2003
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Marges
C.G. Jung et le malaise social dans le monde occidental
Véronique Liard
[1]
Le nom de Carl Gustav Jung est surtout mis en rapport avec la
psychologie analytique. Lorsqu’on se plonge dans ses écrits, on s’aperçoit
cependant qu’audelà de ses préoccupations purement psychologiques, de la simple
élaboration d’une théorie expliquant la structure et le fonctionnement de la
psyché, Jung analyse les caractéristiques de son époque, les causes
historiques, économiques et sociales qui sont selon lui à la base des
transformations survenues au cours des siècles derniers.
Jung constate, comme bien d’autres avant et après lui, le «
malaise » d’une société en crise. Les explications de Freud dans sa célèbre
analyse
Malaise dans la culture ne le
satisfont pas. Il considère que la causalité freudienne est exagérée. Les
créations culturelles sont interprétées comme des activités substitutives, ce
qui en dévalorise les aspects positifs. On a l’impression que la culture se
résume à « un long soupir déplorant la perte du paradis et de son infantilisme,
son caractère barbare et primitif
[2] ». L’explication freudienne d’un méchant père qui
avait interdit la grandeur des enfants sous peine de castration est un mythe
étiologique de la culture dont naît une explication illusoire du malaise dans
la culture. Selon Jung, la doctrine du refoulement de la sexualité infantile
sert à détourner l’attention des raisons actuelles de la névrose, de ces «
paresses, négligences, omissions, convoitises, méchancetés et autres
égoïsmes
[3] » que l’on
n’a aucunement besoin d’expliquer par une doctrine compliquée du refoulement,
reposant sur la sexualité. Il semble trop facile pour Jung d’expliquer une
névrose par un événement survenu dans la petite enfance et d’innocenter ainsi
sa propre personne pour éviter de s’améliorer. Jung reconnaît que Freud a mis
le doigt dans de nombreuses plaies, qu’il a éveillé une certaine méfiance et
exacerbé le sens des vraies valeurs, le scepticisme freudien étant la
conséquence logique de son époque. Mais douter de notre culture et de ses
valeurs est une névrose contemporaine, continue-t-il
[4]. Et que faire de notre soi-disant
déraison ? Une fois nos illusions détruites, par quoi les remplacer pour nous
permettre de continuer à vivre ?
Essayons de déterminer quelles sont pour Jung les raisons
psychologiques du malaise dans la culture, si l’on ne peut l’expliquer par la
sexualité ? Analysons tout d’abord ce que Jung dit de la culture. « Là où l’on
cultive le blé et la vigne, on trouve une vie civilisée. Là où l’on ne cultive
ni blé ni vigne, on a la non-civilisa-tion des nomades et des chasseurs
[5]. » Pour Jung, la culture
suppose donc une certaine sédentarité de l’homme. Une fois cette condition
posée, on peut s’interroger sur la nature et le pourquoi de la culture. Jung
nous renseigne abondamment sur le sujet. La culture est le transformateur
d’énergie qui aboutit à la productivité, à la création. La culture représente
une machine ayant deux fonctions, l’une étant purement technique, l’autre
intellectuelle. Pour expliquer la première, il prend l’exemple du castor. Si
cet animal abat des arbres pour bloquer les cours d’eaux, cela répond aux
critères de vie qui le différencient des autres animaux. Cette différentiation
est une culture naturelle qui fonctionne comme un transformateur d’énergie, une
machine donc.
« Ainsi, la culture humaine, en tant que produit naturel de
différenciation, est aussi une machine, dans un premier temps une machine
technique qui se sert des conditions naturelles pour transformer l’énergie
physique et chimique. Mais dans un second temps, elle est également une machine
mentale qui se sert des conditions psychiques pour transformer la libido [6].»
Tout comme la chaleur, par l’intermédiaire de la machine à
vapeur, est transformée en tension puis en énergie cinétique, la libido est
transformée par la culture en rendement ; c’est la machine psychologique
servant à transformer l’énergie. C’est elle qui serait à la base de la culture
puisqu’elle génère les idées qui produisent toute invention technique et tout
concept intellectuel.
Voyons maintenant comment l’homme a créé cette machine. « Que
l’homme en soit arrivé à inventer cette machine doit avoir des raisons
profondément ancrées dans sa nature, et même dans la nature des êtres vivants
en général…
[7] » Au
commencement, l’homme était un primitif soumis aux forces de son inconscient et
des archétypes qui le peuplent. Les archétypes sont des images collectives
latentes, susceptibles d’être activées et de remonter alors dans le conscient
sous une apparence qui s’adaptera au vécu de chaque personne concernée. Ces
archétypes ont une force énorme qui oblige le primitif à aller contre la
nature. Jung prend l’exemple des rites marquant le passage de la condition
enfantine à l’état d’homme adulte. Ce passage est le moment où l’enfant se
sépare officiellement, visiblement, de ses parents. Le lien avec les parents
est remplacé par le lien avec la tribu. Ces liens demeurent visibles parce
qu’il y a la plupart du temps soit circoncision, soit blessures intentionnelles
qui, lorsqu’elles seront cicatrisées, formeront un motif particulier à la tribu
ou une simple trace rappelant la nouvelle appartenance. La force de l’archétype
«
contraint le primitif à agir contre la nature
pour ne pas devenir son esclave. C’est sans doute le début de toute
culture, la conséquence inévitable de la conscience avec ses possibilités de
s’écarter de la loi inconsciente
[8] ». L’homme prend une position contraire à sa nature
primitive instinctive, il adopte une « attitude culturelle s’opposant à un
simple caractère instinctif
[9] ». « On sait que le processus culturel consiste à
dompter progressivement l’animalité qui est en l’homme ; c’est un processus de
domestication qui ne peut être réalisé sans que la nature animale assoiffée de
liberté ne se révolte
[10]. » La nature s’oppose donc à la culture. Jung cite
Jean-Jacques Rousseau :
« Si les lois des nations pouvaient avoir, comme celles de la
nature, une inflexibilité que jamais aucune force humaine ne pût vaincre, la
dépendance des hommes redeviendrait alors celle des choses ; on réunirait dans
la république tous les avantages de l’état naturel à ceux de l’état civil; on
joindrait à la liberté, qui maintient l’homme exempt de vice, la moralité qui
l’élève à la vertu. » [11]
Jung constate que malheureusement, les lois de la nation ne
correspondent jamais suffisamment à celles de la nature pour que l’état
civilisé concorde avec l’état naturel. Seul un compromis est pensable entre les
deux, mais cela aux dépens de l’idéal absolu de la culture d’un côté et de la
nature de l’autre. D’où le malaise ressenti par l’homme, tiraillé entre sa
nature et les exigences culturelles. Jung compare la situation actuelle à ce
qu’il appelle la « maladie du monde romain » durant les premiers siècles de
l’ère chrétienne
[12].
À cette époque comme maintenant, la multiplicité, la platitude, l’excentricité,
le mauvais goût et l’inquiétude régnaient. Le continent de l’esprit était
submergé ; seuls quelques sommets émergeaient, tels des îles perçant les flots
; toutes les débauches, tous les débordements intellectuels étaient
possibles
[13].
Progressivement, l’état politique et social se fissura, les croyances
religieuses et philosophiques s’émiettèrent, arts et sciences connurent une
déplorable décadence. Jung s’attarde sur l’individu de cette époque ; c’est un
homme très sûr de lui, extrêmement puissant, mais qui, parce que ce succès lui
semble définitivement acquis, se disperse en vaquant à toutes sortes
d’occupations, en s’intéressant à une multitude de choses ; cette
personnalité
« finit par en oublier tellement son origine, ses traditions
et même ses souvenirs personnels qu’elle s’imagine être telle ou telle chose,
ce qui la précipite dans un funeste conflit avec elle-même. Ce conflit cause
finalement un tel état de faiblesse que le monde ambiant qu’elle dominait
autrefois s’écroule et achève le processus de destruction. Quand une culture
atteint son apogée, tôt ou tard le moment arrive où elle se décompose [14] ».
Jung nous demande ensuite de supposer que nous ayons maintenant
devant nous un de nos contemporains, un représentant typique de la culture
européenne moderne.
« Il souffre surtout de la maladie du
“déjà-tout-mieux-savoir” et il n’existe absolument rien qu’il n’ait déjà classé
quelque part en bonne et due forme ; et en ce qui concerne son âme, elle est
essentiellement sa propre invention, son propre libre-arbitre et elle obéit
exclusivement à sa raison ; et là où elle ne le fait pas… il s’agit de maladies
cliniquement constatables portant des noms tout à fait scientifiques et
plausibles [15].
»
La Ratio, voilà pour Jung la source du déclin des cultures et
civilisations, parce que le rationalisme a la prétention d’avoir réponse à
tout
[16]. Pendant
longtemps l’esprit et la passion de l’esprit furent au centre des
préoccupations et eurent par suite des conséquences positives. Lorsque le «
Siècle des Lumières » instaure le règne de la Raison, on néglige le rôle de
l’âme et l’esprit. Au cours du 19e siècle, l’esprit commence à dégénérer en
intellect, ennemi de l’âme quand il ose vouloir capter l’héritage de l’esprit,
ce dont il n’est capable, l’esprit étant supérieur à l’intellect puisqu’il
comprend non seulement celui-ci, mais également le cœur. Il constitue une
direction et un principe vital qui aspirent à des hauteurs lumineuses
surhumaines
[17].
L’intellect a causé de très graves dégâts dans la civilisation occidentale et
continue à le faire. Notre époque a affaire à un « monstre » qui, s’étant
entièrement développé, est suffisamment gros pour s’engloutir lui-même
[18]. L’intellect obsède
l’homme et échappe à son contrôle. Au lieu de demeurer un outil du créateur qui
modèle le monde qui l’entoure, il le domine et le menace de destruction. La
ratio s’accroche aux valeurs qu’elle s’est fixées une fois pour toutes, aussi
longtemps que la raison humaine est considérée comme une substance immuable et
qu’on en exclut une conception symbolique, alors qu’elle n’est en fait qu’un
moyen aidant à accéder à un but, l’expression symbolique d’un passage, d’un
point précis sur le chemin du développement de l’être humain vers son
aboutissement
[19].
Jung pense que Saint Augustin a pressenti une grande vérité : selon laquelle
toute vérité spirituelle se matérialise progressivement et qu’elle devient
matière ou outil dans la main de l’homme qui s’imagine alors être un créateur
disposant de possibilités illimitées. Un alchimiste, écrit Jung, pouvait encore
prier : « Horridas nostrae mentis purga tenebras (Purifie les terribles
ténèbres de notre raison). » L’homme moderne est déjà tellement plongé dans les
ténèbres qu’à l’exception de la lumière de sa raison, rien n’éclaire plus son
monde
[20]. Et Jung de
demander au rationaliste « illuminé » si la réduction qu’il a opérée grâce à sa
raison a permis de maîtriser la matière et l’esprit. La peur subsiste, le monde
vit un cauchemar. La raison a misérablement échoué ; nous nous acheminons
progressivement vers ce qu’elle voulait éviter : l’anéantissement de l’homme et
du monde
[21].
Les progrès qu’a permis l’intellect ne sont certes pas
négligeables, mais le matérialisme croissant s’accompagne d’une perte des
connaissances sur l’âme. L’homme, pour qui seul l’extérieur compte, ne se
contente pas de ce qui lui est nécessaire ; il veut toujours plus, toujours
mieux. Mais plus il recherche les merveilles de ce monde, plus il fait taire la
voix intérieure qui s’élève de temps en temps pour réclamer elle aussi son
tribut. L’âme est mise au régime ; menacée d’inanition, elle se défend pour
survivre, pour rappeler à celui qui l’ignore que l’homme intérieur veut lui
aussi se réaliser, et elle déséquilibre l’homme apparemment comblé par les
bienfaits matériels
[22]. La prospérité nous a convaincus des joies que
procure le matérialisme ; elle a même contraint l’esprit à trouver toujours
plus de moyens pour l’améliorer, mais elle n’a jamais produit d’esprit en soi.
Rares sont ceux qui s’aperçoivent que le bonheur matériel est un danger pour
l’esprit
[23]. De plus,
explique Jung, la soif de connaissance scientifique, l’avidité de richesses et
l’ambition sociale nous font vivre dans le futur. On essaie d’oublier le plus
vite possible le passé, alors que la culture est essentiellement basée sur la
continuité et une préservation du passé. Si au moins, l’homme vivait dans le
présent. Mais non ! Et de plus, il ne vit pas
pour le futur, mais
dans le futur. Il a perdu le passé et
le présent, il est coupé de ses racines et est « constamment déçu par le mirage
d’un avenir “meilleur” que jamais il ne rattrape
[24] ».
« Nous sommes loin d’avoir liquidé le Moyen-Âge, l’Antiquité,
la primitivité et d’avoir répondu à leur propos aux exigences de notre psyché !
Néanmoins, nous sommes jetés dans une cataracte de progrès ; elle nous pousse
vers l’avenir avec une violence d’autant plus sauvage qu’elle nous arrache à
nos racines. Toutefois, si l’ancien a éclaté, il est alors, le plus souvent,
anéanti et il est impossible d’arrêter le mouvement en avant. Car c’est
précisément à cause de la perte de relation avec le passé, la perte de racines
qui crée un tel « malaise dans la culture » et une telle hâte, que nous vivons
plus dans l’avenir, avec ses promesses chimériques d’âge d’or, que dans ce
présent que l’arrière-plan d’évolution historique n’a pas encore atteint [25]. »
Privé de ses racines qui le reliaient historiquement à ses
ancêtres, l’homme néglige aussi les liens qui unissent le corps et l’âme. La
conscience veut s’imposer et oublier l’inconscient. Une scission s’est opérée
entre le conscient et l’inconscient, renforçant le malaise. Au Moyen Âge,
l’homme avait conscience de l’opposition entre le pouvoir séculier et la
volonté divine, que l’empereur et le pape exemplifiaient depuis des siècles.
L’homme de cette époque n’avait pas encore totalement succombé au domaine
séculier. Il reconnaissait, à côté des puissances palpables, l’existence de
forces métaphysiques et était moins éloigné que l’homme moderne de la «
totalité inconsciente » dont s’approchent le mieux les enfants et les
primitifs
[26]. Petit à
petit, la science a élargi la conscience et entraîné une surévaluation des
points de vue se fondant sur des données scientifiquement irréfutables. L’objet
extérieur est devenu prépondérant, la connaissance de soi étant considérée
comme accessoire, voire inutile. À la prédominance d’un état de non-conscience
a fait suite une prédominance de la conscience dont le caractère est tout aussi
unilatéral. La science, en remettant en question l’existence de Dieu, a troublé
l’inconscient et inquiété le Soi sans pouvoir donner de réponse définitive à
cette interrogation cruciale. C’est de là qu’auraient surgi le matérialisme,
l’athéisme et autres succédanés similaires. « L’athéisme matérialiste forme
avec ses chimères utopiques la religion de ces mouvements rationalistes qui
confient la liberté de la personnalité à la masse et ainsi l’anéantissent.
»
[27] Le développement
de la conscience s’est fait trop vite, de sorte que l’inconscient n’a pas pu
suivre. Il s’est alors retranché dans une position de défense, prêt à se
manifester dès que l’occasion sera propice
[28]. Une conscience plus élevée, explique Jung, tend à
se révolter contre les dieux qu’elle vénérait autrefois, ces anciens dieux
n’étant rien d’autre que de puissantes images primordiales inconscientes. Les
structures conscientes s’émancipent de l’inconscient qui est repoussé à
l’arrièreplan. L’homme aboutit à un stade uniquement régi par la raison, privé
d’instinct ou contraire à l’instinct. Sa conscience déracinée témoigne d’une
liberté prométhéenne, mais aussi d’une hybris sans Dieu
[29]. Le monde occidental, après avoir perdu
sa tradition morale et intellectuelle, se retrouve dans un état de
désorientation et de dissociation
[30].
Une raison sans tradition et sans fondement instinctif, privée
de tout lien avec l’inconscient, devient facilement la proie de la suggestion
et « le danger d’une infection psychique et d’une psychose des masses »
croît
[31]. La raison,
quand elle se retrouve seule, est totalement impuissante, car ses arguments ne
se répercutent que sur la conscience. L’inconscient n’en reste pas moins actif.
Les effets de l’inconscient s’accumulent et finissent par étouffer ce que la
conscience a de raisonnable. L’inconscient ayant un effet compensatoire, il
essaie de rétablir l’équilibre et fait monter l’instinct en force
[32]. Il rétablit un état
primitif qui dépasse de loin celui qu’on a constaté au Moyen Âge. Le niveau de
la culture se trouve abaissé et les « -ismes » remplacent alors de manière
subtile les liens perdus avec la réalité psychique
[33]. On assiste à une identification avec
la conscience collective ; le moi n’a plus aucune signification pratique et se
retrouve noyé dans les avis et tendances de la conscience collective, dans la
masse, alors que les contenus refoulés de l’inconscient prennent un caractère
fanatique. Cette masse possède, selon Jung, une « sorte d’âme commune
animale
[34] » qui est
bien en dessous du niveau de celle de l’individu. Selon les lois de la
psychologie, dit Jung, même le meilleur perd de sa valeur et de son importance
au sein de la masse. Et plus l’organisation est importante, plus l’amoralité et
la bêtise sont grandes. La moralité d’une société, affirme Jung, est
inversement proportionnelle à sa taille, car plus il y a d’individus, plus les
facteurs individuels sont éradiqués. Le caractère de l’individu se trouve
modifié par la montée des forces collectives. Un être doux et raisonnable se
transformera facilement en bête sauvage et furieuse. La foule est comparable à
un asile de fous ; tous deux sont mus par des forces impersonnelles et
insurmontables
[35].
L’homme de masse peut très facilement commettre les pires crimes sans y
réfléchir une seconde. L’individu est dépouillé de son indépendance d’esprit,
effacée par la communauté. L’identification au groupe est la voie la plus
simple. L’individu est porté par « la vague générale du sentiment d’être
identique aux autres
[36] ». C’est un sentiment agréable, un état d’ivresse,
une transformation collective. Jung emploie le terme de « participation
mystique ». Si l’individu se laisse aller à l’illusion que la foule dans
laquelle il se fond est merveilleuse, il devient un héros. L’élévation au rang
de demi-dieu ne dure cependant pas. Rentré chez lui, l’individu n’est plus que
monsieur Untel, mais ce monsieur a goûté à la griserie que procure le sentiment
d’écrire un morceau d’histoire, d’être respecté, admiré, de sortir de
l’ordinaire. Pour pouvoir y croire, il aura sans cesse besoin de renouveler son
expérience et se replongera avec délice dans la masse dès que celle-ci lui
proposera de se joindre à elle. Le ou les rites du groupe sont alors très
importants. Ils permettent d’une part d’éviter un comportement entièrement
instinctif et d’autre part de procurer une expérience relativement personnelle
à chacun en captivant son intérêt et son attention
[37]. La tâche de l’État s’en trouve
considérablement facilitée. Peu à peu, il a privé l’individu de ses fondements
et de sa dignité en le réduisant, sur le plan des statistiques, au rang d’unité
infinitésimale et interchangeable. Il a ôté à l’individu sa valeur et son sens
et l’a rendu insignifiant. Devenu une simple unité, l’individu est écrasé par
les statistiques et la loi des grands nombres. La raison, les sens, ne peuvent
plus défendre l’individu face aux preuves constantes de sa futilité et de son
impuissance. L’image de la réalité est déformée et transformée en idée
moyenne
[38].
L’individu finit par douter de son jugement et accepter la collectivisation de
sa responsabilité en général. Sa responsabilité morale, elle, est remplacée par
la raison d’État. En récompense de son sacrifice, l’individu « en tant qu’unité
sociale » est administré, nourri, vêtu, formé, logé dans des unités de
cantonnement correspondantes et amusé, le bien-être et la satisfaction de la
masse donnant le critère idéal
[39] ». L’individu n’est plus qu’une « fonction de la
société
[40] », un
serviteur de l’État. Cet État n’a que faire de personnalités capables de
jugement. Les individus doivent être utilisables là où l’État a besoin d’eux.
L’État limite leurs compétences au domaine où il souhaite les employer. Il est
bon qu’ils ne soient qualifiés que dans un seul secteur ; on pourra ainsi mieux
les convaincre que, n’ayant pas une vue d’ensemble et manquant de certaines
compétences, ils ne peuvent se permettre quelque critique que ce soit. Seuls
ceux qui occupent les hauts postes du gouvernement ont le droit de critiquer,
de modifier les règles et de les faire appliquer coûte que coûte. Persuadés que
la formule de Louis XIV « L’État, c’est moi » est exacte, ils peuvent agir
selon leur bon vouloir. Ils finissent par s’identifier avec la doctrine de
l’État qu’ils dirigent et deviennent les esclaves de leur propre fiction
[41]. On croit, écrit Jung,
pouvoir confier sa vie et son évolution à l’État anonyme. « Mais qui sont ces
manifestes surhommes ? Tout comme nous, uniquement des maîtres dans l’art de
considérer les autres comme des bêtes noires
[42]. »
Quand l’objectif politique est considéré comme le seul valable,
l’individu est trompé et privé de son véritable but : la prise de conscience de
soi. Au lieu d’élargir sa conscience, ce qui lui permettrait de se passer des
projections sur autrui, l’individu la réduit. La masse empêche l’individu de
réfléchir sur lui-même et sur le monde où il vit. Il n’y a pas de développement
psychique naturel, pas d’orientation intellectuelle qui maintiendrait en vie
les valeurs culturelles, il n’y a qu’une évolution politique qui sert à apaiser
la soif de pouvoir de certains groupes et qui promet à la masse des avantages
qu’elle n’est finalement pas capable de lui donner. Cette situation est sous
tous points de vue défavorable à la culture, car elle en abaisse le
niveau
[43].
L’identification inconditionnelle de l’individu avec une vérité nécessairement
unilatérale conduit à la catastrophe. Quand, au lieu de la connaissance, de
l’expérience de soi et des autres, on ne trouve qu’une conviction bornée, aucun
développement n’est possible et la voie est ouverte à la manipulation. Malgré
la perte de sa religiosité, l’homme continue à se soumettre au logos, figure
centrale de la foi chrétienne. La Parole, dit Jung, est devenue notre dieu. Des
mots comme « société » ou « État » se sont trouvés tellement concrétisés qu’ils
sont presque personnifiés et ont été promus au rang de principes
éthiques
[44]. Cette
croyance aveugle dans le mot alloue une énorme puissance à la propagande, à la
publicité. Le citoyen est la proie facile des politiciens, scientifiques et de
tous ceux qui veulent le gagner à leur cause. On lui ment, on le trompe, on le
manipule sans qu’il s’en rende compte. « La parole qui, à l’origine, était un
message de l’unité des hommes… est ainsi devenue à notre époque la source de
soupçon et de méfiance de tous envers tous
[45]. »
Comment remédier au malaise ? Jung était d’avis qu’il fallait
former des êtres humains et non des animaux politiques. Le but suprême est de
faire progresser, d’élever sa propre personne, mais aussi son
prochain.
« Les chemins qui conduisent à ce but sont multiples. Le plus
noble est selon moi celui de l’échange spirituel sans réserve, loin de tous
préjugés et arrière-pensées, pour connaître l’homme en tant qu’homme et non
comme gentille bête de bétail au sein du troupeau de la société. Nous nous
préservons ainsi d’un jugement d’après l’apparence, superficiel [46]. »
L’homme qui se sert des connaissances qu’ont apportées la
science et la technique, lui qui dispose à présent d’armes lui permettant
d’anéantir l’humanité, doit jouir de toutes ses facultés mentales, être
responsable, afin de les utiliser pour le bien de l’humanité et non pour la
détruire. Mais les modifications et améliorations extérieures de sa vie ne
touchent en rien sa vie intérieure. La principale mission de la culture est de
chercher des voies et des moyens pour arracher l’homme à son inconscience, de
l’« exorciser
[47] ».
Pour ce faire, il faut regarder au-delà de ce qui est collectif. Il faut se
poser la question de ce qui est propre à notre personne et de ce qui est propre
à l’autre. Cela implique de se concentrer sur les contenus, le sens et les
valeurs et d’aller plus loin que la volonté d’autrui à laquelle on se plie dans
le collectif et l’obligation que l’on ressent. L’essentiel pour chaque individu
est de retrouver ce qu’il a de particulier, « car personne ne peut s’approcher
de l’autonomie sans la conscience de sa particularité »
[48]. Le problème de beaucoup d’êtres
humains est qu’ils sont soit trop collectifs, soit trop individuels, ce qui
fait d’eux des névrosés. L’homme uniquement collectif considère l’individualité
comme une anarchie qui met ses adeptes hors la loi; tout ce qui est individuel
a donc moins de valeur que le reste et doit être refoulé. À l’autre extrémité,
on trouve l’individualiste qui surestime l’individuel et ne parvient pas à
s’adapter au collectif, à y trouver sa place et à s’y intégrer
[49]. Il faut savoir trouver
le juste milieu.
Pour Jung, le remède par excellence, c’est l’individuation. Le
processus d’individuation est un procédé de centrage, création d’un nouveau
centre de la personnalité. Ce centre est le Soi, la totalité du psychisme. Le
Soi est non seulement le centre, mais aussi la périphérie qui englobe le
conscient et l’inconscient. Il est le centre de cette totalité, comme le moi
est le centre de la conscience
[50]. Le but de l’individuation est de libérer le Soi,
d’une part des fausses enveloppes de la persona, de ce masque que nous mettons
pour jouer un rôle dans la société, et d’autre part de la force suggestive des
images inconscientes. L’individuation signifie « tendre à devenir un être
réellement individuel et, dans la mesure où nous entendons par individualité la
forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable,
il s’agit de la
réalisation de son
Soi, dans ce qu’il a de ten, Walter Verlag, 1997, p. 88 : « Der Wege
zu diesem Ziel sind mancherlei. Als vornehmsten erachte ich den, des
rückhaltlosen geistigen Austausches fern von allen Vorurteilen und
Nebenabsichten, den Menschen als Menschen kennen zu lernen und nicht als
liebenswürdigen Gesellschaftsvieh. Dadurch wahren wir uns vor dem Urteil nach
dem Schein, nach der Oberfläche. » plus personnel et de plus rebelle à toute
comparaison. On pourrait donc traduire le mot “individuation” par “réalisation
de soi-même”, “réalisation de son Soi”
[51]. » Pour commencer, il convient de reconnaître le
côté sombre qu’on porte en soi. Tous les efforts sont vains tant qu’on essaie
de se convaincre soi-même et de convaincre le monde entier que ce sont nos
antagonistes qui ont tort. Nous attendons toujours que ce soit les autres qui
reconnaissent leurs erreurs, alors que c’est nous qui devrions commencer par le
faire. Nous nous cachons sous nos plus ou moins bonnes manières extérieures
sans vouloir regarder ce qu’il y a en dessous. Reconnaître ce que Jung appelle
son « ombre », c’est s’immuniser contre toute infection morale et
intellectuelle
[52]. On
ne peut se défendre contre une épidémie psychique que lorsqu’on est conscient
de ce qui nous attaque, de quelle manière, où et comment. On ne peut résister à
l’emprise de la masse organisée que lorsqu’on est aussi bien organisé qu’elle
dans son individualité. Mais il ne faut pas confondre individuation et
individualisme. Jung fait bien la différence entre la prise de conscience du
moi, qui développe l’individualisme égoïste et asocial, qui conduit au « pur
égocentrisme et l’autoérotisme », et le processus d’individuation qui développe
le soi. Le soi comprend infiniment plus que le moi : « il est tout aussi bien
l’autre ou les autres que le moi. L’individuation n’exclut pas le monde, il
l’englobe
[53] ». Dans
un premier temps, l’individu qui veut s’individuer, doit cependant se séparer
de la société et se concentrer sur lui-même pour apprendre à se
connaître.
Un stade d’individualisme, d’égoïsme même, est inévitable au
début de tout processus d’autodécouverte afin de se séparer de son identité
initiale avec la classe où on est né ou la forme d’identité familiale qui nous
maintient dans l’inconscience. Cependant, si l’individualisme de cette première
césure avec la tradition se fige, son excentricité narcissique empêche toute
attitude véritablement sociale… Il faut que vienne le moment d’une
réacceptation de la dimension sociale de la vie dans le processus
d’individuation lui-même [54].
Pendant la période d’individuation où l’homme se retire de la
société, il doit, pour réparer sa « faute », l’abandon de la collectivité,
forger des valeurs qui compenseront son absence de manière équivalente.
L’individu quitte la société pour trouver en lui des richesses dont il la fera
profiter en s’y réintégrant. Si ce n’est pas le cas, la société aura le droit,
elle sera même obligée de mépriser l’individué, car il sera alors un «
déserteur »
[55].
L’individu doit donc arriver à être lui-même, tout en faisant partie de la
société qu’il servira, ce qui fait dire très justement à Christine Maillard : «
L’individuation a pour effet d’instaurer entre le sujet et le collectif de
nouveaux rapports. Elle rend l’être à la fois plus unique et plus proche de
tous les autres », et parlant du « paradoxe de l’individuation », elle ajoute :
« Il s’agit de devenir, à la plus fois collectif et moins collectif. Moins
déterminé par l’inconscient collectif et plus fécondé par l’inconscient
collectif
[56].
»
Si l’individuation est bénéfique pour tous, pourquoi ne se
généralise-t-elle pas ? Quels sont les problèmes rencontrés ? Dans un premier
temps, l’individu, banalisé, découragé parce que persuadé de son néant, ne veut
faire aucun effort pour se développer. De plus, travailler sur soi est
difficile et donc exclu immédiatement. Jung est d’avis que, s’il avait trouvé
un remède à injecter, sa méthode aurait été acceptée tout de suite, car elle
aurait été valable pour tous et n’aurait demandé aucun effort, aucune peine aux
individus
[57]. Le
second problème qui entrave l’individuation est la faculté humaine à
l’imitation
[58]. On
croit se différencier en imitant une personnalité ou en essayant de
s’approprier une qualité particulière, mais en fait, on enfouit encore plus
dans l’inconscient ce qu’on est véritablement ; en croyant faire un pas en
avant, on recule de deux. Supposons maintenant que, réussissant à surmonter ces
problèmes, l’homme veuille s’individuer. Il n’y parviendra pas forcément. En
effet, Jung souligne plusieurs fois dans son œuvre que cette méthode n’est
applicable qu’à des individus dotés d’un certain degré d’intelligence et d’un
sens intact de la moralité
[59]. Un manque d’instruction, une intelligence médiocre
et une morale douteuse sont des critères qui excluent d’ores et déjà 50 % de la
population. Ceux qui, peu nombreux car les obstacles sont encore multiples,
réussiraient l’individuation formeraient une « minorité dirigeante » dont
l’importance augmenterait par le traitement et la formation d’autres individus
et « par la suggestion avec l’aide de l’autorité », car, pour ce qui est de la
masse, on peut modifier uniquement son comportement et non son point de vue. On
s’interroge. Dans un autre texte, Jung précise qu’il ne s’agirait pas de
convaincre ni de sermonner, mais d’influencer par l’inconscient, d’exercer un
effet que les primitifs qualifient de « mana
[60] ». Nous avons là un élitisme évident, même si Jung
le considère comme inévitable, un élitisme qui peut conduire à des abus. Jung
lui-même avoue qu’on pourrait facilement mal user de sa méthode
psychothérapeutique qui deviendrait alors un instrument pour éduquer la
population dans un but bien précis, généralement politique. La psychothérapie
pourrait devenir un « technicisme » visant uniquement l’augmentation du
rendement social. L’âme perdrait définitivement son autonomie et ne serait plus
qu’une simple fonction utilisable selon le bon vouloir de l’État
[61]. La psychologie serait «
une simple analyse des possibilités de rationalisation de l’appareil
psychique
[62] ». Non
seulement, nous avons là une pratique qui peut être dangereuse, mais qui semble
de toute façon être difficilement réalisable, car l’« alliance positive entre
l’individu et le groupe auquel il appartient ne peut exister que si le groupe
est à échelle humaine et si, surtout, l’État avec tous ses rouages de pouvoir
et de bureaucratie n’entrave pas l’exercice de la liberté et de la
responsabilité de l’individu
[63] ».
[1]
Maître de conférences à l’UCO d’Angers. Directrice de
l’Institut des Langues de l’UCO d’Angers.
[2]
C.G. JUNG, GW 17,
Über die
Entwicklung der Persönlichkeit, « Analytische Psy- chologie und
Erziehung, III », Olten, Walter Verlag, p. 129 : « …ein langer Seufzer über den
Verlust des Paradieses und dessen Infantilismus, Barbarei und Primitivität…
»
[3]
Ebenda. p. 130 : « …Bequemlichkeiten, Nachlässigkeiten,
Unterlassungen, Begehrlichkeiten, Bosheiten und andern Egoismen… »
[4]
C.G. JUNG, GW 15,
Über das
Phänomen des Geistes, « Sigmund Freud » (1939), Olten, Walter
Verlag, 1995, p. 59s.
[5]
C.G. JUNG, GW 11,
Zur Psychologie
westlicher und östlicher Religion, «Das Wandlungssymbol in der Messe
» (1941), Oldenbourg, Walter Verlag, p. 268 : « Wo Weizen- und Weinbau
vorhanden, da herrscht zivilisiertes Leben. Wo aber kein Weizen- und Ackerbau
vorhanden, da herrscht die Unkultur der Nomaden und Jäger vor. »
[6]
Ebenda, p. 53 : « So ist auch die menschliche Kultur, als ein
natürliches Differenzierungsprodukt, eine Maschine, zunächst eine technische
Maschine, welche natürliche Bedingungen zur Umformung physikalischer und
chemischer Energie benützt. Dann aber auch eine geistige Maschine, welche
geistige Bedingungen zur Umformung der Libido benützt. »
[7]
Ebenda, p. 52 : « Dass der Mensch zur Erfindung dieser Maschine
kam », dit Jung, « muss tief in seiner Natur begründet liegen, ja sogar in der
Natur der lebenden Wesen überhaupt. »
[8]
C.G. JUNG, GW 8,
Die Dynamik des
Unbewussten (1928), « Analytische Psycho- logie und Weltanschauung
», Walter Verlag, Freiburg i.Br., p. 410 : «
zwingt den Primitiven, gegen die Natur zu handeln, um ihr
nicht zu verfallen. Das ist wohl der Anfang aller Kultur, die
unausweichliche Folge der Bewusstheit mit ihrer Möglichkeit, vom unbewussten
Gesetz abzuweichen. »
[9]
Ebenda, « Über die Energetik der Seele », Walter Verlag,
Oldenburg, p. 71 : « Kultureinstellung gegenüber bloßer Triebhaftigkeit.
»
[10]
C.G.JUNG
, GW 7,
Zwei Schriften über analytische
Psychologie, « Die Erostheorie », p. 28 : « Bekanntlich besteht der
Kulturprozess in einer fortschreitenden Bändigung des Animalischen im Menschen
; es ist ein Domestikationsprozess, der nicht ohne Empörung von Seiten der
freiheitsdurstigen Tiernatur durchgeführt werden kann. »
[11]
ROUSSEAU Jean-Jacques,
Emile, Livre III, p. 68f, (in) C.G. JUNG, GW 6,
Psychologische T ypen, « Über
Schillers Ideen zum Typenproblem » (1921), Olden- bourg, Walter Verlag, p.
90.
[12]
C.G. JUNG, GW 10,
Zivilisation im
Übergang, « Die Bedeutung der Psychologie für die Gegenwart »
(1933), Olten, Walter Verlag, 1995.
[13]
C.G. JUNG, GW 15,
Über das
Phänomen des Geistes, «Zum Gedächtnis Richard Wilhelms » (1930), p.
71.
[14]
Ebenda, pp. 43-45 : « darob ihre eigene Herkunft und Tradition
und sogar ihr eigenes Gedächtnis dermaßen vergisst, dass es ihr scheint, sie
sei dies oder das, und dadurch in einen unheilvollen Konflikt mit sich selbst
gerät. Der Konflikt führt schließlich zu einem solchen Schwächezustand, dass
die früher beherrschte Welt einbricht und den Zerstörungsprozess vollendet…Wenn
eine Kultur ihren Höhepunkt erreicht, tritt früher oder später die Epoche der
Zerspaltung ein. »
[15]
Ebenda, p. 167 : « Er leidet vor allem am
Alles-schon-besser-Wissen, und es gibt schlechterdings nichts, was nicht
irgendwo schon richtig klassifiziert wäre ; und was seine Seele anbetrifft, so
ist sie wesentlich seine eigenen Erfindung, seine eigene Willkür und gehorcht
ausschließlich seiner Vernunft, und wo sie es dennoch nicht tut… da handelt es
sich um klinisch feststellbare Krankheiten mit durchaus plausiblem,
wissenschaftlichen Namen. »
[16]
C.G. JUNG,
Ma vie. Souvenirs,
rêves et pensées, Paris, Gallimard, 1961/1973, p. 342.
[17]
C.G. JUNG, GW 13,
Studien über
alchemistische Vorstellungen, Kommentar zu « Das Geheimnis der
Goldenen Blüte », Olten, Walter Verlag, 1995.
[18]
C.G. JUNG, GW 18/2,
Das
symbolische Leben, « Vorwort zu Gilbert “The Curse ot Intellect” »
(1934), Olten, Walter Verlag, 1995, p. 826.
[19]
C.G. JUNG, GW 8, « Über die Energetik der Seele » (1928), p.
35.
[20]
C.G. JUNG, GW 13, « Der Geist Mercurius », pp.
268-269.
[21]
C.G. JUNG, GW 9/I,
Die Archetypen
und das kollektive Unbewusste, « Zur Phänomenologie des Geistes im
Märchen » (1945), Olten, Walter Verlag, 1995, pp. 268-269.
[22]
C.G. JUNG, GW 11, « Einführung zu Heinrich Zimmer. Der Weg zum
Selbst. Lehre und Leben des indischen Heiligen Shri Raman Maharshi
ausTiruvannamalei», pp. 575- 586.
[23]
C.G. JUNG, GW 18/2,
«Rückkehr zum einfachen Leben », p.
624.
[24]
Ebenda, p. 623.
[25]
C.G. JUNG, Ma vie, pp. 273-274.
[26]
C.G. JUNG, GW 8, « Theoretische Überlegungen zum Wesen des
Psychischen » (1946), pp. 246-247.
[27]
C.G. JUNG, GW 9/2,
Aion, « Über die geschichtliche Bedeutung des
Fisches » (1950), Olten, Walter Verlag, 1995, p. 118 : « Der materialistische
Atheismus bildet mit seinen utopischen Chimären die Religion jener
rationalistischen Bewegungen, welche die Freiheit der Persönlichkeit der Masse
überantworten und damit auslöschen. »
[28]
C.G. JUNG, GW 9/ I, « Zur Empirie des Individuationsprozesses »
(1950), p. 367.
[29]
C.G. JUNG, GW 13, « Kommentar zu « Das Geheimnis der Goldenen
Blüte » (1929/ 1965), Olten, Walter Verlag, 1995.
[30]
C.G. JUNG, GW 18/I,
Das
symbolische Leben, « Heilen der Spaltung », Olten, Walter Verlag,
1995, p. 275.
[31]
C.G. JUNG, GW 9/2, « Die Struktur und Dynamik des Selbst »
(1950), p. 263 note 84 : « Die Gefahr psychischer Ansteckung und damit der
Massenpsychose. »
[32]
C.G. JUNG, GW 18/2, « Epilog zu “L’homme à la découverte de son
âme” » (1944), p. 631 et C.G. Jung, GW 9/I, « Über Wiedergeburt » (1939), p.
138.
[33]
C.G. JUNG, GW 8, « Theoretische Überlegungen zum Wesen des
Psychischen » (1946), p. 249.
[34]
C.G. JUNG, GW 9/I, « Über Wiedergeburt » (1939), p. 140 : «
eine Art gemeinsame Tierseele. »
[35]
C.G. JUNG, GW 11, « Psychologie und Religion » (1939), p. 30
ainsi que C.G. Jung, GW 7,
«Die
Beziehungen zwischen dem Ich und dem Unbewussten » (1928/1966), p. 161 et C.G.
Jung, GW 10, « Rückkehr zum einfachen Leben » (1941), p. 626.
[36]
C.G. JUNG, GW 9/I, « Über Wiedergeburt » (1939), p. 140 : « von
der allgemeinen Welle des Identischseins. »
[37]
Ebenda, p. 141.
[38]
C.G. JUNG, GW 10, « Gegenwart und Zukunft » (1957), p.
281.
[39]
Ebenda, p. 281 : « Als soziale Einheit verwaltet, ernährt,
gekleidet, ausgebildet, in entsprechenden Unterkunftseinheiten logiert und
amüsiert, wofür das Wohlbefinden und die Zufriedenheit der Massen den idealen
Maßstab abgeben. »
[40]
Ebenda, p. 283 : « Funktion der Gesellschaft. »
[41]
Ebenda, p. 500.
[42]
C.G. JUNG, GW 16,
Praxis der
Psychotherapie, « Die Psychotherapie in der Gegenwart » (1941),
Olten, Walter Verlag, 1995, p. 114 : « Wer sind aber diese offenbaren
Übermenschen ? So wie wir, nur Meister, den Schwarzen Peter anderen zu
überlassen. »
[43]
Ebenda, pp. 112 et 115.
[44]
C.G. JUNG, GW 10, « Gegenwart und Zukunft » (1957), p.
316.
[45]
Ebenda, p. 36 : « Damit ist das Wort, das ursprünglich eine
Botschaft der Einheit der Menschen… war, in unserer Zeit die Quelle der
Verdächtigung und des Misstrauens aller gegen alle geworden. »
[46]
C.G. JUNG,
Die
Zofingia-Vorträge, « Antrittsrede als Präsidium der Zofingia »,
Ol-
[47]
C.G. JUNG, GW 9/I, « Zur Phänomenologie des Geistes im Märchen
» (1945), p. 269.
[48]
C.G. JUNG, GW 10, « Vorrede zu Toni Wolff, “Studien” » (1959),
p. 514 : « (…), denn niemand kann sich der Selbständigkeit nähern ohne das
Bewusstsein seiner Eigenheit. »
[49]
C.G. JUNG, GW 16, « Grundsätzliches zur praktischen
Psychotherapie » (1935), p. 19.
[50]
C.G. JUNG, GW 12,
Psychologie und
Alchemie, « Erlösungsvorstellungen in der Alchemie », Olten, Walter
Verlag, 1995, p. 59.
[51]
C.G. JUNG, GW 7. « Die Beziehungen zwischen dem Ich und dem
Unbewußten – Teil II : Die Individuation », p. 106.
[52]
C.G. JUNG, GW 18/I, « Symbole und Traumdeutung », p.
266.
[53]
C.G. JUNG, GW 8, « Theoretische Überlegungen zum Wesen des
Psychischen » (1946), p. 252.
[54]
HENDERSON, Joseph L.,
Cultural
Attitudes, p. 18 : « A stage of individualism, even selfishness, is
inevitable at the beginning of any process of self-discovery in order to break
one’s original identity with the class into which one has been born, or the
kind of family identity that keeps us unconscious. If, however, the
individualism of this first break with tradition becomes fixed, its
narcissistic eccentricity precludes any truly social attitude… there must come
a time for a reacceptance of the social dimen- sion of life in the process of
individuation itself. »
[55]
C.G. JUNG, GW 18/2,
Anpassung,
Individuation und Kollektivität (1916), Ol- ten, Walter Verlag,
1995, p. 483.
[56]
Christine Maillard,
Du Plérome à
l’Étoile, Les Sept Sermonts aux Morts de Carl Gustav Jung, Presses
Universitaires de Nancy, 1993, p. 215.
[57]
C.G. C.G. Jung parle, Rencontres et interviews,
Interview pour la Suisse à l’occa- sion du
85e anniversaire (1960), Paris, Buchet-Chastel,
p. 358.
[58]
C.G. JUNG, GW 7, « Die Beziehungen zwischen dem Ich und dem
Unbewussten » (1928), p. 163.
[59]
C.G. JUNG, GW 18/2, « Ein dem Weltfrieden dienlicher
Einstellungswandel», p. 652.
[60]
C.G. JUNG, GW 10, « Gegenwart und Zukunft » (1957), p.
334.
[61]
C.G. JUNG, GW 16, « Die Psychotherapie in der Gegenwart »
(1941), p. 113.
[62]
Ebenda, p. 115.
[63]
GALLARD Martine,
Jung et les
faits de société, dans Cahiers Jungiens de Psycha- nalyse, no. 80,
Paris, Automne 1994, p. 54.