L’invention de la déscolarisation : l’école face au pluriel
Contribution à une sociologie politique de l’école
Béatrice Mabillon-Bonfils & laurent saadoun
Laurent Saadoun
La déscolarisation est une idée neuve : croisée du mouvement de massification
de l’École et d’un moment de nécessaire gestion du pluriel par l’École, elle doit être
comprise comme rupture du paradigme fondateur de l’École de la république par l’éclatement des formes identitaires d’appartenance à l’École. L’article ne vise pas à cerner les déterminants objectifs de la déscolarisation mais à mettre en liens les représentations des
acteurs du système scolaire, comme valeurs productrices de normes et de pratiques au
cœur même de la définition de la déscolarisation. C’est la signification subjective des
pratiques scolaires et sociales qui donne sens à l’échec scolaire et plus largement citoyen
que constitue la déscolarisation. Il s’agit donc bien là de faire l’analyse d’un système
symbolique complexe et non de se borner à travailler sur les trajectoires déscolarisées ou
mieux de lier ces parcours intellectuels, personnels, sociaux, voire proprement politiques
aux régulations et contrôles de l’institution scolaire. C’est donc au travers des représentations de la citoyenneté des acteurs du système scolaire que peut être saisie une des dimensions de la déscolarisation : anomie produite par la violence symbolique de l’Institution
dans sa gestion du pluriel. La déscolarisation est alors un symptôme de la rupture du
pacte républicain, sorte d’anomie politique, qui fonctionne par la sanction mais plus encore par l’intériorisation des mécanismes de la soumission auxquels participent tous les acteurs du système scolaire. Le glissement d’une École capitaliste vers une École de marché, qui ne peut qu’oblitérer sa capacité à fabriquer du lien politique, notamment par la fabrication de cette forme extrême d’échec scolaire qu’est la déscolarisation est conçu
comme une nécessité du système néolibéral. Les politiques publiques et les dispositifs de réinsertion des populations déscolarisées seront analysées à l’aune de leurs pratiques mais aussi des représentations qu’en ont les acteurs : les institutions n’ont d’efficacité que si elles obtiennent un minimum de légitimité.
• La déscolarisation, comme rupture du paradigme méritocratique
• La gestion du pluriel par l’Institution scolaire : déscolarisation et citoyenneté
• L’éclatement des formes identitaires d’appartenance à l’École
• La déscolarisation : du travail du symbolique aux injonctions marchandes
Représentations de l’échec scolaire et de la méritocratie des enseignants : une lecture
individualiste de la déscolarisation
• La déscolarisation comme nécessité marchande : l’École de la démocratie ou École de
la barbarie douce
?