2008
Sociétés
Contributions
Présentation
Patrick Watier
[*]
Les textes rassemblés dans ce numéro de la revue Sociétés sont issus du colloque « G. Simmel, philosophie, esthétique, sociologie », organisé à la nouvelle Cité de la musique et de la danse de Strasbourg dans le cadre de son inauguration. Ce colloque a été organisé grâce au soutien de la Ville de Strasbourg et de la Direction régionale de l’Action culturelle. Je tiens particulièrement à remercier François Laquièze, qui a quitté Strasbourg pour devenir directeur de l’Institut culturel français de Budapest. Connaisseur et traducteur de Simmel, il m’avait suggéré l’organisation de cette manifestation. Je tiens également à remercier Monsieur François Miclo, chargé de mission à la Ville de Strasbourg, pour son engagement entier dans cette manifestation. Michel Maffesoli, qui avait édité dans la collection « Sociétés, Méridiens Klincksieck » deux colloques tenus à Strasbourg nous a fait bénéficier de son amical soutien et a proposé de soumettre les communications au comité de rédaction de la revue Sociétés. Je l’en remercie chaleureusement. Otthein Rammstedt, fondateur des études simmeliennes, dont le travail titanesque d’édition de l’Å“uvre de Georg Simmel touche au but – en 2010 les 24 volumes seront édités – nous a fait l’amitié de participer à ce colloque. Je lui suis reconnaissant de vingt ans de discussions et de travail, dans le cadre de l’histoire de la sociologie et des relations entre sociologues français et allemands (de la coopération, à la critique, en passant par l’indifférence). Ce numéro lui est dédié.
L’ensemble des contributions réunies dans ce numéro, sauf celle d’Esteban Vernik qui n’avait pu effectuer le déplacement, ont fait l’objet d’une communication dans le cadre du colloque. Elles ont un point commun : développer la perspective simmelienne et indiquer comment sa conception des mises en formes plurielles du réel est toujours suggestive pour penser nos sociétés.
J’ai traduit, pour compléter cet ensemble, deux petits comptes rendus de Simmel ; du premier compte rendu du livre
Les lois de l’imitation, on peut penser que le passage sur le citadin de Tarde a fait son chemin dans l’esprit de Simmel lorsqu’il entreprendra de traiter des grandes villes. On peut également voir combien il y a, certes, comme le signalait C. Bouglé, proximité entre ces deux auteurs, mais aussi distance, car le relativisme simmelien, sans doute en germe, ne peut admettre une seule clé magique pour entrer au c
Å“ur des phénomènes. Le second compte rendu est une courte présentation au public allemand du premier numéro de
L’Année sociologique, où Simmel marque son accord avec le programme présenté, considérant que les deux études originales, celle de Durkheim et la sienne, illustrent ce programme. Et c’est bien ainsi que Durkheim présentait la situation en 1896-1897 lorsque dans
La Préface à l’Année sociologique il indiquait le statut des mémoires originaux : « Si notre principal objectif est de réunir les matériaux nécessaires à la science, cependant il nous a paru qu’il serait bon de montrer par quelques exemples comment ces matériaux peuvent être mis en
Å“uvre. Nous avons donc réservé la première partie de l’
Année aux mémoires originaux. Nous ne demandons pas aux travaux que nous publierons sous ce titre de se conformer à telle formule déterminée ; il nous suffit qu’ils aient un objet défini et qu’ils soient faits avec méthode
[1]. » Les critiques de Durkheim de 1903 n’en ont sans douté été que plus cuisantes, il pensait participer à une
Å“uvre commune et il est « débarqué » sans ménagement. Ces deux petits comptes rendus autorisent à mon sens une mise en perspective de la proposition simmelienne de son point de vue, et si l’on a souligné sa proximité avec Tarde, il ne faudrait pas oublier les espoirs qu’il avait mis dans une collaboration avec ce qui allait devenir l’École française de sociologie
[2].
Note : L’acronyme GSG renvoie à l’édition complète des textes de Simmel par Suhrkamp.
[*]
UMR 7043 Cultures et Sociétés en Europe. Unviversité Marc Bloch Strasbourg / CNRS.
[1]
É. Durkheim,
Préface à L’Année Sociologique 1896-1897, vol. I, I-VII, p. 31-36,
in É. Durkheim,
Journal Sociologique, Paris, PUF, 1969.
[2]
Pour des développements sur ce point, cf. O. Rammstedt, « La fondation de
L’Année Sociologique et les relations entre Durkheim et Simmel dans le contexte de l’affaire Dreyfus »,
L’Année Sociologique, n° 1, 1998, p. 139-162 ; et P. Watier, É. Durkheim, « G. Simmel et la place du psychosocial »,
in É. Durkheim,
L’institution de la sociologie, coordonné par B. Valade, Paris, PUF, coll. « Débats philosophiques », 2008, p. 99-124.