2002
Sociétés
Activités sociologiques
Lectures
Howard Phillips Lovecraft et la Postmodernité
Quelles sont les typologies de comparaison qu’on peut saisir entre l’œuvre de
Lovecraft, et la pensée de Michel Maffesoli sur la postmodernité ? Notre hypothèse de travail sera la suivante : est-ce qu’on peut repérer, dans certains récits
lovecraftiens, des signaux, des symboles, ou plus en général des éléments qui
puissent nous renvoyer à l’idée de postmodernité ? Est-ce qu’on pourrait donc
affirmer en ce cas que Lovecraft, homme américain du début du vingtième siècle, a pu entrevoir – involontairement – par la forme littéraire de science-fiction,
la postmodernité ?
Il nous semble inutile de rappeler toutes les circonstances qui définissent et signent tout ce qu’on appelle « modernité » et, dans le même cas, il nous semble
superflu de traiter le « paradoxe » de la guerre à l’imaginaire propre de la modernité.
[1]
Le rapport entre l’écrivain et son temps était marqué par la forte croyance dans
les possibilités de la science, à travers le progrès, la méthode, le culte de la
rationalité. Par contre, une enfance fortement troublée y ajoutant des capacités
à la rêverie, poussent le jeune Lovecraft à rêver sans cesse, à imaginer des mondes et des créatures paradoxales et inhumaines, une cosmogonie de divinités
glaciales et terribles, en bref, un lieu où la
coincidentia oppositorum est la norme
et la règle
[2]. Nous pourrions dire, avec Jean Duvignaud, que «(…) les périodes de
rupture ou de passage d’un type de société à l’autre entraînent des manifestations de déviance et de désordre qui ne peuvent être intégrées ou comprises ni
par le système culturel de la société ancienne ni, souvent, par le système des
valeurs de la société naissante »
[3]. On peut en fait observer que, surtout au vingtième siècle, il y aurait légions d’exemple de manifestations anomiques qui signalent la nette rupture entre le système ancien et le système naissant. Ces manifestations anomiques peuvent représenter la période qui se passe entre l’époque
précédente et l’époque à venir, l’instant de sélection entre le vieux et le nouveau
avant l’enchevêtrement ou la
non-contemporaneité dont Maffesoli parle souvent; voilà donc les surréalistes, les futuristes, le dadaïsme, le jazz, le pop, le
mouvement punk en Angleterre. Peut-on considérer Lovecraft comme une manifestation anomique ? Involontairement, oui. De ce que nous avons analysé de
son œuvre, on peut s’apercevoir que parmi les structures imaginaires de ses
récits, se cachent les peurs de sa société contemporaine. Les esquisses des divinités, la puissance symbolique présente dans les représentations du
Grand
Chtulhu sont fortement passibles d’une analyse qui révèle comment la constitution symbolique de cette créature incarne les peurs humaines les plus profondes,
les plus enracinées. Cette divinité, malgré sa provenance extraterrestre est un
archétype humain; elle existe en fonction de son archétypalité. Elle représente,
avec sa grandeur, avec sa cité perdue dans les abîmes océaniques, avec sa puissance enfin – et surtout – avec son isomorphisme, l’angoisse humaine.
L’ichtyomorphisme de
Chtulhu n’est pas fortuit; toutes les caractéristiques de
celui-ci doivent être considérées parallèlement aux visages de l’angoisse du temps,
propres au régime diurne. La cité perdue où elle vit est submergée par la mer,
elle est perdue dans l’abîme, cachée par des eaux sombres. L’angoisse humaine,
et la dichotomie entre l’homme et l’œuvre, voire la lutte entre Apollon et Dionysos, y sont bien représentées. En nous appuyant sur Gilbert Durand on pourrait
découvrir, dans un essai d’analyse symbolique, que l’eau nocturne, l’eau sombre,
l’eau qui coule par les ruines de la cité légendaire émergeante de l’abîme, est
l’expression définitive du temps, la structure finale et cristalline de la douleur. Il y
a un principe héraclitéen qui se rend porteur de la tragédie de l’homme face au
temps, celui qui, éternellement, force l’être à l’unicité de l’expérience, en ne
permettant pas le double. Or, l’eau, entendue comme le minéral le plus animé,
est constitutive selon Durand de «
(…) cet universel archétype, à la fois
thériomorphe et aquatique, qu’est le Dragon»
[4]. C’est surtout dans la tradition
judéo-chrétienne que le dragon est lié à l’apocalypse, conçu comme un monstre
qui est et vient par la mer; l’hydre ou la pieuvre, symboles de la fatalité de la mer,
sont les dernières structures isomorphes de la créature imaginée par Lovecraft,
rappelons-le, emblème du
tempus fugit. Afin que les rapports entre le temps et
la créature soient parfaits, nous analyserons, en bref, comment la tête de pieuvre
de cette divinité littéraire peut figurer encore une fois la prédétermination cyclique poussée encore plus loin par le symbolisme temporel obtenu par l’image du
visage tentaculaire de
Chtulhu. Une tentacularité liée, on pourrait affirmer, à la
chevelure. « La chevelure n’est pas reliée à l’eau parce que féminine, mais bien
féminisée parce que hiéroglyphe de l’eau, eau dont le support physiologique est
le sang menstruel »
[5]; de ce coté, il est quand même intéressant de savoir qu’un
des plus célèbres récits de Lovecraft s’appelle
Dans l’Abîme du temps…
La « masse chaotique » qui forme le corps de
Chtulhu est aussi une caractéristique principale de l’architecture des récits lovecraftiens, architecture liée aux
dieux primordiaux comme ce même
Chtulhu. Le pouvoir visionnaire qui vient
par les meilleures pages, et qui les rapproche d’un style « apocalyptique » doit
beaucoup à l’exploration personnelle de New York du début du siècle, qui donne
à l’écrivain l’inspiration nécessaire pour esquisser des paysages morbides, en un
effrayant hybride entre styles anciens et nouveaux, fortement liés au « métalisme »
des métropoles futuristes, aux angles hardis de la peinture d’avant-garde. Insister
auprès des formes qui n’appartiennent pas au monde de la géométrie euclidienne, des angles insensés et aberrants, inconcevables pour l’esprit humain, des
perspectives déformées et hallucinées, rappelle les visions inédites de Balla, Severini, Léger, Bosch. Comme l’architecture des grandes cathédrales, l’architecture rêvée – mais en même temps réelle – par H. P. Lovecraft, est beaucoup plus
qu’un simple jeu de volumes mathématiques. Elle est entièrement enveloppée
par une idée de tragédie mythique qui donne signification à l’édifice, qui théâtralise le plus petit de ses espaces, qui utilise les ressources jointes des différents arts
plastiques, qui exploite la magie des jeux de lumière. Il s’agit d’une architecture
vivante parce qu’elle repose sur une conception vivante et émotionnelle du monde
onirique, qui est celle de Lovecraft. En d’autres termes, on peut parler de l’architecture sacrée. Il faudrait faire ici référence à ce que Michel Maffesoli, dans son
livre
Aux creux des apparences, a appelé la
baroquisation du monde. En effet,
si on observe le rapport entre l’objet architectural (objectal) et l’espace architectonique, on verra ce que le sociologue a proposé de nommer, en général, le
réenchantement du monde, expression qui souligne une sorte de nouvelle sensibilité, une nouvelle ambiance dans laquelle la puissance des émotions affirme
son efficacité dans les liens sociaux
[6].
Le baroque est l’expression d’une totalité organique temporellement
einsteinisée
[7], d’une viscosité; il est transitif et transversal car il représente un
passage dans le temps; dynamique, presque symptôme anomique.
Tout l’organicisme propre aux créatures et aux lieux colonisés par les extraterrestres ou par certaines divinités est projecteur de peur et méfiance face aux
esprits savants de 1920. Lovecraft lui-même, on le sait par les biographies, était
fortement antidionysiaque et rationaliste, mais tout de même capable de rendre
une esquisse des peurs de sa société puritaine, moraliste et réactionnaire. L’influence de la philosophie évolutionniste et positiviste est claire dans tous les
récits de Lovecraft, où y sont nommés, à la manière des drapeaux croisés, Frazer
et son
Golden Bough, et en général, toute l’histoire de la pensée moderne.
Michel Maffesoli a bien synthétisé la querelle : « C’est ainsi que l’on peut se demander si le déclin de l’Occident n’est pas la rançon de cette farouche volonté à
tout vouloir connaître en réduisant à l’unité »
[8]. Il s’agit donc de distinguer la
spaltung existante entre l’homme et l’œuvre; il s’agit de voir ce qui est caché
dans une coupure entre la verticalité de la lumière et la profondeur de la nuit. Les
récits de Lovecraft semblent souffrir de la même conception de l’homme primitif
en sens spéculaire; d’un côté on peut clairement constater la confiance de Lovecraft dans la méthode scientifique et la supériorité de l’homme sur la nature, de
l’autre, il semble aussi bien évident que cette confiance, face à l’horreur, face à
l’antithèse, face à l’inversion de ce qu’on peut appeler la certitude scientifique, va
se concasser. Ce qui semble l’effrayer est le croisement, le métissage, l’hérédité
morbide et la dispersion de l’identité pour l’
altérité. On voit bien comment le
récit
Le cauchemar d’Innsmouth est une condamnation du métissage. En parlant d’un autre récit,
Arthur Jermin, Michel Meurger note que les métaphores
de l’homme singe (
Arthur Jermin) et celle de l’homme poisson (
Le cauchemar
d’Innsmouth), peuvent être considérées comme une « pédagogie » pour faire
passer le message de l’écrivain, influencé par les thèses évolutionnistes de son
époque
[9].
Le temps qui coule – et je crois, l’incapacité du contrôle du temps –, le métissage, l’altérité entendue comme le mal, ce qui est caché et non dit, voilà l’essence du « mal » lovecraftien. Ce que nous emmène à considérer Lovecraft comme
« clairvoyant » involontaire des symptômes de la postmodernité est clair dans les
esquisses du grand Chtulhu qu’il nous a fournies. Elles appartiennent strictement au régime diurne de l’image. Les images de cette divinité sont bien loin
d’être euphémisées, lorsqu’il s’agit des angoisses projetées au-delà du temps et
de l’espace physique. Ce qu’on peut saisir par tout cela en effet, outre l’angoisse
du temps, est la peur de l’altérité. Mais en même temps il nous montre ce qu’est
l’altérité qu’il évoque entre les lignes. Le fait que les disciples, ou mieux les adorateurs, de cette divinité soient des « primitifs », en se liant aux théories positivistes, n’est pas pris au hasard. Ils forment des tribus liées au totem, des masses
variées et incontrôlables dont l’origine n’est pas certaine sauf les intentions de
subversion et d’hérésie, dont le media, celui qui relie, est le totem, c’est-à-dire la
divinité. Il ne faudrait pas oublier qu’au début du XXe siècle le « déclin de l’occident » avait déjà été théorisé et que le cauchemar dionysiaque était à la porte.
L’ombre de l’orgiasme, telle que nous en parle Maffesoli, est présente dès le
début des descriptions des rites où tout est mélangé, tout est partagé en un
tourbillon où toutes les identités vont se fondre jusqu’à la perte de celle-là. Le
chaos qui vient par ces fusions donne lieu à l’idée des tribus se reliant autour
d’une image commune, en éloignant la mort, en l’euphémisant. Ce que Michel
Maffesoli appelle la baroquisation du monde est bien représentative de ce « mal »
que nous avons abordé. Le mal comme le non dit, la part la plus cachée, celle qui
s’oppose à la raison en qualité de passion en symbolisant le métissage, le croisement, la fusion enragée des genres, des cultures, des statuts. Le baroque met en
jeu les sentiments, les émotions; il s’agit d’une viscosité propre du régime nocturne, où tout est inversé, tout se colle, où le glutinum mundi est toujours actif
en ne permettant pas le coup de glaive, c’est-à-dire la distinction dialectique.
L’œuvre de Lovecraft peut sembler, comme le dit Jean Duvignaud, l’insurrection
du possible qui permette un trajet anthropologique particulier, une mise en page
des images diairétiques qui se doublent, en montrant d’un côté les images qui
appartiennent à la science, à la raison, et de l’autre les images qui sont liées au
monde sombre et dévorant propre de Chtulhu.
On a tenté de montrer en bref tous les liens qui semblent caractériser ce
rapport théorisé entre Lovecraft et Michel Maffesoli. Dans une époque dominée
par le « bon sens » de la province américaine, l’arrogance scientifique qui contrôle tout, Lovecraft a proposé dans ses récits, d’une façon inconsciente, des
archétypes et des schémas qui semblent coller avec le paradigme postmoderne
propre de notre époque. À la
connaissance savante des héros lovecraftiens
s’oppose la connaissance des «
Grand Anciens», c’est-à-dire les divinités créées
par l’écrivain. La comparaison entre la science et le sens commun est obligatoire. À la science proprement dite, à la méthode – parcours qui mène à la vérité
– s’oppose une
remythologisation dont Gilbert Durand parle souvent
[10]. En même
temps, Michel Maffesoli nous offre un débat fondé sur le problème de la « connaissance ordinaire » dialectiquement rapportée aux constrictions du savoir en
général. Au
savoir d’élite s’oppose la
croyance païenne. Chez Lovecraft, l’être
savant est un être forcement d’élite. Il s’agit d’une sorte de caste qui juge et lutte
contre les aberrations causées par cette croyance païenne représentée par le
« primitif ». Ces primitifs fortement liés à la tradition archaïque, au rapport arbustif avec la terre, sont tout d’abord la négation vivante de l’homme de science
élitaire. Plus en général, ils incarnent les cauchemars de la dissolution, du croisement, de la perte d’identité de la communauté W.A.S.P.
À l’individu pragmatique-rationnel s’oppose la masse chaotique, ou tribu.
L’éthique de l’esthétique est le souffle vital de cette masse chaotique toujours en
mouvement. L’angoisse du devenir, thématique heideggerienne, est remarquable en cette dichotomie individu/masse et surtout dans l’attitude des principaux
personnages lovecraftiens. En eux l’angoisse du devenir est justifiée par l’incertitude incarnée par les visages du temps, représentés par Chtuhlu. Par contre les
tribus lovecraftiennes cherchent le contact avec la divinité en euphémisant les
symboles du temps qui coule, dans un essai de se prolonger dans l’« instant éternel ». La linéarité des images propres des hommes savants est constituée par
cette incapacité intellectuelle à se projeter au-delà de la raison scientifique, audelà de la dimension verticale. La linéarité de l’image savante, et surtout de
l’esprit iconoclaste des savants, est dialectiquement en rapport avec une organicité
propre aux profondeurs dont la caractéristique est la cyclicité, l’enracinement.
Lovecraft était fortement « anti-dionysiaque » et rationaliste et en même temps
capable de rendre une esquisse des peurs de sa société puritaine, moraliste et
réactionnaire; mais surtout, d’un esprit inconscient, il a su « anticiper » presque
toutes les problématiques du débat cultural et humain du XXe siècle.
Piermaria CHAPUS
Gérald Bronner, Journal de guerre, Éditions Baleine, collection Ultimes, Paris, 2001
Ce roman, par le biais d’un journal intime, propose au lecteur un voyage dans les
méandres du cerveau d’un adolescent malade. Victime d’hallucinations, ce denier s’enfonce dans un univers où tout revêt les couleurs d’un profond désespoir.
Oscillant entre sa famille, son lycée et les virées du week-end, les errances qui
aboutissent le plus souvent au sexe et à la violence, le héros découvre le monde,
son hostilité et son étrangeté. Par le biais de son regard, tour à tour paranoïaque
ou attendri, une ville sans nom, ses habitants, se donnent à voir sous un jour
stupéfiant. Convaincu d’être détenteur d’un savoir qui le rend seul lucide, implacable dans son rôle fantasmé de redresseur de torts, il commence une odyssée
guerrière, à la recherche d’alliés et d’ennemis. Chaque jour apporte alors son lot
de rencontres et de drames des plus banals aux plus sordides, qui voit défiler une
galerie de personnages ordinaires, parents, amis, professeurs, ou surréels, messagers porteurs d’une autre vérité qui ne prophétisent que le malheur ou la fin du
monde.
Ainsi s’amorce une subtile intrication entre deux univers, l’un quotidien, l’autre
mythique. En toile de fond, plane la menace de plus en plus tangible au fil des
pages, de l’apocalypse.
Gérald Bronner parvient remarquablement à tisser ces deux fils pour rendre
l’initiation de son personnage dramatique et haletante.
L’écriture crue et tendue de l’auteur sert parfaitement la peinture de la cruauté.
Certains scènes mêlant sadisme et érotisme sont bouleversantes. Ce roman porte
un regard de stupéfaction sur notre contemporanéité et nous entraîne vers un
sentiment d’étrangeté qui nous invite, un moment, à regarder d’un œil suspect
notre propre quotidien. C’est ce rapprochement, en apparence paradoxal, entre
quotidienneté et mythe, celui de l’apocalypse, qui donne à cet ouvrage la capacité de nous déranger et propose une lecture à plusieurs niveaux du récit.
Ce livre dont vous pourriez être le héros, puisque le personnage principal en est
parfaitement anonyme, évoque la violence mais aussi la tendresse et souvent la
drôlerie, car le narrateur, s’il est animé par la passion de la colère, emploie un
ton fréquemment distancé et moqueur. Un texte à l’atmosphère très dense, à
consommer d’un seul trait, comme on peut le faire de certains alcools forts.
Stéphanie POLITANO
Philippe Combessie, Sociologie de la prison, La Découverte, coll. Repères, 2001,122p.
Au moment où les questions de sécurité prennent de l’ampleur et où les débats
sur les conditions de détention, l’incarcération des mineurs, la procédure de garde
à vue… s’intensifient, la synthèse de Philippe Combessie sur la sociologie de la
prison vient à point nommé. Il présente et analyse les fonctions de l’enfermement
à partir des recherches européennes et américaines développées en sciences
sociales sur le sujet. En mobilisant les données historiques, statistiques, juridiques
nécessaires, l’auteur propose un parcours très complet. Il va de l’évolution des
fonctions de l’enfermement aux politiques pénales qui justifient l’incarcération
dans nos sociétés démocratiques, en passant par une présentation de la population des détenus et par une revue des interactions qui se développent dans et
autour de la prison. Le lecteur trouve dans l’ouvrage une mise en perspective
cohérente, des analyses fines sur l’organisation des prisons, une présentation
équitable des débats soulevés.
- Pour la cohérence, l’approche converge vers une vision globale. Il y a d’abord
les logiques de justification de la prison : expiation, dissuasion, neutralisation, réadaptation (tableau p.20). Cela s’articule avec les politiques pénitentiaires : rédemption, défense sociale, juste dû, détention positive et implication des détenus (pp.52 à 60). Les fonctions de la prison sont alors différenciées suivant les groupes de délinquants : cas fortuits, marginaux, professionnels chevronnés (p.99).
- Pour l’étude de la prison comme organisation (chap. IV), l’auteur analyse
non seulement les interactions entre détenus et surveillants mais aussi les
rôles de la direction, des administratifs, des personnels de réinsertion. Ces
liens n’ont pas de secret pour Philippe Combessie, auteur de Prisons des
villes et des campagnes (L’Atelier, 1996), distingué par le pris Gabriel Tarde.
- Pour la présentation des débats, de nombreux encarts permettent d’aller audelà des idées reçues sur des sujets sensibles : la prison a un fondement
humaniste, les lieux intermédiaires d’enfermement sont souvent les pires,
beaucoup de surveillants ressentent de l’empathie envers les prisonniers mais
chacun imagine être le seul dans ce cas, laisser trop d’initiative aux détenus
favorise le caïdat, ne pas leur en laisser freine la réinsertion, les détenus les
plus visités sont souvent les plus récidivistes (paradoxe analysé par Cattani),
les quartiers autour des prisons sont peu attirants mais assez sûrs, etc.
Devant la réussite de cette synthèse, on peut simplement suggérer une piste
ultérieure d’élargissement. Voulant cerner au mieux son sujet, l’auteur étend
moins son analyse à des acteurs plus extérieurs mais néanmoins importants :
magistrats, policiers, médias, politiques, citoyens. Nul doute qu’il y viendra prochainement. Tous les travaux de Philippe Combessie montrent en effet que le
système fermé des prisons est en fait ouvert sur son environnement social.
Jean-Michel MORIN
MC Sociologie – Université Paris V
Surrealism : desire unbound – Tate Modern Gallery, Londres, du 20 septembre 2001
au 1er janvier 2002
« Surréalisme, le désir illimité »: il s’agit, en effet, de la première grande rétrospective du surréalisme à Londres depuis presque 20 ans. L’exposition nous propose une aventure dans les territoires du désir, de l’inconscient et de la transgression. Les commissaires de l’exposition ont pris le parti de découper le récit en
épisodes : son organisation est thématique, ce qui d’ailleurs tend à devenir une
règle à la Tate Modern. Il faut toutefois souligner qu’on discerne aussi une certaine suite chronologique et cela confère une cohérence à notre parcours.
L’exposition se divise donc en treize sections. Avant d’y entrer, on passe par un
petit hall tout rose : au travers d’une ouverture dans le mur sur un espace noir
domine à gauche l’œuvre de Max Ernst : Les Hommes n’en sauront rien. Ce
tableau reprend l’image d’un couple en train de faire l’amour. Pourtant, on ne
peut pas savoir s’il s’agit de deux êtres distincts ou d’une seule créature androgyne, thème platonicien, souvent repris par les surréalistes. Cette image, combinée avec les battements de cœur qu’on entend du fond, fait référence directe aux
pulsations du désir. Jeu inspiré de l’exposition surréaliste de 1959, EROS, l’association de l’image et du son fait fusionner les deux expériences de la réalité, la
vie consciente constituée de faits rationnels et la vie inconsciente, rêvée, créant
ainsi le seul état où, d’après le surréalisme, le désir trouve son affirmation totale.
Les premières salles de l’exposition explorent un aspect sublimé du désir; c’est
la vision de l’homme qui s’oppose à la société et à la religion établies. De l’homme
qui ne veut plus être esclave de son travail et qui semble tout au contraire assoiffé
de liberté et d’amour. C’est alors le désir qui contribue à son émancipation, au
changement et à la révolution. Le désir qui est impliqué dans tous les aspects de
la vie : la politique, l’action, les rélations publiques, la pensée et l’écriture.
Il est clair que le désir va de pair avec l’érotisme puisque pour les surréalistes
l’action était inséparable de la liberté sexuelle qui aidait l’homme à se connaître
en profondeur, en connaissant ses propres limites. Le choix des œuvres confirme cette conception. Dans la première salle il y a les machines du désir de
Duchamp (le fameux Grand Verre) et de Picabia, dont l’interaction froide rappelle l’acte sexuel. Plus loin, les peintures automatiques de Masson nous font
penser à la liberté de l’amour. D’autre part, les tableaux de Dali, comme Guillaume
Tell, et de Ernst forment une attaque codée des institutions de la famille patriarcale et de la religion et projettent leur propre vision de la relation complexe entre
le père et le fils, qui se trouve à la limite du désir et de la culpabilité. La Figure de
Henri Moore illustre la force emblématique et diachronique de la femme-mère-déesse et sert à faire contraste.
La quatrième salle, qui reprend le titre du tableau de Paul Delvaux, L’aube sur la
ville, explore un thème récurrent dans le surréalisme : la ville et ses possibilités
de rencontres fortuites entre des individus qui sont guidés par le désir, l’un vers
l’autre. Et vraiment la scénographie donne la sensation de vivre cette atmosphère : la salle est mauve et peu éclairée, des vitrines hautes gênent notre vue et
on se dirige vers l’autre côté dans l’espérance d’une rencontre inattendue. L’exposition met aussi en relief le dispositif photographique à deux reprises afin de
développer la question de la transformation de l’identité et du corps, une fois
avec les fameuses photos de Marcel Duchamp déguisé en Rose Sélavy et une
autre avec les manipulations photographiques de corps féminins par Man Ray.
La tonalité change au fur et à mesure que nous avançons dans notre visite et
devient de plus en plus intense. La scénographie renforce cette impression; les
couleurs claires utilisées au début progressent vers des couleurs plus sombres
quand les choses deviennent plus alarmantes. Le noyau noir qui se situe au
centre de l’espace réservé à cette exposition, c’est-à-dire les salles 9,10 et 11,
constitue la métaphore du penchant sombre du désir où l’être désireux est réduit
à un simple objet-jouet. C’est probablement à cette partie de l’exposition que
l’adjectif « illimité » se réfère le plus. Le Téléphone-Homard de Dali, les Poupées
de Bellmer et La femme égorgée de Giacometti qui sont exposés, suggèrent des
aspects plus destructeurs du désir, qui surpasse tous les principes et crée sa propre éthique. Le désir est le prolongement de la sexualité qui aboutit au fétichisme
et à la perversion.
Hans Bellmer, tout particulièrement, semble constituer l’épicentre de toute l’exposition. Les commissaires de l’exposition lui ont dédié une salle entière probablement dans la volonté de prouver que le surréalisme choque encore. L’œuvre
centrale est une poupée sur un socle, dénudée, avec deux parties du bas du corps
étalées, qui porte des chaussettes blanches et des chaussures scolaires noires. Un
objet tout à fait innocent, le jouet d’un enfant, est repris et reproduit en relation
avec des formes adultes du désir et de la fixation obsessionnelle. Dans la salle Les
accommodations du désir, d’après l’œuvre de Dali, l’exposition explore l’inspiration surréaliste face à l’objet. Chaque œuvre est choisie dans le but d’ennuyer
notre regard mais aussi de nous faire découvrir l’imagination sans bornes des
surréalistes. L’objet (Petit déjeuner en fourrure), de Meret Oppenheim transforme, avec les combinaisons qu’il laisse sous-entendre, un objet usuel, quotidien, en quelque chose de totalement inattendu et éventuellement pervers.
Les deux dernières salles sont dédiées à la femme soit comme thème de prédilection dans le surréalisme soit comme créatrice. L’habillement de la mariée de
Max Ernst illustre l’image archétypale de la femme surréaliste, créature à la fois
belle et monstrueuse. Dans la dernière salle, des artistes comme Louise Bourgeois et Dorothea Tanning sont imposées comme les figures emblématiques qui
ont assuré la survie du mouvement et le passage des éléments clés du surréalisme
dans l’art actuel.
Cette exposition souligne l’importance décisive de la poésie et de l’écriture et
leur relation étroite à l’art. D’ailleurs, l’aspect littéraire était central dans la thématique surréaliste. C’est pour cela que la septième salle, qui se situe presque au
milieu de notre circuit, constitue une sorte de passage avec des vitrines où on
peut voir plusieurs documents (livres, photos et manuscrits). De même, dans la
onzième section, nous pouvons voir des manuscrits des ancêtres littéraires du
mouvement comme le marquis de Sade ainsi que des textes des écrivains comme
Georges Bataille, qui ont inspiré une vision plus violente du surréalisme.
Près de trois générations de surréalistes se croisent dans cette exposition; la liste
contient aussi des surréalistes étrangers. Mais, ce qui est le plus surprenant est
qu’on y trouve des artistes et des écrivains comme Bellmer, Molinier ou Bataille
dont la présence aurait été exclue dans une exposition surréaliste quelques décennies plus tôt. Ce sont les œuvres de ces artistes qui attirent le plus l’attention
et les commentaires des visiteurs. La présence, enfin, des artistes comme Picasso ou Giacometti dans une exposition surréaliste, est un choix explicite de la
commissaire générale de l’exposition, Jennifer Mundy, puisque d’après elle : « La
plupart des artistes et des poètes qui ont appartenu au mouvement suivaient des
trajectoires propres qui croisaient le Surréalisme. »
Efrosyni KOLIOU
Du premier au troisième œil
La réalité d'une microchipation du premier monde, je l'ai perçue peu de temps
après l'acte terroriste du World Trade Center. C'était à l'aéroport de Paris, d'où
j'allais prendre l'avion pour le festival latino-américain de cinéma de Biarritz.
C'est comme cela que j’ai construit le mot, d'un trait, mais aussitôt après, j'ai eu
un doute.
La scène à l'aéroport ne pouvait pas en effet s'appeler «bananisation » (fait
d'acquérir le comportement des bananes. Vient de Banana Republic, par lequel Anglais, Américains et Hollandais ont désigné certaines republiques
latino-américaines). Mais elle gardait un rapport avec cette étiquette qui nous a
été collée – avec quelque raison, faut-il bien le dire – pour désigner des démocraties en carton-pâte, productrices de bananes, mais aussi de coups d'État, de
dictateurs, d'injustice sociale, d'élites sourdes-muettes, d'enfants au ventre gonflé
et aux yeux tristes (je ne sais pas s'il y a des enfants tristes ailleurs), enfin – et
surtout – de désordre.
Or, il y avait beaucoup de désordre ce jour-là à Orly, un désordre que je pourrais
appeler retenu, car il était fait de timidité pudique et ne ressemblait pas à nos
désordres du tiers-monde : chaleur tropicale (attention ! Il ne fait pas toujours
chaud dans les tropiques. Exemple, Bogotá, 2600 mètres d'altitude; La Paz,
2800 m.), rues parsemées d'ordures, klaxons et symphonie de bruits et d'odeurs,
gens qui grouillent mais ne se grouillent pas, autorités inexistantes ou trop
existantes et, par conséquent, arbitraires.
Ce qu 'il y avait ce jour-là à Orly, dans le fond du désordre, c'était la peur. Pas une
peur du danger, qui hérisse les poils des bras. C'était une peur latente, celle de
l'incertitude, celle d'un coup bas à la logique et, par conséquent, la peur de ne pas
être à la hauteur pour réagir.
La cause était, bien sûr, les milliers de potentiels Ben Laden qui, dans Paris,
avaient obligé à remplacer les poubelles par des sacs en plastique transparent
pour permettre de détecter les bombes, comme si des centaines d'autorités
antiterroristes étaient capables de fixer leurs yeux sur le contenu de ces poubelles
ou comme si les citoyens pressés – métro, boulot, dodo – auraient le temps de
surveiller des poubelles qui, maintenant, ressemblaient bien à celles de la
bananisation, poubelles précaires que le vent emporte avec le reste des ordures.
L'esprit de Ben Laden flottait dans l'ambiance de l'aréoport, ou plutôt, les esprits
de l'aéroport étaient tout impregnés de l'ambiance de Ben Laden. C'est pour cela
que quelqu’un, parmi ceux qui doivent prendre des décisions à un moment donné,
a pensé qu’il fallait contrôler jusqu’au moindre détail l'identité des passagers. Et
dans l'imaginaire d'une société rationnellement ordonnée ou Microchip Republic,
l'identité se contrôle par une pièce d'identité qui, elle, ne peut être fausse. Dans
une Banana Republic, au contraire, c'est-à-dire dans l'imaginaire latinoaméricain (et ne citons aucun pays pour ne vexer personne), ce qui est présumé vrai
est la personne et fausse l'identité, c'est-à-dire les papiers. Bien sûr j’exagère, et
par conséquent je mens, ou plutôt, je stéréotype, ce qui revient (presque) au
même. Expliquons-nous mieux : dans nos pays, au lieu de regarder si la tête
correspond bien à la photo, ce que l'on regarde, c'est si la tête correspond bien à
l'image que l'on se fait d'un fraudeur ou d'un terroriste. Ainsi, les sens se
developpent d'une manière insoupçonnée : quelle voix a-t-il, est-ce que sa peau
décèle quelque tremblement, qu'est-ce qu il manigance quand on lit le fond de ses
yeux ?
À Orly, c'était le contraire : les employés de la compagnie aérienne, puis les
gardes de securité, puis d'autres employés de la compagnie aérienne, puis d'autres
gardes de sécurité, dirigeaient leur yeux mécaniquement de la photo à l'individu(e),
de l'individu(e) à la photo, comme si ce simple geste permettait d'éliminer le
danger et de décréter que le porteur du document, du fait que sa tête ressemblait
ou non à celle de la photo, pourrait être ou non condammé à devenir suspect(e).
Il y avait, bien sûr, la cérémonie de la fouille, du passage des sacs par les détecteurs, une, deux, trois fois. Je me demandais, ce jour-là, s'il n'était pas plus simple de faire une seule révision au moment d'embarquer, car entre fouillage et
fouillage il eut été fort possible de glisser un de ces macabres couteaux qui ont
obligé pendant je ne sais combien de temps les voyageurs à ne pas emporter
leurs limes et petits ciseaux à ongles pour éviter de mettre un temps fou à les
récupérer à destination.
Il y avait là pour moi un autre exemple de la manière dont la rationalité cartésienne aborde le problème de la peur. Vu que les terroristes du World Trade
Center avaient utilisé des petits couteaux à crans, les émules de Ben Laden,
clonés dans les imaginaires par l'incertitude, pensait-on, feraient de même. Et
pour être sûrs, pour protéger les citoyens, il fallait fouiller ces citoyens jusqu'à les
débarrasser de cette peur envahissante. Tout le monde se prêtait à cette logique
pour une simple raison : dans les pays bien organisés comme le sont ceux du
« premier » monde, l'autorité a le dernier mot, c'est-à-dire qu'elle est dépositaire
de la sagesse collective. Cela présente d'énormes avantages du point de vue de la
discipline sociale, mais aussi des inconvénients, comme la passivité des citoyens
et citoyennes, qui se contentent d'obéir à ce qu'ils croient être la sagesse. Tout
ceci, bien que cela paraisse étrange, augmente inconsciemment la peur produite
par l'incertidude, car, comme dans le cas du terrorisme, tout un chacun peut être
terroriste, la solution n'est plus dans l'autorité, mais dans la malice.
Or le « premier monde » – et je l' appelle ainsi comme on appelle l'autre tiersmonde – a perdu l'habitude primaire de la malice. Et la malice, n'est pas le produit de la rationalité, mais celui de l'instinct de survivance, du fait de ne pas
pouvoir s'occuper du jour suivant parce que le présent absorbe toute l'attention.
Ne pouvant savoir ce qui se passera le jour suivant, on est bien obligé de développer cet intinct au lieu de le refouler, comme ont pris l'habitude de le faire les
peuples des pays riches – bien sûr, je stéréotype à nouveau.
Mais la malice, revenons donc à elle (inclinaison à nuire, à mal faire avec adresse
et finesse, nous dit le dictionnaire), est la capacité d'agir sans trop se demander si
l'agir est rationnel ou ne l'est pas ou – de là son mauvais côté – si ce que l'on fait
est bien ou mal fait. La malice est donc une adaptation provoquée par l'instant
qui, en obligeant à concentrer tous les sens aux faits actuels, est un antidote
contre la peur produite, soit par le danger, soit par l'incertitude. Dans le tiersmonde, l'effet pervers de la malice est de dissoudre les institutions et l'organisation sociale; dans le premier monde, l'effet pervers de son absence est de bloquer les institutions en les rendant pantouflardes, et d'empêcher l'organisation
sociale de résoudre les problèmes causés par l'incertidude, comme ceux provoqués par le terrorisme.
À Orly, j'ai découvert, ce jour-là, que la microchipation (le microchip n'est-il pas
le symbole d'une société en voie rapide de digitalisation ?) produisait, comme à
New York ou à Londres, une réaction qui passait tout à fait à côté du problème
essentiel de survivance.
À New York, pendant que George Bush s'embarquait dans une grande épopée
du rêve americain, la panique des citoyens en menait quelques uns à faire des
stockages de provisions pour la guerre, ou à s'acheter des masques à gaz que
d'autres avaient eu la géniale idée de sortir de leur chapeau à malices. Bush,
cowboy macrochip (chip, vocable anglais : 1. particule digitale;2. pomme de
terre frite, que l'on regarde compulsivement en mangeant la télévision ou vice
versa) avait aglutiné la société américaine par l'esprit de croisade mais n'avait pas
résolu pour autant le problème de la peur à long terme. L'émotion de se sentir le
(bon) maître du monde qui lutte contre les méchants (non seulement terroristes
mais aussi fondamentalistes pour autant que cela puisse signifier quelque chose,
car Bush n’est-il pas fondamentaliste ?) produirait peut-être un endormissement
de la peur, mais non son élimination.
À Londres, je doute que le coup de Blair ait pu éliminer la peur des révoltes de
Birmingham. Dans ces deux cas, le remède eut été plutôt un Prozac, à défaut de
pouvoir attaquer la maladie elle-même : ne pas savoir comment réagir à l'incertitude d'un monde musulman inconnu dont les repères logiques ne sont pas les
mêmes que ceux d'une société microchipisée.
Mais, me suis-je demandé après la quatrième fouille à l'aéroport d'Orly, n'y a-t-il
pas beaucoup de recours d'adpatation qu'une société bananisée peut apporter à
une société microchipée quand l'incertitude s'installe dans cette dernière ?
Maria TEHERRAN
[1]
La portée des événements scientifiques accompagnant l’ambiance U.S. du début du
vingtième siècle est plutôt claire. L’imaginaire romantique était presque mort avec
ses mythes. Par contre, le fait d’élever l’état positif ou la raison dans la guerre à
l’image, a transformé l’état positif dans un mythe, le mythe du progrès, un mythe
toujours vif dans l’imaginaire collectif. Gilbert Durand, dans l’
Introduction à la
mythodologie (Paris, Le Livre de Poche, 1996), a bien souligné ce paradoxe en
disant que l’état positif voulait «(…) dépasser et détruire l’obscurantisme du mythe,
mais par le moyen d’un autre mythe, d’une autre théologie. (…) Donc il y a bien une
sorte de “rebroussement” causal puisque, pour combattre l’obscurantisme de l’âge du
mythe et des images “théologiques” on accentue une mythologie progressiste où
triomphe le mythe de Prométhée (…)» (page 25).
[2]
On peut obtenir des donnés biographiques et chronologiques sur Lovecraft très facilement sur le net ou dans toutes les éditions de ses récits. Par rapport à une bibliographie critique sur l’écrivain américain il nous faut signaler l’existence de deux travaux,
surtout, Michel Houellebecq,
H.P. Lovecraft.
Contre le monde, contre la vie, Paris,
J’ai lu, 1999 et Michel Meurger,
Lovecraft et la S.-F/1.
Cahier d’études
lovecraftiennes, 2 vol., Amiens, Encrage, 1991.
[3]
Jean Duvignaud,
Hérésie et subversion. Essais sur l’anomie, Paris, La Découverte,
1986, page 23,1 éd, 1973.
[4]
Gilbert Durand,
Les structures anthropologiques de l’imaginaire.
Introduction à
l’archétypologie générale, page 104, Paris, Dunod, 1992 (1 éd. 1960).
[5]
Gilbert Durand,
op. cit., page 117.
[6]
Michel Maffesoli
, Aux creux des apparences. Pour une éthique de l’esthétique,
Paris, Le Livre de Poche, 1990.
[7]
Concept exposé par Proust et réactualisé par Gilbert Durand et Michel Maffesoli.
Consulter : Gilbert Durand,
Figures mythiques et visages de l’œuvre. De la
mythocritique à la mythoanalyse, page 316, Paris, Dunod, 1992 (1 éd. 1979). Ou
bien encore, Michel Maffesoli,
La connaissance ordinaire. Précis de sociologie compréhensive, page 164, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1985. Michel Maffesoli,
La contemplation du monde. Figures du style communautaire, page 33, Paris, Le Livre
de Poche, 1992, et enfin du même auteur
L’instant éternel. Le retour du tragiques
dans les sociétés postmodernes, page 123, Paris, Denoël, 2000.
[8]
Michel Maffesoli,
La connaissance ordinaire. Précis de sociologie compréhensive,
pages 120-121, Paris, Méridiens – Klincksieck, 1985.
[9]
Michel Meurger,
Lovecraft et la S.-F/2. Cahier d’études Lovecraftiennes-V, Amiens,
Encrage, 1994.
[10]
Gilbert Durand,
Introduction à la mythodologie. Mythes et sociétés, Paris, Le Livre
de Poche, 2000,1 éd. 1996.