Sociétés 2008/3
Sociétés
2008/3 (n° 101)
118 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782804157746
DOI 10.3917/soc.101.0049
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Vous consultezDe la société aux formes de socialisation

AuteurPatrick Watier[*] [*] Cultures et Sociétés en Europe – UMR 7043 CNRS / Université...
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du même auteur



« Pour comprendre l’enchevêtrement réel (des wirklichen Gewebes) des sociétés humaines avec leur foisonnement et leur animation indescriptibles, le plus important est d’exercer son regard à repérer les débuts et les transitions, les formes de relations simplement esquissées qui disparaissent aussitôt, leurs réalisations embryonnaires et fragmentaires. Les exemples où l’un des concepts constitués pour ces formes de relations se présente isolément, dans toute sa pureté, sont certes les outils indispensables de la sociologie, mais ils sont à la vraie vie de la société ce que les formes spatiales à peu près exactes qui servent à exemplifier les théorèmes de la géométrie sont à la complexité infinie des formations concrètes de la matière[1] [1] G. Simmel, Sociologie. Études sur les formes de la socialisation,...
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. »

2 Une question centrale parcourt les travaux de G. Simmel : comment les socialisations se réalisent-elles ? Comment les individus sont-ils liés les uns aux autres ? Simmel apporte une réponse originale dans la mesure où il envisage la coopération en dehors de deux grands mécanismes qu’on peut toujours considérer comme dominants de nos jours, du moins dans la socialisation des jeunes sociologues : la main de fer du marché ou celle des institutions, une forme d’individualisme utilitariste ou de holisme sociétal. Disons, d’un côté, des individus qu’on a pu décrire comme sursocialisés, de l’autre des calculateurs intéressés. La réponse originale tient à mon sens dans la prise en compte d’éléments que la sociologie durkheimienne avait en théorie – je pense aux règles, pour la pratique c’est plus ambivalent – condamnés, c’est-à-dire tout ce qui peut relever du psychologique. Et Simmel a longtemps été condamné pour son « psychologisme ».

3 Simmel a ouvert à l’analyse sociologique tout le champ des relations et des expériences interhumaines, vues sous l’angle de leur capacité de socialisation, c’est-à-dire leur capacité à former des sociétés dont la somme est ce que nous appelons abstraitement société. Comment ces sociétés se forment-elles ? Quelles règles ou présuppositions leur sont propres ? Comment à l’intérieur d’elles-mêmes les individus interagissent-ils les uns envers les autres ? Quel est le rôle du secret, du nombre, des différents sens ? Comment des sentiments – jalousie, envie, haine, bienveillance, confiance, piété, gratitude, fidélité, pardon – jouent-ils un rôle ?[2] [2] Cf. B. Nedelman, « Psychologismus oder Soziologie der...
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Tel est le champ de la sociologie, qui est donc celui des associations et de leur formation. Dès l’abord donc, une pluralité d’interactions, et non une forme unique qui subsume l’ensemble, et une unité toujours constituée de multiples pulsions, sentiments, motifs. É. Durkheim remarquait, dans un des rares commentaires positifs après 1903, que de multiples intérêts peuvent conduire à la formation de groupements, mais que « de ces intérêts il importe de distinguer un sentiment qui se réjouit du groupement en lui-même, et qui joue en quelque sorte avec cette forme : c’est la sociabilité. Quelles conditions sont requises pour que la satisfaction de ce sentiment soit au maximum […] c’est ce que M. S. analyse avec la finesse suggestive qu’on lui connaît »[3] [3] Le premier congrès allemand de sociologie. Communications...
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.

4 Simmel propose d’analyser ce qui dans la société n’est que société, « was an der Gesellschaft nur Gesellschaft ist » : « En tant qu’elle se réalise progressivement, la société signifie toujours que les individus sont liés par des influences et des déterminations éprouvées réciproques. Elle est par conséquent quelque chose de fonctionnel, quelque chose que les individus font et subissent à la fois. Ainsi, d’après sa caractérisation fondamentale, ne devrait-on pas parler de société, mais de socialisation »[ 4] [ 4] G. Simmel, « Questions fondamentales de la sociologie »,...
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. La société est un processus, non un état, elle est éprouvée, on en fait l’expérience, on la connaît d’une certaine manière. Il souligne l’existence d’un savoir compétent du social pour entrer dans les socialisations et, certes, veut en faire une description scientifique mais sans perdre l’expérience qu’en ont les sujets. Si la socialisation est la capacité de former des groupes, des communautés, des associations, il nous faut supposer des impulsions, des intérêts, des motifs, des sentiments qui se déroulent dans les individus lorsqu’ils nouent des relations. Simmel traite cette question au niveau de la théorie de la connaissance dans son célèbre excursus « Sur le problème : comment la société est-elle possible ? » et y revient notamment dans des digressions tout au long de la Sociologie en insistant alors sur des ambiances, des catégories affectives, sentimentales qui sont tout aussi nécessaires à leur réalisation. Dans son étude, La religion, Simmel relève que des fonctions comme « l’amour et la croyance, comme l’aspiration et le dévouement nouent à partir du sujet, dont elles se manifestent comme les instincts, des fils, des liens avec d’autres sujets, le réseau de la société se tisse de leurs innombrables différenciations, elles sont en quelque sorte les formes a priori engendrant sur incitations individuelles les phénomènes empiriques particuliers d’ordre socio-psychique »[5] [5] G.  Simmel, La religion, Belval, Circé, 1998, p.  54. Pour...
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.

Socialisation, savoir psychologique et « catégories affectives »

5 Simmel s’attaquait ainsi au concept de société car, et on le lui a assez reproché du côté académique et officiel, sans parler des sociologues français, la société n’était dès lors plus une substance préexistante aux existences individuelles, mais le résultat en perpétuel mouvement de tous ces fils qui se croisent, s’entrecroisent, se recoupent pour diverger à nouveau et former un ordre, mais un ordre précaire, qui se soutient précisément de ces énergies socialisatrices en interaction réciproque. En ce sens, « la société n’a pour ainsi dire plus rien de substantiel, rien de concret en soi, mais elle serait un devenir (geschehen), c’est-à-dire la fonction qui consisterait à recevoir et à produire la destinée et le façonnement de l’individu l’un par l’autre ». À l’œuvre donc une « dynamique de l’agir et du subir par lesquels les individus se modifient réciproquement »[6] [6] Questions fondamentales de la sociologie, ibid. , p.  91. ...
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.

6 Lorsqu’il présente aux lecteurs la « grande sociologie », G. Simmel insiste sur deux thèmes développés dans le premier chapitre ; leur compréhension assure, selon lui, une bonne intelligence de son entreprise. Chaque chapitre a pour fonction d’illustrer une forme de socialisation, il est un exemple de la méthode et un fragment, de par son contenu, de ce qu’il estime être la science de la société. Si l’on parcourt les différents chapitres, on ne peut qu’être frappé par la place qu’occupent les sentiments psychosociaux dans la description des relations réciproques. Je voudrais montrer que leur utilisation s’impose au moyen de la séparation tout à fait originale que Simmel établit entre sociologie et psychologie, différence dont il avait déjà élaboré une variante à propos de la distinction entre histoire et psychologie. Il soulignait, dans Les problèmes de la philosophie de l’histoire, la nécessité d’a priori psychologiques. Dans le premier chapitre de la Sociologie, il affirme qu’« il n’y a pas non plus de doute que les choses compréhensibles de l’existence historico-sociale qui nous sont accessibles ne sont rien d’autre que des enchaînements psychiques, que nous reconstruisons à l’aide d’une psychologie soit instinctive soit méthodique, de telle sorte que nous ayons le sentiment que les développements en question sont plausibles ou psychiquement nécessaires. Dans cette mesure, tout récit, toute description d’un état social est la mise en pratique d’un savoir psychologique. Mais il est de la plus haute importance méthodologique, et quasi décisif pour les principes des sciences humaines en général, qu’en traitant scientifiquement des faits psychiques, on ne fait pas nécessairement de la psychologie ; même quand nous faisons un usage ininterrompu de règles et de connaissances psychologiques, quand l’explication de chaque fait isolé n’est possible que par la voie psychologique – comme c’est le cas dans le domaine de la sociologie –, le sens et l’intention de cette démarche ne portent pas forcément sur la psychologie ; c’est-à-dire sur la loi du processus psychique, qui est certes le seul vecteur possible d’un contenu déterminé, mais sur ce contenu même et ses configurations ». Un tel savoir psychologique se rapproche du « trésor de notre savoir nomologique d’expérience », pour utiliser l’expression de M. Weber, sans lequel nous pourrions bien peu interpréter les activités sociales qui se déroulent sous nos yeux, et encore moins les analyser au niveau sociologique. Simmel propose l’usage d’un savoir commun interprétatif qui s’appuie sur la socialisation du sociologue et la connaissance que les individus socialisés possèdent du fait qu’ils se savent associés à d’autres individus dans les formes de socialisation.

7 Les règles et les connaissances psychologiques s’adossent à des sentiments psychosociaux dont nous savons en général, du fait de leur présence, quelles conséquences les plus fréquentes et les plus habituelles sont à attendre sur le déroulement des actions réciproques. « Toute vie étroitement commune est possible surtout parce que chacun, par hypothèses psychologiques, sait de l’autre plus que celui-ci en révèle directement et en pleine conscience. Car si nous en étions réduits à ces seules révélations, au lieu d’un homme cohérent que nous comprenons et avec qui nous pouvons compter, nous n’aurions jamais sous nos yeux que quelques fragments d’une âme, incohérents, pris au hasard. Il nous faut donc compléter les fragments donnés par des conclusions, interprétations et interpolations jusqu’à ce qu’en surgisse un homme aussi complet qu’il le faut pour notre exigence intérieure et notre vie pratique[7] [7] Sociologie, Paris, PUF, 1999, p.  609-610. ...
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. »

8 Les sentiments psychosociaux servent de soubassement aux formes de socialisation, ils sont des contenus de la socialisation ou autorisent celle-ci en l’accompagnant et lui fournissant une ambiance affective propice. Quels sont-ils ? Sans souci d’exhaustivité, je retiendrai les suivants : la confiance, la sympathie, la reconnaissance, la piété, le dévouement, la fidélité, la gratitude l’intimité, la foi, l’honneur, la loyauté, le pardon, la réconciliation, d’une part, l’envie, la rancune, la jalousie, le dépit, la haine, la méfiance, l’hostilité, de l’autre. L’usage d’un tel vocabulaire, celui des passions, des émotions, des sentiments que Simmel nomme psychosociologiques, fait penser, entre autres, à Gracian, Chamfort ou La Rochefoucauld, plus qu’à des ouvrages de sociologie[8] [8] Une exception notable est représentée par N.  Elias qui...
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. On peut alors se demander : quel est le statut conceptuel de ces termes et pourquoi sont-ils nécessaires ? Indiquent-ils simplement que Simmel, comme on n’a pas manqué de le dire, est un fin psychologue ? Ils seraient alors l’occasion pour cet écureuil philosophique – comme le nommait Ortega y Gasset – de manifester sa perspicacité psychologique dans la description des nuances du comportement ; ce seraient des ajouts ou des fioritures, condamnables en tant que tels pour une perspective plus « rigoureuse » en sociologie.

9 Cette interprétation ne me semble pas rendre justice à la perspective de Simmel, car si l’on prend au sérieux le passage du premier chapitre que j’ai rappelé, si l’on s’appuie sur les problèmes de la philosophie de l’histoire, et sur un des derniers textes sur la compréhension historique, on est bien plus conduit, me semble-t-il, à reconnaître qu’ils jouent un rôle cardinal à deux niveaux : celui de contenus pouvant être mis en forme de multiples manières, de contenus qui désignent déjà sommairement et dans le langage usuel une forme de relation, mais qui jouent aussi un rôle dans l’explication et la compréhension des phénomènes sous examen. Ils ont une valeur indicative pour donner une idée de la relation. C’est ainsi qu’il remarque que la notion de prestige lui sert moins à définir un concept qu’à signaler « l’existence d’une variété particulière d’actions réciproques humaines » (« einer gewissen Spielart der menschlischen Wechselbeziehungen », n° 1, p. 164) De plus, ces termes fonctionnent comme des motifs compréhensifs plausibles et en ce sens explicatifs des actions. Ils jouent un rôle de cheville interprétative dans la compréhension sociologique et ils sont caractéristiques de ce savoir psychologique qui prend place et doit rester à sa place, à l’intérieur de l’entreprise sociologique. Ces sentiments font partie de ce vaste domaine où nous puisons pour fournir des motifs plausibles d’actions réciproques. L’utilisation de termes proches de l’expérience commune ne va pas sans risque, mais s’en passer ne permettrait pas de suggérer la relation à l’œuvre. L’usage d’un tel vocabulaire a donc une fonction pédagogique et heuristique.

10 Selon cette seconde direction, le recours aux sentiments psychosociaux, loin de correspondre à une perspective ornementale, esthétique et ludique, à des variations brillantes, relève d’une nécessité conceptuelle propre à la science de la société qu’il élabore. Remarquons déjà que ces catégories qu’il intitule Gemütskategorie permettent de tenir compte de la tonalité affective de certaines des actions réciproques et, pour la décrire, ce lexique est approprié. Une double exigence d’intelligibilité les requiert, liés qu’ils sont aux contenus de la socialisation d’une part, de l’autre aux enchaînements psychiques qui permettent de décrire pour partie les actions réciproques. Il faut donc les comprendre comme des objets du regard sociologique mais aussi comme des instruments dont celui se sert pour analyser les formes de socialisation. Ainsi, la jalousie est à la fois un état mental qui trouve ses conditions de réalisation idéales, si j’ose dire, dans les relations à deux et les relations intimes ; c’est donc un sentiment dont l’expression est liée à une caractéristique numérique des socialisations, et en ce sens elle est un contenu ; mais le même terme nous permet de saisir comment, par une distribution inégale de dons, un personnage dominant peut assurer la perpétuation de sa domination en excitant ou attisant la jalousie entre subordonnés avides de reconnaissance et détourner habilement les griefs qu’ils pourraient formuler à son encontre sur leur mise en concurrence. Lorsque Simmel analyse le divide et impera, les pratiques de gouvernement de Venise, il montre les effets ravageurs de la défiance sur l’espace public :

11

À côté de la jalousie, c’est surtout la méfiance qui est utilisée comme un moyen psychologique en vue de la même fin, et qui, contrairement à la première, peut empêcher justement de plus grandes quantités d’associations de conspirateurs. Ce qui fut fait de la façon la plus efficace par le gouvernement de Venise, qui mit en œuvre des moyens considérables pour inciter les citoyens à dénoncer tous ceux qu’ils soupçonnaient peu ou prou. Personne ne savait si telle proche relation n’était pas au service de la police de l’État, et c’est ainsi que des entreprises révolutionnaires qui exigeaient la confiance réciproque d’un grand nombre de personnes furent étouffées dans l’œuf ; de sorte que, par la suite, l’histoire de Venise ne connut pratiquement jamais de soulèvement.

12 Un tel état d’esprit qui mobilise les capacités intellectuelles dans la direction d’un qui-vive permanent entraîne, pour utiliser le langage de Simmel, une débauche d’énergie de suspicion que la confiance par contre permet d’utiliser à meilleur escient. Dans un climat de défiance, l’herméneutique du soupçon se donne libre cours ; les pratiques des régimes totalitaires et de leur police politique l’illustrent : briser la confiance entre les individus empêche le développement de mouvements de révolte, méfiance et suspicion ne conduisent pas à la création d’associations et elles isolent les individus. La Bruyère, dans ses Caractères, résumait les conséquences de cet état d’esprit : « L’esprit de défiance nous fait croire que tout le monde est capable de nous tromper. » Ce faisant, c’est la sociabilité, la pulsion à s’associer qu’un tel état d’esprit attaque décisivement, et de fait interdit toute constitution d’un espace public de débat. Simmel, de même que Weber, se méfie des concepts holistes qui ont une fâcheuse tendance à personnifier des instances sans entrer dans le détail des processus qui constituent ces instances. Parmi ces processus à l’œuvre dans les actions réciproques, une place toute particulière doit être accordée aux processus mentaux. C’est parce que la sociologie recherche comment des processus mentaux, tels la typification, la généralisation dans les relations interpersonnelles, ou encore les significations dans les institutions, sont à l’œuvre, que toute sociologie suppose l’usage d’un savoir et de connaissances psychologiques, sans être pour autant une psychologie. La tâche de la sociologie pure sera donc de présenter chaque observation « comme la réalisation de formes relationnelles entre êtres humains […], bien que la description singulière ou typique du processus lui-même, ne puisse jamais être que psychologique »[9] [9] G. Simmel, Sociologie, op.  cit. , p.  59-60. ...
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.

13 Parfaitement conscient de ce qu’il avance, G. Simmel se fait à lui-même l’objection qu’un tel tournant dans l’analyse pourrait ramener la sociologie à une espèce de psychologie ou de psychologie sociale. Pour argumenter contre une telle interprétation, le statut de la psychologie par rapport à la connaissance sociologique, de même que sa place dans l’accomplissement des socialisations, sont précisées. La définition de la socialisation comme un phénomène psychique signifie que les contenus, les motivations, les buts de cette dernière sont psychiques, mais aussi que les relations entre les hommes reposent sur des extrapolations à caractère psychique. La distinction entre contenus et forme de la socialisation assure à la sociologie un domaine propre du fait que les mêmes contenus psychiques peuvent être formés socialement de manière tout à fait différente. Le matériau de la socialisation est donc au sens large psychologique (dans la Philosophie de l’argent, Simmel parle de la constitution psychophysique de la nature humaine). Les processus d’influence et d’action réciproque résultant des associations supposent des interprétations les uns des autres des participants. D’une part, les contenus de la socialisation, dans la mesure où ils sont présents à la conscience des individus, sont des représentations psychiques, de l’autre la manière dont les individus interagissent suppose la construction de représentations psychiques de leurs semblables. Ces interprétations sont psychologiques au sens où elles passent par les psychés individuelles. Dès lors, il devient crucial de définir les présuppositions à partir desquelles les orientations des individus les uns envers les autres sont possibles. Il est clair, pour Simmel, que « l’observation du toi, visiblement l’exigence la plus pressante dans toute vie en société et dans toute affirmation individuelle de soi »[10] [10] G. Simmel, Philosophie de l’argent, Paris, PUF, 1987,...
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, joue un rôle fondamental dans toute socialisation.

14 On pourrait dire, dans le vocabulaire et la perspective, certes différents, d’A. Schütz, que Simmel se donne pour objectif de décrire les postulats implicites de la compréhension de l’un par l’autre dans « l’attitude naturelle », car sans elle les actions réciproques ne pourraient avoir lieu. Il indique que nous sommes conduits à construire l’autre comme une personnalité, une unité psychique, et que ce faisant nous utilisons une représentation a priori qui consiste à attribuer un ensemble de manifestations perçues à une personne. Un tel procédé, nous l’appelons compréhension. Compréhension et attribution sont liées, puisque la personnalité que nous comprenons et à qui nous attribuons, par exemple, telle ou telle intention, de s’orienter selon telle ou telle motivation, est une construction typique. La compréhension de l’autre à travers la typification est un a priori de la socialisation, dont la valeur tient à l’utilité pour la connaissance et l’action, et, bien entendu avant tout, pour celles qui nous sont les plus quotidiennes. Toute forme de socialisation suppose des anticipations réciproques et la fixation d’une ligne de conduite, pour parler comme Goffman. Les processus d’influence ou d’action réciproque passent alors nécessairement par le psychisme des personnes. La socialisation est une unité psychique qui se produit du fait que des éléments spatialement séparés entrent dans une nouvelle unité mais ont surtout conscience de former cette nouvelle unité, ce qui différencie dès lors toute unité sociale de tout phénomène naturel ; pour ce dernier, la coexistence spatiale ne s’y redouble pas instantanément de la conscience de cette coexistence, ou pour le moins de sa possibilité[11] [11] S’interrogeant sur les possibilités d’une sociologie...
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. La différence ainsi constatée conduit à la conclusion que la société pour son interprétation et sa compréhension requiert un savoir psychologique qui n’est néanmoins pas une psychologie. Sans la prise en compte du caractère psychique des socialisations, la société « ce serait là un jeu de marionnettes, ni plus compréhensible ni plus significatif que les nuages qui se fondent les uns dans les autres ou les branches d’arbres qui s’entremêlent, si nous ne reconnaissions de façon tout à fait évidente que les motivations psychiques, les sentiments, les pensées, les besoins, ne sont pas seulement les vecteurs de ces choses extérieures, mais qu’ils leur sont essentiels, qu’eux seuls ont véritablement quelque intérêt pour nous »[12] [12] Sociologie, op.  cit. , p.  57. ...
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.

15 C’est à partir d’une définition de la socialisation comme événement psychique, que l’on a pu accuser Simmel de psychologisme, sans saisir la distinction qu’il établit entre psychologie comme reconstruction de motifs plausibles et psychologie comme science des processus psychiques. Il me semble à ce propos que J. Freund, emporté par la défense de Simmel et voulant l’exonérer du reproche infamant de psychologisme, émousse un tant soit peu le tranchant des formulations sur le caractère psychique des formes de socialisation. Selon Freund, « si les formes sociales présentent des aspects psychiques, on ne saurait les y réduire, sinon on finirait par faire de la société un “jeu de marionnettes” »[13] [13] « Introduction à G.  Simmel », Sociologie et épistémologie,...
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. Il n’est, en effet, pas question de réduire les socialisations à leur aspect psychique, néanmoins ce que Simmel ne cesse de souligner, c’est que l’histoire et la sociologie ont affaire à des processus psychiques, c’est-à-dire des processus mentaux qui supposent aussi des conditions propres d’investigation. Lorsque Simmel fait allusion au spectacle de marionnettes, ce n’est pas pour caricaturer ce que serait la société si l’on insistait trop sur les processus mentaux, mais bien au contraire pour montrer à quelle caricature elle serait réduite si on ne les prenait pas en compte. On peut voir à quel point l’interdit durkheimien a marqué les esprits, puisque Freund fait un contre-sens total sur la signification de la comparaison avec le théâtre de marionnettes. C’est parce que nous voulons connaître des motifs, des sentiments, des volitions que nous ne considérons pas la société et l’histoire comme un jeu de marionnettes dont les fils seraient tirés par des forces échappant totalement aux acteurs. Les problèmes de la philosophie de l’histoire sont sur ce point catégoriques : « Si l’histoire n’est pas un simple théâtre de marionnettes, elle ne peut être autre chose que l’histoire de processus mentaux »[14] [14] Les problèmes de la philosophie de l’histoire, Paris,...
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. La même conception et les mêmes métaphores sont présentes dans les deux livres ; et Simmel est fidèle au programme qu’il fixait dès 1894 : « Les méthodes qu’on appliquera aux problèmes de la société seront les mêmes que celles de toutes les sciences comparatives et psychologiques. Elles reposent sur des hypothèses psychologiques sans lesquelles, d’une façon générale, il n’y a pas de science de l’esprit : les phénomènes de l’assistance demandée ou accordée, de l’amour, de la haine, de l’ambition, du plaisir de la société, de la concurrence, d’une part, et d’autre part, de la collaboration des individus qui ont les mêmes fins, et une série d’autres processus psychiques primaires doivent être supposés pour l’intelligence des phénomènes de la socialisation, du groupement, du rapport de l’individu à un ensemble »[15] [15] « Le problème de la sociologie », in Sociologie et...
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. C. Bouglé, dans le compte rendu de l’ouvrage donné à L’Année sociologique (1906-1909, p. 17-20), notait de manière malicieuse que, si l’on tirait la conclusion que la sociologie n’était qu’une psychologie, « elle ne serait pas pour déplaire à M. S. » Sans doute, mais en précisant bien ce que Simmel place sous ce mot, c’est-à-dire la reconnaissance du caractère psychique des socialisations et la nécessité d’utiliser une psychologie de convention dans la description des motivations plausibles de l’activité réciproque. L’intérêt de connaissance de la sociologie recoupe pour partie celui des acteurs ordinaires : la recherche des raisons ou des motivations de l’action. Toute socialisation suppose un savoir psychologique construit de manière interactive, un échange entre je et tu, « un échange alterné entre le moi et le toi », et comme l’action réciproque caractérise la socialisation, cette dernière ne peut s’établir que sur la construction d’un savoir psychologique. La vie sociale ne serait pas telle que nous la connaissons si les individus ne s’orientaient pas en fonction d’expectations, de suppositions, d’anticipations, de typifications qui sont des représentations mentales de leur agir réciproque.

16 La référence tant pour l’objet sociologique que pour l’interprétation compréhensive à de telles catégories psychosociales s’impose parce qu’elles sont des contenus de la socialisation ou, comme dans le cas de la fidélité, un contenu résultat d’une socialisation déjà existante, mais aussi parce qu’elles jouent un rôle dans l’interprétation des pratiques. Ces catégories jouent un double rôle. D’une part, elles servent à désigner des contenus qui seront mis en forme dans les socialisations ; en ce sens, elles désignent des dispositions présentes dans les âmes individuelles, dispositions qu’il faut selon Simmel présupposer. Servant à désigner un contenu, une matière ou un motif de la socialisation, elles entrent comme présuppositions d’états mentaux ou d’émotions dans le mode d’argumentation, et garantissent la plausibilité des descriptions. D’autre part, elles autorisent la prise en charge de la tonalité affective propre aux socialisations dès que le regard sociologique ne se fixe pas seulement sur les grandes figures dans laquelle la socialisation s’est comme cristallisée en formations objectives dont il cherche à percer les couches qui l’enserrent et en ce sens tente de « reconstituer la vie sociale telle que l’expérience la donne » et « les conditions des associations concrètes et vivantes parmi les hommes »[16] [16] G. Simmel, « Essai sur la sociologie des sens », in...
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. Un tel rapport au social implique que le regard se dirige tant vers la constitution sensorielle de l’homme que vers les catégories affectives, sentimentales, psychosociales telles la confiance, la fidélité, la reconnaissance, le don, la piété, l’amour, la sympathie, la croyance mais aussi l’aversion, l’hostilité, la haine sociales.

Les sentiments psychosociaux comme contenus et compréhension

17 Dès que nous prenons en compte le caractère psychique des éléments qui composent l’unité sociale, nous retrouvons le problème classique de la différence entre sciences humaines et sciences de la nature. Les socialisations ont une nature psychique du fait que les individus ne coexistent pas dans l’espace sur le modèle d’une juxtaposition d’objets, mais tissent entre eux des liens qui font intervenir des orientations réciproques, des attentes, lesquelles supposent une construction psychique réciproque. Toute socialisation met en jeu des mécanismes d’interprétation des autres et de la situation, mécanismes liés au fonctionnement de l’esprit qui produisent au-delà des unités individuelles une forme qui est comme un moule pour les orientations individuelles. Une socialisation construit une ligne de conduite partagée. Fabrication plus ou moins routinière, plus ou moins neuve, elle exige attention et réciprocité. Une socialisation entre étrangers réclame sans doute des ajustements, une attention et une maîtrise pratique plus poussées qu’une socialisation à l’intérieur d’un vieux couple, où le passé commun sert d’arrière-plan pour des typifications actuelles. Toute relation entre inconnus, par tâtonnements, s’assure du partage d’un arrière-plan commun, dans la relation entre connaissances, et encore plus entre intimes, elle va de soi. La typification procède selon les besoins de l’activité ou de la recherche, elle utilise un savoir d’arrière-plan.

18 De ces remarques, il découle que la compréhension a une place centrale dans la vie sociale. Simmel en ce sens ne s’intéresse pas seulement à la compréhension dans les sciences sociales comme méthode, il prend pour thème ce que Schütz développera dans sa sociologie phénoménologique. Lorsque nous parlons de compréhension, nous sommes amenés à supposer l’existence d’un savoir ordinaire des uns et des autres, savoir qui repose sur des typifications. La compréhension comme synthèse en acte des typifications, avant d’être une méthode des sciences sociales, est le mode de pensée selon lequel les individus prennent connaissance de leurs relations et a fortiori de la réalité sociale.

19 Lorsqu’il prend la parole après l’exposé de Troeltsch à la première réunion de l’association des sociologues allemands, Simmel nous dit qu’il va proposer une réflexion qui concerne la tâche de la sociologie lorsqu’elle s’intéresse à la religion. Simmel considère qu’il y a une disposition très générale que l’on doit présupposer, la tonalité psychologique qui s’empare de l’âme du croyant, un type d’émotion dont il montre qu’il est porté à l’entéléchie dans le cas de la religion, mais qu’une telle catégorie, ici la piété, permet de comprendre aussi d’autres phénomènes. Un contenu, une disposition à croire que nous devons présupposer, et nous saisissons comment cette disposition peut donner lieu à diverses socialisations[17] [17] M. Weber, Geschäftsbericht und Diskussionsreden auf den...
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20 Toute construction culturelle, toute mise en forme, toute socialisation suppose que l’on tienne compte de « certaines hypothèses psychologiques » et de « processus psychiques primaires », pour utiliser le vocabulaire de Simmel dans son article sur Le problème de la sociologie de 1894. Simmel construit ce qui relève de la culture ou du social sur le socle d’une nature humaine partagée, les variations constatées relevant d’un processus culturel très général assimilé à une mise en forme de ce substrat. Dans un autre registre, je remarquerai que ces travaux concernant la compréhension historique s’adossent également à une propriété du genre humain, c’est-à-dire l’intentionnalité, et la compréhensibilité potentielle d’autrui qui en découle. Sous la diversité des constructions symboliques se donne à lire l’unité du genre humain. L’inventivité des formes ne doit pas faire oublier le processus culturel qui, dans ses multiples variations, renvoie à un mode de transformation de données partout présentes.

21 La réflexion que Simmel mène sur les socialisations ne cesse de rappeler le rôle et la place des sentiments sociaux qui autorisent et favorisent les entrées en société. Reprenant, à propos de la bienveillance, le schéma qu’il a pu appliquer notamment à la piété, un invariant anthropologique ou une disposition qui parcourt de nombreuses relations, il souligne le rôle de dispositions qui naissent inévitablement au sein des relations pratico-sociales, étroites ou larges : inévitablement, parce qu’une telle cohésion ne pourrait être maintenue en vie et en fonction par aucune espèce de considération utilitaire, de contrainte extérieure ou de règle morale, si aux liens relationnels tissés par ces puissances rationnelles ne venaient en plus se mêler des sentiments sociaux, à savoir qu’on se veut mutuellement du bien et qu’on se lie volontiers : « Si vraiment l’homo homini lupus était la règle – ce qu’on ne saurait écarter par optimisme et bienveillance morale –, personne tout simplement ne supporterait psychiquement de vivre en contact étroit et durable avec les hommes avec qui il serait disposé de la sorte »[18] [18] G.  Simmel, Philosophie de l’amour, Paris, Rivages, 1988,...
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. Penser la socialisation implique donc de déterminer les a priori constitutifs qui permettent aux individus de former des liaisons et d’entrer en relation les uns avec les autres, de se socialiser au sens de savoir qu’ils réalisent une unité sociale, d’une part, mais aussi de manière plus phénoménologique de repérer les catégories que Simmel nomme indifféremment affectives ou psychosociales, qui assurent la cohésion en deçà ou par-delà toute contrainte, règlement ou finalité utilitaire. Parmi ces catégories du monde vécu, les dispositions aimables, la fidélité, la confiance, la gratitude jouent à des niveaux divers pour les entrées dans les formes sociales, le maintien de celles qui n’obéissent plus aux impulsions de départ ou, comme la gratitude, « cette mémoire de l’humanité », soutiennent la fonction sociologique de première importance qu’est le don, illustration par excellence de la réciprocité. Toute vie en commun et l’ensemble des contacts journaliers reposent sur de telles orientations, elles ont pour caractéristique de favoriser les relations et de permettre la synthèse des éléments sociaux.

22 La sociologie dans son analyse des formes de socialisation non seulement utilise un savoir psychologique, applique une microscopie psychologique pour saisir les actions réciproques, mais elle repère aussi les sentiments psychosociaux qui parcourent les socialisations, les autorisent et les rendent possibles (la confiance), assurent pour partie leur maintien (la fidélité, la reconnaissance, l’honneur, l’estime de soi), ou leur donnent une coloration et un ton spécifiques (la piété, le dévouement). Dans la mesure où une forme de socialisation induit et s’appuie sur un état psychique correspondant à cette forme, la sociologie en analysant cette socialisation constate l’importance de tels sentiments comme arrière-plan de son propre objet, mais poursuit son investigation vers la forme de la relation et ne s’intéresse pas aux psychismes individuels en tant que tels, mais elle réintroduit ces sentiments pour comprendre et expliquer de manière conventionnelle le développement des socialisations.

23 La sociologie dans son mode d’argumentation recourt à des sentiments psychosociaux parce que son mode d’administration de la preuve implique un « rapport entre causes et effets que l’on peut considérer comme normal du fait de données historiques ou de vraisemblances psychologiques », vraisemblances qui pour partie reposent sur ce que nous savons de l’effet habituel et des conséquences probables de certains sentiments sur le déroulement des actions réciproques. Je remarquerai que cette longue note méthodologique d’une page déjà présente dans l’article « Die Selbsterhaltung der socialen Gruppe. Sociologische Studie », de 1898, est réduite à sept lignes dans la traduction de Durkheim parue dans L’Année sociologique et que tout ce qui concerne la particularité des sciences de l’esprit qui travaillent sur des données historiques et des vraisemblances psychologiques n’est pas traduit. Si les coupes concernant les juifs ont déjà été signalées, il faut aussi relever celles qui concernent le mode de faire de la sociologie et tout ce qui rapproche Simmel de Weber, le typique, le vraisemblable psychologique qui est un autre nom pour le savoir nomologique de Weber[19] [19] G. Simmel, Sociologie, op cit. , n.  1, p.  542-543. ...
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24 À lire la sociologie mais aussi des travaux préparatoires que Simmel nomme psychologie de l’hostilité, de la honte, du mensonge, de la discrétion, de la confiance, on se rend compte de son usage de catégories affectives qui correspondent, je pense, à ce qu’il a annoncé dans la digression sur le problème : comment la société est-elle possible ? Si la sociologie n’est pas une psychologie, elle utilise un savoir et des catégories psychologiques à l’intérieur de son raisonnement. Psychologie conventionnelle ou intemporelle qu’il a également étudiée dans Les problèmes de la philosophie de l’histoire ou encore dans La religion.

25 J’en viens à mon dernier point : les a priori qui rendent la société possible sont encore accompagnés de sentiments de bienveillance ou de confiance. Il a sans doute été le premier sociologue à y consacrer des remarques importantes, tant en ce qui concerne la confiance interpersonnelle que la confiance envers des mécanismes abstraits. En guise de conclusion, je dirai qu’il montre tout au long de son œuvre la présence de dispositions sans lesquelles la vie sociale ne serait pas possible, « ces éléments affectifs », « ces vecteurs psychiques » qui traversent tant l’amour que l’érotisme, l’amitié que l’autorité, le rapport à la profession que celui envers des idéaux, les relations des individus à leur groupe, leur lignée, leur classe sociale et leur patrie[20] [20] Cf. G. Simmel, Rembrandt, Circé, Saulxures, 1994. ...
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Notes

[ *] Cultures et Sociétés en Europe – UMR 7043 CNRS / Université Marc Bloch, Strasbourg. Misha, 5, allée du général Rouvillois CS 50008 67083 – Strasbourg Cedex. http://sspsd.u-strasbg.fr/watier.htmlRetour

[ 1] G. Simmel, Sociologie. Études sur les formes de la socialisation, Paris, PUF, 1999, p. 137.Retour

[ 2] Cf. B. Nedelman, « Psychologismus oder Soziologie der Emotionen », in Simmel und die frühen Soziologen, hrsg. von Otthein Rammstedt, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1988.Retour

[ 3] Le premier congrès allemand de sociologie. Communications et discussions (Publications de la Deutsche Gesellschaft für Soziologie, t. 1, Tübingen, Mohr, 1911, 335 p., L’Année sociologique, vol. 12, p. 23-26.Retour

[ 4] G. Simmel, « Questions fondamentales de la sociologie », Sociologie et épistémologie, Paris, PUF, 198, p. 90.Retour

[ 5] G. Simmel, La religion, Belval, Circé, 1998, p. 54. Pour une analyse des sentiments dans la sociologie de Durkheim et notamment dans les Formes, on se reportera à la présentation par M. Maffesoli des Formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, CNRS Éditions, 2007, notamment p. 11 et suivantes. Cette thématique des sentiments et des émotions parcourt comme on le sait de nombreux ouvrages de M. Maffesoli et je renvoie aux travaux repris dans le Compendium publié aux mêmes éditions du CNRS en 2008.Retour

[ 6] Questions fondamentales de la sociologie, ibid., p. 91.Retour

[ 7] Sociologie, Paris, PUF, 1999, p. 609-610.Retour

[ 8] Une exception notable est représentée par N. Elias qui affirme : « Il faut intégrer à la théorie sociologique les interdépendances personnelles et, surtout, les liaisons émotionnelles des hommes comme facteur de liaison sociale. » Qu’est-ce que la sociologie ? Paris, Pandora, 1981, p. 166-167. Peut-être que, dans ce domaine comme dans d’autres, le regard sociologique de G. Simmel a influencé de manière souterraine Elias. Cf. L. Deroche, Préface de Sociologie, Paris, PUF, 1999, p. 35, Cf. aussi ce que J. Elster appelle mécanismes, in Proverbes, maximes, émotions, Paris, PUF, 2003.Retour

[ 9] G. Simmel, Sociologie, op. cit., p. 59-60.Retour

[ 10] G. Simmel, Philosophie de l’argent, Paris, PUF, 1987, p. 604.Retour

[ 11] S’interrogeant sur les possibilités d’une sociologie de la connaissance, M. Scheler, retrouve la thématique de Simmel et est conduit à souligner que « la connaissance que les membres d’un quelconque groupe ont les uns des autres et la possibilité de leur “compréhension” réciproque sont d’emblée, non pas un élément qui vient s’ajouter à un groupe social, mais une dimension qui contribue à constituer l’objet “société humaine”. La constitution de tout groupe est donc tributaire du savoir des uns par les autres au travers duquel il devient société. » M. Scheler, Problèmes de sociologie de la connaissance, Paris, PUF, 1993, p. 87.Retour

[ 12] Sociologie, op. cit., p. 57.Retour

[ 13] « Introduction à G. Simmel », Sociologie et épistémologie, op. cit., p. 53-54.Retour

[ 14] Les problèmes de la philosophie de l’histoire, Paris, PUF, 1984, p. 57.Retour

[ 15] « Le problème de la sociologie », in Sociologie et épistémologie, op. cit., p. 168.Retour

[ 16] G. Simmel, « Essai sur la sociologie des sens », in Mélanges de philosophie relativiste, p. 158-174. GSG, 19. Le texte présenté en note comme extrait de Soziologie (1908) ne correspond pas exactement à l’Excursus sur la sociologie des sens de ce livre, puisqu’il comporte des emprunts à Soziologie der Sinne de 1907. Cf. C. Papilloud, A. Rammstedt, P. Watier, “Editorischer Bericht”, in GSG 19 Französich und italienischsprachige Veröffentlichungen. Aufsätze und Abhandlungen. Mélanges de philosophie relativiste. Gesamtausgabe Band 19, Frankfurt-am-Main, Suhrkamp Verlag, 2002, p. 412.Retour

[ 17] M. Weber, Geschäftsbericht und Diskussionsreden auf den deutschen soziologischen Tagungen (1910, 1912) in Gesammelte Aufsätze zur Soziologie und Sozialpolitik. Tübingen, 1924, p. 481. Je n’entre pas dans le cadre de cette communication sur les niveaux d’observation et d’analyse différents entre les deux auteurs. Sur l’intérêt de ces textes et débats pour une typologie des approches de sociologie de la religion, je me permets de renvoyer à mon texte « Émile Durkheim, Georg Simmel, Max Weber. Eine pluridimensionnelle Konstruktion des Soziologie der Religion », in Religionskontroversen in Frankreich und Deutschland. Soziologische Perspectiven, hrsg. von Matthias Köenig, Jean-Paul Willaime, Hamburg, Hamburger Edition, 2008, p. 206-238.Retour

[ 18] G. Simmel, Philosophie de l’amour, Paris, Rivages, 1988, p. 152.Retour

[ 19] G. Simmel, Sociologie, op cit., n. 1, p. 542-543.Retour

[ 20] Cf. G. Simmel, Rembrandt, Circé, Saulxures, 1994.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Patrick Watier « De la société aux formes de socialisation », Sociétés 3/2008 (n° 101), p. 49-61.
URL :
www.cairn.info/revue-societes-2008-3-page-49.htm.
DOI : 10.3917/soc.101.0049.