2005
Sociétés
La religion metal première sociologie de la musique metal
« De Baudelaire et Verlaine, de Lautréamont et Rimbaud à nos
contemporains André Breton et ses disciples, bien des artistes ont utilisé
l’occultisme en guise d’arme puissante dans leur rébellion contre la société et
l’idéologie bourgeoises. Ils rejetaient la religion, les conventions sociales,
l’éthique, l’esthétique de leur temps. Certains étaient non seulement
anticléricaux, comme la plupart de l’intelligentsia française, mais
antichrétiens ; ils refusaient, en fait, l’ensemble des valeurs
judéo-chrétiennes, tout comme du reste les idéaux gréco-romains et ceux de la
Renaissance. Ils s’intéressaient aux sectes gnostiques et autres sociétés
secrètes non seulement pour leur savoir occulte mais aussi parce qu’elles
avaient été en butte à la persécution de l’Église. Artistes, ils recherchaient
dans les traditions occultes des éléments préjudéo-chrétiens et préclassiques
(préhelléniques), c’est-à-dire des méthodes de création et des valeurs
spirituelles égyptiennes, perses, indiennes ou chinoises. Ils puisaient leurs
idéaux esthétiques dans les arts les plus archaïques, dans la révélation
“primordiale” de la beauté. »
Mircea Eliade, Occultisme,
sorcellerie et modes culturelles
« Si l’élite se passionne pour Finnegans Wake, pour la musique atonale ou pour
le tachisme, c’est aussi parce que de telles œuvres représentent des mondes
clos, des univers hermétiques où l’on ne pénètre qu’au prix d’énormes
difficultés homologables aux épreuves initiatiques des sociétés archaïques et
traditionnelles. On a, d’une part, le sentiment d’une “initiation”, initiation
presque disparue du monde moderne ; d’autre part, on affiche, aux yeux des
“autres”, de la “masse”, l’appartenance à une minorité secrète ; non plus à une
“aristocratie” (les élites modernes s’orientent vers la gauche), mais à une
gnose, qui a le mérite d’être à la fois spirituelle et séculaire, en s’opposant
aussi bien aux valeurs officielles qu’aux Églises traditionnelles. Par le culte
de l’originalité extravagante, de la difficulté, de l’incompréhensibilité, les
élites marquent leur détachement de l’univers banal de leurs parents […]. Au
fond, la fascination par la difficulté, voire l’incompréhensibilité des œuvres
d’art, trahit le désir de découvrir un nouveau sens, secret, inconnu
jusqu’alors, du Monde et de l’existence humaine. On rêve d’être “initié”,
d’arriver à percer le sens occulte de toutes ces destructions de langages
artistiques, de toutes ces expériences “originales” qui semblent, à première
vue, n’avoir rien de commun avec l’art. »
Mircea Eliade, Aspects du
mythe