Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4763-0
156 pages

p. 5 à 5
doi: en cours

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no 88 2005/2

2005 Sociétés

La religion metal première sociologie de la musique metal

« De Baudelaire et Verlaine, de Lautréamont et Rimbaud à nos contemporains André Breton et ses disciples, bien des artistes ont utilisé l’occultisme en guise d’arme puissante dans leur rébellion contre la société et l’idéologie bourgeoises. Ils rejetaient la religion, les conventions sociales, l’éthique, l’esthétique de leur temps. Certains étaient non seulement anticléricaux, comme la plupart de l’intelligentsia française, mais antichrétiens ; ils refusaient, en fait, l’ensemble des valeurs judéo-chrétiennes, tout comme du reste les idéaux gréco-romains et ceux de la Renaissance. Ils s’intéressaient aux sectes gnostiques et autres sociétés secrètes non seulement pour leur savoir occulte mais aussi parce qu’elles avaient été en butte à la persécution de l’Église. Artistes, ils recherchaient dans les traditions occultes des éléments préjudéo-chrétiens et préclassiques (préhelléniques), c’est-à-dire des méthodes de création et des valeurs spirituelles égyptiennes, perses, indiennes ou chinoises. Ils puisaient leurs idéaux esthétiques dans les arts les plus archaïques, dans la révélation “primordiale” de la beauté. »
Mircea Eliade, Occultisme, sorcellerie et modes culturelles
« Si l’élite se passionne pour Finnegans Wake, pour la musique atonale ou pour le tachisme, c’est aussi parce que de telles œuvres représentent des mondes clos, des univers hermétiques où l’on ne pénètre qu’au prix d’énormes difficultés homologables aux épreuves initiatiques des sociétés archaïques et traditionnelles. On a, d’une part, le sentiment d’une “initiation”, initiation presque disparue du monde moderne ; d’autre part, on affiche, aux yeux des “autres”, de la “masse”, l’appartenance à une minorité secrète ; non plus à une “aristocratie” (les élites modernes s’orientent vers la gauche), mais à une gnose, qui a le mérite d’être à la fois spirituelle et séculaire, en s’opposant aussi bien aux valeurs officielles qu’aux Églises traditionnelles. Par le culte de l’originalité extravagante, de la difficulté, de l’incompréhensibilité, les élites marquent leur détachement de l’univers banal de leurs parents […]. Au fond, la fascination par la difficulté, voire l’incompréhensibilité des œuvres d’art, trahit le désir de découvrir un nouveau sens, secret, inconnu jusqu’alors, du Monde et de l’existence humaine. On rêve d’être “initié”, d’arriver à percer le sens occulte de toutes ces destructions de langages artistiques, de toutes ces expériences “originales” qui semblent, à première vue, n’avoir rien de commun avec l’art. »
Mircea Eliade, Aspects du mythe
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