtard : amours illégitimes et secrètes dans l’ancienne France, Paris, Presses de la renaissance, 1983, page 60.
[31]
S. Chaumier,
La déliaison amoureuse, Paris, Armand Colin, 1999, page 121.