Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-5179-4
156 pages

p. 5 à 6
doi: 10.3917/soc.091.05

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no 91 2006/1

2006 Sociétés

Avant-propos

Technologie, imaginaire, socialité

Stéphane Hugon
« Si paradoxal que cela puisse paraître, le complexe d’image, constitué par le style, la forme, le jeu des apparences, donne, en cette postmodernité naissante, une force singulière à l’idéal communautaire ».
M. M., La Contemplation du monde
Une question obsédante hante depuis plus d’un siècle l’esprit des sociologues, c’est celle de la magie de la force groupale, ce qui fait que le lien – c’est-à-dire l’espace qui existe entre les personnes – n’est rien moins que l’essence vitale de toutes les sociétés. Cette question est banale mais récurrente ; et elle se redéploie sans cesse, son intérêt ressurgit constamment. Elle se révèle cruciale lorsqu’elle se trouve à nouveau modulée, en fonction de l’imaginaire des groupes, des forces et des contraintes des lieux, des relations à l’espace, des modes d’appropriation des moyens disponibles et des outils pour exprimer et mettre en forme cette nécessaire relation. Par le filtre des interactions, des appropriations successives et détournements des outils, par les transmissions de traditions comme de petites habitudes, et par ritualisations successives et petites anamnèses, l’énergie sociale s’épand. « Pouvoir c’est vouloir » : l’on prête à Jean-Marie Guyau cette maxime, qui traduit bien, de manière intempestive, le phylum irrégulier, non linéaire ni cumulatif, que peut saisir une analyse des influences croisées du social et des technologies de communication. Le destin secret de la culture est de s’étendre, inexorablement. L’histoire des technologies et des réseaux de communication rappelle que chaque nouvelle technique permet, en quelque sorte, la poursuite de la socialité, par d’autres moyens. Ainsi les technologies se transforment, et certaines questions demeurent. Qu’est-ce qu’habiter ? Qu’est-ce qu’un paysage ? Qu’est-ce que naviguer ? Qu’est-ce qu’une communauté ? Qu’est-ce que partager ?
La revue Sociétés présente aujourd’hui un dossier rassemblant différentes études des formes relationnelles qui habitent les technologies de communication. Par le biais d’une triangulation, Imaginaire, technologie, socialité, ce dossier se fera l’écho de travaux réguliers entre différents auteurs et laboratoires de recherche en sciences humaines et sociales. Le point de départ – prétexte – en est le rituel anniversaire donné pour les dix années de travaux du GRETECH (Groupe de Recherche et d’Étude sur la Technologie et le Quotidien, CeaQ-Sorbonne), qui, à cette occasion, a souhaité inviter des chercheurs d’autres structures, avec lesquels une collaboration s’est tissée depuis la création du Groupe à la Sorbonne en 1994, par André Lémos. Ainsi, un réseau de recherche s’est constitué, autour d’un regard, non pas une vision, mais plutôt une compréhension des phénomènes. Ces échanges ont permis aux laboratoires du MIT (Harvard), de la PUCR (Rio), de l’Université d’Alberta à Edmonton (Canada), de l’IRIS (Rome et Milan), du département des Politiques sociales d’Helsinki, de l’UERJ (Rio), ainsi que des départements de Recherche et Développement de France Telecom à Paris, et de SK Communications à Séoul, de partager leurs recherches et leurs points de vue.
Les textes présentés ici reprennent deux des trois grandes thématiques du colloque que sont les questions, d’une part, de l’espace de navigation et de mobilité dans leur rapport au lien social, et d’autre part, de la puissance de l’image et sa vertu agrégative. Une troisième thématique – corpus electronicum, la question du corps et les nouvelles technologies – fera l’objet ultérieurement d’un numéro spécial de notre revue. Le présent dossier est introduit par un texte cadre de Michel Maffesoli sur l’éthos postmoderne. Ces deux thématiques – très vastes – ont leur homogénéité. Elles ont en commun à la fois un ensemble de terrain – les techniques de communication – mais également une sensibilité, celle d’appréhender les médias dans une écologie globale du phénomène, et de déployer ce que M. Maffesoli appelle une pensée sensible.
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