2003
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
L’Islam, moteur de la citoyenneté
Le cas de « jeunes musulmans de France »
Nicolas De lavergne
[1]
Contrairement aux discours qui posent comme un fait ou une
évidence la contradiction radicale entre islam et citoyenneté à la française,
cet article tente de mon~trer, à partir d’une enquête auprès d’une grande
association de jeunes musulmans fran~çais, que leur articulation est possible
et en cours de construction. À partir d’un modèle qui permet de penser la
nouveauté, caractérisée par la prise de parole pour concilier deux systèmes
auxquels l’individu entend rester loyal, je tenterai de saisir dans sa
com~plexité la réinterprétation de l’islam produite par ces jeunes musulmans,
et la manière dont cet islam intégraliste mais transigeantiste, non seulement
s’articule avec la citoyen~neté française, mais devient une source de son
activation, tant pour l’allégeance natio~nale, le respect générique de la loi,
la question du communautarisme que pour l’acte de vote.
Mots-clés :
islam, intégration, citoyenneté, jeunesse.
In opposition to the discourses which presume of the inherent
incompatibility between Islam and French-style citizenship, this article argues
that their meshing together is not only possible, but a work in progress. These
findings rest upon an investigation of the broadly based Young French Muslims
association, which comprises a series of interviews with its members and
leaders. This study first develops a model intrinsically binding novelty to the
use of voice in order to conciliate two distinct belief-systems which
simultaneously draw upon one’s loyalty. Secondly, it endeavours to render these
young Muslims’ complex reinterpretation of Islam. In their integralist yet
compromising view, Islam not only meshes with French-style citizenship, it
brings it into play when dealing with numerous civic matters, such as national
loyalty, basic law abidingness, the question of ethnic versus national loyalty,
and voting.
Keywords :
islam, integration, citizenship, youth.
Alors que ces deux mots – islam et citoyenneté – sonnent
généralement de façon contradictoire, il s’agit ici de montrer à partir d’un
terrain réalisé dans une association de jeunes musulmans français
[2] que l’islam n’est pas
contradictoire par essence ou par héritage historique à la citoyenneté
française et aux règles et valeurs républicaines. D’un côté, les discours émis
par les orientalistes et repris par la plupart des politologues qui ont pris
l’islam (politique) pour objet d’étude, insistent régulièrement sur
l’inséparabilité du religieux et du politique en islam. De l’autre, les études
historiques montrent que l’incompatibilité entre être français et être musulman
fut non seulement un des linéaments de la politique coloniale de la France
(excluant juridiquement et socialement de la citoyenneté française ceux qui
voulaient conserver leur religion
[3]) et ce qui informe encore une partie du débat
politique français, notamment sur la question de la nationalité, mais fut aussi
un élément de définition de la résistance à cet ordre colonial ou du
radicalisme islamique, dû à une présumée impensabilité pour cette religion de
la séparation entre l’identité politique et les autres identités et leur
hiérarchisation – définition de la citoyenneté à la française
[4].
Cette exclusion réciproque (de l’islam par la citoyenneté
française, et de celle-ci par l’islam) constitue, en raison même de cette
réciprocité, un jugement de valeur, non sociologique. L’identité est une
construction sociale, produite et reproduite dans un contexte social et
politique, et non un donné figé que le sociologue ou l’ethnologue doit décrire
tel quel ou prendre comme présupposé de son analyse. Ce jugement empreint de
culturalisme empêche de saisir la réalité des discours et des actes, en
orientant systématiquement l’attention de l’analyste, ou, plus subtilement, en
présupposant leur duplicité et en les réduisant à ce qu’on croit savoir d’eux
par avance. L’analyse doit prendre en compte en outre la complexité due à la
réflexivité de la société contemporaine, à l’usage des discours savants dans
les prises de position et définitions des acteurs
[5]. Par conséquent, il est nécessaire
d’élaborer un modèle sociologique qui prenne en charge cette complexité, pour
comprendre les conditions sociales, culturelles et politiques de production et
de diffusion des discours recueillis lors des entretiens, des conférences et
des réunions auxquelles j’ai assisté
[6]. Après la présentation rapide de ce modèle qui permet
de penser l’articulation entre intégralisme religieux
[7] et citoyenneté moderne, je montrerai
qu’il permet de saisir et d’organiser les déterminations d’une manière de vivre
et de penser l’islam dans la société française, ayant elle-même de fortes
implications sur la citoyenneté et le civisme de ces jeunes musulmans. Dans les
comportements comme dans les discours, l’islam constitue un moteur de
citoyenneté, il favorise et motive la loyauté nationale, le légalisme,
l’adhésion aux valeurs de la République et la participation politique. Pour
commencer, je ne prétends pas décrire un processus général touchant toutes les
populations issues d’une immigration provenant de pays de religion musulmane,
ni tous les convertis à l’islam, qu’ils soient issus d’autres immigrations ou
qu’ils ne soient pas les descendants d’immigrés récents. Mais la réalité de ce
processus tient à la fois au nombre de jeunes qui y sont impliqués
[8] et à son expansion
géographique en France
[9], aux élaborations intellectuelles qui tentent de
concilier ces deux dimensions trop souvent présentées comme inconciliables, et
à la solidification d’un socle théorique et social par un travail militant de
diffusion, d’édition et de prêche par le discours et par l’exemple.
Vouloir vivre pleinement comme musulman respectant les
exigences fondamentales de l’islam n’est pas nécessairement contradictoire avec
la vie moderne si on opère la distinction entre l’intégralisme et
l’intransigeantisme qu’opère Jean-Marie Donegani à propos du catholicisme. «
Ces deux termes […] nous semblent […] désigner deux réalités tout à fait
différentes. L’intransigeantisme désigne le refus de transiger avec des données
culturelles extérieures au modèle catholique originel, l’intégralisme le souci
d’englober la totalité des actes et des pensées dans la référence religieuse,
de ne pas reléguer le religieux dans un espace et un temps précis, de ne pas
séparer les attitudes religieuses de toutes les autres attitudes exprimées par
le sujet. »
[10] La
distinction entre ces deux termes permet de dégager quatre « aires
problématiques » selon la manière dont elles conjuguent » intransigeantisme et
transigeantisme d’une part, intégralisme et marginalisme d’autre part. Ces
quatre types d’attitudes sont : (a) le champ de la
nouveauté, définie par le
transigeantisme et l’intégralisme, et que j’ai supposé présent, par analogie,
pour l’islam de France ; (b) la
christianitude (ou l’islamitude), au croisement
de l’intégralisme et de l’intransigeantisme ; (c) la
stabilité (le religieux est considéré
comme un dépôt de foi qui ne doit pas s’adapter, et comme un registre d’action
parmi d’autres, qui ne les unifie pas); (d) la
sécularité (la modernité particularise le
religieux et en fait une sphère d’attitudes et de comportements ne relevant que
de l’autonomie individuelle)
[11]. L’intérêt heuristique de la construction
conceptuelle de J.-M. Donegani consiste à mettre en lumière une modalité
contradictoire de l’être religieux, l’aire de la
nouveauté, dans laquelle « la contrariété doit
être pensée, surmontée, élaborée », « la seule où l’on assiste à une
réélaboration explicite, résultat d’une “démarche volontaire” pour faire
coexister l’adhésion idéologique à la modernité et l’unification psychologique
autour du religieux. »
[12] Je fais l’hypothèse que la situation des jeunes
musulmans français ne se réduit pas à une alternative, impliquant la
défection vis-à-vis d’un des deux
termes (islam et citoyenneté), mais qu’existe cette aire de la nouveauté qui se
caractérise par le choix de la
prise de
parole, pour concilier deux systèmes auxquels l’individu entend
rester loyal, dans l’optique d’une double réinterprétation de l’islam et de la
citoyenneté
[13].
L’islam tel qu’il est interprété par les J.M.F. est caractérisé
par le réformisme, la privatisation du croire, l’intégralisme et une forte
dimension citoyenne et civique. Leur démarche peut être décomposée en deux
séparations, la première entre le domaine de la croyance individuelle et des
normes comportementales qui découlent du message coranique, et l’aspect
législatif de l’islam ; la deuxième consiste à dégager le fondamental de
l’adventice. Le second point est typique de la démarche réformiste
[14], celle d’Afghani et
Abduh
[15] en Égypte
comme celle de Ben Badis
[16] en Algérie. Le premier point, même s’il n’est pas
absent du réformisme tel qu’il s’est développé dans les pays musulmans, est
emphatisé dans une société d’individus-citoyens.
Soulignant l’adaptabilité, géographique et historique, de
l’islam et ce qu’ils appellent le « principe de capacité », selon lequel Dieu
n’impose que ce qui est en la capacité du croyant, et reconnaissant que la loi
française est et doit rester la même pour tous les citoyens, ces jeunes
musulmans développent l’idée selon laquelle le « musulman français qui vit en
France (…) devra amputer sa religion de tout un volet, qui est le volet
législatif qui concerne une partie de la vie de l’individu, de la famille et de
la société. »
[17]
Cette amputation est justifiée par le fait que ce qui reste – la croyance
individuelle et la morale qui en découle – est l’essentiel. Un responsable de
Tourcoing, étudiant en économie et en sciences islamiques, insiste comme
d’autres sur la non-contradiction entre l’immense majorité de ses principes et
ceux de la République. L’islam demeure ainsi un « système complet de vie »,
applicable dans une société « où le système global juridique, économique… n’est
pas musulman »
[18] ;
cette conception se trouve justifiée par la promotion de l’individu comme être
moral dans son rapport personnel à Dieu, et impliqué dans le monde : nous
retrouvons un cheminement analogue à celui de l’individualisme moderne
[19].
Toute une partie de la démarche des J.M.F. montre qu’ils sont
également les héritiers du réformisme musulman : en dissociant la religion de
la culture des parents, ils critiquent les us et coutumes hérités et réputés
non islamiques, pour ne conserver que la foi, la conviction, le dogme, d’une
part, et les principes fondamentaux de la morale musulmane (véracité,
sincérité, modestie…), d’autre part. Ils écartent les coutumes locales ou
nationales, les « choses de la vie », des parents transplantés, pour épouser
une culture, une langue et un mode de vie qui sont ceux de la société dans
laquelle ils sont socialisés. Ils se définissent davantage comme « d’origine
musulmane » que selon les identités nationales des » parents, ce qui en outre
permet la communalisation
[20] en dépassant les clivages nationaux qui affectaient
les relations entre les primo-migrants. Ces jeunes musulmans remettent en cause
la forme même de la religiosité des parents pour les incohérences, les
superstitions, les erreurs qu’elle véhicule ; aux antipodes du piétisme et du
formalisme de leurs parents, ils définissent une religiosité fondée sur un
intégralisme lettré et sur un transigeantisme avec la culture et la société
dite « d’accueil».
Ils prennent une posture qui consiste
de facto à « séparer l’intégralisme de
l’intransigeantisme, à transiger explicitement avec les spécificités
culturelles et les différenciations sociales afin que l’intégralisme religieux
(soit) plus parlant et plus entier
[21] ». Leur islam se pose en s’opposant à l’ignorance
(peut-être récente, peut-être inventée
[22]) et aux superstitions des parents, sur le mode de
l’étude personnelle des textes classiques et modernes – souvent en passant par
l’apprentissage de l’arabe classique –, de l’autodidactisme et du bricolage
individuel
[23], et
également par la confrontation et la diffusion de leurs réflexions, qui en font
un « courant de pensée », collectivement élaboré. Nous sommes face à une
version occidentale du réformisme musulman
[24], configurée par l’expérience de la diaspora, en
cours de structuration en Europe
[25]. Ils tendent à se définir comme des « musulmans
occidentaux », voire des « musulmans laïques », selon les mots de Hassan
Iquioussen.
L’objectif premier de cette démarche collective est de rendre
l’islam praticable en France, en lui conservant sa dimension organisatrice de
la vie spirituelle, morale et sociale, en insistant d’une part sur la réflexion
individuelle, l’autonomie morale et la réinterprétation des textes et d’autre
part sur les implications sociales de cette foi: devoirs envers la société,
participation active, vie associative (entraide et humanitaire). « L’identité
du musulman pratiquant ne se conçoit pas sans une participation sociale
effective », écrit Tariq Ramadan dans un ouvrage fréquemment cité lors des
entretiens ; « l’islam exige de tout musulman, où qu’il soit, qu’il lutte
contre les inégalités et les injustices sociales
[26] ». Le côté face de la «
conversion
[27] »
religieuse a son revers : le côté pile d’une conversion morale et sociale ; il
y a une cohérence profonde entre l’entrée dans la foi validée par le groupe et
l’implication dans les œuvres non seulement communautaires mais aussi sociales
et civiques.
Quels actes et quels discours découlent d’une telle
autodéfinition, dans tout ce qui touche à la citoyenneté, comprise comme mode
de gestion et de hiérarchisation des identités et comme ensemble des rôles et
des pratiques politiques légitimes
[28] ? Il s’agit maintenant d’étudier l’articulation de
cet islam intégraliste et transigeantiste avec la citoyenneté, politique et
sociale.
(1) La première question qui se pose est celle de l’allégeance
nationale : est-elle non seulement conciliable avec cet islam, mais peut-elle
être induite ou justifiée par lui ? L’interprétation traditionnelle veut qu’un
musulman ne puisse s’installer ni demeurer sur une terre où ne règne pas la loi
de l’islam
[29]. Les
jeunes savent en outre que le pays où ils sont nés et où ils ont été scolarisés
est celui dans lequel ils vont vivre, ruinant ainsi définitivement l’illusion
du retour entretenue par les parents, qui permettait, entre autres, de
légitimer un séjour posé comme provisoire sur une terre non musulmane
[30]. Encore trouvent-ils nécessaire de
justifier ce séjour définitif d’un point de vue religieux. L’allégeance à la
France, le sentiment d’appartenance à la communauté politique française, sont
justifiés à la fois par ce constat du séjour et de l’acculturation, et par une
double réinterprétation, qui leur donne le droit de vivre dans un pays
autorisant leur pratique religieuse, et qui leur intime l’obligation de
participer à la société où ils sont amenés à vivre. »
La pratique religieuse de l’islam – au moins dans ses éléments
fondamentaux
[31] – est
non seulement possible en France, où « chacun est libre de croire à ce qu’il
veut, de pratiquer sa religion, dans la limite de la liberté et des droits et
de la loi
[32] », mais
est même mieux garantie dans un État de droit laïque que dans les pays
d’origine de leurs parents, selon eux. Ils en viennent même à considérer la
France, même si elle n’est pas gouvernée par un pouvoir musulman, comme faisant
partie du
dâr al-islam
[33].
Outre l’hospitalité du cadre légal laïque, l’homologie des
valeurs souvent invoquée revient à trouver dans le socle républicain les
valeurs mêmes de l’islam. Que ce soit dans les réponses aux questions portant
sur le service national, la nationalité française ou l’acte de vote, lors des
forums publics de J.M.F., ou dans le cadre des entretiens, les responsables
comme la plupart des militants soulignent que les jeunes musulmans doivent
remplir leurs devoirs civiques, au nom de la justice et de la sincérité,
valeurs fondamentales de l’islam comme de la République.
Les jeunes qui n’ont pas acquis automatiquement la nationalité
française font pour la plupart les démarches pour l’obtenir ou pour la
retrouver, afin d’être en mesure, juridiquement, de mettre en œuvre leur
discours sur la participation pleine et entière à la société française. Le
nombre de procédures en cours (quatre) ou ayant abouti (trois), sur les vingt
jeunes enquêtés, bien supérieur à la moyenne nationale
[34], est un indice que le discours tenu au
sein de l’association encourage des actes de la part des militants ou des
adhérents, entre autres la mise en œuvre de la procédure assez lourde de
demande de nationalité ou de réintégration, par des jeunes dont on ne peut pas
dire que les rapports avec les administrations soient généralement aisés ou
pacifiés. Soulignons aussi le fort sentiment d’extériorité par rapport au pays
d’origine des parents, surtout concernant les événements d’Algérie, qui peut
aller jusqu’au conflit de générations. (2) La deuxième question concerne les
raisons alléguées du respect générique de la loi; il y a contradiction
a priori entre la loi, dont la
légitimité est fondée sur la souveraineté nationale, et la loi islamique, qui
n’est pas produite, discutable ou amendable par les hommes, mais donnée par
Dieu dans le
Coran. Quel principe de
légitimité, la caution de la nation ou le sceau divin, a priorité dans le
respect de la loi? La position selon laquelle le respect de la loi islamique
prime sur la loi française, tempérée par un très petit nombre de contradictions
entre les deux, fut défendue par un seul des enquêtés. Les autres avançaient
deux types d’argumentation : pour les uns, le respect de la loi française est
motivé par l’islam, pour les autres, la loi française doit être respectée en
tant que telle.
« L’islam nous pousse, puisqu’on a signé un contrat, le contrat
social, comme dit Rousseau, (…) qui est de respecter les lois, (…) comme
l’islam nous pousse à respecter nos contrats, on est obligé en tant que
musulman de respecter les nôtres. Aucune incompatibilité entre la pratique et
le fait de vivre en France, au contraire », dit par exemple Khalîl, un étudiant
en droit de vingt-deux ans habitant Tourcoing
[35]. Selon Omero Marongiu, responsable de J.M.F.
Valenciennes au moment de l’entretien, et étudiant en sociologie, « c’est la
loi islamique qui le veut, tu acceptes la loi juridique française ». La loi
républicaine doit être intégralement respectée, mais l’origine de ce respect
gît dans la foi du musulman, qui lui fait obligation de se soumettre à
l’autorité, fût-elle non musulmane.
Pour les autres, soit la majorité, la loi française doit être
respectée pour elle-même, cela fait partie des obligations du citoyen en
général. Hassan Iquioussen, alors président de J.M.F., pose clairement la
nécessité absolue de respecter la loi française, parce que les musulmans en
question sont amenés à vivre dans un pays non musulman, dont il s’agit malgré
cela de respecter intégralement les lois. D’autres dérivent de la « décision de
vivre dans un pays » donné, l’obligation de « respecter les lois de ce pays
»
[36], faisant comme
s’ils avaient eux-mêmes signé, par cette « décision », le contrat social
français, ce que d’autres objectivaient par la signature de leur carte
d’identité
[37].
Ce qui est intéressant dans les entretiens que j’ai réalisés,
c’est la transitivité du respect de la loi, de l’islam à la République. L’islam
semble être un bon argument pour susciter et justifier le respect de la loi
française pour elle-même, un truchement qui transfère le respect de la loi en
islam au respect de la législation française. Ce que certains ont raconté de
leur trajectoire avant et après le passage à la pratique religieuse, leur «
conversion », en insistant sur l’aide que leur a apportée l’islam pour sortir
de la délinquance, de la marginalité ou de l’échec scolaire, fait pencher
également la balance dans ce sens. Dans un contexte où le respect de la loi est
problématique, le simple fait de rappeler qu’il y a une loi à » respecter
réintroduit l’idée même qu’une société a besoin de lois pour fonctionner. Le
légalisme de l’islam contribue à instituer le respect de la loi française. (3)
Nous avons vu que les éventuels ambiguïtés
[38] ou conflits
[39] à propos de l’allégeance nationale et du respect de
la loi française ont été réglés, en partie au moins en vertu de
l’interprétation de l’islam qui est développée par cette association. Le refus
du communautarisme, en tant que promotion d’une niche
[40] où s’appliquerait un droit musulman
différent du droit général, est un discours généralisé dans l’association.
Responsables comme adhérents, tous prônent l’intégration individuelle. Le
danger vient davantage selon eux d’une communautarisation du fait du rejet de
l’islam par la société globale, dans une sorte d’
apartheid, que de la volonté des musulmans
eux-mêmes de se constituer en communauté séparée et autonome. Le
communautarisme ne doit pas être confondu avec la solidarité et la volonté de
transmettre une foi religieuse à ses enfants. Pour Hassan Iquioussen, s’il y a
communauté, c’est une « communauté d’individus » qui n’est pas marginale et ne
revendique pas un statut particulier, pour la bonne raison qu’« il n’y a qu’une
loi en France pour tout le monde ». Il s’agit, pour lui, de rejeter les moyens
de pression utilisés spécifiquement en faveur d’une minorité, pour, en
revanche, combattre l’injustice, c’est-à-dire la marginalisation et les
discriminations qui touchent les musulmans, en faisant respecter l’égalité de
tous devant la loi
[41]. « La présence musulmane, la reconnaissance de sa
spécificité ne doivent pas se traduire par la revendication d’un quelconque
droit à la différence justifiant des “exceptions” par rapport au traitement
égalitaire des citoyens d’une nation donnée », écrit encore Tariq
Ramadan
[42].
On se rapproche, avec le vocable de communauté, certes ambigu,
mais valorisé dans la symbolique musulmane
[43], de l’association volontaire de croyants autorisée
par la loi de 1905 ; il faut remarquer en outre que la plupart des structures
créées depuis quinze ans évoquent les musulmans et non la communauté musulmane.
J.M.F. par exemple avait rejeté la dénomination « Jeunesse musulmane de France
» pour prendre celle de « Jeunes Musulmans de France », insistant sur
l’adhésion de l’individu.
Ces jeunes musulmans rejettent les usages politiques de la
différence religieuse mais fondent la lutte contre les discriminations sur
l’exigence de justice intrinsèque à l’islam, pour une application égale de la
loi républicaine à tous, quelle que soit sa religion. Ils ne revendiquent pas
un traitement différencié, mais le bénéfice de la loi commune. Ce faisant, ils
renforcent l’idée que la loi est la même pour tous et qu’il faut respecter les
représentants de l’ordre et les institutions étatiques. La relation pacifiée
qu’entretiennent les J.M.F. avec les administrations, les forces de police, les
R.G., les élus locaux, les établissements scolaires, est un des résultats
obtenus par la mise en œuvre des discours de l’association. (4) Passons à notre
dernier point, l’acte de vote. Pour commencer, la totalité de ceux qui étaient
en mesure de voter, parmi les enquêtés, sont allés voter aux trois scrutins
précédant les entretiens. Contrairement aux années 1980, au cours desquelles
certains jugeaient le vote illicite, car cautionnant un ordre non issu des
commandements divins, à partir du milieu des années 1990, J.M.F., comme
d’autres associations, s’engage dans des campagnes d’information et
d’incitation au vote. Le Congrès de 1995 avait appelé à « prendre part à la vie
politique », en excluant « tout vote religieux »
[44]. Avant les élections, certaines
sections de J.M.F. ont envoyé des courriers ou distribué des tracts poussant
les jeunes d’origine maghrébine à s’inscrire sur les listes électorales, à
s’informer sur les enjeux des élections et à se déplacer le jour du vote ;
certains membres ont même accompagné des jeunes jusqu’au bureau de vote. Il
s’agit selon eux de créer un « réflexe civique », d’habituer et d’éduquer les
jeunes.
Les arguments utilisés dans ces tracts ou lors des conférences
publiques pour promouvoir l’acte de vote insistent sur le caractère religieux
de l’obligation de voter. Pour Abdelaali, étudiant en droit de Tourcoing, voter
est « un devoir civique et même religieux. Nous considérons que c’est un devoir
religieux et que, même si nous savons pertinemment que ça n’aura pas d’effet,
alors la conception du vote lui-même pose qu’on doit aller voter, puisque c’est
un devoir religieux ». L’acte de vote est non seulement un droit mais aussi un
devoir moral ou religieux ; il est le symbole de la participation politique à
la communauté des citoyens. Mais pour tous, c’est l’acte seul qui est doté d’un
caractère d’obligation religieuse ; le contenu du vote est clairement
déconnecté de l’appartenance religieuse et laissé à l’appréciation de
l’individu : la politique est du strict domaine de la liberté individuelle.
L’islam peut intervenir pour le choix du candidat ou du parti, mais de manière
négative : il n’y a pas de « vote musulman », ni pour un » « parti musulman »
ni pour un autre parti en particulier ; mais le rejet de ceux qui rejettent
l’islam est une attitude générale parmi les membres de J.M.F.
Le vote des jeunes musulmans n’est donc ni un « vote d’échange
», puisqu’il n’y a pas négociation préalable d’avantages matériels, ni un «
vote communautaire », puisque celui-ci est laissé à l’appréciation de
l’individu et qu’il n’a pas pour enjeu le « mode de participation de
populations qui se vivent et se pensent comme des minorités autonomes ». Leur
vote est bien un « vote d’opinion » : « l’acte du vote n’est pas principalement
déterminé par une récompense matérielle (…), la formation des préférences ne
ressort pas d’une simple identification communautaire
[45] ». Les jeunes musulmans déterminent
leur vote, outre la réaction conjoncturelle à un programme politique qui leur
dénie la qualité de citoyens comme les autres
[46], en tant que citoyens, en fonction d’une orientation
politique fondée sur le critère des valeurs et sur un programme politique et
socioéconomique. Même si elles sont majoritairement à gauche, les prises de
position politique sont très variables parmi les enquêtés. L’usage politique de
la religion se limite donc à promouvoir et à légitimer la participation
politique, en tant qu’aboutissement de la participation sociale préconisée par
leur conception de l’islam.
Tant dans leurs pratiques que dans leurs discours, ces jeunes
musulmans français essaient de vivre un islam caractérisé par un certain nombre
de traits, qui définissent une articulation spécifique avec la citoyenneté
française. Cet islam est intégraliste mais transigeantiste, en cela qu’il tente
de coordonner une conception globalisante de l’islam avec l’acceptation des
valeurs modernes. Il est individualiste et rationaliste, car il privilégie un
rapport direct à Dieu et au texte écrit et met l’accent en permanence sur la
quête du savoir et l’usage de la raison. Il est solidaire et universaliste,
parce qu’il encourage l’entraide, le partage du savoir, l’engagement dans des
activités humanitaires, et qu’il refonde la reconnaissance de l’humanité en
chaque homme. Enfin, il est modernisateur
[47] et civilisateur, car, d’une part, loin d’être un
frein à l’intégration dans la société moderne, il y contribue activement, et
d’autre part, il moralise et discipline les comportements et les
interactions
[48]. (Je
souligne ces traits à dessein, et non en vertu d’un angélisme lénifiant ; et
surtout pour montrer qu’existe une autre version de l’islam que l’image qui en
est donnée dans la plupart des médias et des discours.)
L’aspect le plus frappant de cette construction identitaire,
qui pose la reconnaissance par les jeunes de leur identité religieuse encastrée
dans la société moderne et ses valeurs, est sans doute cette faculté à
promouvoir l’intégration et la participation politique. Cela ne remet pas en
cause la citoyenneté « à la française » dans ses fondements mais oblige, par la
reconnaissance des motivations particulières des citoyens
[49], à être citoyens, à repenser les
conditions de son universalisation. La construction de l’identité nationale
française, historiquement située dans le conflit entre le catholicisme et la
République laïque et dans la représentation de l’autre comme
inassimilable
[50],
fait face à une autre tradition religieuse, enracinée dans la société française
et prise en charge par un nombre croissant de jeunes Français. Cette
configuration inédite qui instille le pluralisme des religions dans la
citoyenneté française, loin de signer la destruction de celle-ci, impose de
l’actualiser dans sa dimension universaliste : non en posant son universalité
a priori (ce qui implique la
particularisation de qui se prétend également universaliste), mais en
retrouvant l’universel comme un principe directeur, une exigence de la raison
pour parer aux logiques conflictuelles inhérentes aux particularismes
[51]. Outre la question des valeurs et du
rapport entre morale privée et morale publique, l’enjeu ici est la relation
entre deux universalismes, républicain et islamique, qui ne se confrontent pas
dans la violence du choc des civilisations, mais se nouent dans un rapport
complexe, chacun posant à l’autre la question de son universalité, dans un
contexte de pluralité des universels.
[1]
Doctorant à l’E.H.E.S.S. (Paris) sur « les écoles coraniques en
Égypte à la fin des XIX
e et XX
e
siècles », détaché au C.E.D.E.J. (Le Caire)
[2]
Voir de Lavergne (N.),
Jeunes,
Musulmans, Français. Identité islamique et citoyen- neté
républicaine, D.E.A. sociologie politique sous la direction d’Yves
Deloye, Uni- versité de la Sorbonne – Paris I, novembre 1996, 399 p. (+ Annexes
: entretiens et conférences, 286 p.).
[3]
Voir par exemple Amselle (J.-L.),
Vers un multiculturalisme français ?, Paris,
Aubier, 1996, et Henry (J.-R.), « L’identité imaginée par le droit : de
l’Algérie coloniale à la construction européenne »,
in Martin (D.-C.) dir.,
Cartes d’identité, Paris, Presses de
la F.N.S.P., 1994, pp. 41-64.
[4]
Deloye (Y.), « État, nation et identité nationale. Pour une
clarification conceptuelle »,
in Burgi
(N.), dir.,
Fractures de
l’État-nation, Paris, Kimé, 1994, p. 156 ; Leca (J.), «
Individualisme et citoyenneté », in Birnbaum (P.), Leca (J.), dir.,
Sur l’individua- lisme, Paris, Presses
de la F.N.S.P., 1986 ; Deloye (Y.),
Sociologie
historique du politique, Paris, La Découverte, 1997, pp.
53-78.
[5]
Giddens (A.),
Les Conséquences de
la modernité, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 45 sq.
[6]
Une vingtaine d’entretiens ont été conduits à Valenciennes,
Roubaix-Tourcoing, Montfermeil; les textes des conférences ont été recueillis
soit personnellement, soit par les cassettes audio et vidéo que diffuse
l’association sur laquelle a porté mon enquête, Jeunes Musulmans de France
(J.M.F.).
[7]
Cette notion, empruntée à J.-M. Donegani, et qui permet de
saisir la complexité du rapport entre religion et politique, sera définie
ci-dessous.
[8]
J.M.F. compte plus de cinq mille membres, et plusieurs dizaines
de milliers de sympa- thisants suivent ses activités.
[9]
J.M.F. a été créé à partir de Lille et Nantes, a recruté
ensuite en Île de France, puis en Normandie et dans le Nord-Est de la France,
puis vers le Sud-Ouest. Elle collabore aujourd’hui avec une autre association,
l’U.J.M. (Union des Jeunes Musulmans), im- plantée dans la région lyonnaise au
sens large.
[10]
Donegani (J.-M.),
La liberté de
choisir. Pluralisme religieux et pluralisme politi- que dans le catholicisme
français contemporain, Paris, Presse de Sce Po, 1993, p.
406.
[11]
Donegani (J.-M.),
La liberté de
choisir, op. cit, p. 406-410. On trouvera une élabo- ration plus
détaillée de ce modèle dans de Lavergne (N.),
Jeunes, français, musul- mans, op. cit., pp.
42-47, ainsi que dans deux contributions d’Omero Marongiu, « Rapports pluriels
à l’islam chez les jeunes musulmans »,
in Kagné (B.), Pirotte (G.), éds.,
Ethnicité et phénomènes migratoires en débat :
identités, mobilisations col- lectives et politiques publiques,
C.E.D.E.M., Université de Liège, 1999 ; « L’islam pluriel dans le Nord :
présentation d’une typologie »,
in
Gosselin (G.), Lavaud (J.-P.), éds., Centre lillois d’études et de recherches
sociologiques et économiques (Ville- neuve-d’Ascq, Nord),
Ethnicité et mobilisations sociales,
Paris/Montréal/Budapest [etc.], L’Harmattan (Logiques sociales), 2001, pp
153-176.
[12]
Donegani (J.-M.),
La liberté de
choisir,
op. cit., p.
410.
[13]
Hirschmann (A.),
Défection et
prise de parole, Paris, Fayard, 1995 (traduction de
Exit, voice and loyalty, Cambridge
Mass., Harvard University Press, 1970) et Leca (J.), « L’islam, l’État et la
société en France »,
in Étienne (B.),
L’Islam en France : Islam, État et
société, Paris, C.N.R.S., 1990, p. 62.
[14]
Dans la confrontation entre la modernité et l’islam, trois
réponses sont apparues : le modernisme, le traditionalisme et le réformisme
(Smith (A.),
National Identity, Lon-
dres, Penguin Books, 1991, pp. 63-65). Voir aussi Ramadan (T.),
Aux Sources du renouveau musulman,
Paris, Bayard /Centurion, coll. Religions en dialogue, 1998.
[15]
Hourani (A.),
Arabic Thought in
the Liberal Age, Londres, Oxford University Press, 1962, pp.
103-160.
[16]
Voir par exemple Colonna (F.),
Les Versets de l’invincibilité, Paris, Presses
de Sce Po, 1995, chapitre 9.
[17]
Entretien avec Hassan Iquioussen, président de J.M.F. en 1996,
22 avril 1996.
[18]
Entretien avec Abdelaali Baghezza, responsable de J.M.F.
Tourcoing, 21 avril 1996.
[19]
Dumont (L.),
Essais sur
l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie
moderne, Paris, Seuil, 1983.
[20]
La production de croyances communes aptes à améliorer la
solidarité du groupe, voir Weber (M.),
Économie
et Société, Paris, Plon, 1971, introduction.
[21]
Donegani (J.-M.),
La liberté de
choisir, op. cit., p. 415.
[22]
Colonna (F.),
Les Versets de
l’invincibilité,
op. cit.,
p. 328 sq.
[23]
Mais sans refus aucun des sciences sociales ou de l’islamologie
produites en France, qu’ils lisent et discutent, ce qui en fait des «
intellectuels islamistes » d’un type différent de ceux étudiés par O. Roy, in «
Les nouveaux intellectuels islamistes : essai d’appro- che philosophique », in
Kepel (G.), Richard (Y.), dir.,
Intellectuels et
militants de l’islam contemporain, Paris, Seuil, 1990 ; de Lavergne
(N.),
op. cit., pp. 166-174.
[24]
De Lavergne (N.),
op.
cit., pp. 291-307.
[25]
Qui « implique deux stratégies parallèles : l’affirmation et le
maintien d’une identité collective spécifique et l’insertion réussie dans la
société d’accueil», voir Saint-Blancat (C.), « Une diaspora musulmane en Europe
? »,
Archives de sciences sociales des
religions, n°92, octobre-décembre 1995, p. 10, et du même auteur,
L’Islam de la diaspora, Paris, Bayard,
1997.
[26]
Ramadan (T.),
Les musulmans dans
la laïcité. Responsabilités et droits des musul- mans dans les sociétés
occidentales, Lyon, Tawhid, 1995, p. 123 et 127. Tariq Ramadan,
enseignant à Lausanne, est un des principaux intellectuels musulmans européens,
dont les conférences et les livres sont particulièrement appréciés par les
jeunes musulmans en France (dernier ouvrage paru :
L’Islam en questions, avec A. Gresh,
Sindbad/Actes Sud, 2000).
[27]
J’ai interprété leur « retour à l’islam », leur « passage à la
pratique » comme une con- version dans de Lavergne (N.), « La conversion de
jeunes musulmans français »,
Ca- hiers du
C.E.I.F.R., n°spécial « La conversion », Paris, E.H.E.S.S., octobre
2000.
[28]
Cette définition synthétise les analyses d’Yves Deloye et Jean
Leca notamment, voir note 4 pour les références.
[29]
Voir pour un résumé des arguments, Lewis (B.), « La situation
des populations musul- manes dans un régime musulman : réflexions juridiques et
historiques », in Lewis (B.), Schnapper (D.), dir.,
Musulmans en Europe, Paris, Actes Sud,
1992, pp. 11-34.
[30]
Sayad (A.),
L’immigration
algérienne ou les paradoxes de l’altérité, Préface de Bourdieu (P.),
Éditions Universitaires (France)/De Boeck-Wesmael (Belgique), 1992.
[31]
Citons les cinq piliers de l’islam (la profession de foi, les
cinq prières quotidiennes, le jeûne du Ramadan, la
zakât, le pèlerinage à La Mecque),
auxquels on pourrait ajou- ter les interdits du porc et de l’alcool. Tous ces
actes sont réalisables, de façon volon- taire, par tout citoyen qui le
désire.
[32]
Entretien avec Hassan Iquioussen, déjà cité ; mais ce point fut
fréquemment cité lors des entretiens.
[33]
Classiquement, l’espace est divisé entre le
dâr al-islam, i.e. la « maison de
l’islam », où le pouvoir appartient aux musulmans, et le
dâr al-harb, i.e. la « maison de la
guerre » ; une autre notion a aussi été employée, celle de
dâr al-sulh, « maison du contrat »,
terre habitée de gens du livre, qui reconnaît une suzeraineté musulmane. Ces
termes désignent d’autres réalités aujourd’hui, sans que les musulmans soient
nécessairement d’accord entre eux sur celle qui doit qualifier la
France.
[34]
M. Tribalat notait le très faible nombre de procédures en
cours,
in De l’immigration à
l’assimilation, Paris, La Découverte, 1996, pp. 168-171.
[35]
J’ai conservé, dans la transcription, la phrase bancale
prononcée.
[36]
Par exemple, entretien avec Gamal, 23 ans, Montfermeil, 14
juillet 1996 (pour tou- tes les citations, de Lavergne (N.),
Jeunes, français, musulmans, op. cit.,
pp. 346- 349).
[37]
Ce discours peut être considéré comme une réponse à ceux qui
avaient institué une « manifestation de volonté » préalable à la jouissance de
la nationalité française pour les jeunes nés en France de parents non
français.
[38]
« Je dois lever toute ambiguïté par rapport à ma citoyenneté »,
par un « effort person- nel», dit par exemple Malek, trésorier de J.M.F.
Valenciennes, entretien du 22 avril 1996.
[39]
Voir Schnapper (D.), « La citoyenneté à l’épreuve. Les
musulmans pendant la guerre du Golfe »,
Revue
française de science politique, n°II, avril 1993, pp. 187-208 ;
l’interrogation sur le conflit d’allégeance surgit notamment dans les périodes
de con- flit, comme la guerre du Golfe ou plus près de nous, l’intifada
palestinienne qui a débuté en octobre 2001.
[40]
Leca (J.), « La démocratie à l’épreuve du pluralisme »,
Revue française de Science politique,
avril 1996, pp. 225-279.
[41]
Ce faisant, comme d’autres membres de l’association, il
critique les thèses dévelop- pées par les plus médiatiques des spécialistes de
l’islam contemporain, récusant l’ac- cusation de communautarisme et
d’intégrisme. C’est un exemple de
feed-back, de réappropriation par les acteurs
sociaux des débats et des concepts de la recherche, sur lesquels ils se
positionnent.
[42]
Ramadan (T.),
Les musulmans dans
la laïcité, op. cit., p. 118.
[43]
Rodinson (M.),
L’islam, politique
et croyance, Paris, Agora Pocket, 1995, p. 76 (Fayard,
1993).
[44]
« Les “Jeunes Musulmans de France” incités à voter »,
entrefilet paru dans
Le Monde du 18
avril 1995
[45]
Ihl (O.),
Le Vote,
Paris, Montchrestien/Clefs, 1996, pp. 22-33 pour l’analyse de ces trois types
de vote, p. 27 pour cette citation.
[46]
Je veux parler du Front national comme de tous ceux qui les
considèrent comme des « citoyens de papier ».
[47]
Burgat (F.),
L’islamisme en
face, Paris, La Découverte/Poche, nouvelle édition, 2002.
[48]
En ce sens, il relance, dans les quartiers populaires, le «
procès de civilisation » décrit par Norbert Elias.
[49]
Birnbaum (P.),
La Fin du
politique, Paris, Pluriel, 1995, p. 268 (
in postface de 1995 à un livre de
1975).
[50]
Voir les travaux de G. Noiriel, notamment
État, nation et immigration. Vers une histoire du
pouvoir, Paris, Belin, coll. Socio-histoires, 2000.
[51]
Birnbaum (P.), « Du multiculturalisme au nationalisme »,
La Pensée politique (La Nation),
Paris, Le Seuil/Gallimard, mai 1995, pp. 129-139.