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AuteurS. HUGON du même auteur
Pour déborder l’intuition d’Alain Pessin (« Anarchie et anomie », Réfractions, n°1), peut-être pourrions-nous avancer que toute la vie sociale est faite de dérapages du désir. Alors que le sociologue ne parlait « que » d’anarchie, il nous faut redire la présence, actuelle, dans notre quotidien, de ces élaborations du désir qui animent notre vie sociale, et font que nos institutions sont bien souvent un équilibre comme rattrapé de débordements invisibles.
2 Penser une société par ce qui lui échappe, et par une sociologie de l’excès, ainsi que Durkheim déjà l’avait initié dans le Suicide, penser le monde par les dynamiques qui le tordent, ou reconnaître la prégnance de l’imaginaire du renouvellement, telle semble être une voie de compréhension du social.
3 La rédaction de la revue
4 Les débordements et les maux d’une collectivité nous en disent ainsi parfois plus sur ce qui en constitue la substance positive. Deux sociologues majeurs de la fin du XIXe siècle nous aident à le penser. La crise, décrite comme variation brutale – dans le positif comme dans le négatif nous avait averti Durkheim –, fait surgir des décalages et brise ses représentations sociales et ses petites pédagogies. La crise est alors anomie qui prive l’individu de l’action sociale dont il dépend pour comprendre le monde qui est le sien. Cette interprétation pose la régulation comme principe de contention des énergies vitales.
5 Tout autre est la proposition de Guyau, à qui Durkheim avait emprunté le terme. L’anomie est plutôt pour le sociologue poète une manifestation de la création et d’invention sociales, flux continu qui fait de l’institution et du social un rendez-vous manqué par nature, et de la crise un rite de passage ou d’éclosion. Reste que l’événement-crise n’est qu’un moment, un véhicule, un constat de l’anachronisme de la vie et de ses verbalisations.
6 Prendre conscience de ces débordements, de leur impact dans notre imaginaire et notre quotidien, s’entendre sur leur incapacité à dire ce qu’ils sont, mais les comprendre comme indices involontaires d’une mutation sociale forte, voila l’enjeu du recueil et du rapprochement de ces tumultes.
POUR CITER CET ARTICLE
Stéphane Hugon « Tumultes », Sociétés 2/2004 (no 84), p. 5-6.
URL : www.cairn.info/revue-societes-2004-2-page-5.htm.
DOI : 10.3917/soc.084.0005.




