Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2804154820
104 pages

p. 101 à 104
doi: en cours

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Activités sociologiques

n° 98 2007/4

 
La circulation des images. Médiation des cultures, Sous la direction de Richard Bégin, Myriam Dussault et Emmanuelle Dyotte, Paris, L’Harmattan, coll. « Esthétiques », 2006, 214 pages
 
 
Cet ouvrage collectif réunit divers auteurs autour de la réflexion sur l’image comme une des caractéristiques principales de la postmodernité. La composition des divers articles est le résultat, en partie, d’un colloque international organisé en février 2004 à l’Université du Québec à Montréal sur le thème « L’image : espace relationnel », élargie par d’autres contributions d’auteurs qui, sur diverses modulations, s’interrogent sur cette prolifération de l’image dans notre société.
La problématique de la circulation de l’image nécessite un dialogue entre diverses disciplines et divers domaines de recherche. Les différentes approches de la sociologie, de la littérature, du cinéma et des arts visuels, créent une manière riche et dynamique pour une compréhension des effets de cette « civilisation de l’image » en acte dans la société contemporaine. Cela produit une modification de notre expérience au monde qui se fonde par une immersion dans un contexte visuel qui structure de ce fait notre imaginaire. Un imaginaire qui est à la fois collectif, donc partagé par un groupe social, et individuel, c’est-à-dire ancré dans la psyché individuelle, qui désigne le réservoir d’images que l’individu, les groupes et la société produisent et transforment au cours de l’histoire humaine.
Les analyses des divers auteurs dans cet essai, proposent donc de considérer l’image sous ses diverses formes et centrent l’attention sur l’expérience des images dans le monde contemporain.
En analysant les webcams personnelles et la fascination que ces images suscitent, Olivier Asselin, base sa réflexion sur les images du Web comme forme d’autoreprésentation. Le dispositif de webcams est strictement relié au voyeurisme, à l’exhibitionnisme, au narcissisme et à la nature sexuelle qui excite la curiosité. Le fait de se montrer, de se faire voir, devient de nos jours, une manière d’être de l’individu toujours « connecté ». Le Web fonctionne ici comme un espace de reliance, de construction de lien avec l’Autre. Mais en même temps, comme l’indique Asselin, les webcams doivent aussi être perçues comme une extension de la société du spectacle et une surveillance généralisée. Dans les approches de l’image, il est pertinent de réfléchir sur la dimension relationnelle dans une perspective cognitive. Pour cela, Baptiste Campion et Benoît Lambo font référence à « l’exploration narrato-cognitive des jeux et images informatiques ». Les images de synthèse des jeux vidéo comme formes d’appréhension ludique de la connaissance, sont pensées comme un lieu d’interaction véhiculé par l’imagerie dans un modèle d’hyperfiction. Ce terme est défini par ces deux auteurs, comme « la fiction qui se dépasse elle-même, la fiction augmentée au point de lorgner sur le réel » (p. 44). Les images de synthèse occupent ainsi une place importante dans les représentations iconiques et se manifestent comme un indicateur de l’évolution de la place et du statut de l’image et aussi des représentations dans notre société.
Dans le strict rapport avec la société, l’image évoque une forme d’expressivité du temps. À ce propos, Richard Bégin, nous offre une analyse suggestive de la ruine urbaine dans le film de fiction qui, à travers l’exemple du film 25ht Hours de Spike Lee, devient un décor sensible. L’image cinématographique de fiction participe ainsi à une construction téléologique de l’histoire (p. 34).
De son côté, André Habib fait de l’expérience du temps au cinéma son objet d’étude en montrant, à sa manière, la « mélancolie des ruines » dans les diverses productions de fictions cinématographiques qui génèrent une archive de la « présence du temps ».
L’image cinématographique suscite aussi l’intérêt sur la problématique du voyeurisme, que Martin Legault résume dans un parallèle entre American Psycho de Mary Harron et la série photographique Untitled Film Still no. 56 de Cindy Sherman, comme une tentative de compréhension des repères intertextuels. Les images construisent aussi un espace de regard sur les pratiques féminines dans l’art contemporain (Thérèse St-Gelais) ou encore participent à une reconsidération du corps et de soi comme dans les Å“uvres de Vanessa Beecroft analysées par Emmanuelle Dyotte.
Une image pensée aussi en liaison avec l’écriture durcharmien (Nicolas Tremblay), ou encore le « cinéante » de Perrault analysé par Lucie Roy et le rapport entre littérature et image montré par Stéphanie Veillet à travers l’espace rythmique dans l’esthétique de Robbe-Grillet.
Une image donc qui joue un rôle toujours plus prédominant dans notre expérience de la réalité sociale. Comme l’indique Michel Maffesoli, il faut comprendre la réalité comme un tout où l’image a sa place et rendre attentif à la socialité qui repose sur le partage des images. Un idéal communautaire donc qui a besoin de symboles extérieurs, d’images partagées qui structurent ainsi l’être ensemble. Un quotidien dans lequel il faut poser le regard sur l’importance des effervescences contemporaines, cette impulsion vitaliste qui repose dans le corporéisme et l’imaginaire ambiant.
La proposition de Maffesoli de la « reliance imaginale » repose en fait sur ce partage d’image, sur l’émotionnel, sur les espaces symboliques qui génèrent et confortent le lien.
Cet ensemble de textes témoigne pertinemment de l’expérience quotidienne des images et, grâce à une rencontre transdisciplinaire, nous donne une riche piste de réflexion sur les imaginaires collectifs et individuels en Å“uvre dans la culture postmoderne.
Fabio LA ROCCA
CeaQ – Paris V
 
Littérature et société entre Anciens et Modernes. Les chemins d’Ulysse, Christias Panagiotis, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2007, 314 pages
 
 
De la nature à la société : la culture
Cet ouvrage est un recueil d’articles que l’auteur a voulu réunir en ouvrage. Chaque chapitre est en effet la pierre construisant un édifice homogène : sa réflexion sur la contradiction fondatrice de la pensée européenne, celle entre nature et culture, qu’il voit comme une thématisation de l’éternelle querelle entre les Anciens et les Modernes.
La culture est le lien et le passage entre nature et société. Un monde est un ensemble fermé de significations, un univers de sens, fruit de l’interprétation concrète, à la fois pratique et théorique, de ce qui est.
L’ouvrage se divise en trois parties. Dans « La culture comme rapport autopoïétique entre le tout et les parties », on trouvera regroupées les réflexions sur la culture et l’art en s’appuyant sur Thomas Mann, Karl Krauss. Dans « Les imaginaires de l’autre », la question de l’altérité sera traitée à travers la littérature et la communication, via des auteurs comme Schütz ou Joyce. Dans « La Praxis politique du point de vue de l’action littéraire », c’est le discours littéraire sur le politique qui est étudié à partir d’Hölderlin, Koltès, Pasolini, Müller, Hugo, Nietzsche et Pascal.
Pour les Anciens, la Nature était à la fois un modèle et un obstacle. On ne lutte pas contre la part irrationnelle de ses forces. On cherchera le meilleur système (au sens du plus équilibré, mesuré) plutôt que la perfection. Cet ordre s’inverse avec les Modernes qui pensent l’univers comme une perfection que l’on peut ou que l’on est condamné à devoir atteindre. La culture sera donc cet outil et ce moniteur du contrôle de l’homme sur son environnement : Mais s’agit-il d’un développement ou d’une désagrégation ? On sent bien que si l’auteur a de l’intérêt pour les classiques comme pour les modernes, son admiration, son respect va d’abord aux premiers. Il juge les aspirations prométhéennes inutiles au mieux, dangereuses au pire. En cela, il s’accorde avec l’archipel postmoderne qui a nourri sa formation sociologique.
La querelle entre Anciens et Modernes n’est pas la bonne grille de lecture. Les Modernes condamnent les Anciens, les étiquettent comme faisant partie de l’histoire, c’est-à-dire dépassés. Ils leur refusent une valeur intrinsèque et atemporelle. Or c’est un retour au passé qui permet aux Modernes d’être ce qu’ils sont, de gagner en fertilité. C’est tout particulièrement clair par exemple pour Thomas Mann.
L’ouvrage a les caractéristiques de son auteur, dont on peut rappeler qu’il fut ingénieur de formation avant de devenir sociologue. C’est-à-dire une immense érudition doublée d’une maîtrise de plusieurs sciences sociales et de la philosophie occidentale. Certes, on a parfois l’impression que Panagiotis Christias s’est perdu dans son voyage. Quid à la fin du rôle de la culture dans la transformation de l’homme en la société ? Avons-nous avancé dans la compréhension de la querelle des Anciens et des Modernes ? Peut-être pas. Mais le lecteur voulait-il atteindre Ithaque ou plutôt vivre de multiples aventures intellectuelles ? Dans le second cas, son errance a atteint son but.
Lionel POURTAU
CEAQ/Paris V Sorbonne
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