Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4245-0
110 pages

p. 107 à 108
doi: en cours

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Activités sociologiques

no 82 2003/4

Frédéric Vandenberghe, La sociologie de Georg Simmel, Paris, La Découverte, Collection « Repères », 2001, 128 p.

Après une stimulante Histoire critique de la sociologie allemande, Frédéric Vandenberghe nous propose un ouvrage introductif à la sociologie de Georg Simmel.
L’intérêt de cette présentation réside dans la volonté de situer les fondements philosophiques de cette pensée subtile et d’en cerner leurs expressions sociologiques. Cherchant le point de fuite de la perspective simmellienne, c’est à la croisée du vitalisme et du néokantisme que F. Vandenberghe entend circonscrire le processus « dialectique sans-synthèse » de la pensée du classique allemand. Entendons que l’interaction (Wechselwirkung) et l’opposition entre les formes et les contenus fondent la dualité caractéristique du relationnisme de Simmel. Corollairement, comme alternative aux prismes du holisme ou de l’individualisme par exemple, ce relationnisme offre une dynamique qui oscille entre une multitude de facettes.
De fait, peut-on présenter systématiquement une œuvre aussi impressionniste et anti-systématique ? Plaidant pour l’unité de la pensée du philosophesociologue et se référant au Début d’une autoprésentation inachevée (Anfang einer unvollendeten Selbstdarstellung) de Simmel, F. Vandenberghe nous invite à le suivre dans cette voie. Dans un style clair et précis, l’auteur décline son analyse en considérant l’épistémologie, la sociologie et la philosophie de la culture.
Ce dernier point présente un Simmel confronté au cycle « objectivation – autonomisation – réification – aliénation ». Fidèle à son projet métacritique axé sur le concept de réification, F. Vandenberghe traite de l’opposition entre la forme et la vie que développe le classique. Sommairement, la cristallisation de la vie dans la forme fait apparaître celle-ci comme « anti-vie ». Néanmoins, forme et vie sont interdépendantes, elles s’alimentent et se nient ; tel est le mouvement général de la Vie. De même si l’individu nécessite et nourrit la culture pour se développer, l’objectivation de celle-ci transcende le développement de ce dernier. Autrement dit, en concomitance avec la Modernité, la « médiation » culturelle n’est plus assurée : il n’est plus question de libération mais d’aliénation. L’individualisme qualitatif fait place à un « homme sans qualités ». La Tragédie de la culture énoncée par Simmel conclut donc ce parcours. À ce stade, l’auteur lui reproche de substantialiser la forme, la culture et la vie, de rendre le conflit insoluble et de ne plus appliquer son principe relationniste. Or justement, cette absence de résolution du conflit n’entraîne-t-elle pas la dynamique propre à cette pensée ? Que le tragique disparaisse, qu’advient-il du dualisme inconciliable, de ce mouvement permanent ? Souhaite-t-on s’arrêter au dilemme ou continuer avec ce qui en fait sa force, c’est-à-dire la relation ?
Au demeurant, Frédéric Vandenberghe nous propose un livre introductif sur Simmel des plus accessibles. S’il est problématique de présenter cette œuvre colossale dans un court format, la richesse de ce manuel n’en demeure pas moins substantielle.
Mathias Blanc
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