2004
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
L'épreuve du dance floor
Une approche des free parties
Jean-Christophe Sevin
[*]
Cet article présente dans un premier temps le procès de
configuration de formes musicales comme le disco, la house ou la techno et la
façon dont ils tiennent pour un certain temps selon les éléments hétérogènes
qu’ils associent. Dans un second temps nous cherchons à mettre au jour un mode
d’appréciation spécifique concernant les free parties, qui a ses techniques et
ses façons de faire. Le dance floor comme dispositif nous sert de fil
conducteur entre ces deux étapes. Le dance floor, en tant que dispositif
d’appré~ciation et lieu de l’épreuve à l’issue de la laquelle est déterminée
les propriétés et la qualité de la performance collective que constitue une
fête techno.
Mots-clés :
fêtes techno, dispositif, épreuve, dance floor, mode d’appréciation.
This article presents at first the process of configuration of
musical forms as disco, house or techno and the way of they hold it for a
certain time, according to diverse elements they associate. In a second time we
try to expose a mode of specific appreciation concerning free parties, which
use it’s own techniques. The dance floor as a device serves us to link these
two stages. Dance floor as device of appreciation and testing place at the
conclusion of which is definite properties and quality of the collective
performance that establishes a techno party.
Keywords :
techno parties, device, event (test), dance floor, mode of appreciation.
Si l’on maintient séparés le traitement de la musique «
elle-même », qui serait vouée à la musicologie et celui de ses usages qui
serait du ressort de la sociologie, on s’interdit d’approcher réellement ce que
fait la musique et ce que font ceux qui s’en emparent. C’est dans ce double
mouvement d’une musique qui se fait à un public et d’un public qui se fait à
une musique, dans cette coproduction que nous aborderons la musique et les
fêtes techno. Avec la notion de dispositif, et plus précisément en prenant le
dance floor
[1] comme un
dispositif, nous chercherons à exposer une compétence collective à apprécier
cette musique. Un mode d’appréciation spécifique qui a ses techniques et ses
façons de faire. Nous traiterons du dispositif dance floor à la fois comme une
entité et comme point de convergence d’un réseau d’éléments hétérogènes. Nous
chercherons dans un premier temps à restituer ceux-ci, puis dans un second
temps nous nous attarderons sur la situation d’écoute et de danse dont il est
le lieu. Cette situation étant considérée comme l’épreuve à l’issue de la
laquelle sont déterminées les propriétés et la qualité de ce qui se passe, où
est évaluée la performance collective que constitue une fête techno.
1 Cartographie à gros traits
Comment maintenir l’intensité, la ferveur ? À travers cette
question on peut tracer une ligne qui passe par le disco jusqu’aux musiques
house et techno. À la fin des années 60, dans quelques grandes villes
américaines les minorités noires, gays et latinos se retrouvent pour danser au
son des disques de soul, de salsa, de funk et de rythme & blues. Pour les
patrons des discothèques, la « formule DJ » s’impose : l’heure est aux concerts
rock et aux festivals et faire appel à quelqu’un pour passer des disques
nécessite peu de logistique et d’investissement comparativement à des groupes
de musique « live ». Cette formule trouve ses amateurs, il ne s’agit pas juste
de passer des disques mais de passer les bons disques, au bon moment et dans le
bon enchaînement. Ils aiment la musique et le DJ doit l’aimer autant qu’eux, et
inversement.
Pour Ulf Poschardt, « dès le début, la musique disco eu un
objectif : faire danser les gens – et une fois qu’ils dansaient, ne pas les
lâcher »
[2]. Il n’y a pas
eu de manifeste, seulement une série de petites idées et de gestes pour gagner
en efficacité et maintenir l’intensité, comme par exemple ceux de Francis
Grosso. En utilisant un disque de feutrine placé sous le disque vinyle, il peut
maintenir ce dernier immobile sans que la courroie d’entraînement de la platine
ne surchauffe. Il peut ainsi le libérer au bon moment, pour qu’il prenne tout
de suite la bonne vitesse, à l’endroit qu’il avait préalablement repéré avec un
casque d’écoute et la possibilité de préécoute qu’offrait sa console de mixage,
qu’il était le premier à exploiter de cette façon. « Quand Grosso eut
finalement acquis deux platines Thorens équipées d’un régulateur de vitesse,
surnommé pitcher, il fut capable de coordonner avec une très grande précision
la vitesse des deux disques pour pouvoir les mixer ensemble. »
[3] C’est instruit par cette
expérience du dance floor et de ses enseignements, nés de cette interaction de
danseurs et de DJ pris dans ce dispositif qu’en retour les formats et les
supports vont changer. Par exemple Tom Moulton : « je visitais une paire de
discothèques et je fus frappé par la manière dont les gens entraient dans la
musique, et ça se passait d’une façon totalement différente de ce à quoi je
m’étais attendu. Je remarquais que les gens étaient bien dans la musique vers
la fin d’un disque et d’un coup tout retombait pour une raison mystérieuse.
Alors un nouveau disque arrivait ou encore deux disques en même temps. Bon
Dieu, me suis-je dit, si les gens peuvent décrocher de la musique comme ça,
alors il faut trouver une méthode pour les conduire à cette apogée qui survient
à la fin du disque et pour les y maintenir, voire pour les amener encore plus
haut. »
[4] Comme le note
Ulf Poschardt les premier DJs disco devaient constamment passer d’un disque à
l’autre pour enchaîner les passages percussifs et créer ainsi une forme qui
leur était propre. Le format court des disques rendait cela très difficile,
pour « assembler une bande-son continue qui puisse durer toute la nuit sans
détruire la dramaturgie de la soirée ».
[5] L’utilisation d’un nouveau support, le maxi 45-tours
se répand chez les DJs, il donne la possibilité de jouer des morceaux plus long
et d’une qualité sonore meilleure que les 45-tours aux sillons
rapprochés
[6].
Une dizaine d’années plus loin, les musiques house et techno
restent sur cette ligne un peu durcie et la font fuir avec à nouveau quelques
petites idées et déplacements. À Détroit ou à Chicago, « Kraftwerk était plus
important que Barry White
[7] », l’influence de l’électro-pop avant-gardiste venue
d’Europe se faisait sentir. Au Warehouse, un club de Chicago qui donnera son
nom à la House Music
[8],
le DJ Frankie Knuckles, un vétéran de la période disco, adjoint à l’emploi de
ses platines et de sa console de mixage ceux d’une boîte à rythme et d’un
magnétophone quatre pistes. « Je prenais les morceaux existants, je changeais
le tempo, j’ajoutais quelques boucles de percussion, tout cela afin d’augmenter
leur emprise sur les danseurs
[9]. » C’est l’usage détourné d’une petite machine tombée
en désuétude faute d’utilisateur, un générateur de ligne de basse (TB 303) de
la firme Roland qui ouvre sur l’Acid-House. Equipée de six filtres de
résonance, la TB 303 permet de tordre et d’étirer les beat de la ligne de basse
et d’en moduler les sons de façon quasiment infinie. C’est le son étrange que
par inadvertance cette machine était capable de produire qui inspira le
qualificatif « acid
[10] » à ses initiateurs. Par l’intermédiaire de quelques
passeurs, les maxi 45-tours de Acid-House Music se propagent en Europe et
particulièrement en Angleterre. Si la House-Music naît aux États-Unis c’est en
Europe, par l’ampleur du succès qu’elle y rencontre, qu’elle accède au statut
de « phénomène de société ».
La fermeture des clubs à une heure relativement précoce
contraint cette fois les organisateurs et le public à innover. Grâce à la
possibilité qu’offre les boîtes vocales, les organisateurs donnent l’indication
du lieu de la soirée au dernier moment, mettant les forces de police
lorsqu’elles tentent d’intervenir, devant le fait accompli. Une fois la fête
lancée il est en effet difficile de faire évacuer les ravers rassemblés sans
risquer une émeute. Une autre astuce consiste pour les organisateurs à
contourner la loi par la mise en place de soirées privés « pour membres
seulement », ce qui leur évite de tomber sous le coup de la législation en
vigueur pour les soirées publiques.
Fin 1989 les autorités britanniques ont comblé les lacunes de
leur législation et ont mis en place des unités spéciales de police avec un
équipement impressionnant pour prévenir le déroulement de toute rave illégale,
marquant ainsi la fin d’une première vague de rave. Celle-ci fut marquée par
les initiatives d’entrepreneurs audacieux qui n’hésitèrent pas à enfreindre la
législation pour organiser des événements spectaculaires. Lors de leur campagne
pour tenter d’infléchir le nouveau projet de législation, un de leurs arguments
se résume dans ce constat que, conformément au credo Thatchérien, au bout du
compte ils faisaient de l’argent. Les chroniqueurs de cette époque notent
d’ailleurs que les emprunts et références au psychédélisme des sixties,
notamment lors des fameux « summer of love » de 1988 et 1989 (en référence à
celui de 1967 pour le mouvement hippie), étaient seulement visuelles et
stylistiques
[11]. La
seconde vague de rave au début des années 90 marque un changement de registre
et entre dans une configuration différente. Les groupes d’activistes qui
l’initient reprennent la formule jamaïcaine du sound-system itinérant et l’idée
du mouvement punk, DiY (Do it Yourself). Ils investissent le circuit des
free-festivals qui réunit les communautés nomades qui prônent un mode de vie
alternatif, dans la lignée du mouvement hippie et maintenant rejoint par une
nouvelle génération, post-punk et squatters dont la vie marginale et urbaine
est rendue très difficile par les restrictions et la récente politique
conservatrice du gouvernement. Les raves sont gratuites car devant être
accessibles à tous, ce qui a aussi l’avantage de rendre difficile la poursuite
d’un organisateur puisqu’il n’y a pas de bénéficiaire déclaré. Leur musique est
plus dure et plus rapide, leur style vestimentaire est militaire. L’hédonisme
ne leur suffit pas, ils introduisent des éléments de politique et de
spiritualité, une vision critique de leur environnement social et
politique
[12]. En mai
1992 le Avon Free Festival marque l’apogée de cette conjonction en réunissant
plus de 40 000 personnes pendant trois jours. Les membres de Spiral Tribe,
initiateurs de l’événement, sont arrêtés par la police. Le Criminal Justice
Bill de 1994 viendra renforcer encore la législation pour prévenir ce type
d’événement. Mais dès 1992 les membres de Spiral Tribe propagent leurs idées en
France et initient le mouvement des free parties.
2 Des collectifs hybrides
Ne nous méprenons pas sur le sens de ce qui précède, la
question n’est pas d’établir le disco comme étant la source de la techno. À
travers cette brève mise en perspective nous voyons des associations d’éléments
hétérogènes qui se stabilisent temporairement et composent des formes
musicales. Ces formes changent d’identité, évoluent en fonction des éléments
nouveaux qui entrent en relation avec elles. À partir des contraintes du
dispositif nous voyons que des éléments, un support de fixation (le vinyle), un
moyen de diffusion (les platines) et un opérateur (le DJ), qui étaient censés
prolonger l’action des musiciens, en fait les débordent. Les intermédiaires
dociles agissent maintenant pour leur propre compte. Ils ne se contentent pas
de transmettre
[13] de
la musique, ils l’orientent dans une direction inattendue et contribuent à
l’émergence de la forme disco au sein du dispositif « dance floor ». Le disco
marque la convergence d’autres éléments comme l’affirmation et la célébration
du corps, l’identité homosexuelle, un style musical qui met au premier plan la
pulsation rythmique et binaire, une manière de se l’approprier, les thèmes du
glamour etc. Puis le réseau s’étend, des éléments nouveaux viennent s’associer
et mettrent en relation le disco avec quelque chose de plus vaste que ce
collectif hybride de départ ; des livres qui commentent, des revues
d’actualité, des productions musicales et des films. Le disco devient un genre
musical et à mesure que d’autres éléments s’associent et modifient sa
composition il devient la « bande son d’une époque ».
Quand émerge la house-music aux États-Unis, comme le disco,
elle est étroitement liée aux minorités soumises aux discriminations sexuelles
et raciales (gays, black, latinos) qui s’en emparent comme des espaces
d’expressions
[14]. La
configuration est toute autre lorsqu’elle se propage en Angleterre. Le pays
sort d’un des conflits sociaux les plus dur de son histoire
[15], l’ambiance est morose,
le hooliganisme fait des ravages. Un élément important intervient, la
découverte conjointe de la prise d’ecstasy et de la danse durant des heures au
son de l’Acid-House Music. Cet usage, qui est au départ le fait d’une minorité
de « happy-few » qui l’ont expérimenté sur l’île d’Ibiza avant de le ramener à
Londres, agit comme une sorte de catalyseur lorsqu’il se répand. Mais que
seraient les « summers of love » de 1988 et 1989 sans les boîtes vocales, les
téléphones mobiles, le réseau routier, les automobiles, les radios pirates ? «
La question est la suivante : faut-il attribuer des buts, des intentions, des
capacités stratégiques aux seuls acteurs humains, ou faut-il considérer que ces
compétences sont distribuées dans des collectifs hybrides, les non-humains
jouant un rôle ni plus ni moins actif que les autres éléments ? »
[16] Le problème n’est pas de
savoir si les boîtes vocales agissent, l’action est la propriété de ce
collectif hybride particulier dont les éléments se trouvent tenir ensemble pour
un certain temps avant que d’autres n’interviennent et ne changent leur
configuration ; une nouvelle loi, des méthodes policières sophistiquées, des
hélicoptères pour repérer les convois des « party-goers » en formation, etc. La
forme musicale dépend du réseau d’éléments que son dispositif fait tenir. Les
propriétés de la musique ne sont pas fixées une fois pour toutes, celles-ci
évoluent selon la configuration des interactions et des éléments associés à un
moment donné.
[17] Les
free parties qui apparaissent au début des années 90 en Angleterre puis se
répandent en France et d’autres pays d’Europe sont différentes aussi bien sur
le plan de la musique « elle-même » que sur celui de son mode d’appréciation,
les éléments qui leur sont associés par les « technotravellers » ont
reconfiguré sa forme. C’est sur ce segment de la ligne, que nous avons effectué
un travail de terrain réalisé avec des amateurs ayant pris part à ce monde
musical des free parties durant les années 90 jusqu’aux premières années
2000.
Y a-t-il une exception franco-britannique des free parties ?
Laurent Tessier, constate ainsi que « dans les autres pays européens, où la
musique techno est pourtant tout aussi répandue, le développement des free
parties reste limité et n’atteint à aucun moment le gigantesque « phénomène de
société » que seules ont connu la Grande-Bretagne puis la France »
[18] et que ceci n’a reçu
aucune explication. Il se propose d’expliquer les agissements et les croyances
des individus qui se rendent en free parties à partir d’un système de « bonnes
raisons » par opposition aux explications qui mobilisent des grandes causes
anthropologiques sur la fête et l’effervescence. Ainsi, les politiques
d’interdictions auraient favorisé l’expansion des free parties en ayant comme
effet pervers d’attirer le jeune public économiquement, par la gratuité et
symboliquement, par leur imagerie rebelle. La démonstration s’appuie sur une
mise en parallèle de la gestion des problèmes de toxicomanie dans ces deux pays
par rapport à d’autres pays voisins comme l’Italie ou l’Allemagne, où la prise
en charge médico-sociale passe avant la répression. Une politique de tolérance
et de réduction de risques empêchant l’expansion de la clandestinité.
Si l’on ne peut qu’agréer à la volonté d’éviter une
interprétation surplombante par un plaquage de grandes causes anthropologiques,
il nous semble quelque peu réducteur de présenter comme un facteur unique du
succès de ce type d’événement un contexte politique restrictif et un attrait
symbolique et économique. Dans cette perspective il devient difficile de
comprendre pourquoi tout ce déploiement d’énergie qui a conduit leurs
protagonistes à organiser des événements, presser des disques, les distribuer,
aménager des espaces de débats, monter des associations d’information et de
prévention etc. C’est peut-être aller un peu trop vite en besogne que d’en
faire un phénomène qui aurait en quelque sorte du succès par défaut.
D’autre part il est difficile de nier qu’une certaine dimension
spirituelle, une mystique sauvage
[19] s’exprime dans ces rassemblements qui ont du mal à
se réaliser au sein d’un circuit officiel et structuré notamment pour des
causes légales de durée d’une « party » ou d’occupation d’un site. Il ne s’agit
pas de placer les free parties sous le signe d’une mystique mais simplement de
constater que certains éléments de mystique et de spiritualité sont une
ressource parmi d’autres, un point d’appui que mobilisent certains participants
dans le sens qu’ils donnent à leur expérience. De même que des références aux
idées des mouvements contestataires et musicaux des dernières décennies sont
elles aussi bricolées pour former une sorte de « background » commun. Ajoutons
alors que l’interprétation idéologique qui en fait un vaste mouvement de
contestation laisse de côté ce simple fait que les free parties sont aussi un
mouvement qui se place sous le signe de l’amateurisme au sens où c’est une
possibilité pour toute bonne volonté de s’y investir et de participer en tant
qu’organisateur, musicien, logisticien, etc. L’expression « underground » en ce
sens dit aussi cela : ce qui intéresse les amateurs c’est de se réaliser dans
la musique avant de réaliser du profit symbolique ou économique. Mais plus
généralement, c’est un problème récurent de la sociologie que sa difficulté à
prendre en compte l’objet musical dans l’analyse, n’y voyant de parade sociale
et idéologie participative dont il faudrait expliquer les vrais causes. Cela
implique qu’il faut mettre au centre de l’analyse les techniques, les
médiations et dispositifs qui permettent de rendre compte de l’action de la
musique et de ses modes d’appréciation
[20].
L’appréciation de la musique doit-elle être rapportée à des
intentions antérieures qui dirigent et organisent les sens, à des
représentations qui déterminent la perception ? Nous nous servirons de la
notion de prise
[21]
qui nous permettra de décrire les relations entre les hommes, la musique et ses
objets en les prenant dans les deux sens : dans le sens d’avoir prise sur
quelque chose, et dans le sens de donner prise à quelque chose. La notion de
prise permet d’associer le niveau de l’engagement du corps, des sensations, du
suivi des plis de la matière et les mises en mot, les élaborations de repères
conventionnels. C’est en associant ces deux modalités – repères et plis – que
s’élaborent la prise musicale et la « réussite » de la performance
collective.
4 Un mode d’appréciation de la musique
Le terme d’appréciation renvoie à la formation d’une compétence
collective à apprécier la techno en situation, selon des modalités et des
critères partagés et discutés. Ce terme est préférable à celui de réception car
ce dernier suppose que la musique soit par avance déterminée alors qu’il faut
plutôt l’envisager comme l’ajustement progressif de l’écoute d’une musique de
mieux en mieux appréciée et d’une musique sur une écoute en formation. Ceci au
cours des épreuves répétées dont le dance floor constitue le principal
dispositif d’appréciation. Ainsi, la relative indétermination ou plutôt la
fluidité de la distinction des rôles, DJ, danseurs, organisateurs,
teufeurs
[22], pour ce
qui concerne les free parties, fait que la connaissance et la pratique du dance
floor y apparaît comme une condition et une épreuve à passer pour être un bon
DJ. B : « Et pour moi quelqu’un qui n’a jamais fait de grosses teufs, qui n’a
jamais dansé au taquet devant le son, si il mixe… Même s’il mixe bien, je veux
dire si il a une bonne technique, ça sera pas ça. » C’est le dance floor qui
constitue le lieu de l’épreuve
[23] au cours de laquelle émergent les qualités des
éléments en présence, est évalué ce qu’il se passe, où s’élabore la prise
collective. Le collectif rassemblé n’est pas la force cachée qui serait la
vraie cause derrière le phénomène festif, c’est un repère. S : « Tu te
reconnais dans la musique, alors forcément c’est une manière de baliser,
d’avoir des repères aussi. Moi j’écoute cette musique aussi parce que j’aime
être avec les gens qui écoutent cette musique là. » Ce n’est pas un pur jeu
social d’identité, car si le collectif est le point de départ obligé
[24] c’est en tant que point
d’appui. Les autres sont souvent des initiateurs, qui guident et orientent. M :
« le son il faut aller l’écouter, c’est un chemin. C’est un peu les gens qui
t’aident aussi à ça, que tu rencontres, qui disent ‘ là ça va être bien, venez
écouter” ». Les autres sont autant d’amplificateurs, de points de résonance, ou
plutôt, autant de relais pour trouver ce point de résonance commun. O : « C’est
sympa parce que tu ressens quelque chose, et tu sais que pour d’autres gens ça
l’évoque aussi, ils trouvent aussi qu’il y a quelque chose de vraiment
puissant, de vraiment bien dans ce son. » Le public, les autres, participent du
plaisir pris avec la musique, comme une garantie qui valide les façons d’être
affecté. O : « ça permet de se lâcher, tu te dis, tiens les autres se lâchent
ils partent dans leur truc, ouais c’est cool. T’es avec les autres mais en même
temps tu peux beaucoup plus faire vraiment ce que toi t’as envie de faire quand
t’es tout seul, quand t’es tout seul tu te fais chier, alors que là y a les
autres en même temps. » C’est aussi ce genre d’appui, ces éléments qui
composent ce que l’on appelle l’ambiance, sans laquelle il n’y a pas de
félicité. B : « la musique c’est très important. Mais après c’est toujours
pareil, si t’as pas d’ambiance, la musique elle est nulle, tu te fais chier
quoi. Si la musique est bien il y aura que les gens qui mixent un peu qui vont
apprécier et rester écouter. » L’ambiance dépend d’un état d’esprit, des bonnes
dispositions dans lesquelles les groupes en présence doivent se trouver. F : «
Même si tu fais pas grand chose mais c’est dans l’état d’esprit que tu as. T’es
plus positif, les autres le sentent, et plus il y a de gens qui sont dans un
état d’esprit positif, plus la fête est réussie. » Les organisateurs doivent
avoir aussi un bon état d’esprit et pouvoir s’impliquer dans le déroulement de
la fête. Y : « si les gens qui ont posé le son font la gueule et attendent que
les gens mettent l’ambiance c’est pas gagné. Ça part déjà de là quand même une
soirée réussie ou non, après c’est la magie qui fait que les gens s’amusent
bien après… Mais si tu as ces paramètres là tu as déjà de bonnes bases pour
faire une bonne soirée, mais c’est pas garanti, parce que c’est les gens, ça
dépend… » Point d’appui qui oriente l’écoute, le public est aussi une
résultante quand émerge la prise collective. Celle-ci n’est pas mécaniquement
déclenchée, si elle se produit elle donne la mesure de la réussite. Y : « Il
faut que ce soit une osmose à la fin. C’est dans ces cas-là que tu peux arriver
à faire des bonnes soirées, quand il y a des bonnes énergies dans la soirée,
quand tout le monde balance des bonnes énergies, après voilà… ça fait un petit
effet de tribu, je pense que c’est ça la force des free parties.
» Mais cette activité n’est pas un pur face à face
danseurs/musique ou une interaction danseurs/DJ, elle s’appuie sur un ensemble
d’éléments hétérogènes qui viennent la composer. Il n’y a pas que les humains,
la bonne volonté ne suffit pas, la réussite dépend également de tout un
appareillage technique, de l’installation dans un lieu, qui permettent de
passer la soirée ou la nuit dans des conditions favorables. L : « Du son, des
lights. Oui il faut absolument que ça soit chaleureux et les light c’est
important. Des bonnes lumières ça t’empêchera de partir parce que tu en as
marre. Parce que admettons qu’il y ait une soirée où il y a six ou sept DJ, il
y en aura au moins un que tu n’aimes pas. Alors soit t’as prévu de faire un
chill-out, un petit coin sympa avec des visuels où tu puisses quand même faire
autre chose, parce que c’est pas une punition d’aller en teuf. Franchement il y
a des teufs, il y a des organisateurs, c’est une punition. T’as un truc tout en
longueur, poueing, poueing, comme ça, après tu t’en vas, pffouh, tout râpé. »
Il y a bien sûr le système de sonorisation, le sound-system, c’est un élément
important, l’objet de nombreuses discussions et attentions. Le soundsystem
désigne aussi bien le système de sonorisation que le collectif qui s’en empare,
d’où peut-être aussi cet aspect totémique, mais c’est surtout un gros
investissement financier
[25]. « Poser du son » comme l’expression ne l’indique
pas nécessite des efforts de coordination important, des bonnes connaissances
techniques pour tout ce qui concerne les normes de câblages, les réglages des
nombreux paramètres techniques de sonorisation selon la configuration du lieu,
etc. Ce n’est pas comme brancher un poste chez soi sur le secteur, c’est toute
une logistique à mettre en place. B : « parfois tu vas dans une salle de
concert, en sortant tu as mal aux oreilles. (…) c’est sûr ça crache autant,
mais ça sera pas la même chose, au niveau du son ça va te claquer dans les
oreilles. Ça c’est un truc qui m’avait choquer au début, les gens qui avaient
de l’expérience ils travaillaient avec les basses, la base du morceau était
basée là-dessus, et le sound-system était basé sur les basses. »
Il y a aussi tout un déroulement réglé à suivre, pour savoir
gérer l’intensité, la faire monter progressivement, l’entretenir, ménager des
temps de plus basse intensité, « redescendre », ceci tant au niveau de la
soirée qu’au sein même d’un set de DJ. On ne joue pas n’importe quelle musique
à n’importe quel moment. Y : « Parce qu’il faut que ça monte et que ça
descende, tu vois, pour qu’il y ait cette transe. Il faut pas que les gens en
arrivant se prennent du hard-core, parce que là il n’y a plus du tout de
transe, c’est du hachage, c’est « tu prends ça dans ta gueule et voilà quoi. »
Il y a, au niveau conventionnel des repères, un horizon d’attente
[26], constitué par les
expériences accumulées qui pré-disposent l’écoute et la façon d’apprécier la
musique. S : « Quel que soit le style, même si c’est de la tribe ou des trucs
comme ça, le mec il va faire des trucs qui vont te surprendre. Il fera des
breaks quand il faudra en faire un, hop, faire repartir quand il faudra. » Mais
on s’attend aussi à ne pas s’y attendre en quelque sorte, à être surpris
[27]. Être en compréhension
avec la musique suppose aussi, à coté des repères conventionnels, de suivre les
plis. C’est dans cette capacité à faire tenir ensemble les repères et les plis
qu’on trouve les passages, les voies d’accès aux prises collectives et
individuelles. Comme le montrent Bessy et Chateauraynaud, en distinguant « les
plis des corps des représentations ou des repères qui permettent de les
objectiver on rend problématiques les opérations intermédiaires par lesquelles
les personnes acquièrent de nouvelles dispositions. »
[28] Ici en l’occurrence c’est sur le
rapport à ce flux sonore et rythmique du mix que nous allons nous attarder.
Nous avons abordé l’importance du public et de l’installation dans un lieu.
Loin d’être anodins ils peuvent être déterminant, mais dans la mesure où ces
deux médiations remplissent leurs conditions, elles ont tendance à s’effacer et
en s’effaçant à être tendues vers la relation
DJ/musique-mix/danseurs-auditeurs. La notion de pli
[29] permet de traiter de la perception, en
distinguant les petites perceptions des grandes d’une part, et de traiter du
processus qui relie les petites perceptions (qui sont de l’ordre de la présence
au monde) aux grandes perceptions (qui sont de l’ordre de nos aperceptions
conscientes).
[30]
Deleuze montre qu’il ne s’agit pas d’un processus basé sur un rapport des
parties à un tout
[31],
d’une addition de parties homogènes, mais d’un rapport différentiel. Nous
devons comprendre « qu’une perception consciente se produit lorsque deux
parties hétérogènes au moins entrent dans un rapport différentiel qui détermine
une singularité.
[32]
Le pli est donc fondé sur un calcul différentiel. D’autre part Deleuze dans sa
relecture de Leibniz, distingue le niveau psychologique du niveau physique dans
la perception. « Les mécanismes physiques n’opèrent pas par différentielles,
qui sont toujours des différentielles de la conscience, mais par communication
et propagation du mouvement, ‘comme les cercles qu’une pierre jetée fait naître
dans l’eau’»
[33] Le
propre d’un organe récepteur est de contracter les vibrations qu’il reçoit. Il
y a donc une grande différence entre la causalité physique extrinsèque qui va
d’un corps à tous ceux dont il reçoit l’effet et la causalité psychique
toujours intrinsèque. Même si elles sont inséparables comme deux moitiés, elles
doivent être distinguées. Ce point est important car il nous permet de réfuter
un implicite qui associe puissance sonore et effet de la musique comme si le
premier déterminait le deuxième, alors que la puissance sonore est une
médiation, une condition à ne pas détacher de la perception mais à ne pas
confondre non plus. B : « Déjà si tu sens que la basse te fais vibrer tout ton
pantalon et ton ventre, déjà là il y a moyen de faire. » D’autre part ceci nous
permet d’envisager correctement ce que voulait dire S par « faire des breaks
quand il en faudra (des moments de calme)», qui constitue le niveau
conventionnel des repères et « des trucs qui vont te surprendre », qui se situe
au niveau des plis qui émergent du contact avec la matière sonore. Le mix d’un
DJ procède d’un enchaînement de disques pour les fondre les uns dans les autres
et travailler cette forme continue, soit par superposition et tuilage (« fondu
») soit par rupture et passage rapide (« cut »). Dans cette forme continue
l’unité de base est la boucle sonore et rythmique
[34]. Le DJ les travaille en les assemblant
et en les modulant à l’aide des effets dont il dispose pour qu’elles se
répondent, émergent, disparaissent, passent du premier plan à l’arrière plan,
ce qui compose une polyrythmie et une polyphonie au sens littéral. M : « Quand
un DJ va avoir l’opportunité de faire un truc un peu spécial, il ne va pas
hésiter. Il va tomber dessus, parce que je pense que ça peut tomber par hasard,
le bon son qui va plaire aux gens. (…) il va faire un son comme ça un son comme
ça, et puis le truc bien en fait il va apparaître dans le mélange de trois
sons, avec tel effet, sur telle position, le truc auquel t’avais pas pensé
quoi. Pour moi le bon DJ c’est quand il tombe là-dessus, donc il doit être
attentif, quand il tombe sur ce truc bien, que pas mal de gens trouvent que
c’est bien aussi, il le laisse. Surtout, il essaye de le faire durer. » C’est
en suivant les petits plis que l’on trouve les grands plis, les traits
principaux, pendant que d’autres petits plis apparaissent et grandissent. C’est
en associant les plis et les repères dont il dispose que le DJ consolide la
prise. B : « le gars tu le vois il fait un break, tac tac, il regarde, ok, tout
le monde est dedans, ping il relance le truc, et tu vois toute la masse qui
repart. Tu vois bien quand tu as la magie un peu qui se transmet, tu vois toute
la masse qui fait comme ça, tout le monde en même temps, là c’est que ça le
fait. » Mais de plis en plis le DJ peut perdre ses repères. M : « des fois tu
sens qu’il improvise un peu plus parce qu’il fait plus la différence entre des
moments plus calmes et des grosses montées, il y a des fois où il est emporté
dans son truc, il va faire moins de moments de break, des moments de calme tu
vois. » Et le public lâche prise. Inversement un auditeur/danseur peut se
perdre dans les plis ou ne pas y avoir accès et se reposer sur les repères les
plus communs. G : « ceux qui découvrent la techno ils leur faut une grosse
basse, des cymbales et voilà c’est parti. Au début tu cherches pas la finesse
des sons tu cherches le bourrin, il faut que ça tape quoi. » Se perdre dans les
plis peut résulter de l’action des drogues, celles-ci exacerbent les
micro~perceptions avec lesquelles on devient sensible à des petits « on ne sait
quoi», comme dit Henri Michaux. Perception moléculaire de très fines
variations, d’infimes fluctuations « que, pour mieux observer, on est du reste
peut-être occupé à visualiser »
[35]. Quand Michaux dit que le seul état viable dans les
drogues est la transe « qui les rend supérieures au lieu de brisantes et
d’indéfiniment déroutantes »
[36], il faut comprendre qu’elles ne valent que prises
dans un ensemble de relations, dans un agencement propre, au risque d’exposer
son consommateur à un pur régime d’emprise
[37]. Le problème des drogues est que le plan de
perception qu’elles construisent se défait au fur et à mesure de sa
construction.
[38]
Sensible parce qu’insensible dit Michaux. « Si, devenu particulièrement
sensible, on saisissait, au lieu du
la
du diapason, chacune des quatre cent trente-cinq vibrations doubles, dont il
est le faisceau serré, ce serait davantage de sensibilité, mais on n’entendrait
plus le
la. »
[39] Sans points d’appuis on peut être
dérouté, le collectif des danseurs est là aussi pour qu’on se repose sur lui,
autant que la musique cadre l’action de la drogue. B : « tu vas devant le son,
tu sens pas encore ta montée, et t’as l’impression d’être super clair. Au bout
de deux heures t’as l’impression d’être super clair, de comprendre les sons,
tout va bien quoi. Tu t’en vas du son, tu comprends plus rien, t’es
complètement à l’ouest, tu peux pas parler… Oui il faut gérer ça. De toute
façon, c’est clair le son c’est un truc pour te reposer dessus ». C’est un
problème difficile à aborder que celui des drogues, parce qu’il y a toujours
des questions de morale et d’éthique qui lui sont liées, ainsi on court
toujours le risque d’être pris dans l’alternative entre les « pro » et les «
anti », d’être accusé de lier consommation de drogue et musique techno, alors
que nous traitons des façons de faire des amateurs. Pour certains, la drogue
permet de donner l’accès aux plis et de prendre un pli que l’on pourra
retrouver sans l’aide d’artifices. G : « ce que je pensais c’est au début, la
techno, t’écoutes, moi j’ai plein de potes qui n’ont jamais rien pris dessus. À
force d’entendre de la techno ils feront la différence entre le son qu’il y
aura en teuf et une autre techno. Au début tu y vas tu ne sais pas trop ce que
c’est, tu prends tes produits, tu sens que ça te fait certains effets, après
ces effets tu les as en moindre parce que t’es net mais tu peux les ressentir
quand même : “ah là il fait une bonne montée”. Tu peux te le dire, même si t’es
net tu te le dis, parce que ton oreille elle est formatée. » On peut prendre le
pli sans l’aide des drogues ou avec, les cas de figure sont multiples. Dans le
second cas, il ne faut pas nier les dangers propres aux drogues, le pliage peut
conduire à un point de rupture « dont la trace sera liée à l’intensité.
»
[40] Il y a
différents modes de présence à la situation, présence réflexive d’une attention
à soi, aux autres, à la situation ou présence de soi à la musique, de la
musique à soi. On va « dans le son », au contact du son et des autres, on « en
ressort » pour se reposer, discuter avec ses amis. Aller dans le son, c’est
toujours un contact, c’est se laisser toucher par ce que l’on touche. À la fois
cause et effet, c’est donc aussi être proche de l’emprise, du rapport de
possession, faire corps avec la musique, avec le corps des danseurs. On ne
danse pas tout seul dans sa bulle, ou plutôt on danse tout seul mais on danse
aussi avec cent personnes. On ne parle pas, mais ça ne veut pas dire qu’on ne
communique pas. Les corps communiquent, suivent les plis, se coordonnent ou non
dans les grands plis. Le DJ suit ou oriente.
Nous aboutissons ainsi à une conception de la fête techno comme
performance collective, dont le résultat n’est pas donné à priori. Une
performance qui s’appuie sur des dispositifs, des techniques collectives, des
entraînements corporels au cours d’épreuves répétées pour trouver les bonnes
prises. Celles-ci émergent des interactions entre les corps et les dispositifs,
en associant des repères qui doivent être communs et des plis que l’on suit
pour trouver des voies de passages qui mènent à la réussite d’une
soirée.
En suivant succinctement le procès de configuration de formes
musicales comme le disco, la house ou la techno et la façon dont ils tiennent
pour un certain temps selon les éléments hétérogènes qu’ils associent, avant
que d’autres éléments viennent les faire changer, nous avons tenter de
présenter une méthode qui puisse aborder la description de ces multiples
occurrences que l’on regroupe généralement par le terme techno et qui au bout
du compte pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Le dance floor comme
dispositif nous a servi de fil conducteur entre cette première partie et la
deuxième dans laquelle nous avons tenté de cerner cette situation et l’épreuve
qu’elle constitue, au sein d’une free-party. C’est-à-dire non pas une donnée de
départ à interpréter ou à expliquer mais le résultat d’un effort
collectif.
[*]
Doctorant, GSPM, EHESS.
[1]
Piste de danse.
[2]
Ulf Poschardt,
DJ
Culture, Paris, Kargo, 2002, p. 111.
[3]
Ibid., p.
113.
[4]
Cité par Ulf Poschardt,
ibid., p. 128.
[5]
Ibid., p.
121.
[6]
« Les basses avaient un son plus rond, les charlestons étaient
plus précises, les voix plus claires. Le perfectionnisme des producteurs
rencontrait un medium qui faisait ressortir les moindres détails et qui rendait
encore plus impressionnante l’expérience musicale vécue dans les clubs. »
Ibid., p. 130.
[7]
Ibid., p. 260.
[8]
Comme pour le disco né dans les discothèques, c’est le lieu et
son dispositif spécifique qui donne son nom à cette musique.
[9]
Cité par Bastien Gallet in
Le
boucher du Prince Wen-Houai. Enquêtes sur les musiques
électroniques. Paris, Musica Falsa, 2002, p. 29.
[10]
En référence selon eux à l’acid-rock et non à la drogue très
prisée également dans ces endroits.
[11]
« a smoke screen for pur hedonism » selon Matthew Collin. Cf.
Altered state. The story of ecstasy culture and
acid house, London, Serpent’s Tail, 1997.
[12]
Cf. Matthew Collin,
ibid.
[13]
C’est le sens de la notion de médiation théorisée par Antoine
Hennion, in
La pas- sion musicale. Une sociologie
de la médiation, Paris, Métailié, 1993. Voir aussi Michel Callon et
John Law, « L’irruption des non-humains dans les sciences humai- nes : quelques
leçons tirées de la sociologie des sciences et des techniques », in
Les limites de la rationalité. Tome 2. Les
figures du collectif, Bénédicte Reynaud (dir.), Paris, La
Découverte, 1997.
[14]
Cf. « L’idée de délivrance dans la house », in
DJ Culture,
op. cit.
[15]
En mars 1984 à l’annonce du projet de fermeture de nombreux
puits de charbon, 180 000 mineurs entament une grève très dure qui durera un
an, sans faire plier la bien nommée « dame de fer ». Dans deux de ses
réalisations, « Acid Brass » et « History of the World », l’artiste anglais
Jeremy Deller a voulu montrer les liens qui unissent deux formes musicales
populaires comme les brass-band, fanfares populaires du
XIX
e siècle, le plus souvent composées d’amateurs et liées
à des corps de métiers (comme celui des mineurs dans le film
Brassed off (
les virtuoses en Français) et celle des soirées
Acid-House. Aux luttes syndicales avec lesquelles les brass-band entretenaient
des liens succède la désindustrialisation et le recul de l’État social sous
Margaret That- cher. Cf. Dominique Grass, « Acid Brass », in
Spam, n°2, [http ://s.p. a.m.free.fr/
som_02.html]
[16]
Michel Callon et John Law,
op.
cit., p. 111.
[17]
Comme le déplore pour sa part Derrick May, un pionnier de la
techno américaine : « To me, the form and philosophy of it has nothing to do
with what we originally intended it to be. », cité in
Generation Ecstasy, Simon Reynolds,
New York, Routledge, 1999, p. 71.
[18]
Laurent Tessier, « Musiques et fêtes techno : l’exception
franco-britannique » in
Re- vue française de
sociologie, 2003, n°44-1, pp. 63-91.
[19]
Comme le montre François Gauthier dans ses observations de
terrain, et en s’ap- puyant également sur les travaux de Roger Bastide. Cf. «
Consumation. La religiosité des raves », in
Religiologiques, n°24 :
Technoritualités. Religiosité rave,
Montréal, Uqam, 2001.
[20]
Comme nous y invite A. Hennion. Cf. Antoine Hennion, Sophie
Maisonneuve, Emilie Gomart,
Figures de
l’amateur, Paris, La Documentation française, 2000.
[21]
Développée par Christian Bessy et Francis Chateauraynaud in
Experts et faussaires. Pour une sociologie de la
perception, Paris, Métailié, 1995.
[22]
Participant, raver, clubber, etc.
[23]
Au sens de Luc Boltanski et Laurent Thévenot. Cf.
De la justification, Paris, Galli-
mard, 1991.
[24]
Cf. les analyses d’Antoine Hennion,
ibid.
[25]
Une des principales dispositions de la législation qui
réglemente les free parties est d’ailleurs la saisie du matériel de
sonorisation, en cas de non-déclaration.
[26]
Cf. H.R. Jauss,
Pour une
esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1978.
[27]
Si il n’y avait que des attentes selon Gombrich il n’y aurait
pas de perception mais uniquement des projections. Cf. Ernst Gombrich,
L’art et l’illusion, Paris, Galli-
mard, 1971.
[28]
Op. cit., p.
246-247.
[29]
Tirée d’un livre de Gilles Deleuze pour construire le modèle de
compétence de la prise, cf. Gilles Deleuze,
Le
pli. Leibniz et le baroque, Paris, Minuit, 1988.
[30]
« Chaque perception consciente implique cette infinité de
petites perceptions qui la préparent, la composent ou la suivent. »,
ibid., p. 116.
[31]
« Puisque le tout peut être aussi insensible que les parties,
comme lorsque je
ne saisis
pas le bruit du moulin à eau auquel je
suis trop accoutumé. »,
ibid., p.
116.
[32]
Soit le bruit de la mer : il faut que deux vagues au moins
soient petit-perçus comme naissantes et hétérogènes pour qu’elles entrent dans
un rapport capable de détermi- ner la perception d’une troisième, qui “excelle”
sur les autres et devient consciente » (
ibid., p. 117.), « La “bonne forme”
macroscopique dépend toujours de processus microscopiques ».
[34]
Il existe aussi un autre procédé en usant de machines, « le
live », le principe est le même, même s’il comporte ses spécificités que nous
ne pourrons pas aborder ici.
[35]
Henri Michaux,
L’infini
turbulent, Paris, Mercure de France, 1964, p. 10.
[37]
« L’arbitre ‘moi’, l’arbitre habituel et le meneur du jeu et
des idées, celui qui décide et ordonne est sans forces. Ce sont maintenant les
idées, les images, les impulsions qui ont force, qui ont pouvoir, qui ont prise
sur lui, qui le modifient, et instantanément, dès leur apparition parfois
fortuite. Il leur est “exposé” ». « Victimé ».
Op. cit., p. 155.
[38]
G. Deleuze et F. Guattari font crédit à Michaux d’avoir
expérimenté la causalité spé- cifique des drogues, alors que le discours sur la
drogue « ne fait qu’agiter des généra- lités sur le plaisir et le malheur, sur
les difficultés de communication, sur des causes qui viennent toujours
d’ailleurs. On feint d’autant plus de compréhension pour un phénomène qu’on est
incapable d’en saisir une causalité propre en extension. » Si la causalité
spécifique n’est pas sans rapport avec des causalités plus générales dans son
effectuation, elle ne s’explique pas du tout par celles-là.
Mille Plateaux, Paris, Mi- nuit, 1980,
p. 347.
[39]
Op. cit., p.
12.
[40]
Pour reprendre une expression de Christian Bessy et Francis
Chateauraynaud à pro- pos d’autres pliages.
Op.
cit., p. 290.