2002
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
Les déplacements des dynamiques d’action des fonctionnaires de la fonction publique territoriale ou les effets d’un modèle bureaucratique en construction
Raúl Morales LA MURA
Bien que la Fonction Publique Territoriale soit l’héritière d’une tradition institutionnelle marquée par un modèle que l’on dit fermé, elle n’a cessé de s’en écarter depuis
sa fondation en 1984 avec la promulgation du statut général. Son actualisation se caractérise par un double mouvement, d’abord celui d’une mise à mal des principes de référence constitutifs de l’appareil administratif, ensuite par une incitation réglementée au
déplacement des dynamiques d’action de chaque catégorie de fonctionnaire qui compose
cette institution attachée au territoire. Ces mouvements finissent par jeter les bases d’un
modèle singulier de bureaucratie, lequel est désormais en concurrence sémantique avec
celui qui définit la fonction publique d’État, donnant un volume à dimension variable à la
légitimation de la structure du champ administratif tout entier.Mots-clés :
bureaucratie, fonction publique, rationalisation, professionnalisation, modernisation.
À l’heure où la décentralisation devient, dans le discours politique français, un
argument de modernisation ou d’adaptation de l’appareil gouvernant aux exigences contextuelles, à l’heure où cette décentralisation est présentée comme
garantissant l’accroissement d’une réactivité de l’administration, la Fonction Publique Territoriale (FPT) est au centre de ces débats affirmant son appartenance
à ces organisations légitimes qui non seulement sont traversées par les tendances sociales résultant des luttes idéologiques contradictoires ou complémentaires, des visions sociétales des classes dominantes auxquelles elles servent, des
aspirations des classes dominées pour lesquelles elles justifient leur pertinence,
mais qui de plus les formalisent dans leur composition en faisant de ces tendances une règle constituante du système des relations internes et externes de leurs
organisations hiérarchiques du réalisé pour se créditer en institution. Cette fonction publique, limitée par son territoire, est le produit qui recrée l’appareil administratif de la société française tout en interpellant l’institution qui forme cet
appareil par l’introduction de nouvelles valeurs, de nouvelles formes d’appropriation de sa fonction légitime qui se placent en concurrence avec celles précédemment rationalisées, sans les supplanter véritablement, pour instituer des relations et des attentes décalées au sein et autour d’elle-même. Elle prétend ainsi
bouleverser l’existant institutionnel comme une potentialité qui commence à devenir acte.
C’est parce que cette organisation instituée fait vivre fondamentalement dans
son sein la potentialité du dépassement des principes qui l’ont normée, en exprimant par son devenir l’état des rapports de domination de la société tout entière,
que le regard sociologique porté sur elle reste d’une pertinente actualité. Alors,
pour mieux cerner les bouleversements qu’elle introduit dans le concept même
de fonction publique à la française nous tenterons de questionner la remise en
question des deux références historiquement constitutives de l’appareil administratif français, à savoir l’organisation en corps et la séparation du grade et de
l’emploi, pour ensuite nous constituer une représentation du modèle bureaucratique territorial tel qu’il se construit encore dans les allées et venues idéologiques
d’une rationalisation du réalisé. Cette dernière étant partagée entre une dimension solitaire et une autre solidaire qui conditionnent les relations individuelles
et collectives des fonctionnaires dans l’accomplissement de trois dynamiques
d’appropriation de l’action, celle du métier, celle de fonction ou encore celle de
profession.
Le dépassement des principes
Le Statut Général de 1984 marque la naissance de la FPT, mais ce sont les
modifications apportées à ce statut, depuis 1987, qui donneront à cette institution sa spécificité organique en questionnant l’opportunité d’une référence au
corps tel que cela se vit toujours dans la Fonction Publique d’État. Aussi, nous
pouvons nous demander pourquoi le législateur a tellement tenu à gommer cette
référence historique dans la dernière-née de l’appareil administratif ou bien quel
est le pouvoir symbolique enfermé dans cette notion ou encore quels types de
relations, entre les fonctionnaires et l’administration et entre les fonctionnaires
eux-mêmes, sont favorisés par l’absence de cette référence. Pour éclairer ces
interrogations il faut s’intéresser aux implications d’une organisation en corps,
implications qui sont traversées par la puissance symbolique du corps lui-même
en tant que paradigme existentialiste par excellence qui concourt à notre appréhension du monde. En effet, le corps a suscité et suscite encore, dans sa référence à l’humain, des débats philosophiques qui le positionnent entre transcendance et immanence pour participer avec eux à notre appréciation de l’univers,
du monde ou tout simplement de l’ensemble social, faisant un parallèle entre
l’organisation physiologique et celle qui permet le fonctionnement de l’un ou de
l’autre des environnements que l’homme cherche à connaître et à dominer de sa
connaissance. Organiciste ou fonctionnaliste, physique ou métaphysique, sémiotique ou pragmatique, les débats sur ce thème ont accumulé un nombre certain
de concepts qui conditionnent aujourd’hui notre positionnement intellectuel du
corps.
Du corps au cadre d’emplois
Lao-Tseu et les taoïstes, par exemple, avaient une vision alchimique du corps
humain, le considérant comme le centre actif et névralgique d’un principe de
transcendance des matières qui le composent, ayant chacune une force spirituelle intrinsèque qui se manifeste dans leur communication avec les éléments du
macrocosme dont elles sont les correspondantes. Cette vision peut nous sembler
éloignée de nos préoccupations contemporaines, mais en réalité elle n’est pas
antinomique de l’actualité, « le corps propre est dans le monde comme le cœur
dans l’organisme : il maintient continuellement en vie le spectacle visible, il l’anime
et le nourrit intérieurement, il forme avec lui un système », ces réflexions de
Maurice Merleau-Ponty (1999 [1945]) en témoignent de ce récurrent appel symbolique au corps dans la recherche d’une modélisation permettant d’envisager
une théorie globale du système social. Philosophes, sociologues et
psychosociologues emprunteront des concepts issus de l’anatomie ou de la biologie, pour construire des paradigmes qui circuleront entre organicisme et fonctionnalisme, entre l’utilisation du modèle physiologique du corps humain et celui
biologique de l’organisme, entre l’analogie du corps et celle de ses organes.
Quelquefois ces approches reposeront sur l’absolutisme social pour finalement
ne rechercher qu’une loi dite naturelle qui justifierait la hiérarchisation du corps
social, d’autres confondront finalités et causes, mais toutes ont participé à la
symbolisation culturelle de la notion du corps.
Herbert Spencer, considéré comme le père fondateur de la théorie organiciste,
nous donnera une interprétation évolutionniste de la relation existant entre le
système social et l’organisme physiologique. Il s’inquiétera surtout d’énumérer
les similitudes et les différentes caractéristiques de ces deux systèmes et conclura
à l’existence d’une relation purement analogique entre eux. La pensée organiciste
qui lui succédera sera marquée de son apport mais finira par se dissocier en deux
courants. Ceux qui, pensant pouvoir démontrer l’existence d’une loi naturelle
régissant d’une même manière le corps humain et le corps social, finiront par
confondre l’intellectualisation d’une situation avec la situation elle-même proposant, par exemple, l’existence d’un type de lien fédérateur entre le système nerveux et les professions ou les institutions de contrôle, entre le cerveau et l’État,
l’épiderme et l’armée, les muscles et la police, les tissus et les groupes sociaux. Et
ceux au contraire qui, pensant plutôt se servir de l’organisation physiologique
comme d’une analogie utile à la compréhension, tenteront de concevoir un métaorganisme comme l’image spéculative de l’organisation sociale qui pourrait être
modélisée tel un corps humain. Ce modèle étant aussitôt limité par l’appréciation de la complexité des parties ayant chacune une existence propre.
Les idées organicistes aboutiront finalement à se transmuter en une
interprétation fonctionnaliste de la société qui s’attachera davantage à démontrer
les interdépendances des parties formant un tout social structuré et accomplissant
chacune une fonction déterminée, à l’image du modèle de l’organisme humain
qui est constitué d’organes ayant une fonction déterminante pour l’ensemble.
Comme pour leurs prédécesseurs, les idées fonctionnalistes seront argumentées
par deux courants symétriques, l’un déterministe, l’autre structuraliste. Ainsi,
Bronislaw Malinowski (1970 [1944]) nous apporte une vision du corps social
comme étant celle d’un système intégré où chaque partie est porteuse d’une
intentionnalité, où chaque rôle est assumé dans la mesure où il répond à une
finalité, celle de satisfaire un besoin biologique de l’être humain. Il y aurait, pour
lui, un déterminisme biologique des composants de la société, des individus, qui
s’exprimerait au moyen de leur organisation sociale. En complément et reprenant
l’analogie physiologique pour s’intéresser à la construction des lois générales qui
rendraient compte des phénomènes du système social, Alfred R. Radcliffe-Brown
(1969 [1952]) considère le corps social comme un tout intégré et structuré par
les relations entre les individus, ces relations étant fixées par la force des normes
participent à l’équilibre général et la perpétuation du corps. Pour lui, l’équilibre
et la perpétuation sont deux conditions essentielles pour révéler la fonction
globalisatrice servant d’étalon à la compréhension et à la définition de la
fonctionnalité des parties qui composent ensemble le corps social. Ainsi, cette
fonction globalisatrice prend forme comme une loi générale qui structure le système
en intégrant ses parties.
Ces deux auteurs du fonctionnalisme contemporain, et les autres qui ont
continué leur héritage, sont malmenés par les critiques des détracteurs du fonctionnalisme ne pouvant trouver une solution concrète au problème ancestral de
causalité. Est-ce la fonction qui crée l’organe ou est-ce l’organe qui crée sa fonction ? Ou bien, comme l’avait signalé Émile Durkheim (1988 [1894]), il y a une
indépendance entre l’organe et sa fonction, ce qui nous amènerait à constater
que trouver la finalité de quelque chose ne signifie pas avoir trouvé sa causalité.
Les questions resteront ouvertes et baliseront les constructions épistémologiques
qui se succéderont dans une quête spéculative tentant de surpasser l’opposition
entre structure et fonction.
Mais finalement, qu’il soit défini comme un organisme physiologique, comme
la partie principale ou essentielle, comme un ensemble indissoluble d’organes,
comme une unité autonome ou encore comme la substance de toute chose, le
corps est une notion forte, en opposition à une autre qui se dirait molle parce
qu’elle ne pourrait être pensée que comme une potentialité. Son identification
est la conséquence de sa différenciation ou de sa dissociation de l’espace qui
l’entoure, de l’espace dont il fait partie, tout en lui donnant une identité par son
unique présence. C’est pourquoi le corps ne peut pas être une potentialité, parce
qu’il ne peut pas avoir de l’existence, même sémantique, sans le fait de cette
différenciation ou dissociation avec son espace, il « est » en agissant sans jamais
pouvoir être en devenir. Ceci ne l’empêche pas de se transformer, de muter, de
changer ou d’évoluer, il sera toujours un corps identifié jusqu’à sa confusion ou
sa fusion avec son entourage. La notion de corps est alors un acte, rattaché
inévitablement à nos archétypes conceptuels d’une unité créatrice, à nos questionnements existentiels, à nos acquis culturels et, finalement, à nos rapports
avec le monde ; un acte qui transgresse l’espace du visuel, celui de la présentation, pour acquérir sa représentation de manière ontologique et imprégner son
signifié du signifiant.
Parler alors d’une organisation de l’appareil administratif en « corps de
fonctionnaires » ne peut être neutre ni purement mécaniste, c’est un acte imprégné de symbolisme que transgresse inéluctablement la pure présentation structurée qu’il fonde. Dans l’abstrait, nous pouvons dire qu’un fonctionnaire est quelqu’un qui fait fonctionner ou qui fait fonction, c’est-à-dire qu’il participe à la
fonctionnalité d’un tout ou qu’il représente cette fonctionnalité, alors un « corps
de fonctionnaires » peut être interprété comme un ensemble de fonctionnalités
fait acte, différenciées ou dissociées de l’espace social qui l’entoure tout en le
légitimant, en le limitant et en le transformant. De la même manière, mais avec
l’inquiétude d’analyser la construction des rhétoriques de professionnalisation,
Catherine Paradeise (1985) nous retrace le processus de différenciation ou de
dissociation d’un corps comme celui qui commence par une lutte argumentaire
sur l’opportunité, la rareté et la nécessité sociale des compétences que le corps
possède, pour se terminer dans l’acceptation de cette vérité par l’ensemble de la
société, en d’autres termes, par sa propre légitimation qui à son tour va légitimer
l’ensemble.
La légitimation est alors une immanence de la différenciation ou de la dissociation accomplie, qui transforme de fait l’environnement du corps en tant qu’acte
transcendantal de ses priorités, de ses intérêts, de ses arguments et finalement
de la pérennisation de sa fonction qui au commencement lui avait donné fondement. Le corps devient, alors, l’unité consentie qui n’a plus besoin d’utiliser une
rhétorique de valorisation des compétences de manière constante, du moins
pendant les périodes de certitudes sociales, son expression est le reflet d’un
dépassement du champ professionnel, elle est méta-professionnelle, pour s’intéresser à produire des mécanismes de protection, de reproduction et de délimitation symbolique de ses contours (Bourdieu, 1989), participant à l’identification
de l’espace social qui le compose et dont il dispose. Le fonctionnaire faisant
partie d’un corps se reconnaîtra d’autant dans celui-ci que la fonction qui aura
été légitimée sera transcendée, amenant dans son sillage la reconnaissance sociale de son status (au sens anglais du terme), non seulement le fonctionnaire fait
fonctionner mais en plus il est fonction, il la représente.
C’est bien cette conceptualisation « forte » de la notion de fonction publique
et de celle de fonctionnaire que le législateur n’a pas voulu reproduire dans la
toute jeune FPT. En s’appuyant sur des réflexions qui voyaient dans la notion de
corps un frein pour la modernisation de l’administration (Crozier, 1987), le pouvoir politique a intégré progressivement l’ouverture de l’appareil administratif
territorial aux logiques professionnelles, voir contractuelles, comme une avancée
prometteuse pour la structure du champ administratif en construction. Ce qui fut
envisagé d’abord et instrumenté ensuite avec l’introduction de la notion organique, celle de « cadre d’emplois ». Laquelle, présentée comme étant d’une même
nature structurante que les corps, ne parvient pas à se fondre dans un rapport
symbolique et reste indéfiniment « molle. » Il ne fut pas de même pour l’État,
lequel conserva son type d’organisation historiquement légitimée, affirmant avec
la force de ses structures syndicales son attachement. Les corps d’État ne furent
pas touchés peut-être parce que la société n’était pas prête pour une aussi vaste
déstructuration, pour une aussi conséquente perte des repères spatiaux.
Le cadre d’emplois, tel l’ombre d’un corps dépourvu de sa portée symbolique, devient l’instrument statutaire qui empêche la parité entre les trois composantes de la fonction publique et qui, articulé à la décentralisation et son lot de
transferts de compétences associées aux charges induites, les met en concurrence tant sur les modes de gestions que sur les champs d’applications ; c’est la
notion de cadre d’emplois qui fait de la FPT un cheval de Troie qui cache une
volonté politique de modification des rapports de force dans la structure même
du champ administratif. Cette concurrence se solde par une véritable
déprofessionnalisation (Trépos, 1992) des agents de l’État pouvant mener peut-être à un affaiblissement de ces corps qui empêcherait, selon les rapports de
François de Closets (1989) ou de Michel Crozier (1989), la modernisation de
l’appareil administratif. Dans le même temps, l’insertion abrupte depuis les années 1987 des modèles de management, issus du secteur privé, n’a cessé de
questionner l’identité organique des territoriaux en cherchant à valoriser la performance individuelle et l’esprit de métier chez ces fonctionnaires.
Englobés en filières, administrative, technique, sociale ou autres, les cadres
d’emplois sont constitués de grades qui ne s’articulent pas dans une hiérarchie
pyramidale de fonction ou de commandement. Le grade de Rédacteur, par exemple, celui de Rédacteur principal et de Rédacteur Chef forment ensemble le
cadre d’emplois de Rédacteurs territoriaux, mais ils n’ont pas de différence
hiérarchique et peuvent réaliser le même type d’exécution. La condition première pour passer d’un grade à un autre dans le même cadre d’emplois, impliquant une revalorisation du traitement, est l’ancienneté, ce qui dans les faits
traduit une hiérarchisation pragmatique par la permanence.
La pyramide hiérarchique des fonctions est, quant à elle, assurée par la notion de catégories qui, étant composées de plusieurs cadres d’emplois, traverse
les filières en déterminant la classification et le positionnement des agents dans
un découpage fonctionnel et théorique du réalisé. Pour sortir d’une définition
des catégories trop conventionnelle, et en tout cas bien lisse, qui n’apporterait
pas grand chose à notre appréciation contextuelle de ce qu’elles constituent, du
comment elles sont vécues par les agents et finalement de l’apport symbolique
qu’elles représentent, nous dirons en paraphrasant et en dépassant le statut
qu’aux :
- « A » sont attribués l’esprit, la spéculation et le dépassement du temps, comme
les moyens leur permettant d’assumer les tâches de conception, de direction
et d’encadrement,
- « B » sont consentis l’heuristique, l’interprétation et la prévision du temps,
comme les instruments leur permettant d’assurer les tâches d’application et
de transmission verticale,
- « C » sont demandées l’action, l’adaptation et la soumission au temps, comme
les outils leur permettant la réalisation des tâches d’exécution.
A, B, C : dans cette séquence de lettres, chacune désigne les trois catégories
existantes auxquelles appartiennent les agents de la FPT ou du moins auxquelles
les grades de ces agents appartiennent, ainsi que le type d’emploi qu’ils exécutent. En elles, il faut entendre autant une rationalisation du système administratif,
qu’une classification du degré d’autonomie des agents, et surtout une catégorisation symbolique de l’attente du système face au réalisé individuel, au réalisé de
chacun consenti comme un catalyseur de cette méta-fonction appelée « intérêt
général».
S’il fallait rester avec la notion de catégorie, comme seul identifiant de la FPT,
nous aurions une compréhension tronquée d’une réalité dynamique, en effet, les
catégories représentent beaucoup plus un vouloir organique que l’organisation
elle-même. C’est pourquoi la notion de cadre d’emplois a autant d’importance,
parce qu’en elle et par elle se vit l’organisation. Alors, afin de compléter notre
image de cette ombre d’un corps que nous avons commencé à déchiffrer, il faut
nous attarder quelque peu sur les termes grade et emploi, lesquels composent le
nœud central de la notion et qui ont une signification particulière pour l’appareil
administratif.
L’individualisation des agents
Pour définir le grade, nous pouvons le présenter comme le titre qui confère à son
titulaire vocation à occuper l’un des emplois qui lui correspond, et l’emploi comme
un concept moins juridique que budgétaire et qui objectivement se rattache au
poste de travail ou à un ensemble de fonctions. L’élément important ici est cette
distinction, historiquement consentie dans les fondements de la fonction publique française, entre le grade et l’emploi. Le premier appartient au fonctionnaire,
le second à l’administration, ce qui implique la possibilité d’une dissociation entre
ces deux éléments. Un agent peut changer de grade et conserver le même emploi continuant à exercer les mêmes tâches dans le même poste de travail ou
bien changer d’emploi tout en conservant son grade. Le fondement de cette
dichotomie est la garantie d’une permanence du fonctionnaire dans la fonction
publique, l’agent étant possesseur d’un grade et affecté à un emploi, si ce dernier
vient à disparaître cela n’aura d’autre incidence pour l’agent que son affectation
à un autre emploi existant.
La dichotomie entre grade et emploi prévue par le statut de 1984, – à l’image
de ce qui se fait encore dans la Fonction Publique d’État, a comme principale
conséquence la rupture avec une logique de métier ou de profession, l’agent
communal perd un métier et gagne un état (Bourdon, 1988). Mais, elle a été
largement limitée par l’apport des nouvelles techniques de management déjà
mentionnées et par la loi de 1987. En effet, ce texte prévoyait l’existence des
emplois dits fonctionnels qui dérogent à la règle et qui depuis n’ont cessé d’augmenter en effectif remettant en cause le principe même et concurrençant symboliquement les agents statutaires.
Aussi, la recherche d’un émulateur entre les fonctionnaires territoriaux ou
bien tout simplement la continuité de l’esprit de la loi de 1987, a pu être l’instigateur des textes de 1990 qui se référaient notamment au régime indemnitaire,
textes qui réglementaient en matière de rémunération et donnaient « une réponse statutaire aux contraintes économiques » (Tiquet, 1991). En normalisant
et en régulant un régime d’avantages, cette loi s’attaque au phénomène d’une
contractualisation croissante de la FPT d’une part, et en laissant une pleine autonomie à l’autorité politique de définir les modalités de gestion des indemnités elle
introduit la notion d’une rémunération « en fonction de l’emploi et non du grade »
(Legoy, 1991) d’autre part.
Le régime indemnitaire, applicable à tous les cadres d’emplois, traduira alors
le désir d’une individualisation des agents des collectivités. Utilisé par l’autorité
politique comme un instrument du management pour gratifier la compétence
particulière, la performance, le bon exercice de son emploi, il sera l’instrument
d’une politique salariale qui différenciera les agents selon leur application à la
fonction qu’ils exécutent, à la tâche dont ils ont la charge, à l’emploi auquel ils
sont affectés et tout cela basé sur des critères plus subjectifs les uns que les
autres. C’est le « bon » qui l’emporte gratifiant l’individu et reconnaissant tacitement la possibilité d’une variabilité qualitative des compétences applicables dans
un même type emploi, ce faisant le régime indemnitaire ne reconnaît pas la
professionnalisation des emplois, dans le sens de Paradeise. Ceci peut être dégagé par le simple fait que les indemnités font partie de la rémunération et non
du traitement, donc elles ne sont pas prises en compte pour le calcul des retraites, elles restent assignées au bon vouloir de l’autorité territoriale, au fait du
prince, et non à la reconnaissance de l’opportunité, de la rareté et de la nécessité
sociale des compétences mises en œuvre. Ce fut ce premier filtre qui dilua l’ombre du corps nous laissant entrevoir les parties dans tout ce qu’elles ont d’asymétriques, le deuxième ne tarda pas à venir pour accentuer ce phénomène.
C’est la Nouvelle Bonification Indiciaire (Décret n° 91-711 du 24 juillet 1991)
qui, voulant aussi répondre au phénomène de concurrence provoqué par la
contractualisation, introduit une double logique de reconnaissance professionnelle restreinte à un certain type d’agent. Cette nouvelle bonification se traduit
dans les faits par une augmentation du traitement qui entraîne sa prise en compte
pour le calcul des retraites, elle octroie des points d’indice supplémentaires selon
les conditions fixées par décret, cela signifie qu’elle consent à la possibilité d’une
variabilité d’appréciation du grade, dans ce sens elle n’est pas un instrument
d’individualisation, mais de désignation de la nécessité sociale des compétences.
La rhétorique argumentaire de cette bonification tourne autour de trois critères,
celui de la fonction, de la situation et celui de la technicité.
Les deux premiers critères se caractérisent par une logique de reconnaissance professionnelle limitée. Une liste traverse la plupart des cadres d’emplois,
et pour chaque catégorie elle désigne des emplois attributaires, soit en considérant que l’exercice total de certaines fonctions apporte une plus-value pour la
collectivité, soit en se préoccupant du degré de difficulté à exercer un emploi
dans des situations bien particulières. On distingue ici deux dynamiques complémentaires, l’une est évaluative et s’attachera à désigner l’emploi des compétences non prévues à l’origine par cadre d’emplois, par exemple un Agent Administratif exerçant à plus de 80% des fonctions d’accueil ou un Agent Technique
assurant les fonctions de dessinateur ; l’autre est ergonomique et aura soin de
désigner les conditions d’exercice de l’emploi référencé, par exemple un Animateur dans les quartiers dits difficiles qui doit faire face à un public stigmatisé par
les problèmes sociaux. Ces deux dynamiques participent à la désignation des
difficultés que l’on peut rencontrer dans l’exercice de certains emplois et à la
reconnaissance des qualités d’adaptation nécessaires pour leur exécution. Mais,
elles ne concourent pas à la reconnaissance directe des compétences techniques
singulières déployées pour leur exercice.
Le troisième et dernier critère d’obtention de la Nouvelle Bonification Indiciaire,
additionné aux deux précédents, caractérise pour sa part une logique de reconnaissance professionnelle explicite. Le décret n° 97-692 du 29 mai 1997 (art. 1 ;
54) parle de lui-même, les « Attachés assurant des fonctions d’encadrement d’un
service requérant une technicité en matière de gestion des ressources humaines,
de gestion des achats et des marchés publics, de gestion financière, de gestion
immobilière et foncière, de contentieux ou d’actions liées au développement de
la collectivité » reçoivent la bonification. Il y a là une désignation des compétences techniques, résumées par le mot gestion, différenciées et dissociées du reste
des qualités attribuées au cadre d’emplois des Attachés, elles sont valorisées et
exaltées par l’attribution d’une contrepartie pécuniaire, mais surtout, par la reconnaissance explicite du besoin d’une prestation particulière réclamant des compétences rares et nécessaires à la bonne réalisation de la prestation, nous sommes là au cœur de l’acceptation de la rhétorique de la vérité mentionnée par
Paradeise comme le fondement de la phase d’édification des professions.
Du corps à son ombre pour terminer par sublimer les parties, nous avons
cheminé le long d’une notion qui, loin des effets de mode, nous décrit avec force
les apports idéologiques induits dans la construction de la FPT. En résumé, nous
pouvons dire que si les cadres d’emplois participent, avec la dichotomie théorique des grades et emplois, à la construction spéculative de l’idéal type wébérien
de « l’autorité à caractère rationnel-légal» (Weber, 1995 [1921]), cet idéal type se
voit limité tant par les pratiques que par la lente introduction des processus de
reconnaissance individuelle ou professionnelle au moyen notamment des mécanismes d’indemnités et de bonifications. Alors ces cadres d’emplois:
- construisent un ensemble organique fondé sur le droit
;
- garantissent l’impersonnalité de cet ensemble ;
- organisent l’ensemble dans une hiérarchie fonctionnelle où le contrôle de
l’instance supérieure s’exécute dans la verticalité ;
- stratifient l’ensemble organique par l’apport des compétences individuelles
;
- permettent à l’ensemble d’exister sans confusion entre les fonctions et les
individus
;
- favorisent les modes de transmission indirects.
Mais, ces actions qui sont toutes des principes du modèle wébérien se voient
limitées une à une :
- La multiplication de la contractualisation et l’évolution des emplois fonctionnels remet en cause le tout statutaire de l’organisation ;
- Le régime indemnitaire est un argument en marge de la règle d’impersonnalité organique, il sépare les individus faisant un « bon » exercice de leur emploi
des autres, il reconnaît un exercice particulier des fonctions communes et
gratifie l’individualisation du réalisé ;
- La dynamique qui favorise l’emploi plutôt que le grade s’articule mal avec la
hiérarchisation fonctionnelle, en effet nous pouvons trouver des agents ayant
un grade qui ne correspond pas aux emplois qu’ils assument
;
- La reconnaissance professionnelle explicite dépasse la justification stratifiée
des compétences individuelles au moyen de la Nouvelle Bonification Indiciaire
rétribuant les compétences supplémentaires à celles attendues par le cadre
d’emplois;
- La reconnaissance professionnelle limitée diminue la distinction entre l’individu et l’emploi pouvant entraîner à l’usure un double sentiment, celui qui
définirait l’individu par l’emploi qu’il accomplit et celui qui assimilerait l’emploi à l’individu qui l’exécute ;
- Les nouvelles techniques de management s’accommodent moyennement avec
une communication purement formelle, bien que les notes de service restent
encore le moyen le plus utilisé faisant partie de la culture de l’administration,
la valorisation de la communication informelle est de plus en plus de mise.
La profusion des limites contextuelles au modèle webérien que nous pouvons
utiliser pour comprendre l’organisation administrative de la FPT, nous incite à
nous reporter vers elles afin de mieux rendre compte des dynamiques en présence sur la totalité de cette structure du champ administratif. Ces limites sont
celles qui sont en train de concrétiser inexorablement le passage du corps à son
ombre et de celle-ci à la dilution complète du premier, perdant l’image du tout
pour ne représenter que les parties. Peu à peu, la FPT avec ses cadres d’emplois se configure entre une logique de grade et une autre d’emploi, où cette
dernière tend à l’emporter, redimensionnant les dynamiques d’action des fonctionnaires territoriaux et le modèle organique qui leur correspond. C’est là que
nous pouvons discerner l’actualisation de la bureaucratie territoriale, comme celle
qui conjugue son existence juridique et sociologique dans le tiraillement permanent encore entre deux modèles organiques antithétiques, celui qui défend la
pertinence d’un positionnement de la structure dans une logique de grade sacralisant l’aptitude à occuper une fonction dans la chaîne subordonnée du réalisé, et
celui qui tend à se cristalliser autour d’une logique d’emploi reliant l’individu
directement à son réalisé de manière exclusive.
Un modèle bureaucratique en construction
Le potentiel organique de la FPT peut être caractérisé par le type de lien juridique qui régule l’appartenance de l’agent à l’appareil administratif. Pour le premier c’est le statut, cet ensemble de règles communes à tous les agents qui ne lie
pas directement l’individu et l’autorité qui l’emploie dans un rapport de soumission mais de subordination. Ce statut exprime une dynamique sociale de reconnaissance par l’acceptation commune de la pertinence de l’action des agents
comme étant celle qui participe à la construction et à la pérennisation du métaconcept d’intérêt général. C’est en cela que se basent la culture atemporelle de
l’action du fonctionnaire et la prétendue permanence de l’administration par
opposition au politique éphémère : « Les élus passent, les fonctionnaires restent. » Pour le deuxième, celui que nous trouverons volontiers dans les administrations anglo-saxonnes, c’est le contrat qui régulera l’appartenance de l’agent à
l’appareil administratif. Il peut être défini comme un ensemble de règles négociées entre les parties et applicables uniquement à ces parties, de ce fait, le
contrat introduit un lien direct de soumission entre l’autorité et l’agent, lien qui
est fondé sur une culture temporelle du libre consentement.
La légitimation de l’un ou de l’autre de ces modèles, dans la formalisation de
la bureaucratie territoriale, ne relève pas d’une contingence mais d’un positionnement idéologique évidemment limité par des intérêts diffus et parfois divergents que peut avoir le pouvoir politique au niveau national, en tentant de conserver l’unité républicaine, ou le pouvoir politique local, en essayant de pousser
son autonomie à l’encontre du jacobinisme parisien, ou encore ceux des agents
ou des citoyens. Une volonté limitée mais affirmée est l’instigatrice du potentiel
organique en mouvement qui participe à la formalisation de la bureaucratie territoriale, comme le résultat conjoint du fait du prince et de son conseiller, ainsi
que des rapports de force entre eux, comme l’illusion d’une bureaucratie instrumentale du type wébérien et l’affirmation d’un compromis avec les stratégies
individuelles nécessaires à sa concrétisation.
Certes, quand on se réfère à la bureaucratie nous avons beaucoup plus en
tête le sens péjoratif, bien qu’il n’arrive qu’en deuxième position dans les dictionnaires, faisant référence à la lenteur administrative ou l’excès administratif d’une
organisation, mais n’oublions pas que ce mot désigne avant toute chose un pouvoir organisé et en corollaire le mode d’organisation du pouvoir (Sainsaulieu,
1988 [1977]). Pour appréhender les tiraillements idéologiques en présence et
concrétiser notre regard sur ce modèle bureaucratique dans la formalisation de
ce concept, faisons d’abord un bref détour dans la littérature sociologique pour
ensuite tenter de conclure par une typologie conceptuelle qui exprimerait le mode
de pouvoir organisé qui fonde la FPT, et notamment le type de relations dynamiques que ce pouvoir génère entre les agents qui participent par leur action à sa
production, mais aussi à sa transformation.
Vers un modèle de compromis
L’analyse originelle de référence est celle proposée par Max Weber, lequel voit
dans la bureaucratie un instrument qui participe à l’élan de rationalisation des
représentations, des valeurs, des institutions et des pratiques sociales qui caractérise nos sociétés modernes. Son point de départ est l’étude du pouvoir et ses
formes de légitimation, il en conçoit de trois sortes : rationnelle-légale, traditionnelle et charismatique. C’est la première forme de légitimation qui représente
pour lui le fondement de la bureaucratie construite autour de la règle de droit, de
l’impersonnalité de la règle, de l’organisation hiérarchique des fonctions impliquant une pyramide monocratique de commandement, de la séparation stricte
entre la fonction et la personne, et d’une communication des décisions formalisée par des procédures écrites. Cette construction est ce que Weber appelle un
idéal type, donc une vision purement spéculative de la réalité ayant pour utilité
d’être un moyen permettant d’appréhender la réalité par comparaison avec son
idéalisation.
Les lois de 1983 et 1984, fixant le statut des fonctionnaires, sont porteuses
d’une intentionnalité de construction que nous pouvons rapprocher, pour le moins,
à celle d’un idéal type wébérien. Pour rendre parlant ce propos regardons ensemble quelques articles de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 :
«Article 2 (l’étendue de la règle comme preuve de son impersonnalité)
Les dispositions de la présente loi s’appliquent aux personnes qui, régies
par le titre Ier du statut général des fonctionnaires de l’État et des collectivités territoriales, ont été nommées dans un emploi permanent et titularisées dans un grade de la hiérarchie administrative des communes,
des départements, des régions ou des établissements publics (…)
Article 5 (l’organisation hiérarchique des fonctions)
Les cadres d’emplois ou corps sont répartis en trois catégories désignées
dans l’ordre hiérarchique décroissant par les lettres A, B, et C.
Article 52 (la séparation entre la fonction et la personne)
L’autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au
sein de la collectivité ou de l’établissement : seules les mutations comportant changement de résidence ou modification de la situation des intéressés sont soumises à l’avis des commissions administratives paritaires (…)
Article 76 (l’utilisation de l’écrit comme élément essentiel des procédures)
Le pouvoir de fixer des notes et appréciations générales exprimant la
valeur professionnelle des fonctionnaires dans les conditions définies à
l’article 17 du titre Ier du statut général est exercé par l’autorité territoriale au vu des propositions du secrétaire général ou du directeur des
services de la collectivité ou de l’établissement. Les commissions administratives paritaires ont connaissance des notes et appréciations (…)»
La littérature qui a suivi a été plutôt orientée vers les effets produits par la
bureaucratie en place, nous pouvons rappeler notamment les travaux de Robert
K. Merton (1965 [1940]) qui, prenant le modèle d’idéal type de l’autorité à
caractère rationnel-légal wébérien comme étalon, conclut que l’accroissement
de rationalité dans l’administration provoque des dysfonctionnements qui limitent son efficacité. Merton mettra l’accent sur les règles impersonnelles, produites par la bureaucratie, qui poussent le fonctionnaire à suivre les procédures à la
lettre, l’empêchant de réaliser une recherche adaptative aux situations et se soldant par une confusion entre but et moyens comme le germe préexistant d’une
construction routinière ou ritualisée des comportements. Pour lui, plus on cherche à rationaliser plus on assiste à un déplacement des buts de l’organisation
chez les individus, ainsi qu’à un repli sur le système en écartant la prise en compte
de l’environnement, ce qui entraîne à l’évidence chez ces derniers une fortification du sentiment d’appartenance à la strate qui les définit et un développement
des relations de pouvoir parallèles.
Ces conséquences ne tarderont pas à provoquer de mauvais résultats en même
temps que des frustrations, en somme, elles provoquent des dysfonctionnements
pour lesquels l’organisation bureaucratique cherchera des nouvelles règles impersonnelles, comme seul moyen qu’elle connaisse pour les résoudre, finissant
par radicaliser sa rigidité et entraînant de nouveaux dysfonctionnements, c’est le
« cercle vicieux bureaucratique » selon le concept émis par Michel Crozier (1964).
La dysfonction devient ainsi permanente et stable, elle serait l’argument même
du système bureaucratique gangrené par sa rigidité, par sa déshumanisation des
rapports interindividuels et par sa posture monolithique qui limite les apports
créatifs des individus. Il n’est pas rare de voir dans la réponse réglementaire la
recherche d’une généralisation des situations particulières, ce qui finit par radicaliser la règle plutôt que par s’attarder à désigner le problème et à individualiser la
solution, ce qui se conclut le plus souvent par la création des usines à gaz réglementaires tellement contraignantes et inopérantes, dans un esprit de réactivité,
qu’elles sont inapplicables à long terme.
Mais sur ce constat, toute la littérature n’est pas convergente. Perter M. Blau
(1955), par exemple, considère les organisations bureaucratiques comme souples
parce qu’elles laisseraient aux agents la possibilité d’adapter leur mise en situation
des règles, de ce fait ce type d’organisation contiendrait les germes de sa propre
transformation. Il se base sur l’observation des mécanismes informels que les
agents des administrations mettent en place pour concrétiser leurs exécutions.
Pour lui, les recours aux comportements informels ne sont pas la traduction
systématique des dysfonctionnements mais des facteurs d’amélioration de
l’efficacité de l’organisation. En outre, il critique l’idée que les fonctionnaires
seraient inhibés par l’organisation bureaucratique et remarque que ces derniers
inventent pour chaque règle un contournement qui leur permet d’atteindre les
objectifs avec une efficacité non espérée. Du même ordre est l’analyse de François
Dupuy et de Jean-Claude Thoenig (1985) pour qui, dans le modèle bureaucratique
français, la souplesse l’emporterait. Le point de départ de leur démonstration est
le fait que toute règle ou directive politique ne constitue qu’un cadre régulateur,
une intention inapplicable en tant que telle aux réalités particulières, ce qui laisse
à l’administration, et par conséquent aux fonctionnaires, l’obligation de trouver
la juste latitude qu’objectivera la règle et de ce fait la bureaucratie devient en
permanence une machine à innover, à s’adapter pour ne pas changer.
La question qui peut être suggérée à ce niveau de lecture des apports théoriques concernant les bureaucraties est la suivante : comment en visionnant un
même type d’organisation arrive-t-on à des conclusions éloignées, du moins en
termes de rigidité ou de souplesse, et complémentaires seulement dans leurs
périphéries ? L’une des réponses possibles doit se trouver dans le fait que tout
paradigme introduit une modélisation de la résolution du problème posé, c’est là
que se fonde l’importance de l’apport idéologique dans l’appréhension de ce qui
pose problème, c’est du moins le reproche fait par Herbert A. Simon (1983
[1945]) qui nous met en garde contre la tentative de confondre ce qui pourrait
être des principes mais qui ne sont que des critères permettant de décrire les
situations administratives et d’en dresser un diagnostic. Pour lui, la spécialisation
des tâches, l’organisation hiérarchisée, la limitation des aires de contrôle et le
regroupement des travailleurs par fonction, ne seraient que des critères de description des situations ne permettant pas de formuler des principes définitifs
pour la bureaucratie.
Ainsi aux regard des recherches que nous avons entreprises et tentant d’éviter le biais énoncé par Simon tout en nous appuyant sur les apports des auteurs
ici mentionnés comme autant de grilles d’analyses, nous pouvons essayer de
nommer et de caractériser cette bureaucratie territoriale en disant qu’elle est
l’image de ce compromis où coexistent des critères d’une rigidité limitée et
d’une souplesse contrainte formant modèle. En effet, la construction statutaire
et réglementaire, qui a pour volonté une rationalisation de l’action, se développe
en se radicalisant, en tentant de répondre aux situations toujours particulières
tels les dysfonctionnements par une règle généralisatrice qui aura vocation à
rester impersonnelle, ce qui finit par provoquer de nouvelles situations d’inadaptations et fragilise, en même temps, la portée des cadres conceptuels originaux.
Ce fut le cas de la rupture conceptuelle vis-à-vis du statut de 1984 apportée par
les lois de 1987 et toutes les suivantes qui limitent la portée conceptuelle et
idéologique initiale tout en se sédimentant avec elle. En outre, il n’est pas faux de
penser que cet accroissement des textes statutaires et réglementaires, voulant
généraliser des situations particulières, tend à construire des cadres conceptuels
imprécis laissant aux agents, à ceux qui font vivre le système, la possibilité de
créer, d’interpréter, d’adapter la mise en situation de la règle. Mais ce semblant
de liberté, d’autonomie dans l’action, sera à un moment ou à un autre contraint
par le besoin impérieux de radicalisation de l’étendue statutaire et réglementaire,
comme le seul moyen de formalisation du pouvoir, d’encadrement du savoir
pour garantir la transformation et la permanence du système.
Trois types de rationalisation du réalisé et les déplacements dynamiques
Alors, si la bureaucratie territoriale s’inscrit dans un modèle de compromis, dégagé par des critères qui sont tour à tour d’une rigidité limitée et d’une souplesse contrainte, comment influence-t-elle les conduites collectives et individuelles des agents qui la composent et quelles sont les dynamiques qu’elle met en
présence pour la structuration de son appareil? Voilà une double interrogation
qui nous aidera à finaliser l’image que nous nous sommes construite jusqu’ici de
la bureaucratie territoriale et qui peut être traitée par une lecture du partage de la
tâche, cette situation particulière, étant l’une des régulatrices des relations que
les agents entretiennent dans l’organisation, pourra de ce fait nous renseigner
sur le caractère des conduites et des dynamiques induites par le modèle.
Comme nous l’avons déjà intégré, le statut de la FPT prescrit par la force de
la règle une rationalisation de la tâche, introduite dans la notion de catégorie et
dans celles de grade, qui la partage en trois types d’interventions différentes,
conception, application et exécution. Certes, il ne faut pas penser que l’analyse
du travail prescrit par la volonté de rationalisation, fixé par les textes fondateurs
de cette organisation et par tous les autres qui ont peu à peu modifié ses principes initiatiques, nous rapprochera du réel partage de la tâche tel qu’il est vécu
par les agents et tel qu’ils le font vivre, il ne faut pas croire non plus que nous
toucherons du bout de nos doigts la réalité des dynamiques et des relations que
les agents construisent et définissent au quotidien, il n’y a pas de déterminisme,
même réglementaire, dans les constructions humaines, il y a tout juste un conditionnement et c’est celui-ci que nous pourrons approcher par notre analyse.
Conditionnement qui nous dévoile l’intentionnalité portée par cette entité spéculative que nous avons définie comme étant celle d’une bureaucratie particulière
qualifiée de « territoriale », conditionnement qui fait abstraction des processus qui
l’ont fondé pour exister comme une vérité primordiale. Revenons sur notre démonstration, si la volonté de rationalisation prescrite par la règle partage la tâche
en trois stades différenciés du réalisé, elle conditionne aussi les dynamiques et les
relations à se développer à l’ombre de deux dimensions actives qui interfèrent et
complètent cette trilogie du réalisé, la première peut être caractérisée par le
terme de solitaire et la seconde par celui de solidaire.
La notion de partage de la tâche peut être la résultante d’une rationalisation
de dimension solitaire, c’est-à-dire cette atomisation du réalisé qui aboutit à une
radicalisation de la concentration sur ses segments et à une perte d’objectivation
des relations qui lient ces segments pour former le tout. Le processus de transformation ou d’intervention est alors perçu comme la somme linéaire des actes
qui, en s’appuyant sur des justifications valorisant le contenu technique, la rareté, la complexité, ainsi que la nécessité d’une spécialisation de la technicité
pour répondre à un besoin tangible, participe à l’appropriation par l’individu des
actes qui l’impliquent au processus et à son identification avec la technique qu’il
met en œuvre.
Mais le partage de la tâche peut être aussi la résultante d’une rationalisation
de dimension solidaire, c’est-à-dire cette distribution du réalisé qui aboutit à une
radicalisation de la concentration sur ses relations et à une perte d’objectivation
des segments qui doivent être liés pour former un tout. Le processus de transformation ou d’intervention est alors perçu comme la somme linéaire des potentialités qui, en s’appuyant sur des justifications valorisant le bien-fondé de la réalisation commune, l’exigence de l’implication de chacun, ainsi que la nécessité d’une
spécialisation fonctionnelle pour atteindre le résultat global, participe à l’appropriation par l’individu des potentialités qui l’impliquent au processus et à son
identification avec la fonctionnalité qu’il met en œuvre.
Ces deux dimensions symétriques vont conditionner les relations que les agents
entretiennent entre eux de manière individuelle ou collective, et avec l’appareil
qui les positionne sur trois types de dynamiques, celle de métier insufflée par
une rationalisation solitaire, celle de fonction valorisée par une rationalisation
solidaire et celle qui se construit par la justification de la mise en relation solitaire/solidaire de la rationalisation, c’est-à-dire la dynamique de profession.
Nous pouvons utiliser comme exemple, pour donner corps au raisonnement,
celui de la filière administrative territoriale qui n’est pas un cas particulier en
matière de dynamiques et de relations mises en présence dans la structuration de
l’appareil de la FPT, mais qui, mettant en parallèle les transformations que le
temps a apportées dans la composition d’un Service du Personnel, nous permet
de mettre en relief l’ensemble des concepts dégagés. Pour ce faire nous allons
distinguer deux périodes d’analyse, celle antérieure au statut de 1984 et celle de
l’après 1987 qui apporte des modifications fondamentales au statut. Entre les
deux, une longue période d’attente, de transition, de préparations des mentalités
au changement. La figure (1) reprend les deux pôles statutaires qui participent au
réalisé entre conception et exécution pour y introduire les dynamiques sur lesquelles sont positionnés les agents du fait du conditionnement opéré par la rationalisation.
Figure (1)
tableau désignant les dynamiques des pôles statutaires d’un Service du Personnel.
Avant 1984 Après 1987
Chef de Bureau (du Personnel) Directeur (des Ressources Humaines)
Dynamique de fonction Dynamique de profession
⇔
⇔
Agent de bureau dactylographe Agent administratif⇔
⇔
Dynamique de métier Dynamique de fonction
Figure (1) : tableau désignant les dynamiques des pôles statutaires d’un Service du Personnel.
Avant 1984, les cadres étaient positionnés sur une dynamique de fonction,
issue d’une dimension solidaire de la rationalisation du réalisé, qui suspendait la
pertinence et la légitimité de leurs actions à l’immatérielle capacité de mettre en
relation la diversité exécutante avec le dessein d’en représenter le lien, être le
tout potentiel attendu, d’assurer la cohésion des actes dans l’espace d’abord
hypothétique de l’escompté et ensuite incertain de l’exécuté. Ils étaient la fonction bureau et leur valorisation était associé à la performance globale, à la moyenne
des performances, produites par d’autres qu’eux, un Chef de Bureau doit savoir
faire fonctionner le bureau. Quant aux agents d’exécution, ils étaient positionnés
sur une dynamique de métier, issue d’une dimension solitaire de la rationalisation, qui conjuguait au présent la pertinence et la légitimité de leurs actions en les
assignant à la technicité qu’ils possédaient et par laquelle ils étaient reconnus. Ils
étaient la technique incarnée, le savoir-faire, le coup de main particulier et jalousement secret, c’est en cela qu’ils trouvaient une valorisation, plus ils possédaient
la technique, plus ils étaient valorisés, plus ils devenaient individuellement performants, un Agent de bureau dactylographe sait dactylographier, sinon il ne l’est
pas.
Les deux dimensions de la radicalisation du réalisé, solidaire et solitaire,
mises en présence dans l’organisation étaient à la base même des relations verticales conflictuelles antagonistes par le fait d’un positionnement équivoque de la
pertinence du réalisé. Les cadres demandant une implication aux agents d’exécution sur un résultat global que ces derniers ne pouvaient s’approprier que
partiellement, et les agents d’exécution mettant en question la pertinence des
propositions des cadres qui ne prenaient pas essentiellement en compte les aspérités techniques que seule une pratique assidue enseigne.
La situation est tout autre après 1987, les cadres sont positionnés sur une
dynamique de profession, issue d’une dimension solitaire/solidaire de la
rationalisation, qui assigne la pertinence et la légitimité de leurs actions dans la
reconnaissance, du moins réglementaire, du besoin de l’accomplissement de leurs
fonctions et de la nécessité impérieuse de leurs technicités pour mener à bien ces
fonctions ; ils assurent la cohésion des actes dans l’espace hypothétique de
l’escompté et doivent diminuer l’incertitude de l’exécuté pour que leurs
performances soient valorisées. Le Directeur des Ressources Humaines doit savoir
gérer ces ressources dans le relationnel et dans le technique. Les agents d’exécution
sont depuis positionnés sur une dynamique de fonction, issue comme nous
l’avons déjà analysé d’une dimension solidaire de la rationalisation, qui suspend
ses actes dans un présent imparfait diluant l’apport technique concret dans le
magma amorphe et incertain de la potentialité partagée, du service rendu en
commun comme valeur suprême par laquelle l’implication de chacun sera jugée,
l’Agent administratif doit assumer le tout administratif, l’ensemble relationnel
liant administration et ceux qui font appel à elle, sans reconnaissance d’une
spécificité technique mais dans une spécialisation fonctionnelle qui varie au gré
des définitions spatiales et temporelles que l’on accorde à cet ensemble.
L’insertion de ces nouvelles formes de dimensions de la radicalisation du
réalisé conditionne les relations verticales à produire des frustrations, et même
des contours de celle-ci avant qu’elles ne deviennent des conflits d’appréciation
de ce qui fait fonction. Les cadres pousseront les agents d’exécution à s’investir
dans la tâche en mesurant les moyens techniques pour l’accomplir, mais celle-ci
étant évolutive ils ne pourront jamais être pleinement satisfaits des exécutions,
finissant par remettre en cause la pertinence des moyens humains à leurs dispositions, les agents d’exécution à leur tour s’efforceront de finaliser la tâche commandée, mais resteront insatisfaits parce qu’ils ne pourront jamais aboutir étant
donné que l’objectif est par essence mouvant ce qui les portera à remettre en
cause la pertinence des moyens techniques mis à disposition par l’encadrement,
et finalement l’encadrement lui-même par le choix de ces moyens.
Par ces quelques mots, nous avons présenté le modèle bureaucratique territorial tel qu’il se dessine aujourd’hui, tel qu’il tend à construire une réalité organique qui forme cohérence, entre rigidité et souplesse, entre rationalisation solidaire et solitaire. Même si cette cohérence peut aller et venir au gré des intentions politiques et idéologiques qui meuvent la société tout entière, il y a une
permanence dans la construction du modèle depuis 1987 qui se traduit par un
déplacement dans l’action vers une dynamique de fonction pour les agents
d’exécution et vers une dynamique de profession pour les cadres.
Créée dans les années quatre-vingt, la FPT est l’héritière d’une lente accumulation historique de modes de fonction sociale légitimés qui ont reconnu la pertinence d’une organisation administrative agissant sur les intérêts contextuels de
la société qu’ils incarnaient, qu’ils produisaient et qu’ils reproduisaient. Initialement conçue comme l’outil nécessaire à la mise en œuvre de la politique de
décentralisation du pouvoir politique français et de son appareil d’État, elle finira
par se placer en concurrence avec ce dernier et participera à sa déprofessionnalisation au moyen des transferts de compétences de celui-ci vers les collectivités
territoriales, ce qui s’accompagnera d’une modification quantitative et qualitative
significative de sa structure démographique et versera son émanation et sa permanence avec des positionnements idéologiques qui dépassent et remettent en
cause une vision univoque de l’organisation du fonctionnariat à la française.
Bien que la naissance d’une notion territoriale de la fonction publique puisse
être datée par l’adoption du Statut Général des Fonctionnaires, c’est par l’altération des concepts fondateurs de ce statut que le pouvoir législatif dessinera les
contours de celle-ci, qu’il caractérisera sa particularité. Le Statut Général restera
tout de même la référence textuelle de l’institutionnalisation de cette nouvelle
notion, tel un patrimoine commun aux trois types de fonctions publiques consenties (d’État, l’Hospitalière et la Territoriale) qui serait dépourvu de sa substance initiale, mais qui garantirait encore la légitimité du statut des fonctionnaires
territoriaux comme l’expression d’une double dynamique sociale, celle d’une reconnaissance explicite de la nécessité de leurs actions dans la société, et celle
implicite des intérêts convergents et congruents avec lesquels ceux-ci structureraient leur unicité.
La première altération fondamentale des concepts initiaux, fut l’abandon de
l’organisation en corps de fonctionnaires pour la FPT, cherchant par ce fait à
limiter la puissance symbolique du corps qui transgresse la pure présentation
structurée qu’il fonde pour se représenter de manière ontologique comme l’unité
gestatoire de reconnaissance sociale, comme l’ensemble des fonctionnalités fait
acte qui limite, participe et légitime l’espace social qui l’entoure. C’est la notion
de cadres d’emplois qui désormais sera utilisée à la place parce qu’elle a l’avantage d’être dépourvue de la portée symbolique du corps et qu’elle n’a pas d’histoire, ne faisant aucune référence à une accumulation culturelle de luttes revendicatives. Les cadres d’emplois deviendront les instruments réglementaires qui
empêcheront la parité entre les trois fonctions publiques et participeront à la
mise en concurrence de celle qui nous intéresse ici et de celle de l’État.
Dans le même temps, les modèles de managements issus du secteur privé ont
façonné le système de relation organique territorial introduisant une valorisation
des performances individualisée qui remettait en cause un autre principe fondateur, la séparation du grade et de l’emploi, principe qui à son tour se verra
diminué par la réglementation en matière d’indemnités et de Nouvelle Bonification Indiciaire qui récompensent directement la performance particulière, de technicité ou d’ergonomie, en séparant les agents d’un même grade chez ceux qui
font performance et les autres, ce qui finit par introduire des logiques de
professionnalisation implicites ou explicites et une mise en concurrence interne
pour l’accomplissement des fonctions. Tout cela fut réalisé sur un fond idéologique qui prônait la nécessité de moderniser le système administratif devenu peu
réactif et encore moins créateur par un excès de centralisme et de modes relationnels jugés archaïques.
Deux positionnements analytiques sur la bureaucratie alimenteront le débat
et participeront directement ou indirectement à la construction d’un modèle de
bureaucratie territoriale. D’une part, la critique appuyée de la rationalité administrative qui serait une source permanente de dysfonctionnement incapable de
répondre aux situations particulières d’une manière adaptée, parce que trop concentrée sur la généralisation des règles, lesquelles, par leur radicalisation, entraîneraient le système sur le chemin d’une rigidité absolutiste qui déshumaniserait
les rapports interindividuels et consacrerait le monolithisme décisionnel. D’autre
part, par la vision opposée des effets de cette rationalisation radicalisée, en considérant que toute règle pour pouvoir être généralisatrice doit concéder en précision ce qui laisserait aux individus l’obligation de trouver la juste latitude pour
objectiver la règle, dans ce cas le système même radicalisé serait de nature souple parce qu’il dépend pour sa subsistance de la capacité à innover dont dispose
chacun des individus qui le composent. Ainsi, la bureaucratie territoriale tend à
se dessiner comme le compromis d’une rigidité limitée et d’une souplesse contrainte qui forme un modèle d’organisation où ses composants sont placés sur
une dynamique de fonction issue d’une rationalisation de dimension solidaire,
pour les catégories de personnel d’exécution, qui enferment l’individu dans la
fonctionnalité qu’il met en œuvre, et sur une dynamique de profession issue
d’une rationalisation de dimension solitaire/solidaire, pour les catégories de
personnel d’encadrement, qui enferment l’individu dans la technicité qu’il met en
œuvre. C’est ainsi que se construit la bureaucratie territoriale, dans les effets des
déplacements annoncés des dynamiques d’actions de ses composantes.
·
BLAU, P. M., The dynamics of bureaucracy. A study of interpersonal relations in two
government agencies, Chicago & London, The University of Chicago Press, 1955.
·
BODARD, S., MAISL, H., Le personnel communal, Paris, Masson, coll. « Guides pratiques de la vie publique », 1977.
·
BOURDIEU, P., La noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Éditions
de Minuit, 1989.
·
BOURDON, J., dans actes du colloque « Les politiques de motivation du personnel communal», Montpellier, CNFPT, 21 et 22 janvier 1988.
·
CLOSETS, F. de, (prés), Le pari de la responsabilité, Commission sur l’efficacité de
l’État, Paris, 1989.
·
COMTE, A., Système de politique positive, ou Traité de sociologie instituant la religion de l’humanité, 1852 – 1854, Osnabruck, Zeller, 1967.
·
CROZIER, M., Le phénomène bureaucratique, Paris, Seuil, coll. « Point-Seuil», 1964.
·
CROZIER, M., État modeste, État moderne, Paris, Seuil, 1987.
·
CROZIER, M., Comment réformer l’État, rapport au Ministre de la Fonction Publique et
des Réformes Administratives, Paris, mai 1989.
·
DUPUY, F., THOENIG, J.-C., L’administration en miettes, Paris, Fayard, 1985.
·
DURKHEIM, É., Les règles de la méthode sociologique, 1894,Paris, Flammarion, coll.
« Champs », 1988.
·
LEGOY, P., dans « Les syndicats et le régime indemnitaire », La Gazette, 18 mars 1991.
·
MALINOWSKI, B., Une théorie scientifique de la culture, 1944, Paris, François Maspero,
coll. « Point – Essais », 1970.
·
MERLEAU-PONTY, M., Phénoménologie de la perception, 1945, Paris, Gallimard,
coll. « Tel», 1999.
·
MERTON, R. K., Éléments de théorie et de méthode sociologique, 1940, Paris, Plon,
1965.
·
MORALES LA MURA, R., « Essai sur une sociologie de la responsabilité : la Fonction
Publique Territoriale », thèse, Université de Metz, 2002.
·
MOREAU, J., « Le système français de la fonction publique », dans J. MOREAU (dir.),
Droit Public, tome II.
·
PARADEISE, C, « Rhétoriques professionnelles et expertise », Sociologie du travail, n°27,
janvier 1985.
·
RADCLIFFE-BROWN, A. R., Structure et fonction dans la société primitive, 1952,
Paris, Éd. Minuit, 1969.
·
SAINSAULIEU, R., L’identité au travail, 1977, Paris, Presse de Sciences Politiques,
coll. « Références académiques », 1988.
·
SCHIPPER, K M., Le corps taoïste, 1982, Paris, Fayard, 1992.
·
SIMON, H. A., Administration et processus de décision, 1945, Paris, Economica, 1983.
·
SPENCER, H., Les principes de sociologie, 1876 – 1896, Paris, F. Alcan, coll. « Bibliothèque philosophique contemporaine », 1896 – 1899.
·
THOENIG, J.-C., « De l’incertitude en gestion territoriale », actes du septième colloque
international sur la « Gestion des Collectivités Locales face à l’incertitude », École Nationale d’Administration Publique du Québec (org.), Politiques et Management Public, tome I, vol. 13, n° 3.
·
TIQUET, R., dans un article à propos de la loi du 28 novembre 1990 (modifiée), La
Gazette, 25 février 1991.
·
TONNIES, T., Communauté et société. Catégories fondamentales de la sociologie
pure, 1887, Paris, Retz – C.E.P. L., coll. « Les classiques des sciences humaines »,
1977.
·
TOURAINE, A., La bureaucratie, Paris, U.G.E., coll. « 10/18 », 1976.
·
TREPOS, J.-Y., Sociologie de la compétence professionnelle, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1992.
·
WEBER, M., Économie et société, vol. 1, 1921, Paris, Pocket, coll. « Agora les classiques », 1995.
·
Décret n° 91-711 du 24 juillet 1991.
·
Décret n° 97-692 du 29 mai 1997, art. 1 ; 54.
·
Loi n°84-53 du 26 janvier 1984.
·
Centre interdépartemental de Gestion de la Petite Couronne, Répertoire des carrières
territoriales, Paris, La Documentation Française, 1998.
·
Nomenclature des métiers territoriaux, Paris, C.N.F.P. T., 1993.