Sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2804154820
104 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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Dossier

n° 98 2007/4

2007 Sociétés Dossier

Avant-propos

Aurélien Fouillet  [1]
« O sancta simplicitas ! Dans quel monde étrangement simplifié et falsifié vit l’homme, nous ne nous étonnerons jamais assez, pour peu que nos yeux se soient aperçus une seule fois de ce miracle ! »
F. Nietzsche, Par-delà le Bien et le Mal
Le positivisme confronté à l’apparition des phénomènes irréversibles, de l’augmentation du désordre et de la perte d’information qui en découle, avec la thermodynamique, et de l’incertitude de la connaissance, mais aussi de la remise en question de la notion d’objectivité, avec la mécanique quantique, se trouve devant la nécessité d’un renversement total de ses valeurs. Il n’est plus seulement question d’accepter que la terre n’est pas au centre de l’Univers, il faut désormais refonder les principes mêmes de la démarche scientifique. Refonder une méthode, et redéfinir quelles sont les prétentions que la science peut avoir vis-à-vis de la connaissance du monde. La nature n’est plus un ensemble de lois simples permettant de décrire son évolution linéaire passée et future, elle est maintenant non connaissable parfaitement. D’un point de vue temporel aussi bien que cognitif, c’est l’incertitude qui émerge dans la science elle-même.
En tous les cas, le modèle positiviste va laisser sa place à de nouveaux modèles qui laisseront de côté sa vision absolue de la connaissance du monde. La science va devoir laisser de côté ses habitudes classiques. Quelles sont alors les nouvelles positions épistémologiques ? La place du chaos et sa redéfinition vont jouer un rôle important dans cette reconstruction. Les fractals, les mathématiques statistiques et la théorie des probabilités vont également avoir un rôle méthodologique important, et plus particulièrement en ce qui concerne les nouveaux moyens de modélisations de la réalité. À tout cela s’ajoute l’émergence des théories de la complexité qui vont pouvoir proposer un nouveau socle épistémologique aussi bien aux sciences « dures » qu’aux sciences humaines.
Ce que le chercheur a rencontré au cours des bouleversements épistémologiques qu’a connus le vingtième siècle peut être résumé de la façon suivante : « Là où commence le chaos s’arrête la science classique. Depuis qu’il existe des physiciens étudiant les lois de la nature, le monde a particulièrement été ignorant du désordre de l’atmosphère, de la mer turbulente, des variations des populations animales, des oscillations du cÅ“ur et du cerveau. L’aspect irrégulier de la nature, discontinu et désordonné, tout cela est resté une énigme ou, pire, a été perçu comme une monstruosité [2]. » Il s’agit donc maintenant pour le chercheur de comprendre ce qui jusqu’alors s’est retrouvé à la marge de la recherche, hors de tout domaine de connaissance.
Ce numéro de Sociétés, fait suite aux séminaires de recherche 2006-2007 organisés par le GESCOP et propose un ensemble d’articles illustrant la diversité des apports de la complexité dans le champ des sciences humaines. Gilbert Durand et Michel Maffesoli nous proposent des réflexions épistémologiques s’inspirant de la notion de complexité elle-même, ou bien encore de la notion de fractal, et offrent un éclairage nouveau sur les perspectives des sciences humaines. Emmanuel Banywesize nous présente les travaux d’Edgar Morin ; dans « ce texte [il] s’emploie à montrer qu’E. Morin affronte la science classique pour penser ses conséquences et proposer un nouveau paradigme et de nouvelles balises pour une science du complexe qui peut rendre compte de la complexité de la réalité et contribuer à l’émergence d’une société-monde réenchantée ». Camille Roth et David Chavalarias nous proposent deux textes directement inspirés des implications mathématiques de la théorie de la complexité, et ont pour ambition d’en montrer les applications concrètes en sciences sociales. Enfin, Audrey Valin, nous propose d’appliquer la théorie de la complexité à une étude sociologique sur les comportements des joueurs de jeux de hasard. Au travers de la diversité de ces articles, nous espérons que ressortent la transversalité et l’importance théorique et pratique de la théorie de la complexité dans le champ des sciences humaines et sociales.
Au-delà des apports épistémologiques des diverses théories de la complexité pour l’élaboration des sciences sociales, il nous paraît important de saisir le mouvement même qui est à l’Å“uvre ici. C’est-à-dire le savoir envisagé comme une forge où le savant élabore et construit ses propres outils pour travailler la terre.
 
NOTES
 
[1]Chercheur au CEAQ, responsable du GEIST, co-responsable de GESCOP.
[2]James Gleick, La Théorie du chaos. Vers une nouvelle science, op. cit., p. 18.
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