Sociétés 2004/2
Sociétés
2004/2 (no 84)
100 pages
Editeur
I.S.B.N. 2-8041-4485-2
DOI 10.3917/soc.084.0005
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Vous consultezTumultes

AuteurS. HUGON du même auteur



Pour déborder l’intuition d’Alain Pessin (« Anarchie et anomie », Réfractions, n°1), peut-être pourrions-nous avancer que toute la vie sociale est faite de dérapages du désir. Alors que le sociologue ne parlait « que » d’anarchie, il nous faut redire la présence, actuelle, dans notre quotidien, de ces élaborations du désir qui animent notre vie sociale, et font que nos institutions sont bien souvent un équilibre comme rattrapé de débordements invisibles.

2 Penser une société par ce qui lui échappe, et par une sociologie de l’excès, ainsi que Durkheim déjà l’avait initié dans le Suicide, penser le monde par les dynamiques qui le tordent, ou reconnaître la prégnance de l’imaginaire du renouvellement, telle semble être une voie de compréhension du social.

3 La rédaction de la revue Sociétés propose ici une sélection de textes libres, issus d’horizons et de recherches très divers, textes français mais aussi italien, québécois, brésilien, et dont certains ont été présentés publiquement lors des Journées du CeaQ à la Sorbonne en 2002 et 2003. Tous confluent vers ces thématiques, alors qu’aucun n’a été écrit dans l’intention de ce dossier. Y voir un effet de convergence nous a semblé opportun, de tels signaux faibles ne manqueront pas de faire sens pour le lecteur averti. Qu’il s’agisse de l’image de la mort, qui passe et s’incorpore dans notre quotidien, de la catastrophe qui peut s’inscrire positivement dans une culture, de l’anomalie politique, ou encore de l’adultère qui agit comme un indicateur social, tous ces phénomènes – parmi d’autres encore –, qui font terreau, sédimentent et donnent à penser notre société. Ces articles suivront un texte de M. Maffesoli, extrait d’un ouvrage à venir en octobre aux éditions La Table Ronde, et qui nous rappelle à la fois l’ardeur et la versatilité de la vie.

4 Les débordements et les maux d’une collectivité nous en disent ainsi parfois plus sur ce qui en constitue la substance positive. Deux sociologues majeurs de la fin du XIXe siècle nous aident à le penser. La crise, décrite comme variation brutale – dans le positif comme dans le négatif nous avait averti Durkheim –, fait surgir des décalages et brise ses représentations sociales et ses petites pédagogies. La crise est alors anomie qui prive l’individu de l’action sociale dont il dépend pour comprendre le monde qui est le sien. Cette interprétation pose la régulation comme principe de contention des énergies vitales.

5 Tout autre est la proposition de Guyau, à qui Durkheim avait emprunté le terme. L’anomie est plutôt pour le sociologue poète une manifestation de la création et d’invention sociales, flux continu qui fait de l’institution et du social un rendez-vous manqué par nature, et de la crise un rite de passage ou d’éclosion. Reste que l’événement-crise n’est qu’un moment, un véhicule, un constat de l’anachronisme de la vie et de ses verbalisations.

6 Prendre conscience de ces débordements, de leur impact dans notre imaginaire et notre quotidien, s’entendre sur leur incapacité à dire ce qu’ils sont, mais les comprendre comme indices involontaires d’une mutation sociale forte, voila l’enjeu du recueil et du rapprochement de ces tumultes.

 
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POUR CITER CET ARTICLE

Stéphane Hugon « Tumultes », Sociétés 2/2004 (no 84), p. 5-6.
URL :
www.cairn.info/revue-societes-2004-2-page-5.htm.
DOI : 10.3917/soc.084.0005.