2003
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
Antonin Artaud et la magie scripturale des cahiers
Sylvain Tanquerel
Au début des années 80, Paule Thévenin, poursuivant avec
obstination son travail d’édition des écrits d’Antonin Artaud, dévoile un
nouveau continent dont l’ampleur est de prime abord déconcertante. Les
Cahiers de Rodez, bientôt suivis des
Cahiers du retour à Paris
[1], font leur entrée dans la
collection à liseré rouge et noir de Gallimard. À partir de 1981, un nouveau
volume vient augmenter de façon régulière des « Œuvres complètes » qui n’en
finissent plus de se compléter. À ce jour, onze tomes ont parus, qui
constituent la somme de milliers de pages, publication encore inachevée du fait
d’une interruption judiciaire
[2]. À côté des œuvres proprement dites (réalisées par
leur auteur en vue d’une publication, donc destinées au lecteur), le public
découvrait un nouveau pan de la formidable activité créatrice des dernières
années de la vie d’Antonin Artaud. Dans le même temps, cette publication à
répétition achevait de brouiller les pistes. Déconcerté, le lecteur assidu sent
bien qu’il y a là, dans ces
Cahiers,
quelque chose de tout à fait fondamental, mais que l’ensemble de ces écrits,
souvent comparé par les commentateurs à une « matière », implique un effort de
lecture singulier, l’engagement, au sein de cette masse écrite, d’une sorte de
travail d’excavation qui en a découragé plus d’un. Si, comme le remarque
Françoise Bonardel, ces
Cahiers «
imposent d’emblée leur ton et leur tempo propres
[3] », c’est parce que toute avancée dans ces textes
semble moins reposer sur l’élucidation sémantique et la mise à jour de
significations, que résulter d’un ajustement de posture qui, pour tortueux
qu’il en rende le cheminement, va rythmer la marche du lecteur. Certes, à la
lumière de ces
Cahiers, on commence à
lire Artaud d’une autre façon, surtout les dernières œuvres
[4]. Mais leur marginalité demeure, qui les
situe souvent un peu à l’écart, en retrait ou en fond, soit qu’on les considère
comme définitivement hors du champ de la littérature et relevant des analyses
médicales (la question se pose alors de la pertinence de leur publication),
soit qu’on en fait une sorte d’avant-texte, de chantier des œuvres dernières,
soit encore qu’on les intègre au
corpus de la production des années 40 (œuvres,
correspondance, articles, etc.),
corpus qui peut dès lors faire l’objet de
lectures générales, le plus souvent thématiques. S’il est vrai que ces
Cahiers apportent leur éclairage
particulier sur l’œuvre d’Artaud, c’est peu de dire que cette lumière
singulière est opacifiante dès lors qu’on la
prend pour elle-même. Situons-nous. C’est au
mois de février 1945. Artaud, interné à l’hôpital psychiatrique de Rodez
(depuis 1943), vient de passer près de sept années dans différentes structures
asilaires. Nous renvoyons au témoignage d’André Roumieux
[5] pour préciser ses conditions de vie
d’interné. Rappelons seulement quelques faits, dont la correspondance d’Artaud
rend compte : un état de sous-alimenta-tion (la mort planifiée des « aliénés »
par privation alimentaire fit 40 000 victimes), une thérapie expérimentale
violente (série de comas par électrochoc, insuline et cardiazol), des
souffrances multiples, auxquelles s’ajoute la solitude immense d’un écrivain
qui se déclare avoir été mis en « état de déportation »
[6].
Éloignons-nous des assimilations hâtives, un peu faciles
peut-être, entre asiles et camps de concentration, médecins psychiatres et
nazis, qui connurent leur acmé lors du mouvement anti-psychiatrique des années
70 où Artaud fut souvent pris comme figure emblématique. Interrogeons-nous
plutôt sur son activité d’écriture pendant ces années. Il a souvent été dit
qu’Artaud, après une période de complet abandon, s’était remis à écrire à
l’occasion de l’amélioration de ses conditions de vie lors de son transfert à
Rodez
[7]. Il est d’usage
de parler de « retour » à l’écriture, retour facilité par la perspicacité de
son médecin traitant, le docteur Ferdière, qui, pionnier de l’Art-thérapie, le
sollicita pour des travaux de traduction. Celui-ci va même jusqu’à affirmer que
c’est grâce à ce moyen que « la main d’Antonin Artaud a dû réapprendre à écrire
»
[8].
Le rôle joué par ces traductions est certes important, et
Jean-Michel Rey, dans son analyse de ce qu’il appelle le « moment de Rodez », a
montré comment cette tâche fut pour lui l’occasion d’un travail de réécriture
qui a sa part dans l’élaboration d’une nouvelle poétique
[9]. Si, comme le souligne le docteur
Ferdière, il « ne produisait rien »
[10] à son arrivée à Rodez, il semble pourtant absolument
abusif de parler de « recommencement » ou de « réapprentissage » de l’écriture
et nous pensons qu’il serait plus pertinent d’évoquer un « retour » d’Artaud à
la production d’objets textuels, à la littérature (avec une lucidité nouvelle,
certes), plutôt qu’à l’activité d’écriture proprement dite. Outre une
correspondance ininterrompue, quelques indices indiquent qu’une pratique
scripturale n’en a pas moins continué pendant cette période asilaire, écriture
non textuelle et dont les
Cahiers
semblent constituer un prolongement
[11]. À l’appui de cette supposition, il y a tout d’abord
ces quelques rares
Notes de 1943-1944,
dont le ton ressemble fort à celui des
Cahiers. Paule Thévenin signale qu’on « les
trouve sur les supports les plus variés, Antonin Artaud utilisant le papier
qu’il avait sous la main, comme le dos de l’enveloppe d’une lettre qu’il venait
de recevoir, par exemple.
[12] » Écoutons encore ce témoignage parmi d’autres,
décrivant son activité à l’asile de Ville-Evrard, où il resta interné quatre
ans :
Il écrivait des lettres au médecin-chef, au directeur, à
l’interne et aussi à sa famille. Et puis il écrivait sans qu’on sache pour qui,
donnant l’impression d’écrire pour le simple besoin d’écrire. […] La plupart du
temps, les feuilles ainsi écrites, il les chiffonnait et les jetait dans un
coin. Un jour, un infirmier s’aperçut que plusieurs malades se servaient de ces
feuilles comme papier à cigarettes. [13]
Aussitôt écrit, le support se perd, les traces s’éparpillent.
Si rien n’a survécu avant 1943, cette activité d’écriture sans projet de
production textuelle semble cependant avoir été poursuivie par Artaud de façon
continue, jusqu’à ce mois de février 1945, où il commence à écrire dans ses
cahiers. Dès lors le support est là, qui en conservera la trace. Ces petits
cahiers d’écolier, il les remplira désormais inlassablement, jusqu’à sa mort en
mars 1948. Au total, on en dénombre 406. À lire les premières pages, nous
voyons bien que cet accès à un support stable est contemporain de certaines
visées textuelles. Il s’agit d’abord de quelques textes construits et titrés,
qui semblent être des états préparatoires de chapitres pour un livre à venir
sur le théâtre, projet qu’Artaud lui-même présente comme un prolongement du
Théâtre et son Double
[14]. Très vite cependant, ces
intentions cèdent le pas à une pratique scripturale d’un autre genre, à cette
écriture instantanée et qui résiste à tout effort de classification.
*
Prévenons le lecteur : nous ne présenterons pas ici une
approche du texte même de ces
Cahiers,
nous n’en proposerons ni une lecture ni une analyse. Nous lui recommandons de
prendre le temps d’y aller voir par lui-même. L’objet constitué par ces onze
tomes possède sa résistance. Il n’est guère possible, dans les dimensions d’un
article, d’en ouvrir le contenu
[15]. Ce que nous essaierons de comprendre ici, c’est une
pratique, la nature de cette pratique scripturale dont les
Cahiers témoignent et portent
trace.
D’emblée, leurs conditions d’écriture nous situent aux marges
de la littérature. Quelle est en effet la valeur littéraire de ce qu’Artaud
présente lui-même comme de simples « carnets de signes » (XXI,215), une somme
de « notes » (XX,454) ou de « remarques » (XI,18)? D’une façon plus générale,
admettons que cette pratique quotidienne s’accommode assez mal de la notion
d’œuvre, entendue au sens de produit final orientant le temps de la
création.
Si, comme en témoigne Paule Thévenin
[16], Artaud semble s’être
préoccupé, assez tardivement d’ailleurs, du destin de ses cahiers, il ne les a
cependant jamais lui-même intégrés dans la liste de ses œuvres, qu’il dressa à
plusieurs reprises dans la correspondance de ces années
[17]. Projetait-il de les proposer à la
publication ? La pertinence même de cette question demeure incertaine, d’autant
plus qu’ils se présentent comme une sorte de réservoir dont l’écrivain isole
parfois des fragments pour les retravailler en vue d’une production achevée de
textes. À cet égard, un livre comme
Suppôts et
suppliciations (XIV* et XIV**), souvent tenu pour l’œuvre majeure de
cette période, répercute en échos nombreux des passages des
Cahiers, comme nous le montre le
méticuleux travail d’annotation de Paule Thévenin. Il est cependant évident que
les pratiques scripturales en jeu diffèrent dans la mesure où les textes qui
constituent cette œuvre composée ont été l’objet de multiples remaniements et
reconsidérés en vue d’une production trouvant son terme dans une publication.
Au contraire, l’écriture des
Cahiers
présente un « coulé », si l’on s’en tient à l’acception musicale du terme, qui
renvoie à une création continue où l’instance du lecteur, évacuée de l’acte
d’écriture, ne semble jouer aucun rôle.
D’une façon générale, nous nous rendons en effet vite compte, à
lire ces Cahiers, qu’ils opposent à
tout effort de définition une résistance remarquable. Bien plus, force est
d’avouer qu’ils ne tirent leur statut que du regard institutionnel porté sur
eux, qu’il s’agisse du point de vue éditorial, qui décide d’insérer ces écrits
dans la série des « Œuvres complètes » (nous pouvons dire qu’il s’agit alors
d’un statut d’ordre pragmatique), ou bien du point de vue critique, qui pose un
principe de méthode impliquant d’avoir au moins affaire avec un objet
identifiable, texte sinon œuvre, mais toujours production. Il y a d’ailleurs une troisième
possibilité, qui recoupe les deux premières, selon laquelle nous aurions là une
œuvre « brute », définie à partir de l’absence d’intentions artistiques du «
créant ». Dans tous les cas, c’est le regard extérieur porté sur ces
Cahiers qui leur confère un statut
objectif, qui les fait accéder au rang d’objet, c’est-à-dire de
chose soumise à la lecture, à l’étude,
à l’analyse critique, à l’exégèse, au jugement enfin. Écoutons ce qu’en dit
Artaud lui-même, à la veille d’en commencer la rédaction, dans une lettre à
Henri Thomas datée du 7 janvier 1945 :
J’écris toujours mais des notes psychologiques personnelles
qui tournent autour de quelques remarques que j’ai faites sur les fonds de
l’inconscient humain, ses refoulements et ses secrets ignorés même du moi
habituel. (XI,18.)
Cela semble pourtant évident : des « notes psychologiques
personnelles », des « remarques » dont il dit, peu après, qu’il pourra tirer un
livre. Une sorte de journal intime donc, une activité d’écriture privée et sans
intentions proprement littéraires. Mais on sent bien que l’entreprise dépasse,
et de loin, la simple prise de notes, la seule consignation de pensées. Artaud
écrit, quelques jours plus tard, dans une lettre du 10 janvier à Jean Paulhan
:
Je sais que je suis au centre d’une guerre interne […], et
cette guerre de l’âme avec l’âme au milieu du moi je n’ai cessé depuis sept ans
de l’éclairer, de travailler, de noter tout ce que j’ai constaté. Et je tirerai
de mes remarques un livre, certes, mais un livre ne me suffira plus.
(XI,23).
L’action de « noter » est ici directement associée par Artaud à
une autre activité, à ce qu’il présente comme un travail. Ceci est d’importance, et nous verrons
en effet que l’activité d’écriture des Cahiers ne peut être dissociée d’un labeur
singulier. Bien plus, la prise en compte de cette dimension laborieuse nous
semble nécessaire dès lors que l’on se refuse à considérer ces milliers de
pages comme le résultat d’une seule inflation pathologique du discours.
Lisons-le encore, cette fois plus d’un an après (Artaud a déjà rempli plus de
150 cahiers), dans un texte de Suppôts et
suppliciations traitant la question du langage et de l’écriture,
intitulé « Cogne et Foutre » :
Je dois donc dire que depuis trente ans que j’écris je n’ai
pas encore tout
à fait trouvé,
non pas encore mon verbe ou ma langue,
mais l’instrument que je n’ai cessé de forger.
(XIV**,29)
Artaud énonce ici ce que nous pouvons appeler un
repositionnement postural, ou une révolution de sa posture d’écrivain. En
présentant son activité d’écriture comme participant à l’élaboration d’un
instrument verbal, il la désengage de
toute forme de productivisme textuel pour l’associer, encore une fois, à un
labeur aux intentions moins démiurgiques qu’artisanales. Mais le geste sans
cesse repris du scripteur ne se voue pas ici à la seule fabrication d’objets
textuels, de poèmes, de livres, d’œuvres, il ressort d’un travail
d’instrumentalisation de la langue, d’un maniement spécifique du langage
orienté sur une opération dont la nature reste problématique. Les
Cahiers, par leur absence complète de
littérarité, se présentent comme le cœur même de cette forge verbale, et nous
pouvons, pour l’heure, préciser seulement un peu plus notre questionnement
premier de la façon suivante : quelle est donc la nature de cette pratique
scripturale singulière qui, endehors de toute finalité textuelle, participe
pourtant d’une activité orientée sur une réalisation? Si, pour tenter de proposer des
éléments de réponses satisfaisants, nous conserverons à ces Cahiers leur
absence initiale de statut, c’est bien parce que l’activité de création à
laquelle ils renvoient, indifférente au désir de faire œuvre, s’inscrit pour
nous dans la perspective d’une pratique qui redonne à ce terme son acception
masculine : ce qui est proprement un acte
d’œuvrer.
*
Attardons-nous un peu sur ce changement de genre que nous
venons de faire subir au terme d’œuvre. Là où le féminin insiste sur la dimension
objective du résultat de la création, du produit final de l’action, le masculin
nous recentre sur l’acte lui-même, sur la dimension opérante de la création.
Avec cette distinction, nous basculons donc de l’analyse littéraire (celle des
œuvres) à l’analyse anthropologique au sens large (celle d’une pratique). Il
s’agit bien ici de comprendre cette pratique singulière de l’écriture
quotidienne des cahiers.
Mais ce retournement de genre nous porte aussi à mettre en
valeur la dimension temporelle de l’acte, son inscription dans une durée dont
nous avons vu qu’elle n’est pas déterminée par une téléologie de l’œuvre. C’est
qu’en écartant le statut d’œuvre (et du même coup celui de texte, son avatar
structuraliste), la question du temps de la création se déplace elle aussi. Dès
lors, il ne s’agit plus d’appréhender des « états », d’identifier des processus
de fabrication, d’analyser une poétique textuelle, mais de comprendre ce qui se
joue pour le scripteur dans la réitération d’un acte qui ressort d’une
persistance, d’une « tenue » manifestée dans et par l’écriture.
Artaud le consignait déjà dans ses
Fragments d’un journal d’enfer
(1925):
Je ne travaille pas dans l’étendue d’un domaine
quelconque.
Je travaille dans l’unique durée. (I*,120)
Quelle est-elle, cette « unique durée », sinon celle d’une
réalisation hors-champs dont Artaud fera finalement dépendre certaine «
éternelle santé » (XIII,110) dont nous sentons bien qu’il serait réducteur de
la ramener à la guérison de seules névroses singulières ? Artaud le souligne :
il s’agit bien pour lui de toujours «ŒU-VRER sans s’occuper de rien sous peine
de mort » (XXIII,440). Le « travail» des Cahiers ressort d’un effort de volonté, d’un
acharnement où l’acte d’écrire a partie liée avec le dégagement d’une force de
soutènement susceptible de maintenir le scripteur sur le plan d’une vitalité
supérieure.
À cet égard, nous pouvons dire que le chantier immense des
Cahiers se présente comme le lieu
d’exercice de cette volonté, à
condition de ne pas prendre ce terme dans le sens de l’application d’un savoir
préexistant, mais comme on exerce une force sur quelque chose, à savoir, ici,
la langue même. Il s’agit bien, pour Artaud, de persister dans la ligne de son
effort et, pour ce faire, de développer cette « force qui batte l’accent de
[sa] Volonté comme une langue afin de [se] la faire sentir à [lui], et de la
confirmer devant [lui]. » (XV,65) C’est dans un mouvement d’actualisation
permanente que s’inscrit l’activité d’écriture des
Cahiers, activité par laquelle la
volonté du scripteur se reprend sans cesse pour se confirmer à elle-même dans
l’écrit.
Mais pour achever d’isoler ces Cahiers de toute visée textuelle et préciser la
nature de ce qui fait ainsi acte dans l’écriture, il nous semble nécessaire de
replacer celle-ci au sein d’une pratique générale, pratique non exclusivement
langagière, et que nous nommerons ici une gestualité.
*
Évacuons la dimension sémiotique du terme
gestualité
[18]. Il ne s’agit pas ici de déduire une
grammaire des gestes, de déterminer des chaînes gestuelles signifiantes, mais
de comprendre la nature d’une pratique corporelle générale, d’un ensemble de
gestes convergeant autour de la réalisation d’un acte dont la nature demeure
pour nous problématique. Il y a dans la notion de gestualité l’idée d’une
pratique qui implique directement, et avant tout, le corps. Nous nous en
servirons pour désigner l’ensemble des modalités proprement corporelles du «
travail» mené par Artaud.
Précisons : ce que nous entendons ainsi mettre en valeur, c’est
un ensemble de manifestations « extérieures », extra-langagières, telles que
postures physiques, séries de mouvements, pratique respiratoire et vocale, etc.
Nous ne pouvons de manière exhaustive en présenter les différents éléments. De
plus, hormis ce qu’Artaud en dit lui-même à plusieurs reprises, essentiellement
dans sa correspondance, nous n’en possédons bien évidemment que des traces :
photographies, enregistrements radiophoniques et, surtout, récits de témoins
qui, l’ayant côtoyé, purent observer le comportement journalier de l’homme
Antonin Artaud pendant les trois dernières années de sa vie, qui sont celles de
la rédaction des Cahiers.
Sans discuter le caractère toujours litigieux de tels souvenirs
(à cet égard le journal de Jacques Prevel
[19] a le mérite de consigner un présent), il est pour
nous significatif que la plupart des témoignages relevant son activité
corporelle singulière fassent appel à la notion d’
acteur, soit de façon péjorative (on parle alors
d’histrionisme), soit sur un mode laudatif, comme Jean-Louis Barrault, qui
écrit de celui qu’il nomme « l’homme-théâtre » :
Artaud, insatisfait sans doute des joies artificielles que
procure le théâtre, transporta ses propres possibilités théâtrales dans la vie.
Il vécut authentiquement son personnage et se consuma avec lui. Il devint
théâtre. [20]
Si cette interprétation est quelque peu réductrice en ce
qu’elle demeure psycho-logique, elle nous semble cependant contenir une part de
vérité si on la considère à la lumière du réajustement et de l’élargissement
considérable opérés par Artaud sur la notion centrale d’acteur. De ce point de
vue, il s’agit certainement moins de transposer le théâtre dans la vie
quotidienne ou de théâtraliser un comportement, que d’effectuer des actions qui
engagent l’être dans le sens d’une transformation corporelle. Cet
acteur n’est pas un comédien, il
n’utilise pas son corps pour en faire le support d’un personnage mais agit avec
son corps entier, et non son seul « esprit », afin d’exécuter ce qu’Artaud
nomme « une certaine opération de transmutation physiologique et de
métamorphose organique vraie du corps humain.
[21] » Le théâtre ainsi compris n’est plus le lieu d’une
représentation jouée, mais celui d’une transformation corporelle dont Artaud
souligne le caractère curatif :
Le théâtre
est l’état,
le lieu,
le point,
où saisir l’anatomie humaine,
et par elle guérir et régenter la vie [22].
Un lieu qui est un état, un état qui pointe un lieu. Nous
voyons que cet élargissement opéré sur la notion d’acteur excède les cadres de
la représentation (scènes, jeu, illusion théâtrale). Cet « homme acteur » est
celui qui agit et, agissant, gagne la vie en son centre même, où il la crée
:
on ne joue pas,
on agit.
Le théâtre c’est en réalité la genèse de la création. (XIII,147)
Or c’est bien à l’exécution de cette « opération physiologique
» que se rapporte la gestualité d’Antonin Artaud durant ces années. Dans une
lettre de septembre 1945 à Roger Blin (Artaud se trouve encore à l’asile de
Rodez, qu’il quittera définitivement en mai 1946), il écrit, à propos de « ce
travail auquel [il se] livre depuis tant d’années » : « un de mes moyens est de
chanter des phrases scandées en écrivant comme d’autres chanteraient viens
poupoule ou auprès de ma blonde et l’autre moyen est de frapper des coups avec
mon souffle dans l’atmosphère et ma main comme on manie le marteau ou la cognée
pour faire jaillir des âmes sur mon corps, et dans l’air » (XI,119). Et à Jean
Paulhan, quelques jours plus tard, il précise : « Je suis toujours ici en
danger d’être traité en fou et en agité lorsque je travaille ici, soit en
gestes, soit en chants, soit en marches, soit en attitudes à mon athlétisme
affectif » (XI, 127-128).
« L’athlétisme affectif », cette notion remonte aux années 30
et au chapitre qui lui est consacré dans Le
Théâtre et son double. Il s’agissait alors d’une technique de
l’acteur basée sur le « système des souffles », dont Artaud explicitait ainsi
le principe :
L’effort par sympathie accompagne le souffle et suivant la
qualité de l’effort à produire une émission préparatoire de souffle rendra
facile et spontané cet effort. J’insiste sur le mot spontané, car le souffle
rallume la vie, il l’embrase dans sa substance.
Ce que le souffle volontaire provoque c’est une réapparition
spontanée de la vie. (IV,128).
À Rodez, il s’agit bien toujours de cela, mais porté en des
dimensions qui ne sont plus scéniques : une pratique qui va placer l’acteur
dans les conditions adéquates à la réalisation de son acte et dont le but est
de produire un certain état du corps, une opération d’animation corporelle, où
le souffle occupe une fonction première.
Cette gestualité, qui a souvent été perçue par ses médecins
comme une manifestation délirante pathologique mais ressort pour Artaud, sinon
d’une méthode, d’une volonté délibérée et concertée, il nous semble nécessaire
d’y associer son activité scripturale elle-même. Citons à ce propos Alain et
Odette Virmaux :
Artaud dessinant ou écrivant, c’est un univers en pleine
ébullition. Il chantonne, il crie, il bouge sans cesse, il frappe et déchire le
papier, il pilonne à coups redoublés ce qui se trouve là, billot, table ou lit
: vingt témoins ont décrit ces scènes, cette mise en jeu de tout l’être, ce «
théâtre total» [23].
Cette vision d’Artaud à l’œuvre, attestée par de nombreux
témoignages, est ici perçue avec justesse comme une « mise en jeu de tout
l’être » où le geste musculaire ne se contente pas d’accompagner l’écriture,
mais participe de la même émission de forces, de la même activité singulière.
Dès lors que nous situons l’acte du scripteur dans la lumière de ce « théâtre
total», les cadres habituels de l’écrit cèdent, et on voit bien pourquoi il est
si difficile de parler d’œuvre à propos des
Cahiers: l’écriture faisant ici elle-même partie
d’une gestualité générale qui ne vise à rien d’autre qu’opérer une animation
corporelle, la pratique scripturale des
Cahiers s’inscrit dans la perspective d’un acte
qui se présente comme un événement du corps. Elle trouve son sens en dehors du
langagier, dans le corps même du scripteur, ce « corps d’un écrivain qui
tousse, crache, se mouche, éternue, renifle et souffle quand il écrit
[24]. » Artaud le consigne avec humour
:
Je ne sais pas si ce n’est pas à force de chercher mon style et
mon Verbe propre que j’ai perdu toutes mes dents. (XV,40)
Ce qui est actif dans l’écriture l’est dans la mesure où elle
trouve son prolongement dans le corps de l’écrivain. Sa reprise continuelle
ressort ainsi moins d’une inflation pathologique du verbal (graphomanie ou «
graphorée ») que d’un travail d’incarnation qui en valide la dimension
proprement effective :
Dire et écrire n’importe quoi pour ne pas perdre l’idée afin
de s’en souvenir pour après faire sortir la vraie charpente, squelette
d’incarnation. (XX,295)
Sans nous appesantir sur les rapprochements que l’on pourrait
faire entre la poétique surréaliste et certains aspects de cet usage singulier
de l’écriture où la question du « lâcher-prise » semble essentielle, il est
important de relever que ce qu’Artaud désigne ici par cette expression de «
vraie charpente » ne concerne évidemment pas une quelconque structuration
textuelle, mais ressort bien d’une tentative qui situe l’écriture sur le plan
d’un rapport à l’incarnation. La
création continuée des Cahiers, plus
qu’un work in progress, s’inscrit dans
une tentative de réalisation dont nous sommes obligés de reconnaître qu’elle
excède les catégories habituelles de la pensée « séparée ».
*
Une fois posé ce qui précède, et dès lors que nous considérons
l’impressionnante masse écrite dans la perspective de cette activité qui engage
le scripteur dans le sens d’un travail d’incarnation, les
Cahiers ne se présentent plus comme un
produit, mais plutôt comme l’empreinte multiple de cette gestualité singulière,
une accumulation de traces qui, en premier lieu, se rapportent à un événement
du corps. À ce propos, Bernard Noël écrit :
Cette masse d’écriture est certes de l’écriture, mais c’est
aussi la matière jaillie telle quelle d’un corps […] Les cahiers d’Artaud sont
des cahiers mais qu’on les ouvre, et ceci est le corps d’Artaud transfusé là
par le phénomène d’une instantanéité d’écriture qui fait de ces cahiers le
dépôt de ce que j’oserai nommer sa chair verbale. [25]
Pour saisir au mieux la nature de cette pratique de
l’écriture, il nous semble nécessaire de revenir à ce « dépôt de chair verbale
» lui-même, tel qu’il demeure matériellement sur le support. Nous quitterons
donc le sage ordonnancement justifié
de l’édition Gallimard pour porter notre regard sur l’aspect initial de ces
écrits.
Dès un premier contact, nous nous apercevons que ces cahiers,
sans majuscule ni italiques, ne sont plus tout à fait les
Cahiers que nous proposait Paule
Thévenin à la lecture. Comme le souligne Delphine Lelièvre, il est visible que
la mise en forme éditoriale à contribué « à textualiser, c’est-à-dire à
présenter sous forme de texte, ce qui, dans l’état initial, est plus proche
d’instantanés d’écriture dénués de tout souci de «forme littéraire».
[26] » Sans discuter de
principes éditoriaux qui semblent déterminés par une exigence première de
lisibilité, une observation rapide des manuscrits montre combien le traitement
qui leur conféra le statut de texte a non seulement modifié la topographie des
écrits, mais en a surtout évacué les dessins, et ainsi occulté une dimension
visuelle fondamentale
[27].
Ce que nous
voyons (et
non ce que nous pouvons seulement
lire) au fil de ces pages, ce sont, intriquées
dans l’écriture au point de faire corps avec elle, des séries d’objets, blocs,
boîtes, clous, qui se mêlent à des membres, des fragments de visages, des
croquis de corps constellés de points, de barres, de signes improbables. Dès
lors, l’espace graphique du feuillet devient ce « double espace », selon
l’expression de Marc Le Bot
[28], où images et lettres, mots et figures, se
contaminent réciproquement. Bien loin de seulement se surajouter au texte ou
d’en investir les marges, ces dessins entrent en étroit rapport avec lui, et
s’ils se trouvent ainsi « enchevêtrés à des pages où l’écriture tient le
1e
r plan de la vision », c’est, comme le souligne Artaud,
parce qu’ils « les commentent, les aèrent et les éclairent.
[29] » Désignant une
corrélation profonde de leurs gestes respectifs, l’écriture et le dessin se
situent ici dans une perspective unique.
Dès lors que nous prenons en compte ce double registre
graphique des cahiers, ceux-ci ne se présentent en effet plus comme le seul
support d’une coulée verbale ininterrompue et linéaire, mais aussi comme une
surface sur laquelle Artaud va projeter des formes qui nous renvoient à
l’intensité d’une action corporelle. Bien plus, parce qu’ils ne trouvent leur
raison d’être que dans la nature efficace du geste qui les a produits, ces
dessins nous gardent de déployer ce courant verbal (et il s’agit ici, plus que
d’un flot, d’un courant conducteur, d’une ligne d’énergie) dans une direction
exclusivement textuelle. Artaud est à ce propos on ne peut plus explicite
:
[Ces dessins] sont purement et simplement la reproduction sur
le papier d’un geste magique que j’ai exercé dans l’espace vrai avec le souffle
de mes poumons et mes mains avec ma tête et mes 2 pieds avec mon tronc et mes
artères, etc.
Sans aucune valeur de représentation ou de figuration, ces
dessins nous interdisent d’abstraire le corps concret qui les a produit, cela
dans la mesure où ils ne peuvent « prendre sens » que si nous les renvoyons à
une action corporelle réellement effectuée. Il serait d’ailleurs ici pertinent
d’évoquer plutôt une « prise de corps » par le dessin qui, dans l’espace de la
page, va directement agir sur l’écrit en empêchant toute voussure textuelle de
se constituer. Bien plus, par l’intensité de leur évidence matérielle, ils vont
à la fois garantir et prolonger l’action de l’écriture, dès lors rétive à toute
approche qui voudrait ignorer qu’elle aussi ressort d’une recherche
d’efficacité concrète, c’est-à-dire corporellement agissante. À cet égard,
Artaud précise :
Quand j’écris, j’écris en général une note d’un trait mais
cela ne me suffit pas et je cherche à prolonger l’action de ce que j’ai écrit
dans l’atmosphère.
De ce point de vue, qui est un angle d’action, écriture et
dessin ressortent d’une même gestualité qui outrepasse les frontières de
l’écrit. Ce que cette corrélation désigne, c’est bien une sortie dans «
l’atmosphère » où le geste (celui d’écrire ou de dessiner) se fait le vecteur
d’une production dans un espace qui n’est ni l’espace littéraire ni l’espace
pictural. Nous ne sommes plus ici dans le monde clos de l’œuvre. L’écriture
s’engage dans un mouvement de sortie de l’écrit, elle est toute entière tendue
vers une réalité corporelle concrète. Occulter cet « endehors » de la page
serait précisément oublier que ce mouvement est d’abord celui d’une
incarnation, qu’il se présente avant tout comme une tentative de création
corporelle. Artaud le rappelle :
Tout ceci ne serait rien si l’on devait s’en tenir là, ne pas
sortir de la page écrite, puis illustrée par la lumière comme vacillante de ces
dessins qui ne veulent rien dire et ne représentent absolument rien.
Ce n’est qu’en quittant la page écrite que le scripteur, comme
le lecteur, éprouve l’efficacité de cette « action qui a eu réellement lieu ».
Au regard de ce lieu premier, ce que le geste d’Artaud s’attache à produire, ce
n’est pas du texte ou du dessin (graphes se présentant comme des traces de
l’événement corporel), mais bien ce qu’il nomme une « matière électrique » qui
« naît à ce moment et instantanément dans le corps. » Dès lors les signes
graphiques ne sont pas autre chose que cette « figuration sur le papier
circonscrite d’un élan qui a eu lieu et a produit magnétiquement et magiquement
ses effets. »
Le mot est là : « magique » est ce qui pour Artaud fait acte
dans sa pratique scripturale. Son efficacité implique une simultanéité entre
l’action et son résultat, entre la cause et l’effet, et dont le mode de
production excède les chaînes logiques admises de la causalité. Cette
instantanéité garantit l’efficacité d’une opération qui a lieu au présent, dans
le corps même de l’exécutant, et dont la réitération permanente détermine la
durée propre de l’écriture dès lors qu’elle n’est plus orientée sur rien
d’autre que cette immédiateté « magique ». Cette durée, qui est aussi celle
d’une persistance, va donc détruire toute possibilité d’une vision
architecturante d’ensemble, et garantir à l’acte son maximum d’efficacité en
l’empêchant d’être surplombé par la voûte d’une quelconque
transcendance.
Il est beaucoup question de magie dans les écrits de cette
période. Le dernier cahier (n°406) porte sur sa couverture, comme en manière de
titre : « L’exécration du magicien inné ». Il serait un peu facile de dire
qu’Artaud, tombé dans le panneau de la magie, s’en est finalement dégagé pour
la renier. Au contraire, il ne cesse de le répéter : la magie existe, il n’y a
même que cela qui existe vraiment car tout ce qui a une valeur effective, tout
ce qui agit effectivement ressort de la magie. Le fait vaut pour tous les
champs de l’activité humaine, et si la société « ne veut pas entendre parler de
magie et d’envoûtement », c’est « parce que toute entière elle en est née […]
et que sans en avoir l’air, sous sa vieille façade d’honnêteté et d’ignorance,
elle ne se maintient encore debout qu’à coup d’envoûtements » (XIV*,152). Magie
contre magie, l’acte d’écrire ressort pour Artaud d’une opération de magie
scripturale, et si ses cahiers sont une suite de « notes / littéraires /
poétiques / psychologiques / physiologiques », ils deviennent, dès lors qu’on
en dépose le texte pour revenir à la réalité des corps, ces cahiers de notes «
magiques / magiques surtout / magiques d’abord / et par dessus tout ».
*
Du 4 au 20 juillet 1947, Artaud expose à la galerie Pierre des
portraits et dessins sur papier, et ajoute à cette série d’œuvres quelques
feuillets tirés de ses cahiers. Sur l’un d’entre eux, le spectateur pouvait
lire :
Ces cahiers n’ont pas été mis sous verre dans l’intention
d’être enchâssés comme des pièces de musées.
Ils me serviront encore, mais je les montre pour qu’un homme
qui recherche comme moi une vérité et une mécanique perdues les retrouve comme
je les ai cherchées dans ces cahiers [30].
Il faut sonder la profondeur de la fin de cet énoncé : que cet
homme (l’autre, qui n’est ni un lecteur ni un spectateur, mais cela et un peu
plus) cherche comme j’ai trouvé, qu’il trouve comme j’ai cherché… Cela semble
ressortir d’une logique paradoxale selon laquelle chercher, c’est déjà trouver,
et où les catégories du sujet et de l’objet cèdent la place à une dynamique de
l’être. Car de quelle nature est-elle, cette mécanique perdue de la vérité,
cette mécanique d’une vérité perdue ? S’agirait-il d’une vérité en mouvement ?
D’une vérité en vie ? D’une vérité en acte ? Il serait bien sûr ici beaucoup
plus rassurant de crier au délire…
[1]
Les
Cahiers de Rodez
(tomes XV à XXI des
Œuvres complètes)
regroupent de façon chronologique les cahiers écrits par Artaud de février 1945
à mai 1946, date de son départ de Rodez. Les
Cahiers du retour à Paris (tomes XXII à XXV)
regroupent les cahiers écrits de juin 1946 à janvier 1947. Les cahiers rédigés
à partir de cette date et jusqu’à la mort d’Artaud le 4 mars 1948 sont encore
non publiés. Pour toutes nos citations issues des
Œuvres complètes, éditées chez Gallimard, nous
présenterons les références, selon l’usage, de la manière suivante : (XV,40)
pour
Œuvres complè- tes, tome XV, p.
40. Pour les citations des cahiers non publiés, nous indiquerons le numéro du
cahier cité. Les manuscrits microfilmés sont consultables à la Bibliothèque
Nationale.
[2]
Pour un point sur « l’affaire Artaud » et la suspension de la
publication des
Œuvres complètes, voir
Alain et Odette Virmaux,
Antonin Artaud, qui
êtes-vous ?, Éditions La Manufacture, 1996, p. 272.
[3]
Françoise Bonardel,
Antonin
Artaud ou la fidélité à l’infini, Balland, 1987, p. 251.
[4]
Les grandes œuvres de cette période sont :
Artaud le Mômo,
Ci-gît précédé de
la Culture Indienne,
Van Gogh le suicidé de la société,
Pour en finir avec le juge- ment de
dieu,
Suppôts et
suppliciations.
[5]
André Roumieux,
Artaud et
l’asile, t. 1, 1996, Séguier.
[6]
Répondant à une lettre de Pierre Bousquet, Artaud rapproche son
internement des déportations nazies : « je ne me serais pas avancé à vous
parler de votre déportation en Allemagne en 1942, ainsi que vous me l’avez
vous-même demandé, si les circons- tances ne m’avaient mis comme vous en
état de déportation. »
(XI,268)
[7]
Où il arriva dans ce qu’il qualifie lui-même un « état de bête
traquée » (X,197).
[8]
Gaston Ferdière,
J’ai soigné
Antonin Artaud, in
La Tour de
Feu, n°63/64, dé- cembre 1959 ; texte partiellement reproduit dans
les notes des
Œuvres complètes, IX,245
(éd. de 1979).
[9]
Jean-Michel Rey,
La Naissance de
la poésie. Antonin Artaud, Métailié, 1991.
[10]
« Entretien avec le Docteur Ferdière » in
Planète plus, n°7, février 1971, pp.
103 à 109.
[11]
Sur cette question de la non interruption de l’activité
d’écriture d’Artaud pendant la période asilaire, voir l’article d’Alain
Virmaux, « La semi-liberté de Rodez (1944- 1946) : réinsertion parmi les poètes
et réappropriation d’un statut d’écrivain », in
Antonin Artaud écrivain du Sud, éd. Edisud,
2002, pp. 43 à 55.
[13]
André Roumieux,
Je travaille à
l’asile d’aliénés, Champ Libre, 1974, cité par Alain et Odette
Virmaux,
op. cit., p. 68.
[14]
Au mois de janvier 1945, Artaud reçoit des exemplaires de la
réédition du
Théâtre et son Double. Le
13 janvier, il écrit à Gaston Gallimard : « Je prépare un autre livre sur le
Théâtre aussi mais d’un point de vue plus large et plus généreux que le Théâtre
et son Double et qui intéressera, je crois, un public plus étendu. Dès que le
manuscrit en sera complet je vous l’adresserai car je crois qu’il ne contient
que des idées capables d’émouvoir et d’atteindre le public de vos éditions »
(XI,38).
[15]
Cf. cette note en marge de
Ci-Gît: « Ce que je pense est un enchaînement,
son contenu n’est pas un mystère, il en a d’autres. Il demande a ne pas être
ouvert devant tout le monde pour ne pas tout mélanger, sans être prêt. » (XI,
255.)
[16]
Cf. Paule Thévenin.
[17]
Voir par exemple la lettre à Peter Watson datée du 13 septembre
1946 (XII, 230- 239).
[18]
Le
Trésor de la langue
française nous dit : «Gestualité, subst. fém., sémiotique. Ensemble
des gestes, conçu comme système de signification. » Le déplacement que nous
faisons subir à ce terme va dans le sens d’une prise de distance avec le para-
digme linguistique. Il y a bien ensemble de gestes et de postures, mais ce
dernier tire moins sa cohérence d’un système de significations que de son
orientation sur la réalisation concrète d’une action.
[19]
Jacques Prevel,
En Compagnie
d’Antonin Artaud, Flammarion, 1994.
[20]
Jean-Louis Barrault,
Cahiers
Renaud-Barrault, n°69, 1969.
[21]
Citation extraite de « Le théâtre et la science », texte publié
dans
L’Arbalète, n°13, été 1948, pp.
15 à 24.
[22]
Citation extraite de « Aliéner l’acteur », texte publié dans le
même numéro de
L’Arba- lète, pp. 7 à
14.
[23]
Alain et Odette Virmaux,
op.
cit., p. 106.
[24]
« Notes pour une «Lettre aux Balinais» »,
Tel Quel, n°46, 1971, pp. 10 à
34.
[25]
Bernard Noël,
« Artaud et Paule
», un hommage, revue Fusées n°5, octobre 2001.
[26]
Delphine Lelièvre, « Scénographie d’un sujet »,
Europe, n°873-874, Janvier-février
2002, p. 219.
[27]
Nous désignons ainsi tous les dessins que l’on trouve dans les
cahiers eux-mêmes, et qui ressortent de la même pratique que l’écriture, et non
ceux dessinés sur des sup- ports spécifiques et qui se présentent comme des
œuvres.
[28]
Marc Le Bot, « La Maladresse sexuelle de Dieu »,
Corps écrit, n°1, février 1982, pp.
207 à 214.
[29]
Cette citation et les suivantes sont extraites d’un texte
intitulé « 50 dessins pour assas- siner la magie » et daté du 31 janvier 1948.
Il figure dans le cahier n°396. Pour en simplifier la transcription, nous avons
préféré « linéariser » le texte.
[30]
Cahier n°316, juillet 1947, feuillet n°9.