Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2804139263
98 pages

p. 33 à 48
doi: en cours

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Contributions

no 76 2002/2

L’objectif de notre propos est d’ouvrir des pistes de réflexion à partir de l’idée suivante : le savoir artisan de fabrication serait de manière importante un savoir du temps, reposant sur la capacité à utiliser cette donnée, à la maîtriser ou plus précisément à la détourner. Notre contribution s’articule autour de quatre composantes essentielles : l’acquisition par expérience, la prise en compte de la mètis, la relation aux objets et le rapport au produit fabriqué. Celles-ci se réfèrent à des éléments concrets du travail de fabrication : le savoir-mémoire, l’occasion, le rythme, la création technique et la transformation de la matière. Ces composantes concernent à la fois les pratiques et les représentations du travail. Cependant, chacune d’entre elles renvoie différemment aux unes et aux autres.
Nous entendons par savoir de fabrication le savoir nécessaire à la production d’objets, de la conception des différentes opérations à leur réalisation. Il s’agit plus précisément d’un savoir technique, qui ne sépare pas la conception de l’exécution, l’abstrait du concret, les procédures formelles des « astuces » pratiques, la pensée du corps. Nous préférons le terme de fabrication à celui de production, trop attaché à l’idée de division des tâches. Cette perception s’inscrit dans les réflexions anthropologiques menées autour de la notion de mètis. Après Détienne et Vernant à propos de la pensée grecque dans Les Ruses de l’intelligence (1974), on peut citer les travaux de Michel de Certeau, Roger Cornu et François Jullien relatifs à notre société contemporaine. Notre perspective croise aussi certaines interrogations concernant la complexité des savoirs professionnels. Ce sont par exemple les travaux de Demailly et Monjardet mettant en avant l’importance des « savoirs en acte » à côté des « connaissances formalisées » (Dubar, 1996 : 184-185), ou ceux de Christophe Dejours et Pascale Molinier sur la distance entre travail réel et travail prescrit.
Cette réflexion est le produit d’un travail de terrain auprès d’artisans du bois. Elle se situe dans le cadre d’un doctorat de sociologie.
La première composante que nous souhaitons étudier permet de mettre à jour le pouvoir décisif du temps dans le mode dominant d’accès au savoir chez les artisans observés : l’acquisition par expérience. Nous sommes ici dans l’univers des représentations.
 
I. Acquisition par expérience et pouvoir du temps
 
 
Nous définissons ce type d’acquisition comme un mode d’accès au savoir professionnel fondé sur l’exercice du métier, la relation directe aux situations de travail, ce que les artisans appellent le « travail sur le tas ». Afin de mettre en évidence ces particularités, nous opérerons une comparaison avec deux autres modes très présents dans le champ des professions : l’école et le don. Pour simplifier notre démonstration, nous allons confronter de manière schématique ces trois logiques, en sachant que la réalité de l’apprentissage est beaucoup plus complexe dans la mesure où elle combine fréquemment ces différentes procédures.
A. Un savoir produit essentiellement par l’expérience
Le savoir du métier est conçu, par la plupart des artisans rencontrés, comme étant essentiellement produit par l’expérience. Les deux autres modes d’accès ont une place mineure. Et ces artisans mettent peu en avant une transmission par l’entreprise, y compris par la famille. L’accès par l’école est perçu comme très secondaire, sauf dans des activités fortement mécanisées. En ce qui concerne le don, les artisans concernés n’y croient guère. Ils considèrent, en général, que s’il existe une « attribution » à la naissance, elle demeure très réduite, distinguant seulement les manuels des intellectuels. Le don s’appliquerait à certaines professions comme celles d’artiste ou d’artisan d’art, mais guère à celle d’artisan de production. Nos observations montrent que le discours du don est plutôt tenu à la marge du métier, dans des activités qui sont éloignées du travail habituel de fabrication, comme l’adaptation conséquente de machines, le tournage à la main ou l’invention d’articles. Le don relèverait de ce qui est socialement défini comme de la création.
B. Expérience et pouvoir du temps du métier
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Ces schémas sommaires mettent en évidence quelques caractéristiques du mode de l’expérience et certaines différences par rapport aux autres modes.
1 Le mode scolaire s’oppose à celui de l’expérience et à celui du don car il est le seul à présenter une rupture déterminante dans le temps vécu, opérant une distinction entre un moment de forte croissance du savoir pendant la formation (ligne discontinue) et un moment de régression lors de l’exercice du métier (ligne continue). On passe ainsi d’un effet positif du temps à un effet négatif, nécessitant souvent la mise en place de procédures de réapprentissage par une formation continue.
2 Le mode de l’expérience est fondé sur l’acquisition personnelle du savoir dû à la confrontation de l’individu avec sa situation de travail. Le savoir débute au commencement du temps vécu (au point zéro de l’axe des ordonnées). Il en est de même pour le mode scolaire, mais il s’agit plus d’une transmission par l’école que d’une stricte acquisition. Dans le cas du don, il en va tout autrement, puisque l’individu bénéficie à sa naissance d’une capacité, correspondant à une certaine dotation en capital.
3 Le mode de l’expérience est celui qui offre le maximum de croissance au savoir pendant le temps du métier (forte inclinaison ascendante de la ligne continue). Cette caractéristique constitue un aspect primordial de l’intérêt de l’artisan à exercer son métier, et cela le plus longtemps possible. Le mode du don s’inscrit également dans cette logique, car le don est conçu comme une capacité qui demande à être perfectionnée par la pratique. Mais une telle croissance demeure plus faible que celle d’un savoir dépendant uniquement de l’expérience. Par contre, le mode scolaire est fondé sur une logique inverse, liant l’exercice du métier à une décroissance.
4 Le mode de l’expérience est celui qui lie le plus le savoir au temps du métier, un arrêt significatif conduisant à une perte conséquente. Les autres modes, moins dépendants de l’expérience, sont aussi moins liés au temps et acceptent plus facilement l’arrêt du travail.
Cette comparaison conduit à mettre en évidence trois particularités importantes du mode de l’expérience. Celui-ci, tout d’abord, donne un maximum de pouvoir à la totalité du temps du métier ; ce pouvoir, ensuite, est dépendant par rapport au temps ; c’est, enfin, le mode le plus individuel et le plus individualisant, plaçant l’artisan au cœur du processus de production du savoir (savoir acquis par soi-même), au centre de la représentation du temps, et comme critère de définition de la temporalité (durée de la vie, opposée au temps court d’obtention du diplôme et au temps plurigénérationnel du don).
Un tel pouvoir est le produit de la corrélation entre savoir et expérience. En rapport avec ce mode de l’expérience, celui de l’école est marqué par la rupture du temps vécu et l’usure du temps du métier, du fait de la séparation savoir/ expérience. Le mode du don se caractérise par une relation moins étroite à ces temporalités, en raison de la distance prise entre le savoir et l’expérience. Le pouvoir de fabrication dont bénéficie l’artisan est, dès lors, étroitement attaché à la pratique du métier. Un fait illustre parfaitement ce constat : les artisans observés se classent prioritairement en fonction du nombre d’années d’exercice de leur profession. Le temps est donc un élément principal de la compétence. Il est synonyme de savoir.
C. Une limite au pouvoir au temps
Pour les artisans, le métier est envisagé comme pratiquement accessible à tous, mis à part un critère : la manière d’utiliser la temporalité. Mais ce qui est mis en avant, ce n’est pas la dimension technique de cette utilisation, renvoyant à un savoir technique de fabrication, c’est le registre éthique : l’effort, la volonté, le sacrifice. Ces catégories, omniprésentes dans leurs discours, sont souvent présentées comme les raisons de la réussite. L’éthique devient ainsi la condition centrale d’exercice du métier, le trait capital de la qualification, limitant le seul pouvoir du temps.
Éthique et temps sont aussi une explication donnée par l’artisan en raison de la non-reconnaissance de son savoir technique. Nombreux sont ceux qui ont tendance à dire qu’ils n’ont pas de capacités techniques particulières, qu’il suffit de se mettre au travail avec de la volonté. Nous entrons alors dans la face cachée du savoir. Parallèlement, nous quittons la sphère des représentations pour celle des pratiques.
 
II. Mètis et maîtrise du temps
 
 
A. La place de la mètis
Détienne et Vernant définissent la mètis comme une intelligence pratique et rusée, sachant biaiser avec les difficultés, un savoir large et souple, capable de s’adapter à des situations diverses et changeantes. Cette forme d’intelligence combine « le flair, la sagacité, la prévision, la souplesse d’esprit, la feinte, la débrouillardise, l’attention vigilante, le sens de l’opportunité, des habiletés diverses, une expérience longuement acquise » (Détienne et Vernant, 1974 : 10). La mètis ré-assemble la théorie et la pratique, le savoir et l’agir, le logos et la praxis, séparés par le modèle occidental de la connaissance, ce « pli» de la pensée dit François Jullien. Elle peut s’associer aux différents modes d’accès présentés précédemment. Toutefois, s’inscrivant dans une logique de l’expérience, elle se lie plus aisément à ce mode et, dans une moindre mesure, à celui du don. Nous devons préciser que nous concevons le savoir artisanal de fabrication comme largement empreint de mètis tout en laissant place à un autre type de savoir : formalisé, standardisé, de routine.
La mètis est présentée par Détienne et Vernant comme un « moyen pour les plus faibles de l’emporter », surtout dans des situations mouvantes, sur un « temps heurté et instable ». La question est de savoir dans quelle mesure cette puissance rusée repose sur un certain usage du temps. Comme le note Joëlle Deniot, « l’acte du travail ouvrier est toujours un acte finalisé sur le temps d’exécution » (Deniot, 1983 : 36).
Pour répondre à cette interrogation, nous avons travaillé sur le texte fondateur de Détienne et Vernant, et sur deux autres contributions qui traitent de la question du temps dans la mètis : le premier, de Michel de Certeau, concerne l’art de dire (de Certeau, 1980); le second, de François Jullien, s’intéresse surtout à l’art de la guerre, comparant les modèles européen et chinois de l’efficacité (Jullien, 1996). De Certeau et Jullien analysent un même phénomène : « l’occasion », définie par Jullien comme « le moment le plus adéquat pour intervenir au cours du processus engagé » (Jullien, 1996 : 83), comme une « coïncidence de l’action et du temps » (ibid. : 80). Il s’agit du kairos grec. Ces deux auteurs présentent l’occasion comme une pratique déterminante de la mètis adaptée aux contextes instables, où celle-ci fait preuve d’un maximum d’efficacité par rapport à d’autres modes de pensée et d’action. De Certeau écrit que l’occasion est l’un des éléments qui « différencient le plus nettement la mètis par rapport à d’autres comportements » (de Certeau, 1980 : 124). Jullien précise qu’elle permet « d’adapter la règle à l’instabilité des choses », qu’elle est « l’ultime ressource qui nous reste dans un monde privé de la fixité des essences, livré au temps » (Jullien, 1996 : 81-82).
B. L’approche de Détienne et Vernant
Nous pouvons percevoir dans cette étude trois capacités de la mètis en termes de maîtrise du temps : la concentration vis-à-vis du présent (« être à l’affût », « aux aguets », « prêt à bondir » ); la rapidité d’intervention (« dans le temps d’un éclair », dans le but de « saisir l’instant propice » ); et le rapprochement entre passé, présent et futur, ayant pour fonction de pré-voir. « L’homme à la mètis se montre, par rapport à son concurrent, tout à la fois plus concentré dans un présent dont rien ne lui échappe, plus tendu vers un avenir dont il a par avance machiné divers aspects, plus riche de l’expérience accumulée dans le passé » (Détienne et Vernant, 1974 : 21), afin de « voir en même temps devant et derrière » (ibid. : 303).
Cette aptitude à la concentration et au rapprochement semble bien ici un atout décisif de la mètis. Nous parlerons de jeu avec les temps. Celui-ci est manifeste dans l’exemple, tiré de notre observation, de la fabrication d’un nouvel article. Pour organiser les différentes étapes et les moyens nécessaires pour parvenir à la réalisation du produit fini, l’artisan doit constamment penser aux caractéristiques de l’article futur, se référer à des situations passées analogues, tout en épousant l’évolution des circonstances présentes du processus en train de se faire. Si l’artisan prépare le procès de fabrication, ce n’est que dans les grandes lignes. Une part importante de cette technique précise est produite au moment même de la fabrication, ce qui oblige d’autant plus à accélérer le rythme de ce jeu avec les temporalités.
L’occasion, nommée kairos par les auteurs, est présentée comme une action très rapide, nécessitant une forte attention à la situation présente (les deux premières capacités). Elle renvoie à la maîtrise d’un temps très court, traduisant l’agilité et la promptitude du tourneur, ainsi que sa grande concentration pendant le travail. L’explication de cette disposition est donnée très succinctement, à la fin de l’ouvrage, en liant l’occasion à l’expérience : « [L’artisan] ne peut saisir l’occasion […] que s’il est suffisamment lesté de tout le savoir acquis par l’expérience pour avoir deviné et pressenti le temps où surgira l’Instant propice » (ibid. : 300). La maîtrise du temps court est corrélée à la maîtrise du temps long d’un savoir accumulé. De Certeau s’engagera plus amplement dans cette voie.
C. Pouvoir du temps et jeu de mémoire chez De Certeau
De Certeau reprend les propositions de Détienne et Vernant, mais il donne au temps un rôle déterminant comme moyen de pouvoir face à une situation désavantageuse, et il attribue à l’homme usant de la mètis une grande capacité de maîtrise de la temporalité.
Le temps comme moyen de pouvoir et de ruse
Le savoir de la mètis conduit à réaliser le « tour » : « Moins de forces → plus d’effets. » Il est composé de deux éléments essentiels : la mémoire et l’occasion. De Certeau schématise ce tour de la façon suivante (de Certeau, 1980 : 126 et 128) :
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Ce schéma est construit sur la distinction entre espace et temps : « Dans la composition de lieu initiale (I), le monde de la mémoire (II) intervient au « bon moment » (III) et produit des modifications de l’espace (IV). Selon ce type de différence, la série a pour commencement et pour fin une organisation spatiale ; le temps y est l’entre-deux, étrangeté survenue d’ailleurs et produisant le passage d’un état des lieux au suivant. En somme, entre deux « équilibres », l’irruption d’un temps » (ibid. : 128). Et l’auteur précise : « Une durée s’introduit ainsi dans le rapport de forces et va le changer. La mètis mise en effet sur un temps accumulé, qui lui est favorable, contre une composition de lieu, qui lui est défavorable » (ibid. : 125-126).
Un jeu de mémoire
Le savoir de la mètis est « fait de beaucoup de moments et de choses hétérogènes. Il n’a pas d’énoncé général et abstrait, pas de lieu propre. C’est une mémoire, dont les connaissances sont indétachables des temps de leur acquisition et en égrènent les singularités » (ibid. : 125). Accumulé par l’expérience, il manifeste toute sa capacité et se dévoile au moment propice : « L’éclair de cette mémoire brille dans l’occasion » (ibid. : 126). De Certeau utilise la notion de « mémoire » pour expliquer le fonctionnement de l’occasion. Celle-ci devient alors l’élément central de l’analyse de la pratique du temps.
L’efficacité de la mètis provient de l’association de la mémoire et de l’occasion : « le plus de savoir dans le moins de temps », ou plus précisément « la coïncidence entre la circonférence indéfinie des expériences et le moment ponctuel de leur récapitulation » (ibid. : 126). Ce jeu est en définitive un jeu de mémoire. Mais une mémoire « à la pluralité des temps », reliant passé, présent et futur. Nous retrouvons les propositions de Détienne et Vernant, notamment sur la faculté de prévision. De Certeau écrit que la mémoire « suppute et prévoit aussi les “voies multiples de l’avenir” en combinant les particularités antécédentes ou possibles » (ibid. : 125). Il insiste également sur ses qualités de souplesse (« déplaçable, mobile, sans lieu fixe » ), de fonctionnement sur le mode du rappel, et de singularité. « Elle n’est qu’un détail de plus – un geste, un mot – si ajusté qu’il retourne la situation » (ibid. : 131, 133).
D. L’analyse de Jullien
Par le détour de la pensée chinoise qui a, selon lui, théorisé le modèle de la mètis, François Jullien propose une perception de l’occasion qui nous ouvre la voie à une autre compréhension de la maîtrise du temps, conduisant à une représentation différente de la temporalité.
L’occasion comme processus
L’élément crucial, d’apparence minime mais conduisant à de fortes conséquences théoriques, c’est la notion d’amorce. L’amorce est le moment de repérage, dans la situation, de l’indice qui conduira à une intervention. Pour Jullien, l’occasion comprend alors deux temps : le moment initial et décisif, celui de l’amorce, et le moment final, simple « conséquence » du précédent, celui de l’intervention (l’occasion chez de Certeau ou Détienne et Vernant). Ce déplacement du fait déterminant produit une problématique différente de l’occasion, où celle-ci est considérée comme un processus, qui débute avec l’amorce et s’achève avec l’intervention.
Cette perspective apporte les transformations suivantes au modèle de Détienne et Vernant : l’occasion se déroule sur une durée beaucoup plus longue, facilitant sa maîtrise ; le moment de l’intervention est alors préparé pendant la durée de l’occasion et ne relève plus d’une sorte d’« improvisation » ; l’essentiel des capacités de l’occasion réside dans le repérage précoce de l’indice ; la notion d’amorce introduit une utilisation relativement passive du pouvoir de la temporalité où, après avoir détecté l’indice porteur, l’artisan n’a plus qu’à « laisser jouer le temps », en attendant le moment propice. Cette modélisation de l’occasion permet de concevoir ce jeu de pouvoir qui consiste à utiliser un moyen simple pour parvenir à un résultat conséquent, c’est-à-dire à produire un maximum d’effet de démultiplication. Ce jeu est fondé sur la durée. En parlant de l’amorce, Jullien écrit : « Cet ébranlement infime […] aura des conséquences infinies […]. Il infléchit déjà le cours des choses […] et peut déployer de plus en plus loin ses effets – à la longue, dans la durée » (Jullien, 1996 : 85).
Cette problématique met en avant d’autres qualités de l’artisan. Il s’agit moins de savoir intervenir rapidement et de jouer de sa mémoire que de savoir détecter un indice infime et de suivre au plus près l’opération. Ce qui devient primordial, c’est la connaissance de la situation et l’aptitude à s’adapter à elle, particulièrement à son tempo. C’est donc moins une question de maîtrise exceptionnelle du temps qu’une question de proximité et de connaissance. Nous passons d’une logique de la puissance à une logique de la proximité. Avec l’accent porté sur le jeu de la mémoire, de Certeau a tendance à chercher la solution d’une situation à l’extérieur de celle-ci et dans un autre temps, tandis que Jullien, avec sa notion d’amorce, place la solution à l’intérieur même de la situation et dans le temps présent. Il s’inscrit ainsi dans la droite ligne du principe chinois de l’immanence. L’idée de prévision est aussi radicalement transformée. Elle n’est plus le produit de projections intellectuelles construites par un jeu « savant », presque magique, avec les temps et avec le savoir, mais simplement la conséquence du suivi des situations : « C’est en coïncidant avec la logique du déroulement engagé qu’on peut anticiper […] éclairer ce qui “va venir” en fonction de ce qui “vient d’arriver” » (ibid. : 92). Jullien différencie deux conceptions de la prévision : par projection ou par anticipation.
Un temps plus long et régulé
Le modèle de l’occasion de Jullien est lié à une autre conception du temps. Nous ne sommes plus dans un temps fugitif, éclair et accidentel, qu’il faut savoir saisir pour réussir. Ce temps du Kairos, temps de l’action « hasardeux, chaotique, et par conséquent “indomptable” », s’oppose dans la conception grecque au temps du Chronos, temps de la connaissance « régulier, divisable, analysable, et par conséquent maîtrisable ». Nous sommes maintenant dans un temps « qui ne connaît pas le partage de la théorie et de la pratique, qui n’est donc ni “chronique” ni “kaïrique” […], ce temps qui ne se répète jamais mais sur lequel on peut compter ». C’est un « temps des processus », défini comme « un déroulement avec lequel on cherche à être en continuelle adéquation, et dont on épouse chacun des stades » (ibid. : 90-91), en d’autres termes un « temps régulé ». Nous passons, en suivant la terminologie de Jullien, d’une logique de l’action à une logique de la transformation.
Nous quittons l’aspect précipité du temps de la mètis de Détienne et Vernant, marqué par des verbes comme « saisir », « surgir », pour trouver un temps plus paisible, mieux maîtrisé, traduit par des expressions comme « laisser jouer le temps », « épouser le cours du temps ». La gestion temporelle n’est plus empreinte d’une dimension plus ou moins « irrationnelle », relevant d’un ordre surnaturel, celle du démiurge qui doit « deviner », « pressentir ». Elle rejoint l’univers de l’ordinaire. Nous passons d’un temps court et précipité à un temps plus long et régulé. Une telle perception nous autorise à comprendre comment l’artisan utilise le pouvoir de la temporalité dans l’occasion : « Dès lors qu’on attend l’efficacité, non de l’action, mais de la transformation, et que l’occasion se dissout dans la régulation, on peut compter sur la durée » (ibid. : 93).
L’occasion de Jullien abandonne le modèle de l’« événement » pour s’inscrire dans le modèle de la « transition », perçu comme « l’émergence momentanément visible d’une transformation continue » (ibid. : 98). Cette distinction dans la compréhension des faits relève d’une distinction dans la représentation du temps. La pensée chinoise, comme la pensée grecque ancienne, est construite sur une représentation cyclique. Et comme le souligne l’auteur, la disparition de ce type de représentation produit le caractère unique et événementiel des faits : « Ayant abandonné l’idée grecque d’un temps cyclique et d’un périodisme éternel, nous ressentirions plus intensément encore l’exceptionnalité de l’occasion » (ibid. : 96). La distance entre les propositions de Jullien et celles réunies de Détienne/ Vernant et de de Certeau nous oblige à préciser notre position. Globalement, les artisans rencontrés semblent proches du modèle de Jullien. Néanmoins, il est nécessaire d’adapter ce modèle à notre contexte particulier. Nous souhaitons ainsi apporter les remarques suivantes :
  • la durée de l’occasion entre l’amorce et l’intervention peut être très courte, conduisant parfois à des réponses instantanées, voire « réflexes », se référant en partie aux analyses de Détienne/Vernant. Il faudrait toutefois ouvrir la voie de l’incorporation du savoir, qui permet de comprendre la construction des réponses très rapides ;
  • le moment de l’intervention serait plus important que ne le laisse penser Jullien, valorisant les capacités de l’artisan à définir cette action tout en s’adaptant à l’évolution de l’opération ;
  • l’occasion demeure aussi un jeu de mémoire, de rapprochement des temps, selon la vision de Michel de Certeau ;
  • l’effet événement ne peut pas être écarté : il paraît notamment présent dans certaines opérations de travail, comme les plus délicates ou celles qui produisent un perfectionnement sensible. Nous touchons là le registre des représentations.
Nous voudrions insister sur le fait que la lecture de Détienne/Vernant et de de Certeau semble surtout centrée sur le geste et sur la rapidité d’intervention. Pour ce qui nous concerne, ces auteurs ne séparent pas suffisamment le geste, peu préparé et surtout produit par une incorporation du savoir, et le moment de l’intervention, davantage « pensé ». Ne restent-ils pas prisonniers d’un point de vue de non-initié, marqué par le « spectacle » du geste ? Prennent-ils suffisamment de distance vis-à-vis de nos catégories conceptuelles, qui ne correspondent pas toujours à celles des artisans ?
Poursuivons cette analyse en nous intéressant à une dimension substantielle du savoir de fabrication : la relation aux objets. Nous sommes encore dans le domaine des pratiques du travail.
 
III. La relation aux objets
 
 
A. Intégration aux temps des objets
Dans une opération technique, l’artisan a pour tâche de composer avec les temporalités de tous les partenaires du processus de fabrication. Ces partenaires sont des objets : la matière première, les outils, les machines, les articles en cours de fabrication, les matériaux et produits nécessaires à la fabrication (colle, vernis, agrafes, papier à poncer…). L’artisan doit s’adapter à un champ très étendu de données temporelles relatives à ces objets : par exemple les possibilités de vitesse de travail (d’une machine, d’un bois), le changement de telle ou telle caractéristique (colle, vernis, mais aussi bois, provoquant des déformations ou des fentes), les limites de durée (casse ou usure en fonction de l’usage). Ces données varient selon la particularité de chaque objet comme – pour ce qui est de l’article à fabriquer – l’épaisseur, la forme ou l’essence du bois, le degré de séchage, le type de veinage ou la présence de nœuds. L’artisan joue avec ces limites, « poussant » fréquemment les capacités des objets (aller par exemple jusqu’aux limites de cassure des outils). Ce jeu exige une connaissance précise, sans cesse plus grande, des objets, l’efficacité du travail reposant sur cette interaction et cette proximité toujours à reconstruire entre le temps humain et le temps du milieu matériel.
B. Le corps comme outil d’intégration
La connaissance des temporalités des objets passe amplement par le corps. Ce-lui-ci est entendu comme la réunion de tous les sens, notamment tactile et musculaire. Joëlle Deniot parle de facultés « proprioceptives » (Deniot, 1983). Pour expliciter ce rôle du corps, nous prendrons l’exemple du corps-mémoire, issu de notre expérience d’apprentissage. Lorsque nous demandons à l’artisan comment il doit s’y prendre pour réaliser telle opération, il ne peut nous apporter une réponse précise qu’en exécutant lui-même l’opération. C’est seulement en mettant son corps en contact avec la situation qu’il devient capable de délivrer un savoir suffisamment élaboré. Comme le dit le serrurier Gaston Lucas : « Il ne connaissait pas d’autre méthode pour vous apprendre le métier que de vous montrer comment il s’y prenait lui-même » (Blasquez, 1976 : 42.) Le savoir de fabrication est donc en très grande partie intériorisé, incorporé, inaccessible à la conscience hors du moment de l’exécution. Mais ce savoir est disponible dans l’immédiateté, dans la seconde même du contact avec la situation. Et il disparaît presque aussi rapidement. Nous sommes en présence d’un savoir de l’instant. Un tel exemple illustre parfaitement le concept d’habitus cher à Pierre Bourdieu. Il en constitue même un type extrême, à la limite de la caricature, dans les aspects de l’inconscient et de l’automatisme. Ce concept a certainement des liens avec l’idée d’incorporation du savoir, comme en témoigne la formule employée par Alain Accardo et Philippe Corcuff dans La Sociologie de Bourdieu: « l’histoire faite corps ».
Le corps permet de mémoriser un savoir très conséquent. Il est, selon l’expression de Michel Verret, un « corps savant ». Mais, afin de percevoir l’ensemble de ses aptitudes, nous devons nous référer à la définition large de la mémoire proposée par de Certeau. Plus globalement, le corps est un outil précieux de gestion de la temporalité : pour aller également plus vite, maîtriser des réponses rapides, se plier au processus et aux aléas de l’opération. Cependant, au-delà du seul rôle du corps, il nous semble que moins la fabrication est mécanisée, plus le travail nécessite une gestion du temps, dans la réalisation de chaque opération et dans l’organisation de l’ensemble du processus de fabrication (conception des étapes, passage de l’une à l’autre). L’intérêt du métier ne réside-t-il pas aussi dans cette spécificité ? Le corps est un moyen technique de fabrication qui, comme tout autre moyen, doit être maîtrisé, adapté, amélioré. Il acquiert ainsi un statut proche de celui des objets. « Le corps apprendra qu’il est lui-même chose parmi les choses » (Verret, 1988 : 169.) C’est l’exemple significatif des doigts coupés et de la non-installation des protections sur les machines, pour aller plus rapidement ou pour réaliser des articles que des entreprises ayant des salariés ne peuvent pas faire vu les normes de sécurité à respecter.
La place du savoir du corps légitime la fonction essentielle de l’expérience et remet fondamentalement en cause l’opposition entre l’intelligible et le sensible dans notre définition de la connaissance. Par ailleurs, la formation du corps aux temps des objets produit inévitablement une transformation de la temporalité de l’artisan. Nous voyons apparaître ce que le sens commun désigne comme une « seconde nature ».
C. Le rythme comme matérialisation de cette intégration
Le rythme que l’artisan acquiert pendant une opération de travail, d’une grande régularité, propre à chaque individu, est une illustration probante de cette intégration aux temps des objets. Il matérialise l’association corps/objets, la synchronisation réussie entre les différentes temporalités de tous les partenaires du procès de travail. « J’ai trouvé mon rythme » signifie que l’artisan a atteint ce stade. Évidemment, cette notion de rythme comprend la rapidité, et celle-ci accroît la difficulté de trouver un bon tempo, en réduisant la marge de manœuvre entre les données temporelles. Pareille approche nous conduit à percevoir la place prédominante du rythme dans la culture du travail des artisans : « La connaissance du métier fait qu’on a ce rythme, ce geste-là. » Il est possible, à partir des travaux d’Edward Hall, d’envisager le rythme comme un « mode de communication » entre l’artisan et ses objets, mais aussi entre les gens d’un même métier, à l’intérieur de l’entreprise. Hall, qui a travaillé plus spécifiquement sur les relations interindividuelles, emploie le terme de synchronie pour rendre compte de l’adéquation temporelle entre l’individu et son environnement.
L’exemple du rythme et la notion d’amorce montrent que l’artisan ne peut recourir au pouvoir du temps, le maîtriser et l’intégrer, qu’à la condition d’être au plus proche de la situation, au plus près des objets. Comme le dit un artisan, « il faut laisser travailler l’outil». La puissance du savoir pratique réside dans cette capacité. « C’est cette connivence avec le réel qui assure son efficacité » (Détienne et Vernant, 1974 : 29). Mais cette qualité nécessite, selon ces auteurs, une « souplesse d’esprit ». François Jullien parle d’« entière disponibilité » de la conscience, libérée de la « rigidité » de toute modélisation. Il apparaît donc que les dispositions de la mètis semblent difficilement compatibles avec le savoir « droit et fixe » de la science.
Pour compléter cette analyse, il est utile de prendre en considération deux éléments supplémentaires : la création technique et la transformation de la matière. Ceux-ci constituent un certain rapport au produit fabriqué, attaché au statut de l’artisan, chef d’entreprise, gestionnaire du procès de fabrication. Nous retrouvons l’univers des représentations et de la symbolique du travail.
 
IV. Le rapport au produit fabriqué technique
 
 
A. La création
L’objectif technique du travail de l’artisan est de trouver, à partir d’un parc machine donné, les meilleurs moyens de fabriquer. Ceux-ci concernent tout une adaptation du corps, des outils et des machines, mais aussi l’organisation du processus de fabrication, afin par exemple d’éviter certaines passes ou de réaliser plusieurs pièces en même temps. L’économie de temps est au cœur de cette investigation. La plupart de ces moyens sont créés par l’artisan. Nous pouvons donc objectivement employer la notion de création technique. Joëlle Deniot parle, au sujet de l’ouvrier de métier, d’« invention toujours renouvelée de la “méthode à suivre” » (Deniot, 1983 : 34). En écoutant le discours des artisans, cette création paraît essentielle. Elle constitue d’ailleurs un critère dominant de valorisation à l’intérieur du métier, sans être pour autant reconnue. En parlant de collègues réputés, les artisans disent : « Il est astucieux, combinard. » Il est intéressant de noter que le sens de ces termes se réfère à la notion de mètis.
Cette création technique consiste à prendre symboliquement la place du temps : d’une part, comme nous venons de le voir, en supprimant de la temporalité dans le procès de fabrication ; de l’autre, en poursuivant l’œuvre du temps de la nature, de façon concrète, en transformant un élément naturel en objet socialement valorisé d’usage et de consommation. Nous rejoignons l’idée de la technique comme substitution du temps, développée par Mircea Éliade : « Par ses techniques, l’homme se substitue peu à peu au Temps, son travail remplace l’œuvre du Temps » (Éliade, 1977 : 7). Pour l’auteur, la logique de la technique, engagée par la pensée alchimiste, est fondée sur un changement radical du rapport de l’homme au temps puisque, en raison de l’intervention humaine, cette donnée perd son caractère immuable et intangible. Néanmoins, et notamment à propos du travail des artisans, nous demeurons plus mesuré sur cette idée de substitution. Nous préférons parler de détournement, c’est-à-dire d’une substitution partielle et momentanée au temps « naturel». En effet, l’artisan dans son discours et sa pratique tient à ne pas changer la nature et maintient un lien de proximité vis-à-vis d’elle (pratique de la chasse, de la pêche, de promenades…). Il semble donc que le détournement du temps, produit par la création technique, soit au cœur de l’intérêt du travail.
B. La transformation totale de la matière
Les artisans rencontrés procèdent presque toujours à la transformation totale de la matière, « du bois brut au produit fini». Ce dernier correspond au moins au produit prêt à l’usage, en bois brut. Cette particularité constituerait un intérêt substantiel du métier, comme nous le rencontrons dans les discours : « Le plus intéressant, c’est de commencer depuis le débit du bois, jusqu’à la fin de sa fabrication. » Cette maîtrise de l’ensemble du procès de fabrication peut se lire comme la non-division du temps de transformation de la matière.
La compréhension de ce phénomène d’indivisibilité est à chercher également dans le registre du symbolique. En réalisant l’ensemble de l’acte de transformation, l’artisan bénéficie, tout d’abord, de la totalité du statut de continuateur de l’œuvre du temps. Il a, ensuite, la possibilité de cumuler le capital symbolique relatif à trois entités : la nature, la technique et les objets de consommation. Enfin, et cela est a priori déterminant, il peut réaliser son « œuvre » de socialisation. En effet, les artisans transforment la matière, depuis la nature jusqu’à l’objet entièrement « socialisé ». Ils associent, dans une même entité, l’amélioration de la matière et la réalisation d’un objet, produisant ainsi – non sans fierté – une socialisation du temps de la nature, c’est-à-dire un détournement du temps : « On peut être content d’avoir réalisé quelque chose. » Cette notion de transformation est fondamentale dans l’ensemble de la culture et de l’imaginaire du travail des artisans.
Notre réflexion ouvre la question importante de la définition de la notion de maîtrise, qui construit le type de rapport de l’homme au temps. À ce propos, nous suggérons trois remarques.
  1. L’artisan au travail s’inscrit dans une interaction avec les différents partenaires de la fabrication, qui ont un pouvoir conséquent, réduisant d’autant sa maîtrise. Cette limite se traduit par l’omniprésence de la notion de duel. Nous ne sommes donc pas dans une logique de domination mais plutôt de subordination, comme le suggère Roger Cornu. Cette relativité de la maîtrise du savoir technique produit une représentation particulière du temps : instable, mouvant, relevant du provisoire, de l’incertain.
  2. La notion de détournement semble plus appropriée que celle de maîtrise, pour les raisons suivantes : le détournement comprend l’existence d’un partenaire/adversaire qui est considéré comme une puissance supérieure à l’homme ; cette puissance n’est pas vraiment maîtrisée, puisqu’il est nécessaire de la détourner, et cette action est provisoire (double relativité de la maîtrise); le détournement intègre l’idée d’un affrontement sans fin et se réfère à l’idée de ruse, de biais et d’illégitimité.
  3. L’aptitude au détournement est apparemment corrélée à la pratique de proximité vis-à-vis des objets. Celle-ci est également centrale dans le rapport au corps comme dans la construction des rythmes de travail. Nous défendons alors l’hypothèse d’une perception duale, en termes de détournement/suivi. Le fonctionnement de l’artisan semble bien représenté par l’idée de détourner en suivant, en s’approchant, en s’inscrivant dans. Ce détournement/suivi oblige à s’intégrer à la réalité, à en adopter les formes et les manières d’être. Nous sommes dans une démarche de connaissance où le modèle est essentiellement construit empiriquement à partir des leçons de l’expérience, et non dans une démarche où le modèle est d’abord constitué théoriquement, pour ensuite être appliqué à la réalité, avec quelque violence (cf. les analyses de Jullien).
Cette perception de la maîtrise associe, dans une même entité, des notions différentes, voire, pour notre pensée, contradictoires, comme celles de force/ facilité, puissance/proximité, maîtrise/régulation, action/transformation. Les artisans seraient à la fois des « maîtres du temps » et de simples « connaisseurs du temps ». Mais n’est-ce pas, en fin de compte, notre représentation de la connaissance qui est ici en question ?
Ces quelques remarques appellent un approfondissement, en commençant par le recours au geste et à la parole de l’artisan. Plusieurs pistes nous paraissent intéressantes : le rôle de la mécanisation et de la contribution plus ou moins grande du corps dans la définition de la place du temps, à partir de l’étude d’opérations précises de travail; la distinction entre le temps de la fabrication et le temps du marché ou du commerce, qui pourrait ouvrir d’autres voies d’explication à la réticence des artisans vis-à-vis de la commercialisation ; l’analyse de la temporalité dans l’autre pan du savoir (la routine, les réponses standardisées, l’usage d’une connaissance théorique et scolaire); la prise en compte de l’évolution du savoir artisan de fabrication dans l’histoire récente, et entre les générations travaillant aujourd’hui.
Enfin, il est utile d’évoquer qu’un tel détournement dépasse le seul champ du savoir de fabrication pour concerner l’ensemble du métier d’artisan. Les exemples de l’organisation du temps de travail, de l’emploi familial et des projets de succession en sont les témoins.
 
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NOTES
 
[*] Doctorant en Sociologie.
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