2004
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
Évolution historique d’une pratique :
Le passage de l’adultère à l’infidélité
Florence Vatin
L’évolution historique est appréhendée ici en mettant en
rapport l’évolution des termes et l’évolution des pratiques, afin de mieux
comprendre comment s’est effectué le passage de l’adultère à
l’infidélité.
Le terme adultère se retrouve en effet au
XIXe siècle où il se différencie de l’infidélité au sens
moderne du terme.
L’adultère au XIXe siècle
Une vie de couple harmonieuse au XIX
e
siècle suppose un accord « sur la périodicité des rapports ». Hommes et femmes
diffèrent : un rythme trihebdomadaire semble convenable pour les femmes alors
que les hommes, en revanche, penchent pour des fréquences plus rapprochées. Ces
dernières aspirent à des rapports assez réguliers pour les rassurer sur la
solidité de leur couple, la fidélité de leur conjoint et leur attrait
personnel, mais elles souhaitent en même temps « un rythme mesuré qui ne les
fatigue ni ne les lasse ». La disharmonie des rythmes serait ainsi, dans
certains couples, une cause de mésentente qui s’aggraverait avec le temps. Les
partisans d’une « conjugalité tranquille » contrastent donc, à cette époque,
avec une autre partie des Français qui connaît une vie sexuelle plus intense et
que le langage ordinaire désigne sous le nom de « coureurs », de « femmes
légères » et autres débauchés (Sohn, 1996)
[1].
Si hommes et femmes sont différents dans leurs motivations à
commettre un adultère, ils le sont surtout au niveau de la légitimité sociale
de la pratique. Le désir masculin est « avoué et visible ». Il se définit comme
une donnée physiologique propre à chaque homme. La puissance du désir « est
souvent présentée comme irrépressible ». La femme, quant à elle, avoue rarement
« une sensualité qui alignerait [son] comportement sur celui du sexe fort »
(Sohn, 1996)
[2]. La
plupart tait donc ses désirs. Il faut dire que la société du
XIX
e siècle est encore « patriarcale ». Elle repose sur
l’idée « que la femme mineure dépend de son père et la femme adulte de son mari
», donnant à l’homme « le pouvoir absolu ». C’est l’institution du mariage qui
est « à la source de cette domination », en assurant « la répartition des
femmes entre les hommes ». Aux yeux de son époux, la femme a triplement le
statut d’objet. Elle est à la fois « un instrument de promotion sociale,
éventuellement un objet de distraction, et un ventre dont on prend possession
». Cet état de fait rend possibles les aventures féminines de l’homme, alors
que celles de la femme restent empreintes d’une hantise : prendre le risque de
« peupler la lignée d’enfants illégitimes porteurs du sang d’un autre » alors
que la priorité est de protéger l’héritage de l’homme (Badinter, 1986)
[3].
Malgré tout, l’adultère existe chez l’un comme chez l’autre, la
différence essentielle étant qu’il est socialement admis voire encouragé chez
l’homme mais condamné chez la femme. « Deux êtres, de sexe différent, enfermés
dans une chambre à un seul lit suffisent pour constituer le délit d’adultère »,
rappelle
La Gazette des tribunaux,
dans sa « chronique » du 3 septembre 1890 (Martin-Fugier, 1983)
[4]. Il est cependant utile de
rappeler que seul le conjoint du coupable peut le dénoncer. S’il préfère se
taire, l’adultère le plus notoire reste impuni. L’adultère est rangé parmi les
attentats aux mœurs dans la législation de 1810. Mais l’homme et la femme sont
très inégaux devant la loi. En effet, l’adultère de l’épouse est puni dans tous
les cas. Celui de l’époux ne l’est que s’il se complique d’une circonstance
aggravante, comme l’entretien d’une concubine au domicile conjugal. En 1890,
les peines de prison sont effectives, même si elles dépassent rarement quelques
mois. De 1895 à 1910 se développe un important mouvement en faveur de la
suppression de toute sanction pénale de l’adultère. Cependant, il faut attendre
1974 pour que soit abolie toute condamnation spécifique. Dans les discours
issus des procès-verbaux des cent soixante et onze hommes et quatre cent
cinquante-huit femmes, étudiés par Anne-Marie Sohn, les époux adultères
avancent, pour excuser leur geste, des arguments objectifs et imparables, bien
qu’on observe une distinction entre hommes et femmes : « 14 % des femmes
invoquent l’abandon du domicile conjugal ou se plaignent d’une trop longue
absence, en général professionnelle. 22 % énumèrent les griefs matériels qui
ont ruiné l’attachement qu’elles avaient pour leur conjoint : avarice,
ivrognerie, violences physiques surtout. 31 % des hommes mentionnent des
disputes et scènes incessantes qui les font rêver d’évasion. 16 % avouent
s’être laissé emporter par la passion, alors que 6,5 % des femmes seulement
sont dans ce cas. » (1996)
[5] Les manières de se livrer à l’adultère sont très
différenciées selon les milieux sociaux. Dans les milieux bourgeois, la morale
du XIX
e siècle oppose fermement deux catégories de femmes
: les honnêtes femmes et les « noceuses », la femme épouse, mère respectable et
insoupçonnable et la maîtresse, « sorte de poubelle où se déverse le trop-plein
des scories masculines ». La distinction est claire : à l’épouse la pruderie, à
la maîtresse le goût pour le sexe.
Un homme doit veiller à épouser une femme « honnête », une
femme qui n’ait pas un passé trouble. « Un honnête homme n’épouse qu’une
honnête femme. » (Martin-Fugier, 1983)
[6] Une épouse se réduit à sa vertu. Sa condition de
femme dite honnête devient son statut. Jusqu’au milieu du siècle, le destin
féminin continue de se jouer par le biais de la maternité. Une femme n’est «
respectable », « accomplie » ou « épanouie », qu’en fonction de son statut de
mère et de ménagère, de « maîtresse de maison », comme on dit dans les classes
favorisées (Badinter, 1986)
[7]. Un honnête homme ne traite pas son épouse comme une
maîtresse. Avec l’épouse, il accomplit le « devoir » conjugal, a des relations
sexuelles hygiéniques, auxquelles ne doit se mêler aucune recherche érotique.
L’époux est responsable de la moralité de sa femme légitime : « Une femme
mariée a droit à des respects et à des convenances. » (Martin-Fugier,
1983)
[8] L’époux a pour
tâche de « régler » le plaisir de sa compagne car toute femme, bien qu’elle
l’ignore, peut devenir une « terrible jouisseuse » ; seule une sexualité « bien
tempérée lui évitera les affres de la nymphomanie », ou, plus simplement, les
troubles de l’« énervation ». Le culte de la virginité, l’angélisme romantique
et l’exaltation de la pudeur imposent au bourgeois fervent de se représenter la
chambre et le lit conjugal « comme un sanctuaire et un autel où se déroule
l’acte sacré de la reproduction » (Corbin, 1987)
[9]. Si une épouse, destinée à être honnête, sort de son
rôle, si elle se conduit en maîtresse amoureuse de son mari et cherche à
provoquer son désir, elle s’attire le mépris de celui-ci. Le mariage doit
réguler le sexe et la passion. Un homme se marie pour pouvoir se reposer dans
le « nid », le cocon dont son épouse est la gardienne.
Il ne faut pas confondre celle qu’on épouse et celle avec
laquelle on a des relations sexuelles satisfaisantes. L’adultère est une forme
de bonne gestion du sexe. Il a pour fonction d’endiguer les excès sentimentaux
et sensuels capables de créer les pires désordres dans les familles et dans la
société. L’image de « la femme vertueuse », qui est l’image dominante de la
femme au sein de la bourgeoisie, justifie que l’adultère se développe. Il est «
normal » d’avoir une maîtresse ; « une liaison mondaine peut même susciter
quelques échos appréciateurs ». Le ménage à trois fonctionne ici « avec une
efficacité bourgeoise » : il permet en effet « de calmer les sens, de jouir
dans le confort d’une volupté que vient pimenter le secret, il évite de
compromettre sa santé et sa réputation » (Corbin, 1987)
[10]. Les maîtresses sont généralement «
entretenues », logées et cette double vie, apparue au XIX
e
siècle dans les milieux bourgeois et non plus uniquement dans les milieux
aristocratiques, pose rapidement des problèmes financiers (Corbin, 1978)
[11]. Entretenir deux ménages
coûte cher : « Selon Paul Bourget, louer un appartement pour y retrouver sa
maîtresse revenait à cinq cents francs par mois et si la maîtresse n’avait pas
de mari pour subvenir à ses besoins, il fallait l’installer et lui donner un
confort minimal, qui commençait avec une domestique (quarante francs de salaire
mensuel) et de quoi assurer ses dépenses quotidiennes. » (Martin-Fugier,
1983)
[12] Abandonnées,
ces maîtresses n’hésitent pas à recourir au scandale public. Plutôt que de
prendre ce risque et par souci d’économie, certains hommes préfèrent s’adonner
à l’adultère vénal favorisé par le développement des « maisons de rendez-vous »
qui ont pour fonction « d’apaiser les époux frustrés ». Ceux qui fréquentent
ces lieux sont « friands de l’épouse de l’autre » et la maison de ren-dez-vous
leur donne « l’illusion de la séduction mondaine ». Elle permet, comme son nom
l’indique clairement, « de combiner des rencontres entre de riches clients et
des femmes qui acceptent certes de se vendre mais se prétendent des bourgeoises
honnêtes : actrices, femmes mariées, veuves ou divorcées ». Les femmes sont
généralement en toilette d’après-midi, sobres et décentes ; « l’ambiance est
celle d’un
five o’clock chez une
demi-mondaine ; pas une grossièreté. Le meilleur ton mondain, sans vulgarité
aucune » (Corbin, 1978)
[13].
À l’inverse, l’adultère demeure, quand il est commis par une
femme, « un crime qui pervertit et dégrade la famille et tend, par cela-même, à
pervertir et à dégrader la nature, l’État, le corps social. La criminelle,
c’est la femme ». Il y aurait même, selon certains, « une nature adultérine de
la femme, un trop-plein sexuel qu’elle ne peut évacuer dans le mariage ». Mais
cela ne peut lui servir d’excuse car elle aurait dû savoir canaliser ses
pulsions pour s’élever moralement dans le mariage. Les médecins mettent
d’ailleurs en garde les maris qui voudraient initier leur femme au plaisir car
ce sont les « fraudes conjugales » qui font tomber les femmes dans l’adultère.
« La jeune femme chaste, ayant appris, dans le lit conjugal transformé en
lupanar, les odieux stratagèmes de la débauche, ne se contentera plus des
caresses de son mari, et voudra connaître d’autres hommes. » (Adler,
1983)
[14] Mais
l’adultère féminin peut aussi être « la conséquence toute simple du mauvais
fonctionnement du couple conjugal», thèse d’abord avancée dans les romans de
l’époque (Corbin, 1987)
[15]. L’héroïne « a toujours une trentaine distinguée.
Elle est mariée, mal mariée, à un homme médiocre qui l’a épousée pour sa dot.
La nuit de noces est généralement fatale et incite la femme à se réfugier dans
la résignation physique et dans la haine morale envers son mari». C’est le plus
souvent là que l’amant entre en scène. Il est beau, jeune, doux, un peu
féminin. Et même si au départ elle se défend de dépasser certaines limites,
elle succombe aux délices de la chair : « tremblante de honte, elle se laisse
dévêtir, se laisse caresser ». Il y a toujours « une profusion de caresses dans
les scènes d’adultère, caresse des cheveux, caresse des pieds, caresse de la
peau, le corps en son entier, à l’inverse de la description du commerce
conjugal». Puis les yeux cernés, le corps troublé par la volupté, languissante,
elle quitte son amant : « elle vient enfin de découvrir les transports de
l’amour physique, les émois de la chair ». Elle regagne le domicile conjugal
songeant déjà à quitter définitivement son mari et à s’enfuir avec son amant. «
Premiers moments exquis de la découverte de l’amour ; le cœur qui bat avant les
rendez-vous ; le corps qui frissonne de plaisir… » Puis l’acte d’amour remplace
la tendresse. Plus de confidences, plus de conversations, plus de promenades,
plus de « cérébration » de l’adultère, plus de séduction intellectuelle : «
Elle voit désormais l’amant au lit et rien qu’au lit. N’éprouvant plus le
frisson de l’interdit, la pudeur s’étant usée, elle part faire l’amour et non
retrouver un amant. » (Adler, 1983)
[16] La fidélité n’est pas non plus au
XIX
e siècle de mise pour les prolétaires. Alain Corbin
(1978)
[17] ou Jacques
Donzelot (1974)
[18]
montrent comment des campagnes idéologiques étaient menées à l’époque en
direction du prolétariat pour inciter les individus à se marier, à ne pas vivre
en concubinage, mais surtout à être fidèles et à se « familiariser », ce qui
était impossible à l’époque du fait d’une trop grande promiscuité. En effet, le
sentiment de famille va de pair avec la privatisation de l’existence qui aura
lieu avec une privatisation de l’espace réservé au couple car c’est « la sphère
privée [qui] permet l’émergence de la cellule couple distincte de la communauté
» (Ariès, 1977)
[19].
Pour l’heure « les ouvriers, trop pauvres, ne se marient guère
» (Zeldin, 1978)
[20].
Dans ces ménages où on vit en concubinage, les « ménages à trois » explicites
sont même fréquents (Solé, 1976)
[21]. La condition de la femme trompée n’est, en effet, «
aucunement protégée » et en cas de litige, les tribunaux statuent en faveur de
l’homme, acculant des ouvrières mères de famille à la misère car celui-ci a
rarement les moyens d’entretenir deux foyers (Adler, 1983)
[22]. Aussi ces dernières ferment-elles
souvent les yeux et vont même jusqu’à tolérer une autre femme sous leur toit
plutôt que de se retrouver à la rue.
De l’adultère à l’infidélité
Un certain nombre de changements vont faire en sorte que l’on
va passer de l’adultère à l’infidélité telle qu’on l’entend actuellement. Le
premier de ces changements est une modification de la place de la femme au sein
du couple.
Cette répartition des rôles épouse-maîtresse fonctionnait dans
les classes aisées où, traditionnellement, les couples menaient une existence
séparée et où l’homme ait des relations extraconjugales. Mais tout change avec
la situation petite-bourgeoise où le couple, pour des raisons économiques, vit
en circuit fermé, replié sur lui-même. La bonne gestion de la sexualité
conjugale va nécessairement faire partie de la gestion du ménage. On s’achemine
vers une réhabilitation de la sexualité à condition qu’elle soit conjugale. Se
dessine donc un mouvement vers le couple amoureux, la maîtresse se confondant
lentement avec l’épouse et mère. Ce mouvement s’amorce dès la fin du
XIXe siècle. Cependant, c’est encore en termes de devoir
que ce nouveau rôle s’inclut dans ceux déjà impartis à la femme dans son
ménage.
Le XX
e siècle, avec l’élargissement du
divorce, va malgré tout voir l’avènement d’une nouvelle morale sexuelle qui va
sacraliser le couple fondé sur l’amour. Du moment que la liberté préside au
choix du compagnon, c’en est fini aussi de l’adultère, prône-t-on dans ce
nouveau type de discours. La sexualité conjugale change de nature : elle
devient synonyme de recherche du plaisir sexuel. Mais dans cette perspective,
un autre devoir apparaît : celui d’« apprendre à faire l’amour »
(Martin-Fugier, 1983)
[23]. Enfin, en travaillant, les femmes prennent
possession, dès la deuxième moitié du siècle, du monde extérieur et cela fait
en sorte que le mariage n’est plus perçu « comme la condition de la
respectabilité féminine » (Badinter, 1986)
[24].
Selon ces thèses, le XX
e siècle « a mis
fin au principe d’inégalité qui présidait aux rapports entre hommes et femmes »
et a instauré « l’idéal du couple égalitaire » (Badinter, 1986 ; Martin-Fugier,
1983)
[25]. L’une
d’entre elles va même plus loin en affirmant que « le schéma de la
complémentarité s’efface au profit de la ressemblance » et parle même de «
l’avènement de l’androgyne », dans le sens de la reconnaissance de la «
bisexualité de tout individu » (Badinter, 1986)
[26].
Cependant, ces propos doivent être nuancés car il est prématuré
de parler d’une totale indistinction des rôles. L’auteur reconnaît que « les
actes suivent difficilement les paroles ». Si on prend l’exemple de la
répartition soi-disant égalitaire des tâches ménagères, on constate que même si
les individus se déclarent « massivement en faveur de cette idée », la réalité
est toute autre : « le centre de résistance à l’égalité entre les sexes se
trouve en famille, à la maison, dans les pratiques ménagères les plus
élémentaires » et au détriment des femmes (Kaufmann, 1992)
[27].
Concernant la réconciliation de l’épouse avec le rôle de
maîtresse, l’explication, si elle était aussi simple, devrait signifier la
disparition ou du moins la diminution conséquente de l’adultère. Or, il n’en
est rien : ces pratiques n’ont nullement disparu. Malgré tout, le terme n’est
plus guère employé. À cette réalité résumée en termes de « besoins sexuels à
satisfaire » s’en est substituée une autre (Adler, 1983)
[28]. Les formes d’adultère traditionnel
diminuant, l’épouse pouvant être la maîtresse et l’extension du divorce
permettant de changer de partenaire, un autre mode de relation extraconjugale a
émergé, plus communément qualifié d’infidélité. Mais ce terme unique englobe
plusieurs types de pratiques.
Les pratiques d’adultère de la fin du XIXe
siècle étaient codées en termes purement sexuels. Le conjoint légitime n’avait
pas pour fonction de garantir l’ensemble des satisfactions, du moins pour les
hommes : la femme légitime, l’épouse, était cantonnée à son rôle de mère.
L’homme bourgeois avait mis en place un système qui préservait la durée de vie
conjugale, nécessaire pour la transmission entre les générations et qui lui
assurait également les satisfactions affectives et sexuelles à l’extérieur du
cercle domestique. Le choix du conjoint n’était pas établi selon la logique
moderne de l’amour, mais dans le but de garantir avant tout les intérêts des
lignées familiales.
En un siècle, les choses ont beaucoup changé, la logique du
sentiment a triomphé. La vie conjugale repose avant tout sur l’amour, qui s’est
imposé progressivement comme mode de régulation des relations conjugales et a
contribué à rendre illégitimes les comportements d’adultère réservés aux
hommes. En effet, l’idée d’une union construite sur le consentement mutuel
limite l’amour aux seules formes conjugales. Toute union extérieure est alors
coupable et vue comme une trahison. « Un processus de culpabilisation et
d’autocontrôle est ainsi mis en place avec la mystique de l’amour
autosuffisant. » Jusqu’au XIX
e siècle, l’inconstance vient
des différences de tempérament entre hommes et femmes et ceux qui pratiquent
l’adultère ne se sentent pas responsables, « ils sont dépassés par eux-mêmes ».
Mais « l’individualisation » au contraire les rend coupables (Luhmann,
1990)
[29]. « Morale
religieuse et morale bourgeoise se sont combinées harmonieusement pour investir
les corps et les consciences et faire en sorte que la morale de la fidélité et
la honte de la sexualité s’imposent
[30]. » (Grimmer, 1983) L’aveu d’une liaison « ne vient
pas tant rencontrer le doigt de Dieu que sa propre morale, celle d’une croyance
envers un amour interindividuel, éternellement fidèle, exclusif et
autosuffisant » (Chaumier, 1999)
[31].
Mais ce mythe de l’amour romantique n’est qu’un idéal. En
effet, dans la réalité des pratiques, on retrouve bon nombre d’infidèles.
Cependant, suite à ces transformations du couple, l’infidélité actuelle n’est
plus réductible au modèle de l’adultère du XIXe siècle et
prend d’autres sens qu’il convient de saisir dans leur complexité.
[1]
A.-M. Sohn,
Du premier baiser à
l’alcôve. La sexualité des Français au quotidien (1850-1950), Paris,
Aubier, Collection historique, 1996, pp. 161-162.
[2]
A.-M. Sohn,
ibid., pp.
256-257.
[3]
É. Badinter,
L’un est
l’autre, Paris, Odile Jacob, 1986, pp. 141, 147 et 150.
[4]
A. Martin-Fugier,
La
bourgeoise, Paris, Grasset, 1983, p. 131.
[5]
A.-M. Sohn,
op cit.,
p. 289.
[6]
A. Martin-Fugier,
op
cit., pp. 100 et 101.
[7]
E. Badinter,
op cit.,
p. 223.
[8]
A. Martin-Fugier,
ibid., p. 109.
[9]
A. Corbin,
Histoire de la vie
privée : de la Révolution à la Grande Guerre, tome 4, Paris, Seuil,
1987, pp. 541 et 543.
[10]
A. Corbin,
op cit.,
pp. 542 et 555.
[11]
A. Corbin,
Les filles de noce.
Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle,
Paris, Aubier Montaigne, 1978, p. 203.
[12]
A. Martin-Fugier,
ibid., p. 158.
[13]
A. Corbin,
ibid., pp.
258 et 260.
[14]
L. Adler,
Secrets d’alcôve.
Histoire du couple de 1830 à 1930, Paris, Hachette, 1983, pp. 141 et
145.
[15]
A. Corbin,
op. cit.,
p. 557.
[16]
L. Adler,
op. cit.,
pp. 150, 153 et 154.
[17]
A. Corbin,
ibid.
[18]
J. Donzelot,
La police des
familles, Paris, Minuit, 1974.
[19]
P. Ariès (préface à M. O. Métral),
Le mariage. Les hésitations de
l’occident, Paris, Aubier, 1977, p. 9.
[20]
T. Zeldin,
Histoire des passions
françaises. 1845-1945. Tome I : Ambition et amour, Encres,
Recherches, 1978, p. 61.
[21]
J. Solé,
L’amour en Occident à
l’époque moderne, Paris, Albin Michel, 1976, p. 100.
[22]
L. Adler,
op. cit., p.
135.
[23]
A. Martin-Fugier,
op.
cit., p. 188.
[24]
E. Badinter,
op. cit.,
pp. 231 et 232.
[25]
E. Badinter,
ibid.,
page 250 ; A. Martin-Fugier,
ibid., p.
362.
[26]
E. Badinter,
op. cit.,
p. 282.
[27]
J.-C. Kaufmann,
La trame
conjugale. Analyse du couple par le linge, Paris, Na- than, 1992, p.
233.
[28]
L. Adler,
op. cit., p.
168.
[29]
N. Luhmann,
Amour comme passion.
De la codification de l’intimité, Paris, Aubier, 1990, p.
26.
[30]
C. Grimmer,
La femme et la bâtard
: amours illégitimes et secrètes dans l’an- cienne France, Paris,
Presses de la renaissance, 1983, p. 60.
[31]
S. Chaumier,
La déliaison
amoureuse, Paris, Armand Colin, 1999, p. 121.