2003
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
Écriture et théâtre
Jérôme Dubois
[1]
« Mais les traces de l’action commune sont vites effacées, et
d’abord très mêlées. Encore tout acte est-il geste, et tout geste écriture. Ces
gestes, ces écritures ont pour nous valeur primordiale, et s’il est vrai, comme
James l’a montré, que tout geste a sur la vie de l’esprit une influence qui
n’est autre que celle de toute forme, le monde créé de l’artiste agit sur lui,
en lui, et il agit sur d’autres. »
Henri Focillon, La vie des
formes, PUF, 1993 (1943), p. 81.
« Si le symbole est connu et compris, c’est déjà de l’écriture. »
Marcel Mauss, Manuel
d’ethnographie, Payot, 1967, p. 144.
Deux perpectives seront mises en regard : la première concerne
les linéaments de l’écriture. La seconde une institution de l’écriture : le
théâtre. Elles ambitionnent de déconcerter sur le fait écrit et sur le
phénomène théâtral. Mais avant : un prologue.
La tragédie précède d’un demi-siècle la philosophie socratique
et de deux siècles la
Poétique
d’Aristote. La tragédie s’est considérablement modifiée. À tel point qu’elle
semble convenable à Aristote tandis que son maître Platon répudiait les poètes
hors de la cité : « tout poète est un imitateur, un créateur de trompe-l’œil,
doublement éloigné de la réalité de l’Idée. C’est pour cette raison qu’il
bannit les poètes tragiques, tout comme Homère, de sa cité idéale. »
[3] Aristote reprend à la suite
de Platon le terme
mimèsis, mais est
plus intéressé par le phénomène : celui-ci n’est plus une dégradation vis-à-vis
du réel mais au contraire est doué d’un caractère « philosophique »
[4]. Aristote lui « avait
entièrement consacré trois ouvrages, dont aucun n’est conservé : l’un avait
pour sujet les victoires dans les Dionysies et dans les Lénéennes, un autre les
tragédies et une troisième les instructeurs des drames et des chœurs (…). Il a
aussi développé dans sa poétique, dont seule la première partie nous est
parvenue, une analyse de la tragédie et de la comédie. »
[5] Partant de la
Poétique, Hanna Arendt a mis en
évidence une altération de sens : « Aristote considère l’agir en terme de
faire, et le résultat, les rapports entre les hommes, en terme d’ouvrages
accomplis. » Toutefois, elle ne spécifie pas le changement de contexte qui
donne sens à l’interprétation d’Aristote : « Au début du théâtre grec, avec
Thespis ou avec Eschyle à ses débuts, le poète est l’unique acteur et le chef
du chœur. Eschyle va introduire un deuxième acteur, et Sophocle un troisième. À
partir du IV
e siècle avant J.C., le poète n’est plus
acteur lui-même, et l’on voit apparaître des comédiens professionnels qui sont
à la fois chef de troupe et chef de chœur : ils dirigent les choreutes qui ne
sont pas professionnels mais de simples citoyens qui chantent et dansent pour
accompagner le spectacle. »
[6] Le poète semble s’être retiré de l’action pour
laisser place au « faire » : une objectivation illusoire des données de
l’action imprévisible et irréversible des hommes.
Pour une appréhension plus en amont du phénomène, vers une
genèse mythique, revenons sur les liens qui unissaient les cérémonies en
l’honneur de Dionysos avec la tragédie ou « chant du bouc ». Ces rites ont
assagi un enfant terrible : « Dionysos devait soulever résistance et
persécution car l’expérience religieuse qu’il suscitait menaçait tout un style
d’existence et un univers de valeurs »
[7]. Parallèlement aux cérémonies, ce rite interdit se
poursuit hors de la cité où seuls des initiés sont conviés – ni Aristote ni
Platon ne semblent en avoir fait l’expérience : Les bacchanales sont célébrées
la nuit (tandis que les grandes Dionysies, durant lesquelles les poètes
présentaient trois tragédies et un drame satyrique, avaient lieu sur quatre
jours), loin des villes, sur les montagnes et dans les forêts. Les convives
déchirent et dévorent la chair crue d’un animal – figure des épiphanies ou
incarnations de Dionysos –, dans un emportement extatique : une possession. «
En tout cas on pouvait s’approcher de lui, on arrivait à l’incorporer. »
[8] Divinité venue de l’étranger,
« il est fort possible que Dionysos soit un avatar de Shiva (…). Dans le
polythéisme shivaïte comme dans le dionysisme, le fidèle devient le dieu pour
lui rendre hommage. Ce changement d’état – passer de l’humain au divin –, se
fait en utilisant des techniques très particulières dont nous verrons qu’elles
ont finalement donné naissance au théâtre. »
[9] Cette hypothèse rejoint celle formulée par Eliade :
l’acteur poète serait issu de cette danse rythmée au son des flûtes et des
percussions où Dionysos est incarné et scandé confusément. Quoi qu’il en soit,
le dithyrambe est porté par cet
enthousiasme
[10] que Platon assimile à une
mania, folie (amalgame que les Pères
de l’Église ont repris au Moyen âge).
Nietzsche remarque quant à lui la nuance qui se profile entre
poète et acteur : « Nous trouvons dans l’acteur l’homme dionysiaque, le
poète-chanteur-danseur instinctif, mais l’homme dionysiaque joué. »
[11] Il note également la
prééminence de l’oralité : « le lien naturel entre la langue des mots et celle
des sons n’est pas encore rompu. »
[12] Le livre n’est pas alors un apanage qui permet de
lire
[13] la poésie.
Celle-ci est portée par la musicalité de la langue :
orchestra vient du verbe danser et
désigne le lieu où le chœur proférait la voix de la cité. On imagine : le chœur
placé entre la
skênê – lieu caché où
les acteurs revêtaient le masque – et le
théatron où se tenaient les spectateurs. Au
milieu de l’
orchestra se tenait la
tymélée, autel du sacrifice.
Contrairement à l’idée reçue, il n’y avait « pas de nom, ni sans doute de
concept, pour désigner ce que nous appelons « théâtre ». »
[14] Comme nous avons vu plus haut, cet
ensemble a évolué. Une tendance attribue au chœur un rôle de plus en plus
faible – les personnages ne répondant plus à son chant, évoluent indépendamment
: « Le rôle du chœur, très important dans les tragédies plus anciennes, diminua
irrégulièrement dès le V
e s. av. J.-C. Les dialogues entre
le chœur et les acteurs devinrent de plus en plus rares, alors qu’augmentaient
ceux des acteurs entre eux et les parties chantées par les acteurs eux-mêmes.
Le lien entre le chœur et l’action se distendit au point que, dans la seconde
moitié du V
e s. av. J.-C, des interludes musicaux
indépendants du sujet des pièces furent pour la première fois introduits (…).
»
[15] La rupture la
plus conséquente survint avec Euripide – inspiré du « théâtre de la vérité »
(
mathesis) souhaité par Platon – qui
instaura des dialogues parlés qui éloignent la prééminence du dithyrambe et du
chœur. « Les multiples compétences qu’avait l’auteur dramatique de la fin de
l’époque archaïque se réduisirent peu à peu à celle d’un écrivain et,
secondairement, d’un compositeur de musique et de danse, d’un metteur en scène
et d’un instructeur. Pour ces dernières tâches, il pouvait être, nous l’avons
noté, aidé par des professionnels. »
[16] Nous retrouvons ici le contexte propice à la théorie
d’Aristote selon laquelle chant et spectacle – la mise en scène – sont des «
agréments » qui procurent le plaisir mais ne sont pas inhérents à la poétique :
« la tragédie subsiste même sans concours ni acteurs, et en outre, pour la mise
en scène, l’art de l’homme préposé aux accessoires est plus important que celui
du poète. » Une distinction s’établit entre les arts de la scène et la poésie.
N’est évoqué – dans ce qui nous reste de la
Poétique – ni la mise en scène
[17] ni le rôle de
l’acteur
[18]. Dans
cette abstraction, le poète se détache : il acquiert le statut d’écrivain, le
poème celui de texte.
Or, au regard de la création théâtrale, c’est un contre sens.
En amont, « le texte de théâtre ne saurait être écrit sans la présence d’une
théâtralité antérieure
[19] (…). On écrit pour, avec ou contre un code théâtral
préexistant. »
[20] En
aval, si l’écrivain se dissocie de la scène, s’il meurt et que demeure le texte
– puisque l’écriture permet ce prodige –, reste que « la mise en scène est une
écriture sur une écriture »
[21] : une production de sens. Tout est langage au
théâtre : architecture, prosodie, gestes, décors, lumières, costumes,
accessoires, musique, sons, etc. Se détacher de ce contexte, c’est se méprendre
sur la dramaturgie.
[22] Certains dramaturges se sont inquiétés lorsque leurs
pièces passaient de la scène au livre : « on sait bien que les comédies ne sont
faites que pour être jouées », écrit Molière dans une adresse au lecteur. Et il
ajoute : « Une grande partie des grâces qu’on y a trouvé dépende de l’action et
du ton de la voix et je ne conseille de lire celles-ci qu’aux personnes qui ont
des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre.
» Aujourd’hui comme jadis, la séparation entre poète et acteur
est toute relative : « Dans un premier temps, les liens entre les poètes et
leur interprètes étaient très étroits. Le poète jouant le rôle principal, celui
de « protagoniste », il choisissait lui-même un acteur pour un deuxième rôle et
un autre pour le troisième. La plupart des grands dramaturges athéniens furent
les premiers d’une grande lignée d’hommes de théâtre, ce qui n’a rien que de
normal dans cette Grèce antique où les métiers, même les plus créatifs, se
transmettent généralement de père en fils. Les deux fils D’Eschyle écrivirent
des tragédies, tout comme ses neveux, sur quatre générations. Un fils et un
petit-fils de Sophocle composèrent des tragédies. Des trois fils d’Euripide,
l’un fut acteur et un autre poète tragique. Le fils d’Aristophane composa des
tragédies. »
[23] Plus
près de nous, Molière, Shakespeare écrivaient pour eux-mêmes et pour les
acteurs qu’ils côtoyaient ; selon Koltès – metteur en scène de ces premières
pièces et acteur catalyseur de la première : « on n’écrit pas des pièces avec
des idées, on écrit des pièces avec des gens.
» Avant de passer au premier acte, donnons – comme nous enjoint
Hanna Arendt – au procès de l’écriture, la
poêsis, le double sens du mot « agir » : « Aux
deux verbes grecs
archein (« commencer
», « guider » et enfin « commander ») et
prattein (« traverser », « aller jusqu’au bout
», « achever ») correspondent en latin
agere (« mettre en mouvement » « mener ») et
genere (dont le premier sens est «
porter ») »
[24]. Toute
action poétique est donc binaire
[25] : une initiative – souffle du masque
persona – insufflée par la passion
hubris; une portée à laquelle
plusieurs
persone participent en
apportant leur souffle ou en essoufflant son effervescence.
B. Les linéament de l’écriture
Lorsque l’enfant était enfant, il marchait les bras
bal-
lants. Il voulait que le ruisseau soit une rivière et
la
rivière un fleuve et que cette flaque d’eau soit la
mer.
Lorsque l’enfant était enfant, il ne savait pas qu’il
était
enfant. Pour lui tout avait une âme et toutes âmes
n’en faisaient qu’une.
Les ailes du Désir
de Wim Wenders.
À sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où lui la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rives, savanes !
Les poètes de sept
ans, Arthur Rimbaud.
Si un enfant de douze mois trouve un feutre, il tracera des
lignes qui auront peut-être pour vous les traits d’une esquisse mais qui seront
plus vraisemblablement des traces sans autre intention que le plaisir de voir
une extension de soi. Il est possible que ces lignes ne s’en tiennent pas à une
feuille mais débordent sur la nappe et au mur, sur son corps et le votre. Ce
n’est pas tant le sens du message qui vous préoccupe – celui-ci semble simple :
ces lignes que je trace me lient au monde et à toi – mais son étendue
[26].
Un problème se pose à vous : délimiter un cadre. Or celui-ci
induit un préliminaire qui n’est pas de votre unique ressort : « Avec le corps
et le contact corporel se pose la question de la maintenance du cadre, tout
comme les différentes substances qu’il rejette et ses mouvements involontaires
poseront la question des limites du cadre et des tensions dont il est objet.
»
[27] À un an, un
enfant porte encore les objets à sa bouche et n’a pas la maîtrise de ses
gestes. Il s’agit ne plus laisser à portée de main un crayon tant que
l’arraisonnement de la feuille ne pourra contenir ces lignes. Vers dix huit
mois une feuille grand format en retiendra une partie significative… Pour le
moment, vous apprêtez son lignage dans un sillage qui ne laisse pas de
visibilité : les ondes intangibles de la parole. Celle-ci est une
extériorisation de tous nos sens à la fois, elle n’est pas simplement verbale
mais aussi musicale, gestuelle et visuelle. Après le babillage, un sens advient
pour les oreilles autour de lui et en lui : le mot se fait symbole en liant –
tout en distinguant – les choses entre elles et avec vous. On le répète. Il
s’inscrit dans un groupe de mots qui préfigure un sens au dire, un vouloir dire
: « L’idée est quelque chose qui relève de la langue, et plus précisément le
moment, dans l’essence du mot, où celui-ci est symbole. »
[28] Le mot lui-même –
son équivalent grec
dynamis, le latin
potentia – indique ce caractère
potentiel. Plus ou moins vite, l’enfant accède à la parole
[29] et pourra « se communiquer au lieu de
communiquer quelque chose, la soif, la faim, l’affection, l’hostilité ou la
peur. (…) et se distinguer lui-même. »
[30] Dès lors, par autorité – au sens de forme qui permet
de croître – de la langue qui vous unit à l’enfant, il vous suffira de quelques
mots pour délimiter le champ de son expression : « essaye de ne pas dépasser ».
Le coloriage aura pour but d’apprendre des couleurs et des figures mais aussi
et surtout de maintenir la pointe du crayon dans un cadre restreint. C’est un
travail de minutie. Le trait prend de l’assurance. Le corps acquiert une
aisance. Peu après, sa dextérité fait émerger des formes de cet espace de
socialisation qu’est la feuille : animaux, maison, maman, papa, moi, etc. Son
monde irrigue la feuille de nervures et le dessin renvoie à une symbolique en
acte. Toute pensée est avant tout prise de conscience de symboles – images
mentales en rapports de forces – qui forment un récit. « Ni dans l’imagination
ni sur la toile, une représentation du monde extérieur ne peut être
indépendante de l’usage linguistique, c’est-à-dire indépendante non seulement
des catégories mais de l’expérience accumulée incorporée dans le discours.
»
[31] Avant
d’apprendre à écrire – lire par la même occasion – sur une feuille des mots, un
enfant de cinq ans et demie peut vous raconter une histoire complexe qu’il a
vécu et la mettre en dessin. Des livres traînent autour de lui et voici qu’il
décrypte – après un bref apprentissage scolaire et familiale de l’alphabet et
des syllabes – tous les mots qui se présentent sans pour autant les comprendre.
Il demande que vous lui racontiez des histoires et en lisiez
[32] à partir des livres
autour de lui avant de s’endormir. Il peut aussi en inventer une. Sa syntaxe
est assez élaborée pour parler de la vie et du chat qui est mort, de ses
envies, passions, rêves, utopies. « Les poètes que font-ils d’autre, que de
prolonger au-delà de l’enfance le pouvoir de changer l’ordre des mots et
d’altérer la syntaxe ? Et sans doute pour que s’éclairent certaines régions peu
accessible de l’être. »
[33] Il n’a pas un sens social très développé mais ses
questions fusent : « Un mois c’est combien de semaines ? Qu’est ce que je
pourrai faire comme métier ? Docteur des animaux ? Comme toi : théâtre ? » Il
actualise sa pensée sur un plan concret et abstrait, réel et imaginaire. Il
écrit, si écrire c’est prononcer un mot ou faire un geste qui entrent en
correspondance avec d’autres. Il anticipe et tâche de « lire » en lui comme en
vous. Il agit et est agit. Et vous le devinez émerger entre actes et paroles :
« cette révélation de qui est quelqu’un est implicite aussi bien dans ses actes
que dans ses paroles. »
[34] Chacun de notre coté, nous tentons de comprendre,
développer et apprécier notre être par les révélations du langage.
Dans quelque temps, sachant écrire, il pourra « essayer de
mettre sur le papier la sorte de commentaire de la voix intérieure qui
accompagne tous mes actes, un commentaire de moi. (…) C’est plus réfléchi et en
même temps cela me permet de réorganiser l’ordre des choses, de définir leur
sens, d’expliciter de façon plus rigoureuse. »
[35] Pour l’instant, nous en restons à la
puissance de l’énonciation – essentielle à la poétique. Or, quand un énoncé se
veut » parole » : porté par le désir de faire, il prend le caractère d’une
promesse faite à quelqu’un ou simplement à lui-même. Un acte est commué en
parole, il est un acte différé. Simultanément présent – intention –, à venir –
projet –, passé – dont on se souviendra ou pas. Il est en devenir et possible
advenir. Il faudra joindre le geste à la parole afin de parfaire ce qu’elle
exprime. Quoi qu’il en soit, à cet instant, une ouverture au monde s’est faite
en lui: la vérité – cette lutte mnésique et affective contre l’oubli de soi –
peut sortir de sa bouche, comme le mensonge volontaire ou involontaire
[36]. De fait par la lecture
et par l’écriture, des mots viennent enrichir son propos et préciser ses
pensées et impressions. Il y a une incidence cognitive. De même que la pratique
de l’écrit influx sur le parlé
[37] – sans qu’il y ait pour autant une causalité
suffisante (certains écrivains ne sont pas des orateurs). Peu à peu, l’enfant
sait mieux raconter et se dire. « Avant je croyais que notre métier, c’était
d’inventer des choses ; maintenant, je crois que c’est de bien les raconter.
»
[38] La matrice
langue de tout poète est là : elle appartient à une littérature orale et
précède la littérature écrite : « J’écris comme j’entends parler, la plupart du
temps, et je ne sais pas trop comment c’est fabriqué, je ne suis pas un
théoricien. »
[39] Le
dramaturge se situe en tout cas à la charnière entre oralité et écriture : « Le
concret vécu n’est que le point de départ de l’écriture, que l’écriture est
cela précisément qui transforme le vécu en métaphore, c’est-à-dire en pensée.
»
[40] Et son écriture
va transfigurer cette oralité : « Ce qui m’intéresse le plus dans le fait
d’écrire c’est de transposer un langage, une manière dont j’entends parler, en
langage ou en forme littéraire. »
[41] Or, une faille persiste entre dire et faire au sein
même du langage.
[42]
Malgré la loyauté de la parole – sa valeur sémantique –, le caractère
imprévisible et irréversible des actions rendent son advenir aventureux : elle
s’inscrit dans un réseau où plusieurs agents interagissent et où chaque
initiative peut modifier le sens de la situation, sous-tendant un conflit où
certaines paroles sont à double sens et ne bouclent pas le sens premier de la
parole. « Je ne crois pas qu’au théâtre on puisse parler autrement. »
[43] Dans cet imbroglio, chaque agent – de
par son désir – est épris dans la fonction conative du langage : faire dire ou
faire faire quelque chose à quelqu’un, ne serait ce que soi-même. Ou plutôt :
un faire agir. La rhétorique fait de la parole ce qui joue sur le vouloir de
l’autre. En ce sens, toute action est une confrontation de plusieurs actes
conatifs, dont le sien propre. Le désir pourrait être simple et satisfait
immédiatement, mais alors il n’y aurait pas de drame. Cet assouvissement –
parfois impossible – des désirs est au principe du drame.
Ainsi, on trouve dans une dramaturgie autant de points de vue
que de personnages, sachant que chaque point de vue porte sur un autre et peut
évoluer lui-même, il n’y a pas une histoire mais des histoires. Pour
Sourriau,
[44] six
facteurs entrent en jeu et orientent la situation : une force thématique dont
un personnage est le siège ou la proie – ce que nous avons désigné par
hubris – et qui oriente le reste ; le
représentant de la valeur désirée, laquelle peut être diffuse – hors de scène –
ou s’incorporer en deux personnages à la fois ; celui pour qui on souhaite
cette valeur bien ou mal, dans un désir pour soi
éros ou pour autrui
agapé; une force antagoniste opposée
par un personnage ; un arbitre de la situation qui fait pencher la balance ; un
adjuvant, c’est-à-dire un complice agissant dans le même sens qu’une des
forces.
Les poètes racontent – de façon plus ou moins sublimée – cette
expérience conflictuelle.
[45] « Tout théâtre incarne le conflit de la liberté et
d’un obstacle, du désir et d’une interdiction – c’est à la forme même de ce
conflit que nous restons sensibles. »
[46] Une question reste en suspend : «
Comment dès lors l’auteur dramatique parvient-il à rendre compte de ce conflit
dans l’intime de l’être ? »
[47] « L’intime qui, pour moi, ne signifie pas le
domestique, le privé, le for intérieur, mais dans toute sa fragilité, notre
lien au monde, le monde en soi-même et soi-même projeté dans le monde. (…) Et
cela à travers la parole la plus singulière : si directe et pourtant si
détournée. La parole de l’auteur dramatique, présent et absent à la fois. La
parole de quelqu’un qui se met en plusieurs dans ce réduit d’obscurité qu’est
le théâtre. »
[48] «
Susciter des formes avec des mots, de la couleur, des sons ou de la pierre,
voire avec son corps, n’est-ce pas jeter un pont entre les consciences ?
»
[49] Ce sont des
formes à travers lesquelles la sensibilité approfondit le mystère des êtres,
sans pour autant que leur opacité soit résolue : « Quand on raconte un
personnage, ce personnage se promène avec ses énigmes, et moi, je ne suis pas
là pour les résoudre ; au contraire, je suis là pour les montrer. »
[50] Pour revenir à la
poiêsis, tout faire – au sens de faire
un objet – est illusoire en ce qui concerne l’action humaine. Ce « faire » se
poursuit – il est agit – sans jamais perdre son caractère potentiel: « l’œuvre
n’est pas ce qui suit et qui éteint le processus, elle y est incrustée ; c’est
l’acte qui est l’œuvre. »
[51] Nous rejoignons cette intuition de Sarrazac, pour
lequel la parabole est au principe du théâtre et fait de son écriture une œuvre
ouverte : « c’est d’abord un récit, puis, à un niveau supérieur, une
interprétation et, enfin, à un troisième niveau, capital, une intervention
directe sur le destinataire, un faire-agir, si l’on veut. Mais, là où Suleiman
identifie dans la parabole une véritable injonction à se comporter en
adéquation avec le « message » porté par ladite parabole, je ne vois, en ce qui
me concerne, dans le deuxième niveau « interprétatif » qu’un commentaire ouvert
et sans fin (donc sans message définitif) et, dans le troisième, réputé «
injonctif », qu’une incitation à un effort, toujours à reprendre, de
compréhension. »
[52]
C. Du textuel au théâtral
« Un siècle et demi de « littérature », nous a fait perdre la
réalité vivante de l’acte théâtral. »
Jean Duvignaud, Le théâtre et
après, Casterman, 1971, p. 15.
Par ces mots amers, Jean Duvignaud nous invitait à revenir sur
l’acte théâtral afin de comprendre l’écriture in vivo. De son coté, Michel
Foucault excavait une archéologie du savoir scripturaire, constatant un
phénomène d’ampleur : « L’imprimerie, l’arrivée en Europe des manuscrits
orientaux, l’apparition d’une littérature qui n’était plus faite pour la voix
ou la représentation ni commandée par elles témoignent, sans qu’on puisse faire
la part des effets et des causes, de la place fondamentale prise par
l’Écriture. Le langage a désormais pour nature première d’être écrit. »
[53] Ce phénomène aurait
objectivé la perception du théâtre en genre littéraire et dédouane la scolarité
comme source du préjugé
[54]. Elle n’en constitue pas moins un lieu de
reproduction privilégié : c’est là où nous faisons – croyons faire – notre
première rencontre avec le théâtre : sous forme livresque. La vidéo pourra être
mise à contribution, elle est à défaut. Seuls la sortie pour assister à une
pièce, qui demande de la part des élèves une participation financière et une
organisation hors temps scolaire de la part du professeur, ou un atelier
permettant de monter une pièce ou de réaliser des exercices propres à l’acteur
(improvisation, expression corporelle, diction, etc.), exigeant un
investissement personnel en plus du programme, remplissent pleinement une
initiation au théâtre : coté spectateur ou coté acteur. C’est loin d’être le
cas partout. Nous n’allons pas incriminer l’école : son programme pare à ce qui
doit rester en mémoire et comme dit le dicton : « seuls les écrits restent ».
Le « faire théâtre » semble lui-même être cause et effet : « En Occident, on se
souvient des paroles, en Orient des gestes. D’un coté la mémoire des œuvres, de
l’autre, la mémoire du jeu. »
[55] Pourtant : « Le savoir des traditions transmis
oralement, les techniques passées de maître à disciples, d’initiés à néophytes,
forment avec les traités de dramaturgies connus ou perdus à jamais, une
bibliothèque immatérielle gigantesque. »
[56] Le préjugé de genre va bien au-delà du lycée : dans
les universités littéraires où la sémiologie aseptise le sémantisme, dans les
facultés de théâtre où les étudiants trouvent peu de praticiens mais des
critiques et traducteurs et une Histoire du théâtre hasardeuse, voire
fallacieuse : « La notion d’histoire du théâtre est un préjugé d’un vaste
mouvement logique universel, né au XVIII
e siècle. »
[57] « La plupart de ceux qui
parlent de l’“universalité” du théâtre, de son “histoire”, oublie que la
continuité écrite ne saurait constituer la continuité réelle. »
[58] Il convient en effet de
spécifier autant que faire se peut, les racines culturelles du théâtre et les
ruptures radicales de l’Histoire, pour appréhender le regard biaisé que nous
portons sur les œuvres, comprendre leur contexte par rapport au notre, «
chasser les idées reçues, conventions dues à des commentateurs coupés du
théâtre. »
[59] Cette
dénaturation des œuvres existe, de manière flagrante, par exemple, vis-à-vis de
Shakespeare : une dramaturgie élisabéthaine ne peut s’inscrire sans perdre pied
dans une architecture à l’italienne (après la destruction des théâtres
élisabéthains – pas de toit, scène multiple – par les puritains en Angleterre,
des théâtres à l’italienne – perspective unique, boite close – y ont plus tard
pris places). L’état français a préservé cette architecture théâtrale comme
patrimoine, sans chercher à créer des architectures appropriées aux œuvres
étrangères et passées – seules les inventions techniques (électricité et
projecteur, machinerie) ont permis de briser cette hégémonie. Cela oriente et
limite la création, même au niveau de l’écriture.
Aujourd’hui, le théâtre se plaint d’une rareté de dramaturges.
Celle-ci est induite part une hégémonie des « classiques » – fond de commerce
des administrateurs – qui a instauré une omniprésence passéiste du metteur en
scène, tandis que les dramaturges passent inaperçus. Il y a peu de dramaturges
et moins encore de dramaturges convaincus…
Bernard-Marie Koltès (1948-1989) est un des rares contemporains
à être devenu un « classique ». Il est traduit en plus de trente langues,
enseigné au lycée (si le professeur connaît et apprécie – mais Molière reste
privilégié) et à l’université, préparé pour les auditions dans les écoles de
théâtre. Il a quant à lui suivi un enseignement en internat dans une école
jésuite où le théâtre – à rebours des idées reçues des Pères de l’église
catholique –, est pédagogique. L’année du bac, il monte une adaptation d’un
roman en dehors du lycée avec des camarades : le directeur du Centre National
Dramatique de Strasbourg le repère et lui obtient une bourse. Il ne choisit pas
le métier d’acteur, mais la lumière, tout en écrivant des textes pour les
élèves. Il vit tant bien que mal en vendant ses pièces à la radio et grâce à
des amis. Sa renommée advient dix ans plus tard – durant lesquels il passe par
des phases de doute où il n’écrit pas – grâce à un metteur en scène de renom
qui travaillait uniquement des classiques. Patrice Chéreau avoue ses scrupules
: « Par rapport aux classiques, dès qu’on aborde les textes contemporains on se
place sur un terrain beaucoup plus délicat : il n’y a plus de mode d’emploi.
»
[60] Tout comme
Chéreau avec qui il partage ce sentiment, Koltès ressent « un grand doute (…).
Le théâtre est un art qui fini tranquillement. »
[61] Il ne fréquente pas le milieu en dehors
des mises en scène de ses propres pièces. Il connaît le répertoire et apprécie
particulièrement Marivaux et Shakespeare – mais ne s’intéresse pas à la
création théâtrale. Il adore le cinéma (pour lequel il écrit un scénario et
aura des projets) et ses références sont des romanciers : « Mon rêve absolu est
d’écrire des romans. Mon premier livre publié était un roman (…). Si je n’écris
plus de romans, c’est pour la simple raison que je ne peux pas en vivre. » Pour
lui : « L’écriture, c’est avant tout une question d’instinct, de plaisir. » Il
a cru le perdre avec les règles classiques : « tout ce que vous apprennent les
théoriciens : qu’il faut un motif pour entrer en scène, un motif pour en
sortir, qu’il faut respecter le déroulement du temps. Tout ça, c’est faux et
c’est idiot. » Son principe de réalité tient à une exigence pascalienne : «
J’ai un souci obsédant qui est de ne pas ennuyer le public, de ne pas me moquer
de lui, tandis que si j’écris un roman, j’ai toujours le recours de me dire que
le lecteur peut fermer le livre s’il ne lui plaît pas. » Et à une réalité
inhérente au théâtre : le sous-texte. « On ne peut jamais décrire la situation
comme dans le roman, jamais parler de la situation, mais la faire exister. On
ne peut rien dire avec les mots, on est forcé de la dire derrière les mots. »
Une pudeur dont se vêtissent les comédiens : « Mon plus grand plaisir est de
voir les acteurs se saisir d’un personnage, de les entendre en parler,
d’écouter leur question, toujours inattendues. Les personnages changent entre
les mains des acteurs, c’est très beau. »
[62] Subtilement, il introduira dans les dernières
éditions de pièces des ajouts de textes qu’on penserait destinés aux
comédiens
[63] : ce
sont en fait des clés de lecture supplémentaires et une concession au lecteur
vis-à-vis du spectateur. Si bien qu’une des qualités que les critiques lui
décernent est le plaisir de le lire.
Le théâtre lui-même s’ouvre à des théâtralisations différentes
: la mise en scène – écriture sur une écriture – ne s’inspirent plus seulement
de dramaturges. On trouve « sept catégories de texte-sources de caractère
littéraire ayant fait l’objet d’une transposition théâtrale : le roman, le
conte ou le récit, les nouvelles, les mémoires ou le journal, les lettres, les
poèmes, les essais littéraires (…). Mais outre toutes ces catégories de textes
spécifiquement littéraires qui ont servis de supports ou sources à des textes
théâtraux, il y a aussi des textes dont l’écriture est banale ou utilitaire,
communicationnelle et quotidienne, bref purement instrumentale, informative ou
explicative (…)». Il est possible de distinguer « dans les formes de
théâtralisation mises en œuvre au cours des deux dernières décennies et plus
particulièrement dans la période actuelle, l’usage de trois modèles dominants
ou privilégiés »
[64]:
- Un théâtre de lecture : Le mode de lecture ou exploitation
scénique de la seule textualité.
- Un théâtre événementiel: non le texte comme écriture
signifiante mais la situation événementielle qu’il dénote et évoque, la
situation psychologique ou sociale.
- Une théâtre d’hybridation spectaculaire ou interartistique
: le jeu des interférences des possibilités de spectacularisation offertes par
tous les autres arts, avec une grande variété de manifestations selon les
conditions matérielles, techniques et culturelles.
Bien que chacune des catégories ne soit pas exclusive des
autres, on s’aperçoit que le texte n’a plus la prédominance que lui accorde
l’institution scolaire. On va plutôt vers un « hypertexte ». Si bien que pour
Antoine vitez : « il n’y a aucune raison pour que le théâtre ne puisse
s’emparer des fragments de ce texte unique qui est écrit par les gens
continuellement. » On note toutefois des prérogatives retorses : la poésie du
quotidien se vit plus qu’il ne se verbalise, elle est une œuvre anonyme,
gestuelle et plurielle ; elle ne peut se passer du conteur pour en reconstituer
la trame ; ce qui implique retour sur un passé – proche ou lointain – et un
choix de fragments dans une intellection.
Voici près d’un siècle que la mort du théâtre est annoncée. Le
nombre de spectateurs semble en baisse. Mais les statistiques des salles ne
prennent pas en compte les spectateurs du théâtre de rue, des festivals, ni le
théâtre thérapie dans les asiles, les prisons, les hôpitaux, les hospices, ni
le théâtre d’appartement, le théâtre amateur, les ateliers scolaires et centrés
aérés, les conteurs de maternelle, ni le nombre croissant des stages et cours
privés ni celui des vocations dans les conservatoires et les écoles nationales.
Nous sommes loin du diagnostic fataliste : si les spectateurs diminuent, les
pratiquants augmentent ! Quant au professionnels, il est difficile de dénombrer
la population du fait que le métier de comédien
[65] va de la scène au cinéma en passant par
le doublage, la technique et l’enseignement (qui fait désormais partie
intégrante du métier : les heures seront comptabilisées au sein du régime
sociale). Le comédien va de projet en projet, ici metteur en scène là
dramaturge, il est intermittent. Reste que la pratique de référence et la
pédagogie reviennent au théâtre. Il est fort plausible que les spectateurs du
théâtre deviennent de plus en plus du milieu : des initiés. Il y aurait alors
tout lieu de penser à un culte – pas tant du sacré que du secret.
Ainsi, cet évincement que la révolution technique de
l’imprimerie et celle de l’impression filmique semblaient rendre imminent, par
un engouement massif du livre puis du film, n’a pas lieu. Elle révèle plutôt à
une pratique sa spécificité : « le hic et nunc de l’œuvre d’art – l’unicité de
son existence au lieu où elle se trouve. »
[66] La scène exige en effet une relation de l’œuvre avec
ce qui œuvre : l’être-là d’un acteur ou groupe d’acteurs et de spectateurs.
Molière écrivait son rôle en fonction de son asthme et de sa compagnie, Racine
écrivait Phèdre en pensant à la sensualité de son amante, etc. Le comédien fait
littéralement « corps avec son œuvre. S’il la rate, il ne peut pas détruire le
tableau ou la sculpture, déchirer le manuscrit ou sa partition. Il est
physiquement lié à ce qu’il a fait ce soir là (…), il ne peut corriger ce que
les autres ont vu, dont ils se souviendront. »
[67] De manière générale, l’écriture
théâtrale trouve dans le corps son principe de plaisir et de réalité : si le
cinéma permet de se jouer du corps par des images de synthèse et que le
romancier peut inventer le corps de toute pièce dans un imaginaire débridé, le
théâtre métamorphose le corps à partir de conditions de possibilités effectives
– individuelles et collectives. Cette préséance du porte-parole, son aura, fait
du théâtre, d’un point de vue économique, un anachronisme. Il est impossible
pour le corps de l’acteur de refaire son geste à l’identique par ce qui le
différencie de la marionnette : « L’art du comédien, en tant que tel, est tout
autant au-delà de l’œuvre littéraire qu’au-delà de la réalité. Pas plus que le
comédien n’est l’imitateur de l’homme qui se trouve dans la même situation que
lui – c’est ce qu’exige le naturalisme vulgaire –, il n’est la marionnette de
son rôle – ce qu’exige un idéalisme littéraire –, comme s’il n’avait pas de
tâche artistique qui ne soit fixée dans les lignes écrites de l’œuvre. »
[68] Un autre comédien
apportera un autre corps – à partir duquel il va composer. De même, un comédien
ne peut jouer que pour un nombre limité de spectateurs du simple fait de la
portée de la voix (le micro est comme le masque antique, un porte-voix). «
Rien, en effet, ne s’oppose plus radicalement à l’œuvre d’art entièrement
envahie par la reproduction technique, voire comme dans le film, née de cette
reproduction, que le théâtre. »
[69] Vis-à-vis des formes reproductibles, il se vend mal.
Il vit de manière instituée grâce aux subventions publiques et privées et ses
praticiens avec un régime d’assurance chômage spécifique. Mais le théâtre est
plus que le théâtre…
« Si nous comprenons l’art du comédien comme une énergie tout
à fait primaire de l’âme humaine, assimilant à son processus vital la
littérature et la réalité au lieu de se composer mécaniquement à partir de
cel-les-ci, alors l’interprétation de cet art aussi débouche dans le grand
courant de la compréhension moderne. »
Georg Simmel, La philosophie du
comédien, Circé, 2001. p. 101.
« C’est aussi une nécessité dans la profession de co-médien
d’atteindre par soi-même et en soi-même à une manière de faire et de se
comporter, de pouvoir se soustraire à des influences extérieures, soit à celles
que l’on reçoit des livres par les commentateurs, soit même aux influences que
l’on subit de la troupe avec laquelle on joue, ou des auteurs qu’on interprète.
»
Louis Jouvet, Le comédien
désincarné, Flammarion, 1954. p. 275.
Pour Michel de Certeau et Michel Foucault, une intextuation du
corps a eu lieu à partir des codes de bonnes conduites. On a vu comment un
enfant est pris en charge par son entourage au niveau de la langue et que
celle-ci permet en contrepartie d’acquérir la parole. Celle-ci est prise dans
le faisceau d’une langue vernaculaire où elle s’inscrit. De fait, le textuel
constituerait cette capacité consubstantielle à notre corporéité, permettant à
chacun d’agencer des éléments entre eux et avec soi pour composer : « lorsque
ce support ou ce point de départ se donne, à la limite, comme exclusivement
événementiel et par-là sensoriel, dépourvu de toute prise de paroles, il
constitue néanmoins en tant que tel un agencement qui est, selon moi, d’ordre
énonciatif, c’est-à-dire non seulement une combinatoire de signes identifiables
ou, comme disent les sémiologues, un réseau sémiotique, mais aussi et surtout
un processus d’articulation d’un rhème sur un thème qui est le moteur de la
pragmatique de toute énonciation et du même coup de l’élaboration virtuelle
d’une multiplicité de textes possibles. »
[70] Cette corporéité langagière constitue un vase
communiquant entre poète et acteur.
Tout poète délie son corps dans une langue qui lui préexiste –
de même que l’acteur face au personnage. Du poème – rencontre de la parole avec
la langue – se dégage une singularité. « L’écriture produit, ou sécrète – car
le corps est très présent dans l’écriture – une parole inouïe, une parole qui
n’a pas été entendue auparavant. Cette parole inouïe est sécrétée à partir d’un
corps singulier, un corps qui n’est pas interchangeable avec un autre corps.
»
[71] Et cette
singularité appelle une composition singulière : « chaque auteur, chaque rôle,
m’invitaient à modifier la façon de me comporter, de me déplacer, de
m’habiller, de parler, de penser même, mettant en œuvre un travail
d’imagination sur le corps, la voix, (…). » Pour ce faire, le comédien joue et
déjoue les « techniques corporelles. »
[72] « Dans chaque acteur il y a, qui veut parler,
quelque chose comme du corps nouveau. Une autre économie du corps qui s’avance,
qui pousse l’ancienne imposée. »
[73] Au sein de cette corporéité langagière – où chaque
corps entre en rapport avec un autre – qui parcours la création théâtrale, la
notion de « texte »
[74] montre sa limite : « Selon Butler, par exemple, le
corps est un texte écrit par la culture et la seule façon de s’opposer à la
culture est de déconstruire ce texte en produisant un texte nouveau. Selon
Bordo et Hekman, en revanche, le corps n’est pas un texte, mais il plutôt une
page sur laquelle la culture écrit son texte. Les deux cas cependant posent
problèmes. (…) pour construire une éthique du corps, il nous faut non seulement
une analyse des expériences corporelles individuelles, mais aussi un concept
unitaire du corps. Le corps réel ou naturel, avec ses désirs et ses sensations,
devient ainsi à la fois une catégorie fondatrice à opposer au corpstexte, et le
résultat d’une analyse de l’expérience que chaque individu a de son propre
corps. »
[75] Au regard
du texte, la représentation est une réécriture dans et par le corps des
acteurs, à partir de la langue d’un poète qui a fait le premier pas : « Toutes
nos investigations sont rêveries physiques, animales, et doivent nous reporter,
remettre à la source de l’écriture, au moment de la profération
intérieure.»
[76] Il y
a bien « une présence chez le comédien, conscience, mais son expression est
faite pour être détruite par elle-même, pour s’évanouir aussitôt ; elle ne
laisse pas de traces, et la sensation – l’impression ou l’état – qu’il reçoit
de lui-même, qui l’atteint dans l’exécution, est située entre l’expression et
lui-même, entre le personnage et lui, entre lui et son double, il ne peut que
fugitivement se contempler lui-même, se contrôler ; ce n’est pas comme
l’écrivain qui retrouve la trace de son expression ; l’écrivain procède par une
sorte de pensée, ou une pensée, le comédien, par une sensation première, qui
n’est qu’une expression mimique ou vocale ; il n’est pas possible de la noter.
»
[77] Le comédien
revient en somme à une protoécriture partant du corps symbolique, en tant que
force émergente : « L’acteur, seul avec lui-même, ses gestes et son corps, sur
la scène, est voué chaque soir à inventer son style [à partir du personnage et
du guide qu’est le metteur en scène], à dire ce que l’écriture, toujours ne dit
pas. »
[78]
C’est-à-dire son propre espacement, son intimité
[79]. « Lui, s’invente quand il monte sur
scène. Il n’existe point de mot ni de syntaxe pour traduire le geste en
écriture. »
[80] La
caméra est une invention qui permet désormais une étude des spectacles par
arrêts sur image et réécoute, gardant en mémoire gestes et intonations, etc. On
peut également par ce biais assister à la retransmission de répétitions et voir
évoluer la mise en corps des comédiens – lecture à la table, pose des
attitudes, de la gestuelle, etc. Mais cette mémoire ne remplace aucunement
cette appropriation que fait le comédien en dialogue permanent avec le
personnage : il va nourrir son jeu dans un rapport plus ou moins conflictuel,
intime, il va apprendre à le connaître, le situant par rapport aux autres
personnages de la pièce, mais surtout par rapport à son propre vécu. Il pourra
s’inspirer de certains personnages avec lesquels il s’est déjà confronté, ou
des autres acteurs avec lesquels il a joué, de même que des acteurs sociaux qui
« jouent » leur vie au quotidien, mais toujours il reviendra à sa propre
histoire : « Ce que représente le comédien, c’est beaucoup plus qu’un
personnage, un mode de relation interpersonnelle. »
[81] Cet entretien intime commence à partir
de la lecture, mais il s’approfondit par des répétitions – une mise en corps –
et la confrontation aux autres acteurs, se poursuit durant les représentations.
Le spectacle fini, l’acteur n’arrête pas pour autant son exercice de
disponibilité à la relation. Il entretient de manière éthique sa virtualité
corporelle et mentale par un « training »
[82] : un jeu pour soi, une disposition à l’écoute.
Tandis que de son coté, après avoir terminer une pièce, le poète – s’il n’a pas
participé au spectacle en tant que metteur en scène (et ou acteur) –, s’est
éclipsé : « je suis tout entier aux êtres qui vont peupler ma prochaine pièce.
Je ne pense qu’à cela. Quel en sera le style d’écriture ? Impossible à dire.
»
[83]
[1]
CEAQ, Paris V.
[2]
Pour beaucoup la « poésie » serait à la source du théâtre :
cette « opinion est large- ment épandue chez les lettrés » constatait André
Veinstein,
La mise en scène et sa condition
esthétique, Flammarion, 1955. p. 20. L’auteur cite un historien,
Lucien Dubech : « L’art dramatique, selon la règle de tous les genres élevés, a
commencé par la poésie ». En contrepoint, il se réfère à un autre historien :
Pignarre « croit découvrir la scène dramatique la plus ancienne dans les
peintures rupestres datant de l’âge paléolithique et représentant les danseurs
à demi recouverts de peaux de bête ; nous voilà loin du chœur dionysiaque que
Lucien Dubech présente comme la première manifestation théâtrale authentique. »
André Veinstein,
ibid, p. 26.
[3]
Jean-Charles Moretti,
Théâtre et
société dans la Grèce antique, Livre de poche, 2001. p.
278.
[4]
Aristote,
Poétique,
Livre de poche, 1990, p. 98. Paul Ricoeur adopte le parti pris d’Aristote :
représenter c’est raconter, c’est ajouter du sens au réel en le mettant en
forme. « La
mimèsis n’a pas seulement
une fonction de coupure, mais de liaison, qui établit précisément le statut de
transposition « métaphorique » du champ pratique par le
muthos» (mise en intrigue). Il
distingue trois
mimèsis: en amont
(genèse du texte à partir de l’expérience et du savoir du poète), la poétique
proprement dite (compo- sition du texte), et en aval (réception du texte par
son lecteur ou spectateur). Sur le plan philosophique, la position médiane lui
donne une importance éthique considé- rable puisque sans elle, il ne saurait y
avoir de lien pensable avec le monde, elle donne la possibilité de transmettre
son « agir et son pâtir ». Paul Ricoeur,
Temps et
récit, Seuil, 1983. p. 66-162.
[5]
Jean-Charles Moretti,
ibid, p. 279.
[6]
Jean Verdeil,
Le travail du
metteur en scène. Un exemple : Lyon, Aléas, 1995, p. 13.
[7]
Mircea Eliade,
Histoires des
croyances et des idées religieuses, Payot, 1976, p. 373.
[8]
Mircea Eliade,
ibid,
p. 386.
[9]
Jean Verdeil,
Dionysos au
quotidien, essai d’anthropologie théâtrale, PUL, 1998, p.
7.
[10]
Du grec
enthousiazein:
être inspiré par la divinité.
[11]
Friedrich Nietzsche,
La naissance
de la tragédie, Gallimard, 1977, p. 301.
[12]
Nietzsche,
ibid, p.
272.
[13]
« Lire sans prononcer à haute voix ou à mi-voix, c’est une
expérience « moderne », inconnue pendant des millénaires. Autrefois, le lecteur
intériorisait le texte ; il faisait de sa voix le corps de l’autre ; il en
était acteur. » Michel de Certeau,
L’invention du
quotidien, Arts de faire, Gallimard, 1990, p. 253.
[14]
Denis Guénoun,
Le théâtre est-il
nécessaire ? Circé, 2002, p. 18.
[15]
Jean-Charles Moretti,
Théâtre et
société dans la Grèce antique, Livre de poche, 2001, p. 48.
[16]
Jean-Charles Moretti,
ibid, p. 237.
[17]
« Quant au spectacle, s’il exerce une séduction, il est
totalement étranger à l’art et n’a rien de commun avec la poétique, car la
tragédie réalise son effet même sans con- cours et sans acteurs. En outre, pour
la réalisation du spectacle, l’art du décorateur a plus de poids que celui des
poètes. » Aristote,
ibid, p.
20.
[18]
Voici tout ce qui est dit : « à égalité de dons naturels, ceux
qui vivent les passions sont les plus persuasifs : celui qui est dans le
désarroi représente le désarroi avec le plus de sincérité, celui qui est dans
la colère représente l’emportement avec le plus de sincé- rité. Voilà pourquoi
l’art poétique est l’affaire de gens naturellement doués ou en proie au délire
: les uns sont malléables, les autres capables de sortir d’eux-mêmes. »
Aristote,
ibid, p. 111.
[19]
« Définir la théâtralité, comme on le fait souvent, par une
prise de distance du théâtre à l’égard du texte n’est pas faux mais peut
conduire à un usage univoque et abusif de cette notion. Barthes, en tout cas,
nous prémunit contre une telle réduction : dans le même temps où il définit la
théâtralité comme « le théâtre moins le texte », il introduit ce paradoxe qui
fait de la théâtralité une « donnée de création, non de réalisation.
» Jean-Pierre Sarrazac,
Critique du théâtre,
de l’utopie au désenchantement, Circé,
2000, p. 64.
[20]
Anne Ubersfeld,
Lire le théâtre
II, L’école du spectateur, Belin, 1996, p. 14.
[21]
Anne Ubersfeld,
ibid,
p. 18.
[22]
Michel Vinaver, dramaturge, écrivain, a édité dans
Écritures Dramaturgiques (Actes Sud,
1993) des séminaires dirigés entre 1982 et 1991. Une » analyse textuelle » qui
part du principe que le texte de théâtre est autant un objet de lecture
qu’objet de spectacle. Il souligne sa spécificité : le texte de théâtre est une
action mue par effet des paroles prononcées et les didascalies révèlent les
gestes essentiels et les situa- tions. Toutefois, malgré la minutie du « regard
porté sur le texte à un niveau molécu- laire » : « l’écriture du commentaire
porte la marque de l’événement que constitue la rencontre particulière d’un
lecteur et d’un texte. (…) suivant son tempérament et sa culture. » Cette
rencontre du lecteur est similaire à celle que « le metteur en scène, l’acteur,
le scénographe [effectuent] au moment où ils abordent une œuvre en vue de la
représentation. » Autrement dit, il y a un glissement imperceptible de la
mimèsis II vers la mimèsis III.
[23]
Jean-Charles Moretti,
ibid, p. 238.
[24]
Hanna Arendt,
Condition de
l’homme moderne, Calmann-Levy, 1961 et 1983.
[25]
Tout comme Nietzsche, nous nous affranchissons ici de la quête
des origines de la tragédie pour en retenir une structuration «
contradictorielle » : la tension entre une ivresse dionysiaque et une
tempérance apollinienne (celle induite entre les humains, bien que jamais
acquise une fois pour toute).
[26]
Pour Freud : « La psyché est étendue : n’en sait rien.
»
[27]
Erving Goffman,
Les cadres
d’expérience, Les éditions de Minuit, 1991 (1974), p. 45.
[28]
Walter Benjamin,
Origine du drame
baroque allemand, Flammarion, p. 33.
[29]
Ce potentiel se répercute en chaque groupe par un ethos et une
langue différente que chaque enfant actualise différemment. Certains seront
vite debout, d’autres auront une aisance verbale, certains préférerons le
défoulement du corps au maniement du crayon. Le groupe de références
influencera par ses « techniques corporelles » et le « génie » de sa langue : «
manière de percevoir, d’analyser et de coordonner » Mauss,
Essai de sociologie, Payot, 1967, p.
11.
[30]
Hanna Arendt,
Condition de
l’homme moderne, Calmann-Levy, 1961 et 1983. p. 232.
[31]
Jack Goody,
Entre l’oralité et
l’écriture, PUF, 1994. p. 28.
[32]
« Un des noms de la bible en hébreu est
mikra, « lecture » ; si hébreu dit «
la lecture » pour ce que l’Occident appelle « les Écritures », c’est que la
lecture implique une diction, une scansion. » Évelyne Grossman,
Artaud/Joyce, le corps et le texte,
Na- than, 1996. p. 24. Tandis que l’enfant commence à lire, il sera difficile
d’apprendre en silence : il commencera par murmurer…
[33]
Jean Duvignaud,
Les ombres
collectives, PUF, 1973, p. 34.
[34]
Hanna Arendt,
ibid, p.
235.
[35]
Jack Goody,
Entre l’oralité et
l’écriture, PUF, 1994. p. 304.
[36]
Il y a parfois une assimilation de l’imagination au mensonge.
De même, une parole peut être reprise ou modulée autrement si elle se révèle
sans pertinence au fil du temps et du discours : les circonstances nous font «
mentir ».
[37]
Par rétroaction : « Les enfants de parents instruits seront
avantagés lorsqu’il s’agira de maîtriser l’écrit, car leur discours est
vraisemblablement plus proche. » Jack Goody,
ibid, p. 275.
[38]
Bernard-Marie Koltès,
Une part de
ma vie, Les éditions de minuit, Paris, 1999, p. 10.
[39]
Bernard-Marie Koltès,
Ibid, p. 22.
[40]
Anne Ubersfeld,
Bernard-Marie
Koltès, Actes sud, 1999, p. 53.
[41]
Bernard-Marie Koltès, À propos de
La nuit juste avant les forêts. Entretien avec
Lucien Attoun.
[42]
Austin,
Quand dire, c’est
faire, Seuil, 1970. Le performatif de la parole énoncée n’intervient
en effet que dans des circonstances appropriées et les contingences font
évoluer le sens.
[43]
Bernard-Marie Koltès,
Une part de
ma vie, Les éditions de minuit, Paris, 1999, p. 21.
[44]
Étienne Sourriau,
Les deux cent
mille situations dramatiques, Flammarion, 1950.
[45]
Georg Simmel a souligné « la fonction socialisante du conflit.
» in
Sociologie, PUF, 1999. p.
270.
[46]
Jean Duvignaud,
Les ombres
collectives, PUF, Paris, 1973.
[47]
Jean-Pierre Sarrazac,
Théâtres
intimes, Actes-Sud, 1989, p. 11.
[48]
Jean-Pierre Sarrazac,
Photomaton, in Alternatives théâtrales,
Écrire le théâtre aujourd’hui, juillet
1999.
[49]
Jean Duvignaud,
Les ombres
collectives, PUF, pp. 72,73.
[50]
Bernard-Marie Koltès,
ibid, p. 140.
[51]
Hanna Arendt,
ibid, p.
267.
[52]
Registres, Revue
d’études théâtrales,
La parabole ou le théâtre
qui pense, décembre 2002, p. 21.
[53]
Michel Foucault,
Les mots et les
choses, Gallimard, 1966, p. 53. Toutefois, observe Françoise Waquet
– dans son ouvrage
Parler comme un livre,
L’oralité et le savoir, et en dépit des apparence, l’écrit et
l’imprimé n’ont pas diminué l’importance de la communication orale dans la
formation et la transmission des savoirs.
[54]
Anne Ubersfeld,
Lire le théâtre
II, L’école du spectateur, Belin, 1996. « Contraire- ment à un
préjugé fort répandu et dont la source est l’école (…)» p. 9.
[55]
Georges Banu, Introduction au
Dictionnaire du théâtre, Encycolpaedia
Universalis, Albin Michel, Paris, 1998, p. 7.
[56]
Jean-Marie Pradier,
Théâtre et
Sociétés, Encycopaedia Universalis, 1999.
[57]
Jean-Luc Lagarce,
Théâtre et
Pouvoir en Occident, Les solitaires intempestifs, 2000, p.
11.
[58]
Jean Duvignaud,
Le théâtre et
après, Casterman, 1971, pp. 14, 15.
[59]
Farid Paya
, De la lettre à la
scène, la tragédie grecque. L’entretemps, 2000, p. 9.
[60]
Anne Ubersfeld,
Bernard-Marie
Koltès, Actes sud, 1999, p. 43.
[61]
Bernard-Marie Koltès,
Une part de
ma vie, Les éditions de Minuit, 1999. p. 66, 124, 13.
[62]
Bernard-Marie Koltès,
Une part de
ma vie, p. 105.
[63]
Dans
« Cent ans de l’histoire de
la famille Serpenoise (…)Pour aider les comédiens à nourrir leurs
personnages, Bernard-Marie Koltès a imaginé l’itinéraire de la famille
Serpenoise, en amont et en aval de la pièce. » Anne Ubersfeld,
Bernard-Marie Koltès, p. 129.
[64]
Michel Bernard,
Les modèles de
théâtralisation dans le théâtre contemporain, in Jeune théâtre, La
Revue d’esthétique, Centre national de la recherche scientifique et du centre
national du livre, 1994.
[65]
Catherine Paradeise,
Les
comédiens, Profession et marchés du travail, PUF, 1998, p.
17.
[66]
Walter Benjamin,
Œuvres
III, Gallimard, 2000, p. 273.
[67]
Jean-Pierre Miquel,
Le théâtre
des acteurs ; ces étranges animaux, Paris, Flamma- rion, 1996, p.
42.
[68]
Simmel,
La philosophie du
comédien, Circé, 2001, p. 98.
[69]
Walter Benjamin,
ibid,
p. 291.
[70]
Michel Bernard,
Les modèles de
théâtralisation dans le théâtre contemporain,
in La Revue d’esthétique, Centre
national de la recherche scientifique et du centre national du livre.
Jean-Michel Place, 1994. Jeune Théâtre. p. 101.
[71]
Stéphane Zagdanski,
Le crime du
corps. Éditions Pleins Feux, 1999, p. 11.
[72]
Définies par Mauss : « les façons dont les hommes, société par
société, d’une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps. »
Sociologie et Anthropologie, p. 365. PUF, 1950, 1993.
[73]
Valère Novarina
, Lettre aux
acteurs, P.O.L., 1989, p. 26.
[74]
Anne Ubersfeld essaie d’y circonscrire le jeu du comédien : «
un tissu de signes : un « texte » »,
ibid, p. 7. Tout comme l’apport du metteur en
scène : « Au texte T du scripteur s’ajoutera le texte T’ du praticien (…) en
contradiction ou en prolongement par rapport au texte T. »,
ibid, p. 13. Toutefois, elle prend
soin de signaler que la sémiotique s’ouvre sur le sémantique.
[75]
Maria Michela, Marzano Parizoli,
Penser le corps, Questions d’éthique, PUF, 2002,
p. 18,19.
[76]
Louis Jouvet,
Le comédien
désincarné, Flammarion, 1954, pp. 143,144.
[77]
Louis Jouvet
, ibid, p.
216.
[78]
Jean Duvignaud,
L’acteur, Écriture, 1993, p. 17.
[79]
« Les corps sont toujours sur le départ, dans l’imminence d’un
mouvement, d’un écart, d’un espacement. Cet espacement, ce départ, c’est son
intimité même. » Jean- Luc Nancy,
Corpus, Métaillé, 2000, p. 32
[80]
Jean Duvignaud,
ibid,
p. 20.
[81]
Anne Ubersfeld,
ibid,
p. 158.
[82]
Le training de l’acteur, Acte Sud, 2000.
[83]
Bernard-Marie Koltès,
Une part de
ma vie, Éditions de minuit, 1999, p. 74.