2004
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
Les mélancolies postmodernes
Laurent Combres
[*]
Sigmund Freud a délibérément orienté l’élaboration de la
psychanalyse au plus près des relations entre hommes et femmes. Pour lui,
l’existence de la civilisation hu~maine est corrélative d’une organisation
psychique, celle d’une époque culturelle de la fluctuation de ses instances.
Pour dégager les traits principaux de la subjectivité de l’épo~que postmoderne,
nous revenons sur la logique du rapport amoureux des sujets psycho-tiques
mélancoliques depuis les conceptions contemporaine de la philosophie.
Mots-clés :
Mélancolie, objet d’amour, surmoi, civilisation.
Sigmund Freud choice with psychoanalysis was to formalised
relationship between men and women. For him, the human civilization is
correlative of a psychological organization, the one of a cultural era of his
proceedings. To formalized the subjectivity of our post-modern era, we study
mechanisms of the relationships of melancholic people from contemporary
philosophical proceedings.
Keywords :
Melancholia, the beloved one, superego, civilization.
Ce qui a orienté la description des mécanismes de la mélancolie
donnée par Sigmund Freud est le signe pour cette psychose de la rencontre
impossible du manque, de l’Autre et de leur jonction. Aussi paraît-il de prime
abord inconcevable que des sujets mélancoliques puissent trouver dans la
civilisation un soutien de leur condition, tant que nous prenons la
civilisation seulement comme création de l’humain, c’est-à-dire sans penser
qu’elle agit en retour sur la condition de l’homme. Ce concept de « surmoi
d’une époque culturelle », proposé par Sigmund Freud dans l’un de ses dernier
ouvrages, Malaise dans la civilisation
(1929), montre que la civilisation n’est pourtant pas sans agir à son tour sur
l’humain.
De prime abord privées de l’accès à la condition sociale, la
mélancolie et ses effets ne sont pourtant pas uniquement connus depuis
l’observation clinique. Dans le champ de la connaissance, des arts, la
médiatisation de certaines œuvres tend à signer leur consécration comme œuvres
majeures. Reconnues, elles sont pourtant pour un œil averti marquées du sceau
de la mélancolie. Si pour le clinicien, l’interprétation de telles réalisations
permet d’approcher les mécanismes de la mélancolie, il n’en reste pas moins
qu’elles sont le signe qu’une certaine inscription sociale, qu’une certaine
existence de la mélancolie au sein de la civilisation est possible. Quels en
sont les mécanismes ? Quelles sont les conditions pour qu’un sujet puisse ainsi
soutenir sa condition ? Qu’offre donc la civilisation pour qu’aujourd’hui le
sujet puisse s’y inscrire ? Voici les questions que nous proposons
d’aborder.
Portrait d’une époque culturelle
Depuis la Shoah, les milieux intellectuels soulignent que ce
crime contre l’humanité a signé la fin de l’époque moderne. Le lecteur attentif
se rendra ainsi compte, au travers des journaux ou autres publications
contemporaines, qu’en lieu et place du nom désignant le temps de notre époque,
et qui était jusqu’à présent nommée « époque moderne », apparaît un nouveau
substantif : « l’époque postmoderne ».
Si tant est que les travaux philosophiques de Peter Sloterdijk
et Giorgio Agamben puissent dresser assez généralement le tableau de cette
époque postmoderne, ou au moins en border les limites
[1], l’emprise imaginaire et la constitution
du droit sur la vie sont les conditions d’existence auxquelles les individus
sont aujourd’hui soumis.
Pour préciser, retenons des travaux de Peter Sloterdijk que
l’individu contemporain doit se contenter pour la satisfaction de ses désirs
d’une quête de l’objet directement héritée du système capitaliste. Mais à la
différence de ce dernier, le sujet doit alors ouvertement consentir à ne jamais
rencontrer l’objet de ses désirs, malgré la course incessante qu’il engage dans
ce but, et qui, en contrepartie, lui permet d’exister au sein de cette
civilisation. Ces considérations philosophiques posées depuis
Critique de la raison cynique ne
laissent pas d’autre choix à l’individu que de se reconnaître ainsi leurré – ce
qui n’est pas sans être un penchant avéré vers une possible dépression – ou
bien de renoncer tout simplement à la moindre participation à la marche de
l’époque culturelle postmoderne.
L’aspect de la condition contemporaine développée dans ses
travaux par Giorgio Agamben montre que le lien politique, jusqu’alors placé
sous le signe de la démocratie, devient lentement l’instauration d’un état de
droit où le sujet ne possède absolument plus sa vie. Celle-ci, au nom même de
la démocratie, devient l’enjeu par lequel le politique exerce son droit pour la
préservation coûte que coûte de la démocratie, ce qui a pour effet de ne garder
de celle-ci qu’un concept idéologique et non plus une structure possible pour
une société. Pas à pas, le lien politique tend à ne plus considérer ni prendre
en compte les revendications et conditions d’existences sociales que nous
pourrions placer sous le registre du symbolique, pour leur préférer un comptage
pur et simple de l’individu comme seule entité vivante et non plus
pensante.
Depuis ces deux approches au travers desquelles nous résumons
l’existence postmoderne de l’individu comme d’une part celle d’un roi déchu,
condamné pourtant à conserver et à régner sur son royaume, et d’autre part
celle d’un individu voyant son identité politique être strictement réduite à sa
vie sur laquelle il n’a plus de droit, nous allons examiner les conditions
cliniques d’existence de sujets dits de structure psychotique de type
mélancolique. Pour ce faire, nous nous appuyons essentiellement sur deux
recueils de travaux majeurs de Sigmund Freud. D’abord l’article intitulé
Deuil et mélancolie que l’on trouve
dans l’ouvrage Métapsychologie,
ensuite Psychologie des foules et analyse du
moi et Le moi et le ça,
tous les deux regroupés dans les Essais de
psychanalyse. Plus généralement, ces deux ouvrages correspondent
strictement à l’élaboration de la première (1915) et de la seconde topique
freudienne (1921-1923), où par deux fois Sigmund Freud a proposé, et ce dans le
strict intérêt de la technique psychanalytique, une modélisation de l’appareil
psychique humain.
Structure de la mélancolie
En psychanalyse freudienne, en deçà de l’intrication nécessaire
des pulsions de vie et de mort pour concevoir la civilisation, la mélancolie,
de façon très succincte, est caractérisée par une négation du biologique et de
son éphémère. Nous allons détailler maintenant ce phénomène.
Autant chez le sujet normal, les jeux de l’amour portent sur
les allées et venues d’objets substitutifs et autorisent la civilisation parce
que le premier objet a été fondamentalement perdu, autant chez le sujet
mélancolique, il n’y a pas de disparition radicale de ce premier objet qui
ensuite autoriserait les mécanismes de l’amour. Techniquement, si l’objet
d’amour réel est perdu, la psychanalyse freudienne a montré que dans la
mélancolie, un investissement libidinal de type narcissique crée dans le moi
une copie conforme de l’objet perdu (il perdure plus qu’il n’est reconnu
perdu). Si de la sorte l’inscription sociale des sujets mélancoliques et leur
participation à la civilisation semblent fortement compromises, il arrive que,
malgré quelques embarras, elles puissent être fabriquées par certains sujets.
Le poète Fernando Pessoa, le philosophe Louis Althusser, ou encore le peintre
Edvard Munch, sont de ceux qui ont ainsi par leur travail réussi là où leur
mélancolie semblait les condamner à échouer.
Une telle approche énergétique posée par Sigmund Freud
distingue ainsi dans la mélancolie un investissement libidinal surdimensionné
envers cet objet que le sujet a de plus cher au point qu’il est recréé dans le
moi par identification, et un investissement libidinal amoindri – voire nul –
envers un objet qui rappelle au sujet ce que lui et l’objet ont de chair, de
purement biologique
[2].
Pour le mélancolique, ce moment où pourrait pourtant se réaliser la perte
radicale (et de l’objet réel, et de l’identification), et où devrait se
réaliser le sujet comme sujet du désir, correspond au suicide pur et simple.
Bien sûr, le suicide n’est pas la seule issue pour le sujet mélancolique. Mais
il signe à rebours un état mélancolique qui n’aurait pas été diagnostiqué. En
revanche, lorsque la solution trouvée dans la mélancolie n’est pas le suicide,
elle est cet état amoureux le plus extrême, sous-tendu par la conservation de
l’objet perdu mais identifié sur le moi. Par la posture narcissique de cet
investissement libidinal et malgré l’existence d’un tel amour, la question
d’une inscription sociale est toutefois fortement compromise. Pourtant, à ainsi
accepter sa condition, c’est-à-dire en ne réglant pas son sort par le suicide,
le sujet mélancolique consent à l’expérience de la parole. Si, pour la doctrine
psychanalytique des psychoses, le discours parfois tenu par le sujet traduit la
désintrication des pulsions, à l’écouter, le sujet mélancolique s’accable
d’être le déchet du monde
[3].
Cela dit, une telle posture psychique demeure pourtant
conflictuelle. En ce sens, elle ne règle en rien la condition du sujet
mélancolique. De prime abord, pris dans ce jeu où aucun autre ne peut venir
mettre en balance l’angoisse écrasante de ces mécanismes internes et de leur
fatalité qu’il traduit par son discours, le sujet mélancolique peut seulement
régler ce conflit par la manie
[4]. Celle-ci, insigne d’une fausse guérison, fonctionne
tout de même comme une voie de régulation du conflit autre que le suicide. Plus
concrètement, c’est à celle-ci que nous devons les réalisations des sujets que
nous avons cités. Le tableau d’Edvard Munch,
Le
cri, reproduit, par la figuration d’une bouche vers laquelle
convergent tous les traits du tableau, l’investissement surdimensionné de tous
les objets à la portée du sujet, sans aucune exception. Le texte
Trois notes sur la théorie des
discours de Louis Althusser témoigne d’une lucidité exceptionnelle
sur la condition du sujet de l’époque moderne, où l’organisation des discours
et de la vie des sujets est toujours due et centrée autour de celui qu’il
appelle le Sujet. Avec Fernando Pessoa et son célèbre
Livre de l’intranquillité, l’écriture
poétique va jusqu’à tracer pas à pas l’inconsistance et l’incomplétude d’une
vie qui aurait pourtant dû échapper au sujet.
Mélancolie et postmodernité
Les principaux traits cliniques de la mélancolie ayant été
posés, que devient alors la mélancolie dans cette époque culturelle qu’est la
postmodernité, et depuis ses principales caractéristiques que nous avons
extraites des travaux de ces philosophes contemporains que sont Peter
Sloterdijk et Giorgio Agamben ?
D’abord – et c’est aussi pourquoi nous ne pouvions faire
l’économie de ces explications techniques –, il faut savoir que la constitution
des instances psychiques chez un sujet et leur développement sont corrélatives
de l’inscription sociale de celui-ci. Alors que chez l’enfant Sigmund Freud
reconnaissait que le moi n’était pas encore différencié d’avec le monde
extérieur, par le complexe d’Œdipe, Sigmund Freud a montré qu’une maturation
était nécessaire avant que l’individu Freud dans Psychologie des foules et analyse du moi, est
cet état qui commence lorsque les reproches et agressions envers l’objet, qui
se manifestaient sous la forme d’auto-reproches mélancoliques, sont renversés
et transformés en manie. Alors que règne dans le sur-moi une pure culture de la
pulsion de mort, le moi peut se défendre en virant dans la manie. Observé de
l’extérieur, ce virage dans la manie correspond à ce moment où le sujet part «
comme un affamé en quête de nouveaux investissements d’objet ». Ces autres
investissement sont rendus possibles parce que dans cette lutte entre le moi et
l’emprise de l’objet identifié, le moi a été déclaré plus fort. Paradoxalement,
si cela peut être perçu comme une amélioration, puisque au moins dans cette
configuration, l’emprise sadique et donc le suicide peuvent être maintenus à
l’écart, les investissements qui ont lieu dans la manie ont seulement pour but
d’asseoir aussi longtemps que possible le règne de ce moi déclaré
tout-puissant. Malgré les apparences, il n’y a, dans la manie, aucune rencontre
avec le manque de l’Autre, aucune reconnaissance que l’objet réel a été perdu,
aucun mouvement dirigé par le désir. La manie permet seulement au moi de
subsister, parce qu’elle fonctionne comme système de défense contre la pulsion
de mort. Entre autres, cela signifie que ces investissement dans la manie ne
sont pas orientés par l’absence ou la perte de l’objet réel, et non plus par la
quête d’un objet substitutif, comme cela se passe dans toute relation
amoureuse. puisse exister à part entière, en tant que sujet distinct de ses
déterminations familiales. Autrement dit, si nous pénétrons plus en profondeur
les instances psychiques que Sigmund Freud a développées dans sa seconde
topique, ça, moi et surmoi ne sont agencés d’une façon névrotique viable
qu’après une longue maturation et des conflits néanmoins nécessaires.
Quoi qu’il en soit, toujours dans ces cas de figure paraissant
être ceux d’une norme inéluctable, la perte de l’objet réel doit et est
nécessairement entièrement consommée. Or, nous savons que concernant la
mélancolie, il reste sur le moi une reproduction de l’objet d’amour. Et nous
savons aussi que perdre cette identification se solderait chez le sujet
mélancolique par le suicide. Autrement dit, l’agencement psychique de type
œdipien est impossible dans les cas de mélancolie. Plus encore, alors que
Sigmund Freud expliquait que revenait au surmoi d’exercer cette emprise sadique
provoquant chez le sujet mélancolique ce discours si caractéristique, il
fallait entendre qu’il s’agissait là du surmoi qu’il appela pourtant seulement
plus tard le « surmoi d’une époque culturelle ». En effet, comme tel, du point
de vue du développement si ambigu dès qu’il s’agit de psychanalyse, et aussi
pour les raisons que nous avons évoquées, le surmoi propre au sujet
mélancolique n’est pas constitué (dans le sens où le surmoi est pour Sigmund
Freud l’héritier du complexe d’Œdipe).
Nous nous arrêtons alors ici un instant pour constater ce fait
: si, dans le cas de la mélancolie, le sujet qui consent à l’expérience de
parole produit un discours au travers duquel il s’accable d’être le déchet du
monde, lorsque Sigmund Freud nota là l’emprise du surmoi, il releva
implicitement que ce surmoi d’une époque culturelle exigeait auprès de chaque
individu d’une telle civilisation l’interdiction radicale de posséder un objet
unique que la somme même de tous les autres objets n’aurait pu égaler – ces
mêmes objets qu’il aurait en revanche pu tous posséder. Autrement dit, la
structure de la civilisation moderne trouvait là son axiome, la mélancolie en
énonçait le paradoxe, tout ceci préfigurant l’agencement de la société
postmoderne comme un modernisme éclairé, c’est-à-dire selon les conditions que
nous avons reprises depuis les travaux de Peter Sloterdjk. Ensuite, si la
description technique des troubles propres à la mélancolie dépeint de fait le
surmoi d’une époque culturelle, peut-on aussi expliquer par une déduction
similaire l’équivalence manifeste entre le rejet de la pulsion sexuelle, du
biologique, de la chair, au travers de la mélancolie décrite par Sigmund Freud
peu avant la fin de l’époque moderne, et le sort fait à la vie nue tel que
Giorgio Agamben veut en faire une condition d’émergence de la société
postmoderne ? Reprenons le sens des termes employés par Sigmund Freud : il
avançait que la civilisation existe par la succession de différentes époques
culturelles qu’il suggéra implicitement de délimiter depuis leur surmoi.
Concernant l’interdiction de l’inceste – qui n’est autre que le premier
principe de la civilisation humaine pour Sigmund Freud – et correspondant à
l’interdit de la possession d’un objet pour l’époque moderne, nous avons pu
déduire qu’il s’agissait là de l’agencement topique d’un surmoi. La question se
pose alors de savoir si nous pouvons faire la même déduction en ce qui concerne
la chair, le biologique, la vie nue.
Si nous avions alors à répondre par l’affirmative, cela
signifierait que nous aurions mis sur un même plan cette instance psychique
qu’est le surmoi, et les mécanismes de la libido aussi développés par Sigmund
Freud. Or, l’équivalence que nous chercherions ainsi serait de toute façon
impossible. En effet, dans l’élaboration freudienne, le surmoi est un des
fruits possibles des mécanismes de la pulsion. Mais à la différence de la
pulsion sexuelle qui concernait pour Sigmund Freud tous les individus et même
les enfants
[5], le surmoi
est dans sa théorie seulement l’une des voies de domestication de la pulsion
sexuelle. Certes, dans la mélancolie, le surmoi d’une époque a une emprise
évidente puisqu’il réprime la condition de ce sujet affublé de l’objet
identifié. Mais à la différence de l’objet, les pulsions (sexuelle et
d’auto-conservation) qui agencent l’investissement d’objet sont inhérentes à la
condition humaine, bien en deçà de la question du surmoi qui n’en signe que
leur possible domestication.
Cela étant dit, autant nous ne pouvons pas établir une symétrie
par comparaison entre le biologique et le surmoi pour comprendre l’apport du
savoir de la mélancolie pour la société postmoderne, autant la vie nue est tout
de même la chose intimement rejetée par le sujet mélancolique. Si nous citions
Louis Althusser en sa qualité de sujet mélancolique, nous retrouvons là tout de
même le fondement de sa pensée exposée dans l’article que nous avons cité. À ne
plus être dans les mains du sujet – eût-il même affaire aux mécanismes
inconscients –, la condition minimale d’existence que peut être la vie nue peut
tout aussi bien tomber dans les mains d’un Autre qui en saisit alors l’enjeu
(précisément celui que Louis Althusser nomma le Sujet). Or, cette condition
n’est autre que la condition d’existence proposée par Giorgio Agamben pour
l’individu de la postmodernité. Si la politique moderne ne se mêlait pas encore
de la chose qui échappait à tout contrôle, en se saisissant de la vie nue comme
outil premier du pouvoir d’une postmodernité émergente. Certes le politique
dirige de façon artificielle les individus vers une mélancolie contrôlée, mais
pire encore il désexualise l’humanité.
À créer la mélancolie, le sujet postmoderne n’en a pourtant pas
la structure. C’est-à-dire que si le politique postmoderne prend effectivement
cette voie, il faudra bien que ce mécanisme que Sigmund Freud a appelé le
retour du refoulé et qui concerne les sujets dits normaux, de structure
névrotique, fasse surface d’une manière ou d’une autre dans une zone de
non-droit que le politique postmoderne, à tout vouloir contrôler, n’aura pas
encore identifié.
·
AGAMBEN, G., Bartleby ou la
création, Paris, Circé, 1995.
·
AGAMBEN, G., L’Homme sans
contenu, Paris, Circé, 1996.
·
AGAMBEN, G., Ce qui reste
d’Auschwitz, Paris, Bibliothèque Rivages, 1999
·
AGAMBEN, G., Homo Sacer I : Le
pouvoir et la vie nue, Paris, Seuil, 1997.
·
AGAMBEN, G., État d’exception :
Homo Sacer II, Paris, Seuil, 2003.
·
ALTHUSSER, L., Écrits sur la
psychanalyse, Paris, STOCK/IMEC, 1993.
·
ARENDT, H., Qu’est-ce que la
politique ?, Paris, Seuil, 1995.
·
FREUD, S., Métapsychologie, Paris, Gallimard,
1968.
·
FREUD, S., Essais de
psychanalyse, Paris, Payot, 1981.
·
FREUD, S., La Vie
sexuelle, 11e éd., Paris, PUF, 1997.
·
GOMBRICH, E.H., Histoire de
l’art, Paris, Gallimard, 1997.
·
PESSOA, F., Le Livre de
l’intranquillité, Paris, Christian Bourgois Éditeur, 1999.
·
SLOTERDIJK, P., Critique de la
raison cynique, Paris, Christian Bourgois Éditeur, 2000.
·
SLOTERDIJK, P., Essai
d’intoxication volontaire suivi de L’heure du crime et le temps de l’œuvre d’art,
Paris, Hachette Littératures, 2001.
·
SLOTERDIJK, P., Règles pour le
parc humain, Paris, Mille et une nuits, 2002.
·
SLOTERDIJK, P., La Domestication
de l’être, Paris, Mille et une nuits, 2000.
[*]
Chercheur à l’ERC, Toulouse le Mirail, ATER à Montpellier
III.
[1]
Bien que l’abord clinique de l’élaboration de la doctrine
psychanalytique ait conduit Sigmund Freud à concevoir la philosophie comme un
système paranoïaque déformé, comme ses contemporains et l’ensemble des
penseurs, il la considérait comme le reflet d’une époque et la somme des traits
caractérisant une société ou une civilisa- tion. Aussi, pour que notre exposé,
tel qu’il est agrémenté de descriptions psychana- lytiques de phénomènes
cliniques, puisse rester logique et orienté par la psychana- lyse, nous
conservons cette définition générique de la philosophie comme un instan- tané
de l’organisation d’une société ou d’une civilisation.
[2]
Ainsi comprend-on pourquoi la psychiatrie préconise encore
aujourd’hui les électro- chocs aux sujets mélancoliques. Ceux-ci sont censés
provoquer chez ces sujets une réponse à leur incontournable réalité biologique.
Pour la psychiatrie, si réponse il y a à cette stimulation, alors peut être
envisagé un soin psychique.
[3]
Dès
Deuil et
mélancolie, Sigmund Freud avait donné des éléments explicatifs sur
et à propos d’un tel discours tenus par les sujets mélancoliques. En avançant
que « le moi (…) est écrasé par l’objet », il expliquait que le moi avait cédé
sous la pression exercée par la quantité d’énergie investie pour conserver
l’objet identifié, et qu’il ne restait plus au sujet que de faire état de cet
échec. Mais dans les
Essais de psychana-
lyse, ce fut à une autre instance qu’il attribua l’existence d’un
tel discours. Ce qui est en fait responsable de ce malheur dénoncé par le sujet
mélancolique, c’est le surmoi. Celui-ci exerce une emprise sadique des plus
extrêmes, à cause de l’existence chez le sujet mélancolique de l’objet qui
devrait être perdu.
[4]
Sigmund Freud employa le terme de manie au moins sous deux sens
différents. Le premier, tel qu’il est présenté dans
Métapsychologie, correspond à la phase
aggra- vée de la maladie. Pour le second, celui que nous retenons ici,
développé par Sigmund
[5]
Bien sûr, mais les lecteurs de Sigmund Freud l’auront tout de
suite noté, l’existence d’une vie sexuelle infantile est dans l’œuvre de
Sigmund Freud un terme générique pour indiquer qu’il existe déjà une activité
sexuelle, sans qu’elle ait à être équivalente à celle des adultes.