2003
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
Villes et cyberculture
Information et communication dans un nouveau « modèle d’intelligence collective appliqué aux cybervilles »
André Lemos
[1]
Nous vivons dans la ville et nous constatons chaque jour sa transformation. Les
nouvelles technologies de l’information et de la communication ont modifié tant
les espaces urbains que les pratiques sociales de ces mêmes espaces. Que signifient la rue, la place ou le jardin aujourd’hui? Est-ce possible de flâner à travers
les signes des forêts urbaines quand on peut voyager par les mailles du
cyberespace ? Est-ce qu’on est en train de voir l’émergence d’une cyber-flânerie
[2]
au détriment de la promenade physique dans l’espace urbain ? Quand l’espace
et le flux d’informations planétaires sont imposés à notre temps et affectent
l’espace et les lieux
[3], n’est-ce pas toute la ville d’acier et de béton (et la ville
imaginaire) qui s’est reconfigurée ? Dans cet article nous allons traiter des projets
de cybervilles
[4]. Il est important de commencer une discussion sur un modèle
d’intelligence collective appliqué dans l’exécution et l’analyse de ces projets
[5]. Le
but est de montrer que la mise en place d’informations ne suffit pas à produire
les instruments de la communication en vue de la citoyenneté
[6]. Avec ce modèle,
on peut ici voir que l’information n’est pas suffisante pour créer des processus de
communication sociale.
Villes et nouvelles technologies
La ville se transforme au gré de la vitesse et des changements des échanges
informationnels planétaires, tout en modifiant l’imaginaire contemporain des
villes du monde (Sassen). Les transformations sont successives, depuis les nécropoles anciennes, les villes murées médiévales, les villes industrielles et de l’automobile du XX
e siècle, en arrivant maintenant à la ville de bits, l’e-topia
[7] de l’espace
contemporain
[8]. Il s’agit, en ce début de XXI
e siècle, de cerner l’émergence d’une
nouvelle conscience et d’une nouvelle ville, dans un nouvel espace urbain. Ceux-ci sont des espaces globaux régis par le temps réel, immédiats du monde devenu
mondialisé.
Les villes, on le sait bien, sont des artefacts qui se développent toujours par
rapport aux réseaux techniques et sociaux
[9]. Aujourd’hui, à l’intérieur de cette
perspective, nous avons à notre disposition un nouveau réseau technique (le
cyberespace) et un nouveau réseau social (les multiples formes de sociabilité en
(Suite note 4)
Aurigi, Alessandro, Graham, Stephen, « The Crisis in the urban public realm », in
Loader, B.D. (ed.),
Cyberspace Divide : Equally, Agency and Policy in the Informatio n S o c ie ty, Lo n do n, R o utle dge, 1998 ; Gra h a m, S., M a rv in, S.,
Telecommunications and the city, Routledge, 1996 ; Hinssen, Peter, « Life in the
Digital City », in
Wired, 3.06, june 1995, pp. 90-94 ; Horan, Thomas,
Digital Places – Building our city of Bits, Urban Land Institute, 2000 ; Boyer, Christine,
Cybercities, Princenton Press, 1996 ; Wheeler, J. O., Aoyama, Y.,
et al. (org).
Cities
in the Telecommunications Age. The Fracturing of Geographies, Routledge, 2000.
ligne
[10]), configurant les cybervilles contemporaines. La ville change au rythme
des changements sociaux et techniques. Plusieurs exemples de cette nouvelle
ville sont déjà dans notre quotidien : les opérations bancaires (
homebanking),
téléphones portables, pages, PDA avec GPS, élections électroniques et impôt
sur le revenu en ligne (comme au Brésil, par exemple), gouvernement en ligne,
commerce électronique, télécentres ou cyberbases (comme à la Villette à Paris,
par exemple) et les multiples réseaux planétaires avec des satellites, des systèmes
de fibre-optique, des réseau sans fils (Wi-Fi, comme le mouvement homonyme
aux États-Unis, particulièrement à NY) et j’en passe.
La citoyenneté, cet exercice social dans la
urbis va, aujourd’hui, être caractérisée par ce sentiment de raccordement répandu de forme planétaire. Ainsi, si
le bourgeois du XVIII
e siècle avait la place publique (Habermas) pour l’exercice
de l’opinion publique, et le
citoyen-consumateur du XX
e siècle les espaces de
média de masse pour être encadré dans l’« agenda setting », le nouveau citoyen
de la cyberdémocratie (Lévy) contemporaine a, à sa guise, les mailles du
cyberespace pour jouir de la liberté de l’émission de l’information (Lemos
[11]). Il
doit être connecté. Il est devenu un citoyen-cyborg. Ce citoyen-cyborg va habiter
les nouvelles villes mondiales qui sont de plus en plus transformées par les nouvelles technologies de la communication. C’est cette forme d’être, connecté partout et n’importe où, qui caractérise les villes contemporaines. Donc, c’est une
nouvelle dynamique technique et sociale qui s’est établie par les réseaux télématiques. Le cyberespace a libéré le pôle de l’émission et a fait de nous des créateurs de l’information. Il nous rend à un nouveau nomadisme (Maffesoli)
high-tech.
Pour y participer, pour y être un vrai citoyen aujourd’hui, il faut être relié, connecté, branché.
La cyberville est la ville de la cyberculture
[12]. Par cyberville, on entend les
transformations de la ville actuelle par rapport aux technologies de communication et information. Cependant, la dénomination « cyber » n’est rien d’autre qu’un
terme qui cherche à mettre l’accent sur les formes d’impacts des nouveaux réseaux télématiques dans l’espace urbain. Les réseaux des câbles, des fibres, d’antennes de téléphone portable (y compris tout l’éventail des ondes radio permettant
un raccordement wi-fi) ont modifié notre existence dans l’espace urbain par le
télétravail, par l’école en ligne, par les communautés virtuelles et les divers forums thématiques planétaires. Ce qui est en jeu, c’est la redéfinition de l’espace
public et de l’espace privé. Cependant, le concept de cyberville, à notre avis,
insiste sur un déterminisme technologique anachronique en qualifiant la nouvelle
ville de « cyber ». La cyberville est la ville contemporaine, et toutes les villes
contemporaines sont en train de devenir des cybervilles
[13]. Nous pouvons entendre par cybervilles les villes dans lesquelles l’infrastructure des télécommunications et des technologies numériques est déjà une réalité.
Le rapport des villes avec les réseaux techniques et sociaux n’est pas un fait
nouveau. Toutes les villes se sont constituées par les rapports aux divers réseaux.
Chaque forme urbaine est (et a été) configurée à partir de plusieurs réseaux
techniques et sociaux (eau, autoroutes, chemins de fer, aéroports, télégraphe,
téléphone, télévision, égout, courrier, électricité). La ville est, et a été depuis
toujours, un artefact, un objet technique. Les sciences sociales se sont intéressées au thème des réseaux depuis le XIXe siècle avec leurs fondateurs. Le sujet
émerge avec force avec les idées de réseau et d’organisation systémique proposées par l’utopisme de Claude de Saint-Simon. Celui-ci a traité les villes comme
un système, une organisation vivante, établie par deux formes de réseaux : le
réseau matériel (l’énergie et les matières premières) et spirituel (l’argent, les finances). Dans ce sens, l’œuvre de Saint Simon exerce une influence sur la socio-logie urbaine de l’école de Chicago et sur l’actuel courant de pensée sur les
réseaux télématiques, le cyberespace. L’idée de ville comme organisation, composée par des réseaux, sera importante pour la compréhension sociologique de
l’espace urbain et du rapport contemporain entre les villes contemporaines et les
nouvelles technologies de communication et d’information.
Par conséquent, ce que nous appelons cyberville ne doit pas être compris
comme une innovation radicale. Ce serait basculer dans des illusions et insister
sur un déterminisme technologique anachronique. Ce n’est pas l’émergence d’une
autre ville, ou la destruction des vieilles formes urbaines, mais la reconnaissance
de la mise en place d’une nouvelle dynamique de reconfiguration qui crée des
nouvelles relations avec l’espace, et qui aboutit à des nouvelles pratiques sociales
dans les villes. Il s’agit peut-être de la loi de la cyberculture : il n’y a pas de
substitutions, de destructions ou de remplacements radicaux dans les divers changements avec les institutions ou les pratiques sociales. On voit ainsi une logique
de reconfiguration partout où apparaissent les nouvelles technologies de communication et d’information. Donc, l’école en ligne, l’entreprise virtuelle, les
communautés virtuelles, les médias numériques, et, en ce qui nous concerne, ici,
les cybervilles, ne vont pas tuer l’école physique, l’entreprise concrète, les communautés de proximité, les médias traditionnels, et bien sûr, la ville de béton et
d’acier. La cyberculture reconfigure la culture contemporaine, elle ne la tue pas.
Ainsi, l’objectif des projets de constructions de formes d’appropriations des
nouvelles technologies dans l’espace urbain doit être celui de créer des usages
efficaces de communication et de réappropriation de l’espace physique, avec
pour but de réchauffer l’espace public, favoriser l’insertion sociale des nouvelles
technologies et renforcer la démocratie contemporaine. Il ne s’agit pas du tout
d’effacer la ville réelle avec la ville virtuelle, bien au contraire. Il ne s’agit pas de
prôner l’abandon de la ville physique pour la ville virtuelle, mais de mettre en
synergie l’espace planétaire des flux et l’espace des vraies villes. L’objectif fondamental de construction de projets de cybervilles ne serait pas de substituer l’espace urbain, mais d’insister sur des formes de communications et de transport
par l’action à distance (caractéristique des réseaux télématiques) et par l’action
locale, dans l’espace local (télécentres, kiosques publics, cyberbases). Ici, l’information sans insertion n’est pas communication. Nous devons alors insister sur
des formes de communication sociale, car c’est bien les processus de socialité et
sociabilité que donnent vie à la société
[14] et à la ville.
Les divers projets de mise en place de cybervilles doivent être pensés comme
des formes pour établir l’espace public, mettre en synergie plusieurs intelligences
collectives, ou même renforcer les liens communautaires. C’est pour cela que
nous proposons ici un modèle (encore préliminaire) d’intelligence collective appliqué à l’analyse et à l’exécution des projets de cybervilles (portails de gouvernement, virtualisations des diverses institutions, kiosques publics, centres de
formations, etc.). La science et la recherche de l’intelligence collective peuvent
nous aider à penser le problème de forme complexe, où l’information n’existe
qu’en relation aux processus sociaux de communication. Le modèle cherche à
établir des dynamiques qui puissent tirer le maximum de profit de la puissance
d’agrégation sociale par l’exercice de la citoyenneté dans les réseaux. Avec ce
modèle, l’information technique devient un processus de communication au sens
de la vie urbaine.
Dans ce sens, les citoyens pourraient mettre leurs problèmes en commun,
motivant la discussion, la prise collective des positions politiques, culturelles et
sociales. Il n’est pas question ici de créer une nouvelle utopie électronique, mais
de constater le potentiel du cyberespace, et de forcer les pouvoirs publics à
établir des pratiques sociales d’appropriation des nouvelles technologies. Cependant, ce ne sont que des puissances, des virtualités qui attendent d’être actualisées, puisqu’il manque toujours des exemples concrets pour démontrer la viabilité
de ces projets. Les cybervilles devraient tirer profit du potentiel des réseaux télématiques et créer des formes de rapport direct entre l’espace réel et le virtuel.
La ville est un ensemble de réseaux sociotechniques et symboliques. Dans ce
sens, nous avons cherché à comprendre le rapport des villes contemporaines
avec les NTIC. Le « Modèle d’Intelligence Collective Appliqué aux Cybervilles »
(Lévy-Lemos) ne doit pas être ni substitutif, ni transpositif, mais complémentaire.
Les cybervilles doivent renforcer les échanges entre leurs citoyens et l’occupation des espaces concrets de la vraie ville, au lieu d’être une simple substitution,
comme l’on a vu plus haut. L’espace de flux doit complexifier et enrichir l’espace
physique des lieux. On cherche, avec ce modèle complexe, à éviter le déterminisme technologique en marche dans les travaux des architectes, politiciens et
hommes de gestion et de communication des villes.
Le modèle cherche à mettre en valeur les quatre capitaux avec pour but
d’éviter de penser que la seule inclusion d’un réseau technique pourrait créer des
processus d’intelligence collective. Nous pouvons montrer, avec ce modèle, que,
par exemple, la simple implantation des ordinateurs dans les écoles (investissant
dans le capital technique) ne va pas résoudre les problèmes de l’éducation, bien
au contraire. Dans le même sens, mettre des réseaux à haut débit ou des ordinateurs partout dans la ville ne garantit pas l’enrichissement de la vie politique,
sociale, communautaire ou culturelle. Nous devons avoir ici une vision complexe
et essayer de mettre le capital technique en synergie avec les capitaux social,
culturel et intellectuel, comme nous le verrons ensuite. L’objectif est de penser
des formes complexes, non déterministes ou simplement techniciennes, et intégrées pour l’exécution et l’évaluation des projets de cybervilles et de gouvernement électronique. L’urgence du thème nous met dans le besoin de la création
d’un modèle d’analyse.
Le « Modèle d’Intelligence Collective Appliqué aux Cybervilles » (Lévy-Lemos) a
la présupposition suivante : il cherche à évaluer les quatre capitaux principaux
d’un certain endroit, à partir de la proposition d’une science de l’intelligence
collective développée par le philosophe français Pierre Lévy à l’Université d’Ottawa, au Canada. Dans ce sens, nous pouvons considérer que le modèle a comme
principe la valorisation de l’intelligence collective, sa dynamisation et son enrichissement. Cette valorisation peut être stimulée par les nouvelles technologies
numériques et par les réseaux télématiques. Pour Pierre Lévy, le capital de l’intelligence collective peut être visualisé à partir de la synergie entre les capitaux
intellectuel, culturel, social et technique.
Le capital social se rapporte à la densité et à la qualité des associations et des
réseaux. Le capital intellectuel renvoie aux œuvres et aux conceptions originales
(valeur de la propriété intellectuelle), mais également à l’éducation et à la compétence de la population (valeur du capital humain). En ce qui concerne le capital
culturel, il est lié à la teneur et à l’organisation de « l’encyclopédie » d’une culture.
C’est la concordance et la pertinence de son réseau sémantique. Le capital technique est la somme de l’état général des techniques, les réseaux de transport et
de communication, les médias, les ordinateurs, les softwares, les divers formes
d’appuis de mémoire et de la perception collective
[15].
Le développement et la valorisation de l’intelligence collective sont créés par
la mise en valeur de ces quatre capitaux qui, dans leur ensemble, forment les
compétences et la richesse d’une communauté. Cela peut être appliqué à l’analyse d’une ville toute entière, ou d’une petite communauté de voisinage, voire
d’une école ou d’un établissement public ou privé. Nous avons recherché ainsi à
appliquer ce modèle aux projets de construction ou même d’évaluation des projets de cybervilles en cours.
À partir de ces quatre capitaux, nous pouvons dire que le capital social se
réfère à la communauté et au pouvoir politique. Il fait référence à l’identité sociale et à la capacité d’articulation politique des groupes organisés, les ONG
(organisations non gouvernementales), les forums de discussion thématiques,
l’information politique au citoyen, etc. Le capital culturel appelle le pouvoir historique, en d’autres termes, la mémoire de la communauté, la perception de la
collectivité (les musées, les galeries, les bibliothèques, les centres culturels, l’art,
l’état de l’environnement). Le capital intellectuel est le pouvoir cognitif individuel: la perception, la connaissance de l’individu (les écoles, les publications, la
formation professionnelle, la formation à la citoyenneté, les universités). Enfin,
le capital technique reflète le pouvoir technique, la puissance de l’action et de la
communication : la situation actuelle des compétences technologiques (télécentres,
réseaux informatiques, téléphoniques, câbles et fibres optiques, formation
technique).
Avec ce modèle, encore préliminaire, nous pouvons mieux comprendre les
processus en jeu dans les projets de cybervilles. Cela peut nous dire, par exemple, que mettre de la fibre optique dans une ville (le capital technique) sans avoir
un travail de sensibilisation et de valorisation des puissances sociales, culturelles
et intellectuelles peut être positif pour l’infrastructure technologique, mais cela
ne va pas,
per si, créer et enrichir toute la force de l’intelligence collective d’une
localité ou communauté. Dans notre analyse du projet portugais
Aveiro Cidade
Digital, c’est bien de cela qu’il s’agit
[16]. Les projets de cybervilles devraient être
compris dans leur totalité de sorte qu’on puisse identifier les potentiels d’action.
Dans ce sens, une première étape prévoit l’identification de ces capitaux dans la
localité et, dans un deuxième moment, l’implantation des projets cherchant à
dynamiser les capitaux. Le modèle devrait penser les capitaux appliqués à des
projets concrets.
Pour l’implantation du modèle, nous avons comme suggestion les actions
suivantes, aussi bien dans l’exécution que dans l’analyse des projets de cybervilles.
Le capital social peut être dynamisé à partir «d’un portail de la ville» avec des
informations sur les ONG, la mise en place de forums des discussions, libres ou
induits, la création de messageries en temps réel (chats), donner aux citoyens de
l’information transparente, mettre en ligne des services et de l’information pour
motiver la participation politique du citoyen, groupes de discussion par quartier,
etc. Ici, on doit également motiver la construction de télécentres et des kiosques
publics dans les établissements et les centres sociaux avec des bornes de libre
accès, e-mail libre pour tous, pour essayer de lutter contre « l’exclusion numérique » (digital divide). L’objectif est de mettre les groupes sociaux et les individus
en contact et en synergie en utilisant le potentiel du cyberspace comme vecteur
de l’agrégation sociale. Cela peut faire ressortir le capital social d’une ville.
Le capital culturel cherche à donner la visibilité et la dynamique des dimensions culturelles et historiques d’une ville. Pour cela, on peut essayer de virtualiser
les institutions culturelles et d’appuyer la libre expression de compétences individuelles. Ainsi, pour valoriser la puissance culturelle, on doit mettre en ligne les
musées, les galeries, les bibliothèques, les centres culturels, stimuler les activités
artistiques (traditionnelles et électroniques), l’environnement, fournir des informations et de la documentation historique, culturelle et artistique en ligne, entre
autres. Il s’agit ici de garder la mémoire comme une chose vivante, disponible
pour les collectivités. Les technologies du futur doivent être mises en place pour
la valorisation du présent et du passé historique, artistique et culturel.
Dans cette dynamique, le capital intellectuel est appelé à faire apparaître le
pouvoir cognitif individuel et collectif. Il peut être dynamisé, dans les projets de
cybervilles, par des cours en ligne, des publications à télécharger, des projets de
formation professionnelle pour la citoyenneté en ligne, des informations sur les
universités, les centres de recherches, les écoles, etc. Il doit également être mis
en place des ateliers pour motiver la construction de pages personnelles, évaluer
et donner de la visibilité aux compétences individuelles de la communauté. Ici,
l’intérêt est de renforcer la puissance cognitive individuelle et de détecter les
compétences pour qu’elles puissent entrer en synergie, en faisant du cyberespace
un allié de l’espace de lieu.
Le capital technique, dans les projets qui impliquent des technologies de
communication dans l’interface avec l’espace urbain, est un facteur conditionnant. Le capital technique devrait être développé à partir des réseaux à haut
débit, des réseaux sans fil (wi-fi), des télécentres, des kiosques publics. Il doit
motiver aussi la formation technique, le développement des logiciels et le design
de sites web et des logiciels. Dans ce cas, nous voyons le pouvoir de l’action et de
la communication en tant que condition nécessaire, mais pas suffisante, pour
des projets de cybervilles. Plusieurs projets en cours de cybervilles visent l’implantation et la création d’une vaste structure technique comme si, per si, elle
pouvait créer les synergies sociales nécessaires. Les problèmes se produisent
exactement du fait de cette vision technicienne. Le capital technique est conditionnant, mais il ne peut pas être mis en application sans la valorisation des trois
autres capitaux.
Pour conclure ce petit article, nous pouvons dire que, à partir de ce modèle, il est
possible d’établir des processus d’intelligence collective en utilisant le potentiel
des nouvelles technologies de communication dans un espace urbain spécifique.
Nous éviterons ainsi l’introduction des nouvelles technologies sans fondement
social et culturel. Nous cherchons à valoriser la cyberculture dans sa dimension
concrète et non pas utopique, comme forme en puissance pour la reconfiguration
de la vie urbaine.
Les nouvelles villes, ou les villes monde, comme le suggère Saskia Sassen,
sont des villes où les flux de communication dépassent déjà les échanges dans
des espaces de lieu. Les villes contemporaines sont situées dans des territoires
géographiques bien cadrés, mais elles sont, en réalité, des pôles de diffusion des
problèmes globaux. Dans cette condition de la mondialisation des flux d’information, penser les villes et les nouvelles technologies demande des efforts complexes que le « Modèle d’Intelligence Collective Appliqué aux Cybervilles »
(Lévy-Lemos) en question prétend aider. Encore une fois, il ne s’agit pas d’utopie, mais de puissance.
Ceci n’est pas un exercice de futurologie mais une forme de collaboration
effective de connaissances, de compétences et de puissances sociales par le biais
des nouvelles technologies de communication et d’information. Avec le modèle,
nous cherchons a éviter le technicisme qui voit dans la mise en place de technologies d’information une panacée. Au contraire, nous appelons à une mise en
valeur de l’intelligence distribuée, qui fait de l’information un outil important
pour la communication sociale, pas le contraire. Le but est d’établir des processus de communication enracinés dans la vie sociale, et non pas d’insister sur
l’utopie de la transparence de l’information qui nous rend transparents les uns
par rapport aux autres.
·
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WHEELER, J. O., AOYAMA, Y. et al. (org.), Cities in the Telecommunications Age.
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[1]
Professeur à la Faculté de Communication de l’Université Fédérale de Bahia, Brésil.
Carnet de Notes :
http:// www. facom. ufba. br/ ciberpesquisa/ andrelemos, email:
alemos@ ufba. br
[2]
Lemos, A., « Cyber-flânerie », in
Sociétés, Bruxelles, De Boeck, n°69, pp. 85-89,
2000.
[3]
Castells, M.,
The Rise of Network Society, Blackwell, 1996.
[4]
Il y a plusieurs dénominations comme par exemple, villes virtuelles, villes numéri-
ques, village virtuel, entre autres. Sur ce thème, voir Graham, S., Marvin, S.,
Telecommunications and the city, Routledge, 1996 ; Lemos, A., « Ciber-Cidades »,
in Lemos, A., Palacios, M.,
Janelas do Ciberespaço.
Comunicação e Cibercultura,
Porto Alegre, Sulina, 2001 ; Lévy, P.,
Cyberdémocratie, Paris, Odile Jacob, 2002 ;
[5]
Ce modèle est parti de la proposition générale d’un modèle d’intelligence collective,
de Pierre Lévy. Cela fait partir de la coopération académique entre le Centre d’Étude
et de Recherche en Cyberculture de l’Université Fédérale de Bahia et le Centre de
Recherche en Intelligence Collective de l’Université d’Ottawa, Canada.
[6]
Cet article fait partie de la rechercher Cybervilles, avec l’appui du CNPq/Brésil, de
l’accord de coopération CAPES/ICCTI, avec l’Université d’Aveiro, au Portugal, et de
la coopération académique entre le Centre d’Étude et de Recherche en Cyberculture
de l’Université Fédérale de Bahia et le Centre de Recherche en Intelligence Collective
de l’Université d’Ottawa, Canada.
[7]
Mitchell, W.,
E-topia, The Mit Press, 2000.
[8]
Sur l’histoire des villes voir, Mumford, L.,
A Cidade na História, Martins Fontes,
1982.
[9]
Voir Dupuis, George,
L’urbanisme des réseaux, théories et méthodes, Paris, Ar-
mand Colin, 1991.
[10]
Voir Lemos, André,
Cibercultura. Tecnologia e Vida Social na Cultura
Contemporânea, Porto Alegre, Sulina, 2002.
[11]
Sur la libéralisation de l’émission de l’information, voir Lemos, A.,
Cultura das Redes,
Salvador, EDUFBA, 2002.
[12]
Lemos, A.,
Cibercultura,
op. cit.
[13]
Il y a plusieurs projets en marche partout dans le monde. Il y a aussi des transforma-
tions visibles dans les nouvelles carctéristiques des villes aujourd’hui (arrêt d’autobus
avec télémétrie,
home banking, kiosques publics, etc.). Sur le thème, voir le site
Cibercidades, in
http:// www. facom. ufba. br/ ciberpesquisa/ cibercidades.
[14]
Sur la socialité et la société contemporaine, voir les divers livres de Michel Maffesoli.
[15]
Lévy, Pierre, Conférence de présentation de la « Science de l’intelligence collective »
à la Faculté de Communication de l’Université Fédérale de Bahia, inédite sur power-
point, Salvador, 2002.
[16]
Sur le projet Aveiro Cidade Digital, voir le site officiel en
http:// www. aveiro-digital. pt.