Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4487-9
134 pages

p. 45 à 55
doi: en cours

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no 86 2004/4

2004 Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales Contributions

Pression et dépression dans le système scolaire

Jean-Luc Roques  [*]
Le présent article se propose d’aborder la dépression scolaire. Si le discours sur la faillite scolaire est récurrent, l’image de cette dépression semble aujourd’hui sensi~ble. Forme aigu de la mélancolie, elle s’inscrit dans une opposition entre des pressions et des ex-pressions multiples. Or, actuellement, ces forces entrent dans de telles tensions qu’elles engendrent une spirale, un tourbillon dans lequel les protagonistes sont entraînés. Mots-clés : Pression, expression, dépression, système scolaire. The object of this article is to propose an approach to scholastic depression. The failure of the educational system is now commonly recognized. The image of this depression has come into sharper focus. Acute form of melancholy, it stems from opposition between diverse pressures and the multiple reactions to these pressures. Currently these opposing forces engender such tensions that they create a spiral, a maelstrom, drawing in all protagonists. Keywords : Pressure, reaction, depression, educational system.
 
Introduction
 
 
Les discours sur l’école en particulier, et sur le système scolaire en général, renvoient souvent à la détresse, à la désillusion, à la déprime. Certes, ces allusions ne sont pas récentes. Déjà Confucius, vers 500 avant J-C, écrivait : « Les professeurs aujourd’hui ne font que répéter les mêmes choses. Ils ennuient les élèves avec des questions stupides. Comme résultats, les jeunes se découragent devant les difficultés des études. Voilà pourquoi l’éducation est en faillite complète. » Toutefois, si cette image de la faillite s’inscrivait dans ces débats lointains, celle-ci semble aujourd’hui particulièrement sensible. On l’explicite en parlant d’échec scolaire, d’exclusion, de disqualification, de pathologie ou d’inadéquation entre formation et emploi, bref d’anomie permanente. Si l’éducation est alors un miroir de la société, ne serions-nous pas entrés dans la dépréciation, la tristesse, le pessimisme et la mélancolie ? Pour donner un vocable à ces divers éléments, nous parlerons de dépression scolaire. Celle-ci sera entendue comme une forme de malaise collectif, où l’énergie vitale qui parcours l’ensemble du corps social/ scolaire se verrait affectée. Comment alors arriver à comprendre cette dépression sans entrer dans quelques jugements moraux ?
Pour répondre à cette question, cet article propose d’expliquer la dépression scolaire à partir de deux antonymes. L’hypothèse que nous émettrons sera de dire que la dépression scolaire provient d’un effet d’entraînement entre des pressions et des expressions. Nous entendrons par « pression » un construit social qui exerce sur les individus une activité contraignante, semblable ou opposée à leurs propres désirs, motivations, intérêts et représentations [1]. Par effet de miroir, nous définirons une « expression » comme une activité significative qui permet au sujet de lutter contre la pression sociale pour recouvrer une certaine liberté ou une reconnaissance sociale [2]. La dépression sera alors conçue comme un tourbillon, voire un cercle vicieux. Dans ce sens, nous nous éloignerons d’une pure vision d’ordre psychologique qui traiterait de dépression mentale et de pathologie individuelle. Nous n’aborderons pas non plus ce terme dans sa portée économique. Ainsi, s’il faut rester vigilant sur la tonalité de certains mots et éviter toute forme de naturalisme [3], nous proposerons de présenter plutôt l’image d’une dépression atmosphérique. C’est alors un jeu d’équilibre et de déséquilibre, où le système scolaire est entraîné dans une spirale.
C’est à partir de plusieurs de nos travaux précédents que nous porterons un regard sur une dépression particulière. Celle-ci s’intéressera à l’interrelation qui existe entre les pressions qui s’exercent sur les jeunes et les expressions que ceux-ci semblent mettre en scène. En cela, nous aborderons le système éducatif par une entrée choisie. Nous ne traiterons pas, par exemple, des pressions qui s’exercent sur le corps enseignant et des formes d’expressions qui en résulteraient et qui sans nul doute relèveraient de la même problématique.
Comment tout d’abord rendre compte de cette opposition? C’est ce que nous aborderons dans la première partie avec l’instauration d’une discussion fictive, certes bien éloignée d’une forme d’intercompréhension [4], mais qui paraît relever d’un débat originel. Si ce jeu entre pressions et expressions est récurrent, si cette contradiction est permanente [5], comment leur opposition entraîne-t-elle une tension si forte ? C’est ce que nous présenterons dans une seconde partie, en montrant que d’un côté les pressions se multiplient et que de l’autre les expressions s’amplifient. Cela entraîne une nouvelle dynamique éducative. Enfin, comment ce lien entre les deux contraires peut-il engendrer une forme de dépression scolaire ? Dans la troisième partie, nous montrerons que celle-ci est une partie en creux et provient d’un effet d’entraînement inexorable, un quasi-cercle vicieux.
 
1 Opposition
 
 
Raymond Aron, en forme de boutade, disait que le lien commun à tous les sociologues était d’admettre la difficulté de définir la sociologie. Un autre lien pourrait aussi unir l’activité sociologique. Celle-ci serait de mettre en évidence la relation ambivalente, et parfois tendue, qui existe entre ce que l’on peut nommer d’une part la société, ou le collectif, et de l’autre l’individu. D’un côté, la société moderne postule l’intérêt de développer l’individualité. Dans cette perspective, l’individu doit être autonome. De Montaigne à Kant, on voit poindre paradoxalement cette théorie a-sociale. Dans un même temps, elle rappelle à ce même individu qu’il fait partie d’un collectif. Dans ce cas, l’individu est contraint d’accepter certaines formes de socialisations proposées, d’intérioriser les normes et d’incorporer les valeurs. Si celui-ci rechigne, il se voit réprimandé, sanctionné, puni, voire rejeté ou exclu par ce même collectif. C’est ici toute une tradition qui va d’Aristote à Rousseau et qui montre que l’individu à besoin des autres [6]. D’un autre côté, les femmes et les hommes, les jeunes et les adultes, ceux qui sont dedans ou ceux qui sont dehors aspirent à prendre en charge personnellement leur existence. Or, cela se fait en exprimant une demande sociale et en désirant un soutien collectif [7]. C’est en fin de compte une dynamique classique et récurrente qui subsiste entre la dimension collective et la dimension individuelle où tout s’entrecroise et se percute, se lie et se sépare. Mais en quoi l’une fait-elle pression et l’autre peut-elle être source d’expression ?
Pour cela, revenons quelques instants sur ce débat originel qui rythme la pensée sociologique. Durkheim posait le problème en ces termes : « En chacun de nous, peut-on dire, il existe deux êtres qui, pour être inséparables autrement que par l’abstraction, ne laissent pas d’être distincts. L’un est fait de tous les états mentaux qui ne se rapportent qu’à nous-mêmes et aux événements de notre vie personnelle : c’est ce qu’on pourrait appeler l’être individuel. L’autre est un système d’idées, de sentiments et d’habitudes qui expriment en nous, non pas notre personnalité, mais le groupe ou les groupes différents dont nous faisons partie… Leur ensemble forme l’être social. » [8] Le sociologue reconnaîssait en fait deux êtres spécifiques : l’un « individuel» et l’autre « social». On connaît l’intérêt que portait cet auteur sur le second aspect [9]. Ainsi, l’éducation est un phénomène social fondamental, car le milieu tend à façonner le jeune à son image. Cela permet une restriction sociale des pulsions. Cela contribue à intérioriser des rôles sociaux. L’éducation est alors un objet de transmission, d’épanouissement et permet « la socialisation de la jeune génération » [10].
À la même époque pourtant, Palante, auteur bien moins connu et mis à l’écart, développe une approche du social opposée. Il s’inscrivait dans une perspective plus individualiste et écrivait : « Du rapprochement des vouloir-vivre individuels se forme un vouloir-vivre collectif qui devient immédiatement oppressif pour les vouloir-vivre individuels et qui s’oppose de toutes ses forces à leur épanouissement. » [11] Certes, son discours révolté est situé historiquement et lié à sa propre histoire. Mais reconnaissons-lui une vision bien différente de ce que prônait, à l’époque, l’école durkheimienne. Pour lui, il existe des antinomies puissantes entre l’individu et la société [12]. Cette dernière est un système plus ou moins complexe de relations sociales où l’individu est appelé à vivre. Or, si le milieu social exerce sur ce dernier un nombre considérable d’influences [13], il subsiste pourtant un résidu irréductible à chaque individu. Il existe à l’intérieur de chaque personne une quelconque liberté d’action. De plus, la société exerce une compression sociale, qui est une cause pour lui de perpétuels froissements et de révoltes. En cela, l’excès d’intégration et la pression sociale qui en résulte engendrent de la part des individus des réactions de mécontentements. L’individu devient désobéissant et s’inscrit dans une morale de la résistance et du refus [14]. Il veut être soi-même, se préserver, et être « son propre fabricateur, son propre fournisseur de vérité et d’illusion ; son propre bâtisseur de rêves ; son propre constructeur et son propre destructeur d’idéal» [15]. L’individu recherche une liberté d’action et de pensée, une indépendance quotidienne, et développe des « tactiques pour louvoyer avec la société et passer à travers les mailles du filet dont elle l’enserre » [16]. Enfin, à côté de cette pression exercée par la conscience collective, il existe une action voulue. C’est ce qu’il appelle « l’éducationisme » qui se fonde sur la raison et tend à imposer un conformisme moral [17]. Ce système est alors opposé à l’intuition, à la spontanéité et par-delà à la liberté de pensée.
Durkheim voyait dans la société un aboutissement moral; Palante y détecte au contraire l’assujettissement de l’individu. Durkheim reconnaît dans l’individu, même s’il défend l’autonomie de celui-ci, essentiellement un réceptacle de l’ordre social qu’il le veuille ou non [18] ; Palante y perçoit à la fois « la seule source d’énergie, la seule mesure de l’idéal» [19]. En conséquence, l’image de l’éducation est, pour les deux auteurs, divergente. Toutefois, si la pensée de Durkheim et la pensée de Palante semblent s’opposer, ne peut-on pas les combiner pour comprendre certaines formes de troubles ? En effet, on pourrait admettre que les pressions sociales et les expressions individuelles peuvent être imbriquées. Elles s’entrelacent, se mêlent et se démêlent, dans une dialectique entre socialisation et indépendance, entre incorporation et lutte, entre coercition et résistance. C’est donc à travers ce schéma d’interférence que nous proposerons de parler des tensions scolaires.
 
2 Tension
 
 
Avec l’avènement du positivisme, les pressions sociales ont tenté d’être cohérentes par le biais de la légitimation des grandes institutions [20]. Ces dernières relevaient d’une volonté de contrôler. À chaque moment de sa vie, l’individu était pris en charge et avait un statut et un rôle prédéterminé. L’obsession de l’ordre recouvrait la peur d’une société en miette, la peur du désordre social. Tout tendait à se confondre, le manque de propreté, les troubles de la santé et les désordres politiques [21]. L’État instituteur proposait une autorité commune qui se fondait sur un idéal républicain. Il permettait d’englober l’ensemble des individus dans ce grand tout. L’armée instaurait le service universel. La famille socialisait dès le plus jeune âge. L’Église donnait à la France une image universelle. L’école et les hussards noirs, comme le disait Péguy, avaient pour leurs parts la tâche d’éduquer les enfants dans le patriotisme. Le maître, comme l’adjudant, le père, ou le prêtre exerçaient une pression sur l’ensemble du corps social. La volonté d’intériorisation de la morale et la répression des pulsions étaient fortes [22]. L’homme et ses droits exerçaient leurs autorités.
Corrélativement, des formes d’expressions ont tenté de lutter contre cette force d’imposition. Pensons plus particulièrement ici à une face inversée de l’école de Jules Ferry, où des pédagogues développaient une autre vision de l’enseignement. C’est notamment le cas de Freinet ou de Montessori, qui proposaient de développer une pédagogie centrée sur l’expression libre des enfants ou sur la maîtrise de soi. Dans ce cadre éducatif de l’époque, tous les jeunes n’avaient pas leur place. Il existait une indéniable sélection en amont, où seuls les héritiers ou les boursiers pouvaient intégrer le système [23]. Pour leur part, les jeunes étudiants n’étaient pourtant pas si dociles et il existait parfois des révoltes. Les formes d’expression du romantisme présentées par Flaubert, Hugo ou Musset montraient des jeunes en lutte entre le bien et le mal, entre le légal et l’illégal [24], dans un double entraînement entre le chaos et l’harmonie [25]. Toutefois, par-delà ces formes d’expressions, il existait globalement un système de représentation du monde à forte valeur identitaire [26].
Après le grand big-bang, le baby-boom, puis le grand bond et les années glorieuses, la massification et l’explosion scolaire, les grandes institutions sont entrées en déclin [27]. La chute du programme institutionnel, en tant qu’imposition de rôles, a entraîné à la fois quelques doutes, mais surtout à notre sens un éclatement des sources de pressions. Un ensemble d’instances créatrices a pénétré le système éducatif. On a tendance à dire qu’il n’y a plus d’autorité, qu’il n’existe plus de contrôle. Nous dirons plutôt que nous sommes en présence d’une multiplicité d’instances qui font autorité et qui veulent dire ce qui est le bien et ce qui est le mal. Toutes exercent des pressions. Elles alternent. Elles cohabitent. Elles contrôlent ou surveillent. S’il subsiste un pluralisme des valeurs, on pourrait admettre qu’il existe un pluralisme des pressions [28]. Les chefs d’établissement, les CPE, les conseillers d’orientation, les professeurs, les inspecteurs, mais aussi les communautés familiales, religieuses ou associatives, les nombreux pairs ou amis, ou encore des personnages locaux [29] comme les maires, les conseillers généraux ou régionaux exercent une multiplicité de pressions. On pourrait ajouter les pressions économiques et les influences médiatiques. La tentative de programmation moderniste se démultiplie en exacerbant leurs prospectives. Le progrès, qui était une dimension idéale, fait place au projet comme dimension pratique. Les figures du projet se propagent. On va parler de projet personnel, de projet de formation, de projet éducatif, de projet d’orientation, de pédagogie du projet. Ainsi, dans cet entraînement, celui qui n’a pas de projet, ou qui n’a pas de projet réaliste, est alors considéré comme un individu sans passé, sans histoire et donc sans avenir. Le projet rassure tout en réduisant l’horizon temporel [30], tout en dénigrant les écarts qui sont de plus en plus importants entre les moyens et les fins. C’est alors qu’intervient la culture de l’évaluation pour mesurer les évolutions, les coûts, les apprentissages.
Parallèlement, les modes d’expressions se multiplient. Ils sont, dans un jeu de miroir, le reflet des pressions sociales. Les jeunes ne sont pas totalement déterminés, ils sont singuliers et disposent en effet d’un système d’alerte qui est assez sensible [31]. Ils se retrouvent dans les cafés, dans les rues, dans les concerts. En fait, dans un ensemble de lieux partagés. De plus, qu’ils se réfèrent à une idée chrétienne et au salut personnel, qu’ils se pensent comme cartésiens où il est possible de s’affranchir de la tradition, qu’ils se retrouvent dans les confessions de Rousseau et qu’ils se représentent comme des individus singuliers, qu’ils se concentrent sur une idée juridique où ils peuvent agir sur leurs statuts, dans tous ces cas, chacun se retrouve dans une sorte de labyrinthe, dans ce labor-intus qui exprime le travail intérieur, et revendique la réalisation d’un travail sur soi et d’une conquête de soi-même. C’est ainsi que les jeunes vont tenter de multiplier de nouvelles expérimentations. Dès lors, on peut se demander s’il existe véritablement une crise des identités ou la mise en place d’identités multiples, d’une pluri-identité ou une d’une multi-indentité. Tous vont osciller entre la participation et le retrait, à la recherche de quelques équilibres. Il existe en fait un processus d’engagement entraînant sans cesse du désengagement [32], une dose d’implication et une dose de retrait [33]. L’individu veut être à plusieurs endroits en même temps, à la recherche du stable et de son contraire qui lui permet de se confronter à son existence [34]. Il n’existe pourtant pas de schizophrénie sociale, mais plutôt une volonté d’ubiquité sociale. Désir d’être ici et être ailleurs au même moment. Sentiment de vouloir être seul et avec les autres dans un même instant, mélangeant immédiatement ce besoin de sympathie et cette pulsion formelle d’hostilité [35]. Ces expressions sont bien éclatées, désordonnées, multiples, mais permettent de comprendre les différentes résistances face aux pesanteurs sociales [36]. On voit bien qu’il existe un effet d’entraînement, une spirale, où le don et le contre-don [37] se mêlent au rejet et au contre-rejet. C’est dans ce phénomène d’engrenage et de spirale que nous apprécierons la dépression.
 
3 Dépression
 
 
On pourrait parler d’interrègne comme le proposaient Hobbes ou Machiavel. On pourrait partir d’une situation anomique chère à Durkheim. On pourrait parler de crise ou de mutation. On pourrait proposer une forme de radicalisation de la modernité. Nous parlerons plutôt de dépression scolaire comme élément de compréhension de cet effet d’enroulement entre pressions et expressions. Ainsi, nous entendons des aphorismes comme mettre sous pression, faire pression, exercer une pression, maintenir la pression, être sous pression, mais aussi, par effet de miroir, nous allons parler d’expressivité, d’expression de joie, d’expression corporelle, comme d’un ensemble de signes d’évacuation des pressions. Un cercle vicieux pourtant se construit entre les diverses pressions et les multiples expressions, dans une sorte de décalage et de tension. D’un côté, le mépris favorise l’idée d’une interchangeabilité des individus, l’indifférence bureaucratique remet au goût du jour l’unidimensionnel, le cynisme et l’hypocrisie tentent d’aseptiser les établissements scolaires, en séparant, en isolant. Pensons simplement au traitement de la violence ou des incivilités à l’école. Un nombre incalculable d’acteurs proposent de prendre la parole [38]. Ils sont juges, policiers, professeurs, inspecteurs, chefs d’établissement, médecins, assistants sociaux, éducateurs, parents et bien d’autres. Par contre, l’élève n’est jamais présent, ou seulement dans des débats qui sont déjà organisés, orientés, programmés. Or, il existe une part d’ombre [39]. On peut dès lors comprendre, les pieds de nez qui sont réalisés face à ces diverses instances lorsque les jeunes disent s’éclater. S’éclater en multiple n’est-il pas la meilleure façon de ne pas être pris ? Osciller entre normalité et liberté, entre conformité et déviance n’est-il pas une capacité à résister contre ces diverses pressions ? L’individu tend vers l’accomplissement de son être propre. Il n’y a pas simplement de l’égoïsme mais plutôt une tendance à se réaliser en termes de personnalité [40] ou d’authenticité [41]. Mais l’idée émise ici est que les pressions s’accroissent et se transfigurent en re-pression, alors que les expressions en s’accentuant, se transforment en impression. De là, la mise en acte de la dépression s’inscrit dans le tourbillon.
Face aux expressions juvéniles qui apparaissent ambivalentes, contradictoires ou bizarres, les diverses pressions semblent perturbées. Lors de nos entretiens, nous avons saisi des assertions comme « il est difficile aujourd’hui de faire pression » ou « on ne peut plus faire pression » ou encore « les pressions sont difficiles à maintenir ». Dès lors, les discours vont être étayés par deux types d’explications. Dans la première, nous avons entendu, dans nombre d’établissements scolaires, des phrases comme : « X fait sa crise, ça va passer », « X est en crise, et dans quelque temps ça ira mieux ». Ce type d’approche tente d’appréhender les comportements juvéniles, en termes de crise d’adolescence. L’identité de l’individu ne devient apparente qu’en situation de crise. Les perturbations sont expliquées à partir de causes biologiques, physiologiques et psychologiques. L’individu n’est plus maître de lui-même. Il bouillonne sous l’effet de facteurs qu’il ne contrôle pas. « Ce n’est pas de leur faute », avons-nous parfois entendu. L’élève n’est plus apte à agir, il manque de vigueur, il est aliéné. Dans la seconde approche, les comportements sont perçus comme étant conditionnés par des éléments environnementaux et sociaux. Le milieu social est la cause de tous les problèmes. On va alors appréhender des phrases comme : « tu as vu dans quel milieu il vit », « ce n’est pas étonnant ses parents sont ». On peut aussi saisir des formules comme « c’est normal, les parents s’en désintéressent », ou encore « ils sont abrutis par la télé ». Dans cette perspective, les attitudes des jeunes sont le résultat de ce que Bourdieu aurait pu nommer l’intériorisation de l’extériorité. Dans ces deux cadres d’analyse, l’individu y est décrit comme étant toujours déterminé. Il est manipulé par des pulsions qui le dépassent et par son inconscient qui le dirige. Il est aussi conditionné par son habitus.
Ainsi afin de limiter cette aliénation sourde, il existe un appel à la repression. C’est alors un retour nostalgique qui mobilise les vieilles vertus de la République. On va faire un retour aux sources [42], dans une forme de naturalisation du passé [43]. Avant, c’était mieux. Il y avait plus de morale, plus de propreté, plus de lien. Avant, il y avait moins de bruit, moins d’étrangers, moins de tensions. D’autres en appellent aux moyens, en demandant plus de surveillants, plus d’aides, plus d’éducateurs, voire quelques policiers. C’est la nostalgie de l’image de l’élève défini comme étant celui qui croît. C’est l’adolescens pris dans son assertion latine qui est mis en perspective. L’élève, par analogie, est celui qui doit s’élever et être élevé. L’adulte devient le seul étalon de mesure. C’est ce dernier qui peut dire et qui peut agir. C’est lui qui porte un jugement objectif. C’est alors le « si vous ne travaillez pas, vous irez en LP », comme forme d’exclusion, qui met au ban de ce que les jeunes nomment le cycle normal.
Depuis quelques décennies, les recherches montrent que la situation juvénile s’est fortement détériorée. Les pressions qui s’exercent sur eux sont de plus en plus nettes et les incertitudes à l’égard de leur avenir sont importantes. Pourtant, la scolarité est pour eux essentielle [44]. Elle exprime la possibilité de poursuivre leur chemin, certes bien périlleux, et d’envisager une place. C’est l’espoir de trouver sa voie, mais aussi l’espérance d’obtenir un emploi [45]. Elle favorise aussi cette image de la mobilité ascendante. Or, tout ceci permet aussi de rester attaché à une communauté juvénile. Pour d’autres, par contre lorsqu’ils subissent des échecs, quand ils ont des difficultés, l’école n’est plus perçue comme quelque chose qui inclut, mais au contraire exclut, met au ban, met à distance, se transformant en drame personnel [46]. Au-delà de ce clivage, bon nombre d’entre eux semblent fatigués. Certes, le cartable est lourd, mais ce qui est lourd, ce sont les pressions multiples et diffuses. Dans certains cas, ils s’ennuient à rester assis dans des classes trop petites alors qu’on leur dit : « Il faut que tu sois acteur de ta formation. » Ils s’ennuient car l’école n’a que peu de sens, même s’ils veulent continuer, même s’ils réussissent. Ils s’ennuient car les autres le disent : « L’école c’est chiant, tous mes copains le disent.
» Alors, tous tentent de sortir de ces pressions. Les expressions vont alors se transmuer en impression. C’est l’impression de pouvoir s’évader, et de se sous-traire aux pressions, même pour un instant. C’est pour cela que les actions collectives des jeunes sont si éphémères mais régulières. Ils sont là où on ne les attend pas. C’est le monde du rêve d’être à son tour sujet de pression. Ils s’évadent entre eux, car « les amitiés et les amours enfantins et juvéniles, les enthousiasmes et les blessures, les échecs et les succès participent autant de la formation des individus que les seuls apprentissages scolaires » [47]. Ils s’échappent vers d’autres réseaux « avec l’informatique, je peux faire ce que je veux, je suis totalement libre et je peux rencontrer des gens… sur internet on peut dire bonjour si on veut, et c’est plus facile de faire des connaissances ». Ils s’envolent avec la télévision [48], puisque « c’est un moyen de penser sans qu’on me demande ce que j’ai». D’autres vont tenter d’être pour leur part impressionnants et vont impressionner par leur look gothique, punk ou autre. D’autres vont enfin tenter de fixer leur parole et reconstruire un territoire fictif qui leur est propre. C’est alors le règne de l’impression, des tags, des graffiti, mais aussi des multiples petits écris qui jalonnent les salles de classes, qui envisagent une distance critique par rapport à l’institution [49].
 
Conclusion
 
 
Pour conclure, nous nous permettrons de considérer quelques mots de ViolletleDuc lorsqu’il écrivait : « Faites entrer un homme dans une crypte basse, étendue, soutenue par de nombreux piliers courts, trapus ; bien qu’il s’y puisse promener et y respirer à l’aise, il baissera la tête, il ne naîtra dans son esprit que des idées tristes, de sombres images ; il éprouvera une sorte d’oppression intime, un désir de lumière et d’air. Faites entrer cet homme dans un monument dont les voûtes s’élèvent à une grande hauteur, inondé d’air et de lumière, il lèvera ses regards, sa figure reflétera les idées de majesté qui se pressent dans son sein. » [50] La dépression scolaire s’inscrit nettement dans la première partie du discours quand la pression engendre des images sombres. Nous pourrions dire que c’est alors l’ambiance scolaire d’une époque [51] qui est prise de vertige, face à cette spirale et ce tourbillon. C’est une dépression qui se développe à partir de cet entraînement entre les pressions et les expressions puis les répressions et les impressions. Pensons à cette jeune fille qui nous disait : « Je regarde le monde s’effondrer. » Pensons à ce professeur qui nous expliquait que « le monde est culturellement vide. C’est la déliquescence générale ». On voit alors que nombre d’acteurs du système scolaire paraissent pris dans cette atmosphère bien mélancolique.
 
NOTES
 
[*] Chercheur à l’IRSA, Montpellier III.
[1] Jean-Luc Roques, La Petite ville et ses jeunes, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 181.
[2] Axel Honneth, La Lutte pour la reconnaissance, Paris, Éd. du Cerf, 2002.
[3] Michel Forsé, L’Ordre improbable, Paris, PUF, 1989.
[4] Jürgen Habermas, De l’éthique de la discussion, Paris, Flammarion, 1991.
[5] Michel Maffesoli, Essais sur la violence, Paris, Librairie des Méridiens, 1984, p. 78.
[6] Tzvetan Todorov, La Vie commune, Paris, Seuil, 1995.
[7] Voir à ce titre l’ouvrage récent de Pierre Rosanvallon, Le Modèle politique français, Paris, Seuil, 2004.
[8] Émile Durkheim, Éducation et sociologie, Paris, PUF, 1966, p. 51.
[9] Émile Durkheim, L’Éducation morale, Paris, PUF, 1963.
[10] Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 92.
[11] Georges Palante, L’Individualisme aristocratique, Les Belles Lettres, 1995, p. 46.
[12] Georges Palante, Les Antinomies entre l’individu et la société, Éd. Folle Avoine, 1994.
[13] Georges Palante, L’Individualisme aristocratique, op. cit.
[14] Ibidem, p. 14.
[15] Ibidem, p. 9.
[16] Ibidem, p. 170.
[17] Ibidem, p. 111 et suite.
[18] Émile Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, 1993, p. 4.
[19] Épitaphe sur la tombe de Georges Palante.
[20] Dominique Schnapper, La France de l’intégration, Paris, Gallimard, 1991, p. 209.
[21] Jean-Pierre Goubert, La Conquête de l’eau, Paris, Robert Laffont, 1986.
[22] Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Paris, Calmann Lévy, 1973.
[23] François Dubet, Le Déclin de l’institution, Paris, Seuil, 2003.
[24] Jean-Claude Caron, Générations romantiques, Paris, Armand Colin, p. 166.
[25] Patrick Tacussel, Charles Fourier, Le jeu des passions, Paris, Desclée de Brouwer, 2000, p. 31.
[26] Dominique Schnapper, La France de l’intégration, op. cit., p. 210.
[27] François Dubet, Le Déclin de l’institution, op. cit.
[28] Jean-Luc Roques, « Modes d’expression de jeunes de petites villes », Sociétés, 2003, n° 81, pp. 105-115.
[29] Jean-Luc Roques, « L’effet du local chez les projets de jeunes », L’orientation scolaire et professionnelle, 2003, 32 (1), pp. 3-30.
[30] Patrick Tacussel, L’Attraction sociale, Paris, Librairie des Méridiens, 1984.
[31] Jürgen Habermas, Droit et Démocratie, Paris, Gallimard, 1997, notamment le chapitre VIII.
[32] Georges Lapassade, L’Entrée dans la vie, Paris, Éd. de Minuit, 1963.
[33] Jean-Jacques Rousseau déjà écrivait dans ce sens : « J’ai des passions très ardentes, et tandis qu’elles m’agitent, rien n’égale mon impétuosité ; je suis cynique, éffronté, violent ; prenez-moi dans le calme, je suis l’indolence et la timidité même. » Jean- Jacques Rousseau, Les Confessions, Paris, Hachette, Vol. I, 1962, p. 56.
[34] Michel Maffesoli, Du Nomadisme, Paris, Librairie générale, 1997.
[35] Georg Simmel, Le Conflit, Paris, Circé, 1992, p. 28.
[36] Michel Maffesoli, Essais sur la violence, op. cit., p. 49.
[37] Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1983.
[38] Voir à ce propos les vecteurs utilisés par la violence. Michel Maffesoli, Essais sur la violence, op. cit., p. 67 et suite.
[39] Michel Maffesoli, Du Nomadisme, op. cit., p. 20.
[40] Georg Simmel, Sociologie et épistémologie, Paris, PUF, 1991, p. 138.
[41] François Dubet, Les Lycéens, Paris, Seuil, 1991.
[42] Corinne Berger, Jean-Luc Roques, « Politiques locales et imaginaires », Les Cahiers de l’imaginaire, n° 21, 2004.
[43] Bernard Debarbieux, Sylvie Lardon, Les Figures du projet territorial, Éd. de l’Aube, 2003.
[44] Marie Duru-Bellat, Agnes Van Zanten, Sociologie de l’école, Armand Colin, 2002, p. 45.
[45] Christine Gamba-Nasica, Socialisations, expériences et dynamiques identitaires, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 69.
[46] Jean-Yves Rochex, Le Sens de l’expérience scolaire, Paris, PUF, 1995, p. 84.
[47] François Dubet, Danilo Martuccelli, À l’école : sociologie de l’expérience scolaire, Seuil, 1996, p. 13.
[48] Jean Cazeneuve, L’Homme téléspectateur, Denoël, 1974.
[49] Laurence Roulleau-Berger, « Jeunesse, urbanité et accessibilité », in Alain Vulbeau, Jean-Yves Barreyre, La Jeunesse et la rue, Desclée de Brouwer, 1994, pp. 33-48.
[50] Eugène Viollet-le-Duc, « Entretiens sur l’architecture », in Charles Brunold, Jules Ja- cob (dir.), De Montaigne à Louis de Broglie, Paris, Belin, 1961, p. 293
[51] Michel Maffesoli, « L’ambiance sociale », in P. Tacussel (dir.), Le Réenchantement du monde, Paris, L’Harmattan, 1994, pp. 13-24.
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Chercheur à l’IRSA, Montpellier III. Suite de la note...
[1]
Jean-Luc Roques, La Petite ville et ses jeunes, Paris, ...
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[2]
Axel Honneth, La Lutte pour la reconnaissance, Paris, É...
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[3]
Michel Forsé, L’Ordre improbable, Paris, PUF, 1989. Suite de la note...
[4]
Jürgen Habermas, De l’éthique de la discussion, Paris, ...
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[5]
Michel Maffesoli, Essais sur la violence, Paris, Librai...
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[6]
Tzvetan Todorov, La Vie commune, Paris, Seuil, 1995. Suite de la note...
[7]
Voir à ce titre l’ouvrage récent de Pierre Rosanvallon, ...
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[8]
Émile Durkheim, Éducation et sociologie, Paris, PUF, 19...
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[9]
Émile Durkheim, L’Éducation morale, Paris, PUF, 1963. Suite de la note...
[10]
Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. ...
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[11]
Georges Palante, L’Individualisme aristocratique, Les B...
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[12]
Georges Palante, Les Antinomies entre l’individu et la ...
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[13]
Georges Palante, L’Individualisme aristocratique, op. ...
[suite] Suite de la note...
[14]
Ibidem, p. 14. Suite de la note...
[15]
Ibidem, p. 9. Suite de la note...
[16]
Ibidem, p. 170. Suite de la note...
[17]
Ibidem, p. 111 et suite. Suite de la note...
[18]
Émile Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique, ...
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[19]
Épitaphe sur la tombe de Georges Palante. Suite de la note...
[20]
Dominique Schnapper, La France de l’intégration, Paris,...
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[21]
Jean-Pierre Goubert, La Conquête de l’eau, Paris, Rober...
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[22]
Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Paris, Calman...
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[23]
François Dubet, Le Déclin de l’institution, Paris, Seui...
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[24]
Jean-Claude Caron, Générations romantiques, Paris, Arma...
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[25]
Patrick Tacussel, Charles Fourier, Le jeu des passions,...
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[26]
Dominique Schnapper, La France de l’intégration, op. ci...
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[27]
François Dubet, Le Déclin de l’institution, op. cit...
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[28]
Jean-Luc Roques, « Modes d’expression de jeunes de petites ...
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[29]
Jean-Luc Roques, « L’effet du local chez les projets de jeu...
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[30]
Patrick Tacussel, L’Attraction sociale, Paris, Librairi...
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[31]
Jürgen Habermas, Droit et Démocratie, Paris, Gallimard,...
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[32]
Georges Lapassade, L’Entrée dans la vie, Paris, Éd. de ...
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[33]
Jean-Jacques Rousseau déjà écrivait dans ce sens : « J’ai d...
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[34]
Michel Maffesoli, Du Nomadisme, Paris, Librairie généra...
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[35]
Georg Simmel, Le Conflit, Paris, Circé, 1992, p. 28. Suite de la note...
[36]
Michel Maffesoli, Essais sur la violence, op. cit., p. ...
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[37]
Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, ...
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[38]
Voir à ce propos les vecteurs utilisés par la violence. Mic...
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[39]
Michel Maffesoli, Du Nomadisme, op. cit., p. 20. Suite de la note...
[40]
Georg Simmel, Sociologie et épistémologie, Paris, PUF, ...
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[41]
François Dubet, Les Lycéens, Paris, Seuil, 1991. Suite de la note...
[42]
Corinne Berger, Jean-Luc Roques, « Politiques locales et ...
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[43]
Bernard Debarbieux, Sylvie Lardon, Les Figures du proje...
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[44]
Marie Duru-Bellat, Agnes Van Zanten, Sociologie de l’éc...
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[45]
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[46]
Jean-Yves Rochex, Le Sens de l’expérience scolaire, Par...
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[47]
François Dubet, Danilo Martuccelli, À l’école : sociolo...
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[48]
Jean Cazeneuve, L’Homme téléspectateur, Denoël, 1974. Suite de la note...
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[50]
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