2004
Sociétés Revue des Sciences Humaines et Sociales
Contributions
Deuil et mélancolie
Extrait de Métapsychologie
Sigmund Freud
Après nous être servis du rêve comme du modèle normal des
troubles psychiques narcissiques, nous allons tenter d’éclairer l’essence de la
mélancolie en la comparant avec l’affect normal du deuil. Mais ici nous sommes
obligés de faire un aveu préalable qui nous préservera de surestimer le
résultat obtenu. La mélancolie dont le concept est défini, même dans la
psychiatrie descriptive, de façon variable, se présente sous des formes
cliniques diverses dont il n’est pas certain qu’on puisse les rassembler en une
unité, et parmi lesquelles certaines font penser plutôt à des affections
somatiques qu’à des affections psychogènes. Notre matériel se limite, en dehors
des impressions dont tout observateur peut disposer, à un petit nombre de cas
dont la nature psychogène ne fait aucun doute. Nous abandonnerons donc d’emblée
toute prétention à ce que les résultats de ce travail aient une validité
universelle et nous nous consolerons en considérant qu’avec nos moyens de
recherches actuels, nous ne pouvons guère trouver quelque chose qui ne soit
typique, sinon pour toute une classe d’affections, du moins pour un groupe plus
restreint.
Le rapprochement de la mélancolie et du deuil est justifié par
le tableau d’ensemble de ces deux états. Dans les deux cas, les circonstances
déclenchantes, dues à l’action d’événements de la vie, coïncident elles aussi,
pour autant qu’elles apparaissent clairement. Le deuil est régulièrement la
réaction à la perte d’une personne aimée ou d’une abstraction mise à sa place,
la patrie, la liberté, un idéal, etc. L’action des mêmes événements provoque
chez de nombreuses personnes, pour lesquelles nous soupçonnons de ce fait
l’existence d’une prédisposition morbide, une mélancolie au lieu du deuil. Il
est aussi remarquable qu’il ne nous vienne jamais à l’idée de considérer le
deuil comme un état pathologique et d’en confier le traitement à un médecin,
bien qu’il s’écarte sérieusement du comportement normal. Nous comptons bien
qu’il sera surmonté après un certain laps de temps, et nous considérons qu’il
serait inopportun et même nuisible de le perturber.
La mélancolie se caractérise du point de vue psychique par une
dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde
extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité et
la diminution du sentiment d’estime de soi qui se manifeste par des
auto-reproches et des autoinjures et va jusqu’à l’attente délirante du
châtiment. Ce tableau nous devient plus compréhensible lorsque nous considérons
que le deuil présente les mêmes traits sauf un seul: le trouble du sentiment
d’estime de soi manque dans son cas. En dehors de cela, c’est la même chose. Le
deuil sévère, la réaction à la perte d’une personne aimée, comporte le même
état d’âme douloureux, la perte de l’intérêt pour le monde extérieur (dans la
mesure où il ne rappelle pas le défunt), la perte de la capacité de choisir
quelque nouvel objet d’amour que ce soit (ce qui voudrait dire qu’on remplace
celui dont on est en deuil), l’abandon de toute activité qui n’est pas en
relation avec le souvenir du défunt. Nous concevons facilement que cette
inhibition et cette limitation s’adonnent exclusivement à son deuil, de sorte
que rien ne reste pour d’autres projets et d’autres intérêts. Au fond, ce
comportement nous semble non pathologique pour la seule raison que nous savons
si bien l’expliquer.
Nous serons aussi d’accord avec la comparaison qui nous fait
nommer « douloureux » l’état d’âme du deuil. Sa justification sautera
vraisemblablement aux yeux lorsque nous serons en mesure de caractériser la
douleur du point de vue économique.
En quoi consiste maintenant le travail qu’accomplit le deuil?
Je crois qu’il n’y aura rien de forcé à se le représenter de la façon suivante
: l’épreuve de réalité a montré que l’objet aimé n’existe plus et édicte
l’exigence de retirer toute la libido des liens qui la retiennent à cet objet.
Là contre s’élève une rébellion compréhensible (on peut observer d’une façon
générale que l’homme n’abandonne pas volontiers une position libidinale même
lorsqu’un substitut lui fait déjà signe). Cette rébellion peut être si intense
qu’on en vienne à se détourner de la réalité et à maintenir l’objet par une
psychose hallucinatoire de désir. Ce qui est normal, c’est que le respect de la
réalité l’emporte. Mais la tâche qu’elle impose ne peut être aussitôt remplie.
En fait, elle est accomplie en détail, avec une grande dépense d’énergie
d’investissement et pendant ce temps, l’existence de l’objet perdu se poursuit
psychiquement. Chacun des souvenirs, chacun des espoirs par lesquels la libido
est accomplie sur lui. Pourquoi cette activité de compromis, où s’accomplit en
détail le commandement de la réalité, est-elle si extraordinairement
douloureuse ? Il est difficile de l’expliquer sur des bases économiques. Il est
remarquable que ce déplaisir de la douleur nous semble aller de soi. Mais le
fait est que le moi après avoir achevé le travail du deuil redevient libre et
sans inhibitions.
Appliquons maintenant à la mélancolie ce que nous avons appris
du deuil. Dans toute une série de cas, il est manifeste qu’elle peut être, elle
aussi, une réaction à la perte d’un objet aimé ; dans d’autres occasions, on
peut reconnaître que la perte est d’une nature plus morale. Sans doute l’objet
n’est-il pas réellement mort mais il a été perdu en tant qu’objet d’amour (cas,
par exemple, d’une fiancée abandonnée). Dans d’autre cas encore, on se croit
obligé de maintenir l’hypothèse d’une telle perte mais on ne peut pas
clairement reconnaître ce qui a été perdu, et l’on peut admettre à plus forte
raison que le malade lui non plus ne peut saisir consciemment ce qu’il a perdu.
D’ailleurs, ce pourrait encore être le cas lorsque la perte qui occasionne la
mélancolie est connue du malade, celui-ci sachant sans doute qui il a perdu
mais non ce qu’il a perdu en cette personne. Cela nous amènerait à rapporter
d’une façon ou d’une autre la mélancolie à une perte de l’objet qui est
soustraite à la conscience, à la différence du deuil dans lequel rien de ce qui
concerne la personne n’est inconscient.
Dans le deuil, nous trouvions que l’inhibition et l’absence
d’intérêt étaient complètement expliquées par le travail du deuil qui absorbe
le moi. La perte inconnue qui se produit dans la mélancolie aura pour
conséquence un travail intérieur semblable, et sera, de ce fait, responsable de
l’inhibition de la mélancolie. La seule différence, c’est que l’inhibition du
mélancolique nous fait l’impression d’une énigme, parce que nous ne pouvons pas
voir ce qui absorbe si complètement les malades. Le mélancolique présente
encore un trait qui est absent dans le deuil, à savoir une diminution
extraordinaire de son sentiment d’estime du moi, un immense appauvrissement du
moi. Dans le deuil, le monde est devenu pauvre et vide, dans la mélancolie,
c’est le moi lui-même. Le malade nous dépeint son moi comme sans valeur,
incapable de quoi que ce soit et moralement condamnable ; il se fait des
reproches, s’injurie et s’attend à être jeté dehors et puni. Il se rabaisse
devant chacun, plaint chacun des siens d’être lié à une personne aussi indigne
que lui. Il ne peut pas juger qu’une modification s’est produite en lui, mais
étend au passé son autocritique ; il affirme qu’il n’a jamais été meilleur. Le
tableau de ce délire de petitesse (principalement sur le plan moral) se
complète pas une insomnie, par un refus de nourriture et, fait
psycho-logiquement très remarquable, par la défaite de la pulsion qui oblige
tout vivant à tenir bon à la vie.
Il serait scientifiquement aussi bien que thérapeutiquement
infructueux de contredire le malade qui porte de telles plaintes contre son
moi. Il doit bien avoir, en quelque façon raison et décrire quelque chose qui
est tel qu’il lui paraît. Nous sommes bien forcés de confirmer immédiatement et
sans réserve quelques-unes de ses allégations. Il est effectivement aussi
dépourvu d’intérêt, aussi incapable d’amour et d’activité qu’il le dit. Mais,
comme nous le savons, cela vient secondairement ; c’est la conséquence de ce
travail intérieur, inconnu de nous, comparable au deuil, qui consume son moi.
Dans certaines de ses autres plaintes contre lui-même, il nous semble également
avoir raison, et ne faire que saisir la vérité avec plus d’acuité que d’autres
personnes qui ne sont pas mélancoliques. Lorsque, dans son autocritique
exacerbée, il se décrit comme mesquin, égoïste, insincère, incapable
d’indépendance, comme un homme dont tous les efforts ne tendraient qu’à cacher
les faiblesses de sa nature, il pourrait bien, selon nous, s’être passablement
approché de la connaissance de soi, et la seule question que nous nous posons,
c’est de savoir pourquoi l’on doit commencer par tomber malade pour avoir accès
à une telle vérité. Car il ne fait aucun doute que celui qui s’est découvert
tel et qui exprime devant les autres une telle appréciation de soi (une
appréciation comme celle que le prince Hamlet tient en réserve pour lui-même et
pour tous les autres
[1]),
celui-là est malade, qu’il dise bien la vérité ou qu’il se montre plus ou moins
injuste envers lui-même. Il n’est pas difficile non plus de remarquer qu’il
n’existe, selon notre jugement, aucune correspondance entre l’importance de
l’autodépréciation et sa justification réelle. Celle qui a été jusqu’ici une
brave femme, laborieuse et fidèle à ses devoirs, ne parlera pas mieux
d’elle-même au cours de sa mélancolie que celle qui, en vérité, ne vaut rien ;
peut-être même la première a-t-elle plus de chances de faire une mélancolie que
l’autre dont nous non plus ne pourrions rien dire de bon. Enfin, nous ne
pouvons qu’être frappés du fait que le mélancolique ne se comporte, malgré
tout, pas tout à fait comme quelqu’un qui est, de façon normale, accablé de
remords et d’autoreproches. Il manque ici la honte devant les autres qui, avant
toute chose, caractériserait ce dernier état, ou du moins cette honte
n’apparaît pas de manière frappante. On pourrait presque mettre en évidence
chez le mélancolique le trait opposé : il s’épanche auprès d’autrui de façon
importune, trouvant satisfaction à s’exposer nu.
Il n’est donc pas essentiel de se demander si le mélancolique,
dans sa pénible autodépréciation, a raison, dans la mesure où sa critique
coïncide avec le jugement des autres. Ce qui doit plutôt nous retenir, c’est
qu’il nous décrit correctement sa situation psychologique. Il a perdu le
respect de soi et doit avoir pour cela une bonne raison. Mais alors, nous
rencontrons une contradiction qui nous pose une énigme difficile à résoudre.
L’analogie avec le deuil nous amenait à conclure que le mélancolique avait subi
une perte concernant l’objet ; ce qui ressort de ses dires, c’est une perte
concernant son moi.
Avant d’aborder cette contradiction, arrêtons-nous un moment
sur ce que l’affection du mélancolique nous permet d’apercevoir sur la
constitution du moi humain. Nous voyons chez lui comment une partie du moi
s’oppose à l’autre, porte sur elle une appréciation critique, la prend pour
ainsi dire comme objet. Nous soupçonnons que l’instance critique, qui ici est
séparée du moi par clivage, pourrait, dans d’autres circonstances également,
démontrer son autonomie, et toutes nos observations ultérieures confirmeront
cette supposition. Nous trouverons effectivement de bonnes raisons pour séparer
cette instance du reste du moi. Ce avec quoi nous faisons ici connaissance,
c’est cette instance qu’on appelle habituellement conscience morale ; nous la
compterons avec la censure de la conscience et l’épreuve de réalité au nombre
des grandes institutions du moi et nous trouverons aussi quelque part les
preuves du fait qu’elle peut tomber malade isolément. Dans le tableau clinique
de la mélancolie, c’est l’aversion morale du malade à l’égard de son propre moi
qui vient au premier plan, avant l’étalage d’autres défauts : infirmité
corporelle, laideur, faiblesse, infériorité sociale, sont beaucoup plus
rarement l’objet de son auto-appréciation ; seul l’appauvrissement prend une
place de choix parmi les craintes ou les affirmations du malade. Une
observation qu’il n’est guère difficile de faire nous amène à l’explication de
la contradiction mentionnée plus haut. Si l’on écoute patiemment les multiples
plaintes portées par le mélancolique contre lui-même, on ne peut finalement se
défendre de l’impression que les plus sévères d’entre elles s’appliquent
souvent très mal à sa propre personne, tandis qu’avec de petites modifications,
elles peuvent être appliquées à une autre personne que le malade aime, a aimée,
ou devait aimer. Chaque fois qu’on examine les faits, ils confirment cette
supposition. Ainsi on tient en main la clef du tableau clinique lorsqu’on
reconnaît que les autoreproches sont des reproches contre un objet d’amour, qui
sont renversés de celui-ci sur le moi propre.
La femme qui déplore bien haut que son mari soit lié à une
femme si incapable, veut, en fait, porter plainte contre l’incapacité de son
mari dans tous les sens où l’on peut entendre celle-ci. Il n’y a pas trop lieu
de s’étonner si quelques autoreproches bien fondés sont mêlés à ceux qui ont
été retournés contre le sujet. Il est permis de se pousser au premier plan
parce qu’ils aident à cacher les autres et à méconnaître le véritable état des
choses ; d’ailleurs, ils proviennent, eux aussi, du « pour » et du « contre »
de la lutte pour l’amour qui a abouti à la perte de l’amour. Le comportement
des malades, lui aussi, devient dès lors plus compréhensible. Leurs
plaintes sont des
plaintes portées contre, selon le
vieux sens du mot allemand :
Anklage
[2] ; ils n’ont pas honte et ne se cachent pas car toutes
les paroles dépréciatives qu’ils prononcent à l’encontre d’eux-mêmes sont au
fond prononcées à l’encontre d’un autre. Et ils sont bien loin de témoigner, à
l’égard de leur entourage, de l’humilité et de la soumission qui seules
conviendraient à des personnes si indignes ; bien au contraire, ils sont
tracassiers au plus haut point, toujours comme s’ils avaient été lésés et comme
s’ils avaient été victimes d’une grande injustice. Tout cela n’est possible que
parce que les réactions de leur comportement proviennent encore d’une
constellation psychique qui était celle de la révolte, constellation qu’un
certain processus a fait ensuite évoluer vers l’accablement
mélancolique.
Il n’est alors pas difficile de reconstruire ce processus. Il
existait d’abord un choix d’objet, une liaison de la libido à une personne
déterminée ; sous l’influence d’un préjudice réel ou d’une déception de la part
de la personne aimée, cette relation fut ébranlée. Le résultat ne fut pas celui
qui aurait été normal, à savoir un retrait
[3] de la libido de cet objet et son déplacement sur un
nouvel objet, mais un résultat différent, qui semble exiger pour se produire
plusieurs conditions. L’investissement d’objet s’avéra peu résistant, il fut
supprimé, mais la libido libre ne fut pas déplacée sur un autre objet, elle fut
retirée dans le moi. Mais là, elle ne fut pas utilisée de façon quelconque :
elle servit à établir une identification du moi avec l’objet abandonné. L’ombre
de l’objet tomba ainsi sur le moi qui put alors être jugé par une instance
particulière comme un objet, comme l’objet abandonné. De cette façon, la perte
de l’objet s’était transformée en une perte du moi et le conflit entre le moi
et la personne aimée en une scission entre la critique du moi et le moi modifié
par identification.
On peut immédiatement deviner quelque chose des conditions que
présuppose un tel processus et des résultats auxquels il aboutit. Il doit
exister d’une part une forte fixation à l’objet d’amour, mais d’autre part et
de façon contradictoire, une faible résistance de l’investissement d’objet.
Cette contradiction semble exiger, comme l’a judicieusement remarqué O. Rank,
que le choix d’objet se soit produit sur une base narcissique, de sorte que
l’investissement d’objet, si des difficultés s’élèvent contre lui, puisse
régresser jusqu’au narcissisme. L’identification narcissique avec l’objet
devient alors le substitut de l’investissement d’amour, ce qui a pour
conséquence que, malgré le conflit avec la personne aimée, la relation d’amour
n’a pas à être abandonnée. Une telle substitution de l’identification à l’amour
d’objet est un mécanisme important dans les affections narcissiques. K.
Landauer a pu la découvrir récemment dans le processus de guérison d’un cas de
schizophrénie
[4]. Elle
correspond naturellement à la régression, à partir d’un type de choix d’objet,
jusqu’au narcissisme originaire. Nous avons ailleurs émis l’idée que
l’identification est le stade préliminaire du choix d’objet et la première
manière, ambivalente dans son expression, selon laquelle le moi élit un objet.
Il voudrait s’incorporer cet objet et cela, conformément à la phase orale ou
cannibalique du développement de la libido, par le moyen de la dévoration.
Abraham a sans doute raison de rapporter à cette relation le refus
d’alimentation qui se manifeste dans les formes sévères de l’état
mélancolique.
La conclusion qu’exige la théorie, et selon laquelle la
prédisposition réside dans la prédominance du type narcissique de choix
d’objet, n’est malheureusement pas encore confirmée par nos investigations.
J’ai reconnu dans mes quelques lignes d’introduction à cet essai que le
matériel empirique sur lequel cette étude est construite n’est pas à la hauteur
de nos prétentions. Si nous pouvions admettre que l’observation s’accorde avec
nos déductions, nous n’hésiterions pas à intégrer dans les traits
caractéristiques de la mélancolie la régression à partir de l’investissement
d’objet jusqu’à la phase orale de la libido qui appartient encore au
narcissisme. Dans les névroses de transfert non plus, les identifications avec
l’objet ne sont pas rares du tout ; elles sont au contraire un mécanisme
l’investissement dans le moi. Nous avons en général sacrifié ces nuances pour
rendre d’un même terme français la racine commune :
ziehen, Ziehung (retirer, retrait).
(N.d.T.). bien connu de la formation de symptôme, particulièrement dans
l’hystérie. Mais nous pouvons saisir la différence entre l’identification
narcissique et l’identification hystérique : dans la première, l’investissement
d’objet est abandonné tandis que, dans la seconde, il persiste et il exerce une
action, qui habituellement se limite à certaines actions et innervations
isolées. En tout cas, l’identification est, dans les névroses de transfert
également, l’expression d’une communauté qui peut être celle de l’amour.
L’identification narcissique est la plus originaire et nous introduit à la
compréhension de l’identification hystérique qui a été moins bien
étudiée.
La mélancolie emprunte donc une partie de ses caractères au
deuil et l’autre partie au processus de la régression à partir du choix d’objet
narcissique jusqu’au narcissisme. Elle est d’une part, comme le deuil, réaction
à la perte réelle de l’objet d’amour, mais, en outre, elle est marquée d’une
condition qui fait défaut dans le deuil normal ou qui transforme celui-ci en
deuil pathologique lorsqu’elle vient s’y ajouter. La perte de l’objet d’amour
est une occasion privilégiée de faire valoir et apparaître l’ambivalence des
relations d’amour. Là où la prédisposition à la névrose obsessionnelle est
présente, le conflit ambivalentiel confère de ce fait en deuil une forme
pathologique et le force à s’exprimer sous la forme d’autoreproches selon
lesquels on est soi-même responsable de la perte de l’objet d’amour, autrement
dit qu’on l’a voulue. Dans ce genre de dépression nérvrotiques-obsessionnelles
survenant après la mort de personnes aimées, nous sommes en présence de ce que
le conflit ambivalentiel produit à lui seul lorsque ne s’y ajoute pas le
retrait de la libido. Les causes déclenchantes de la mélancolie débordent en
général le cas bien clair de la perte due à la mort et englobent toutes les
situations où l’on subit un préjudice, une humiliation, une déception,
situations qui peuvent introduire dans la relation une opposition d’amour et de
haine ou renforcer une ambivalence déjà présente. Ce conflit ambivalentiel dont
l’origine peut tantôt être rattachée davantage à la réalité, tantôt davantage
aux facteurs constitutionnels, ne doit pas être négligé parmi les conditions
présupposées par la mélancolie. Si l’amour pour l’objet, qui ne peut pas être
abandonné tandis que l’objet lui-même est abandonné, s’est réfugié dans
l’identification narcissique, la haine entre en action sur cet objet
substitutif en l’injuriant, en le rabaissant, en le faisant souffrir et en
prenant à cette souffrance une satisfaction sadique. La torture que s’inflige
le mélancolique et qui, indubitablement, lui procure une jouissance,
représente, tout comme le phénomène correspondant dans la névrose
obsessionnelle, la satisfaction de tendances sadiques et haineuses
[5] qui, visant un objet, ont
subi de cette façon un retournement sur la personne propre. D’habitude, dans
les deux affections, les malades parviennent encore, par le détour de
l’autopunition, à tirer vengeance des objets originaires et à torturer ceux
qu’ils aiment par le moyen de leur maladie, après s’être réfugiés dans la
maladie afin de ne pas être obligés de leur manifester directement leur
hostilité. La personne qui a amené la perturbation dans les sentiments du
malade, celle vers laquelle la maladie est orientée se trouve bien,
habituellement, dans l’entourage du malade. Ainsi l’investissement d’amour que
le mélancolique avait fait sur son objet a eu un double destin ; pour une part,
il a régressé sur l’identification, pour une autre partie, il a été reporté,
sous l’influence de conflit ambivalentiel, au stade du sadisme qui est plus
proche de celui-ci.
Seul ce sadisme vient résoudre l’énigme de la tendance au
suicide qui rend la mélancolie si intéressante et si dangereuse. Nous avons
reconnu, comme état originaire d’où part la vie pulsionnelle, un amour si
considérable du moi pour lui-même ; nous voyons se libérer, dans l’angoisse qui
se manifeste quand la vie est menacée, une charge si gigantesque de libido
narcissique que nous ne saisissons pas comment ce moi peut consentir à son
autodestruction. Nous savions, bien sûr, depuis longtemps, qu’un névrosé
n’éprouve pas d’intention suicidaire qui ne soit le résultat d’un retournement
sur soi d’une impulsion meurtrière contre autrui; nous ne comprenons toujours
pas quel jeu de forces pouvait transformer en acte une telle intention. Or,
l’analyse de la mélancolie nous enseigne que le moi ne peut se tuer que
lorsqu’il peut, de par le retour de l’investissement d’objet, se traiter
lui-même comme un objet, lorsqu’il lui est loisible de diriger contre lui-même
l’hostilité qui vise un objet et qui représente la réaction originaire du moi
contre des objets du monde extérieur (cf. : « Pulsions et destins des pulsions
»). Ainsi, dans la régression à partir du choix d’objet narcissique, l’objet a
certes été supprimé mais il s’est pourtant avéré plus puissant que le moi
lui-même. Dans ces deux situations opposées, l’état amoureux le plus extrême et
le suicide, le moi, bien que par des voies tout à fait différentes, est écrasé
par l’objet.
Quant à l’un des caractères frappants de la mélancolie,
l’importance de l’angoisse d’appauvrissement, nous sommes tenté de la faire
dériver de l’érotisme anal qui serait ici arraché à ses connexions et
transformé par régression.
La mélancolie nous pose encore d’autres questions pour
lesquelles la réponse nous échappe partiellement. Elle termine son cours après
un certain laps de temps sans laisser derrière elle d’altérations apparentes et
grossières, caractère qu’elle partage avec le deuil. Dans celui-ci, nous avons
appris que le temps était nécessaire pour que soit exécuté en détail le
commandement de l’épreuve de réalité, travail après lequel le moi peut libérer
sa libido de l’objet perdu. Nous pouvons penser que le moi est occupé, pendant
la mélancolie, à un travail analogue ; dans un cas comme dans l’autre, le
processus échappe, du point de vue économique, à notre compréhension.
L’insomnie de la mélancolie nous montre bien que cet état est figé, qu’il est
impossible d’accomplir le retrait général des investissements nécessaires au
sommeil. Le complexe mélancolique se comporte comme une blessure ouverte
attirant de toutes parts vers lui des énergies d’investissement (celles que
nous avons nommées, dans les névroses de transfert, « contreinvestissements »)
et vidant le moi jusqu’à l’appauvrir complètement ; ce complexe peut facilement
se montrer résistant au désir de dormir du moi. Un facteur vraisemblablement
somatique se manifeste dans la sédation régulière de l’état dans la soirée,
phénomène qui ne s’explique pas de façon psychogénétique. À ces considérations
se relie la question de savoir si une perte du moi sans que l’objet entre en
ligne de compte (une affection purement narcissique du moi) ne suffit pas à
produire le tableau de la mélancolie, et si un appauvrissement d’origine
toxique en libido du moi ne peut pas donner directement certaines formes de la
maladie. La particularité la plus singulière de la mélancolie, celle qui a le
plus besoin d’être élucidée, c’est sa tendance à se renverser dans l’état
auxquels les symptômes sont opposés, la manie. On sait bien que toute
mélancolie n’a pas ce destin. Il est des cas qui évoluent par récidives
périodiques dans les intervalles desquels on ne retrouve pas, ou seulement très
peu, la tonalité maniaque. D’autres cas présentent cette alternance régulière
de phases mélancoliques et maniaques qui a trouvé son expression dans la notion
de folie cyclique. On serait tenté d’exclure ces cas de la conception
psychogénétique si précisément, dans plusieurs d’entre eux, le travail
psychanalytique n’était pas arrivé à donner la solution et à exercer une action
thérapeutique. Il n’est donc pas seulement permis, il est exigé d’étendre à la
manie aussi une explication analytique de la mélancolie.
Je ne peux pas promettre que cette tentative aboutira à des
résultats pleinement satisfaisants. Bien au contraire, elle ne va guère plus
loin que de rendre possible une première orientation. Nous disposons ici de
deux points d’appui, dont le premier est une impression tirée de la
psychanalyse et le deuxième un fait économique dont on peut bien dire qu’il est
d’expérience commune. L’impression, déjà formulée par plusieurs chercheurs en
psychanalyse, est la suivante : la manie n’a pas d’autre contenu que la
mélancolie, les deux affections luttent contre le même « complexe » auquel il
est vraisemblable que le moi a succombé dans la mélancolie alors que dans la
manie il l’a maîtrisé ou écarté. L’autre point d’appui nous est fourni par un
fait d’expérience : tous les états de joie, de jubilation, de triomphe, qui
nous montrent, dans la normalité, le prototype de la manie, présente les mêmes
conditions économiques. On trouve dans ces états un événement dont l’action
rend finalement superflue une grande dépense psychique qui avait été longtemps
entretenue ou engagée de façon habituelle, de telle sorte que cette énergie
devient disponible pour des utilisations et des possibilités de décharge de
toutes sortes. Par exemple, lorsqu’un pauvre diable est tout à coup délivré de
son souci chronique du pain quotidien par le gain d’une forte somme d’argent,
lorsqu’une lutte longue et laborieuse se voit finalement couronnée par le
succès, lorsqu’on parvient à se débarasser d’un coup d’une obligation pesante,
d’une dissimulation longtemps poursuivie, etc. Toutes les situations de ce
genre se caractérisent par l’exaltation de l’humeur, par les signes de décharge
de l’affect de joie et par la propension accrue à accomplir toutes sortes
d’actions, tout à fait comme la manie et en pleine opposition avec la
dépression et l’inhibition de la mélancolie. On peut tenter d’exprimer les
choses en disant que la manie n’est rien d’autre qu’un triomphe de ce genre, à
la seule différence qu’ici encore reste caché pour le moi ce qu’il a surmonté
et ce dont il triomphe. L’ivresse alcoolique qui appartient à la même série
d’états pourra être expliquée de la même façon pour autant qu’elle est une
ivresse gaie ; il s’agit vraisemblablement dans son cas d’une suppression des
dépenses de refoulement, obtenue par des moyens toxiques. Dans l’opinion des
profanes, il est volontiers admis que, dans un état maniaque de ce genre, si
l’on prend tant de plaisir à remuer et à entreprendre, c’est parce qu’on est si
« bien disposé ». Naturellement, nous devrons rompre cette fausse connexion. La
condition économique ci-dessus mentionnée s’est trouvée réalisée dans la vie
psychique, et c’est la raison pour laquelle, d’une part, on est d’une humeur si
gaie et, d’autre part, on est si désinhibé dans l’action.
En réunissant les deux indications que nous avons données, nous
arrivons à ceci: dans la manie, il faut que le moi ait surmonté la perte de
l’objet (ou bien le deuil relatif à cette perte, ou bien, peut être, l’objet
lui-même), ensuite de quoi toute la charge de contre-investissement que la
peine douloureuse de la mélancolie avait tirée du moi vers elle, et qu’elle
avait liée, est devenue disponible. Le maniaque nous démontre encore, de façon
évidente, en partant comme un affamé en quête de nouveaux investissements
d’objet, qu’il est libéré de l’objet qui l’avait fait souffrir.
Cette explication a bien l’air plausible, mais, premièrement,
elle est encore trop imprécise et, deuxièmement, elle fait surgir de nouvelles
questions et des doutes plus nombreux que les réponses que nous pouvons donner.
Nous ne nous dérobons pas à leur discussion, même si nous ne pouvons attendre à
trouver à travers elle la voie vers la lumière.
Tout d’abord, le deuil normal surmonte bien, lui aussi, la
perte de l’objet et absorbe pareillement, aussi longtemps qu’il dure, toutes
les énergies du moi. Pourquoi est-ce que, dans son cas, ne s’instaure pas, à la
fin de son cours, la condition, la condition économique pour une phase de
triomphe, même sous la forme d’une indication discrète ? Je trouve impossible
de répondre de but en blanc à cette objection, qui attire en outre notre
attention sur le fait que nous ne pouvons même pas dire par quels moyens
économiques le deuil accomplit sa tâche. Mais peut-être une supposition
peut-elle ici nous venir en aide. Sur chacun des souvenirs et des situations
d’attente qui montrent que la libido est rattachée à l’objet perdu, la réalité
prononce son verdict : l’objet n’existe plus ; et le moi, quasiment placé
devant la question de savoir s’il veut partager ce destin, se laisse décider
par la somme des satisfactions narcissiques à rester en vie et à rompre sa
liaison avec l’objet anéanti. On peut peut-être se représenter cette rupture
comme si lente et si progressive qu’à la fin du travail, l’énergie qu’il
fallait dépenser pour l’effectuer se trouve dissipée
[6].
Il est tentant de chercher, à partir de nos conjectures sur le
travail du deuil, une voie qui nous permette de nous représenter le travail de
la mélancolie. D’emblée, une incertitude nous arrête. Nous ne nous sommes guère
soucié jusqu’ici du point de vue topique dans la mélancolie, et nous n’avons
pas posé la question de savoir dans et entre quels systèmes psychiques se
produit le travail de la mélancolie. Quelle partie des processus psychiques de
cette affection se joue encore sur les investissements d’objet inconscients
laissés vacants, et quelle partie sur leur substitut par identification dans le
moi ?
Il est vite dit, et il est facile d’écrire, que « la
représentation (de chose) inconsciente de l’objet est abandonnée par la libido
». Mais en réalité, cette représentation figure sous la forme d’innombrables
impressions particulières (traces inconscientes de celle-ci) et
l’accomplissement de ce retrait de la libido ne peut pas être un processus
instantané ; c’est certainement, comme le deuil, un processus de longue durée
progressant pas à pas. Il n’est certainement pas facile de distinguer s’il
commence simultanément en plusieurs endroits ou s’il comporte une série qui
serait déterminée ; dans les analyses, on peut souvent constater que tantôt tel
autre est activé, et que ces plaintes qui ont toujours la même teneur et qui
sont fatigantes par leur monotonie proviennent cependant chaque fois d’un
fondement inconscient différent. Lorsque l’objet n’a pas pour le moi une si
grande importance, renforcée par mille liens, sa perte n’est pas non plus
capable de causer un deuil ou une mélancolie. L’accomplissement en détail du
détachement de la libido est donc un caractère qu’il faut attribuer à la
mélancolie autant qu’au deuil; il se fonde vraisemblablement sur la même
situation économique et sert les mêmes tendances.
Mais la mélancolie, comme nous l’avons appris, a quelque chose
de plus dans son contenu que le deuil normal. La relation à l’objet n’est pas
simple dans son cas, mais compliquée par le conflit ambivalentiel.
L’ambivalence peut être constitutionnelle, c’est-à-dire s’attacher à toutes les
relations d’amour de ce moi particulier, ou bien découler précisément des
expériences vécues qui entraînent la menace de la perte de l’objet. C’est
pourquoi les conditions déclenchantes de la mélancolie peuvent déborder
largement celles du deuil qui, en règle générale, n’est provoqué que par la
perte réelle, la mort de l’objet. Dans la mélancolie par conséquent se nouent
autour de l’objet une multitude de combats singuliers dans lesquels haine et
amour luttent l’un contre l’autre, la haine pour détacher la libido de l’objet,
l’amour pour maintenir cette position de la libido de l’objet, l’amour pour
maintenir cette position de la libido contre l’assaut. Ces combats singuliers,
nous ne pouvons les situer dans un autre système que l’Ics, le royaume des traces mnésiques de chose
(par opposition aux investissements de mot). C’est là aussi que, dans le deuil,
se jouent les tentatives de détachement, mais, dans celui-ci, rien ne s’oppose
à ce que ces processus se propagent, par la voie normale passant par le
Pcs, jusqu’à la conscience. Cette vie
est barrée pour le travail de la mélancolie, en raison peut-être d’une
pluralité de causes qui peuvent aussi agir de façon convergente. L’ambivalence
constitutionnelle appartient par essence au refoulé, les expériences
traumatiques vécues en rapport à l’objet peuvent avoir activé un autre refoulé.
Ainsi, tout ce qui touche ces combats ambivalentiels reste soustrait à la
conscience tant que l’issue caractéristique de la mélancolie n’est pas
survenue. Cette issue consiste, nous le savons, en ce que l’investissement
libidinal menacé abandonne finalement l’objet mais seulement pour se retirer
sur le lieu du moi dont il est parti. L’amour s’est ainsi soustrait, par sa
fuite dans le moi, à sa suppression. Après cette régression de la libido, le
processus peut devenir conscient et il se représente à la conscience sous la
forme d’un conflit entre une partie du moi et l’instance critique.
Ce que la mélancolie connaît du travail de la mélancolie n’est
donc pas la partie essentielle de celui-ci, ni celle à laquelle nous pouvons
attribuer une influence sur la résolution de la souffrance. Nous voyons le moi
se déprécier et faire rage contre lui-même et nous comprenons, aussi peu que le
malade, à quoi cela peut conduire et comment cela peut changer. C’est plutôt à
la partie inconsciente du travail que nous pouvons attribuer une telle
fonction, car il n’est pas difficile de découvrir une analogie essentielle
entre le travail de la mélancolie et celui du deuil. De même que le deuil amène
le moi à renoncer à l’objet en déclarant l’objet mort, et de même qu’il offre
au moi la prime de rester en vie, de même chacun des combats ambivalentiels
singuliers relâche la fixation de la libido à l’objet en le dévalorisant, en le
rabaissant et même pour ainsi dire, en le frappant à mort. Ce processus a la
possibilité de prendre fin dans l’
Ics,
soit que sa fureur finisse par s’épuiser, soit que l’objet finisse par être
abandonné comme sans valeur. Nous ne distinguons pas laquelle de ces deux
possibilités amène régulièrement ou le plus souvent la fin de la mélancolie, et
quelle influence cette terminaison a sur le déroulement ultérieur du cas. Le
moi peut alors savourer la satisfaction de se reconnaître comme le meilleur,
comme supérieur à l’objet. Même si nous pouvons admettre cette conception du
travail de la mélancolie, elle ne peut pas nous rendre compte du point pour
lequel nous étions partis en quête d’une explication. Nous espérions pouvoir
faire dériver la condition économique pour que survienne la manie, une fois
terminé le cours de la mélancolie, de l’ambivalence qui domine cette dernière
affection, et cet espoir pourrait se fonder sur des analogies empruntées à
différents autres domaines ; mais il est un fait devant lequel on doit
s’incliner. Des trois conditions présupposées par la mélancolie : perte de
l’objet, ambivalence et régression de la libido dans le moi, nous retrouvons
les deux premières dans le cas des reproches obsédants après un décès. Là,
c’est l’ambivalence qui est sans aucun doute le ressort du conflit et
l’observation montre qu’une fois le cours de celui-ci terminé, il ne reste rien
qui ressemble au triomphe d’un état maniaque. Cela nous invite à considérer le
troisième facteur comme le seul qui puisse avoir cet effet. L’accumulation d’un
investissement qui est d’abord lié puis qui devient libre après la terminaison
du travail de la mélancolie et rend possible la manie, cette accumulation doit
être en relation avec la régression de la libido au narcissisme. Le conflit
dans le moi, contre lequel la mélancolie a échangé le combat pour l’objet, agit
nécessairement comme une blessure douloureuse qui sollicite un
contre-investissement extraordinairement élevé. Mais ici, à nouveau, il importe
de faire halte et de repousser la suite de l’explication de la manie, jusqu’à
ce que nous ayons acquis des lumières sur la nature économique, d’abord de la
douleur corporelle, puis de la douleur psychique qui lui est analogue. Nous
savons bien déjà que l’interdépendance et l’intrication des problèmes
psychiques nous obligent à laisser inachevée chacune de nos recherches jusqu’à
ce que les résultats d’une autre étude puissent lui venir en aide
[7].
Sigmund FREUD, extrait de Métapsychologie,
traduction revue et corrigée par Jean Laplanche et J.B.
Pontalis,
Paris, Gallimard, 1986 (1re publication
1915), p. 145-171
[1]
« Use every man after his desert, and who should scape whipping
? »
Hamlet, II, 2. « Si chaque homme
ne recevait son dû, qui donc échapperait aux étrivières ? » (traduction A.
Gide).
[2]
Ihre Klagen sind Anklagen.
Anklagen: ancien terme juridique signifiant « mise en accusation,
plainte portée contre quelqu’un ». (N.d.T.)
[3]
Freud utilise les termes
abziehen, entziehen, zurückziehen, einziehen,
selon que l’accent est plutôt mis sur le détachement de l’objet ou sur l’action
de « faire rentrer »
[4]
Intern. Zeitsch. Für ärzti.
Psychoanalyse, II, 1914.
[5]
En ce qui concerne leur distinction, voir l’article « Pulsion
et destins des pulsions ».
[6]
Le point de vue économique n’a guère été pris en considération
jusqu’à ce jour dans les travaux psychanalytiques. Citons comme exception
l’article de V. Tausk : « Dévalorisation du motif du refoulement par récompense
» (
Intern. Zeitsch. für ärztl.
Psychoanalyse, I, 1913).
[7]
L’étude du problème de la manie est poursuivie dans
Psychologie collective et analyse du
moi.