2002
SOCIÉTÉS CONTEMPORAINES
Europeanisation et territorialisation des politiques d’emploi : la force des liens faibles
Sophie Rouault
Waldschmidtstr. 49 60316 FRANKFURT, R.F.A.
S’inscrivant dans un cadre théorique fédéraliste, cet article montre comment la Communauté européenne (CE) participe à la configuration des politiques nationales d’emploi
et de formation professionnelle : à travers la distribution de fonds, l’imposition de règles et la
diffusion de recettes d’action publique, elle agit sur les échanges politiques et techniciens au
sein des États membres. L’analyse des registres argumentaires mobilisés pour justifier
l’intervention de la CE et l’étude comparée de la mise en œuvre d’un programme communautaire de formation et d’insertion montrent comment la Commission européenne, condamnée à
mener une action de nature subsidiaire, est pourtant parvenue à s’imposer comme
l’accompagnatrice des changements d’action publique.
In line with federalist theories, this article shows how the European Community
(EC) takes part in the configuration of national employment and training public
policies : while distributing money, laying down rules and disseminating « recipes »
for public policymaking, the EC influences the political and professional exchanges
taking place within its member states. The arguments mobilized to justify the EC
intervention and the comparative implementation of one EC training program illustrate the way the European Commission managed over time to establish herself in
backing up public policy change, although it was condemned from the beginning to
play a subsidiary role.
L’intégration européenne est une expérience, en cours depuis plus de cinquante
ans, qui façonne une structure de gouvernance inédite
[1]. Mais inédit ne veut pas dire
incomparable : c’est cet apparent paradoxe que certains analystes
[2] se sont proposé
de résoudre en recourant aux théories classiques de l’État et plus particulièrement
aux théories du fédéralisme
[3] pour doter la Communauté européenne (CE) d’un caractère comparable.
Le fédéralisme se réfère ici à un
genre d’organisation du pouvoir politique, comprenant une grande variété d’
espèces (fédérations, confédérations, etc.) mais aussi
des
hybrides (dont la CE) ; il a pour caractéristique un gouvernement exercé par ses
unités constituantes tantôt en commun (pour certains desseins spécifiques) tantôt de
manière autonome (Watts, 1998,120). Si cette approche permet de catégoriser ses
objets, elle permet surtout de les analyser dans leur dynamique historique :
« l’essence du fédéralisme ne tient [donc] pas à un arrangement institutionnel particulier mais à l’institutionnalisation de relations spécifiques entre les acteurs participant à la vie politique » (D. Elazar cité in Sbragia, 1992,25)
[4].
Dans cette perspective et en nous appuyant sur une définition dynamique du fédéralisme, comme processus de recherche d’un équilibre institutionnel – toujours
instable – entre des intérêts fonctionnels et territoriaux pluriels
[5], nous tenterons de
montrer comment les institutions et les politiques communautaires ont pu avoir un
impact sur les systèmes nationaux d’emploi à travers l’élaboration, la diffusion et
l’imposition progressive de règles, de concepts et de recettes d’action publique, venant s’inscrire dans des échanges politiques et techniciens fortement institutionnalisés au sein des États membres.
Institution « moteur »
[6] de l’intégration européenne, la Commission européenne
est en effet parvenue, très progressivement, à introduire la Communauté puis
l’Union européenne (UE) dans un champ d’action publique largement préempté par
les systèmes de protection sociale des États membres. L’implication des institutions
communautaires dans le champ du social est par conséquent souvent présentée
comme étant de nature largement symbolique, incitative et cognitive (Cram, 1997 ;
Barbier, 1998). Cette position tient souvent à des travaux centrés sur la formulation
des politiques communautaires et sur les échanges politiques entre institutions communautaires (Conseil et Commission surtout). S’attacher à la mise en œuvre nationale, régionale et locale d’un des nombreux programmes financés par l’UE dans le
champ du social
[7] permet sans doute de compléter utilement ces analyses
[8] : ces programmes et ces politiques transnationales promeuvent certes la diffusion d’« idées »
mais imposent aussi parallèlement des règles contraignantes, qui modifient les rapports intergouvernementaux au sein des États membres ainsi que les outils, les représentations et les stratégies des acteurs qui les mettent en œuvre.
Dans la perspective fédéraliste tracée plus haut, nous nous attacherons dans un
premier temps à définir plus systématiquement la nature subsidiaire de l’intervention
communautaire dans le champ de la protection sociale et de l’emploi et ce depuis les
traités fondateurs, pour cerner les rôles successifs assignés au niveau supranational
dans ce champ d’action publique « multi-niveau ». On s’attachera ensuite à mesurer
l’impact d’une politique communautaire redistributive sur les équilibres institutionnels forgés au sein de trois États membres (France, Allemagne, Irlande) dans le
champ de l’emploi et de la formation professionnelle, ce qui nous permettra de qualifier l’intervention communautaire en terme d’apprentissage politique et de recomposition des échanges politiques territoriaux.
1. LA NATURE DOUBLEMENT SUBSIDIAIRE DE L’INTERVENTION
COMMUNAUTAIRE
DANS LE CHAMP DE LA PROTECTION SOCIALE
L’analyse des interventions de l’UE dans le champ de la protection sociale à
l’aune des théories fédéralistes et sur la longue durée permet de distinguer les argumentaires subsidiaires par lesquels la Communauté européenne s’est inscrite dans un
champ d’intervention traditionnel de l’État nation et notamment dans la couverture
des risques de chômage et plus tard de déqualification.
Qualifier de « subsidiaire » l’intervention communautaire en matière de protection et de politiques sociales relève ici d’un double exercice. Il s’agit essentiellement, face au système politique « multi-niveau » communautaire, d’emprunter des
outils d’analyse à la tradition politique et philosophique européenne du fédéralisme
(Burgess, 1996), qui fait du concept de subsidiarité le principe clef de l’allocation du
pouvoir politique entre niveaux territoriaux – une autorité politique « supérieure » ne
suppléant une autorité « inférieure » que face à l’incapacité d’agir et à la demande de
celle-ci (Million-Delsol, 1992). Cet outil nous servira alors à étudier les registres
justificatifs de l’action communautaire et leur évolution au cours du temps. Il s’agit
aussi, mais beaucoup plus marginalement, et toujours dans ce contexte analytique,
d’envisager l’inscription du principe de subsidiarité dans le traité de Maastricht
comme un recours opportun à cette tradition européenne dans un moment de crise de
légitimité de l’action communautaire – ce principe devenant simplement une ressource stratégique supplémentaire pour la Commission européenne (Smith, 1996).
1.1. UNE SUBORDINATION HISTORIQUE DU SOCIAL A L’INTEGRATION DES
MARCHES
Faire un retour sur les origines de l’intégration européenne pour y chercher les
fondements politiques et juridiques de l’intervention communautaire dans le champ
de la protection sociale permet de déceler immédiatement la subordination de celle-ci au projet majeur d’intégration des marchés nationaux.
Les clauses sociales contenues dans le premier traité communautaire – celui de la
Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) – sont ainsi de deux ordres. Dans le cas de la première communauté, elles visent d’une part à traiter des effets induits de la rationalisation de la production, elle-même destinée à rendre la sidérurgie européenne compétitive. Elles veulent d’autre part promouvoir
l’amélioration des conditions de vie et de travail des salariés des secteurs concernés
– dans une sorte de corollaire « socialement responsable » à la poursuite de la prospérité économique (Collins, 1975). Une nette priorité est cependant accordée à une
dimension réparatrice (des effets du marché) au détriment de la création de nouveaux droits sociaux ; ainsi, des financements pour le reclassement des travailleurs
licenciés des mines et de la sidérurgie sont mobilisés, tandis que le droit à la mobilité est limité aux travailleurs qualifiés.
Le Traité de Rome qui vise à établir un marché commun des produits et des services généralise certes le droit à la mobilité à l’ensemble des travailleurs (et non à
l’ensemble des citoyens européens) mais indique que l’amélioration des conditions
de vie et de travail résultera pour partie du « fonctionnement du marché commun,
qui favorisera l’harmonisation des systèmes sociaux », en faisant ainsi une sorte
d’effet induit de l’intégration des marchés. Le Fonds social européen qui est alors
créé vise à aider la reconversion les travailleurs des régions fortement touchées par
le chômage, confortant la perspective réparatrice initiale.
Ainsi les traités fondateurs de l’Union européenne abordent-ils les questions sociales sous un angle fortement subordonné par rapport à l’intégration des marchés :
celles-ci ont pour origine la crainte de distorsions de concurrence introduites par des
différentiels entre salaires ou entre prestations de protection sociale ou visent à
amortir préventivement ou curativement les chocs provoqués par l’intégration marchande (Moravscik, 1998) – la création de droits sociaux positifs demeurant en revanche souvent d’ordre purement déclaratif
[9].
Mais l’action communautaire en matière sociale est doublement subsidiaire dans
la mesure où elle se situe aussi sur un champ d’action publique largement préempté
par les politiques sociales des États membres
[10]. Dans ce contexte, la stratégie de la
Commission européenne en matière sociale se développe selon deux axes : faciliter
la coordination des systèmes de protection sociale pour permettre une mobilité équitable ou non préjudiciable des travailleurs communautaires (
e.g. en garantissant
l’exportation des prestations de retraite vers le pays d’origine ; Leibfried et Pierson,
1998) et permettre aux acteurs des marchés du travail d’anticiper ou de surmonter
les mutations en cours sur les marchés du travail, en venant porter appui aux politiques publiques des États membres. Le premier volet de cette stratégie, destinée à
supprimer tout obstacle à la libre concurrence contenu dans les politiques sociales
nationales, s’apparente à une dynamique d’intégration négative (Scharpf, 1999,45),
ou à une forme de régulation sociale, selon les termes de G. Majone (1996,76-77),
puisque qu’elle procède par l’édiction de normes ou de principes obligatoires dont
les coûts de mise en œuvre sont portés par les entreprises. Le second volet est quant
à lui de nature plus hétérogène : oscillant dans ses objectifs explicites entre correction des externalités négatives du marché et anticipation stratégique de celles-ci par
des mécanismes redistributifs, il hésite donc entre mécanismes de correction et de
structuration des marchés. C’est ce volet redistributif qui nous intéresse plus particulièrement ci-après.
1.2. PROMOUVOIR L’EXPERIMENTATION SOCIALE A LA MARGE D’UN CHAMP
D’ACTION
PREEMPTE PAR LES ÉTATS MEMBRES
Le volet redistributif de l’action sociale communautaire s’est progressivement
doté de registres argumentatifs et justificatifs pluriels et hétérogènes, qui soulignent
la plasticité de ces instruments autant que les difficultés de légitimation d’une action
communautaire doublement subsidiaire. Dès sa création, le Fonds social européen
(FSE) vient ainsi en appui aux régions touchées par le chômage en aidant financièrement à la reconversion de leurs travailleurs, avant de se consacrer à la lutte contre
le chômage des jeunes et d’autres « groupes cibles » à la fin des années 1970.
L’adhésion de l’Espagne et du Portugal au milieu des années 1980 remet à l’ordre
du jour la thématique des divergences de capacité productive, et la notion de « cohésion économique et sociale » devient alors un objectif politique explicite qui permet
le doublement à deux reprises (en 1988 et en 1993) de la masse financière des fonds
structurels. Puis le Livre Blanc sur la Croissance, la compétition et l’emploi (1993),
rédigé par la Commission européenne alors dirigée par J. Delors, vient souligner le
rôle clef joué par la valorisation des ressources humaines comme facteur productif et
marque la priorité désormais accordée au changement des pratiques microéconomiques au niveau des firmes. Ces registres ne se substituent pas chronologiquement les uns au autres mais cohabitent plutôt dans un portefeuille argumentatif
hétérogène, où la Commission puise les justifications de ses actions.
Ce volontarisme redistributif s’est aussi doté d’argumentaires spécifiquement fédéralistes, qui viennent tout autant légitimer qu’encadrer les interventions communautaires. Un principe de subsidiarité régit en effet ces actions : d’abord largement
implicite et procédural
[11], ce principe est officialisé lors de sa « constitutionnalisation » par la conférence intergouvernementale de Maastricht. S’inspirant du principe
historique clef de gestion de l’équilibre instable de la dynamique institutionnelle fédéraliste (voir plus haut), il assigne à la Commission, du fait de son monopole de
proposition, la charge de faire la preuve de la nécessité et de la juste proportionnalité
de l’intervention communautaire
[12]. Mais un décalage historique de taille par rapport
aux définitions traditionnelles se produit alors : au critère de défaillance ou
d’incapacité des instances inférieures, utilisé classiquement pour justifier
l’intervention d’une instance supérieure (Million-Delsol, 1992), s’ajoute dans le
texte du traité un critère flou d’efficacité (à travers l’adverbe « mieux »), qui permet
l’intervention de l’entité supérieure si celle-ci s’avère plus efficace. Plus que le risque souvent évoqué de centralisation de l’action au niveau communautaire
[13], ce décalage historique représente de fait une opportunité pour la Commission européenne
qui, lorsqu’elle a décelé des niches d’action publique peu ou pas investies par les
États membres
[14], peut justifier de manière plus explicite et plus ritualisée la « plusvalue communautaire » des actions qu’elle propose.
Au-delà de cet éclectisme argumentaire, la Communauté exprime par la voix de
la Commission européenne la volonté de constituer à la marge des politiques nationales des « laboratoires d’expérimentation sociale » (Muller & Rouault, 1997) : si
une grande partie des fonds structurels apporte un simple complément financier aux
politiques nationales de développement régional, d’emploi et de formation, un
dixième environ de cette masse financière est allouée depuis 1988 à la poursuite
d’objectifs « proprement communautaires ». Ces fonds et ces programmes
[15] sont
autant l’occasion pour la Commission européenne de rassembler les informations
nécessaires pour définir la nature complémentaire de ses actions que de soutenir des
coalitions d’acteurs sociaux (souvent marginaux) avec lesquels elle entre dans une
dynamique de légitimation réciproque : ont ainsi été soutenus et promus
d’innombrables groupes de travail, réseaux d’experts et « projets pilotes », donnant
lieu à des publications officielles, qui sont d’une part la matérialisation de
l’expertise rassemblée au niveau communautaire et des liens tissés par la Commission avec la société civile organisée et les administrations nationales, et d’autre part
la source informée et légitime des propositions à venir des services communautaires.
Au-delà de l’échange de savoirs – qui a fait dire à certains auteurs que domineraient
ici des interactions symboliques ou cognitives (Cram, 1997 ; Milner, 1998), ce sont
d’abord à des échanges de ressources financières mais surtout politiques que donnent lieu ces politiques sociales redistributives communautaires. Dans ce contexte,
l’intervention communautaire vise à permettre aux acteurs des politiques de formation et d’emploi d’enrichir leurs registres argumentaires mais surtout de diversifier
leurs instruments d’action pour faire face au chômage (des jeunes, des femmes, etc.)
ou aux mutations du travail, dans un double registre innovant et réparateur. C’est la
manière dont les acteurs des marchés nationaux du travail se saisissent de cette offre
de services de la Commission qui nous intéressera dans la seconde partie, plus empirique, de cet article.
1.3. L’UE, NOUVEAU FORUM D’ELABORATION DE REFERENTIELS D’ACTION
PUBLIQUE
EN MATIERE D’EMPLOI
L’actualité intergouvernementale récente met en évidence la structuration d’un
nouveau rôle « sur mesure » pour la Commission européenne : celui de chef
d’orchestre de la comparaison des performances nationales en matière de politiques
d’emploi. Le Traité d’Amsterdam a en effet fixé les priorités d’une « stratégie européenne pour l’emploi »
[16] et institué autour de celle-ci un exercice annuel de «
benchmarking »
[17] des systèmes nationaux d’emploi. Si, en l’occurrence, ces interactions au niveau intergouvernemental peuvent être qualifiées de cognitives, au sens
où elles recouvrent l’échanges de savoirs, on peut se demander – et c’est l’exercice
auquel se livre J.-C. Barbier dans ce numéro – si ces forums communautaires ne sont
pas aussi les lieux de construction de normes, d’algorithmes et de représentations
d’action publique communs et donc d’élaboration et de diffusion de référentiels
d’action publique (Muller, 1994).
Nous nous contenterons pour notre part de définir ici le rôle accordé dans ces forums de la rhétorique politique (Jobert, 1992) à la formation professionnelle, pour
qualifier précisément mais de manière partielle ce qui pourrait s’apparenter à un
changement de référentiel communautaire. Comme nous l’avons vu plus haut, pendant longtemps, les registres justificatifs de l’action communautaire dans le champ
de la formation et de lutte contre le chômage ont été pluriels et hétérogènes – oscillant entre une dimension réparatrice et une dimension structurante des marchés du
travail. Or depuis la publication du Livre Blanc sur la croissance, la compétition et
l’emploi en 1993, cette pluralité d’argumentaires s’est trouvée « ordonnée » en un
cadre cognitif cohérent, qui désormais s’intègre dans le projet de construction par le
marché, après s’être « extirpé » d’une dimension sociale européenne de rééquilibrage et de corrections des externalités négatives du projet de marché unique (Tidow, 1998 ; Pochet & Goetschy, 2000). La formation professionnelle est désormais
envisagée comme un instrument clef de compétitivité économique qui permet aux
entreprises de s’adapter plus rapidement aux changements technologiques et aux
demandes changeantes des marchés. Dans ce nouveau cadre cognitif, la notion de
territoire elle-même prend un sens nouveau : au sens traditionnel (pour les fonds
structurels) de zone « défavorisée » par sa situation périphérique ou par un tissu industriel en déclin, se substitue le territoire comme niveau de mobilisation des partenariats politico-économiques pertinents, qui organisent une jonction efficiente car
informée de l’offre et de la demande de travail et de qualifications pour valoriser les
atouts spécifiques et renforcer la compétitivité (globale) du territoire (Rouault,
2000).
Nous ne postulons pas ici que les argumentaires traditionnels de la formation
professionnelle comme instrument de promotion sociale, de développement personnel et d’une « seconde chance » au service des personnes (Joint-Lambert, 1997) disparaissent dans ce référentiel communautaire mais plutôt qu’ils sont subordonnés à
des argumentaires puisés dans les théories du capital humain (Streeck, 1999,5).
Nous n’affirmons pas non plus que ce référentiel est stabilisé et homogène mais plutôt que depuis sa publication, le Livre blanc et les argumentaires qu’il contient n’ont
pas cessé d’irriguer et de nourrir les propositions de la Commission jusqu’à une
forme de « cristallisation » puis de constitutionnalisation de ce référentiel dans le
chapitre « Emploi » du traité d’Amsterdam. Cette officialisation n’exclut pas la
poursuite de sa négociation et de sa configuration entre la Commission, le Parlement
européen et les gouvernements et administrations des États membres.
Mais quelles sont les traductions et réappropriations de ce référentiel au niveau
de la mise en œuvre des politiques publiques d’emploi ? Nous avons choisi un programme communautaire financé dans le cadre du Fonds social européen pour répondre à cette deuxième partie de notre questionnement.
2. LA MISE EN ŒUVRE D’UNE POLITIQUE COMMUNAUTAIRE COMME
MOMENT
DE LEGITIMATION DES CHANGEMENTS POLITIQUES ET D’ACTION
PUBLIQUE
EN COURS
L’analyse comparée de la mise en œuvre des programmes communautaires
d’insertion et de formation professionnelle
[18] de nature redistributive sur une période
de dix ans environ et dans trois contextes nationaux (France, Allemagne, Irlande)
permet de mettre en évidence, au-delà d’un phénomène de substitution des financements communautaires aux financements nationaux destinés à l’expérimentation sociale, des processus de reconfiguration des échanges politiques et techniciens dans le
champ des politiques de formation et d’emploi, que l’intervention communautaire
vient faciliter, voire légitimer, leur offrant toujours un complément de sens. Il s’agit
ainsi d’analyser « la subsidiarité en action » (Smith, 1996).
2.1. DU PARTENARIAT INSTITUTIONNEL AU PARTENARIAT TERRITORIAL : DE LA
FORCE DES CONCEPTS MOUS
La Commission initie et défend la réforme majeure des fonds structurels de 1988
sur les registres de la recherche de plus de « cohésion économique et sociale » et de
la « nécessaire rationalisation » des actions menées (notamment sur le thème de la
concentration « contre le saupoudrage » des fonds), mais elle tente aussi sur un registre plus incitatif de briser son tête-à-tête avec les gouvernements nationaux (ou
fédéraux) pour impliquer les Régions (au sens d’autorités politiques infranationales)
dans la programmation et la mise en œuvre des fonds structurels – le « partenariat
institutionnel » ainsi appelé de ses vœux devenant l’élément charnière de la réforme
(Hooghe, 1996 ; Smith, 1995). C’est cet élément de la réforme qui nous intéressera
ici, dans la mesure où il marque de la part de la Commission une tentative
d’incursion dans les rapports intergouvernementaux internes aux États membres :
dans la perspective fédéraliste que nous nous sommes donnée, il nous permet
d’observer la manière dont une intervention redistributive supranationale influe sur
des échanges politiques eux-mêmes variables dans trois contextes nationaux – en
France, en Allemagne et en Irlande
[19].
Malgré des différences institutionnelles marquées quant à la répartition des compétences entre niveaux de gouvernement dans le champ des politiques d’emploi et
de formation
[20], il est intéressant de constater une dynamique institutionnelle apparemment parallèle dans les trois pays entre la première phase (1990-1994) et la seconde phase (1994-1999) de programmation.
En France et en Allemagne, la réticence à inclure les autorités régionales (et les
partenaires sociaux) dans les « partenariats institutionnels » appelés de ses vœux par
la Commission ne résistera pas à un double mouvement de revendication, mené par
les Régions d’une part et la Commission d’autre part. Les Régions françaises rechignent dès 1992 à n’être que les co-financeurs forcés d’initiatives communautaires
sur la définition desquelles elles n’ont pas eu leur mot à dire jusque-là
[21]. Les Länder
allemands revendiquent fortement la gestion de programmes qui relèvent en effet de
leur compétence constitutionnelle et dont le Bund s’est réservé la gestion au nom de
leur caractère expérimental. En Irlande, les autorités régionales fonctionnelles dont
la Commission a pourtant dénoncé le caractère « cosmétique » se mobilisent quand
même pour exprimer des demandes spécifiquement régionales auprès de la Commission.
Celle-ci s’appuie sur ces mécontentements, exprimés et « mis en scène » dans le
cadre d’une consultation lancée à la veille de la seconde phase de programmation,
pour exiger un décentralisation plus poussée de la mise en œuvre des initiatives
communautaires, au nom de l’adaptation aux spécificités des situations locales de
l’emploi. La France réagit en optant pour une gestion déconcentrée des fonds
(confiées aux DRTEFP
[22] ), alors qu’elle amorce par ailleurs la décentralisation des
politiques de formation professionnelle (avec la loi quinquennale de 1993), tandis
qu’en Allemagne, le Bund cède aux revendications légitimes des Länder, se réservant l’évaluation de la mise en œuvre des fonds. Mis sous pression, les gouvernements centraux allemand et français « lâchent donc du lest », mais en tentant de se
préserver des outils de contrôle de la mise en œuvre des initiatives communautaires
et conformément aux dynamiques institutionnelles dominantes dans le champ national d’action publique concerné, ramenant en quelque sorte à un nouvel état
d’équilibre un système institutionnel communautaire en configuration permanente.
À l’aune du registre rationalisant de l’emploi des fonds au plus près des spécificités et des demandes régionales, Commission et autorités infranationales utilisent
donc ces programmes communautaires comme une ressource stratégique pour poursuivre des intérêts apparemment convergents – pour imposer la notion de « partenariat territorial »
[23] d’une part et pour asseoir ou re-asseoir les compétences de chaque
niveau d’autorité dans un champ d’action publique où ceux-ci exercent concurremment leurs compétences
[24] d’autre part. Jouant d’un registre argumentaire largement
incitatif, la Commission est progressivement parvenue à affirmer son rôle d’arbitre
« fédéral » en mettant sous pression les gouvernements nationaux qui centralisaient
la régulation de ces programmes communautaires jusque-là. En s’immisçant dans les
échanges politiques intergouvernementaux, elle a finalement fourni aux échelons
infranationaux des ressources symboliques, stratégiques (et financières) non négligeables pour participer à des processus de reconfiguration d’échanges politiques déjà en cours.
2.2. DU SOUTIEN D’EXPERIMENTATIONS PEDAGOGIQUES A
L’INSTITUTIONNALISATION DE STRATEGIES DE FORMATION TERRITORIALES
Après avoir observé l’impact d’une politique supranationale sur les échanges intergouvernementaux, observons l’impact de celle-ci sur les formes de régulation du
champ d’action publique au niveau local – au niveau des « porteurs de projets »,
établissements publics, privés, professionnels ou associatifs de formation ayant répondu avec succès aux appels d’offre lancés dans le cadre des programmes étudiés
[25].
Un premier niveau d’analyse consiste à examiner les instruments d’action publique financés sur fonds européens au regard des politiques nationales existantes en
matière de lutte contre le chômage. Il s’agit souvent ici d’instruments pédagogiques
peu reconnus ou difficilement finançables au sein de systèmes nationaux ou régionaux de formation de moins en moins favorables au soutien des expérimentations.
Répondre à un « appel d’offre européen » implique ainsi d’un directeur
d’établissement de formation une démarche volontaire de prise de risque, poussée
par un ministère de tutelle (désargenté) ou tentée du fait d’une socialisation professionnelle européenne antérieure et destinée à mettre en valeur un savoir-faire spécifique à son organisation. Sont par exemple financés « l’avant et l’après » formation :
un « diagnostic de territoire » est mené par les stagiaires pour détecter les besoins de
qualification ou les besoins non satisfaits sur un territoire ; une fonction de suivi
(psychologique, technique, juridique) est assurée après que les stagiaires aient créé
leur activité. Cet appui supranational, valorisé dans la communication externe des
établissements, sert à moyen terme à forcer l’institutionnalisation de ces instruments
d’action, dans la durée ou au-delà du public cible auxquels ils étaient destinés à
l’origine. Les initiatives communautaires financent en outre de nombreux réseaux de
porteurs de projets (thématiques ou géographiques), qui sont autant de forums techniciens où sont construits les argumentaires destinés à faciliter cette institutionnalisation d’après l’expérimentation.
Ces fonds européens servent en outre à affirmer la spécificité d’un organisme et
de ses méthodes de travail sur un territoire ou dans une filière de formation, dans
une logique de différentiation et de concurrence qui s’affirme dans ce secteur. Ils
permettent ainsi aux établissements concernés de gagner une marge de manœuvre
stratégique : le fait de « porter » un ou plusieurs projets « financés par l’Europe »
permet parfois à ces organisations de se soustraire partiellement à des tutelles politiques (nationales et régionales) jugées contraignantes
[26] ou trop rigides car procédant
par découpage de la population (in)active en « groupes cibles » ou en filières professionnelles ; cela leur permet en revanche d’ajuster leur offre de formation à des demandes locales, formulées ponctuellement par des entreprises ou des individus et ne
« cadrant pas » avec les financements publics nationaux disponibles. Cette forme
d’adaptation stratégique au « coup par coup » se double de fait de l’assimilation
d’un nouveau rapport au territoire : d’espace de mise en œuvre de politiques publiques (ministérielle ou régionale – dans une perspective
top-down ), le territoire devient l’espace pertinent d’ajustement d’une offre de formation de plus en plus
concurrentielle à des demandes de formation spécifiques et changeantes (dans une
perspective «
bottom-bottom » ; Abattu, 1999), initiant ainsi de nouvelles régulations
locales des marchés du travail, où les prescripteurs de l’action publique sont désormais pluriels – autorités politiques certes mais entreprises de plus en plus souvent ou
société civile organisée.
Pour de nombreux établissements, ce changement de stratégie organisationnelle
s’apparente ainsi à l’intégration progressive d’un véritable « référentiel de marché » de la formation, qui prend le dessus sur le référentiel traditionnel de la formation comme bien public, dont l’unique prescripteur et financeur était « le ministère »
de tutelle. Ce changement de référentiel est facilité et accompagné par les programmes communautaires. Nous n’affirmons pas que ce changement de référentiel
« passe » par les programmes communautaires, entendons nous bien : il s’effectue
dans un mouvement parallèle et donc largement disjoint dans les arènes communautaires de la rhétorique politique et dans les réseaux d’action publique nationaux, et
selon des temporalités décalées. Mais les programmes communautaires fournissent
souvent aux acteurs locaux de la formation une capacité d’action supplémentaire
ainsi qu’un supplément de sens et de légitimité à leur action.
L’action publique communautaire facilite l’apprentissage du fédéralisme interétatique et l’apprivoisement d’un référentiel sectoriel de marché.
Pour les professionnels de la formation et de l’insertion impliqués dans la mise
en œuvre locale des politiques publiques, comme pour les personnels politiques impliqués dans l’élaboration de ces mêmes politiques, la participation à la dimension
transnationale de ce champ d’action publique – par la réponse à un appel à projet
communautaire ou par la participation à la rédaction des Plans nationaux d’action
pour l’emploi, est synonyme d’apprentissage d’une forme de « fédéralisme interétatique » (Dehove & Théret, 2000). En effet, les interventions communautaires
dans le champ des politiques d’emploi sont le véhicule de processus de légitimation
réciproque – de nature largement fonctionnelle – qui perturbent les pactes fédéraux
nationaux autant qu’ils maintiennent le pacte fédéral communautaire.
Mais cet apprentissage est aussi celui d’un univers de sens renouvelé où cohabitent une pluralité de référentiels d’action publique, convergents mais concurrents, en
alignement progressif sur un référentiel de marché des politiques d’emploi et de
formation, largement mis en forme au niveau supranational
[27]. Une différence se fait
cependant jour par rapport à la conception originelle du référentiel, telle qu’élaborée
par Pierre Muller (1994) : dans le cas analysé, si on peut définir la Commission européenne comme un médiateur, articulant la nouvelle vision dominante de
l’intervention publique dans le secteur, c’est d’un médiateur subsidiaire qu’il s’agit :
celle-ci n’est pas en mesure de transformer cette ressource intellectuelle en
leadership politique, puisqu’elle se meut dans un univers politique fédéral ou polycentrique, mais elle offre des ressources stratégiques aux acteurs politiques capables de
s’en saisir, dans un jeu de légitimation réciproque.
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[1]
Définition librement inspirée par celle d’Alberta Sbragia (Sbragia, 1992,28).
[2]
Ces analystes furent Giandomenico Majone, Renaud Dehousse, Fritz Scharpf, J.H.H. Weiler et A.
Sbragia pour ne citer que les pionniers.
[3]
Pour un état des lieux de la discipline, incluant le cas de l’Union européenne, voir la synthèse critique de Ronald L. Watts dans l’
Annual Review of Political Science (Watts, 1998).
[4]
Traduction de l’auteur.
[5]
On entend ici par « intérêts territoriaux » les intérêts des unités territoriales constituant l’entité supranationale – les États membres de la Communauté européenne en l’occurrence. Par opposition,
les intérêts fonctionnels sont les intérêts représentés et défendus par des groupes d’intérêts fonctionnels, professionnels ou sectoriels. Un système politique de nature fédéraliste se différencie
d’une organisation internationale en ceci que les intérêts territoriaux restent prééminents mais peuvent être dépassés, souvent du fait de l’existence d’une procédure de décision à la majorité (qualifiée dans le cas de la CE), mais surtout du fait de la recherche consciente au sein des instances de
décision d’un équilibre entre intérêts territoriaux et intérêts fonctionnels, dans le souci de parvenir à
l’intérêt général commun ou « communautaire » ici.
[6]
Du fait de son rôle de gardienne des Traités, de son pouvoir de proposition et de ses vastes pouvoirs
exécutifs.
[7]
S’intéresser à la politique jurisprudentielle de la Cour de justice des Communautés européennes
(CJCE) viendrait utilement compléter notre analyse : pour garantir la libre circulation des travailleurs communautaires, la CJCE a en effet rendu nombre de décisions ayant un impact non négligeable sur les systèmes nationaux de protection sociale (cf. Leibfried & Pierson, 1998, p. 7-87 ; Palier, 2000).
[8]
Voir aussi la contribution de J.-C. Barbier à ce numéro.
[9]
Ce qui demeure vrai aujourd’hui malgré l’adoption d’une Charte des droits sociaux fondamentaux
des travailleurs en 1989 et la Charte communautaire des droits fondamentaux établie en décembre
2000 par la première convention européenne ; avec des exceptions notables cependant, en matière
de protection sociale des travailleurs migrants, d’égalité des chances entre hommes et femmes
(Ostner & Lewis, 1998 ; qui doit beaucoup à la jurisprudence de la CJCE) ou en matière de santé et
de sécurité sur le lieu de travail.
[10]
Certains auteurs vont jusqu’à discerner une troisième dimension subsidiaire de l’action sociale
communautaire : depuis le traité de Maastricht, celle-ci peut procéder soit par voie « législative »
(procédure décisionnelle communautaire classique) soit par voie conventionnelle (par accord entre
partenaires sociaux réunis au niveau communautaire) – la seconde étant vue idéalement comme
préalable et la première comme relais en cas d’échec des partenaires sociaux.
[11]
Notamment dans l’ancien article 235 du traité de Rome qui attribue à la Communauté la compétence d’agir en l’absence d’autorisation spécifique dans tout les cas où une action communautaire
apparaît nécessaire pour le fonctionnement du marché commun ; mais aussi en privilégiant originellement l’usage de la directive (qui laisse aux Etats membres le choix des moyens pour la mise en
œuvre de la norme communautaire) à celui du règlement.
[12]
L’article 3b du traité de Maastricht stipulait que « dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n’intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et
dans la mesure où les objectifs de l’action envisagés ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les Etats membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l’action envisagée, être
mieux réalisés au niveau communautaire ». Actuel article 5 du Traité d’Amsterdam.
[13]
Ce risque, évoqué au moment de la révision de Maastricht, est sans doute infondé dans le cas des
politiques sociales du fait de la double subsidiarité démontrée plus haut. Pour une analyse minutieuse des négociations ayant abouti à cette définition et les implications de celle-ci, se reporter à
Paul Green (1994).
[14]
On pense ici notamment à l’ensemble des groupes de travail ou réseaux transnationaux financés sur
la moyenne durée (réseau égalité des chances, réseau coordination des systèmes de protection sociale) pour rédiger des rapports annuels et non pour traiter d’un problème d’action publique
conjoncturel.
[15]
On inclue aussi ici les budgets (hors fonds structurels) des différentes directions générales traitant
des questions de formation et d’emploi, soient les DG emploi et relations industrielles (ex DG V),
DG recherche et développement mais aussi DG éducation (ex DG XXII). Citons par exemple les
programmes Leda (développement local), Petra (formation aux langues étrangères), ou le réseau
européen sur l’égalité des chances.
[16]
Se reporter à la contribution de Jean-Claude Barbier pour une analyse plus approfondie. Pour rappel, la stratégie européenne pour l’emploi s’articule autour de « quatre piliers » ou objectifs : améliorer de la capacité d’insertion professionnelle, développer l’esprit d’entreprise, encourager la capacité d’adaptation et renforcer la politique d’égalité des chances ; auxquels s’est ajouté en 2001
l’objectif transversal de promotion de la qualité de l’emploi.
[17]
Non au sens de classement des Etats membres selon leurs performances mais comme estimation
des progrès accomplis par chaque Etat membre dans le temps et par la fixation d’objectifs communs chiffrés de moyen ou long terme (cf. sommet de Stockholm en mars 2001 où ont été fixés en
commun les objectifs d’un taux d’emploi de 67%, d’un taux d’activité féminin de 57%, d’un taux
d’activité des 55-64 ans de 50 % pour 2005).
[18]
Il s’agit ici des Programmes d’Initiative Communautaire Emploi (1990-2000) et Adapt (1994-2000)
dits « PIC Ressources Humaines », dont les divers volets visent à promouvoir l’insertion sur le
marché du travail des femmes (Now), des jeunes (Youthstart), des handicapés (Horizon), des chômeurs de longue durée (Integra) et à requalifier des travailleurs menacés par le chômage (Adapt) ou
les mutations technologiques (Adapt bis) : environ 3,5 milliards d’équivalents Euros ont été consacrés à ces programmes.
[19]
On s’appuiera ici sur une enquête menée dans le cadre d’une thèse de science politique en cours de
rédaction ; réalisée par entretiens semi-directifs dans les trois pays, aux niveaux nationaux / fédéraux et régionaux, ainsi qu’auprès des institutions communautaires – essentiellement des services
de la feu « DG V », direction générale de l’emploi, des relations industrielles et des affaires sociales.
[20]
En France, la formation commence alors à peine d’être décentralisée et confiée aux Conseils régionaux ; en Allemagne, la formation professionnelle est une compétence des Länder, tandis que les
politiques de lutte contre le chômage impliquent le Bund et les Länder, voire les communes ; en Irlande en revanche, il n’existe par d’autorités politiques régionales en tant que telles – le gouvernement a créé en 1987 des autorités régionales pour se conformer à la politique régionale communautaire mais celles-ci sont plus fonctionnelles que politiques (Laffan, 1996).
[21]
Elles s’en plaindront lors d’une consultation lancée en 1992 par la Commission à travers un Livre
Vert sur l’avenir des Initiatives Communautaires, destiné à amorcer la deuxième phase de programmation (1994-1999) : courriers consultés à la Mission FSE du ministère des Affaires sociales.
[22]
Directions régionales du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle, échelons déconcentrés du ministère des Affaires sociales (et ses successeurs).
[23]
Qui a remplacé en 1993 l’ancien « partenariat institutionnel », selon une symbolique plus explicitement orientée vers l’infranational.
[24]
En France, dans le contexte de la décentralisation progressive de la formation professionnelle (Richard & Méhaut, 1997 ; Richard & Tessier, 2000) et en Allemagne dans un contexte de conflit où
les Länder reprochent au gouvernement fédéral de centraliser des compétences leur revenant de
droit (Anderson, 1990).
[25]
Nous nous appuyons ici sur une observation participante de dix-huit mois au sein d’un réseau national français de porteurs de projets d’un millier de membres animé par le GREP (Groupe de Recherche et d’Étude Prospective) à l’initiative de la Direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER) du ministère de l’Agriculture. Celle-ci a débouché en 1999 sur une étude évaluative du réseau « Européa FP », menée avec Madeleine Hersent (ADEL) et publiée en 2000 par le
Grep.
[26]
Voici quelques arguments invoqués : le manque de planification de moyen terme de politiques régionales de formation encore « jeunes », les incompatibilités entre objectifs politiques nationaux et
régionaux, le souhait d’éviter de dépendre d’un financeur public.
[27]
Le rôle joué par l’OCDE est aussi dans ce contexte non négligeable (cf. Johnston, 1998) : mais on
peut remarquer qu’en matière de politiques d’emploi, les experts nationaux auxquels la Commission fait appel sont souvent ceux consultés par l’OCDE.