Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2804151816
124 pages

p. 5 à 7
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Contributions

no 93 2006/3

2006 Sociétés Contributions

Présentation

Anne Petiau Mounira Zermani
Depuis plus de vingt ans, la revue Sociétés propose un espace interdisciplinaire ouvert pour les sciences humaines et sociales. En publiant des textes historiques, des auteurs contemporains ainsi que des jeunes chercheurs, en faisant également une large place aux chercheurs étrangers, la revue s’est fait l’écho des discussions sur l’épistémologie des sciences sociales, ainsi que des questionnements de terrain et de phénomènes émergents. Au fil des publications, Sociétés contribue au développement de la sociologie compréhensive et phénoménologique, de la sociologie de l’imaginaire et du quotidien ainsi qu’à la compréhension des faits sociaux contemporains, sans négliger les débats théoriques et les débats d’idées.
En entrecroisant les styles et les auteurs, la collection est forte aujourd’hui de près d’une centaine de numéros. Des archives importantes donc, mais qui ne sont pour autant accessibles qu’à un nombre restreint de chercheurs. Nous avions donc envie de mettre à nouveau à disposition des lecteurs une partie de ces textes, en proposant un dossier constitué d’une miscellanée d’articles parus au cours de la première décennie d’existence de la revue.
Faire un choix parmi les textes n’a pas été chose facile. Nous avons pris le parti de faire figurer dans ce dossier des articles d’auteurs qui ont significativement contribué au débat en épistémologie des sciences sociales et notamment à la sociologie compréhensive et phénoménologique. En proposant des regards divers sur des objets participant à la réalité sociale et à la vie quotidienne, nous souhaitions mettre à jour la richesse contenue dans les premières publications.
Le premier groupe de textes contribue ainsi au débat épistémologique en s’interrogeant sur ce qui constitue le fondement de la socialité de base – le quotidien, les conditions de possibilité des rapports sociaux – et sur les outils théoriques susceptibles de rendre compte au mieux de la réalité sociale dans nos sociétés postmodernes. Abraham Moles s’interroge ainsi sur le rôle des intellectuels. Si comprendre et décrire la réalité sociale contemporaine nécessite une indépendance et une liberté vis-à-vis de la société globale et de ses administrateurs, la « ghettoïsation » des intellectuels entraîne selon l’auteur une crise du savoir dans notre société de la technologie et de l’information, où les connaissances sont nombreuses mais ne parviennent pas suffisamment à se diffuser dans le corps social. Michel Maffesoli a contribué à faire connaître Alfred Schütz en France en accueillant dans la collection « Sociétés » de la Librairie des Méridiens les traductions françaises d’un recueil de textes [1]. L’article reproduit ici est une traduction de Making music together. A study in social relationship, paru dans le premier numéro de Sociétés. Dans ce texte, Schütz cherche à saisir à quelles conditions peut s’établir une relation sociale. Le cas de la communication musicale lui permet de renvoyer à l’existence d’un « rapport social précommunicatif », qui est au fondement de la compréhension mutuelle. Ceci conduit aussi à pointer l’existence de rapports sociaux « silencieux », qui ne passent pas par le langage. Michel Maffesoli expose les contours d’une sociologie « formiste » – qu’il développera plus longuement dans un ouvrage paru la même année [2]. En se référant à Simmel, il souligne combien cette perspective théorique permet d’apprécier les tendances et de saisir les formes qui structurent la réalité sociale, tout en étant attentif au jeu des images et au pluralisme constitutif des sociétés postmodernes. Nous retrouvons l’influence de Simmel dans le texte de Patrick Watier, qui a largement participé à la récente reconnaissance de la pensée du sociologue allemand dans le débat sociologique en montrant l’actualité du contenu de son œuvre [3]. Sa contribution engage un dialogue avec le texte précédent, en présentant la sociologie formiste comme un savoir qui permet de révéler les multiples facettes de la personnalité, l’individu participant toujours, dans nos sociétés complexes, de divers « cercles sociaux » (G. Simmel), de plusieurs « sous-univers » (W. James). La compréhension de l’autre – qu’elle soit sociologique ou mise en œuvre par les individus dans le cours de leur vie ordinaire – repose sur cette prise en compte de la pluralité de la personne, qui conserve ainsi toujours sa part de mystère.
Les deux textes suivants nous font pénétrer dans les parcours intellectuels et universitaires de deux auteurs. Au fil de l’entretien avec Thomas Luckmann et du récit de l’itinéraire de Louis-Vincent Thomas par lui-même, l’un et l’autre rendent compte des rencontres, amitiés intellectuelles, mais aussi occasions et hasards, qui ont jalonné leurs parcours, livrant également quelques aspects de leur travail théorique.
Le dernier groupe de textes traite de thématiques privilégiées par la revue Sociétés. Gilbert Durand, figure marquante de la sociologie de l’imaginaire, aborde l’Opéra comme un phénomène socio-culturel significatif. Menant une mythanalyse, telle qu’il en développa les principes dans un ouvrage antérieur [4], il nous démontre comment l’étude d’un tel phénomène culturel peut révéler toute l’épistémè d’une époque. Philippe Breton explore, quant à lui, l’imaginaire des technologies de l’information, et crée le lien entre la pensée du social et le monde souvent complexe de la technique. En offrant un regard sur le rapport entre imaginaire des techniciens et du social, il rend compte d’une logique basée sur une source créatrice identique. Enfin, Véronique Grappe interroge la fonction sociale de l’ivresse. Elle aborde de front les questions difficiles du « trop boire » et de l’abus, montrant que ces aspects contribuent eux aussi à l’accomplissement de la fonction sociale du « boire », c’est-à-dire au franchissement des frontières de l’espace festif. Cette dernière contribution rejoint ainsi l’intérêt du CEAQ pour la socialité « chaude », l’effervescence et la fête, le trivial et l’être ensemble.
Cette présentation se propose d’être un aperçu sur l’ouverture des recherches inspirées par les textes choisis et les points abordés par les groupes d’études du CEAQ. C’est peut-être en cela que nous proposons au lecteur de se mettre en appétit devant la pluralité du monde social en suggérant de jeter un « coup d’œil » sur les thématiques de la revue Sociétés.
 
NOTES
 
[1]A. Schütz, Le chercheur et le quotidien. Phénoménologie des sciences sociales, Paris, Méridiens Klincksieck, 1987.
[2]M. Maffesoli, La connaissance ordinaire. Précis de sociologie compréhensive, Paris, Librairie des Méridiens, 1985.
[3]Notamment L. Deroche-Gurcel, P. Watier (dir), La sociologie de Georg Simmel (1908). Éléments actuels de modélisation sociale, Paris, PUF, 2002 et P. Watier, Georg Simmel, sociologue, Paris, Circé, 2003.
[4]G. Durand, Figures mythiques et visages de l’œuvre, Paris, Berg, 1979.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
A. Schütz, Le chercheur et le quotidien. Phénoménologie des...
[suite] Suite de la note...
[2]
M. Maffesoli, La connaissance ordinaire. Précis de sociolog...
[suite] Suite de la note...
[3]
Notamment L. Deroche-Gurcel, P. Watier (dir), La sociologie...
[suite] Suite de la note...
[4]
G. Durand, Figures mythiques et visages de l’œuvre, Paris, ...
[suite] Suite de la note...