2003
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Marges
La réaction sociale face à la catastrophe.
Une interprétation des
réponses communautaires devant une crise écologique
Angel Enrique CARRETERO PASÍN
[1]
Dans cet article il est question d´interpréter la réaction
sociale face à la catas~trophe causée par le rejet de substances toxiques du
bateau Prestige sur les côtes galicien~nes. À cet égard, nous soulignons deux
aspects importants de cette réaction sociale. D´une part, un dynamisme
autoorganisationnel social délié de la chose institutionnelle et qui émane
spontanément de la collectivité. D´autre part, l´émergence de certains liens de
confraternité autour d´un sentiment et d´un engagement de solidarité
écologique. Ces deux aspects montrent une dynamique sociale qui est visualisée
dans certaines circonstan~ces tragiques pour une communauté.
In this article it is a question of interpreting the social
reaction before the catastrophe caused by the spilt ones of the Prestige ship
on the Galician coasts. In this regard, we distinguish two relevant aspects in
the social reaction. On one hand, a social autoorganizational dynamism untied
from the institutional thing that appears spontaneously of the comunity. On the
other hand, the emergency of a few bows of confraternity concerning a feeling
commitment and ecological solidarity. Both as~pects show a social dynamics that
is visualized in certain tragic circumstances for a community.
Ce travail prétend montrer comment la catastrophe économique et
écologique provoquée par l´arrivée de la marée noire causée par le
Prestige sur les côtes galiciennes a
suscité des réponses sociales particulières qui peuvent être interprétées à
partir de certains présupposés théoriques proposés par Michel Maffesoli.
L´événement de la marée noire a entraîné des conséquences particulièrement
tragiques sur le tissu social de la Galice côtière mais cependant, il a aussi
servi comme détonnant qui a permis de révéler un dynamisme social fécond qui se
manifeste dans des situations déterminées de crise touchant une collectivité.
Ce dynamisme inscrit dans la propre matrice sociale adopte une existence cachée
et extérieure aux marges de visibilité établies par une perception de la vie
sociale médiatisée par la chose institutionnelle. Il recouvre cependant toute
son importance dans des circonstances, comme celles de cette catastrophe, où
l´intégrité du corps communautaire se voit touchée. Dans des conjonctures de ce
genre, il affleure et s´approprie de l´ensemble de la vie sociale. En effet, la
tragédie créée par toutes sortes d´incidents qui blessent le noyau
communautaire rend possible la visualisation d´une énergie sociale spontanée
qui suit des voies alternatives à la chose institutionnelle et sert de
stimulant à la reconnaissance et à la dignification d´un vitalisme enfoui au
plus profond de l´existence populaire. D´autre part, la tragédie a aussi servi
à impulser la cristallisation d´une union sociale autour d´un lien affectif et
émotionnel, ainsi qu´à déclencher une socialité qui émane spontanément du corps
social. D´où la perplexité ressentie par les observateurs sociaux devant
l´effervescence d´un surprenant et inhabituel sentiment de confraternité
jaillissant dans une zone géographique qui, en fonction de sa structure
économique particulière, a été cataloguée, occasionnellement de façon quelque
peu simplificatrice, d´individualiste et de conservatrice d´un point de vue
sociologique.
2 Organisation institutionnelle et vie sociale
La mobilisation sociale déclenchée en réponse à l´apparition de
la marée noire sur les côtes galiciennes n´a aucun précédent dans l´histoire de
la Galice. Dès les premiers instants, l´accident souffert par le
Prestige présageait une imminente
marée noire sur les côtes galiciennes, avec les implications néfastes que cela
entrainerait sur le tissu social d´une région qui se consacre à la pêche,
moteur fondamental de son économie. Sur la côte sud de la Galice,
l´inefficacité de l´administration, incapable de fournir aux pêcheurs les
moyens techniques et une organisation nécessaire afin d´affronter l´arrivée
prévue du fioul, a mis en danger les zones de fruits de mer les plus riches
d´Europe, obligeant ainsi les pêcheurs à palier cet abandon institutionnel à
travers d´une autoorganisation communale chargée de planifier une stratégie
coordonnée visant à freiner l´arrivée des nappes, en faisant appel pour cela à
l´élaboration de rudimentaires outils artisanaux et, allant même jusqu´à
utiliser leurs propres mains.
Pendant toutes ces journées, l´ordre, la structure sociale
habituelle de certaines villes, s´est vu brusquement disloqué, étant donné que
femmes et hommes, associant leurs forces dans un effort coopératif d´ensemble
et avec une division sociale du travail modélique, ont articulé la totalité de
la vie communautaire en fonction de stratégies servant à contrecarrer la
pollution. À cette époque, fait souligné par certains journaux, dans certains
endroits de la Galice côtière, l´idéal romantique autogestionnaire rêvé par
l´anarchisme semblait s´incarner, bien que motivé par une circonstance de cette
nature et, par la négligence politique comme réponse. Entreprises, différentes
entités sociales et associations, oubliant les conflits d´intérêts quotidiens,
font cause commune et s´engagent afin de faire face ensemble à la catastrophe.
La collectivité, abandonnée à un destin tragique du fait d´un manquement de
l´administration à ses compétences, autoassume la responsabilité de résoudre le
terrible problème qui la menace et finalement obtient une victoire héroïque sur
le fioul. Quelle lecture sociologique faut-il faire d´un événement de cette
nature ? À notre avis, comme nous le verrons par la suite, il permet de
reconnaître et de revaloriser un vitalisme social peu enclin à une
identification à tout ce qui est institutionnel, qui transite par des voies en
marge de la société officielle et qui renferme un défi potentiel à tout
programme de gestion verticale de la vie sociale. Dans une perspective
d´analyse sociologique, il met aussi en évidence la stérilité de toute
tentative visant à circonscrire la nature du social au simple cadre de la chose
institutionnelle.
En Galice, l´idée que «
todos os
políticos son iguais» (tous les politiques se valent) est un cliché
enraciné dans une mentalité populaire profondément sceptique par rapport au
fonctionnement de la logique politique. Cet imaginaire de la politique, où la
classe politique apparaît uniformisée sous un creuset commun, a fait l´objet de
plusieurs lectures sociologiques ou journalistiques. Il a parfois été
interprêté comme étant une représentation de la chose politique
prédémocratique, rétrograde ou hostile au progrès social, complice de la
tendance majoritaire à voter pour un conservatisme maintenu par un réseau
complexe
caciquil (féodalisme qui
opère au sein même de la modernité). D´autre part, le taux élevé d´abstentions
qui accompagne la trajectoire démocratique de la Galice semble confirmer une
persistante incrédulité de fond du peuple vis-à-vis de la logique de la chose
politique et du fonctionnement des institutions. Ce scepticisme cependant,
semble démontrer, au-delà des analyses simplificatrices, une attitude de fond
libertaire, ancrée dans l´expérience sociale des galiciens, une sagesse
populaire qui, comme mécanisme de défense, est récalcitrante à ce qui est
institutionnel. Représentation d´un monde donc qui perçoit la logique du
pouvoir politique à partir d´une attitude de méfiance, qui englobe une gamme de
doubles jeux enracinés dans le quotidien qui expriment d´occultes stratégies de
résistance face à un ordre de la chose institutionnelle qui est assumé sous un
aspect toujours coercitif
[2].
L´époque postmoderne, ou si l´on veut moderne tardive, révèle
une crise profonde de la représentation politique, elle témoigne d´un divorce
entre la logique qui régit les institutions politiques et les intérêts, les
souhaits de la société
[3]. Durant cette phase historique, la croyance qui veut
que la configuration de la chose politique vise exclusivement
l´autoreproduction d´une bureaucratie dirigeante dont la seule finalité est la
conquête et la perpétuation du pouvoir, mais qui en aucun cas ne traduit les
demandes générées au sein de la vie sociale, se consolide. L´espace du
politique est devenu un simple engrenage technobureaucratique qui, par le biais
d´une planification rationalisée, gère, administre et contrôle de façon
verticale la totalité de la vie sociale. Il est intéressant toutefois de
souligner comment la genèse de cette configuration de l´espace politique fixé
est liée à la constitution de l´exercice du pouvoir qui se dessine à l´époque
moderne. L´archéologie de la modernité développée par Michel Foucault
[4] nous avait déjà révélé comment à partir
de la modernité une forme spéciale de domination se consolide, se revêtant
d´une physionomie rationnelle caractérisée par une emphase accentuée pour
contrôler, gérer et administrer les différents domaines dans lesquels se tisse
la vie collective. La mise en place de l´État Moderne amène l´émergence d´une
nouvelle
rationalité politique qui
convoite la colonisation des différents champs de la vie sociale. De cette
manière, des domaines sociaux comme la santé, l´éducation, la famille, le
travail passent sous la tutelle de l´État une étonnante libération souterraine
des modes de vie imposés. Elle renferme aussi une gamme variée de légendes et
d´univers symboliques et imaginaires qui subsistaient encore dans le patrimoine
collectif populaire en une étrange symbiose avec les modes de vie dessinés par
la modernité. Elle regorge aussi de festivités, telles que el
Antroido – carnaval – pendant
lesquelles une trangression de l´ordre social est mise en scène, de doubles
jeux comme la
retranca – sorte de
louvoiement – (le galicien répond à une question par une autre question ou par
une réponse qui renferme aussi bien une affirmation qu´une négation, d´où la
difficulté d´un sociologue souhaitant établir des statistiques) et à travers
lesquelles se traduit une tenace résistance interne du populaire à la chose
institutionnelle. À cette fécondité de la culture populaire vient se greffer,
dans le cas des populations de pêcheurs, une représentation présentiste absolue
de la vie, une libération sexuelle et des moeurs qui cohabite, bizarrement,
avec une coercition morale représentée par la religion. L´imaginaire quotidien
dans les villes de pêcheurs, où les revenus sont élevés, ne comprend pas de
sentiment de futur, d´ascétique sacrifice de renoncement à vivre le présent, et
en revanche, les dépenses, le relâchement inondent la vie sociale, exprimant
ainsi une attitude similaire à un
carpe
diem. En se sens, les interprétations de la culture populaire
proposées par Michel Maffesoli dans
La conquête
du présent.
Pour une sociologie de la
vie quotidienne, Paris, PUF, 1979, Michel de Certeau,
Arts de faire, Gallimard, Paris, 1979
et Richard Hoggart,
La culture du
pauvre, Paris, Minuit, 1970 reflètent fidèlement certains traits
particuliers de la culture populaire galicienne. qui établit ainsi les lignes
directrices auxquelles ils doivent être subordonnés. Les effets dérivés du
déploiement de cette rationalisation sur l´expérience sociale conduira à ce que
Michel Maffesoli condensera postérieurement sous le qualificatif
d´asepsie
[5]. Ainsi donc,
à partir de l´instauration de la modernité une croissante programmation et
planification bureaucratique se développe qui, à travers du rôle significatif
attibué à l´État, vise un parfait agencement du social où le hasard et
l´incertitude n´ont aucune place et où tous les espaces sociaux se retrouvent
parfaitement réglementés et contrôlés. La géométrie, comme l´a relevé Zygmunt
Bauman
[6], est
l´archétype définitoire de la modernité. Le développement de la programmatique
moderne est donc syntone avec une administration et une gestion de la vie
sociale grandissante qui tente de conjurer le chaos, l´ambivalence et, en
lignes générales, tout ce qui implique un désordre.
L´époque actuelle nous révèle cependant les conséquences
néfastes provoquées dans les différents domaines sociaux par la radicalisation
de cette réglementation et de cette bureaucratisation. Elle nous dévoile de
constants dérèglements sociaux, de nouveaux espaces de chaos, qui résultent de
la totale institutionnalisation du projet historique planifié issu de la
modernité, réclamant des moyens individuels et sociaux innovateurs et
alternatifs tendant à résoudre les déficiences qu´il génère. Les domaines
sociaux qui, du fait de la modernité, ont été soumis à une planification
rationnelle montrent les effets nuisibles qui découlent de cette
radicalisation. Ainsi, l´éducation, la santé, le travail et une infinité de
domaines sociaux témoignent des erreurs ou des insuffisances créées précisément
par cette excessive et rigide rationalisation bureaucratique. L´ordre du
politique, en devenant une technobureaucratie à qui l´on délègue une efficace
gestion externe de la vie sociale, se transforme en engrenage indépendant du
social et se montre incapable de traduire et de canaliser les intérêts de la
société, ce qui induit l´émergence obligatoire d´une sociabilité de base qui,
en marge du cadre de la politique, cherche une solution aux problèmes qu´elle
subit. En ce sens, la réaction spontanée et énergique des pêcheurs galiciens
face à la catastrophe montre le
déficit de la construction de l´espace social
qui a été réalisée tout au long du déploiement de la modernité ; celle-là même
qui délègue à une bureaucratie institutionnelle la tutelle et le gouvernement
absolu de la vie sociale, tout en insinuant une dynamique sociale naissante qui
oblige la société, de manière coparticipative et à travers des sociabilités
naissantes alternatives aux institutions politiques traditionnelles, à assumer
les demandes qu´elle génère. En relation avec ce qui est dit auparavant, il
faudrait interpréter l´inefficacité et l´incompétence démontrées par
l´administration de l´État dans le contexte d´une incapacité de la bureaucratie
politique de prendre des décisions dans des situations d´incertitude, de
hasard, dans des circonstances où un incident imprévu introduit un dérèglement
inattendu dans l´organisation, dans la planification technique qui tentait de
régler la vie sociale en suivant un modèle préétabli. Suivant Bauman, quand un
facteur surgit, il ne peut être mis à pression dans les grilles inspirées
géométriquement
[7].
À cet égard, Maffesoli est l´inventeur de l´opposition entre
pouvoir extrinsèque et
puissance intrinsèque
[8] comme outil d´analyse du
fonctionnement des sociétés. Tandis que le pouvoir tenterait de gérer de
manière verticale et externe la vie sociale, la puissance est elle, chargée de
réaffirmer un vitalisme où s´exprime toute la force du social. La modernité
instaure, comme nous venons de le voir, une logique régulatrice et
planificatrice qui colonise toutes ses institutions. Néanmoins, la découverte
d´une facette spontanée autoorganisative qui émane du social remet en cause
aussi bien les fondements que l´opérativité de cette logique. L´épisode de la
marée noire se termine, bien qu´à travers une circonstance tragique, par une
revalorisation d´une remarquable disposition autoorganisative enracinée dans la
sociabilité populaire. Si ce qui définit l´exercice du pouvoir c´est son
emphase pour contrôler et administrer, en bref pour organiser verticalement la
vie sociale, la visualisation de cet aspect autoorganisatif et
autoinstitutionnel, alternatif à la chose institutionnelle, stimule la
reconnaissance de la possibilité d´une autonomie et d´une souveraineté du
social, en marge du politique. Reprenant la terminologie proposée par
Jean-Pierre Dupuy, cela impliquerait une transition du social d´un point fixe
exogène à un point fixe endogène ou, autrement dit, l´assomption que l´entité
organisatrice émerge et s´imbrique dans le social au lieu de considérer qu´elle
en est séparée, extérieure, et que son existence lui est antérieure
[9]. Si la stratégie discursive
et d´autolégitimation utilisée historiquement par le pouvoir fut celle de
s´ériger en tuteur chargé d´un gouvernement nécessaire de la vie sociale, le
réveil de cette disposition autoorganisative spontanée peut défier la
configuration traditionnelle de l´ordre social établie sur la base d´une entité
organisatrice et d´un peuple organisé.
La réponse sociale des pêcheurs est, en ce sens, aussi
révélatrice de l´équivoque sociologique, consistant à identifier de façon
simplificatrice la chose sociale avec la chose institutionnelle. En effet, il
existe un spectre de la vie sociale colonisé par le domaine institutionnel,
mais derrière celui-ci, comme dirait Maffesoli, comme une centralité
souterraine
[10], une
dynamique sociale est sous-jacente, qui vit et agit en marge des limites de ce
qui est strictement institutionnel. Dynamique sociale qui, d´autre part,
résiste à sa soumission et à son étranglement par tout ordre institutionnel. Il
arrive néanmoins que la société institutionnelle cache et empêche donc la
visualisation de ce monde social non institutionnel. Cependant, dans une
situation de catastrophe celui-ci ressort, quand la société institutionnelle
démontre son incapacité. C´est aussi cette attitude proprement anarchiste, tant
ancrée dans la texture culturelle du peuple galicien, marquée par la méfiance
envers l´institution politique, qui prédispose à la catalysation de ce
dynamisme social auto-organisateur.
D´autre part, le dénouement de l´événement a confirmé pour la
mentalité populaire que tous les politiques sont
pareils, que face à une adversité inattendue il n´existe d´autre
solution que d´essayer de la résoudre par des voies alternatives à la politique
institutionnalisée.
3 Réaction sociale comme expression de socialité
Les premières manifestations de la catastrophe sur la côte
galicienne déclenchent une coopération insolite visant à réparer les effets de
la marée noire. Une longue file de bénévoles, jeunes pour la plupart venant de
différentes latitudes et représentant toutes les couches sociales, se
concentrent dans les villes côtières galiciennes pour, dans un effort commun,
collaborer à la restauration de l´état du littoral. Ainsi, peu à peu, un fort
sentiment de solidarité et de communauté naît et se propage, lié à une
inquiétude écologique. Cette dynamique sociale, qui n´a pas été encouragée par
les institutions, s´étend et finit par dépasser les frontières de l´État
espagnol. Ainsi, au moment des fêtes de Noël on recense quelques 10.000
bénévoles venant de différents pays, certains de zones géographiques aussi
lointaines que le Togo ou le Mali, qui apportent leur contribution au travail
de nettoyage des plages. L´administration s´est vue dans l´obligation de
freiner ces vagues massives de personnes voulant s´intégrer à cette
coparticipation et apporter leur collaboration au travail ingrat de
rétablissement du paysage marin souillé. Multitudes de personnes commencent à
se rassembler, venant de différents centres scolaires, universitaires, de
travail, d´ONG et, en général collectifs et organisations d´horizons divers
unis par le même engagement solidaire de lutte contre les effets de la marée
noire. Des chaînes humaines de plus de 50 000 personnes se forment, personnes
se tenant par la main et marchant en pélerinage vers les zones directement
touchées, et qui prétendent par ce rituel exprimer un sentiment revendicatif et
de plainte par rapport à l´attitude démontrée par l´administration pendant la
catastrophe. De cette façon, le fioul a acquis un rang symbolique qui connote
un signe d´appartenance et d´identification à un mouvement social, il se
transforme en emblème autour duquel un sentiment et une attitude commune se
rassemblent. On assiste même à la naissance de la figure du martyr, incarnée
par Man, un allemand qui avait renoncé il y a plusieurs années à une vie
confortable et qui avait adopté, en Galice, la vie d´ermite au bord de la mer
et qui est décédé, selon l´avis de plusieurs personnes, à cause de la tristesse
que le désastre écologique lui avait provoquée. Ainsi, Man, fruit de la faculté
« mythologisatrice » de toute culture, est arrivé à symboliser le sacrifice
humain payé à cause de la tragédie, s´élevant à partir de ce moment, en
personnage mythique autour duquel un sentiment généralisé de tristesse
collective s´agglutine. Personne, en Galice, ne semblait pouvoir rester à
l´écart d´une dynamique sociale expansive qui gravitait autour d´un surprenant,
car nouveau, sentiment écologique. Ce sentiment à réussi à impulser un
mouvement social sans précédents qui se transmettait tel un étrange phénomène
de contagion affective. Il est important de relever aussi, comment le réveil et
la transmission de ce mouvement social est passé par des voies alternatives à
la chose institutionnelle, réitérant son refus à toute tentative d´absorption
par n´importe quelle organisation ou idéologie politique. Mouvement qui tenait
justement à souligner son caractère proprement apolitique, sa nature ancrée
dans le domaine de la sensibilité ou si l´on préfère moral, mais sensibilité
somme toute, ainsi que son sentiment écologique. D´autre part, la figure du
bénévole a fini elle aussi par acquérir un remarquable composant anoblissant,
connotant une dimension héroïco-morale consolidée par son désintéressement à
recevoir une quelconque récompense économique pour son travail de sacrifice.
Contrairement à la France, où l´administration a cherché à récompenser
économiquement leur travail, via un salaire officiel, les bénévoles travaillant
sur les côtes galiciennes ont réaffirmé leur refus de voir identifier leur
travail avec la conception classique du travail. Leur principe de base était
justement tout le contraire, c´était l´aspect moral donné à leur occupation, le
devoir qui impulsait la décision de collaborer aux chantiers de nettoyage. De
fait, beaucoup de personnes venues prêter main forte à ces activités, ont
déclaré ressentir, malgré leur côté ingrat et pénible, une étrange sensation de
bien-être, un sentiment complexe de rédemption par rapport à des attitudes
installées dans leur vie habituelle, la récupération d´un sens et d´une valeur
de certains aspects de la vie éclipsés par les règles de vie caractéristiques
des sociétés actuelles. À ce composant moral se greffait, aussi, une dimension
collective propre des tâches qu´ils accomplissaient, un fort ingrédient
communautaire qui est une condition indispensable pour mener à bien les travaux
de nettoyage, ce qui a fini par aboutir à un resserrement de liens particuliers
d´affection et d´amitié. La lutte contre les effets de la pollution par le
fioul s´est rapidement transformée en onde expansive qui a entraîné des
centaines de personnes, différents groupes sociaux qui jusqu´alors n´avaient
manifesté qu´une vague sensibilité ou engagement écologique, attirés comme par
une sorte de magnétisme spécial.
Logiquement, un événement social de ce genre suscite une
perplexité socio-logique naturelle. Comment interpréter la consolidation et la
transmission de ce sentiment collectif déclenché à la suite de la catastrophe ?
Quelle logique sociale se cache derrière une apparente inquiétude écologique de
cette envergure ? Comment se peut-il qu´une circonstance de ce type puisse
mobiliser un dynamisme social d´une ampleur jamais atteinte auparavant ? À
notre avis, il faut, en tout premier lieu, resituer ce phénomène dans un
contexte caractérisé par deux facteurs sociologiques importants :
- La décomposition de l´univers
religieux symbolique traditionnel qui offrait un solide référent de
signification au monde de la vie, pour
reprendre l´expression de Alfred Schütz, dans lequel les individus et les
communautés évoluent obligatoirement. Dans la culture galicienne, cet
univers symbolique constituait une
matrice fondamentale, une signification centrale, qui offrait une sécurité
ontologique, renforçait la cohésion sociale et légitimait un mode de vie
individuelle et collective
[11].
- La perte évidente de protagonisme social des idéologies
socio-politiques au cours de ces dernières années. Dans certains cas, telle une
métamorphose laïque, elles remplissaient le rôle jadis attribué à la religion
d´offrir et d´imprimer une directive de sens à l´histoire et comblaient la
demande préalable, individuelle ou collective, d´une signification globale et
directrice qui guidait la vie sociale
[12].
Dans le cas de la société galicienne, l´imbrication de ces deux
facteurs affecte particulièrement la représentation du monde caractéristique
des jeunes générations. Depuis quelques années, un processus de modernisation
effrené et déséquilibré, identifié comme étant une source univoque de progrès,
a introduit une grave destructuration, pour ne pas dire élimination, de
l´ancien univers symbolique protégé par la tradition. Alors que pour les
générations précédentes la religion constituait la signification centrale qui
organisait l´expérience sociale et autour de laquelle gravitaient les
différentes activités sociales, aujourd´hui son effritement a provoqué un
déficit culturel notoire de substitut fonctionnel
[13] qui aurait pu s´approprier des
fonctions qui lui étaient traditionnellement attribuées. Ce qui a laissé la
voie libre, parfois, au déploiement d´un consummérisme immodéré comme une façon
éphémère de combler le vide de signification résultant de cet effritement.
Ainsi, en un laps de temps réduit, la Galice a souffert une mutation sociale
importante ; en effet, d´une société fondamentalement rurale, traditionnelle et
vertébrée autour d´une cosmovision religieuse elle est passée à une société
définie par un processus d´urbanisation de plus en plus fort, à un
développement économique et social, à une rapide sécularisation et à une
consolidation d´habitudes consuméristes
[14].
Cette tension conflictive qui s´est établie entre tradition et
modernité a des effets en particulier sur les nouvelles générations, tiraillées
entre un monde ancien en voie de dissolution et un monde naissant sans ancrage
solide. Elles sont condamnées à construire une fragile identité sociale avec
des perspectives de vie incertaines dans un labyrinthe caractérisé par
l´impossibilité de chercher une protection ou une sécurité ontologique liée à
un passé traditionnel peu à peu enterré par le cours de l´histoire, auquel
elles ont en outre cessé de s´identifier, et un style de vie qui émerge et pour
lequel ces nouvelles générations ne sont que des consommateurs potentiels. À
tout ceci, il faut ajouter un scepticisme, une méfiance généralisée, qui se
traduit par des taux de participation politique extrêmement faibles, pour ce
qui est du fonctionnement des institutions politiques et un manque majoritaire
d´identification avec des programmes idéologiques qui mobilisèrent la
génération précédente pendant les années soixante et soixante-dix.
Dans ce contexte sociologique, la crise écologique provoquée
par la marée noire a libéré un courant de sentiment collectif étendu à toute la
société galicienne, mais qui a aussi franchi ses frontières. Sentiment qu´il
faut interprêter comme un symptome qui révèlerait une logique culturelle
conflictive qui doit être étudiée. Il faudrait pour ce faire, déchiffrer les
attitudes et les comportements sociaux qui découlent de la catastrophe, les
séparant d´un mobile qui revêt une apparence écologique pour pouvoir concevoir
au contraire l´écologisme comme étant le prétexte au travers duquel une
dynamique profonde et enfouie serait stimulée et qui, tout en demeurant à
l´état embryonnaire, se sert de certaines circonstances concrètes pour
affleurer.
Il serait bon, en ce sens, de reprendre l´attitude
nietzschéenne qui cherchait à diagnostiquer un phénomène social sur la base de
forces instinctives occultes qui le déclenchent mais, en même temps, se
camouflent sous des formes idéalisées, dissimulant leur véritable nature par le
biais d´une figuration culturelle derrière laquelle elles se cachent
[15].
L´affirmation selon laquelle les personnes s´unissent dans le
malheur est connue de tous, mais il faudrait surtout dire qu´elles se
re-unissent. Une communauté blessée par la fatalité impulse la libération d´une
énergie sociale souterraine ayant pour but d´affronter la tragédie qui la
frappe, elle suscite une force sociale chargée de reconstruire son intégrité
collective. Émile Durkheim
[16] l´avait déjà souligné, à certains moments ponctuels
de deuil, quand une communauté a été
las bases de
los trabajos de E.M.
Rogers
et J.
Habermas, Santiago de
Compostela, Consellería da Presidencia e Administración Pública ; Xunta de
Galicia, 1989, p. 275-280. atteinte par les circonstances, une intensification
du sentiment de collectivité se libère contribuant à réaffirmer ses liens
d´identités. Durkheim souligne donc le composant re-liant qui jaillit
spontanément de toute communauté quand elle fait face à une épreuve, découvrant
que de l´adversité surgit une union sociale restaurée. En ce sens, la réponse
sociale face à la catastrophe semble corroborer ce que Maffesoli catalogue
d´
expérience éthique
[17], fort composant de
sentiments vécus en commun qui tissent un lien de solidarité particulier.
Expérience éthique qui émane,
néanmoins, d´une sensibilité ou d´un sentiment collectif du réellement vécu,
qui fermente de la propre expérience sociale et qui se démarque, donc, de
l´acceptation académique courante de ce terme.
La foule, comme l´affirme Maffesoli
[18], se caractérise par une potentielle
incomplétude, par une vacuité qui
prédispose justement à l´accueil d´une identité déterminée qui la complète. Les
réactions sociales face à la catastrophe semblent révéler la nécessité d´une
circonstance tragique pour dévoiler ce sentiment collectif qui finit par
acquérir une entité communautaire et qui comble cette demande originaire de
complétude. Derrière ce phénomène, une précondition archétypique tribale est
sous-jacente, analysée par Durkheim, qui s´extériorise sous une pulsion pour
s´unir à l´autre, pour se re-lier, à travers une expérience commune.
Auparavant, la religion et les idéologies ont servi d´instruments pour remplir
cette potentielle incomplétude des masses, pour satisfaire cet archétype tribal
persistant. De nos jours, avec leur effondrement et/ou leur saturation et en
particulier pour la jeunesse, des expressions fragmentées et plurielles de
complétude apparaissent, certaines se rattachant, comme dans le cas qui nous
occupe, à une relation proxémique avec la nature. Ainsi donc, la configuration
de microcommunautés sociales avec une identité et un éthos propre naît,
maintenant, de la solidification d´un sentiment commun, stimulé antérieurement
par une circonstance ou un événement concret. La funeste marée noire a donc
impulsé un esprit de congrégation, un besoin effervescent de se fondre avec les
autres, il fournit une forme à cette précondition proprement amorphe et peu
encline à toute définition caractéristique des masses. C´est, en dernier lieu,
une expression de comment se structure, à notre époque, la constitution d´un
prolixe éventail de communautés qui, ne croyant plus à un lointain idéal
supraterrestre ou de futur, construisent une identité autour d´espaces, comme
pour le cas de l´écologie, enracinés dans ce qui est le plus proche et dans ce
qui touche de manière très directe la vie des individus. C´est, en fin de
compte, une nouvelle modalité d´établir un lien communautaire.
Maffesoli
[19] a proposé la notion suggestive de
socialité comme outil théorique
destiné à traduire la nouvelle logique qui caractérise les sociétés
postmodernes. Pour lui, un des éléments définitoires de notre époque c´est la
prolifération d´un répertoire, polymorphe et bigarré, de rassemblemnts qui
s´articulent autour d´une affinité, d´un sentiment ou d´un vécu commun,
dépossédés d´un projet de futur ou de finalité historique mais, néanmoins, mus
par une pulsion d´être ensemble. La cohésion de ces microcommunautés due aux
liens unificateurs serait de type tactile, « …dans la foule nous nous croisons,
nous nous frôlons, nous nous touchons, des intéractions s´établissent, des
cristallisations s´opèrent et les groupes se forment »
[20]. Le paradigme tribal, celui qui
revitalise la socialité comme mobile prioritaire qui dynamise nos sociétés, est
spécialement fructueux pour déchiffrer le noyau fondamental sur lequel reposent
une multiplicité de phénomènes caractérisant la société actuelle, c´est-à-dire
: un élément archétypique récurrent et transhistorique qui semble se
réactualiser avec force à l´époque postmoderne. Cela nous permet de poser le
problème de savoir quelle est la véritable nature de certains mouvements ou
groupes sociaux se présentant revêtus d´une apparente motivation religieuse ou
morale dans leurs diverses facettes sociopolitiques, pour nous montrer la
profonde logique qui, en réalité, mobilise les actions collectives. Cependant,
la découverte de la transcendance de la socialité comme élément stimulateur de
la cristallisation de mouvements déterminés ou de groupes sociaux qui exhibent
un composant religieux ou moral prioritaire ne permet pas de conclure
nécessairement en les dévalorisant. Ils sont efficaces pour mobiliser l´action
collective, mais ils le sont surtout en raison de quelque chose qui et
sous-jacent à leurs contenus doctrinaux ou moraux. Précisément, en raison de la
socialité qui les vitalise, ils renferment la capacité de pouvoir se convertir
en source potentielle de subversion et de transgression d´un ordre social
institué ; ils sont le germe d´où peut se libérer un courant de sentiments et
de passions collectives qui peut déboucher sur une révolte sociale. C´est la
raison pour laquelle la force du marxisme en tant que « dynamisateur » de
masses tient peut être plus de la socialité déclenchée chez les prolétaires du
fait de l´assomption de l´imaginaire révolutionaire que de rigoureuses analyses
scientifiques du Capital.
Notre interprétation de la preuve de solidarité écologique
induite comme conséquence de la catastrophe met l´accent sur la force de la
socialité réveillée à la suite de la marée noire. Dans une société qui a perdu
ses croyances religieuses ou idéologiques, où tout référent moral a été
relativisé et où il n´y a plus d´objectifs historiques clairs auxquels se
raccrocher, la catastrophe a rendu possible, et en particulier pour les jeunes,
un certain sentiment de protagonisme historique, d´épique postmoderne, appuyé
par une participation à un vécu avec les autres, par une expérience commune qui
favorise un fort lien de confraternité basé sur des émotions, des sensations et
des sensibilités partagées. Émanant de l´adversité, l´engagement autour d´un
idéal solidaire a consacré, somme toute, un lien et une union
communautaire.
[1]
Licencié en Philosophie. Docteur en Sociologie et Sciences
Politiques : Université de Saint Jacques de Compostelle. Professeur de
Philosophie et de Sociologie. Membre du groupe Compostelan d´Études sur les
Imaginaires Sociaux de la Faculté de Scien- ces Sociales et Politiques.
Université de Saint Jacques de Compostelle. A publié des articles pour des
congrès académiques et dans diverses revues spécialisées sur les thématiques
relatives à l´Imaginaire social, Postmodernité et Vie Quotidienne.
[2]
Ce n´est pas un hasard si l´histoire de la culture galicienne,
est riche, surtout pendant le Moyen Âge, en mouvements subversifs de l´ordre
institutionnel. Elle comprend
[3]
Voir l´article récent de José Angel Bergua, dans lequel il
analyse clairement la satura- tion des institutions politiques ces dernières
années en Espagne. José Angel Bergua, Nómadas, nº7, Université Complutense de
Madrid, 2003.
[4]
Voir Michel Foucault,
Surveiller
et punir, Paris, Gallimard, 1975 ; Un diálogo sobre el poder,
Barcelone, Altaya, 1994.
[5]
Michel Maffesoli,
La violence
totalitaire, Paris, Méridiens, 1979, p. 146-167.
[6]
Zigmunt Bauman,
Modernity and
Ambivalence, Londres, Polity Press, 1991 dans Josetxo Beriain,
Las consecuencias perversas de la
Modernidad, Barcelone, Anthropos, 1996, p. 91.
[7]
Les décisions politiques prises à la suite de l´accident du
bateau sont dues exclusive- ment aux politiques, conseillés par des techniciens
en la matière, mais, en aucun cas, ils ont fait appel au savoir traditionnel
des marins (fins connaisseurs des courants marins, ou des répercussions des
incidences de la climatologie sur le milieu marin), ce qui, évidemment,
constitue une sous-estimation notoire de ce savoir alors qu´on prône un savoir
d´experts.
[8]
Michel Maffesoli,
El tiempo de
las tribus, Barcelone, ICARIA, 1990, p. 72.
[9]
Jean Pierre Dupuy,
El
pánico, Barcelone, Gedisa, 1999, p. 71-83. Le paradigme de
l´
autoorganisation, formulé par Dupuy,
se base sur les derniers développements de la cibernétique biologique formulés
par des auteurs comme Henri Atlan ou Francisco Varela, entre autres, et tente
d´appliquer leur modèle théorique au fonctionnement de la vie sociale. Voir
Henri Atlan,
À tort et à raison,
Intercritique de la science et du
mythe, Paris, Seuil, 1986 ; Francisco Varela,
Conocer, Barcelone, Gedisa, 1996.
Consulter aussi une interview avec Dupuy dans laquelle il clarifie sa
conception de l´
autoorganisation dans
Archipielago, nº13, 1993. À propos des
implications épistémiologiques et ontologiques du modèle cibernétique pour les
sciences sociales, voir Georges Balandier,
El
desorden.
La teoría del caos y las
ciencias sociales.
Elogio de la
fecundidad del movimiento, Barcelone, Gedisa, 1996.
[11]
Nous utilisons la
fonctionalité sociale que Peter Berger attribue
à la religion, c´est-à- dire : l´instrument le plus effectif de légitimation de
la réalité socialement instituée, afin de conserver et de maintenir, tant au
niveau subjectif qu´objectif, un ordre et une certitude de la réalité qui font
face au chaos. Voir Peter Berger,
Para una teoría
sociológica de la religión, Barcelone, Kairós, 1981, p. 13-82. Dans
la même opti- que, du même auteur et de Thomas Luckmann, on peut trouver une
approche du rôle joué par les
univers
symboliques en tant que légitimateurs de réalité dans
La construcción social de la realidad,
Buenos Aires, Amorrortu, 1966, p. 120-163. Jusqu´à la génération passée, la
religion était fortement enracinée dans la représentation du monde dominant
dans la société galicienne. Pour reprendre l´affirmation emblématique de Peter
Berger, c´était la voûte protectrice qui servait à bloquer toute tentation
reproblématisatrice de la réalité
socialement instituée, s´érigeant en dépo- sitaire hégémonique d´une solide
légitimation de la réalité, dans laquelle aucune fissure n´était
admise.
[12]
Voir Gilles Lipovetsky,
La era
del vacío, Barcelone, Anagrama, 1986, p. 17-78 ; Jean Baudrillard,
Cultura y simulacro, Barcelone,
Kairós, 1993, p. 109-153 ; Mi- chel Maffesoli,
La
transfiguration du politique, Paris, Grasset, 1992, p. 121-135. Pour
une approche de la compréhension du composant religieux inhérent aux
idéologies, voir Edgar Morin,
El Método
IV, Madrid, Tecnos, 1991, p. 145-150, et du parallélisme entre
religion et idéologie en tant que totalités homogènes significatives qui
offrent une plausibilité à l´expérience sociale, voir Pierre Ansart,
Idéologies, conflits et pouvoir,
Paris, PUF, 1977. Pour un diagnostique de l´éclatement des idéologies en
fonction de la crise du récit émancipateur instauré dans la modernité, voir
Jean François Lyotard,
La condición
postmoderna, Madrid, Tecnos, 1994, p. 57-71 ainsi que Gianni
Vattimo,
la sociedad transparente,
Barcelone, Paidós, 1990, p. 73-87. Pour une lecture de la crise du politique
liée à la décomposition de la conception de la temporalité judéo-chrétienne,
voir Giacomo Marramao,
Poder y
secularización, Barcelone, Paidós, 1989, p. 76-107, Michel Miranda,
La société incertaine.
Pour un imaginaire social
contemporain, Paris, Meridiens, 1986 et Michel Maffesoli,
L´
instant éternel, Paris, DENOEL,
2000. Pour une transformation des utopies liées aux vérités idéologiques en
micro-utopies alternatives ancrées dans la fécondité de l´imaginaire, Alain
Pessin,
L´
imaginaire utopique aujourd´
hui, PUF, 2001.
[13]
Voir, à cet égard, la notion sociologique de
substitut fonctionnel, ainsi que la
distinc- tion entre
fonctions
manifestes et
latentes,
posée par Robert K. Merton dans
Teoría
y
estructura social, Mexico, F.C.E.,
1992, p. 92-160.
[14]
Pour une approche des effets culturels dérivés de
l´implantation de la modernité sur la culture tradionnelle galicienne,
consulter, Marcial Gondar,¿
Galiza
mañá?.
Patrimonio cultural:
como e para que dans
Crítica da razón galega.
Entre o nós-
mesmos e o nós-
outros, Vigo, A Nosa Terra, 1993, p. 225-244. Du
même auteur, voir une analyse de comment l´introduction de la modernité
destructure les ressources symboliques et communautaires que la société
galicienne possédait pour affronter la mort,
Romeiros do Alén,
Antropoloxía da morte en Galicia, Vigo, Xerais,
1989. Consulter également la contribution de Juan Luis Pintos à l´étude des
modifications de l´imaginaire religieux galicien dans Juan Luis Pintos,
Los imaginarios sociales.
La nueva construcción de la realidad social,
Madrid, Cuadernos Fe y Secularidad/Sal Terrae, 1995, p 20-30, ainsi que de ce
même auteur et de Julio Cabrera,
Apuntes para el
estudio de la modernización política en Galicia sobre
[15]
Cette attitude nietzschéenne est présente notamment dans
La genealogía de la moral, Madrid,
Alianza, 1993 ou dans
Ecce Homo,
Madrid, Alianza, 1996.
[16]
Émile Durkheim,
Las formas
elementales de la vida religiosa, Madrid, Akal, 1982, p.
363-385.
[19]
Cette notion est présente tout au long de l´itinéraire
intellectuel de Michel Maffesoli, toutefois elle se retrouve de manière
explicite dans Ibid, p. 133-182.