Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4244-2
124 pages

p. 91 à 103
doi: en cours

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Marges

no 81 2003/3

2003 Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales Marges

La réaction sociale face à la catastrophe.

Une interprétation des réponses communautaires devant une crise écologique

Angel Enrique CARRETERO PASÍN  [1]
Dans cet article il est question d´interpréter la réaction sociale face à la catas~trophe causée par le rejet de substances toxiques du bateau Prestige sur les côtes galicien~nes. À cet égard, nous soulignons deux aspects importants de cette réaction sociale. D´une part, un dynamisme autoorganisationnel social délié de la chose institutionnelle et qui émane spontanément de la collectivité. D´autre part, l´émergence de certains liens de confraternité autour d´un sentiment et d´un engagement de solidarité écologique. Ces deux aspects montrent une dynamique sociale qui est visualisée dans certaines circonstan~ces tragiques pour une communauté. In this article it is a question of interpreting the social reaction before the catastrophe caused by the spilt ones of the Prestige ship on the Galician coasts. In this regard, we distinguish two relevant aspects in the social reaction. On one hand, a social autoorganizational dynamism untied from the institutional thing that appears spontaneously of the comunity. On the other hand, the emergency of a few bows of confraternity concerning a feeling commitment and ecological solidarity. Both as~pects show a social dynamics that is visualized in certain tragic circumstances for a community.
 
1 Introduction
 
 
Ce travail prétend montrer comment la catastrophe économique et écologique provoquée par l´arrivée de la marée noire causée par le Prestige sur les côtes galiciennes a suscité des réponses sociales particulières qui peuvent être interprétées à partir de certains présupposés théoriques proposés par Michel Maffesoli. L´événement de la marée noire a entraîné des conséquences particulièrement tragiques sur le tissu social de la Galice côtière mais cependant, il a aussi servi comme détonnant qui a permis de révéler un dynamisme social fécond qui se manifeste dans des situations déterminées de crise touchant une collectivité. Ce dynamisme inscrit dans la propre matrice sociale adopte une existence cachée et extérieure aux marges de visibilité établies par une perception de la vie sociale médiatisée par la chose institutionnelle. Il recouvre cependant toute son importance dans des circonstances, comme celles de cette catastrophe, où l´intégrité du corps communautaire se voit touchée. Dans des conjonctures de ce genre, il affleure et s´approprie de l´ensemble de la vie sociale. En effet, la tragédie créée par toutes sortes d´incidents qui blessent le noyau communautaire rend possible la visualisation d´une énergie sociale spontanée qui suit des voies alternatives à la chose institutionnelle et sert de stimulant à la reconnaissance et à la dignification d´un vitalisme enfoui au plus profond de l´existence populaire. D´autre part, la tragédie a aussi servi à impulser la cristallisation d´une union sociale autour d´un lien affectif et émotionnel, ainsi qu´à déclencher une socialité qui émane spontanément du corps social. D´où la perplexité ressentie par les observateurs sociaux devant l´effervescence d´un surprenant et inhabituel sentiment de confraternité jaillissant dans une zone géographique qui, en fonction de sa structure économique particulière, a été cataloguée, occasionnellement de façon quelque peu simplificatrice, d´individualiste et de conservatrice d´un point de vue sociologique.
 
2 Organisation institutionnelle et vie sociale
 
 
La mobilisation sociale déclenchée en réponse à l´apparition de la marée noire sur les côtes galiciennes n´a aucun précédent dans l´histoire de la Galice. Dès les premiers instants, l´accident souffert par le Prestige présageait une imminente marée noire sur les côtes galiciennes, avec les implications néfastes que cela entrainerait sur le tissu social d´une région qui se consacre à la pêche, moteur fondamental de son économie. Sur la côte sud de la Galice, l´inefficacité de l´administration, incapable de fournir aux pêcheurs les moyens techniques et une organisation nécessaire afin d´affronter l´arrivée prévue du fioul, a mis en danger les zones de fruits de mer les plus riches d´Europe, obligeant ainsi les pêcheurs à palier cet abandon institutionnel à travers d´une autoorganisation communale chargée de planifier une stratégie coordonnée visant à freiner l´arrivée des nappes, en faisant appel pour cela à l´élaboration de rudimentaires outils artisanaux et, allant même jusqu´à utiliser leurs propres mains.
Pendant toutes ces journées, l´ordre, la structure sociale habituelle de certaines villes, s´est vu brusquement disloqué, étant donné que femmes et hommes, associant leurs forces dans un effort coopératif d´ensemble et avec une division sociale du travail modélique, ont articulé la totalité de la vie communautaire en fonction de stratégies servant à contrecarrer la pollution. À cette époque, fait souligné par certains journaux, dans certains endroits de la Galice côtière, l´idéal romantique autogestionnaire rêvé par l´anarchisme semblait s´incarner, bien que motivé par une circonstance de cette nature et, par la négligence politique comme réponse. Entreprises, différentes entités sociales et associations, oubliant les conflits d´intérêts quotidiens, font cause commune et s´engagent afin de faire face ensemble à la catastrophe. La collectivité, abandonnée à un destin tragique du fait d´un manquement de l´administration à ses compétences, autoassume la responsabilité de résoudre le terrible problème qui la menace et finalement obtient une victoire héroïque sur le fioul. Quelle lecture sociologique faut-il faire d´un événement de cette nature ? À notre avis, comme nous le verrons par la suite, il permet de reconnaître et de revaloriser un vitalisme social peu enclin à une identification à tout ce qui est institutionnel, qui transite par des voies en marge de la société officielle et qui renferme un défi potentiel à tout programme de gestion verticale de la vie sociale. Dans une perspective d´analyse sociologique, il met aussi en évidence la stérilité de toute tentative visant à circonscrire la nature du social au simple cadre de la chose institutionnelle.
En Galice, l´idée que «todos os políticos son iguais» (tous les politiques se valent) est un cliché enraciné dans une mentalité populaire profondément sceptique par rapport au fonctionnement de la logique politique. Cet imaginaire de la politique, où la classe politique apparaît uniformisée sous un creuset commun, a fait l´objet de plusieurs lectures sociologiques ou journalistiques. Il a parfois été interprêté comme étant une représentation de la chose politique prédémocratique, rétrograde ou hostile au progrès social, complice de la tendance majoritaire à voter pour un conservatisme maintenu par un réseau complexe caciquil (féodalisme qui opère au sein même de la modernité). D´autre part, le taux élevé d´abstentions qui accompagne la trajectoire démocratique de la Galice semble confirmer une persistante incrédulité de fond du peuple vis-à-vis de la logique de la chose politique et du fonctionnement des institutions. Ce scepticisme cependant, semble démontrer, au-delà des analyses simplificatrices, une attitude de fond libertaire, ancrée dans l´expérience sociale des galiciens, une sagesse populaire qui, comme mécanisme de défense, est récalcitrante à ce qui est institutionnel. Représentation d´un monde donc qui perçoit la logique du pouvoir politique à partir d´une attitude de méfiance, qui englobe une gamme de doubles jeux enracinés dans le quotidien qui expriment d´occultes stratégies de résistance face à un ordre de la chose institutionnelle qui est assumé sous un aspect toujours coercitif [2].
L´époque postmoderne, ou si l´on veut moderne tardive, révèle une crise profonde de la représentation politique, elle témoigne d´un divorce entre la logique qui régit les institutions politiques et les intérêts, les souhaits de la société [3]. Durant cette phase historique, la croyance qui veut que la configuration de la chose politique vise exclusivement l´autoreproduction d´une bureaucratie dirigeante dont la seule finalité est la conquête et la perpétuation du pouvoir, mais qui en aucun cas ne traduit les demandes générées au sein de la vie sociale, se consolide. L´espace du politique est devenu un simple engrenage technobureaucratique qui, par le biais d´une planification rationalisée, gère, administre et contrôle de façon verticale la totalité de la vie sociale. Il est intéressant toutefois de souligner comment la genèse de cette configuration de l´espace politique fixé est liée à la constitution de l´exercice du pouvoir qui se dessine à l´époque moderne. L´archéologie de la modernité développée par Michel Foucault [4] nous avait déjà révélé comment à partir de la modernité une forme spéciale de domination se consolide, se revêtant d´une physionomie rationnelle caractérisée par une emphase accentuée pour contrôler, gérer et administrer les différents domaines dans lesquels se tisse la vie collective. La mise en place de l´État Moderne amène l´émergence d´une nouvelle rationalité politique qui convoite la colonisation des différents champs de la vie sociale. De cette manière, des domaines sociaux comme la santé, l´éducation, la famille, le travail passent sous la tutelle de l´État une étonnante libération souterraine des modes de vie imposés. Elle renferme aussi une gamme variée de légendes et d´univers symboliques et imaginaires qui subsistaient encore dans le patrimoine collectif populaire en une étrange symbiose avec les modes de vie dessinés par la modernité. Elle regorge aussi de festivités, telles que el Antroido – carnaval – pendant lesquelles une trangression de l´ordre social est mise en scène, de doubles jeux comme la retranca – sorte de louvoiement – (le galicien répond à une question par une autre question ou par une réponse qui renferme aussi bien une affirmation qu´une négation, d´où la difficulté d´un sociologue souhaitant établir des statistiques) et à travers lesquelles se traduit une tenace résistance interne du populaire à la chose institutionnelle. À cette fécondité de la culture populaire vient se greffer, dans le cas des populations de pêcheurs, une représentation présentiste absolue de la vie, une libération sexuelle et des moeurs qui cohabite, bizarrement, avec une coercition morale représentée par la religion. L´imaginaire quotidien dans les villes de pêcheurs, où les revenus sont élevés, ne comprend pas de sentiment de futur, d´ascétique sacrifice de renoncement à vivre le présent, et en revanche, les dépenses, le relâchement inondent la vie sociale, exprimant ainsi une attitude similaire à un carpe diem. En se sens, les interprétations de la culture populaire proposées par Michel Maffesoli dans La conquête du présent. Pour une sociologie de la vie quotidienne, Paris, PUF, 1979, Michel de Certeau, Arts de faire, Gallimard, Paris, 1979 et Richard Hoggart, La culture du pauvre, Paris, Minuit, 1970 reflètent fidèlement certains traits particuliers de la culture populaire galicienne. qui établit ainsi les lignes directrices auxquelles ils doivent être subordonnés. Les effets dérivés du déploiement de cette rationalisation sur l´expérience sociale conduira à ce que Michel Maffesoli condensera postérieurement sous le qualificatif d´asepsie [5]. Ainsi donc, à partir de l´instauration de la modernité une croissante programmation et planification bureaucratique se développe qui, à travers du rôle significatif attibué à l´État, vise un parfait agencement du social où le hasard et l´incertitude n´ont aucune place et où tous les espaces sociaux se retrouvent parfaitement réglementés et contrôlés. La géométrie, comme l´a relevé Zygmunt Bauman [6], est l´archétype définitoire de la modernité. Le développement de la programmatique moderne est donc syntone avec une administration et une gestion de la vie sociale grandissante qui tente de conjurer le chaos, l´ambivalence et, en lignes générales, tout ce qui implique un désordre.
L´époque actuelle nous révèle cependant les conséquences néfastes provoquées dans les différents domaines sociaux par la radicalisation de cette réglementation et de cette bureaucratisation. Elle nous dévoile de constants dérèglements sociaux, de nouveaux espaces de chaos, qui résultent de la totale institutionnalisation du projet historique planifié issu de la modernité, réclamant des moyens individuels et sociaux innovateurs et alternatifs tendant à résoudre les déficiences qu´il génère. Les domaines sociaux qui, du fait de la modernité, ont été soumis à une planification rationnelle montrent les effets nuisibles qui découlent de cette radicalisation. Ainsi, l´éducation, la santé, le travail et une infinité de domaines sociaux témoignent des erreurs ou des insuffisances créées précisément par cette excessive et rigide rationalisation bureaucratique. L´ordre du politique, en devenant une technobureaucratie à qui l´on délègue une efficace gestion externe de la vie sociale, se transforme en engrenage indépendant du social et se montre incapable de traduire et de canaliser les intérêts de la société, ce qui induit l´émergence obligatoire d´une sociabilité de base qui, en marge du cadre de la politique, cherche une solution aux problèmes qu´elle subit. En ce sens, la réaction spontanée et énergique des pêcheurs galiciens face à la catastrophe montre le déficit de la construction de l´espace social qui a été réalisée tout au long du déploiement de la modernité ; celle-là même qui délègue à une bureaucratie institutionnelle la tutelle et le gouvernement absolu de la vie sociale, tout en insinuant une dynamique sociale naissante qui oblige la société, de manière coparticipative et à travers des sociabilités naissantes alternatives aux institutions politiques traditionnelles, à assumer les demandes qu´elle génère. En relation avec ce qui est dit auparavant, il faudrait interpréter l´inefficacité et l´incompétence démontrées par l´administration de l´État dans le contexte d´une incapacité de la bureaucratie politique de prendre des décisions dans des situations d´incertitude, de hasard, dans des circonstances où un incident imprévu introduit un dérèglement inattendu dans l´organisation, dans la planification technique qui tentait de régler la vie sociale en suivant un modèle préétabli. Suivant Bauman, quand un facteur surgit, il ne peut être mis à pression dans les grilles inspirées géométriquement [7].
À cet égard, Maffesoli est l´inventeur de l´opposition entre pouvoir extrinsèque et puissance intrinsèque [8] comme outil d´analyse du fonctionnement des sociétés. Tandis que le pouvoir tenterait de gérer de manière verticale et externe la vie sociale, la puissance est elle, chargée de réaffirmer un vitalisme où s´exprime toute la force du social. La modernité instaure, comme nous venons de le voir, une logique régulatrice et planificatrice qui colonise toutes ses institutions. Néanmoins, la découverte d´une facette spontanée autoorganisative qui émane du social remet en cause aussi bien les fondements que l´opérativité de cette logique. L´épisode de la marée noire se termine, bien qu´à travers une circonstance tragique, par une revalorisation d´une remarquable disposition autoorganisative enracinée dans la sociabilité populaire. Si ce qui définit l´exercice du pouvoir c´est son emphase pour contrôler et administrer, en bref pour organiser verticalement la vie sociale, la visualisation de cet aspect autoorganisatif et autoinstitutionnel, alternatif à la chose institutionnelle, stimule la reconnaissance de la possibilité d´une autonomie et d´une souveraineté du social, en marge du politique. Reprenant la terminologie proposée par Jean-Pierre Dupuy, cela impliquerait une transition du social d´un point fixe exogène à un point fixe endogène ou, autrement dit, l´assomption que l´entité organisatrice émerge et s´imbrique dans le social au lieu de considérer qu´elle en est séparée, extérieure, et que son existence lui est antérieure [9]. Si la stratégie discursive et d´autolégitimation utilisée historiquement par le pouvoir fut celle de s´ériger en tuteur chargé d´un gouvernement nécessaire de la vie sociale, le réveil de cette disposition autoorganisative spontanée peut défier la configuration traditionnelle de l´ordre social établie sur la base d´une entité organisatrice et d´un peuple organisé.
La réponse sociale des pêcheurs est, en ce sens, aussi révélatrice de l´équivoque sociologique, consistant à identifier de façon simplificatrice la chose sociale avec la chose institutionnelle. En effet, il existe un spectre de la vie sociale colonisé par le domaine institutionnel, mais derrière celui-ci, comme dirait Maffesoli, comme une centralité souterraine [10], une dynamique sociale est sous-jacente, qui vit et agit en marge des limites de ce qui est strictement institutionnel. Dynamique sociale qui, d´autre part, résiste à sa soumission et à son étranglement par tout ordre institutionnel. Il arrive néanmoins que la société institutionnelle cache et empêche donc la visualisation de ce monde social non institutionnel. Cependant, dans une situation de catastrophe celui-ci ressort, quand la société institutionnelle démontre son incapacité. C´est aussi cette attitude proprement anarchiste, tant ancrée dans la texture culturelle du peuple galicien, marquée par la méfiance envers l´institution politique, qui prédispose à la catalysation de ce dynamisme social auto-organisateur.
D´autre part, le dénouement de l´événement a confirmé pour la mentalité populaire que tous les politiques sont pareils, que face à une adversité inattendue il n´existe d´autre solution que d´essayer de la résoudre par des voies alternatives à la politique institutionnalisée.
 
3 Réaction sociale comme expression de socialité
 
 
Les premières manifestations de la catastrophe sur la côte galicienne déclenchent une coopération insolite visant à réparer les effets de la marée noire. Une longue file de bénévoles, jeunes pour la plupart venant de différentes latitudes et représentant toutes les couches sociales, se concentrent dans les villes côtières galiciennes pour, dans un effort commun, collaborer à la restauration de l´état du littoral. Ainsi, peu à peu, un fort sentiment de solidarité et de communauté naît et se propage, lié à une inquiétude écologique. Cette dynamique sociale, qui n´a pas été encouragée par les institutions, s´étend et finit par dépasser les frontières de l´État espagnol. Ainsi, au moment des fêtes de Noël on recense quelques 10.000 bénévoles venant de différents pays, certains de zones géographiques aussi lointaines que le Togo ou le Mali, qui apportent leur contribution au travail de nettoyage des plages. L´administration s´est vue dans l´obligation de freiner ces vagues massives de personnes voulant s´intégrer à cette coparticipation et apporter leur collaboration au travail ingrat de rétablissement du paysage marin souillé. Multitudes de personnes commencent à se rassembler, venant de différents centres scolaires, universitaires, de travail, d´ONG et, en général collectifs et organisations d´horizons divers unis par le même engagement solidaire de lutte contre les effets de la marée noire. Des chaînes humaines de plus de 50 000 personnes se forment, personnes se tenant par la main et marchant en pélerinage vers les zones directement touchées, et qui prétendent par ce rituel exprimer un sentiment revendicatif et de plainte par rapport à l´attitude démontrée par l´administration pendant la catastrophe. De cette façon, le fioul a acquis un rang symbolique qui connote un signe d´appartenance et d´identification à un mouvement social, il se transforme en emblème autour duquel un sentiment et une attitude commune se rassemblent. On assiste même à la naissance de la figure du martyr, incarnée par Man, un allemand qui avait renoncé il y a plusieurs années à une vie confortable et qui avait adopté, en Galice, la vie d´ermite au bord de la mer et qui est décédé, selon l´avis de plusieurs personnes, à cause de la tristesse que le désastre écologique lui avait provoquée. Ainsi, Man, fruit de la faculté « mythologisatrice » de toute culture, est arrivé à symboliser le sacrifice humain payé à cause de la tragédie, s´élevant à partir de ce moment, en personnage mythique autour duquel un sentiment généralisé de tristesse collective s´agglutine. Personne, en Galice, ne semblait pouvoir rester à l´écart d´une dynamique sociale expansive qui gravitait autour d´un surprenant, car nouveau, sentiment écologique. Ce sentiment à réussi à impulser un mouvement social sans précédents qui se transmettait tel un étrange phénomène de contagion affective. Il est important de relever aussi, comment le réveil et la transmission de ce mouvement social est passé par des voies alternatives à la chose institutionnelle, réitérant son refus à toute tentative d´absorption par n´importe quelle organisation ou idéologie politique. Mouvement qui tenait justement à souligner son caractère proprement apolitique, sa nature ancrée dans le domaine de la sensibilité ou si l´on préfère moral, mais sensibilité somme toute, ainsi que son sentiment écologique. D´autre part, la figure du bénévole a fini elle aussi par acquérir un remarquable composant anoblissant, connotant une dimension héroïco-morale consolidée par son désintéressement à recevoir une quelconque récompense économique pour son travail de sacrifice. Contrairement à la France, où l´administration a cherché à récompenser économiquement leur travail, via un salaire officiel, les bénévoles travaillant sur les côtes galiciennes ont réaffirmé leur refus de voir identifier leur travail avec la conception classique du travail. Leur principe de base était justement tout le contraire, c´était l´aspect moral donné à leur occupation, le devoir qui impulsait la décision de collaborer aux chantiers de nettoyage. De fait, beaucoup de personnes venues prêter main forte à ces activités, ont déclaré ressentir, malgré leur côté ingrat et pénible, une étrange sensation de bien-être, un sentiment complexe de rédemption par rapport à des attitudes installées dans leur vie habituelle, la récupération d´un sens et d´une valeur de certains aspects de la vie éclipsés par les règles de vie caractéristiques des sociétés actuelles. À ce composant moral se greffait, aussi, une dimension collective propre des tâches qu´ils accomplissaient, un fort ingrédient communautaire qui est une condition indispensable pour mener à bien les travaux de nettoyage, ce qui a fini par aboutir à un resserrement de liens particuliers d´affection et d´amitié. La lutte contre les effets de la pollution par le fioul s´est rapidement transformée en onde expansive qui a entraîné des centaines de personnes, différents groupes sociaux qui jusqu´alors n´avaient manifesté qu´une vague sensibilité ou engagement écologique, attirés comme par une sorte de magnétisme spécial.
Logiquement, un événement social de ce genre suscite une perplexité socio-logique naturelle. Comment interpréter la consolidation et la transmission de ce sentiment collectif déclenché à la suite de la catastrophe ? Quelle logique sociale se cache derrière une apparente inquiétude écologique de cette envergure ? Comment se peut-il qu´une circonstance de ce type puisse mobiliser un dynamisme social d´une ampleur jamais atteinte auparavant ? À notre avis, il faut, en tout premier lieu, resituer ce phénomène dans un contexte caractérisé par deux facteurs sociologiques importants :
  1. La décomposition de l´univers religieux symbolique traditionnel qui offrait un solide référent de signification au monde de la vie, pour reprendre l´expression de Alfred Schütz, dans lequel les individus et les communautés évoluent obligatoirement. Dans la culture galicienne, cet univers symbolique constituait une matrice fondamentale, une signification centrale, qui offrait une sécurité ontologique, renforçait la cohésion sociale et légitimait un mode de vie individuelle et collective [11].
  2. La perte évidente de protagonisme social des idéologies socio-politiques au cours de ces dernières années. Dans certains cas, telle une métamorphose laïque, elles remplissaient le rôle jadis attribué à la religion d´offrir et d´imprimer une directive de sens à l´histoire et comblaient la demande préalable, individuelle ou collective, d´une signification globale et directrice qui guidait la vie sociale [12].
Dans le cas de la société galicienne, l´imbrication de ces deux facteurs affecte particulièrement la représentation du monde caractéristique des jeunes générations. Depuis quelques années, un processus de modernisation effrené et déséquilibré, identifié comme étant une source univoque de progrès, a introduit une grave destructuration, pour ne pas dire élimination, de l´ancien univers symbolique protégé par la tradition. Alors que pour les générations précédentes la religion constituait la signification centrale qui organisait l´expérience sociale et autour de laquelle gravitaient les différentes activités sociales, aujourd´hui son effritement a provoqué un déficit culturel notoire de substitut fonctionnel [13] qui aurait pu s´approprier des fonctions qui lui étaient traditionnellement attribuées. Ce qui a laissé la voie libre, parfois, au déploiement d´un consummérisme immodéré comme une façon éphémère de combler le vide de signification résultant de cet effritement. Ainsi, en un laps de temps réduit, la Galice a souffert une mutation sociale importante ; en effet, d´une société fondamentalement rurale, traditionnelle et vertébrée autour d´une cosmovision religieuse elle est passée à une société définie par un processus d´urbanisation de plus en plus fort, à un développement économique et social, à une rapide sécularisation et à une consolidation d´habitudes consuméristes [14].
Cette tension conflictive qui s´est établie entre tradition et modernité a des effets en particulier sur les nouvelles générations, tiraillées entre un monde ancien en voie de dissolution et un monde naissant sans ancrage solide. Elles sont condamnées à construire une fragile identité sociale avec des perspectives de vie incertaines dans un labyrinthe caractérisé par l´impossibilité de chercher une protection ou une sécurité ontologique liée à un passé traditionnel peu à peu enterré par le cours de l´histoire, auquel elles ont en outre cessé de s´identifier, et un style de vie qui émerge et pour lequel ces nouvelles générations ne sont que des consommateurs potentiels. À tout ceci, il faut ajouter un scepticisme, une méfiance généralisée, qui se traduit par des taux de participation politique extrêmement faibles, pour ce qui est du fonctionnement des institutions politiques et un manque majoritaire d´identification avec des programmes idéologiques qui mobilisèrent la génération précédente pendant les années soixante et soixante-dix.
Dans ce contexte sociologique, la crise écologique provoquée par la marée noire a libéré un courant de sentiment collectif étendu à toute la société galicienne, mais qui a aussi franchi ses frontières. Sentiment qu´il faut interprêter comme un symptome qui révèlerait une logique culturelle conflictive qui doit être étudiée. Il faudrait pour ce faire, déchiffrer les attitudes et les comportements sociaux qui découlent de la catastrophe, les séparant d´un mobile qui revêt une apparence écologique pour pouvoir concevoir au contraire l´écologisme comme étant le prétexte au travers duquel une dynamique profonde et enfouie serait stimulée et qui, tout en demeurant à l´état embryonnaire, se sert de certaines circonstances concrètes pour affleurer.
Il serait bon, en ce sens, de reprendre l´attitude nietzschéenne qui cherchait à diagnostiquer un phénomène social sur la base de forces instinctives occultes qui le déclenchent mais, en même temps, se camouflent sous des formes idéalisées, dissimulant leur véritable nature par le biais d´une figuration culturelle derrière laquelle elles se cachent [15].
L´affirmation selon laquelle les personnes s´unissent dans le malheur est connue de tous, mais il faudrait surtout dire qu´elles se re-unissent. Une communauté blessée par la fatalité impulse la libération d´une énergie sociale souterraine ayant pour but d´affronter la tragédie qui la frappe, elle suscite une force sociale chargée de reconstruire son intégrité collective. Émile Durkheim [16] l´avait déjà souligné, à certains moments ponctuels de deuil, quand une communauté a été las bases de los trabajos de E.M. Rogers et J. Habermas, Santiago de Compostela, Consellería da Presidencia e Administración Pública ; Xunta de Galicia, 1989, p. 275-280. atteinte par les circonstances, une intensification du sentiment de collectivité se libère contribuant à réaffirmer ses liens d´identités. Durkheim souligne donc le composant re-liant qui jaillit spontanément de toute communauté quand elle fait face à une épreuve, découvrant que de l´adversité surgit une union sociale restaurée. En ce sens, la réponse sociale face à la catastrophe semble corroborer ce que Maffesoli catalogue d´expérience éthique [17], fort composant de sentiments vécus en commun qui tissent un lien de solidarité particulier. Expérience éthique qui émane, néanmoins, d´une sensibilité ou d´un sentiment collectif du réellement vécu, qui fermente de la propre expérience sociale et qui se démarque, donc, de l´acceptation académique courante de ce terme.
La foule, comme l´affirme Maffesoli [18], se caractérise par une potentielle incomplétude, par une vacuité qui prédispose justement à l´accueil d´une identité déterminée qui la complète. Les réactions sociales face à la catastrophe semblent révéler la nécessité d´une circonstance tragique pour dévoiler ce sentiment collectif qui finit par acquérir une entité communautaire et qui comble cette demande originaire de complétude. Derrière ce phénomène, une précondition archétypique tribale est sous-jacente, analysée par Durkheim, qui s´extériorise sous une pulsion pour s´unir à l´autre, pour se re-lier, à travers une expérience commune. Auparavant, la religion et les idéologies ont servi d´instruments pour remplir cette potentielle incomplétude des masses, pour satisfaire cet archétype tribal persistant. De nos jours, avec leur effondrement et/ou leur saturation et en particulier pour la jeunesse, des expressions fragmentées et plurielles de complétude apparaissent, certaines se rattachant, comme dans le cas qui nous occupe, à une relation proxémique avec la nature. Ainsi donc, la configuration de microcommunautés sociales avec une identité et un éthos propre naît, maintenant, de la solidification d´un sentiment commun, stimulé antérieurement par une circonstance ou un événement concret. La funeste marée noire a donc impulsé un esprit de congrégation, un besoin effervescent de se fondre avec les autres, il fournit une forme à cette précondition proprement amorphe et peu encline à toute définition caractéristique des masses. C´est, en dernier lieu, une expression de comment se structure, à notre époque, la constitution d´un prolixe éventail de communautés qui, ne croyant plus à un lointain idéal supraterrestre ou de futur, construisent une identité autour d´espaces, comme pour le cas de l´écologie, enracinés dans ce qui est le plus proche et dans ce qui touche de manière très directe la vie des individus. C´est, en fin de compte, une nouvelle modalité d´établir un lien communautaire.
Maffesoli [19] a proposé la notion suggestive de socialité comme outil théorique destiné à traduire la nouvelle logique qui caractérise les sociétés postmodernes. Pour lui, un des éléments définitoires de notre époque c´est la prolifération d´un répertoire, polymorphe et bigarré, de rassemblemnts qui s´articulent autour d´une affinité, d´un sentiment ou d´un vécu commun, dépossédés d´un projet de futur ou de finalité historique mais, néanmoins, mus par une pulsion d´être ensemble. La cohésion de ces microcommunautés due aux liens unificateurs serait de type tactile, « …dans la foule nous nous croisons, nous nous frôlons, nous nous touchons, des intéractions s´établissent, des cristallisations s´opèrent et les groupes se forment » [20]. Le paradigme tribal, celui qui revitalise la socialité comme mobile prioritaire qui dynamise nos sociétés, est spécialement fructueux pour déchiffrer le noyau fondamental sur lequel reposent une multiplicité de phénomènes caractérisant la société actuelle, c´est-à-dire : un élément archétypique récurrent et transhistorique qui semble se réactualiser avec force à l´époque postmoderne. Cela nous permet de poser le problème de savoir quelle est la véritable nature de certains mouvements ou groupes sociaux se présentant revêtus d´une apparente motivation religieuse ou morale dans leurs diverses facettes sociopolitiques, pour nous montrer la profonde logique qui, en réalité, mobilise les actions collectives. Cependant, la découverte de la transcendance de la socialité comme élément stimulateur de la cristallisation de mouvements déterminés ou de groupes sociaux qui exhibent un composant religieux ou moral prioritaire ne permet pas de conclure nécessairement en les dévalorisant. Ils sont efficaces pour mobiliser l´action collective, mais ils le sont surtout en raison de quelque chose qui et sous-jacent à leurs contenus doctrinaux ou moraux. Précisément, en raison de la socialité qui les vitalise, ils renferment la capacité de pouvoir se convertir en source potentielle de subversion et de transgression d´un ordre social institué ; ils sont le germe d´où peut se libérer un courant de sentiments et de passions collectives qui peut déboucher sur une révolte sociale. C´est la raison pour laquelle la force du marxisme en tant que « dynamisateur » de masses tient peut être plus de la socialité déclenchée chez les prolétaires du fait de l´assomption de l´imaginaire révolutionaire que de rigoureuses analyses scientifiques du Capital.
Notre interprétation de la preuve de solidarité écologique induite comme conséquence de la catastrophe met l´accent sur la force de la socialité réveillée à la suite de la marée noire. Dans une société qui a perdu ses croyances religieuses ou idéologiques, où tout référent moral a été relativisé et où il n´y a plus d´objectifs historiques clairs auxquels se raccrocher, la catastrophe a rendu possible, et en particulier pour les jeunes, un certain sentiment de protagonisme historique, d´épique postmoderne, appuyé par une participation à un vécu avec les autres, par une expérience commune qui favorise un fort lien de confraternité basé sur des émotions, des sensations et des sensibilités partagées. Émanant de l´adversité, l´engagement autour d´un idéal solidaire a consacré, somme toute, un lien et une union communautaire.
 
NOTES
 
[1] Licencié en Philosophie. Docteur en Sociologie et Sciences Politiques : Université de Saint Jacques de Compostelle. Professeur de Philosophie et de Sociologie. Membre du groupe Compostelan d´Études sur les Imaginaires Sociaux de la Faculté de Scien- ces Sociales et Politiques. Université de Saint Jacques de Compostelle. A publié des articles pour des congrès académiques et dans diverses revues spécialisées sur les thématiques relatives à l´Imaginaire social, Postmodernité et Vie Quotidienne.
[2] Ce n´est pas un hasard si l´histoire de la culture galicienne, est riche, surtout pendant le Moyen Âge, en mouvements subversifs de l´ordre institutionnel. Elle comprend
[3] Voir l´article récent de José Angel Bergua, dans lequel il analyse clairement la satura- tion des institutions politiques ces dernières années en Espagne. José Angel Bergua, Nómadas, nº7, Université Complutense de Madrid, 2003.
[4] Voir Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975 ; Un diálogo sobre el poder, Barcelone, Altaya, 1994.
[5] Michel Maffesoli, La violence totalitaire, Paris, Méridiens, 1979, p. 146-167.
[6] Zigmunt Bauman, Modernity and Ambivalence, Londres, Polity Press, 1991 dans Josetxo Beriain, Las consecuencias perversas de la Modernidad, Barcelone, Anthropos, 1996, p. 91.
[7] Les décisions politiques prises à la suite de l´accident du bateau sont dues exclusive- ment aux politiques, conseillés par des techniciens en la matière, mais, en aucun cas, ils ont fait appel au savoir traditionnel des marins (fins connaisseurs des courants marins, ou des répercussions des incidences de la climatologie sur le milieu marin), ce qui, évidemment, constitue une sous-estimation notoire de ce savoir alors qu´on prône un savoir d´experts.
[8] Michel Maffesoli, El tiempo de las tribus, Barcelone, ICARIA, 1990, p. 72.
[9] Jean Pierre Dupuy, El pánico, Barcelone, Gedisa, 1999, p. 71-83. Le paradigme de l´autoorganisation, formulé par Dupuy, se base sur les derniers développements de la cibernétique biologique formulés par des auteurs comme Henri Atlan ou Francisco Varela, entre autres, et tente d´appliquer leur modèle théorique au fonctionnement de la vie sociale. Voir Henri Atlan, À tort et à raison, Intercritique de la science et du mythe, Paris, Seuil, 1986 ; Francisco Varela, Conocer, Barcelone, Gedisa, 1996. Consulter aussi une interview avec Dupuy dans laquelle il clarifie sa conception de l´autoorganisation dans Archipielago, nº13, 1993. À propos des implications épistémiologiques et ontologiques du modèle cibernétique pour les sciences sociales, voir Georges Balandier, El desorden. La teoría del caos y las ciencias sociales. Elogio de la fecundidad del movimiento, Barcelone, Gedisa, 1996.
[10] Ibid, p. 79.
[11] Nous utilisons la fonctionalité sociale que Peter Berger attribue à la religion, c´est-à- dire : l´instrument le plus effectif de légitimation de la réalité socialement instituée, afin de conserver et de maintenir, tant au niveau subjectif qu´objectif, un ordre et une certitude de la réalité qui font face au chaos. Voir Peter Berger, Para una teoría sociológica de la religión, Barcelone, Kairós, 1981, p. 13-82. Dans la même opti- que, du même auteur et de Thomas Luckmann, on peut trouver une approche du rôle joué par les univers symboliques en tant que légitimateurs de réalité dans La construcción social de la realidad, Buenos Aires, Amorrortu, 1966, p. 120-163. Jusqu´à la génération passée, la religion était fortement enracinée dans la représentation du monde dominant dans la société galicienne. Pour reprendre l´affirmation emblématique de Peter Berger, c´était la voûte protectrice qui servait à bloquer toute tentation reproblématisatrice de la réalité socialement instituée, s´érigeant en dépo- sitaire hégémonique d´une solide légitimation de la réalité, dans laquelle aucune fissure n´était admise.
[12] Voir Gilles Lipovetsky, La era del vacío, Barcelone, Anagrama, 1986, p. 17-78 ; Jean Baudrillard, Cultura y simulacro, Barcelone, Kairós, 1993, p. 109-153 ; Mi- chel Maffesoli, La transfiguration du politique, Paris, Grasset, 1992, p. 121-135. Pour une approche de la compréhension du composant religieux inhérent aux idéologies, voir Edgar Morin, El Método IV, Madrid, Tecnos, 1991, p. 145-150, et du parallélisme entre religion et idéologie en tant que totalités homogènes significatives qui offrent une plausibilité à l´expérience sociale, voir Pierre Ansart, Idéologies, conflits et pouvoir, Paris, PUF, 1977. Pour un diagnostique de l´éclatement des idéologies en fonction de la crise du récit émancipateur instauré dans la modernité, voir Jean François Lyotard, La condición postmoderna, Madrid, Tecnos, 1994, p. 57-71 ainsi que Gianni Vattimo, la sociedad transparente, Barcelone, Paidós, 1990, p. 73-87. Pour une lecture de la crise du politique liée à la décomposition de la conception de la temporalité judéo-chrétienne, voir Giacomo Marramao, Poder y secularización, Barcelone, Paidós, 1989, p. 76-107, Michel Miranda, La société incertaine. Pour un imaginaire social contemporain, Paris, Meridiens, 1986 et Michel Maffesoli, L´instant éternel, Paris, DENOEL, 2000. Pour une transformation des utopies liées aux vérités idéologiques en micro-utopies alternatives ancrées dans la fécondité de l´imaginaire, Alain Pessin, L´imaginaire utopique aujourd´hui, PUF, 2001.
[13] Voir, à cet égard, la notion sociologique de substitut fonctionnel, ainsi que la distinc- tion entre fonctions manifestes et latentes, posée par Robert K. Merton dans Teoría y estructura social, Mexico, F.C.E., 1992, p. 92-160.
[14] Pour une approche des effets culturels dérivés de l´implantation de la modernité sur la culture tradionnelle galicienne, consulter, Marcial Gondar,¿Galiza mañá?. Patrimonio cultural: como e para que dans Crítica da razón galega. Entre o nós- mesmos e o nós-outros, Vigo, A Nosa Terra, 1993, p. 225-244. Du même auteur, voir une analyse de comment l´introduction de la modernité destructure les ressources symboliques et communautaires que la société galicienne possédait pour affronter la mort, Romeiros do Alén, Antropoloxía da morte en Galicia, Vigo, Xerais, 1989. Consulter également la contribution de Juan Luis Pintos à l´étude des modifications de l´imaginaire religieux galicien dans Juan Luis Pintos, Los imaginarios sociales.La nueva construcción de la realidad social, Madrid, Cuadernos Fe y Secularidad/Sal Terrae, 1995, p 20-30, ainsi que de ce même auteur et de Julio Cabrera, Apuntes para el estudio de la modernización política en Galicia sobre
[15] Cette attitude nietzschéenne est présente notamment dans La genealogía de la moral, Madrid, Alianza, 1993 ou dans Ecce Homo, Madrid, Alianza, 1996.
[16] Émile Durkheim, Las formas elementales de la vida religiosa, Madrid, Akal, 1982, p. 363-385.
[17] Ibid, p. 46
[18] Ibid, p. 81
[19] Cette notion est présente tout au long de l´itinéraire intellectuel de Michel Maffesoli, toutefois elle se retrouve de manière explicite dans Ibid, p. 133-182.
[20] Ibid, p. 135.
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