Sociétés contemporaines
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2747537676
220 pages

p. 13 à 42
doi: en cours

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no 49-50 2003/1-2

2003 SOCIÉTÉS CONTEMPORAINES

Ville et campagne

Quel lien avec le projet sociologique de max weber ?

Hinnerk Bruhns Directeur de recherche au CNRS Centre de recherches historiques (EHESS/CNRS) 54, bd. Raspail 75006 PARIS
La source de la sociologie weberienne est généralement localisée dans les débats méthodologiques et théoriques de la fin du XIX e et du début du XX e siècle et non dans les problèmes concrets de la société allemande. L’examen des motifs de l’engagement de Weber dans la création de la Société Allemande de Sociologie montre que ses objectifs prioritaires n’étaient ni l’autonomie ni l’institutionnalisation de la sociologie comme discipline académi-que, mais la création d’un instrument et d’une infrastructure pour mener de grandes enquêtes « sans but pratique ». Ce projet sociologique est directement lié aux enquêtes, d’abord rurales, que Weber a réalisées dans le cadre du Verein für Sozialpolitik, à l’exploitation politique qu’il en a faite lui-même et à son échec pour imposer au Verein un programme et une méthodologie d’enquêtes sans but pratique immédiat. La sociologie rurale a oublié la source rurale de la sociologie de Weber. Par contre, dans la sociologie urbaine du XX e siècle, on peut rencontrer l’affirmation d’une filiation weberienne. L’examen du thème urbain à travers l’œuvre de Weber montre que, et pour quelles raisons, la société urbaine contemporaine en est absente tandis que le thème de la ville (Antiquité, Moyen Age, Orient) joue un rôle primordial dans l’enquête de Weber sur les conditions d’émergence du capitalisme d’entreprise moderne. Town and country: what kind of relation to Max Weber’s sociological project? The sources of Weberian sociology are generally located in the methodological and theoretical debates of the late 19th and early 20th century rather than in the concrete problems of German society. Examining the motives of Weber’s commitment to the creation of the German Sociology Society shows that his objectives were not in priority the autonomy or the institutionalization of sociology as an academic discipline, but the creation of an instrument and infrastructure for carrying out great investigations “with no practical purpose”. This sociological project is directly linked, to the investigations, rural at first, carried out by Weber in the framework of the Verein für Sozialpolitik, to the political exploitation that he made of them himself, and to his failure in imposing to the Verein a program and a methodology for investigation with no immediate practical end. Rural sociology has forgotten the rural sources of Weber’s sociology. Yet, in the urban sociology of the 20th century, one can encounter the affirmation of a Weberian descent. Examination of the urban theme throughout Weber’s works shows that contemporary urban society is absent, and for what reasons, whereas the theme of the city (Ancient, Middle ages, Orient) plays a primordial role in Weber’s investigation on the conditions of emergence of modern enterprise capitalism.
 
1. MAX WEBER ET LES DEBUTS DE LA SOCIOLOGIE ALLEMANDE
 
 
La sociologie ne se reconnaît qu’une filiation agnatique et ses pères sont de naissance autochtone, comme les Athéniens. Seule la philosophie semble être admise comme élément féminin et maternel dans sa généalogie. Le cas de Max Weber, père imposant et écrasant entre tous, est éclairant à ce propos. La vulgate connaît deux origines de « sa sociologie » : le néokantisme et une maladie nerveuse d’une extrême gravité. Aussi se contente-t-on en général de variantes plus ou moins élaborées de l’idée selon laquelle la maladie traversée par Weber autour de 1900 aurait provoqué une rupture radicale dans sa production scientifique et que c’est dans sa suite qu’il serait devenu sociologue. Ex tenebris fuit L’Éthique protestante. Le lieu de naissance de cette sociologie est ainsi placé dans les hauteurs insondables de l’esprit, loin de régions urbaines ou rurales qui pouvaient être l’objet d’un autre type de science sociale. L’idée d’un nouveau et véritable Weber, sorti tout droit de sa grande crise intérieure, remonte au moins à la biographie de Weber que sa femme Marianne a publiée en 1926. Ce nouveau Weber, qu’elle mit alors en avant, n’était pas pour elle en premier lieu celui de L’Éthique protestante, mais celui de la théorie de la science. Dans la première phase de sa production, écrit-elle, l’intérêt et l’effort créateur de Weber s’étaient dirigés principalement sur certains aspects de la réalité, c’est-à-dire sur des processus d’histoire économique et d’histoire du droit, sur des aspects importants du point de vue socio-économique et politique (p. 318) : « Les points de vue qui gouvernaient le choix des thèmes étaient en premier lieu le pathos politique, ensuite un sentiment de justice pour les couches populaires travaillant avec leurs mains, et également la conviction que le but n’est pas le bonheur des hommes mais que liberté et dignité humaine sont des valeurs ultimes et suprêmes auxquelles tous doivent pouvoir atteindre. » [...] « Maintenant, en l’an 1902, après une longue crise pas encore surmontée, la force créatrice de Weber se dirige vers de tout autres régions de l’esprit. [...] Est-ce raison extérieure ou nécessité intérieure qui éloigne le penseur de la réalité et l’amène à se consacrer à la pensée sur la pensée, aux problèmes logiques de sa science et aux problèmes théoriques de la connaissance qui y sont liés ? » (Marianne Weber, 1926, p. 318 sq.). Marianne Weber concède ensuite (p. 319/20) que les intérêts pour les questions logico-philosophiques étaient déjà présents dans toute la période formatrice de son mari. Mais maintenant, dans la nouvelle phase [1], la pensée de Weber se serait détournée des hommes pour s’orienter vers la quête de la vérité scientifique, « une tâche qui n’a pas de rapport immédiat à la réalité » (p. 321).
Cette dimension théorique et la grande question développée en 1904/05 dans L’éthique protestante et l’« esprit » du capitalisme constitueraient donc le véritable tournant, le moment de la naissance de la sociologie weberienne et d’un des pères fondateurs de la nouvelle discipline. Face à une telle constellation, il pouvait sembler superflu de s’embarrasser de détails qui risquaient de contredire la belle image de ce mythe d’origine. On a par conséquent évité de chercher à savoir comment on peut concilier cette vision du sociologue Weber avec ce que l’on sait de son engagement dans la création de la « Deutsche Gesellschaft für Soziologie » (DGS), société allemande de sociologie, en 1909/10, et avec les raisons qui le pousseront presque aussitôt, en 1912, à se retirer de sa direction. Que pèseraient de telles péripéties face à la conviction que Weber s’était fondamentalement réorienté, au cours de ces mêmes années, vers une sociologie de type nouveau, vers une sociologie qu’il devait d’abord inventer et fonder, la « sociologie compréhensive » [2] ? Ou, pour citer une variante de la même idée : vers la synthèse enfin (mais incomplètement) réussie entre matérialisme et idéalisme ? (Alexander, 1983, p. 23).
De telles péripéties de la vie universitaire et institutionnelle pèsent en effet très peu, comparées aux grandes sociologies de la religion, du droit, de l’économie ou de la politique que Weber entreprit de développer au même moment. Mais elles pourraient bien nous apporter un éclairage quelque peu différent sur la conception que Weber avait de la sociologie et nous aider à préciser son rapport à la sociologie urbaine et à la sociologie rurale dont aucune ne figure habituellement dans l’énumération des « sociologies weberiennes ». Certes, il arrive que La Ville de Max Weber soit cité parmi les textes fondateurs de la sociologie urbaine. La sociologie rurale, par contre, qui pourrait se réclamer de Weber avec une légitimité beaucoup plus forte que sa sœur citadine, ne se place jamais dans une filiation weberienne. On pourrait y voir un simple effet de réception et d’évolution ultérieure de ces deux sociologies sectorielles ; ce n’est pas cet aspect qui nous intéresse ici. Notre question est différente : il s’agit d’examiner le poids des problèmes urbains et ruraux pour la conception que Max Weber avait lui-même de la sociologie, de leur importance respective pour son propre « projet sociologique ». C’est pourquoi nous prenons comme point de départ le moment, en 1909/10, où fut prise l’initiative de mettre en place une première organisation professionnelle de la sociologie en Allemagne et de donner un début d’existence institutionnelle à cette nouvelle discipline. Au premier congrès de la DGS, en 1910, il fut beaucoup question de la ville, de la grande ville moderne, mais point de la campagne. On peut pourtant émettre l’hypothèse que pour Weber l’expérience de ses « travaux ruraux » était à ce moment plus importante pour le projet sociologique qu’il y présenta que les grands problèmes urbains de l’époque.
La correspondance de Weber des années 1908-1912 permet de voir la part essentielle qu’il prend en 1909 et 1910 à la fondation de la société allemande de sociologie. Il est le plus actif parmi les fondateurs, c’est lui qui – en très grande partie – rédige les statuts, participe au choix des invités et prépare le programme du premier congrès qui se tiendra du 19 au 22 octobre 1910 à Francfort sur le Main. Le comité de direction (Vorstand) comprend à ce moment Ferdinand Tönnies, Georg Simmel, Werner Sombart, Hermann Beck, Alfred Ploetz, Philipp Stein, Alfred Vierkandt, Georg V. Mayr (président de la division pour la statistique) et Max Weber, trésorier. Le premier jour des débats est précédé par une conférence, donnée en soirée par Georg Simmel : « Soziologie der Geselligkeit » (Sociologie de la sociabilité). La véritable ouverture du congrès a lieu le lendemain avec une conférence de Tönnies sur « Wege und Ziele der Soziologie » (Chemins et buts de la sociologie). Tönnies commence son discours en définissant la sociologie comme une discipline philosophique (« Die Soziologie ist in erster Linie eine philosophische Disziplin », Verhandlungen 1910, p. 17). L’objet de la sociologie est ce qui existe, non ce qui devrait être, donc « la réalité présente de la vie sociale dans sa diversité immensurable ». Elle interroge le passé et établit des pronostics pour l’avenir (p. 23). Sa qualité de discipline philosophique se manifeste de deux manières : elle a à faire pour l’essentiel à des concepts et elle veut faire apparaître les rapports (Zusammenhänge) avec d’autres disciplines (p. 24). Dans la suite de son discours Tönnies envisage, l’un après l’autre, les rapports de la nouvelle sociologie avec l’histoire, avec l’économie, avec la psychologie, etc. La sociologie pure ne peut renoncer à se faire confirmer et corriger de façon empirique ; elle doit réviser sans cesse ses concepts. Une sociologie légitimée par l’empirie se compose d’innombrables résultats de recherche obtenus par la méthode inductive (p. 25). Tönnies termine sa conférence en annonçant que Max Weber allait maintenant présenter une grande tâche pour la nouvelle société de sociologie.
Le programme scientifique de ce premier congrès comportait, en dehors des discours inauguraux de Simmel et de Tönnies, six grandes conférences, suivies de discussions dont la transcription sténographique a été publiée in extenso. Cinq demi-journées entières étaient consacrées aux six conférences et aux discussions qui les suivaient :
  • Werner Sombart : Technik und Kultur (Technique et culture).
  • Alfred Ploetz : Die Begriffe Rasse und Gesellschaft und einige damit zusamenhängende Probleme (Les concepts de race et de société, et quelques problèmes y afférant).
  • Ernst Troeltsch : Das stoisch-christliche Naturrecht und das moderne profane Naturrecht (Le droit naturel stoico-chrétien et le droit naturel moderne profane).
  • Eberhard Gothein : Soziologie der Panik (Sociologie de la panique).
  • A. Voigt : Wirtschaft und Recht (Économie et droit).
  • Hermann Kantorowicz : Rechtswissenschaft und Soziologie (Science juridique et sociologie).
La part réservée à Weber dans ce programme paraît modeste : il délivre le « Geschäftsbericht », le rapport moral. Mais ce rapport occupe autant de place qu’une grande conférence, une bonne vingtaine de pages imprimées. Par contre, il n’est pas suivi d’une discussion. Weber présente d’abord rapidement les principes qui ont été inscrits, au cours de l’année passée, dans les statuts de la société :
  1. interdiction de toute propagande pour des idées pratiques au sein de la société, refus de toute attitude normative, de tout jugement de valeur. Les enquêtes de la DGS devront se limiter à répondre aux questions suivantes : « Qu’est-ce qui existe ? Pourquoi existe-t-il justement de cette façon ? Pour quelles raisons historiques et sociales ? » [3];
  2. la société ne versera pas dans l’académisme, elle sera le contraire d’une académie ;
  3. elle ne succombera pas au « ressort-patriotisme », mais suivra le principe de la décentralisation.
Weber traduit ces principes ensuite en termes d’organisation :
  1. L’essentiel du travail de la société ne se fera pas dans les assemblées générales des membres, mais dans les comités créés par la société pour des tâches concrètes. La société élira les présidents des comités et désignera éventuellement quelques collaborateurs, mais les comités seraient alors « souverains », notamment en ce qui concerne la cooptation d’autres collaborateurs internes ou externes (des « praticiens » !).
  2. Ce même principe de décentralisation devrait avoir pour conséquence que la société ne se présenterait plus jamais en public de la même façon que lors de ce premier congrès, c’est-à-dire comme « une unité non structurée qui traite toute une série de thèmes, l’un après l’autre, dans des conférences et discussions » (p. 41). Weber annonce qu’il est prévu, au contraire, de former des divisions (Abteilungen) – il cite comme exemples la statistique et l’économie théorique (theoretische Nationalkökonomie) – qui travailleraient souverainement et uniquement entre spécialistes. Les congrès de la société de sociologie se dérouleraient ainsi en sessions parallèles. Il concède la possibilité que la « société mère » organise également ses réunions, à condition qu’elles soient concentrées sur un nombre réduit de grands thèmes, et uniquement après préparation par des travaux et publications. « Car la Société devra déplacer l’accent principal de son activité du côté des publications » (p. 42).
Après le verrouillage organisationnel, le verrouillage scientifique. Weber avait précisé, tout au début de son intervention, que son rapport moral serait consacré 1) aux statuts, 2) aux tâches scientifiques concrètes que la Société se donnait pour l’avenir proche. « Car, étant donné le contenu changeant du terme ‘sociologie’, une société qui porte ce nom, impopulaire chez nous, fera bien de faire connaître ce qu’elle veut être par des indications concrètes sur sa constitution actuelle et ses tâches pour le proche avenir » (p. 39). L’essentiel (vingt pages environ) de son intervention est consacré à ces tâches prioritaires : d’abord et surtout une « Soziologie des Zeitungswesens », une sociologie de la presse, ensuite une « Soziologie des Vereinswesens », une sociologie du phénomène associatif, et enfin une sociologie des professions dirigeantes dans la société moderne, des élites. Weber assigne à la Société allemande de sociologie la tâche de devenir une organisation capable de mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires pour réaliser de grandes enquêtes « scientifiques ». Tout au long des travaux de préparation de la fondation de la société et de son premier congrès, Weber n’avait reculé devant aucun effort pour donner cette orientation à l’entreprise collective dont il avait largement pris la direction, et ce n’était certainement pas par hasard qu’il avait assumé lui-même la fonction de trésorier de la DGS.
L’initiative de la création de la DGS n’était pas venue de Weber ; mais une fois décidé à y participer, il s’y engageait pleinement. C’est lui qui rédigea le projet des statuts, la circulaire qui en annonçait la naissance et invitait à la participation, et, comme en témoignent de nombreuses lettres, c’est encore Weber qui s’employa à définir les objectifs et la stratégie de l’association : il voulait en faire une structure de recherche efficace, permettant de mettre en œuvre de grandes enquêtes empiriques, nécessitant une direction et un travail collectifs, de nombreux collaborateurs scientifiques et beaucoup d’argent. Et d’empêcher qu’elle ne devienne une « société générale de conférences et de bavardages » (MWG II/6, p. 94). Aux yeux de Weber, l’entreprise se solda par un échec, et la DGS ne réalisera aucun de ces grands programmes de recherche. Certes, le programme du deuxième congrès de sociologie, en 1912 à Berlin, fut organisé, comme Weber l’avait souhaité, autour d’un thème central (« Nation et nationalité »), et la constitution de commissions ou divisions avait avancé. Mais dans le rapport relativement bref sur les activités des deux années passées que Weber délivra au nom de la présidence lors du congrès de Berlin, il était forcé de constater : « Quant aux entreprises projetées par la Société de sociologie, je n’en peux malheureusement enregistrer jusqu’alors que des débuts embryonnaires » (p. 76). L’enquête sur la presse, malgré des travaux préparatoires en cours et bien que Weber eût réuni une souscription de 20 000 marks, avait buté sur un obstacle supplémentaire lié à la personne de Weber lui-même : un procès contre un journal, ce qui l’amena à se retirer de la direction de cette entreprise [4]. En raison de l’évolution de la DGS, contraire aux projets et idées de Weber, qui se dessinent au deuxième congrès en 1912, Weber démissionne de sa fonction de trésorier et se retire définitivement, en 1913, de la Gesellschaft für Soziologie. La modification des statuts de la Société, lors du 3e congrès en 1922, efface totalement le projet weberien, comme le montre la nouvelle rédaction du paragraphe n° 1 : « La Société allemande de sociologie est une société savante qui a pour but de promouvoir l’échange d’idées entre ses membres et d’organiser, de temps en temps, des journées publiques de sociologie » [5].
Il n’y avait pas que ces obstacles qui l’empêchaient de donner à la DGS l’élan souhaité. Il le constate lui-même à la fin du rapport de 1912 qui devait être le dernier qu’il délivra. Le concurrent direct et l’aune à laquelle Weber compare la DGS dans ce rapport est le Verein für Sozialpolitik (VfSP), fondé en 1872, auquel Weber et la plupart des membres de la DGS appartenaient eux-mêmes. Le VfSP capitalisait, comme le rappela Weber dans son intervention, le prestige des noms des plus grands savants de la génération plus ancienne, tandis que les membres de la société de sociologie se trouvaient à l’extérieur ou encore devant les portes de l’Université. Le Verein était riche [6] et pouvait s’appuyer sur la puissance des grands séminaires universitaires. Il se consacrait, poursuivait Weber, à la propagation de « certains idéaux » ; les débats sur de grandes questions d’actualité de la politique sociale réussissaient plus facilement à capter l’attention du public et à mobiliser les passions des participants que la « sobre discussion sur des questions de fait » (« nüchterne Diskussion über Tatsachenfragen ») au sein de la DGS qui visait « exclusivement des buts de recherche objectifs » (« ausschließlich sachliche Forschungszwecke ») (p. 78) [7].
Le projet d’enquête sur la presse est emblématique du projet « sociologique » de Max Weber : une enquête « purement scientifique » (p. 42), « un thème immense » (« ein ungeheures Thema »), impossible à traiter sans la confiance des intéressés. Un thème d’une signification culturelle immense. La question est : quels sont les rapports de pouvoir créés par la presse ? Le point de départ fondamental : la presse est une entreprise capitaliste privée ; avec cette particularité : elle vit grâce à deux types de clients fondamentalement différents, les lecteurs et les annonceurs. Weber développe longuement les questions qui devraient structurer l’enquête sur la presse : les conséquences des besoins croissants de capitaux, de la concentration, de l’anonymat des journalistes comme auteurs, l’origine et la formation des journalistes. Enfin, quels sont les effets du produit (du journal), par exemple sur la façon de lire, et au fond : 1) comment la presse participe-t-elle à la formation (Prägung) de l’homme moderne ? 2) Quelle est son influence sur les « biens culturels objectifs et supraindividuels » (« objektive überindividuelle Kulturgüter ») ? (p. 51) [8].
Weber avait inscrit sa vision de la DGS dans le paragraphe 1 des statuts :
« Sous le nom “Deutsche Gesellschaft für Soziologie” est fondée une association ayant son siège à Berlin. Son but est la promotion de la connaissance sociologique par l’organisation d’études et d’enquêtes purement scientifiques, par la publication de travaux purement scientifiques, et par l’organisation périodique de congrès allemands de sociologie. Elle accorde un même espace à toutes les tendances et méthodes scientifiques et refuse de soutenir tout but pratique (éthique, religieux, politique, esthétique, etc.). »
(Verhandlungen [1910]), p. V).
L’objectif était de créer un instrument pour la réalisation de grandes enquêtes empiriques, instrument comparable au Verein für Sozialpolitik, mais sans aucun objectif de politique pratique. D’où la répétition insistante des termes « rein wissenschaftlich » (purement scientifique). Weber ne craignait d’ailleurs pas de se ridiculiser au cours des débats de la DGS en brandissant ce paragraphe 1 pour interdire à un discutant telle ou telle prise de position, entachée, selon lui, de jugement de valeur. Son but principal était de pouvoir disposer grâce à la nouvelle société de sociologie d’une institution capable d’organiser des enquêtes sociologiques, au sens d’enquêtes « scientifiques » tel qu’il avait défini ce mot. C’est pour cette même raison qu’il avait investi énormément de temps, d’énergie et même d’argent dans la création de la DGS. Pourquoi tant de peine, finalement perdue, alors que Weber aurait pu s’appuyer sur la machine bien rodée et bien équipée du VfSP pour réaliser les enquêtes auxquelles il pensait ? Dès le début des années 1890, Weber avait participé à la grande enquête du Verein sur la situation des ouvriers agricoles ; il avait lancé une enquête complémentaire avec l’aide du « Evangelisch-sozialer Kongress ». Il participa ensuite à une enquête « privée » sur la situation des imprimeurs allemands (Lage der deutschen Buchdrucker, publiée en 1900). Et peu de temps avant la création de la DGS, Weber joue un rôle central dans les préparatifs d’une grande enquête du VfSP sur les ouvriers de la grande industrie, décidée en 1907, mise en route en 1908, et dont les résultats ont été publiés entre 1910 et 1915. Weber fait partie du sous-comité définitif et rédige une « introduction méthodologique » de soixante pages (Weber, 1908). Il y précise : « Avec cette enquête, le Verein für Sozialpolitik franchit le pas vers des travaux qui serviront exclusivement des buts scientifiques » (p. 2). Les publications prévues se tiendront éloignées de toute tendance de politique sociale à visée directement pratique (« unmittelbar praktische sozial politische Tendenz »). « Leur but est purement scientifique » (« Ihr Zweck ist ein rein sozial wissenschaftlicher »). L’objectif final de l’enquête, dans toutes ses dimensions, sera de donner une image de la signification culturelle du processus d’évolution que la grande industrie parcourt sous nos yeux » (« Kulturbedeutung des Entwicklungsprozesses, den die Großindustrie vor unseren Augen durchmacht ») (p. 59).
Weber assigne donc les mêmes buts au Verein für Sozialpolitik qu’à la DGS : il définit les mêmes principes méthodologiques pour les enquêtes des deux organisations. C’est le Verein qui disposait, selon Weber lui-même, de tous les moyens nécessaires pour mener des enquêtes à grande échelle. Pourquoi alors investir tant d’efforts dans la création d’une organisation concurrente, tout en restant membre du Verein ? La motivation principale de Weber n’était pas l’institutionnalisation de la sociologie en tant que telle, comme discipline nouvelle, ni son émancipation par rapport à l’économie et aux Staatswissenschaften. Pratiquement tous les membres fondateurs de la DGS étaient des économistes. A l’inverse, les questions traitées par le Verein, dominé depuis le début par des économistes, avaient toujours été en grande partie des questions « sociologiques ». C’est l’impossibilité d’imposer au Verein sa conception du rapport de la « Sozialwissenschaft », des sciences sociales, avec la réalité et la politique pratique, qui poussa Weber à saisir l’opportunité du projet de la création d’une Société de sociologie afin de s’affranchir d’une science trop « policy oriented », comme nous dirions aujourd’hui. Tous ses efforts visaient à faire de la DGS un instrument qui traiterait le même type de questions que le Verein, mais de façon « purement scientifique ».
Le conflit entre ces deux visions des sciences sociales, latent depuis plusieurs années, éclata au grand jour lors du congrès du Verein für Sozialpolitik à Vienne en 1909, et se poursuivit pendant plusieurs années dans le fameux « Werturteilsstreit », la querelle sur les jugements de valeurs. Au congrès du Verein en 1909 avait été créée, à l’unanimité, une section sur le thème « Dans quelle mesure peut-on constater une augmentation de la productivité de l’économie nationale ? ». [9] Cette notion de « productivité » fut l’objet de violents affrontements. Lors des débats du Verein, en 1909 à Vienne, Weber exprimait clairement quel était pour lui le véritable enjeu de la « neutralité axiologique » : « Je m’oppose à chaque occasion de façon si tranchante et, je l’avoue, avec une certaine pédanterie à la confusion entre ce qui doit être et ce qui est, non pas parce que je sous-estime les questions de ce qui doit être, mais tout au contraire : parce que je ne peux pas supporter que des problèmes de signification universelle, de la plus grande envergure idéelle, dans un sens des problèmes parmi les plus élevés qui puissent émouvoir le cœur d’un homme soient transformés ici en une question technico-économique de “productivité” et soient traités comme un objet de discussion d’une discipline spécialisée (Fachdisziplin) comme l’est l’économie nationale. » [10] Weber, soutenu par Werner Sombart et Friedrich Gottl, voulait quasiment interdire à ses autres collègues économistes d’utiliser la notion de productivité dans une communication scientifique, car ce terme contiendrait inévitablement un jugement de valeur, thème que Weber avait déjà mis au centre de sa leçon inaugurale en 1895. Étant incapable de faire accepter son point de vue par la majorité des membres du Verein et son président, Gustav Schmoller, Weber vit dans la création de la DGS une occasion qu’il tenta de saisir pour mettre en pratique sa propre conception, pour pouvoir réaliser des enquêtes scientifiques sans but immédiatement pratique. Il n’alla pas, bien entendu, jusqu’à rompre avec le Verein, au contraire. Celui-ci continuait à être le cadre de référence le plus naturel et le plus légitime également pour la « jeune génération » des Weber et Sombart. Ainsi n’est-il point étonnant qu’au congrès du VfSP en 1911 à Nürnberg, un an après la fondation de la DGS, Weber continue à occuper une place centrale lors des discussions du Verein sur l’enquête sur les problèmes de la psychologie des ouvriers (MWG I/11, p. 409-425 ; GASS, p. 424-430).
Si au cours de ces années Weber insiste si fortement sur la nécessité de se limiter à des travaux et discussions « purement sociologiques », il faut traduire ce terme par « science sociale empirique et ‘wertfrei’ », mais en aucun cas par « limitation à une perspective et approche sociologique au sens disciplinaire » (Weiß 1992, p. 48) [11]. « Le motif originel et toujours dominant des efforts de Weber pour la sociologie était de montrer que la science sociale, ou ‘soziale Kulturwissenschaft’, pouvait et devait être exercée d’une façon strictement empirique, sur la base d’une conceptualisation rigoureuse et avec une ambition théorique » [12]. Cette conception des sciences sociales tout comme la conception de la DGS comme une entreprise d’enquêtes empiriques, remonte sans aucun doute à l’expérience des grandes enquêtes rurales menées par Weber au début de sa carrière.
 
2. MAX WEBER ET LE MONDE RURAL
 
 
Parmi les milliers de livres, articles et thèses consacrés à Weber depuis sa mort en 1920, très peu concernent ses travaux sur le monde rural. Ce nombre serait encore beaucoup plus petit si l’on en retranchait les études consacrées aux travaux de Weber sur les structures agraires de l’ancien Orient et de l’Antiquité classique, surtout romaine. Pourtant, ce sont ses travaux sur les questions rurales contemporaines qui ont fondé d’abord la notoriété de Weber. C’est seulement depuis les années 1980 qu’on leur porte une nouvelle attention et que l’on redécouvre leur importance pour toute son œuvre ultérieure [13]. Au tournant du XIXe au XXe siècle le jeune professeur Max Weber – qui abandonnera son poste universitaire à l’âge de trente-huit ans, en 1902 – était reconnu dans trois domaines comme une autorité scientifique : dans celui de l’histoire et du droit agraire romain, dans la connaissance de la situation sociale et économique des campagnes dans l’Allemagne orientale, et dans le domaine de la législation concernant la Bourse. L’importance des écrits de Weber sur la Bourse a été redécouverte encore plus tardivement que celle de ses études rurales (Borchardt, 2000 et MWG I/5) ; pourtant, ces écrits sur la Bourse sont les premiers textes de Weber jamais traduits en une langue étrangère, en russe en 1897. Son intérêt pour la Bourse était d’ailleurs étroitement lié aux questions du marché agricole. L’apport fondamentalement neuf de sa thèse sur l’histoire agraire romaine avait été immédiatement reconnu par Theodor Mommsen et tous les historiens de l’Antiquité ; elle a été traduite en italien et publiée dans la grande Biblioteca di storia economica de Vilfredo Pareto et Ettore Ciccotti dès 1907. L’ironie du sort veut que le troisième domaine, l’Allemagne rurale contemporaine, était le seul domaine de compétence pour lequel Weber fut jamais invité à prononcer une conférence dans un pays étranger non germanophone : c’est comme le spécialiste allemand des questions rurales qu’il a été invité, en 1904, au grand congrès scientifique organisé à Saint Louis à l’occasion de l’Exposition universelle. Il y présenta une sorte de synthèse de ses analyses historiques et contemporaines des problèmes agraires (MWG I/8, p. 200-243, Weber, 1905,1946,1952).
Quelles sont les raisons du long désintérêt pour les enquêtes sur les ouvriers agricoles et pour les autres textes de Weber sur des questions rurales ? La sociologie a longtemps cru pouvoir négliger le « jeune » Weber, celui d’avant l’Éthique protestante et l’« esprit » du capitalisme (1904/05), au point de l’éliminer tout simplement de l’histoire de la sociologie. Ensuite il y a la préférence, souvent exclusive, accordée aux dimensions théoriques et méthodologiques de son œuvre, au détriment des travaux empiriques. Et quand ceux-ci ont été pris en compte, c’était généralement à travers une lecture « politique », tout à fait légitime d’ailleurs, ce qui a renforcé le désintérêt des sociologues pour ce corpus rural contemporain [14]. Il faut y ajouter, enfin, la difficulté pour des lecteurs non germanophones d’accéder à ce corpus. La fracture, largement surestimée, dans la production de Weber autour de 1900, est relativisée également par la chronologie de ses principales publications consacrées aux mondes ruraux : elles s’étendent en fait sur toute la période de 1891 à 1909 et comprennent une trentaine de titres. [15] Parmi les plus importants il faut citer ici :
  • Die römische Agrargeschichte in ihrer Bedeutung für das Staats- und Privatrecht (1891) (L’Histoire agraire romaine dans sa signification pour le droit public et le droit privé. (MWG I,2).
  • Die Lage der Landarbeiter im ostelbischen Deutschland (1892) (MWG I,3).
  • Entwicklungstendenzen in der Lage der ostelbischen Landarbeiter (1894) (In MWG I/4) (Tendances d’évolution de la situation des ouvriers agricoles à l’Est de l’Elbe).
  • Die Landarbeiter in den evangelischen Gebieten Norddeutschlands (comme éditeur, 1899) (In MWG I/4) (Les ouvriers agricoles dans les régions protestantes de l’Allemagne du Nord).
  • Der Streit um den Charakter der altgermanischen Sozialverfassung in der deutschen Literatur des letzten Jahrzehnts (1904) (La querelle sur le caractère de la constitution sociale de la Germanie antique dans la bibliographie allemande de la dernière décennie).
  • Agrarstatistische und sozialpolitische Betrachtungen zur Fideikommißfrage in Preußen (1904) (In MWG I,8) (Considérations de statistique agraire et de politique sociale sur la question du fidéicommis en Prusse).
  • Agrarverhältnisse im Altertum (1909) (traduction française : Économie et société dans l’Antiquité : Weber, 1999) [16].
De façon très schématique, on pourrait esquisser le contexte des travaux de Max Weber sur les campagnes dans l’Allemagne de la fin du XIXe siècle de la façon suivante : la transition de l’Allemagne d’un État et d’une économie agraire vers un État et une économie industriels se heurtait à un problème structurel et à des problèmes conjoncturels. La processus de libération des paysans (Bauernbefreiung) s’étendait sur tout le XIXe siècle et correspondait en fait au passage d’une organisation patriarcale à un capitalisme agraire. Les conflits autour de la définition de la politique économique (politique protectionniste ou libérale) y étaient liés. Le débat sur la question de savoir si l’Allemagne devait être un État industriel ou un État agraire, était en fait décidé depuis longtemps.
Après vingt années de politique commerciale (douanière) libérale, la dépression internationale des années 1873-1879, conjuguée à la mondialisation du marché agricole grâce à la révolution des transports, avait provoqué une grave crise dans l’agriculture, notamment céréalière. L’Allemagne fut parmi les premiers pays à instaurer des taxes de douanes pour les produits agricoles. Le tournant, en 1878/79, contre la politique de libre échange soutenue depuis longtemps par l’administration prussienne fut obtenu grâce à une coalition des grands propriétaires agraires avec l’industrie lourde qui s’était organisée en 1876 dans le ZdI (Zentralverband der Industriellen) et avait cherché le contact avec les « agrariens ». Cette coalition fut soutenue par Bismarck, et la politique protectionniste fut renforcée par étapes (1885, 1887,1902). Caprivi, le successeur de Bismarck, cherchait à infléchir cette politique au profit de l’industrie, qui était désormais favorable à une baisse des taxes de douanes et à une politique de traités commerciaux. Les grands producteurs agricoles fondèrent alors le « Bund der Landwirte » (Fédération des agriculteurs), instrument d’une politique agressive contre le « libéralisme » du chancelier (cf. Wehler, 1995, p. 637 sqq.).
En réclamant, selon les conjonctures, des mesures tarifaires contre l’importation de blé et une ouverture des frontières pour les travailleurs saisonniers polonais et russes, les grands propriétaires nobles de l’Allemagne orientale ne luttaient pas seulement pour leurs positions économiques mais également pour le maintien de leurs positions politique et sociale dans l’État de Prusse, partie la plus importante du nouvel Empire. Le changement de politique après la démission de Bismarck, dans la nouvelle ‘ère Caprivi’, provoqua de multiples protestations des grands propriétaires contre les baisses des tarifs de douane (réclamées au contraire par le parti socialdémocrate dans l’intérêt d’un prix bas pour le pain). Les difficultés sociales et politiques se reflètent dans les enquêtes initiées dans ces années par le Verein für Sozialpolitik : enquêtes sur la politique commerciale, sur la question de l’émigration (entre 1880 et 1893 1,8 millions d’Allemands avaient quitté le pays, dont 39 % des régions du Nord-Est), et enquêtes sur la situation des ouvriers agricoles. En 1885, le gouvernement avait fait expulser tous les Polonais non naturalisés et avait interdit l’emploi de travailleurs migrants. En 1890, les groupes de pression agricoles avaient obtenu que le recrutement de travailleurs migrants saisonniers soit de nouveau autorisé.
C’est dans ce contexte que le Verein für Sozialpolitik organisa son enquête sur la situation des ouvriers agricoles afin de pouvoir intervenir dans les débats politiques. Un premier questionnaire « spécial » (spezieller Fragebogen) avait été envoyé en 1891 à 3 180 propriétaires de domaines agricoles (propriétaires fonciers), avec un taux de réponses de 71,60 % (2 277 réponses). Un deuxième questionnaire « général » fut envoyé, l’année suivante, à 562 « rapporteurs », également des propriétaires de domaines, choisis en fonction de leur bonne connaissance des circonscriptions concernées ; 291 réponses (51,78 %) furent reçues. L’ensemble du matériau fut analysé par sept rapporteurs, chargés chacun d’une partie de l’Allemagne. Weber s’était vu confier les territoires à l’est de l’Elbe, ce qui représentait 77 rapports généraux et 573 rapports individuels (Spezialberichte). On doit y ajouter les questionnaires complémentaires envoyés à l’initiative de Weber, avec l’aide du Evanglisch-sozialer Kongress, aux environ 15 000 pasteurs protestants en Allemagne. Contrairement à l’enquête du Verein qui s’adressait aux propriétaires fonciers, Weber demandait aux pasteurs de « se procurer les données par principe uniquement en interrogeant les ouvriers agricoles eux-mêmes » [17]. Environ 1 000 questionnaires remplis furent retournés jusqu’au 1er juin 1893, date à laquelle les premiers résultats furent présentés au 5e Evangelisch-sozialer Kongress ; la publication de cette deuxième enquête eut lieu en 1899.
En ce qui concerne l’enquête du Verein für Sozialpolitik, le rapport de 1 000 pages publié par Weber en 1892, après seulement six mois de travail, et présenté au congrès du Verein en mars 1893, est organisé géographiquement (par provinces et circonscriptions) et structuré en trois parties [18] :
  1. Nature du sol, mode d’exploitation du sol (Bewirtschaftungsweise), distribution de la propriété foncière, catégorie d’ouvriers (agricoles).
  2. Rapports généraux de travail et conditions d’existence générales des ouvriers (temps de travail, heures supplémentaires et travail du dimanche, travail des femmes et des enfants, prise en charge pour maladie, invalidité et vieillesse, éducation, marché du travail).
  3. Les différentes catégories d’ouvriers : 1. domestiques (Gesinde), 2. ouvriers liés par contrat (kontraktlich gebundene Arbeiter), 3. journaliers libres issus de la population locale (freie einheimische Tagelöhner), 4. travailleurs migrants (Wanderarbeiter).
Le deuxième tome contient également presque 200 pages de tableaux sur les salaires et rémunérations, parmi lesquels quelques tableaux comparatifs pour les années 1849,1873 et 1892. Weber avait introduit de sa propre initiative la comparaison avec les données d’enquêtes antérieures, ce qui lui donnait un fondement empirique pour l’analyse de l’évolution historique de la situation dans les campagnes ; cette perspective est absente des six autres grands rapports. Contrairement aux autres rapporteurs, Weber avait également exploité les contradictions entre les rapports individuels et généraux (cf. MWG I/3, p. 27).
Weber s’intéresse aux différentes catégories de paysans et d’ouvriers agricoles, à la variété des situations selon les formes contractuelles, la forme et la nature de la rémunération et de la prise en charge, selon les formes de propriété ou de possession du sol, selon les rapports de pouvoir entres les propriétaires des domaines et leurs ouvriers, et selon les formes d’organisation du travail. Il analyse également les conséquences des modifications de la production et de la consommation, de l’introduction de machines agricoles et de méthodes d’exploitation intensives, la prolétarisation des ouvriers agricoles et les conséquences du passage d’une organisation patriarcale à une organisation capitaliste.
D’après Weber lui-même, les résultats de l’enquête « privée » complémentaire concordent largement avec ceux de l’enquête du Verein für Sozialpolitik (Käsler, 1996, p. 65). Leur intérêt consisterait surtout en ce qu’ils permettaient d’invalider de façon beaucoup plus convaincante une série d’affirmations contemporaines sur – pour prendre trois exemples – de prétendues relations causales entre d’une par le montant de la rémunération (Lohnhöhe), et d’autre part soit les prix des aliments de base, soit la qualité des sols, soit l’intensité des techniques d’exploitation du sol (intensive Bodenbearbeitungstechniken).
On a rappelé récemment que « cette enquête [plutôt : ces enquêtes, HB] marque le franchissement d’une étape décisive dans la définition d’une méthode propre aux sciences sociales » (Käsler, 1996, p. 72). En fait, les sciences sociales ont longtemps oublié cet héritage dû à Weber. Lazarsfeld et Oberschall ont redécouvert en 1965 l’importance des enquêtes industrielles de Weber (Oberschall, 1965 ; Lazarsfeld et Oberschall, 1965). Les études antérieures de Honigsheim sur Weber comme « socio-logue rural » n’ont apparemment pas eu de véritable écho (Honigsheim, 1947 et 1949). L’importance sociologique de ces enquêtes consiste – aussi – dans les relations établies entre l’analyse de conditions sociales (propriété du sol, organisation du travail, institutions sociales, etc.) et des facteurs indépendants de conditions sociales ou politiques (qualité du sol, climat, etc.). Weber exploite des données statistiques extrêmement hétérogènes ; l’interprétation d’enquêtes écrites (le plus souvent il s’agit de « questions ouvertes ») est complétée par des observations de terrain (la plupart du temps sans contrôle). Certes, cela ne correspond pas tout à fait aux normes des techniques du travail sociologique actuel, mais celles-ci n’auraient peut-être pas pu être développées sans de telles étapes préliminaires. Weber était d’ailleurs conscient des imperfections de son matériau, et il évitait toute explication monocausale et toute construction d’une évolution linéaire ( cf. Käsler, 1996, p. 82).
Ces enquêtes rurales ne représentent pas simplement une étape dans la biographie scientifique de Weber. C’est à travers elles qu’il élabore non seulement des positions politiques qu’il défendra sa vie durant, mais qu’il commence à définir également la distinction entre une science (c’est-à-dire la science économique) politique, engagée, et une « wertfreie Wissenschaft », une science régie par la neutralité axiologique. Distinction qui jouera son rôle, comme nous l’avons vu plus haut, lors de la création de la Société allemande de sociologie comme une entreprise qui – aux yeux de Weber – devait avoir comme fonction principale d’organiser des enquêtes sans but pratique immédiat, contrairement à celles du Verein für Sozialpolitik. Le Verein avait organisé son enquête agraire afin de pouvoir intervenir, à l’aide d’arguments établis scientifiquement, dans le débat politique. Dans le rapport publié en 1892, Weber présente une première lecture politique, encore relativement équilibrée, de la situation dans les campagnes ; il fut applaudi même par les conservateurs. Le ton change radicalement dès son rapport oral au congrès du VfSP en mars 1893, et il est encore accentué, deux ans plus tard, dans sa leçon inaugurale quand il est nommé à la chaire d’économie nationale de l’Université de Fribourg en Brisgau en 1895 : « L’État National et la politique de l’économie politique. Leçon inaugurale à l’Université de Fribourg » (Weber, 1989,1990) [19]. Weber ne modifiera plus sa lecture de la situation dans les territoires orientaux (Torp, 1999) : dans les conditions économiques actuelles, la structure particulière des entreprises agricoles en Allemagne de l’Est, c’est-à-dire les grandes entreprises (Grossbetriebsstruktur), ne peut être maintenue sans le recours à la main-d’œuvre polonaise, moins chère que les ouvriers issus de la population locale. La conséquence en sera l’évincement économique des paysans et ouvriers agricoles allemands par des saisonniers et petits paysans polonais, plus à même, puisque vivant à un niveau culturel moins évolué, de s’adapter aux conditions sociales et économiques régnantes. Cette analyse amène Weber à réclamer deux types de mesures : la fermeture de la frontière germano-polonaise pour des saisonniers polonais, et la parcellisation de grandes parties des grands domaines, au profit de l’établissement de paysans allemands (ce qu’on appelait la « colonisation intérieure ») qui ne produiraient pas en premier lieu pour le marché et qui seraient par conséquent moins exposés aux fluctuations des prix et aux crises des marchés mondiaux que les grands producteurs.
Cette tentative de dessaisir les Junker de leurs positions de pouvoir économique était accompagnée d’une attaque en règle contre la science économique, contre les économistes qui, au nom de la sacro-sainte productivité, préconisaient une politique libérale. Car pour Weber, au contraire, ce ne sont pas des critères éthiques ou technicoéconomiques, pris dans la matière elle-même, mais uniquement les intérêts de l’État comme puissance nationale ( nationaler Machtstaat ), qui peuvent donner la mesure pour juger ces processus qu’il avait observés dans les territoires de l’Est de l’Elbe. Le paragraphe n° 1 des statuts de la Société allemande de sociologie, rédigés par Weber, est un écho lointain de cette affirmation de 1895. Mais il n’y avait pas que des conclusions politiques à tirer des enquêtes sur la situation des ouvriers agricoles. Lors de sa conférence à Saint-Louis, en 1904, Weber privilégie une approche différente, mais déjà présente dans sa leçon inaugurale. Du point de vue sociologique et historique, il y avait décrit le processus en cours dans les termes suivants :
« Les domaines de l’Est constituaient les points d’appui de la classe domi-
nante prussienne, dispersée dans tout le pays, les points de relais sociaux de
l’administration, mais avec leur effondrement, avec la disparition du caractère
social de la vieille noblesse terrienne, c’est de manière inexorable que le cen-
tre de gravité de l’intelligence politique se déplace vers les villes. Ce dépla-
cement est le facteur politique décisif dans le développement agraire de
l’Est. »
(Weber, 1990 p. 141, MWG I,4, p. 568).
Dans la conférence de Saint-Louis, cette évolution en Prusse est mise en perspective par rapport à l’évolution des campagnes en Angleterre, France, Amérique et surtout par rapport à l’Allemagne du Sud ; la question centrale de cette comparaison est la lutte entre capital et propriété rurale. Habituellement, la différence des structures agraires en Allemagne du Sud et de l’Ouest par rapport au Nord et à l’Est est expliquée par les différents régimes de droit successoral. Weber ne se satisfait pas de cette explication, car les différences structurelles remontent loin au-delà de la libération des paysans (Bauernbefreiung). La différence repose plutôt sur la nature différente des chances qui s’offraient aux seigneurs féodaux d’augmenter leurs revenus. Dans le Sud et l’Ouest, les seigneurs féodaux (Feudalherren) restèrent des « Grundherren », c’est-à-dire qu’ils augmentèrent leurs rentes, leurs intérêts et les redevances des paysans. A l’Est, par contre, les seigneurs féodaux se transformèrent en « Gutsherren », seigneurs et exploitants de domaines : ils s’approprièrent une partie des terres paysannes et utilisèrent les paysans en tant que serfs (Leibeigene) pour cultiver les terres. Weber avance plusieurs facteurs pour expliquer ces différences : l’opposition historique entre vieilles terres paysannes et terres coloniales ; la distribution différente des champs : d’une part la « Gemengelage » (morcellement), d’autre part des champs de grande dimension (grössere Ackerfluren) ; des facteurs démographiques et géographiques : le Sud et l’Ouest avaient une population et des échanges interlocaux plus denses, une différenciation plus forte des conditions de production à l’intérieur d’espaces très réduits et une formation de villes très intensive. A ses yeux, ces facteurs étaient décisifs, puisqu’ils incitaient les paysans à augmenter la production tout en satisfaisant l’intérêt économique des seigneurs par des rentes et des taxes en progression. Concernant l’évolution si différente dans la partie orientale de l’Allemagne, où les seigneurs avaient choisi la voie de l’exploitation directe, du « Eigenbetrieb », au lieu d’utiliser les paysans comme source de rentes, Weber émet l’hypothèse que la raison n’en est pas une rationalité technique plus grande de la grande entreprise agricole, mais le fait que dans les conditions historiques données, c’était le seul moyen économique d’obtenir un revenu plus élévé (Weber 1952, p. 446 ; 1946, p.380 ; MWG I/8, p. 235).
A partir de cette situation, et contrairement à l’évolution en France, la libération des paysans au XIXe siècle n’avait pas eu pour effet d’exclure le seigneur-domanial (Gutsherr) du régime agraire, notamment parce que l’abolition de droits féodaux, là où le Gutsherr et les paysans se trouvaient en une communauté de production, ne résolvait point la question centrale, celle du sol, que l’on continuait à considérer comme terre seigneuriale (Herrenland), et non comme terre paysanne (Bauernland). Ainsi la libération des paysans s’était soldée par l’appropriation d’une grande partie du sol par les Gutsherren, et l’Est de l’Allemagne était devenu de plus en plus le siège du capitalisme agraire. L’évolution de la nature de ce capitalisme agraire, le danger d’un capitalisme rentier, est également au centre de la lutte publicistique de Weber en 1904 contre le projet de loi sur le fidéicommis : « En titillant la vanité la plus méprisable, la seule possibilité de fondations bourgeoises et anoblies de fidéicommis détourne de plus en plus le capital bourgeois allemand du chemin de conquêtes économiques dans le monde vers la voie de création d’existences de rentiers, déjà favorisées par notre politique protectionniste » (MWG I/8, p. 185 ; GASS, p. 391).
 
3. MAX WEBER ET LES QUESTIONS URBAINES [20]
 
 
A l’époque de la fondation de la Deutsche Gesellschaft für Soziologie, quand Weber élaborait ses projets d’enquête sur les ouvriers industriels, sur la presse et la vie associative, le monde rural disparaissait des ses préoccupations, cédant sa place à la ville. C’est au moins ce que certains indices pourraient laisser penser. Déjà, dans les dernières pages des Agrarverhältnisse im Altertum (rédigé en 1907/08), Weber introduisait une comparaison entre certaines types de villes antiques et médiévales, comparaison qu’il reprendra et élargira peu de temps après à une échelle universelle dans Die StadtLa Ville ) ; ce thème réapparaîtra tout au long des années suivantes, dans le contexte de ses études sur la morale économique des grandes religions et dans ses cours sur l’histoire économique. Die Stadt a été rédigé entre 1910 et 1914, nous voilà donc de nouveau dans les premières années de la DGS.
Trouvé parmi les manuscrits laissés par Weber, ce texte a été publié en 1921 sous le titre La ville. Une analyse sociologiqueDie Stadt. Eine soziolgische Untersuchung ). Il était structuré en quatre chapitres :
  1. Concept et catégories de la ville (Begriff und Kategorien der Stadt).
  2. La ville de l’Occident (Die Stadt des Okzidents).
  3. La ville patricienne au Moyen Age et dans l’Antiquité (Die Geschlechterstadt im Mittelalter und in der Antike).
  4. La ville plébéienne (Die Plebejerstadt).
Les éditions ultérieures du texte, avant que ne soit publiée l’édition critique en 1999 (MWG I, 22-5), coupent ce dernier chapitre en deux, ajoutant ainsi un chapitre : V. Démocratie antique et médiévale (Antike und mittelalterliche Demokratie). Le sous-titre du texte, « Une analyse sociologique », n’est certainement pas de Weber lui-même, et nous ne savons pas si la structuration en quatre chapitres était le fait de Weber, de sa veuve ou des éditeurs de la revue. Le texte est inachevé, et il a été établi que Weber n’a plus touché à ce manuscrit après 1914. Quelles auraient été sa suite et sa fin, et, surtout, quelle était sa finalité ? D’aucuns ont supposé que Weber l’aurait sans doute complété par une analyse de la ville moderne et contemporaine. Cette hypothèse repose sur un malentendu profond : la ville industrielle, la métropole de la fin du XIXe siècle, la grande ville moderne qui occupe une place si centrale dans la réflexion sociologique de Simmel, de Sombart, de Tönnies et d’autres contemporains de Weber, cette ville n’entrait point dans le projet de Max Weber.
Pourtant, la sociologie urbaine a parfois mis le Die Stadt de Max Weber sur le même plan que le manifeste fondateur de l’École de Chicago : « The closest approximations to a systematic theory of urbanism that we have are to be found in a penetrating essay, Die Stadt, by Max Weber, and a memorable paper by Robert E. Park, on “The City : Suggestions for the Investigation of Human Behaviour in the Urban Environment”. » Placée en exergue à la traduction américaine (1958) de Die Stadt, cette citation de Louis Wirth, de 1938, rattache Max Weber à la tradition de la sociologie urbaine et lui y attribue une place d’honneur (Martindale, 1958, p. 8) [21]. En fait, l’objet de ce texte et sa fonction dans le contexte de l’œuvre sont fondamentalement différents de ce qu’un tel rapprochement suggère. Car Weber s’intéresse moins à la ville qu’à une certaine forme de commune. L’objet de Die Stadt est une interrogation sur différentes formes de politique économique urbaine dans les cités antiques et médiévales, sur les conditions de leur apparition et sur leurs conséquences pour l’évolution de nouveaux comportements des agents économiques, de nouvelles formes d’organisations économiques et sur l’émergence du capitalisme moderne. Citons un passage clé de ce texte où Weber oppose une brève phase de l’histoire médiévale, celle entre l’époque carolingienne et l’État moderne patrimonial où les villes n’étaient pratiquement plus que des circonscriptions administratives, à une phase tout aussi spécifique de l’histoire antique :
« Dans la période intermédiaire, elles (les villes) étaient à un certain degré partout des ‘communes’ avec des droits politiques propres et une politique économique autonome. De façon comparable se déroula aussi l’évolution dans l’Antiquité. Et pourtant, ni le capitalisme moderne ni l’État moderne n’ont poussé sur le sol des villes antiques, alors que le développement urbain médiéval, bien que n’ayant pas été la seule phase préliminaire décisive ni surtout le porteur du capitalisme et de l’État modernes, n’en a pas moins été un facteur absolument déterminant de leur naissance. En dépit de toutes les similitudes externes de l’évolution, on doit ensuite constater aussi des différences profondes. C’est vers elles que nous nous tournerons maintenant. C’est en opposant les deux types de villes l’un à l’autre dans leurs formes caractéristiques que nous aurons la meilleure chance d’apercevoir ces différences. » [22].
Et plus loin Weber précisera :
« L’intermède historique de l’autonomie des villes au cours du développement urbain au Moyen Âge fut donc déterminé par de tout autres circonstances. La ville spécifiquement antique, ses couches dominantes, son capitalisme, et les intérêts de sa démocratie montrent tous une orientation d’abord politique et militaire, et ceci d’autant plus que leur caractère spécifiquement antique se fait jour. » [23]
Die Stadt a longtemps été considéré comme une partie de Économie et société, et le texte y figurait de la quatrième à la sixième édition comme une partie de la socio-logie de la domination. La récente édition critique du texte dans le cadre de la Max-Weber-Gesamtausgabe a enfin abandonné cette interprétation, ce qui permet de faire apparaître plus clairement les liens entre Die Stadt et la sociologie des religions. Car les questions centrales de Die Stadt sont reprises et prolongées dans La morale économique des grandes religions. Le lien entre ces essais de sociologie des religions et Die Stadt, rédigé à la même époque que la première version de Der Konfuzianismus, est évident : la comparaison entre la ville orientale et la ville occidentale occupe une place importante dans les deux premiers chapitres de Die Stadt. Dans la Wirtschaftsethik der Weltreligionen la ville occidentale, analysée dans Die Stadt, sert de contraste et d’opposition à la ville chinoise et à la ville orientale en général. Avec cette différence essentielle : les deux villes idéal-typiques, celle du Moyen Âge et celle de l’Antiquité, diamétralement opposées dans « Die Stadt », forment ici un seul type, la « ville occidentale », et sont opposées ensemble à la ville orientale.
La réunion de deux constructions idéal-typiques opposées en une seule s’opère par le renoncement à des critères qui avaient servi auparavant à différencier ville antique et ville médiévale ; dans le cas présent il s’agit du critère de la nature des chances de gain et de celui de la nature de la politique économique des deux types de villes. Cette démarche se justifie par une modification de la problématique [24], qui est maintenant conçue dans la perspective de la ville chinoise, partant de l’hypothèse que sa principale différence par rapport à la ville médiévale et à la ville antique est constituée par son caractère politique particulier. La ville chinoise est définie surtout négativement, par l’absence du statut politique autonome et particulier de ville. Elle n’était pas une commune ( Gemeinde ) et elle ne connaissait pas de bourgeoisie ( Bürgertum ) qui en tant que bourgeoisie urbaine aurait été porteuse d’une activité de groupement ( Träger eines Verbandshandelns ), d’une activité régulatrice de politique économique urbaine ( Stadtwirtschaftspolitik ) (Weber, 2000, p. 27 et 35 ; MWG I/19, p. 149 et 158). L’analyse de la ville chinoise ne s’épuise évidemment pas dans ces éléments, mais ceux-ci en constituent le point central. C’est cette même perspective que Weber adopte, dans les pages de Die Stadt consacrées au caractère économique des villes, quand il dit de la ville arabe qu’elle n’a jamais connu ni de gouvernement par les corporations ( Zunftregiment ), ni de groupement qui aurait fait de la ville une unité corporative [25]. Situation tout à fait typique, selon lui, pour les villes commerciales maritimes en Occident « avant la naissance de la commune [ Gemeindeverband ] ». La situation « normale » étant « que seuls les clans [ Geschlechtersippen ] et à côté d’eux éventuellement les groupements professionnels, mais non les communautés de citadins [ Stadtbürgerschaften ] en tant que telles, étaient les porteurs d’une activité de groupement » (MWG I/22-5, p. 98 [26] ).
Ignorer le lien entre L’éthique économique des religions mondiales et Die Stadt signifie simplement se priver d’une clé de lecture indispensable. Dans le premier chapitre de Die Stadt, les esquisses de la ville chinoise et de la ville indienne avaient été intégrées dans une perspective géographique plus large. Dans les études de sociologie des religions, la ville orientale est analysée de façon beaucoup plus détaillée. Ainsi, Weber établit un lien avec sa première étude de sociologie religieuse : Die protestantische Ethik und der ‘Geist’ des Kapitalismus (1904-1905). Au reproche d’y avoir négligé la dimension matérielle du développement de l’économie moderne, Weber répond par une démarche toute différente dans ses études sur le confucianisme et l’hindouisme. L’analyse des phénomènes religieux y est précédée d’une longue analyse des « fondements sociologiques » (Chine) ou du « système social » (Inde). Serait-ce dû à un hasard et sans rapport aucun avec Die Stadt que dans le cas et de la Chine et de l’Inde le premier regard de Weber se dirige sur le système urbain ? Dans les deux études, la toute première phrase évoque la ville :
« En net contraste avec le Japon, la Chine était déjà, depuis une époque pour nous préhistorique, un pays de grandes villes [murées]. » [27] « L’Inde est et était, au contraire de la Chine, un pays de villages [...]. Des siècles durant et sur des points importants, la formation des villes fut proche de phénomènes de l’Occident médiéval. » (MWG I/20, p. 49 et 53).
Dans la première version du « Confucianisme », publiée en 1916 dans ASSP, la signification primordiale de la ville pour l’argumentation de Weber était encore plus manifeste que dans la version définitive de 1920. Car ici Weber a inséré avant le deuxième paragraphe du texte de 1916 (« L’opposition fondamentale de la formation des villes chinoises [ Städtebildung ] par rapport à l’Occident était, comme partout dans l’Orient, l’absence du caractère politique particulier [ politischer Sondercharakters ] de la ville ») de longs développements sur le système monétaire [28]. Par contre, dans cette version de 1920, l’analyse de la ville chinoise a été considérablement élargie par des pages sur les groupements ou associations professionnels ( Berufsverbände ) et sur la politique économique urbaine (Weber, 2000, p. 32-36 ; MWG I/19, p. 155-158). Par ailleurs, rien de ce que Weber dit des villes chinoise et indienne dans Die Stadt ne dépasse le cadre de son argumentation dans la Wirtschaftsethik der Weltreligionen. Dans son « Avant-Propos » (« Vorbemerkung ») [29] de 1920 au Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie (Recueil d’études de socio-logie des religions), Weber précisera clairement le contexte de ses recherches sur la ville :
« [...] pour une histoire universelle de la culture, le problème central – d’un point de vue purement économique – n’est pas pour nous, en dernière analyse, le déploiement de l’activité capitaliste en tant que telle, dont seule la forme changerait : capitalisme aventurier ou commercial, ou bien capitalisme lié à la guerre, à la politique et à l’administration. Le problème concerne, au contraire, l’apparition du capitalisme d’entreprise bourgeois, avec son organisation du travail libre. Ou, exprimé dans l’optique de l’histoire de la culture, le problème central est celui de l’apparition de la bourgeoisie occidentale dans sa spécificité, laquelle est, à n’en pas douter, liée à l’apparition de l’organisation capitaliste du travail, sans pour autant s’identifier simplement à cette dernière. En effet, l’existence de ‘bourgeois’ [ ‘Bürger’], définis comme un corps social [ Stand ] a précédé le développement du capitalisme spécifiquement occidental. Et cela ne s’est produit qu’en Occident. »
(Weber, 1996, p. 500 sq.).
Dans son analyse du système social, politique et économique chinois, Weber accorda une telle importance à la ville parce que celle-ci constituait un des facteurs principaux à l’aide desquels il croyait pouvoir expliquer l’absence d’un capitalisme moderne en Chine. Partant de l’hypothèse d’un rôle particulier de la ville médiévale pour la modernisation des conduites et des institutions économiques dans l’Occident, Weber s’intéressa tout particulièrement à la ville chinoise dans la mesure où celle-ci, au contraire, n’était pas un « groupement de citoyens/citadins doté d’une activité économique en tant que groupement » ( Verband von Stadtbürgern mit Verbandshandeln ) et dans la mesure où il pensa que la ville chinoise n’avait pas favorisé l’émergence de nouvelles formes d’organisation politiques et économiques, de formes d’entreprise et de constitution en société économique ( ökonomische Vergesellschaftung ). Le bourgeois ( Bürger ) du passage de l’« Avant-Propos » cité plus haut, avait été le produit d’une phase précise de l’histoire européenne, de l’« Intermezzo » de l’autonomie urbaine. Dans les chapitres de Die Stadt consacrés au Moyen Âge, Weber ne s’intéresse qu’à cette seule période, notamment sous l’aspect de son importance pour le développement du capitalisme moderne. C’est exclusivement par rapport à cette problématique qu’il construit l’idéal-type « ville occidentale » ; c’est à travers une démarche analogue qu’il en arrive à construire les idéauxtypes « ville antique » et « ville orientale ». La ville occidentale idéal-typique n’est donc en aucune façon un concept synthétique englobant la totalité des formes de villes de l’histoire européenne.
Le rapprochement entre la sociologie des religions et Die Stadt permet de mieux comprendre les raisons pour lesquelles sont absentes de ce dernier texte certaines questions liées aux villes et à l’urbanisation. Questions auxquelles Weber s’intéressait pourtant et qui étaient au centre de la sociologie naissante en Allemagne. Au premier congrès de la Société allemande de sociologie, en 1910, Weber prit part à la discussion qui suivait l’exposé de Werner Sombart sur « Technique et Culture ». Il précisa que certains rapports entre la technique moderne et certaines valeurs esthétiques formelles de l’art moderne n’avaient pu être produits que par la grande ville moderne. A propos de la musique moderne, Weber établit dans cette intervention orale une distinction claire entre d’une part la question appartenant au domaine de la musicologie, c’est-à-dire celle du rapport entre volonté artistique et moyens musicotechniques, et d’autre part celle qui intéresse la sociologie : « la question différente du « rapport entre l’‘esprit’ d’une certaine musique et les fondements techniques généraux de notre vie actuelle, notamment dans la grande ville, qui influent sur le rythme de vie et les sentiments de vie » [30]. La question du rapport entre culture, art et grande ville faisait partie des grands débats de l’époque [31]. On n’en trouve aucun écho dans Die Stadt, bien qu’une des questions centrales que Weber s’y posera au sujet de la ville médiévale et antique n’est pas si éloignée de ce débat qu’on pourrait le croire : c’est la question de l’influence de certaines conditions sociales, politiques, économiques ou géographiques sur le comportement des hommes. Autrement dit : comment évoluent comportements, mentalités et conduites de vie par adaptation à des données structurelles ? Dans « Die Stadt », Weber avait réussi à mettre en évidence les facteurs qui avaient orienté les énergies des citadins médiévaux vers une forme d’activité économique caractérisée par l’acquisition pacifique et sa rationalisation progressive. Cette transformation structurelle avait été favorisée, selon lui, plus par la ville du Nord que par celle du Sud de l’Europe. De la même manière que Weber s’intéressait à la lente modification des comportements économiques dans la ville médiévale au Nord des Alpes, il cherchait à découvrir, dans ses enquêtes industrielles, les effets du travail dans l’usine moderne sur la « sélection » des ouvriers, et de manière analogue il s’intéressait aux effets de la vie dans les grandes villes contemporaines sur le développement psychique et artistique du citadin.
Weber connaissait parfaitement les travaux de Simmel, Tönnies, Sombart et tant d’autres sur la « Großstadt » – la grande ville. Pourtant, rien de cette abondante littérature contemporaine ne se retrouve dans son texte, à part une brève remarque, dès la première page, sur l’absence de rapports personnels et réciproques entre citadins habitant ensemble [32]. Nous savons également qu’il s’intéressait vivement aux formes urbaines de son temps. Les lettres écrites par Max Weber lors du voyage qu’il entreprit en 1904 avec sa femme en Amérique témoignent de l’enthousiasme avec lequel il s’imprégnait du spectacle urbanistique et social des villes américaines : New York, Chicago, St. Louis et Oklahoma City. Il y avait là assez de matière pour une petite sociologie de la ville contemporaine [33]. Dans les travaux scientifiques de Weber, la signification de la grande ville moderne restait apparemment limitée aux domaines esthétique et psychique. Elle ne jouait aucun rôle dans ses recherches sur le capitalisme industriel. Pourquoi ? Après l’« intermède de la liberté urbaine », la ville en tant que commune n’avait, selon Weber, plus de signification pour le développement du capitalisme – ni en tant qu’unité économique, ni en tant que base pour la formation de nouvelles conduites ou mentalités économiques. Dans Die Stadt, Weber ne visait pas à élaborer une typologie des formes urbaines, mais il s’interrogeait sur la signification culturelle de la « Bürgerstadt » occidentale pour l’émergence du capitalisme moderne. La ville moderne et contemporaine n’avait pas de place dans cette étude. Car à partir de l’époque moderne, ce n’était plus la ville mais l’État qui offrait au capitalisme le cadre institutionnel et politique de son évolution. S’il ne faut donc pas chercher la ville contemporaine dans le texte de 1910-1914, il faut – paradoxalement – lire celui-ci également à la lumière des débats contemporains sur la ville, dans le contexte du capitalisme industriel et des bouleversements démographiques et sociaux qui affectaient l’Allemagne depuis plus d’un demi-siècle.
Pour Weber, la recherche des origines culturelles du capitalisme ne constituait qu’un côté de sa problématique de recherche. Au moment même de la rédaction de L’Ethique protestante, Weber a formulé à deux reprises l’autre face de la question, dans le premier numéro de la revue Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik [34], en 1904, dont il venait de prendre la direction avec deux autres économistes, Werner Sombart et Edgar Jaffé. D’abord dans le « Geleitwort », l’avertissement des éditeurs dans le premier numéro de la nouvelle série :
« Notre revue devra considérer aujourd’hui la connaissance historique et théorique de la signification globale de l’évolution du capitalisme pour la civilisation comme le problème scientifique au service duquel elle se trouve » [35].
Weber et ses collègues précisaient ensuite que le point de vue spécifique de la revue sera celui « de la façon dont l’économie influence les phénomènes de civilisation [ ökonomische Bedingtheit der Kulturerscheinungen ] [...] ».
Dans ce même premier numéro de la revue, Max Weber publia son grand essai sur « L’objectivité de la connaissance dans les sciences et la politique sociales ». Il y précisa, au nom également de ses coéditeurs, que le véritable domaine de travail de la revue serait :
« d’explorer scientifiquement la signification culturelle générale de la structure économico-sociale de la vie collective humaine et de ses formes historiques d’organisation. »
(WL, p. 165 ; Weber 1965/1992, p. 141).
Voilà une formulation qui contenait in nuce tout un programme de recherche en sciences sociales sur la ville. Sous la co-responsabilité de Weber, la revue accordera au cours des années suivantes un espace considérable à des enquêtes et articles sur les problèmes du logement urbain, sur la spéculation foncière et la rente foncière urbaine. Mais dans ces études, la ville ne devenait pas pour autant l’objet d’une analyse sociologique propre ; elle continuait à n’apparaître qu’à travers des problématiques de politique sociale ou de politique économique, de sorte que la revue de Weber n’aura eu finalement qu’une importance secondaire pour les grands débats sur les questions urbaines. En Allemagne comme ailleurs, l’attitude face à la grande ville était ambiguë. D’un côté, un romantisme agraire qui s’élevait contre la décadence de la vie dans les métropoles, de l’autre côté une vision positive de la grande ville, car celle-ci procurerait à l’homme un nouvel espace de liberté et favoriserait son développement individuel. Weber avait repris et prolongé cette dernière idée lors du congrès de sociologie en 1910, sans s’engager véritablement dans une telle direction de recherche. Dans sa sociologie de la musique, il ne reprendra d’ailleurs pas les réflexions sur le rapport entre grande ville et art moderne, esquissées en 1910. Weber ne suivra non plus ni Tönnies, ni Simmel, ni Durkheim dans leur tendance à traduire l’opposition entre modernité urbaine et société traditionnelle, par une opposition entre Gesellschaft et Gemeinschaft, société et communauté (Oexle, 1992 et 1994).
Romantisme agraire et rejet de l’urbanisation connaissaient dans l’Allemagne de Guillaume II une variante en politique économique, qui se manifestait par l’exigence de tarifs douaniers protecteurs, par la volonté de réduire les exportations industrielles, par une idéologie d’autarcie économique. Weber s’opposait résolument à cette tendance. De ses enquêtes agraires il avait tiré la conclusion politique suivante : « Une population rurale forte et nourrir l’Allemagne uniquement avec ses propres céréales sont des oppositions inconciliables » (Verhandlungen, 1897, p. 112 ; MWG I/4,2, p. 637). Urbanisation et industrialisation étaient ainsi pour Weber les conditions économiques et politiques indispensables pour que l’Allemagne, menacée selon lui par la tentation d’un capitalisme rentier, puisse s’élever au rang des nations rivales, Grande Bretagne et France en particulier.
Les conséquences sociales de l’urbanisation étaient un des grands thèmes du Verein für Sozialpolitik auquel Weber avait adhéré dans les années 1890. L’Association était aussi le principal lieu d’enquêtes et de débats sur le rôle et l’organisation administrative et économique des villes. Weber ne participait pas directement aux travaux que l’association organisait entre 1901 et 1912 sur « la question du logement », « la Constitution et l’organisation administrative des villes », « les finances des communes », « les entreprises économiques des communes », ou « la fiscalité communale » (Gorges, 1986, p. 339 sq., 425 sq. et 443 sq.). Weber intervint principalement dans ces débats quand il était question des conséquences éventuelles de succès électoraux des sociaux-démocrates dans les municipalités, notamment en matière de politique économique des villes [36]. De telles observations auraient pu trouver leur place dans l’étude sur Die Stadt si son auteur avait voulu prolonger l’analyse économique de la ville jusqu’à l’époque contemporaine ; mais ce n’était pas le cas. Le peu d’intérêt de Weber pour une appréhension sociologique de la ville de son temps ressort également du concept de ville purement pragmatique qu’il recommandait à la même époque aux collaborateurs de son enquête sur la sélection et l’adaptation des ouvriers de la grande industrie : par ‘ville’ on comprendra des « localités aussi petites qu’elles soient mais qui montrent la vie commerciale [ geschäftliche ] des villes avec toutes ses conséquences » [37].
Dans les débats contemporains sur le rôle des villes et sur la réforme communale on utilisait force arguments historiques, notamment la question très débattue de l’origine et du caractère de la ville médiévale allemande. Était-elle née de l’échange et du marché ou, au contraire, d’un acte fondateur par un seigneur ( Stadtherr ) ? Est-ce qu’il y avait continuité ou rupture entre la ville médiévale et la ville moderne ? La ville était-elle antérieure à l’État et représentait-elle le caractère mutualiste ( genossenschaftlich ) de la société allemande ? Ou, au contraire, l’histoire allemande ne com-mençait-elle véritablement qu’avec l’État qui s’était imposé au-dessus du désordre et des rivalités des villes ? Quel principe ou quelle vérité éternelle de l’Allemagne pouvait-on par conséquent invoquer pour défendre ou combattre un transfert de responsabilités et de compétences aux villes, dans une situation où les communes étaient confrontées à de graves problèmes sociaux et financiers et où une réforme s’imposait d’urgence ? De toute évidence, Weber ne s’intéressait pas à ce débat politique sur l’essence de la ville médiévale, ni au conflit des historiens et de certains économistes sur la « Markttheorie » ou la « Hofrechtstheorie » [38], sauf pour épingler d’un point de vue méthodologique cette « lutte des théories des villes » (MWG I/22-5, p. 124 ; La ville, p. 67), où on ne distinguait pas suffisamment, comme il écrivait dans Die Stadt, les dimensions juridiques (formelles) et sociologiques ou politiques. Cet évident désintérêt pour la question d’une autonomie renforcée des villes de son temps a échappé à ceux qui, sur la base d’une lecture trop rapide de Die Stadt, voient en Weber un chantre de la liberté communale. Dans la pensée politique de Weber et dans sa perception des urgences et des priorités pour l’État national allemand, il n’y avait pas de place pour une autonomie renforcée des villes. Ainsi chercherait-on en vain, dans les propositions que Weber élaborera à la fin de la guerre pour la réforme constitutionnelle, l’idée d’une démocratie communale ou urbaine, même en vue d’une administration plus efficace.
Le projet sociologique de Weber comportait ainsi trois dimensions. L’une concerne la nature du travail sociologique, le type d’enquêtes et ses méthodes : de grandes enquêtes empiriques, un travail collectif et organisé rigoureusement. C’est ici qu’apparaît clairement l’importance des enquêtes rurales des années 1890. Weber avait prolongé ce type de travail dans ses enquêtes industrielles et il avait souhaité que la Société allemande de sociologie devienne une entreprise capable de développer ce type de travail sociologique. De ce point de vue, mais pas seulement de celui-ci, c’est bien jusqu’à ses travaux sur le monde rural qu’il faut retracer l’histoire de la sociologie weberienne.
La deuxième dimension est celle des questions centrales posées par Max Weber : dans le projet d’enquête sur la presse autant que dans les enquêtes rurales, on retrouve l’interrogation permanente sur les rapports de pouvoir dans la société capitaliste. La question centrale, au sens de Wilhelm Hennis (1987/1996), c’est-à-dire la question du devenir de l’homme, de son adaptation, permet de lier entre elles les problématiques des enquêtes sur la presse et sur l’industrie, d’une part, et celle traitée dans La Ville, d’autre part. Mais cette question également apparaît déjà en filigrane dans les conclusions auxquelles Weber arrive à la fin de sa première enquête rurale [39].
Le troisième aspect est celui d’une sociologie « purement scientifique ». Les enquêtes rurales avaient été organisées dans un but pratique, et Weber les avait exploitées politiquement, d’abord pour dénoncer la politique agraire de la classe dirigeante comme contraire aux intérêts nationaux, ensuite pour démontrer qu’une science économique qui n’était pas prête à s’interroger sur ses concepts et critères de jugement se mettait nolens volens au service de cette politique ‘antinationale’. D’où la nécessité, proclamée dès 1895, d’une science sociale qui se libère des objectifs immédiats de réforme sociale pour mieux pouvoir affronter l’analyse, comme Weber le formulera en 1904, de « la signification culturelle générale de la structure économicosociale de la vie collective humaine et de ses formes historiques d’organisation » (WL, p. 165 ; Weber, 1965/1992, p. 141). Ces questions aussi ont leur origine dans les travaux de Weber sur les campagnes ; la ville industrielle moderne, par contre, ne fait pas partie des lieux de naissance de la sociologie de Max Weber.
ABRÉVIATIONS
ASSP = Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik.
GASS = WEBER, M. 1924 (2ème éd. 1988). Gesammelte Aufsätze zur Soziologie und Sozialpolitik. Herausgegeben von Marianne WEBER. Tübingen : J.C.B. Mohr (Paul Siebeck).
GASW = WEBER, M. 1924 (2ème éd. 1988). Gesammelte Aufsätze zur Sozialund Wirtschaftsgeschichte, Herausgegeben von Marianne WEBER. Tübingen : J.C.B. Mohr (Paul Siebeck).
MWG = Max Weber Gesamtausgabe. Herausgegeben von H. BAIER, M.R. LEPSIUS, W.J. MOMMSEN, W. SCHLUCHTER, J. WINCKELMANN. Tübingen : J.C.B. Mohr (Paul Siebeck).
WL = WEBER, M AX (1922,7ème éd. 1988), Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre. Herausgegeben von J. WINCKELMANN. Tübingen : J.C.B. Mohr (Paul Siebeck).
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  I. ÉCRITS DE MAX WEBER a) La Max Weber Gesamtausgabe (MWG)
·  Max Weber Gesamtausgabe. Im Auftrag der Kommission für Sozial- und Wirtschaftsgeschichte der Bayrischen Akademie der Wissenschaften herausgegeben von H. BAIER, M. R. LEPSIUS, W. J. M OMSSEN, W. SCHLUCHTER, J. W INCKELMANN. Abteilung I : Schriften und Reden. Abteilung II : Briefe. Tübingen : J.C.B.Mohr (Paul Siebeck). 1984 :
·  MWG I/2 Die römische Agrargeschichte in ihrer Bedeutung für das Staatsund Privatrecht (1891). Hrsg. von J. DEININGER. 1986.
·  MWG I/3 Die Lage der Landarbeiter im ostelbischen Deutschland (1892), Hrsg. von Martin RIESEBRODT. 2 Halbbände. 1984.
·  MWG I/4 Landarbeiterfrage, Nationalstaat und Volkswirtschaftspolitik. Schriften und Reden 1892-1899. Hrsg. von W.J. M OMMSEN in Zusammenarbeit mit R. ALDENHOFF. 2 Halbbände. 1993.
·  MWG I/5 Börsenwesen. Schriften und Reden 1893-1898. Hrsg. von K. BORCHARDT in Zusammenarbeit mit C. M EYER-STOLL. 2 Halbbände. 1999.
·  MWG I/8 Wirtschaft, Staat und Sozialpolitik. Schriften und Reden 1900-1912. Hrsg. von W. SCHLUCHTER in Zusammenarbeit mit P. KURTH und B. M ORGENBROD. 1998.
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·  MWG I/19 Die Wirtschaftsethik der Weltreligionen. Konfuzianismus und Taoismus. Schriften 1915-1919. Hrsg. von H. SCHMIDT-GLINZTER in Zusammenarbeit mit P. KOLENKO. 1989.
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·  W EBER, M. 1924 (1904). Der Streit um den Charakter der altgermanischen Sozialverfassung in der deutschen Literatur des letzten Jahrzehnts. In GASS, p. 508-566.
·  W EBER, M. (1905). The Relations of the Rural Community to Other Branches of Social Science. MWG I/8, p. 200-243 (cf. Weber, 1952/1946).
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·  W EBER, M. (1909). Agrarverhältnisse im Altertum. GASW, pp.1-288. [publié d’abord dans Handwörterbuch der Staatswissenschaften. 3. gänzlich umgearbeitete Auflage. t. 1, Jena 1909, p. 52-188].
·  W EBER, M. (1911). Diskussionsrede auf der Tagung des Vereins für Sozialpolitik in Nürnberg 1911 zum Thema : Probleme der Arbeiterpsychologie unter besonderer Rücksichtnahme auf Methode und Ergebnisse der Vereinserhebungen, MWG I/11, p. 409-425, GASS p. 424-430.
·  W EBER, M. 1972 (1921). Wirtschaft und Gesellschaft. Grundriss der verstehenden Soziologie. 5. Auflage besorgt von J. Winckelmann (Studienausgabe). Tübingen : J.C.B. Mohr (Paul Siebeck).
·  W EBER, M. 1952/1946. Kapitalismus und Agrarverfassung. Zeitschrift für die gesamte Staatswissenschaft 108, p. 431-452. (Übersetzung und redaktionelle Vorbemerkung von Hans Gerth. Vortrag in St. Louis 1904) [Original anglais, dans une version révisée : W EBER, M. 1946. Capitalism and Rural Society in Germany. In From Max Weber. Essays in Sociology, translated, edited and with an Introduction by H.H. GERTH and C. Wright M ILLS. New York, p. 363-385]. b) En traduction française
·  W EBER, M. 1965/1992. L’objectivité de la connaissance dans les sciences et la politique sociale. In Essais sur la théorie de la science. Traduit par J. FREUND. Paris : Plon [réimpr. collection Agora Pocket 1992, p. 117-201].
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·  OEXLE, O.G. 2000. Kultur, Kulturwissenschaft, Historische Kulturwissenschaft. Überlegungen zur kulturwissenschaftlichen Wende. Das Mittelalter 5,2000, p. 13-33.
·  OEXLE, O.G. 1992. Les groupes sociaux du Moyen Âge et les débuts de la sociologie contemporaine, Annales ESC, vol.47, n° 3, p. 751-765.
·  OEXLE, O.G. 1994. Kulturwissenschaftliche Reflexionen über soziale Gruppen in der mittelalterlichen Gesellschaft : Tönnies, Simmel, Durkheim und Max Weber. In M EIER, C. (éd.) 1994. Die okzidentale Stadt nach Max Weber. Zum Problem der Zugehörigkeit in Antike und Mittelalter. München : Oldenbourg (= Historische Zeitschrift Beiheft 17), p. 115-159.
·  POLLAK, M. 1986. Un texte dans son contexte. L’enquête de Max Weber sur les ouvriers agricoles. Actes de la Recherche en sciences sociales 65, p. 69-75.
·  RIESEBRODT, M. 1985. Vom Patriarchalismus zum Kapitalismus. Max Webers Analyse der Transformation der ostelbischen Agrarverhältnisse im Kontext zeitgenössischer Theorien. Kölner Zeitschrift für Soziologie und Sozialpsychologie 37, p. 546-567.
·  SCAFF, L.A. 1984. Weber before Weberian Sociology. The British Journal of Sociology, 35, p. 190-215.
·  SCHLUCHTER, W. 1980. Der autoritär verfaßte Kapitalismus. Max Webers Kritik am Kaiserreich. In SCHLUCHTER, W. Rationalismus der Weltbeherrschung. Studien zu Max Weber. Francfort : Suhrkamp.
·  SCHLUCHTER, W. 1998. Einleitung. In W EBER, M. Wirtschaft, Staat und Sozialpolitik. Schriften und Reden 1900 – 1912. Tübingen : Mohr (= MWG I, 8).
·  SCHORN-SCHÜTTE, L. 1983. Stadt und Staat. Zum Zusammenhang von Gegenwartsverständnis und historischer Erkenntnis in der Stadtgeschichtsschreibung der Jahrhundertwende. Die Alte Stadt 10, p. 228-266.
·  SMITH, W.D. 1979. The Emergence of German Urban Sociology. Journal of the History of Sociology 1/2, p. 1-16.
·  TEUTEBERG, H. J. 1983. Historische Aspekte der Urbanisierung : Forschungsstand und Probleme. In : TEUTEBERG, H. J. (éd.). Urbanisierung in Deutschland. Historische und geographische Aspekte, Köln, p. 2-34.
·  TORP, C. 1998. Max Weber und die preußischen Junker. Tübingen : Mohr Siebeck.
·  TRIBE, K. 1989. Prussian Agriculture – German Politics : Max Weber 1892-97. In TRIBE, K. (éd.). Reading Weber. London : Routledge, p. 85-130 [première publication dans Economy and Society 12,1983, p. 181-226].
·  Verhandlungen des Achten Evangelisch-sozialen Kongresses [Leipzig 1897], Göttingen, 1897.
·  Verhandlungen des Ersten Deutschen Soziologentages vom 19. – 22. Oktober 1910 in Frankfurt a. M.. Tübingen : J.CB. Mohr (Paul Siebeck) 1911. Verhandlungen des Zweiten Deutschen Soziologentages vom 20. – 22. Oktober 1912 in Berlin. Tübingen : J.CB. Mohr (Paul Siebeck) 1913.( Schriften der Deutschen Gesellschaft für Soziologie. I. Serie : Verhandlungen der Deutschen Soziologentage. I. Band).
·  W EBER, Marianne 1926. Max Weber. Ein Lebenbild. Tübingen.
·  W EHLER, H.-U. 1995. Deutsche Gesellschaftsgeschichte. Dritter Band : Von der « Deutschen Doppelrevolution » bis zum Beginn des Ersten Weltkrieges 1849-1914. München : C.H.Beck.
·  W EISS, J. 1992. Max Webers Grundlegung der Soziologie. 2. überarb. und erw. Aufl. München ; London ; New York ; Paris : K.G. Saur.
·  W IRTH, L. 1938. Urbanism as a way of life. American Journal of Sociology, XLIV, 1938, p. 1-24.
 
NOTES
 
[1]Elle pense aux volumineux articles sur « Roscher und Knies und die logischen Probleme der Nationalökonomie » [1903 – 1906], republiés dans WL (pour la signification des abréviations : se reporter en fin d’article) ; ce texte ne figure pas dans la traduction française ( Essais sur la théorie de la science ).
[2]Cf. en dernier lieu (et pas des moindres !), W.Schluchter dans son introduction à MWG I, 8, p. 2.
[3]Verhandlungen (1910), p. 40 : « Was besteht ? Warum besteht es gerade so, wie es besteht ? Aus welchen historischen und sozialen Gründen ? ». Cf. Oexle 2000 p. 13.
[4]Voir maintenant pour les détails : Bastin (2002).
[5]Käsler (1995), p. 217.
[6]Ce qui changera au cours de la guerre : le Verein n’était plus en mesure d’assurer le financement de ses publications. Schmoller se laissa convaincre par ses collaborateurs de proposer le Verein pour le prix Nobel de la paix en 1917 pour renflouer les caisses. Parmi les autres propositions pour le prix Nobel 1917 se trouvait d’ailleurs l’empereur Guillaume II, proposé d’une part par un médiéviste allemand (Robert Holtzmann, professeur à Breslau), d’autre part par un groupe de dix-neuf professeurs de droit de l’Université de Constantinople.
[7]Dans ses lettres de cette époque, Weber s’exprimait souvent de façon moins mesurée.
[8]Pour l’enquête sur la presse voir : Hennis (1996), Kutsch (1988), Bastin (2002).
[9]Cf. Nau (1996), p. 48 sqq. et Gorges (1986), p. 394 sqq.
[10]« Über die Produktivität der Volkswirtschaft », GASS, p. 419.
[11]Cf. également la remarque de Marianne Weber selon laquelle la jeune génération des savants qui était à l’initiative de la fondation de la DGS avait voulu élargir au-delà de l’économie nationale, discipline centrale du Verein für Sozialpolitik, la discussion et la coopération scientifique (Marianne Weber, 1926, p. 425). La même tendance est inscrite dans le programme de l’ASSP formulé par Weber, Sombart et Jaffé en 1904.
[12]Weiss 1992,47.
[13]Cf. surtout : Schluchter (1980), Scaff (1984), Riesebrodt (1985), Pollak (1986), Hennis (1987), Tribe (1989), Torp (1998). Les seuls travaux plus anciens sont : Honigsheim (1947 et 1949) et Munters (1972).
[14]Depuis notamment la thèse de Wolfgang J. Mommsen, 1959 (traduction française :1985).
[15]Le lecteur français se rapportera à la bibliographie de Weber dans Käsler, 1996.
[16]Pour les travaux sur les problèmes agraires antiques voir en dernier lieu Bruhns (1999), et Capogrossi Colognesi (2000).
[17]MWG I/4, p. 705. Le questionnaire très détaillé, comprenant plusieurs pages, est reproduit aux pages 694-705.
[18]MWG I/ 3, cf. Käsler (1996) ; Pollack (1986) ; Weber (1990) (leçon inaugurale de 1895).
[19]« Der Nationalstaat und die Volkswirtschaftspolitik. Akademische Antrittsrede » (MWG I,4,2).
[20]Pour une présentation plus détaillée voir : Bruhns 2000 et 2001.
[21]Louis Wirth (1938, p. 8) avait ajouté : « But even these excellent contributions are far from constituting an ordered and coherent framework of theory upon which research might profitably proceed. »
[22]Traduction modifiée par H.B. ; l’édition française ( La Ville ) p. 155, déforme complètement ce passage essentiel. MWG I/22-5, p. 233.
[23]La Ville, p. 190, traduction modifiée. MWG I/22-5, p. 272.
[24]Sur la démarche de Weber, voir aussi Mann, 2000 p. 166 sq.
[25]MWG I/22-5, p. 95-98 ; voir La ville, p. 44-46.
[26]Traduction HB, cf. La ville, p. 46.
[27]Weber, 2000, p. 9 ; MWG I/19, p. 128. Les mots entre crochets ont été ajoutés dans la version de 1920.
[28]MWG I/19, p. 132-148 ; Weber, 2000, p. 12-27 (trad. modifiée par H.B.).
[29]Dans les Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie, Weber a placé cet « Avant-Propos » également devant la deuxième édition de L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, sans toutefois intégrer cette première étude de sociologie religieuse dans la Wirtschaftsethik der Weltreligionen.
[30]Verhandlungen des Ersten Deutschen Soziologentages, p. 100 (= GASS, p. 455). Weber lui-même qualifiera plus tard, dans une lettre à Franz Eulenburg (MWG II/6, p. 655) l’exposé de Sombart de « feuilleton », et les débats, y compris sa propre contribution, de « bas niveau ».
[31]Pour une information générale sur les débats contemporains voir Smith, 1979 ; Teuteberg, 1983 ; Lees, 1979 ; Schorn-Schütte, 1983.
[32]Voir les passages plus explicites dans Weber, 1972/1921, p. 215 sq. ( Economie et société, vol. 2, p. 85 sq.)
[33]Marianne Weber (1926, p. 292-317) cite de longs passages de lettres adressées par Weber à sa mère. Extraits en français dans Bruhns, 1988 et 2000.
[34]Auparavant Archiv für soziale Gesetzgebung und Statistik.
[35]« Geleitwort », ASSP, vol. 19,1904, p. V.
[36]Voir l’intervention de Weber dans la discussion sur les entreprises économiques des communes lors de l’assemblée générale de l’association à Vienne en 1909, publiée dans Schriften des Vereins für Sozialpolitik, vol 132, Leipzig, 1910, p. 282 sq., et son intérêt, dans ce contexte, pour le « Gemeindemerkantilismus » (mercantilisme communal). Cf. Verein für Sozialpolitik, Schriften Bd. 125, 1908 (= Verhandlungen1907), p. 294-301 ; citation p. 299 (GASS, p. 411). Voir également les lettres dans MWG II/5, p. 177 et 407.
[37]Dans l’enquête sur « Auslese und Anpassung (Berufswahl und Berufsschicksal) der Arbeiterschaft der geschlossenen Großindustrie » [Sélection et adaptation (choix et destins professionnels) des ouvriers de la grande industrie] où Weber s’intéresse aux différences induites par l’origine urbaine ou rurale (MWG I/11, p. 115).
[38]Pour une synthèse des débats contemporains, voir Schorn-Schütte, 1983.
[39]Cf. MWG I,3,2, p. 899 et 916.
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Verhandlungen (1910), p. 40 : « Was besteht ? Warum besteht...
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Voir maintenant pour les détails : Bastin (2002). Suite de la note...
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Käsler (1995), p. 217. Suite de la note...
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Ce qui changera au cours de la guerre : le Verein n’était p...
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Dans ses lettres de cette époque, Weber s’exprimait souvent...
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Pour l’enquête sur la presse voir : Hennis (1996), Kutsch (...
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Cf. Nau (1996), p. 48 sqq. et Gorges (1986), p. 394 sqq. Suite de la note...
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« Über die Produktivität der Volkswirtschaft », GASS, p. 41...
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Cf. également la remarque de Marianne Weber selon laquelle ...
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Cf. surtout : Schluchter (1980), Scaff (1984), Riesebrodt (...
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Depuis notamment la thèse de Wolfgang J. Mommsen, 1959 (tra...
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Louis Wirth (1938, p. 8) avait ajouté : « But even these ex...
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La Ville, p. 190, traduction modifiée. MWG I/22-5, p. 272. Suite de la note...
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Sur la démarche de Weber, voir aussi Mann, 2000 p. 166 sq. Suite de la note...
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Traduction HB, cf. La ville, p. 46. Suite de la note...
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