2003
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Activités sociologiques
Rends gorge, enfin, langage insoumis...
Hélène SAPIN
Marcel Bénabou, Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres, PUF,
2002
À lire le titre, on croirait un canular, un bon mot… Qu’est
ceci, sinon un livre de Bénabou, comme l’objet qu’on a entre les mains semble
l’indiquer ? Hé bien oui, qu’on prenne la chose comme on voudra, il faudra se
rendre à cette évidence : Bénabou n’a écrit aucun de ses livres, ou plutôt,
avertissement liminaire, ceci n’est pas un livre.
Enseignant et chercheur à l’université, Marcel Bénabou ne s’est
jamais senti écrivain, sinon putatif. Pourquoi je
n’ai écrit aucun de mes livres, son premier roman qu’il publie à 47
ans, vient de reparaître aux PUF l’année dernière, la première édition de 1986
étant épuisée.
« Roman sur la difficulté d’écrire ». Voici un sujet qu’on
croyait éculé par l’homo scriptus
moderne depuis Mallarmé. Mais après tout, si Bénabou répète la litanie
beckettienne – impossibilité d’écrire, impossibilité de ne pas écrire –, quel
mal y a-t-il à cela, car comme il le dit justement, « Si l’on voulait que
certaines vérités puissent continuer à vivre, ne fallait-il pas sans cesse les
redire ? (…) » ; ne faut-il pas « l’effort fait par quelques-uns pour les
recréer jour après jour » ? Ceci dit, point tout à fait aussi désespéré que
Cioran, et loin du pathétique de Flaubert, Bénabou fournit ici sur le thème du
livre impossible une variation joyeuse douée d’un sens exquis de
l’auto-dérision. Tout au long de ce récit « d’un amour malheureux (…) et
finalement peut-être impossible, celui de son auteur avec une certaine idée de
la littérature », l’Oulipien qu’est Bénabou joue avec nos attentes, renchérit
d’humour et d’ironie, mêle confidences et références, attaque ses propres
propos avec la voix des autres (Borges, Blanchot…).
Pourquoi… n’est pas un essai, c’est
une confidence qui a manière d’aveu : moi, Bénabou, qui ai toujours voulu
écrire un livre, qui suis peut-être en train d’en faire un – qui sait ? –, je
vous avoue toutes les préventions dont les données de mon caractère et de ma
vie m’ont armé contre l’écriture.
Mais penchons-nous d’abord de plus près, par méthode, sur ce
premier paradoxe : le titre provoque, clin d’œil au
Comment j’ai écrit certains de mes
livres de cet autre oulipien d’esprit, Raymond Roussel. Clin d’œil
seulement, car tandis que le titre de Roussel est une clé de lecture, celui de
Bénabou, et l’explication première qu’il en donne, semblent une boutade : si
Bénabou n’a écrit aucun de ses livres, « ce n’est pas qu’un autre les ait
écrit, ce n’est pas non plus que j’aie écrit les livres d’un autre, ni même
simplement que je n’aie rien écrit ». Quels sont-ils donc, ces livres, si
personne ne les a écrits, et comment seraient-ils les vôtres, Monsieur Bénabou,
si vous ne les avez pas écrits ?, se demandera légitimement tout lecteur de bon
sens. L’auteur imperturbable répond : « Mes livres existent, j’ai pu les
rencontrer, par bribes, dans les livres d’autrui. » Les Oulipiens
n’existaient-ils pas bien avant l’Oulipo, et Bénabou ne projette-t-il pas de
publier une anthologie des Oulipiens grecs et
romains? !
Aguicheur, intrigant, le titre ne sera pas désavoué en cela par
un récit où, dès les premières pages, de réjouissantes provocations
s’accumulent :
- Ceci n’est pas un livre, donc à quoi bon le lire, alors
qu’il y a tant de livres sans lecteurs ?
- Moi, Marcel Bénabou, je n’ai jamais écrit un livre, non
que je ne le veuille pas – je ne désire que cela ! – non que j’en sois
incapable – tenez, voici tout ce que j’aurais pu écrire ! Et l’auteur de
dévider en effet, à la pointe acérée d’un conditionnel passé à valeur
d’hypothèse, le fil de tous les canevas, styles, personnages, titres même, des
splendides ouvrages qu’il aurait pu écrire.
Ainsi, ces livres, non par bribes mais de façon achevée, il
aurait fallu les écrire soi-même, l’auteur ne le nie pas. Pourquoi donc ne pas
l’avoir fait ? Bénabou sait qu’il n’est pas le premier à avoir choisi de ne pas
écrire. Mais il se défend de toute posture familière : non, ce n’est pas qu’il
préfère l’oral et ne célèbre que le réel, qu’il prône le silence comme valeur
suprême ou déplore l’impossibilité de toute création véritable, ou même
l’inutilité de l’art dans un monde voué à la destruction ; rien de cela. Bien
pire. En exergue à l’un de ses chapitres, il cite Mallarmé, le grand poète : «
un livre qui soit un livre, architectural et prémédité, et non un recueil des
inspirations du hasard, fussent-elles merveilleuses. » Le revoilà, en toile de
fond, sous-tendant l’ensemble, le fantasme mallarméen de l’édifice littéraire
total! Face à cet horizon, inaccessible et donc seul authentique, du « grand
œuvre », voici Bénabou, nouveau croyant, entré un jour en littérature pour ne
plus en sortir, fasciné et paralysé à la fois, incapable de se mettre en marche
sur cette voie trop grande. Idolâtre de la grande église littéraire, il ne peut
y entrer.
Ainsi la vocation d’écrire, fascinante, inoxydable, se mue en
commandement inverse : « tu n’écriras point ». Il est tout autant impossible au
zélote de toucher à l’idole que de détacher d’elle son regard. Le livre à
écrire : un but aussi inaccessible qu’incontournable.
Au fil des chapitres, remontant toujours plus loin dans le
temps, comme pour retrouver l’origine du mal, Pourquoi… raconte quels obstacles Bénabou a
méticuleusement dressés à son désir d’écrire. On ne laisse pas de penser à
cette définition des Oulipiens par eux-mêmes : « rats qui ont à construire le
labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». Au fil des chapitres, se tissent
les fils de la toile assassine. « Pendant de longues années, mes livres
existaient car je ne cessais d’y penser, seulement je ne les avais pas encore
écrits, puis j’ai renoncé à l’espoir de devoir jamais les écrire. »
Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes
livres fonctionne donc sur ces deux pans :
Pourquoi… ou grandeur et décadence de
l’ambition d’écrire. D’abord récit de l’obsession d’écrire, il devient celui de
son renoncement.
Comiquement, voici un livre aux allures de non-livre mode
d’emploi, le comble de Bénabou étant de parvenir à n’écrire aucun livre en s’y
essayant toujours : il s’agit de comprendre comment, prenant la chose par tous
les biais possibles, même en s’y acharnant pendant toute une vie, on peut ne
pas réussir à écrire un livre. Dans le même temps, l’auteur nous livre tous les
trucs, toutes les ruses qu’il a pu employer pour tromper cette paralysie.
Invariablement, ses démarches se sont vu solder par l’échec. Ou, s’il y eut un
succès, d’autres obstacles se sont présentés ! Au-delà de ce que son personnage
d’anti-écrivain a d’hilarant, Pourquoi… brosse en creux le portrait d’une
autre époque du « tout est dit et l’on vient trop tard » : un milieu de siècle
qui ne se nourrissait plus des illusions surréalistes, qui refusait
l’engagement de type sartrien. Cette époque qui a donné naissance à
l’Oulipo.
Mais pourquoi avoir fait vœu, tout d’abord, de littérature ? «
Pourquoi ai-je un jour cru que je devais écrire ? » C’est au sein d’un milieu
littéraire, où on écrit et surtout publie, que Bénabou a grandi et étudié.
Surtout, pour cet exilé de la France, l’enjeu de l’écriture s’est imposé très
tôt en vertu d’un sentiment de dette à l’égard du français. Il fallait « lui
sacrifier le plus précieux que je pouvais offrir : une part de ma vie active »
; être « serviteur de la langue », « ouvrier du français ». Pourquoi donc,
malgré cette vocation impérieuse, jamais remise en question par les échecs et
les obstacles intimes et extérieurs à la fois, pourquoi cette impossibilité
d’écrire un livre ?
C’est que « L’humilité doucement succédait à l’orgueil. » ;
qu’au fil du temps, le doute de pouvoir écrire s’est fait consubstantiel à la
certitude de devoir écrire, installé en son sein et la nourrissant. Le doute
assaille toute tentation dans une fureur omnidévorante. Certain du livre à
écrire, Bénabou l’est avant tout des façons de ne pas l’écrire, et se défend
des pièges de l’écriture. Il se méfie de tout : histoire, style, structure,
lecteur même ! Dès ses débuts d’écrivant, il croit devoir se défaire de la
conception romantique fallacieuse d’ « inspiration », de « génie créateur ». Il
évite les pièges connnus du journal intime. Mais à y bien réfléchir, même le
monde de l’imaginaire lui paraît suspect, où il y « avait trop de liberté, et
une forme de pouvoir dont je craignais d’avance de devoir faire mauvais usage
(…). Je découvris soudain que je n’aimais pas cet univers enchanté où il suffit
de dire les choses pour qu’elles soient tenues pour vraies. » La précipitation
non plus n’est pas épargnée. Mieux vaut, pour Bénabou, une procrastination
méditée à tout type d’enthousiasme. Car même si l’apprenti-auteur se félicite
de quelques succès, ces micro-succès mêmes sont la marque d’un plus flagrant
échec. Voyons par exemple cette construction idéale de « la première phrase,
brillante et absolue, du premier paragraphe, de la première page, parfaite, et
gorgée de promesses ». Immanquablement, une fois accomplie, cette première page
annihile toute possibilité de suite. Plus on écrit un peu seulement, plus on se
sent une dette à l’égard de l’écriture, nouvelle obligation pour un
accomplissement plus sérieux. Mauvaise conscience et paralysie sont les
acolytes de la jubilation d’écrire, et c’est avec un humour très noir que
l’auteur se dépeint amoncelant sur sa table les premières pages, voire les
premiers chapitres, qui n’auront pas de lendemain. Dernière aporie, le fait de
ne pas écrire même est trompeur et Bénabou refuse le silence, se méfiant « du
lecteur qui se juge en mesure de déceler sous un silence un cri, derrière telle
absence un signe, dans la dénégation même les traces d’un aveu.
» Impasse. Mais, ironie d’un esprit tordu, on l’aura compris,
la pénitence même chez Bénabou se teinte de complaisance, l’auteur avouant la «
joie amère qui me saisit d’ordinaire face à la certitude de l’échec. » Par un
mouvement centripète, une série de parenthèses qui s’ouvrent et se refermeront
toutes – l’enfance est à leur cœur –, par approximations successives, le carcan
du récit se referme avec une sorte de jubilation sur la logique fatale de son
sujet : l’impossibilité d’accomplir. Pourquoi… est le récit étroitement serré du
paradoxe de notre rapport aux choses, dialectique permanente entre l’invitation
chaleureuse et la distanciation glaçante. Chaque chapitre, chaque phrase
presque, repose sur ce balancement binaire inexorable dont la stérilité est le
fruit. Face à la langue française par exemple, Bénabou ne peut qu’osciller
entre « dévotion superstitieuse et admirative ferveur ». Pétrifié
donc.
Mais si le fond de son discours est sombre, Bénabou déborde
d’humour : nous confiant ses tourments et ses espoirs d’auteur, il répète son
mépris à l’égard de la littérature de confidence : « J’ai toujours refusé
d’être de ceux qui écrivent sur l’écriture » ! Certes, « écrire, c’est une
affaire de langage et non de confession » ; « écrire, à bien y regarder,
qu’est-ce d’autre que tracer deux lettres et puis rire ? » Et en effet, il
s’accorde tantôt une trêve ontologique : car ne suffit-il pas de réjouir ? Le
lecteur n’a-t-il pas voix au chapitre et l’auteur serait-il vraiment seul sur
la route du Livre ? « Si j’ai réussi à vous décourager de me lire, c’est que je
ne suis pas le littérateur que je me crois toujours être. » Si nous ne sommes
pas découragés, c’est que… Monsieur Bénabou est un esprit logique et nous lui
savons gré de nous accorder enfin sa confiance. Qu’il se rassure donc…
Au fur et à mesure qu’on avance dans le livre, qu’on se
prélasse dans les délices raffinées de son style, ce paradoxe paraît de plus en
plus flagrant : écrire qu’on ne peut pas écrire… quelle grâce pour nous,
Monsieur Bénabou, que vous ayiez enfin accepté d’écrire ! Point inflexible et
froid commme le lecteur que ce livre postule, on est reconnaissant de
l’existence de ce livre, abouti, chapitre après chapitre, et on aurait envie de
plaindre son auteur, d’avoir des nouvelles de son état nerveux… Mais c’est
qu’il y a un goût de victoire dans ce premier livre-là – bien sûr, sinon il ne
serait pas ! En effet, « ce non-livre ne m’a coûté aucune des difficultés qu’il
ne cesse de dénoncer », mais c’est parce que « j’écris ici un livre dérisoire
alors que j’aurais voulu écrire un livre revêtu de splendeur et de solennité. »
Tant pis. Nous nous contenterons joyeusement de ceci.
Mais que s’est-il donc passé, à la fin, pour qu’écrire un
livre, dérisoire même, soit possible ? Au bout du douzième et dernier chapitre,
l’auteur découvre enfin la voie fendue dans l’impasse : « Pour contourner les
obstacles qui m’avaient jusque-là arrêté, il m’aurait fallu trouver un mode
d’écriture qui ne risque ni de dévoyer ni de dévoiler son auteur. Une écriture
en somme qui s’engendrerait elle-même. Je l’ai cherchée partout.
» Il l’a trouvée. Car si l’écriture de soi, si la fiction sont
des leurres, si toute prise de position pour ou contre le livre même est un
leurre, et s’il demeure pourtant impossible de tourner le dos au langage, il ne
reste plus qu’à… jouer : « Le mieux était de retourner contre la littérature
ces armes (…) que sont (…) les ambiguïtés et les faiblesses mêmes du langage »
; « bravant les interdits les plus vénérables, érigeant même cette
transgression en méthode, je m’essayais à tous les blasphèmes, à tous les
sacrilèges, mêlant (…) l’extrême puérilité à l’extrême sérieux ». Pour une
nouvelle alchimie du verbe, l’idolâtre déçu endosse la robe joyeuse de
l’iconoclaste. De la sacralisation à la futilisation de l’écrit, il n’y a qu’un
pas, ou plutôt un saut. « Provisoirement délesté de mes vastes projets, je
réapprenais les rudiments. » C’est l’entrée dans le groupe de l’Oulipo et dans
ses jeux de langue féconds, sur lesquels Bénabou s’expliquera en ces termes
face à Guadalupe Nettel: « Si certains sont inspirés, écrivent avec leur âme,
c’est respectable, mais nous, nous écrivons avec des lettres, des syllabes, des
mots ». On ne s’étonnera pas que l’auteur ait trouvé dans l’Oulipo la seule
voie d’accès à l’écriture, vraie parce qu’achevée, et, par là, la voie du livre
: « Cette mécanique était pour moi le seul moyen d’échapper à la stupeur ». Par
son aspect à la fois desséchant et magique, la contrainte formelle force le
texte à prendre corps. Pérec le disait aussi: « Je n’ai pas d’imagination.
C’est la contrainte qui me donne de l’imagination. » Par l’exploration
méthodique des potentialités de la littérature, et plus généralement de la
langue, Bénabou a pu enfin adopter une attitude de victoire dans l’écriture,
forçant le langage à rendre gorge, à révéler ses ressources cachées. C’est le
sujet des derniers chapitres de Pourquoi je n’ai
écrit aucun de mes livres, c’est la démonstration formelle de ce
roman classé parmi les oeuvres oulipiennes, et qui regorge effectivement de
gaietés.
Joueur, Bénabou y raconte ses nouveaux jeux. En pastichant ce
mètre à qui il faut tordre le cou, il raconte que « du père Hugo, penaud et qui
n’en pouvait mais, je fis d’un trait de plume un modeste laquais, un humble
pourvoyeur de proverbes postiches, un vaste réservoir où puiser l’hémistiche »
; il adresse ailleurs un clin d’œilau père Roussel, affirmant réussir enfin à
ne plus voir « dans les lettres du blanc que les blancs de la lettre ».
Ailleurs encore, il se voit dépossédé de sa plume par un lecteur excédé,
impatient, qui se mêle de dialoguer avec lui et combattre ses positions pour le
ramener à la raison, ou qui, tantôt plus aimable, se contente de lui donner un
conseil de bon sens. Plus tard, Bénabou prétend avoir égaré ses notes et, trop
paresseux pour réécrire l’ensemble du chapitre initialement prévu, il ne nous
en restitue que le résumé. Ce livre est l’expérience même de son sujet, fragile
et rieur édifice, offert aux jeux de l’intertexte, de l’ironie féconde des
mots.
Bénabou nous le dit, il souhaite par ce récit « susciter un
malaise (…) chez ceux qui se livrent en toute quiétude à l’activité littéraire,
et rendre au contraire un peu de repos à tous ceux qui souffraient de ne pas
écrire. » On peut le supposer en effet, parmi les hommes qui par centaines
chaque année rejoignent la horde des faiseurs de livres, rares sont ceux qui
auront lu celui-ci. Et en effet, paradoxalement, la confession de Bénabou
s’avère désinhibante : une autodérision qui redonne l’envie de rire pour
écrire.
Finalement, l’expérience qui se lit dans
Pourquoi… justifie encore la démarche
de l’Oulipo. Depuis son entrée dans le groupe en 1969, l’auteur accommode la
langue, et tout particulièrement ce que Pérec nommait « langage cuit », à de
nouvelles sauces. Et depuis ce premier livre, doit-on dire qu’il s’y est
résigné, ou qu’il y a réussi, Bénabou semble en tout cas avoir enfin cessé de
ne pas écrire ses livres…
Mais poursuivons encore un peu l’histoire. S’il est possible
d’écrire des livres, c’est qu’on ne peut mettre en langue que l’aporie du
langage, et le narrateur chez Bénabou n’a pas fini d’interroger l’énigme que
Bénabou l’auteur a enfin contournée. « Mon lecteur n’entre jamais de plain-pied
dans l’histoire, il entre toujours en rapport avec quelqu’un qui essaie de lui
raconter une histoire et qui lui explique comment il y arrive ou comment il
échoue. » « Mes livres se présentent comme des fragments de livres
imaginés.
» Soit. Mais ceci accepté, n’y aurait-il plus d’obstacle à
l’existence du livre ? C’est qu’on connaît mal Bénabou…et l’on n’est pas au
bout de ses peines. Tandis qu’il réussit à écrire ses livres, l’auteur
admoneste encore son lecteur : Jette ce livre
avant qu’il soit trop tard, « roman sur la difficulté de lire »
(Seghers, 1992). Histoire du vivant, du désir jamais assouvi, à la poursuite de
l’insaisissable concept de littérature, l’œuvre de Bénabou n’a pas fini de
renouveler dans l’expérience littéraire le goût de l’obstacle qui fait
vivre.