Sociétés contemporaines
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2747520498
160 pages

p. 57 à 73
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 44 2001/4

2001 SOCIÉTÉS CONTEMPORAINES

L’ecriture-femme, une innovation esthetique emblematique

Delphine Naudier CSU/IRESCO
Dans les années soixante-dix, parallèlement au mouvement des femmes, une partie des écrivaines a revendiqué une spécificité féminine de l’écriture. Cet article montre comment une identité sexuée stigmatisée s’est transformée en emblème d’une innovation esthétique dans les rangs de l’avant-garde littéraire. Et en quoi « l’écriture femme » a été un enjeu de classement entre auteurs féminins, et un moyen pour institutionnaliser la tendance « différencialiste » minoritaire dans le champ féministe. In the seventies, at the same time of women’s movement, a part of the women writers has claimed a women’s specificity of writing. This article shows how a stigmatized sexual identity has been transformed in an emblem of an esthetic innovation in the ranks of the avant-garde literature. And in which way the “woman writing” has been a strake in the classification of women authors and a mean to institutionalize the “differencialist” minority trend in the feminist field.
Le champ littéraire, comme tous les espaces de pouvoir, a toujours été un bastion détenu par les hommes. Néanmoins, quelles que soient les périodes, de Christine de Pisan à George Sand en passant par Louise Labé et Madame de Lafayette, les femmes appartenant aux élites sociales et ayant bénéficié d’une certaine instruction ont pu acquérir une visibilité au sein du monde des lettres. Pourtant, ces incursions demeuraient minoritaires à l’intérieur d’une économie de la valeur littéraire sexuellement marquée (Planté, 1989 ; Naudier, 2000), où l’opposition « style viril/ roman sentimental » scelle les deux bornes de l’opposition entre le masculin et le féminin.
La stigmatisation des femmes de lettres s’est élaborée autour de la catégorie « femme auteur », « bas bleu » (Planté, 1989). Ce marquage sexué amalgamant sous ce dénominateur biologique commun tous les auteurs féminins, jugeant et classant leurs œuvres, imposait une séparation nette entre une littérature écrite par les hommes et une seconde écrite par les femmes. Aujourd’hui une telle opposition apparaît désuète. Ce qui révèle une évolution des modalités d’appréciation de la littérature produite par les femmes et la reconnaissance de leur accès à cet univers de la création. Il s’agit ici [1] de s’interroger sur les conditions de possibilités qui ont permis aux auteurs féminins de s’affranchir de cette stigmatisation de leur contribution à la littérature. En portant notre attention sur la revendication d’une « écriture femme » dès 1975, on verra comment quelques écrivaines ont pu jouer d’une certaine conjoncture sociale et historique pour retourner le stigmate de l’appartenance sexuée en emblème d’une innovation esthétique.
Ces auteures vont s’imposer dans les rangs de l’avant-garde littéraire en mettant au cœur de leurs livres la revalorisation du féminin. Cette construction sociale et symbolique de la légitimité des écrivaines a été édifiée à la fois en dénonçant la suprématie masculine dans le monde des Lettres, et en définissant une ligne esthétique qui, théorisée, manifeste la possibilité qu’ont les femmes désormais d’occuper visiblement le territoire littéraire.
Lutter contre le stéréotype de l’appartenance sexuée en la constituant en emblème esthétique s’inscrit dans un contexte où un espace des possibles s’ouvre aux femmes. D’une part, le contexte politique dominé par le mouvement féministe des années soixante-dix permet de faire entendre l’expression de l’arbitraire des jugements masculins à leur endroit. D’autre part l’évolution même du champ littéraire où apparaissent de nouvelles avant-gardes crée une brèche où le « féminin » peut être redéfini comme subversif.
Nous examinerons le cadre de référence littéraire et intellectuel dans lequel s’inscrivent ces auteurs ainsi que leur prise de position à l’égard du mouvement féministe. Puis nous verrons comment « l’écriture femme » s’est imposée au sein de l’avant-garde littéraire. Enfin, nous nous attacherons à saisir en quoi cette appropriation littéraire et théorique d’un discours sur le corps participe à l’institutionnalisation de la tendance « différencialiste » minoritaire dans le champ militant.
 
RENOUVEAU DES AVANT-GARDES LITTERAIRES
 
 
Depuis les années cinquante, le champ littéraire est dominé par deux courants d’avant-garde, l’existentialisme incarné par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir et le Nouveau roman porté par des auteurs tels que Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet et Marguerite Duras. Le premier vise à défendre une littérature engagée qui s’inscrit dans une filiation héritée de Zola depuis la fin du xixe siècle. Le second rassemble des auteurs ayant une démarche de recherche apparentée à l’art pour l’art. Elle est perceptible chez les nouveaux romanciers mais également au sein du groupe Tel Quel à partir des années soixante.
Ces courants littéraires accueillent dans leurs rangs des auteurs féminins bénéficiant d’une reconnaissance symbolique suffisante pour être affiliés à ces groupes. De Simone de Beauvoir [2] à Nathalie Sarraute en passant par Marguerite Duras et Julia Kristéva, ces femmes participent aux productions esthétiques et théoriques des courants dans lesquels elles sont reconnues. Ces présences féminines révèlent les possibilités de combiner l’appartenance sexuée et l’innovation esthétique dans les espaces les plus autonomes du monde des Lettres. La défense d’un rapport distancié aux conceptions traditionnelles de la littérature par les fractions d’avant-garde se double ainsi d’une plus grande admissibilité des femmes écrivains partageant les mêmes orientations esthétiques au sein de ces groupes. Cet accès des femmes au pôle le plus avantgardiste est d’ailleurs concrétisé par l’attribution de quatre prix Médicis [3] à des auteurs féminins entre 1960 et 1969, nombre identique aux lauréates du prix Femina durant la même décennie.
La concurrence entre ces avant-gardes tourne peu à peu à l’avantage du groupe Tel Quel qui s’allie aux figures intellectuelles montantes telles que Jacques Derrida, Roland Barthes, Michel Foucault et Gilles Deleuze. Leurs investigations intellectuelles s’ajustent aux préoccupations politiques des années soixante, dominées par des mouvements sociaux et politiques nés en réaction aux guerres coloniales, mais portés également par le courant marxiste qui dénonce les différentes formes d’oppression et de domination. Pour Michel Foucault, « le rôle des intellectuels consiste, depuis un certain temps déjà, à rendre visible les mécanismes du pouvoir répressif qui se sont exercés de manière dissimulée » (1994 : 772). Ainsi ses travaux sur la folie (1961) et sur le langage (1966) fondent une critique de la raison et de la société bourgeoise. Ces recherches ont en commun d’analyser et de contribuer à une analyse des différentes modalités d’exclusion desquelles émerge une réflexion sur l’altérité, la différence ou encore l’inconscient. Foucault, Deleuze (1968), Derrida (1967) ou Barthes (1953-1964-1966), qui en sont les principaux représentants, recueillent les suffrages des générations qui accèdent aux études supérieures au début des années soixante (Pinto, 1991 : 70). Ils se font les vecteurs d’une pensée dite « subversive » dont les manières d’appréhender le monde social sont articulées à une volonté de déconstruction des catégories binaires classiques qui ont conforté la « société bourgeoise ».
En mai 68, dans le champ littéraire, une fraction d’écrivains rassemblés autour du groupe Tel Quel promeut l’idée d’une subversion de l’ordre social non par un engagement politique mais par l’écriture à qui est attribuée une « fonction de transformation sociale » (Nouvelle Critique, n° 12, mars 68). L’adhésion à la croyance d’une révolution symbolique fondée sur une remise en question du langage répond au mot d’ordre lié à la subversion des valeurs bourgeoises, mais circonscrit également l’espace de l’avant-garde à celui de la recherche esthétique garante de leur légitimité. Avant d’être politique, engagé sur le terrain des luttes sociales, l’investissement majeur consiste à rappeler la suprématie d’une révolution esthétique portée par les écrivains.
La revalorisation du concept d’altérité réhabilite les comportements considérés comme déviants tels que l’homosexualité et la schizophrénie (Lacan), la folie (Foucault) (Van der Pöel, 1992 : 139) et ouvre la voie à une interrogation sur les catégories de masculin et de féminin qui se fond dans cette entreprise de déconstruction qui touche tous les champs, dont la littérature (Felman, 1977 : 138-156).
 
(RE) NAISSANCE DU FEMINISME [4]
 
 
La dénonciation de toutes les formes d’oppression et d’inégalité portée par le mouvement de mai 68 met à l’ordre du jour celle des inégalités entre les hommes et les femmes. Dans le sillon du mouvement étudiant, les femmes identifient et mettent en relief la spécificité de leur domination au sein du monde social. Les féministes dénoncent en effet les valeurs privilégiées par la société : « efficacité, rationalité, compétition, réussite, domination violence… [considérées] volontiers comme caractéristiques masculines » (Picq, 1997 : 220). Le mouvement des femmes, qui se structure progressivement, vise « l’abolition du patriarcat comme du capitalisme, la disparition des rapports d’oppression, d’exploitation, d’aliénation et la fin de la bipolarisation entre les sexes » (Picq, 1997 : 220).
Si la dénonciation de la domination masculine est largement partagée, dès le milieu des années soixante-dix, deux tendances divergent quant aux conduites à tenir et aux manières de revendiquer la place des femmes dans la société.
S’opposent ainsi les « différencialistes » et les « égalitaristes ». Les premières, plus proches de disciplines telles que les lettres modernes, la linguistique, la psychanalyse ou encore l’esthétique, analysent « la société patriarcale comme un déni des différences de sexe au profit de la seule masculinité, déni qu’il conviendrait de démystifier pour faire apparaître dans toute leur splendeur les spécificités propres à chaque sexe et montrer l’équivalence de leurs valeurs respectives », tandis que les secondes, se réclamant davantage des sciences humaines et sociales, soutiennent que les différences sont « dénuées d’effets autres que purement mythiques ou idéologiques, n’ayant d’importance qu’à titre de base pour la pratique et la justification de la domination masculine. »
(Dhavernas-Lévy, 1995 : 382)
Du côté des femmes écrivains, des plus avant-gardistes aux plus réactionnaires, est volontiers adopté un discours dénonciateur de la domination masculine, mais ce-la ne signifie pas une adhésion au féminisme. Certes, la contestation des femmes vis-à-vis de l’institution littéraire dénonce les hommes comme seuls détenteurs des canons esthétiques (Marini 1990,1992), mais elle révèle également une opposition entre femmes auteurs qui n’envisagent pas la lutte sous le même angle, en raison notamment de leurs conceptions divergentes concernant l’activité d’écrivain. Cet antagonisme va apparaître avec une plus grande acuité lors de la mise au jour d’une « écriture féminine ». Il va en outre révéler une concurrence entre auteures reconnues selon que leur entrée dans la carrière des Lettres est ancienne ou récente.
La mise en valeur d’une esthétique du « féminin » renvoie en effet à une opposition structurale en termes de partage de territoire entre ancienne et nouvelle génération d’auteurs, tout comme elle actualise les divergences de conception de l’activité littéraire (Bourdieu, 1992, Sapiro, 1999). Car, dans le champ littéraire, les femmes écrivains n’existent pas indépendamment des hommes, et réciproquement. S’il existe invariablement une ligne symbolique séparant le féminin du masculin (Héritier, 1996) ou plus précisément le féminin de l’universel, aucun livre n’est réservé à l’un ou l’autre sexe. Cela signifie que le jeu des références, l’inscription dans tel ou tel courant, la proximité avec tel ou tel auteur peuvent supplanter la différence sexuée. Par exemple Hélène Cixous est plus proche de Jacques Derrida que de Marie Cardinal ou encore Jean-Paul Sartre est plus proche de Simone de Beauvoir que de Roland Barthes. Mais les modalités de classement des œuvres et des auteurs n’éliminent pas les alliances concrètes dans la vie sociale et le partage de références communes dans ce contexte intellectuel.
La question du marquage sexué de l’écriture a divisé les femmes les plus dotées culturellement. Les plus anciennement installées dans le champ (Marguerite Yourcenar, Simone de Beauvoir, Nathalie Sarraute…) ont subi tout au long de leur trajectoire son acception péjorée. La littérature féminine était définie comme un particularisme excluant de la littérature universelle, donc considérée comme mineure. Ainsi Simone de Beauvoir exprime son rejet du marquage sexué : « Quand j’ai commencé à écrire, nombreuses étaient les auteurs féminins qui refusaient d’être classées précisément dans cette catégorie. (…) Nous rejetions la notion de littérature féminine parce que nous voulions parler à égalité avec les hommes de l’univers tout entier. (…) De même aujourd’hui, l’écriture au féminin n’atteint qu’un petit cercle d’initiées. Elle me paraît élitiste, destinée à satisfaire le narcissisme de l’auteur et non à établir une communication avec autrui » (Ophir, 1976 : préface). La question du « féminin » anime une guerre de position entre femmes au milieu des hommes. Ces divergences montrent comment peut se négocier différemment l’appartenance sexuée, en même temps qu’elles rendent compte d’une conception différente de l’activité d’écrivain actualisant la concurrence entre générations. Ce qui permet de saisir pourquoi des auteurs tels qu’Annie Leclerc, Hélène Cixous, Xavière Gauthier, publiées dès la fin des années soixante, vont au contraire jouer de cette différence sexuée.
En se mobilisant sur la question du « féminin », dans le champ littéraire, des intellectuelles et des écrivaines vont s’affronter sur la définition à donner de la « femme », en termes symboliques mais aussi en termes d’insertion au sein de cet espace social occupé traditionnellement par les hommes. La révélation des mécanismes sociaux et symboliques qui servent de support à l’oppression des femmes (Delphy, 1970) et à la reproduction de leur situation de dominées aboutit à une interrogation fondamentale sur la sexuation de la société et la redéfinition des limites des territoires attribués selon les sexes. Or, l’analyse de cette construction de la division sexuelle et sociale, parce qu’arbitraire et naturalisée, est portée au jour par des femmes qui, dotées des mêmes diplômes que les hommes et participant aux mêmes instances (universitaires, littéraires), négocient leur droit d’occuper l’espace intellectuel et littéraire en imposant progressivement de nouvelles aspirations. La légitimité de leurs titres leur procure les armes suffisantes pour ne plus « céder » à la domination masculine sociale et symbolique en s’insérant dans la vie active. La part des femmes de vingt-cinq à trente-quatre ans qui, détentrices d’un diplôme supérieur au baccalauréat, exercent une profession, est passée de 67.2% en 1962 à 77.5% en 1968 et atteignait près de 85% en 1975 (Bourdieu, 1978).
La dénonciation d’un passé monopolisé par les constructions masculines en même temps que le refus d’être assimilée aux féministes pour des auteures comme Hélène Cixous ou Chantal Chawaf ouvre une brèche pour celles qui misent non pas sur un engagement militant visant à occuper la rue mais sur une volonté de subversion ajustée aux discours intellectuels et esthétiques en vogue depuis les années soixante. La volonté subversive se définit dès lors contre les hommes en tant que groupe social en produisant un discours dont « la » femme est le centre et la figure idéale.
 
L’IMPOSITION DE « L’ECRITURE-FEMME » DANS LE CHAMP LITTERAIRE
 
 
La Quinzaine littéraire consacre son dossier estival de l’année 1974 à la question « L’écriture a-t-elle un sexe ? » tandis que paraissent simultanément Parole de femme d’Annie Leclerc [5] et Speculum. De l’autre femme de Luce Irigaray. Deux livres dont la caractéristique est de postuler, tout en dénonçant l’oppression masculine, le caractère incontournable de la différence sexuée. Dans son best-seller, Annie Leclerc affirme la nécessité « d’inventer une parole de femme » sur la scène littéraire. Toute femme « qui veut tenir un discours qui lui soit propre ne peut se dérober à cette urgence extraordinaire : inventer la femme » (Leclerc, 1974 : 7-8).
La stratégie rhétorique mise en oeuvre pour se défaire de la stigmatisation de tout ce qui est connoté « féminin » va se traduire par une prise de distance par rapport aux hommes, ce qui ne signifie pas pour autant un antagonisme violent :
« Il ne faut pas faire la guerre à l’homme. C’est son moyen à lui de gagner sa valeur. Nier pour s’affirmer. Il faut simplement dégonfler ses valeurs sous la percée du ridicule. »
(Leclerc, 1974 : 20)
Cette distance passe principalement par la volonté d’affirmer la différence sexuée et celle de voir reconnue une « parole » indépendante de toute médiation masculine :
« Ils ont dit que la Vérité n’avait pas de sexe. Ils ont dit que l’art, la science, la philosophie étaient des vérités pour tous. (…) Non, non, je ne demande pas l’accès à la Vérité, sachant trop combien c’est un puissant mensonge que les hommes détiennent là. Je ne demande que la parole. Vous me la donnez d’accord, mais ce n’est pas celle-là que je veux. C’est la mienne que je veux (…) Car il ne me suffit pas de parler de moi pour trouver une parole qui soit mienne. Littérature de femme : littérature féminine, bien féminine, d’une exquise sensibilité féminine. (…) Un homme parle au nom des hommes. Une femme, au nom des femmes. »
(Leclerc, 1974 : 11-12)
La mise en évidence de la domination masculine, plutôt qu’objet de lutte militante, devient une référence contre laquelle s’invente une « parole de femme ». L’accent porté sur la spécificité offre la possibilité de promouvoir le « féminin » en inversant les valeurs auparavant stigmatisantes. Et cette mise en perspective de la différence posée en termes esthétiques oblitère toute possibilité de contester la prise de pouvoir objectivement observable des femmes produisant ce type de discours. Hissée au rang de singularité littéraire, la glorification du « féminin » s’inscrit dans une démarche distinctive : celle de l’invention d’un style littéraire. Et l’invention puise son caractère inédit dans l’expression de tout ce qui a trait au corps féminin : jouissance sexuelle, grossesse, accouchement, menstruations…
« Tant pis pour lui [l’homme], il faudra que j’en parle, des jouissances de mon sexe, non, non, pas les jouissances de mon âme, de ma vertu ou de ma sensibilité féminine, les jouissances de mon ventre de femme, de mon vagin de femme, de mes seins de femme, des jouissances fastueuses dont vous n’avez nulle idée. Il faudra bien que j’en parle car c’est seulement de là que pourra naître une parole neuve et qui soit de la femme. »
(Leclerc, 1974 : 15)
En cela, la dénonciation de la suprématie masculine s’inscrit parfaitement dans le triptyque hérité de mai 68 : « Écriture, subversion, sexualité » : Défendre le « féminin » en écriture se traduit par l’imposition sur la scène littéraire du droit des femmes à symboliser ce qui leur a toujours été interdit par les hommes.
En 1975, avec la publication du texte « Le Rire de la méduse » dans le numéro de l’Arc consacré à de Beauvoir, Cixous se fait porte-parole de la lutte contre exclusion de « la » femme. Là où Foucault se fait l’initiateur et le dépositaire d’une analyse de la folie opposée au système occidental, et où il prend ses distances par rapport aux psychiatres, aux psychologues en démontrant que la littérature, la fiction est « le seul lieu de rencontre possible entre folie et pensée » (Felman, 1977), Cixous va s’employer par analogie à dire « la femme » dont l’exclusion a été construite sur le même mode.
Néanmoins, la reconnaissance de tout ce qui a jusqu’alors été discrédité, rejeté dans « l’altérité », mis à l’écart, révèle et reproduit la division sexuée de la production intellectuelle. Auteur féminin, l’écrivaine s’emploie à investir un terrain laissé vacant par les hommes ; en dévoilant dans le cadre des institutions ce que la société refoulait, elle participe aussi à la production de savoir de son époque.
« L’écriture femme », expression esthétique et théorique, a été formulée par un nombre restreint d’auteurs au nom desquelles figurent Hélène Cixous, Chantal Chawaf, Jeanne Hyvrard, Luce Irigaray ou encore Michèle Montrelay. Elle s’impose à partir de 1975 alors même que l’antagonisme avec l’autre grande tendance du mouvement des femmes, les « égalitaristes », qui refusent l’idée d’une spécificité féminine, s’intensifie (Picq, 1993, Naudier, 2001). Le débat sur l’écriture féminine va être l’occasion d’affirmer et de faire exister une position esthétique au sein de la lutte des femmes et de la transposer dans le champ littéraire et dans le champ universitaire en proposant une théorisation esthétique alliant pratique littéraire et production critique. Alliance qui a auparavant contribué à légitimer le Nouveau roman (Wolf, 1995 : 65-96) et que le groupe Tel Quel met au cœur de sa stratégie de légitimité. Cette manière d’occuper la scène littéraire et scientifique révèle les effets des mutations à l’œuvre dans la rénovation des filières littéraires. Elle manifeste les intérêts croisés des auteurs et des critiques à fonder une « science des textes » permettant de canoniser la littérature contemporaine et de lui donner une dimension expérimentale propre à l’avant-garde. Le « texte » devient un objet d’études autonome révélateur d’une opposition marquée entre la littérature et l’écriture qui se décline en termes d’opposition entre « écrivant » et « écrivain » (Barthes, 1964), rejouant la distinction intellectuel/lettré, engagement politique/investissement esthétique qui dans ce contexte scelle l’antagonisme entre les tenants des conceptions sartriennes et celles forgées par le Nouveau roman.
L’interrogation menée sur le langage va ainsi être transposée par des femmes dont l’une des caractéristiques est d’être composée notamment d’une majorité de diplômées [6]. La promotion d’une littérature identitaire fondée sur l’appartenance sexuée devient un terrain d’élection possible dont l’enjeu est triple : réhabiliter la place des femmes auteurs toujours discréditée au sein de cet espace ; élever au rang d’emblème ce qui auparavant était stigmatisé en termes de valeurs assignées aux femmes ; enfin, produire les armes théoriques suffisantes et légitimes pour s’affranchir des jugements masculins et proposer une définition de cette écriture féminine.
 
LE « FEMININ » COMME PORTEUR DE SUBVERSION DANS L’ECRITURE
 
 
Le « féminin » devient une arme pour ces femmes au moment où elles accèdent aux institutions qui leur ont été progressivement ouvertes dans le cadre de l’évolution propre à l’histoire sociale de l’institution scolaire intégrant peu à peu les filles (Baudelot/Establet, 1992 ; Lagrave, 1992). Ces auteures figurent parmi les co-hortes féminines pour qui l’accès aux études supérieures devient la norme. Elles s’inscrivent souvent dans des disciplines en cours d’institutionnalisation (sociologie, lettres modernes…). En 1957-1958,57,8% des effectifs de la filière lettres-sciences humaines sont féminins [7]. En 1967,72,42% des candidats ayant obtenu la licence de lettres modernes sont des femmes, et elles composent 41,2% de l’effectif obtenant celle de sociologie [8].
Le « féminin » en écriture va dès lors être un moyen pour une partie des auteurs féminins majoritairement universitaires de se placer sur l’échiquier de l’avant-garde littéraire en mobilisant un discours dénonciateur et en justifiant esthétiquement leur choix du thème de l’identité féminine.
Cette volonté de réhabilitation s’exprime par une déclinaison du slogan féministe « mon corps m’appartient » exprimant, dans le champ militant, la volonté des femmes de s’approprier les moyens de contrôle de leur fécondité et de leur sexualité. Volonté qui, outre le fait de dénoncer le viol et les violences conjugales comme un crime, permet par la reconnaissance du droit de disposer de son propre corps d’établir la « désassimilation de la femme et de la mère qui libère les femmes de l’inégalité avec les hommes » et tend à entériner que « dorénavant, il est entendu qu’une femme peut dire ‘je’ » (Tahon, 2001 : 66). Cette traduction littéraire des revendications féministes est érigé au rang de thématique esthétique subversive. Cette focalisation sur le corps comme territoire littéraire singulier va être théorisé. La transposition littéraire de cette revendication politique s’effectue en définissant une « écriture du corps » emblématique d’une spécificité féminine. La théorisation d’une esthétique du corps en écriture tend à affirmer la tentative d’autonomisation des femmes à l’égard des canons définis par les hommes. Hélène Cixous écrit : « L’écriture est pour toi, tu es pour toi, ton corps est à toi, prends-le » (1975 : 40).
Dire le corps féminin, affirmer notamment la jouissance sexuelle, offre la possibilité de briser, de casser le préjugé d’une littérature du sentiment, facile fondée sur la douceur féminine. Pourtant, l’intérêt n’est pas seulement de lutter contre ce préjugé mais de définir une ligne littéraire dont l’actualisation permet de se distinguer à la fois des auteures du passé qui demeurent confondues sous ce label et de celles du présent qui n’adhèrent pas à la conception avant-gardiste de « l’écriture féminine ». Sans références antérieures à mobiliser et soumise à la concurrence des auteurs contemporains, l’écriture féminine est toujours conjuguée au futur : « Je parlerai de l’écriture féminine : de ce qu’elle fera » (Cixous, 1975 : 39).
Hélène Cixous, Prix Médicis 1969 pour son roman Dedans [9] paru chez Grasset, va donner un écho retentissant à la définition de cette singularité esthétique en édictant les consignes la signifiant. Elle souligne le démarquage à l’égard des hommes et au système capitaliste qu’ils incarnent :
« Je sais pourquoi tu [la femme] n’as pas écrit. (Et pourquoi je n’ai pas écrit avant l’âge de vingt-sept ans). Parce que l’écriture c’est à la fois le trop haut, le trop grand pour toi, c’est réservé aux grands, c’est-à-dire aux “grands hommes” ; c’est de la bêtise. (…) Écris, que nul te retienne, que rien ne t’arrête : ni homme, ni imbécile machine capitaliste où les maisons d’éditions sont les rusés et obséquieux relais des impératifs d’une économie qui fonctionne contre nous et sur notre dos. »
(Cixous, 1975 : 40)
Elle appelle les femmes à écrire : « les vrais textes de femmes, des textes avec sexes de femmes. (…) J’écris femme : il faut que la femme écrive de la femme » (1975 : 40) et forge la notion de « sexte » (1975 : 46) révélant ainsi la volonté de conceptualiser cette prise de parole en écriture porteuse d’invention langagière à michemin entre l’intention poétique, l’adhésion à l’idée de « texte » et le marquage sexué. Comme les écrivains prolétariens définissent un « être peuple authentique » qui les distinguent des auteurs populistes à qui sont reprochés leurs origines bourgeoises et leur absence de projet social (Paveau, 1998 : 50), les auteurs féminins proposent la mise en lumière d’un « être femme » authentique : « il faut tuer la fausse femme qui empêche la vivante de respirer » (Cixous, 1975 : 43) et indépendant de toute médiation sociale imprégnée par les modèles masculins :
« Il est temps de libérer la Nouvelle de l’Ancienne en la connaissant, en l’aimant, de s’en tirer, de dépasser l’Ancienne sans retard, en allant au-devant de ce que la Nouvelle sera, comme la flèche quitte la corde, d’un trait rassemblant et séparant les ondes musicalement, afin d’être plus qu’elle-même [10]. »
(1975 : 41)
Par ces injonctions, l’auteur prend ses distances à la fois avec les auteurs féminins antérieurs et avec les auteurs contemporains qui n’adhèrent pas à son orientation. La construction programmatique visible par sa conjugaison au futur et sa forme impérative désigne les intentions novatrices qu’elle suggère. Donnant une connotation militante à son propos, elle surenchérit en désignant l’écriture à venir comme une écriture « neuve », « insurgée » qui inscrira la « féminité ». A cette fin, elle justifie cette assertion en évoquant « cette espèce d’écrivantes » dont « la facture ne se distingue en rien de l’écriture masculine, et qui soit occulte la femme, soit reproduit les représentations classiques de la femme (sensible – intuitive – rêveuse, etc.) » (Cixous, 1975 : 42). L’usage du terme « d’écrivante » extrapole la définition donnée par Barthes. Sous ce terme sont confondues les auteures engagées et les romancières édifiant des personnages féminins stéréotypés. Le caractère distinctif de l’imposition de cette innovation esthétique centrée sur une spécificité féminine implique de se défaire de cette acception péjorée mais en même temps de se distinguer littérairement des autres écrivain(e)s contemporains.
 
L’APPROPRIATION THEORIQUE ET ESTHETIQUE DU « FEMININ » : L’INVENTION D’UNE SPECIFICITE
 
 
Plus que la défense d’une idéologie de la différence des sexes fondée en nature, l’appropriation théorique et esthétique du « féminin » est un des moyens, résultant en partie de la logique des assignations sexuées, d’être identifié dans l’espace littéraire d’avant-garde. En effet, cette construction distinctive est plus liée à la volonté de marquer un territoire symbolique que de définir une fois pour toute la fixité des identités sexuées et d’en saisir le contenu, comme le note Xavière Gauthier [11] : « Il est clair que de cette supposée “écriture-de-femmes”, aucune d’entre nous ne peut prétendre en détenir la définition ou les caractéristiques. Mais implicitement, confusément, nous nous en faisons une certaine idée, puisque souvent dans nos critiques intervient le fait qu’“on ne dirait pas que c’est écrit par une femme”, même si ça raconte des histoires de femme » ( Sorcières, 1978 : 3). Fonder cette codification est d’autre part refusé : « Impossible de définir une pratique féminine de l’écriture, d’une impossibilité qui maintiendra car on ne pourra jamais théoriser cette pratique, l’enfermer, la coder, ce qui ne signifie pas qu’elle n’existe pas. Mais elle excédera toujours le discours qui régit le système phallocentrique » (Cixous, 1975 : 45). Le « féminin », la « femme » portés en emblème n’ont pas de contenu définitif, au contraire, leur expression autorisée réside en leur fluidité, leur malléabilité qui permet leur extension à plusieurs registres :
« s’il y a un propre de la femme c’est paradoxalement sa capacité de se déproprier sans calcul : corps sans fin, sans “bout”, sans “parties” principales, si elle est un tout, c’est un tout composé de parties qui sont des touts, non pas simples objets partiels, mais ensemble mouvant et changeant (…) Sa libido est cosmique, comme son inconscient est mondial : son écriture ne peut aussi que se poursuivre, sans jamais inscrire ou discerner de contours (…) Elle seule ose et veut connaître du dedans, dont elle, l’exclue, n’a pas cessé d’entendre l’avant-langage. »
(Cixous, 1975 : 50)
En puisant dans l’arsenal psychanalytique, le « féminin » est assimilé à l’inconscient psychique immaîtrisable et universellement partagé. Ce recours théorique tend à jouer des frontières sociales et sexuées en contrant les dichotomies classiques. Il permet d’élever le stigmate au statut d’emblème et de neutraliser, par imposition symbolique, tout jugement univoque porté par les hommes. Dans la lutte pour la définition de la « femme », du « féminin », les femmes ont désormais leurs mots à dire. Si elles ne peuvent pas empêcher les hommes de continuer à les décrire selon leurs propres modèles, au moins réussissent-elles à marquer leur désaccord en montrant qu’elles disposent des ressources suffisantes pour prendre leurs distances avec les représentations dominantes.
L’intention d’échapper socialement et symboliquement aux jugements masculins se traduit par la description de tout ce qui les incarne comme mouvant, en se démarquant notamment des catégories littéraires classiques, notamment celle de « roman », comme le théorise Irma Garcia :
« la femme montre en général une réelle répugnance à donner forme précise et méthodique à son écriture, comme si le féminin fuyait entre les pages » (Irma Garcia, 1981 : 148)
Inversant le stigmate qui prête traditionnellement aux femmes le « bavardage », les femmes revendiquent le fait d’être des Parleuses (Duras, Gauthier, 1974), de « se dire » (Leclerc, 1974) ou encore donnent pour sous-titre à leurs livres le terme de « Paroles » au lieu de « récit » ou « poème » comme Jeanne Hyvrard [12] (1977). Et comme le note la critique littéraire défendant cette orientation esthétique : « le terme parole [accède] ainsi au statut d’un genre » (Van Rossum-Guyon, 1979 : 217). Tout ce qui a trait aux femmes, au corps, est calqué sur le principe du « texte » en ce qu’il est autonome, trouve son fondement en lui-même par une sorte d’immanence qui justifie à la fois l’orientation esthétique et l’émancipation de ces auteures. Le corps et le texte de « la » femme sont articulés l’un à l’autre pour produire un discours qui s’oppose à celui du modèle masculin. Cette production d’avant-garde révèle que « tout est trop là : les mots, les corps, l’angoisse, la passion de celle qui écrit. Le lecteur masculin est mis en présence d’une féminité qui n’est pas la sienne » (Montrelay, 1977 : 153). Écrire le corps, défendre la différence sexuée, c’est aussi défendre le droit en tant qu’individu de sexe féminin d’imposer un discours légitime sur la condition féminine et sur l’écriture.
En définissant l’espace du « féminin », en le caractérisant par sa mobilité, son caractère insaisissable, en cherchant à forger une théorie de l’écriture fondée sur le corps permettant d’« écrire au féminin », « écrire corporellement » se justifie en en faisant le « lieu d’une écriture où s’abolit l’artificielle division : esprit-corps » (Chawaf [13], 1976 : 81). Les catégories utilisées sont toujours fondées sur la différence entre les sexes et les valeurs véhiculées ne bouleversent en rien les références traditionnelles. Mais ces formulations viennent de femmes qui, symboliquement assimilées au « corps », à la « matière », sont aussi socialement implantées dans une activité et un espace jusque là réservés aux hommes. Leurs constructions esthétiques et théoriques modifient les manières d’appréhender leur propre représentation en ce qu’elles font état de leurs dispositions intellectuelles et culturelles à produire un discours sur l’écriture.
La présence tolérée des femmes dans le champ littéraire et universitaire incline les auteures féminins à produire, au nom de la subversion, leur propre glorification. Mais tendre à l’inversion du stigmate et produire un discours sur l’écriture se traduit également en prenant position dans une tradition littéraire dominée par les hommes. Ce placement s’effectue au prix de la défense d’une littérature de recherche dont la justification est puisée dans la référence aux poètes « seulement, [et non pas aux] romanciers solidaires de la représentation » (Cixous, 1975 : 43). La légitimation de cette innovation esthétique se construit en faisant référence à une littérature poétique écrite par les hommes. Elle est désignée comme « hétérogène à la tradition » et « entraînant sinon nécessairement une révolution (…) du moins de déchirantes explosions » (Cixous, 1975 : 42). La création esthétique légitime se réfère dès lors à ce qui fait subversion. Et la subversion du langage opérée par les hommes est liée à la part de « féminité » qui traverse leur écriture. La reconnaissance du fait qu’il « n’y a pas plus de “destin” que de “nature” ou d’essence, comme tels mais des natures vivantes, prises, parfois figées dans les limites historico-culturelles qui se confondent avec la scène de l’Histoire » (Cixous, Clément, 1975 : 153) permet de fonder l’argumentation de la circulation des identités sexuées chez les créateurs, chez les inventeurs en évoquant la « féminité foisonnante, maternelle » de Jean Genêt. L’idée défendue est donc celle de la bisexualité comme matrice de la création et caractéristique distinctive des créateurs d’avant-garde. Cette logique argumentaire offre la possibilité de défendre la production littéraire féminine puisque « la femme est bisexuelle [14] » (1977 : 155). La construction même d’une définition de l’écrivain, plus précisément de l’écrivain d’avant-garde, réhabilite la participation des femmes à la littérature en ce qu’elles sont les dépositaires de cette double appartenance sexuée.
Miser sur la carte différencialiste en termes symboliques dans l’écriture dégage de toute identification à la différence homme-femme construite socialement. Il est donc fait abstraction de la situation politique et sociale des femmes dès lors que le terrain d’investigation est celui de l’écriture du corps. Cette prise de position sur le terrain esthétique déplace le problème du rapport dominant/dominé entre les sexes mis en avant par les féministes égalitaristes. Ces auteures saisissent l’occasion de transformer en distinction littéraire leur position dominée temporellement. L’absence de référence à la lutte militante, politique et institutionnelle des femmes situe l’enjeu de reconnaissance sur le seul terrain littéraire, esthétique, plus valorisé, et permet de s’imposer comme figure prophétique.
 
L’INSTITUTIONNALISATION DE LA TENDANCE « DIFFERENCIALISTE »
 
 
Bien que minoritaire dans le champ militant, cette tendance met en place un dispositif symbolique qui s’appuie sur des institutions : Maison d’édition Des Femmes, revues comme Sorcières ou encore un département d’études féminines à Paris VIII qui installent les femmes dans les circuits dominants d’avant-garde. Les critiques dont elles font l’objet dans le mouvement des femmes sont compensées par les investissements qu’elles réalisent dans le champ intellectuel où elles obtiennent une réelle visibilité. A cet égard, Hélène Cixous saisit diverses opportunités. Elle dirige un numéro des Nouvelles Littéraires (1976) et publie successivement deux livres en collaboration, La Jeune née (1975) avec Catherine Clément, et La Venue à l’écriture (1977) avec Madeleine Gagnon et Annie Leclerc. Un ajustement s’effectue entre les aspirations des femmes appartenant aux élites culturelles et leur position acquise au sein de l’espace social. Elles inventent dès lors un discours, produisent une réflexion en participant à la production de données théoriques et littéraires du fonds de connaissances dans lequel elles baignent et prennent pour option de se placer exclusivement au sein de ces espaces.
Prôner l’existence d’une écriture féminine s’inscrit dans une stratégie programmatique de la tendance « différencialiste » qui a la possibilité de marquer sa présence dans le champ éditorial. Le discours sur la spécificité féminine est dès lors l’argument majeur permettant de justifier la création d’un espace exclusivement réservé aux femmes. En 1973, par la fondation de leur maison d’édition, Antoinette Fouque et son entourage reconvertissent leur capital militant initial en se démarquant du mouvement de libération des femmes : « Ce n’est pas une maison d’édition “féministe” (…), et la proposition qui s’adresse aux femmes ne s’adresse pas seulement à celles qui ont “pris conscience” ou qui sont d’accord. Ce n’est pas la maison du MLF mais celle des femmes… Il s’agit de faire apparaître une écriture spécifiquement de femmes, non pas féminine, mais plutôt femelle » ( Catalogue édition Des Femmes, 1974-1979 ). Cette entreprise est saluée par les revues d’avantgarde littéraire de l’époque comme Tel Quel et la Quinzaine Littéraire qui en font la publicité. Les Cahiers du Grif, revue théorique et féministe belge, fondés par Françoise Collin l’année précédente, soutiennent cette initiative. Si les Existentialistes avaient Gallimard et Saint-Germain-des-Prés, les Nouveaux Romanciers les éditions de Minuit, Tel Quel les éditions du Seuil, l’avant-garde féminine des lettrées dispose également d’un lieu qui fonctionne comme territoire symbolique : les éditions Des Femmes.
Ce discours sécessionniste a laissé un espace vacant pour les femmes car elles peuvent jouer de leur appartenance sexuée pour marquer leur différence des autres avant-gardes. Cela signifie également que le seul moyen de trouver un argument légitime de placement dans l’espace littéraire est de mobiliser la différence sexuée. Cette prise de position permet en effet de neutraliser toute contestation possible de leur insertion sociale et intellectuelle, de leur participation légitime à la production de connaissances. En fait, elle s’inscrit dans l’expression d’un trait structurel au monde des lettres, et plus particulièrement à l’identité d’écrivain, qui ne peut se construire qu’en imposant les modalités d’une singularité à faire reconnaître (Heinich, 1990,1995,2000). Or cette singularité de l’identité d’écrivain est en partie définie par l’auto-désignation de soi comme appartenant à cette communauté culturelle qui se pense comme hors société. Mobiliser le « féminin » comme ce qui a toujours été exclu, c’est donc inventer une justification qui permet aux auteurs féminins de se placer dans le cadre d’une idéologie de la subversion. Cette manifestation de leur présence sur la scène littéraire et la stratégie déployée par la mobilisation de l’appartenance sexuée révèlent donc une connaissance des règles du jeu à l’œuvre dans le champ littéraire.
La concrétisation de leur insertion institutionnelle exprime la maîtrise des codes de cet espace par cette fraction d’auteures qui, fondant son discours sur la charge subversive du « féminin », négocie habilement l’invention d’une singularité esthétique ajustée aux normes de cet univers extrêmement concurrentiel et individualisé où le mythe de l’écrivain est fondé sur son exclusion de la société et la « griffe » de l’auteur sur sa possibilité de faire reconnaître sa spécificité littéraire. Ainsi, cette réappropriation du « féminin » défini comme « subversif » dans un contexte intellectuel et politique dont le mot d’ordre est précisément la « subversion » transforme en innovation esthétique ce qui discréditait les générations d’auteures précédentes en même temps qu’elle s’ajuste à la doxa de cette catégorie sociale d’artistes. Le « coup de force symbolique » de ces auteures est d’avoir réussi à jouer sur tous les registres. Elles se sont distinguées de la lutte des femmes en privilégiant leur activité littéraire sur leur engagement militant et elles se sont singularisées dans le monde des Lettres en revendiquant leur marquage sexué. Il y a donc dans cet usage du « féminin », comme pour certains écrivains juifs étudiés par Clara Lévy, « une opération de mise en perspective et d’esthétisation littéraires de leur spécificité identitaire : l’exclusion transmuée en élection littéraire » (1998 : 253).
Si les Éditions des Femmes ont permis d’identifier l’écriture-femme dans les rangs de l’avant-garde, ce lieu était également un espace où pouvait être publiées certaines recalées des autres maisons. Si ces auteures, peu nombreuses, ont été unifiées, elles n’ont pourtant à aucun moment formé un groupe homogène avec l’ambition de faire une action commune. Il s’agissait avant tout pour elles de dénoncer les stéréotypes marquant la littérature féminine et de pouvoir exister individuellement sur la scène littéraire. Elles s’inscrivent ainsi parfaitement dans les rangs des auteurs qui, souhaitant imposer une spécificité littéraire, misent avant tout sur la revendication d’une esthétique singulière distincte des courants précédents.
Ainsi, l’appartenance sexuée devient un atout là où il était un handicap. Grâce aux générations de femmes précédentes qui ont permis d’installer la figure de la femme dotée de pensée, d’une capacité d’abstraction identique à celle des hommes, dont la preuve est apportée par l’acquisition des mêmes diplômes, les femmes des générations suivantes possédant les mêmes atouts et signes de reconnaissance peuvent jouer de leur appartenance sexuée. Cela permet alors d’utiliser la référence à l’identité de sexe, le « féminin », pour se distinguer à la fois des femmes du passé soumises à la domination masculine mais aussi des hommes contemporains qui laissent, en partie, la réflexion sur le « féminin » vacante. Pour autant, « l’écriturefemme » n’a pas connu la postérité escomptée. Elle reste associée à la décennie 1975-1985 au cours de laquelle elle s’est le plus visiblement exprimée même si Cixous, Chawaf et Hyvrard ont continué à défendre leurs conceptions littéraires au sein de leurs œuvres et en publiant des essais théoriques. Elles n’ont pourtant pas fait « école ». A ce propos, Cixous nous déclare : « c’était pas une école, c’était juste un élan, un appel, c’était pas autre chose [15] ». Chacune d’elles a continué à publier au gré des ressources accumulées par ailleurs, liées notamment à leur degré d’insertion dans le champ éditorial. La reconnaissance de leur participation demeure relative. Cixous et Chawaf sont celles qui ont le plus bénéficié de cette innovation esthétique. On peut mesurer la reconnaissance qui leur est accordée en prenant pour référence leur présence dans des dictionnaires consacrés aux auteurs et à la littérature contemporaine mais aussi dans le Who’s Who : hormis Cixous, primée en 1969, aucune écrivaine revendiquant cette orientation esthétique n’a obtenu de prix littéraire. En effet, les jurys les plus enclins à couronner des femmes comme le Prix Femina et le Prix Médicis n’en ont jamais fait des lauréates.
Et les jeunes écrivaines contemporaines traitant de la thématique du corps féminin ou de la sexualité dans leurs romans, telles que Lorette Nobécourt (1994,1998), Virginie Despentes (1994,1998) ou Nina Bouraoui (1998), ne se réfèrent pas à elles. Cette innovation esthétique est restée à l’état embryonnaire, n’a pas fait date, et leur littérature apparaît même aujourd’hui comme datée. Si l’écriture féminine « marque une étape importante dans la prise de conscience, l’idée même semble devenue non seulement caduque mais aussi improbable comme vision globale » (Stirstup-Jensen, 2000 : 176). On peut toutefois avancer l’hypothèse qu’outre le caractère marquant de l’appartenance sexuée qui rend difficile son appropriation à titre collectif, cette reconnaissance ponctuelle de leur présence s’inscrit dans une évolution générale du champ littéraire où aucune école, aucun groupe n’émerge visiblement depuis les années soixante-dix. L’explosion du marché éditorial ; la professionnalisation de l’activité littéraire – liée à la mise en place d’instances (telle que la Maison des écrivains) qui offrent des débouchés rémunérés lors de rencontres au sein du monde scolaire, des bibliothèques, dans l’univers carcéral ou encore auprès de populations pré-carisées- ; mais aussi les possibilités offertes par la littérature enfantine en cours de réhabilitation : tous ces éléments concourent en effet à l’atomisation des positions des auteurs, qui désormais, pour être visibles à un moment donné de leurs trajectoires, misent davantage sur l’individualisation de leurs carrières que sur la nécessité de faire groupe.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  ANNUAIRE STATISTIQUE DE LA FRANCE. 1959. Ministère de l’Éducation nationale.
·  BARD C. 2001. Les femmes dans la société française au XXe siècle, Paris, A.Colin, coll. U.
·  BARTHES R. 1953. Le Degré zéro de l’écriture, Paris, Seuil. BARTHES R. 1964. Essais Critiques, Paris, Seuil. BARTHES R. 1966. Critique et vérité, Paris, Seuil.
·  BAUDELOT C., ESTABLET R. 1992, Allez les filles !, Paris, Seuil. BOURAOUI N. 1998. L’Age blessé, Paris, Fayard.
·  BOURDIEU P. 1978. Classement, déclassement, reclassement, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 28.
·  BOURDIEU P. 1992. Les Règles de l’Art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil.
·  CHAWAF C. 1976. Chair chaude. L’écriture, Paris, Mercure de France.
·  CIXOUS H. 1975. Le Rire de la méduse, L’Arc, n° 61.
·  CIXOUS H, CLEMENT C.1975. La jeune née, Paris, Union générale d’édition, coll.10/18 « Féminin futur ».
·  CIXOUS H., GAGNON M., LECLERC A. 1977. La Venue à l’écriture, Paris, Union générale d’édition, coll. 10/18, « Féminin futur ».
·  DESPENTES V. 1994. Baise-moi, Paris, Florent Massot.
·  DESPENTES V. 1996. Les Chiennes savantes, Paris, Florent Massot.
·  DHAVERNAS-LEVY M-J. 1995. Différence, égalité : enjeux épistémologiques, enjeux stratégiques, in EPHESIA, La Place des femmes. Les enjeux de l’identité et de l’égalité au regard des sciences sociales, La Découverte, Paris.
·  DELEUZE G. 1968. Différence et répétition, Paris, Minuit.
·  DELPHY C. 1970. L’ennemi principal, Partisans, n° 54-55.
·  DERRIDA J. 1967. L’Écriture et la différence, Paris, Seuil.
·  DERRIDA J. 1967. De la Grammatologie, Paris, Seuil.
·  DURAS M., GAUTHIER X. 1974. Les Parleuses, Paris, Minuit.
·  FELMAN S. 1977. La Folie et la chose littéraire, Paris, Seuil.
·  FOUCAULT M. 1961. Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Plon.
·  FOUCAULT M. 1966. Les Mots et les choses, Paris, Gallimard.
·  FOUCAULT M. 1994. Asiles, sexualités, prisons, Dits et écrits, 1954-1988, Tome II (1970-1975), Paris, Gallimard.
·  GARCIA I. 1981. Promenade femmilière. Recherches sur l’écriture féminine, Paris, Des Femmes.
·  HEINICH N. 1990. Être écrivain, Centre National des lettres, Paris.
·  HEINICH N. 1995. Façon d’« être » écrivain. L’identité professionnelle en régime de singularité, Revue Française de Sociologie, juillet-septembre, XXXVI.
·  HEINICH N. 2000. Être écrivain, Création et identité, Paris, La découverte et Syros.
·  HERITIER F. 1996. Masculin/ Féminin. La pensée de la différence, Paris, Odile Jacob.
·  HYVRARD J. 1977. Les Doigts du figuier, Paris, Minuit.
·  IRIGARAY L., 1974. Speculum de l’autre femme, Paris, Minuit.
·  JULLIARD J., W INOCK M. 1996. Dictionnaire des intellectuels, Paris, Seuil.
·  LAGRAVE R-M. 1992. Une émancipation sous tutelle. Éducation et travail des femmes au XXe siècle, Histoire des femmes en Occident (G. Duby, M.Perrot, dir), Tome 5 (F. Thébaud, dir.), Plon, Paris. LECLERC A. 1974. Parole de femme, Paris, Grasset.
·  Les Nouvelles littéraires, 26/05/1976, « Des Femmes en écriture », n° 2534.
·  LEVY C. 1998, Écritures de l’identité. Les écrivains juifs après la Shoah, Paris, P.U.F., coll « Le Lien social ».
·  M ARINI M. 1990. D’une création minoritaire à une création universelle, Cahiers du Grif, n° 45, automne.
·  M ARINI M. 1992. La Place des femmes dans la production culturelle. L’exemple de la France, Histoire des femmes en Occident (G.Duby, M.Perrot, dir.), Tome 5 (F.Thébaud, dir), Paris, Plon.
·  M ONTRELAY M, 1977. L’ombre et le nom, Paris, Minuit.
·  NAUDIER D. 2000. La Cause littéraire des femmes. Modes d’accès et de consécration des femmes dans le champ littéraire (1970-1998), Thèse de doctorat de sociologie, EHESS (Rose-Marie Lagrave, dir.)
·  NAUDIER D. à paraître. L’écriture-femme, enjeu esthétique, enjeu entre générations, enjeu de femmes, Actes du colloque « Pour une histoire sociale de la littérature II », Le texte et le contexte, (J.Jurt, dir.), Berlin Verlag, Arno Spitz, à paraître.
·  NOBECOURT L. La Démangeaison, Paris, Sortilèges, 1994.
·  NOBECOURT L. 1998. La Conversation, Paris, Grasset.
·  OPHIR A. 1976. Regards féminins, Paris, Denoël-Gonthier.
·  PAVEAU M.-A. 1998. Le « roman populiste » : enjeux d’une étiquette littéraire, Mots, n° 55.
·  PICQ F. 1993, Libération des femmes. Les années mouvement, Paris, Seuil.
·  PICQ F. 1997. « Un homme sur deux est une femme ». Les féministes entre égalité et parité (1970-1996), Les Temps modernes, n° 593.
·  PINTO L. 1991. Au sujet des intellectuels de parodie, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 89, septembre.
·  PLANTE C. 1989. La Petite sœur de Balzac. Essai sur la femme-auteur, Seuil, coll. Libres à elles, Paris.
·  SAPIRO G. 1999, La Guerre des écrivains, Fayard, Paris.
·  STATISTIQUES DES EXAMENS SUBIS ET DES DIPLOMES DELIVRES EN 1967, Doc n° 3443.
·  STISTRUP-JENSEN M. ; 2000, « La notion de nature dans les théories de « l’écriture féminine »«, Clio, n° 11.
·  TAHON M-B. 2001. « Maternité, corps et politique », in Le Deuxième sexe. Une relecture en trois temps, 1949-1971-1999 (Colette Coderre, M-B. Tahon, dir.), ed. Remue-Ménage, Montréal.
·  VAN DER POËL I. 1992. Une Révolution de la pensée maoïste, féministe à travers Tel Quel, Les Temps Modernes et Esprit, ed. Amsterdam, Atlanta, GA.
·  VAN ROSSUM-GUYON. 1979. Sur quelques aspects de l’écriture féminine en France aujourd’hui, in C. Grivel, Ecriture de la religion, écriture du roman, PUL.
·  W OLF N. 1995. Une littérature sans histoire. Essai sur le Nouveau roman, Genève, Droz.
 
NOTES
 
[1]Je remercie Michèle Ferrand et Hervé Serry pour leurs éclairages et critiques au cours de la rédaction de cet article.
[2]Nous avons pris le parti de mentionner le prénom et le nom de l’auteur en son entier lors de la première citation. Nous ne citerons ensuite que les noms.
[3]Créé en 1958, ce prix couronne un roman, un récit ou un recueil de nouvelles exprimant un « ton nouveau ». Les lauréates sont Colette Audry en 1962, Monique Wittig en 1964, Marie-Claire Blais en 1966 et Hélène Cixous en 1969.
[4]Le numéro de Partisans, n°54-55, juillet- octobre, 1970 intitulé Libération des femmes : année 0 marque l’émergence du mouvement féministe. Parmi les auteurs figurent notamment Christine Dupont (Delphy), Emmanuèle Durand (de Lesseps) et Christiane Rochefort. Ces différentes contributions amorcent un travail de réflexion critique sur les rapports de domination hommes/femmes. Elles permettent de souligner la singularité des luttes à conduire par les femmes. Ce numéro atteste d’une évolution du féminisme à partir de cette date. A la fois « année zéro » rend compte de la méconnaissance des luttes féministes passées mais en même temps révèle la volonté de prendre ses distances avec un féminisme jugé trop timoré. (Ch. Bard, 2001 : 171)
[5]Née en 1940, enseignante en philosophie, Annie Leclerc est publiée pour la première fois dans Les Temps modernes en 1967 et chez Gallimard, grâce à l’entremise de Simone de Beauvoir la même année. Mariée avec N.Poulantzas, elle dispose d’un réseau de relations très inséré dans les milieux intellectuels et de l’édition. Ses prises de position plus proches de la tendance « différencialiste » bien qu’elle soit publiée chez Grasset lui valent une rupture de ses liens avec S.de Beauvoir. Cf. A.Leclerc, Origines, Grasset, Paris, 1988.
[6]Sur un échantillon de 80 féministes « historiques », « 66 d’entre elles sont diplômées d’études supérieures, dont plus de 40 au niveau du doctorat », in Françoise Picq, Le Mouvement de libération des femmes et ses effets sociaux, ATP-CNRS, Paris, 1987.
[7]Annuaire statistique de la France, 1959.
[8]Statistiques des examens subis et des diplômes délivrés en 1967.
[9]Le Prix Médicis créé en 1958 couronne des romans d’un ton nouveau, autrement dit défend des conceptions littéraires d’avant-garde. Le jury est composé d’une majorité d’auteurs issus du Nouveau Roman.
[10]Souligné par Hélène Cixous.
[11]Née an 1942, titulaire d’un doctorat en esthétique, elle publie sa thèse Surréalisme et sexualité en 1971 chez Gallimard. En 1974, les éditions de Minuit publient ses entretiens avec M.Duras sous le titre Les Parleuses. Militante féministe, elle fréquentait les assemblées qui se tenaient aux Beaux-Arts. La difficulté à publier ses poèmes, genre dans lequel elle aurait souhaité être reconnue, la conduit à être publiée par Antoinette Fouque en 1974 ( Rose saignée ). Proche des milieux d’avantgarde, elle participe au numéro « Luttes de femme », Tel Quel 58,1974 après qu’un dossier consacré à l’écriture féminine commandé par le journal Le Monde fut finalement refusé par Jacqueline Piatier qui ne soutenait pas cette orientation. Elle fonde la revue Sorcières en 1977.
[12]Née en 1945, elle enseigne l’économie dans un lycée technique. Ses premiers livres ont été publiés aux éditions de Minuit ( Les Prunes de Cythère, 1975, Mère la mort, 1976, Les Doigts du figuier, 1977). Après une publication en 1982 aux éditions du Seuil, Le Corps défunt de la comédie, ses cinq livres suivants sont édités aux éditions Des Femmes à partir de 1984 jusqu’en 1990. En 1989, elle publie La Pensée corps, dictionnaire où elle définit sa propre pensée à partir de néologismes qui vise à révéler sa « pensée alternative à la logique rationnelle ». Après cette date, elle n’est plus éditée par cette maison, connaît des difficultés pour être publiée comme l’indique l’espacement et les lieux d’édition qui soulignent son éloignement du centre du dispositif éditorial parisien. Elle bénéficie d’une reconnaissance au sein des départements de littérature (M.Marini lui consacre un séminaire en 1984 à Paris 7) et d’études féminines au Canada et aux États-Unis.
[13]Née en 1943, elle est diplômée de l’École du Louvre. Après sept ans passés hors de France, elle publie son premier livre Retable : la rêverie aux éditions Des Femmes en 1974. Elle est ensuite publiée aux éditions du Mercure de France, J-J.Pauvert, Stock, Ramsay, Flammarion. Elle publie en 1992, Le Corps et le verbe, la langue en sens inverse, Presses de la Renaissance, un ouvrage théorique qui analyse la négation et le refoulement du corps dans la littérature. Cet essai, commande de l’éditeur, souligne la poursuite de ses recherches esthétiques concernant l’écriture du corps.
[14]Souligné par l’auteur.
[15]Entretien accordé en 2000.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Je remercie Michèle Ferrand et Hervé Serry pour leurs éclai...
[suite] Suite de la note...
[2]
Nous avons pris le parti de mentionner le prénom et le nom ...
[suite] Suite de la note...
[3]
Créé en 1958, ce prix couronne un roman, un récit ou un rec...
[suite] Suite de la note...
[4]
Le numéro de Partisans, n°54-55, juillet- octobre, 1970 int...
[suite] Suite de la note...
[5]
Née en 1940, enseignante en philosophie, Annie Leclerc est ...
[suite] Suite de la note...
[6]
Sur un échantillon de 80 féministes « historiques », « 66 d...
[suite] Suite de la note...
[7]
Annuaire statistique de la France, 1959. Suite de la note...
[8]
Statistiques des examens subis et des diplômes délivrés en ...
[suite] Suite de la note...
[9]
Le Prix Médicis créé en 1958 couronne des romans d’un ton n...
[suite] Suite de la note...
[10]
Souligné par Hélène Cixous. Suite de la note...
[11]
Née an 1942, titulaire d’un doctorat en esthétique, elle pu...
[suite] Suite de la note...
[12]
Née en 1945, elle enseigne l’économie dans un lycée techniq...
[suite] Suite de la note...
[13]
Née en 1943, elle est diplômée de l’École du Louvre. Après ...
[suite] Suite de la note...
[14]
Souligné par l’auteur. Suite de la note...
[15]
Entretien accordé en 2000. Suite de la note...