2008
Sociétés
Dossier
Avant-propos
Stéphane Hugon
En février 1984 paraissait le premier numéro de la revue
Sociétés
[1], qui allait par après devenir un espace de discussions autour de thématiques souvent contournées par les sciences humaines du moment – pensons à ce numéro intitulé
Musique ensemble (1984), rassemblant des textes de Gilbert Durand, Alfred Schütz, ou à celui sur
L’Esthétique du quotidien (1988), proposant des contributions d’Abraham Moles, Mary Douglas, Pierre Sansot. Certains mots, tels
socialité,
quotidien,
imaginaire, y prendraient écho et substance, ainsi que les thèmes de la religiosité, du tribalisme, de la vie quotidienne, des réseaux sociaux, du fait culinaire ou de la technique. Des recherches et des traductions d’auteurs tels Georg Simmel, Harold Garfinkel, Max Weber, Jean-Marie Guyau, Niklas Luhman et d’autres, parfois peu disponibles pour le lecteur français, étaient présentées et discutées. Un réseau de contributions, déjà vaste (Zigmunt Bauman, Mary Douglas, Antony Giddens en Angleterre ; Franco Ferraroti, Paolo Fabbri, Giani Vatimo en Italie), permettait les rencontres de textes québécois, coréens, brésiliens, italiens, issus de grandes universités étrangères.
Vingt-cinq ans ont passé. Les thématiques du quotidien, de la frivolité, des « irrationalismes logiques », des sociologies figuratives d’abord dédaignées par les sociologues français, se sont affirmées sur la scène scientifique et sociale, et ont acquis de fait leurs légitimités intellectuelle et institutionnelle. Le donné social devenant fait sociologique, si l’on emprunte l’expression de Michel Maffesoli. On ne peut désormais qu’accepter que la notion d’imaginaire est devenue centrale ; le terme même de socialité s’est installé dans les discussions, débordant les amphithéâtres, il tombe sous le sens et colle à la réalité sociale, retrouvant ainsi la pertinence sociologique du sens commun (Patrick Watier).
L’idée que les sociétés se structurent par la surface et qu’il faille, en conséquence, « trouver les mots les moins mauvais pour les dire », que les décisions de l’individu, dont notre tradition occidentale faisait la structure élémentaire du social, puissent s’éroder et générer ainsi d’autres formes d’expression du collectif et de la subjectivité, évanescentes, intégrant de l’espace, du passionnel (Patrick Tacussel) et de l’altérité, cette idée s’installe, elle sédimente.
Pour marquer ce numéro 100 comme un moment particulier de la revue Sociétés, le comité de lecture a rassemblé quelques textes qui témoignent du paysage de cette sensibilité : théorique d’abord, autour de la sociologie compréhensive et phénoménologique, mais thématique également – l’errance, la foule, la métropole, la postmodernité. On retrouvera donc ces auteurs clés (Weber, Sansot, Benjamin), comme il y a vingt-cinq ans, et dont la lecture alimente une passion fidèle.
[1]
Sociétés. Revue des Sciences humaines et sociales, Paris, Masson, 1984, ISSN 0765-3697.