2003
SOCIÉTÉS CONTEMPORAINES
Cartographie et analyse ecologique quantitative de la pratique religieuse rurale et urbaine en france
Précisions historiques et questions de méthode
Jean-Paul Terrenoire
Laboratoire Printemps – UVSQ et CNRS 47, bd Vauban 78047 GUYANCOURT cedex
Dans les années soixante-dix, l’auteur était l’un des responsables d’une recherche collective qui réalisa une analyse écologique quantitative de plus d’un millier de circonscriptions à partir des données du recensement religieux effectué par l’Église catholique au
mi-temps de vingtième siècle et d’un ensemble de données politiques, économiques et démographiques collectées à la même période. Le but était de mettre au jour les facteurs contextuels déterminant le niveau de la pratique religieuse dans les villes et les cantons ruraux. Menant une réflexion sur les relations entre sociologie et géographie, il souligne la portée et les
limites heuristiques de la cartographie, donne des précisions historiques et soulève quelques
points de méthode.
Historical Context and Methodological Questions
In the seventies the author was one of the leaders of a collective research project
which undertook a quantitative ecological analysis of more than a thousand units in
France using the resources of the religious census made by the Catholic Church in
the middle of the twentieth century and the political, economic and demographic
data gathered in the same period. The purpose was to bring to light the contextual
determinants of religious practice in towns and rural areas. In this paper, the author
does not present the analysis undertaken at that time or their sociological conclusions which can be found in the texts published during and after the research.
Rather, he underlines the advantages and limits of cartography and makes some historical and methodological points. Throughout, he proposes a reflection on the relations between sociology and geography.
« On ne fait le tour des banalités nécessaires
qu’après un travail considérable. »
Pierre Louÿs, Le Roi Pausole
Dans les années soixante-dix, l’auteur était l’un des responsables d’une recherche collective qui réalisa une analyse écologique quantitative de plus d’un millier de
circonscriptions à partir des données du recensement religieux effectué par l’Église
catholique au mi-temps de vingtième siècle et d’un ensemble de données politiques,
économiques et démographiques collectées à la même période. Le but était de mettre
au jour les facteurs contextuels déterminant le niveau de la pratique religieuse dans
les villes et les cantons ruraux.
Le lecteur ne trouvera ici ni le compte rendu des analyses effectuées lors de la
recherche ni les conclusions sociologiques qui en ont été tirées. Il pourra les trouver
dans les publications de François-André Isambert et de Jean-Paul Terrenoire référencées au cours du texte ou dans la bibliographie finale.
Par contre seront exposées ci-dessous les circonstances et les conditions pratiques dans lesquelles la recherche s’est déroulée et, sous la forme d’un inventaire
établi pas à pas, les questions de méthode rencontrées à l’origine, dans le cours et au
terme du travail scientifique réalisé.
CIRCONSTANCES ET ENJEUX DU MOMENT
La Recherche coopérative sur programme (RCP 163 du CNRS)
Religion, politique et changement social dans la France contemporaine
[1] a débuté en 1968 et a pris
institutionnellement fin en 1971, son prolongement scientifique étant assuré par le
Groupe de sociologie des religions (EHESS et CNRS) jusqu’à la parution de l’
Atlas
de la pratique religieuse des catholiques en France en 1980. Placée dès le départ
sous la responsabilité de François-André Isambert à laquelle a été très rapidement
associé Jean-Paul Terrenoire, l’entreprise collective rassemblait des chercheurs et
des assistants de recherche venus de divers laboratoires de sociologie et de sciences
politiques. Ceux qui s’étaient engagés au départ relevaient de la sociologie des religions, de la sociologie rurale ou urbaine, des méthodes de l’analyse sociologique, de
l’étude de la vie politique française contemporaine, de la sociologie de l’Éducation
auxquels se sont joints des spécialistes de mathématique appliquée, d’impression et
de dessin. En fait, la RCP prenait la suite d’une opération de longue haleine engagée
en France, dès le début des années 30, par un universitaire, historien des instituions
ecclésiales et du droit canon, Gabriel Le Bras, et un curé de paroisse, spécialiste de
pastorale rurale, le chanoine Fernand Boulard, en vue d’établir une sociographie systématique de la pratique religieuse.
UNE PROBLEMATIQUE COMMUNE ?
Que pouvaient avoir en commun François-André Isambert et Fernand Boulard,
Antoine Haumont et Alain Lancelot, ou encore Marcel Jollivet et Raymond Boudon
[2] ? Sur le plan théorique et, partant, sur le plan méthodologique, pas grand
chose. Le partage d’une problématique
stricto sensu était, en effet, difficilement envisageable dans un collectif aussi disparate. Restait l’intérêt commun pour les études
comparatives rurales et urbaines et le croisement au gré de chacun des données statistiques disponibles qu’elles soient religieuses, électorales, économiques ou démographiques collectées dans un même espace de référence.
Au demeurant, tous avaient en tête, pour s’en inspirer ou pour les contester, les
thèses que André Siegfried avait développées dans sa géographie politique
[3], notamment la notion de
tempérament politique, expression de courants
stables caractérisant les départements, les cantons, et les communes qui « sous le Pays métaphysique des idéologies [traduisaient] l’infinie variété des
pays de France »
[4].
Par ailleurs, le
géographisme auquel avait cédé Gabriel Le Bras et la
géopastorale
[5] chère à Fernand Boulard qui dominaient la sociographie du catholicisme à ses
débuts
[6], et sur lesquels il faudra revenir, étaient largement tributaires des travaux de
Paul Vidal de la Blache pour qui l’étude du sol nous éclairerait sur le caractère, les
mœurs, les dispositions, voire les opinions des habitants du territoire considéré.
LES CHOIX PRIMITIFS DE L’INSTITUTION ECCLESIALE ET LEURS CONSEQUENCES
En fait, l’objectif premier de tous les participants de la RCP était de prendre en
charge et d’exploiter scientifiquement le fond extrêmement riche des statistiques de
la pratique cultuelle issues des recensements diocésains et des enquêtes urbaines
dont le chanoine Fernand Boulard, disciple de Gabriel Le Bras, s’était fait l’artisan.
Cette collecte à laquelle s’était livrée l’Église catholique en France depuis la fin des
années quarante jusqu’au début des années soixante-dix, avait pour but d’alerter les
cadres de l’institution ecclésiale, clercs et laïcs, sur l’état de la pratique religieuse.
La finalité de l’opération menée par les autorités catholiques était de disposer des
connaissances nécessaires à l’adaptation des pratiques pastorales, c’est-à-dire des
actions engagées dans le domaine spirituel par ceux qui en avaient la responsabilité
auprès des fidèles et plus largement des populations dans le cadre des circonscriptions ecclésiastiques (paroisses, doyennés, diocèses).
Ainsi, au sein de l’Église catholique, des clercs, pasteurs et lettrés ou des laïcs,
ont ressenti la nécessité de prendre la mesure objective d’un processus récessif dont
l’existence n’était niée par personne, mais dont la nature, l’ampleur, les causes et le
caractère définitif étaient discutés. Il fallait, selon eux, dresser un état aussi fidèle et
aussi précis que possible, et s’interroger sur les raisons qui conduisaient, ici, à observer des populations donnant publiquement le témoignage de leur attachement aux
pratiques cultuelles ordinaires ou exceptionnelles, ainsi qu’aux actes de dévotions
reconnus et, là, à voir d’autres populations s’éloigner des actes religieux traditionnels, rendre ainsi plus fragile leur appartenance confessionnelle et plus distendus
leurs liens avec la communauté ecclésiale. À l’extrême, le plus grand nombre ne
conservait avec l’Église qu’une relation épisodique par le biais des pratiques limnaires correspondant aux grands seuils de la vie civile ou à des pratiques festives liées
aux moments privilégiés du calendrier liturgique.
Sociologie ou géographie ?
Au départ de son entreprise sociographique, Gabriel Le Bras appelait de ses
vœux une géographie de la « vitalité » religieuse de la France. Il affirmait que toute
explication des pratiques et des croyances religieuses relevait, en un sens, de l’histoire, mais la science convoquée le plus souvent dans ses écrits était la géographie,
discipline qu’il situait dans une position intermédiaire entre la statistique et la socio-logie. Développé et prolongé par Fernand Boulard, ce géographisme qui pensait
prendre la mesure des forces et des faiblesses du catholicisme et en dégager les raisons à la seule vue des cartes déployées sous les yeux des responsables de l’Église,
marqua profondément les études sociographiques de la pratique religieuse des catholiques. L’héritage de Vidal de la Blache et de Siegfried n’était pas le seul à expliquer
le privilège accordé à la géographie, ce dernier découlait en réalité de la loi même de
l’objet « pratique religieuse » tel qu’il se présentait
[7]. De fait, hier comme aujourd’hui, l’organisation du catholicisme était avant tout territoriale, et les pratiques
susceptibles d’être saisies de manière objective, et d’être dénombrées avec la plus
grande précision, correspondaient, pour l’essentiel, aux obligations cultuelles et sacramentaires assumées publiquement dans le cadre de la paroisse. La Recherche
coopérative ne pouvait l’ignorer.
Au demeurant, sans se considérer comme héritière d’une tradition avec laquelle
elle devait néanmoins compter, elle instaurera avec elle une rupture méthodologique
et théorique, souhaitant dépasser la cartographie descriptive quelque peu rustique et
incertaine des débuts de la sociologie religieuse. En effet, il n’était pas possible
d’identifier le tout de la géographie avec ce qu’en retenaient dans leurs travaux les
promoteurs des études de la pratique religieuse en France. La RCP n’adoptera donc
pas le géographisme étroit et les perspectives limitées de la sociographie et de
l’historiographie qui lui étaient liées, elle préférera travailler dans le cadre des pratiques scientifiques plus exigeantes et plus ambitieuses de l’histoire et de la sociologie.
Il faut se souvenir que, dans les études catholiques de la pratique, se firent jour
deux conceptions, chacune élaborant sa démarche et construisant son objet à sa façon
[8] :
- l’une mettra l’accent sur une réalité territoriale où les pratiques observées seront celles de populations étudiées dans le cadre de circonscriptions ecclésiastiques
(diocèses, doyennés et paroisses) au principe de l’organisation locale des services
religieux et de la répartition géographique du clergé.
- l’autre mettra l’accent sur une réalité sociale
[9] où les pratiques seront celles de
milieux ou de classes, selon des actions missionnaires développées soit dans le cadre
de la paroisse, soit dans celui de mouvements laïques spécialisés disposant d’aumôniers à tous les niveaux de l’organisation.
Deux conceptions bien différentes en somme, mais partageant finalement une
même inquiétude quant à la pertinence des moyens jusqu’ici utilisés, et une même
interrogation sur le chemin à parcourir dans les différents domaines de la connaissance pour trouver les solutions adéquates. Pour l’une comme pour l’autre, le recours aux sciences sociales apparaissait donc, peu ou prou, comme un passage obligé, sans doute beaucoup plus marqué dans le domaine des méthodes et des techniques que dans celui de la théorie et de l’épistémologie.
En premier lieu, il fallait étudier la réalité avec toutes les garanties de rigueur et
d’indépendance que les sciences sociales pouvaient offrir
[10]; il fallait, ensuite, évaluer, à l’aune des connaissances acquises, les moyens jusqu’ici mis en oeuvre par la
pastorale, et trouver une solution rationnelle aux problèmes tels qu’ils avaient été
identifiés.
Les relations effectives ou implicites que les études conçues dans le cadre territorial ou dans le cadre social entretenaient avec l’univers des sciences sociales
n’étaient pas les mêmes. En schématisant à l’extrême, la sensibilité territoriale trouvait un terrain d’entente avec la géographie, alors que la sensibilité sociale s’orientait plutôt du côté de la sociologie. Certes, la réalité était souvent plus complexe, et
nombreux les cas d’exception où les rencontres et les fréquentations se révélaient
plus riches et moins exclusives. Mais les distinctions qui viennent d’être établies
semblent néanmoins justifiées dans leurs aspects essentiels pour l’ensemble des monographies et des recensements religieux de la période considérée.
La dimension territoriale privilégiée
À la différence des études d’un autre type, les études territoriales seront nettement privilégiées et connaîtront un développement considérable, puisque à peu près
tous les diocèses métropolitains feront l’objet d’un recensement, alors que les études
d’une autre nature seront bien moins nombreuses, de moindre extension et, partant,
de portée plus réduite. Une telle différence de traitement s’explique de diverses manières. Pour le succès des études territoriales, des raisons pratiques peuvent être
avancées, comme celles d’une mobilisation plus aisée des membres du clergé diocésain, et d’une accessibilité plus grande et moins coûteuse de la population paroissiale, notamment en milieu rural, et singulièrement dans les villages où tous les paroissiens sont connus du clergé. Pour ce qui est des recensements du même ordre en
milieu urbain, certains, comme Gabriel Le Bras, resteront longtemps sceptiques
quant à la possibilité de les réaliser en raison des difficultés de leur mise en œuvre
dans les villes moyennes, et surtout dans les grandes agglomérations, et les zones
industrielles, populaires, et ouvrières. Toutefois, ces difficultés seront partiellement
résolues, au début des années cinquante, grâce au choix d’une nouvelle technique de
recueil des données, le sondage dominical, conçue et expérimentée à Paris par Jacques Petit (1956).
Les raisons les plus déterminantes de la vogue des études territoriales tiennent
sans doute au privilège systématiquement accordé par l’Église catholique, dans une
perspective universaliste respectant l’ordre institutionnel, à l’aménagement relatif
des structures de la pastorale, et à l’adaptation de ses moyens, plutôt qu’au développement d’actions militantes visant tel ou tel milieu, notamment les plus « détachés »
d’entre eux, dans le cadre d’une prise en compte des particularités du mouvement
social, surtout quand la conduite de ces actions appelait une évolution marquée,
voire une transformation en profondeur, non seulement du langage mais aussi des
idées, des normes, et des valeurs de la religion enseignée et pratiquée.
Au départ de cette sociographie, il n’y avait pas, le plus souvent, de visée strictement scientifique car les promoteurs des recensements religieux pensaient généralement que la seule révélation des chiffres suffirait à la prise de conscience de
l’ampleur et de la nature des actions à mener, notamment auprès des baptisés qui
avaient abandonné toute pratique. Toutefois, Fernand Boulard, estima que le mieux
serait de léguer les données de la pratique religieuse au CNRS et à des laboratoires
compétents afin qu’ils les prennent en charge et en assurent un traitement systématique et approfondi. La RCP est donc née de cette nécessité, avec la volonté
d’harmoniser l’ensemble des statistiques religieuses après les avoir soumises à des
vérifications systématiques et approfondies de façon qu’elles se montrent aptes au
croisement avec les données d’économie et de démographie rurales collectées par
l’INSEE et rassemblées dans l’Atlas de la France rurale
[11], ou avec les données électorales de la période considérée, publiées par le Ministère de l’Intérieur et informatisées par les soins des politologues de l’Institut d’études politiques de Paris.
L’espace de référence
La distinction du rural et de l’urbain qui prévalait à l’époque aboutissait à établir
la ligne de partage entre les communes de moins ou de plus « de 2 000 habitants ag-glomérés au chef-lieu »
[12]. Ce qui conduisait, en première instance, à considérer
comme ruraux les cantons et les rares départements qui ne comptaient sur leur territoire que des communes rurales. Par ailleurs, les données civiles et religieuses disponibles considéraient comme rural un canton qui ne comptait pas de commune
d’une population supérieure ou égale à 20 000 habitants agglomérés au chef-lieu.
Seuil bien plus élevé que celui de la définition des communes rurales. De ce fait, la
Recherche coopérative a rencontré quelques situations paradoxales. Celle de Givors
par exemple, le chef-lieu du canton le plus méridional du département du Rhône qui
passait la barre des 20 000 habitants lorsque l’on prenait en compte la partie de son
agglomération située sur le versant oriental du département de l’Isère.. Dans de tels
cas, la Recherche coopérative, faute de moyens, n’eut donc pas d’autre choix que de
se conformer à une définition strictement administrative des unités écologiques,
d’usage classique dans la démographie de l’époque, mais sans réel fondement socio-logique. Au demeurant, l’adoption un temps envisagée d’un redécoupage selon les
régions rurales constituées à l’époque, était hors de toute portée pratique en raison
de la nécessité de reprendre dans ce nouvel espace de référence les données de
l’INSEE et celles, électorales, du Ministère de l’Intérieur fixées dans des limites
cantonales ou départementales qui ne coïncidaient pas avec celles des régions rurales. En dehors des rares cas d’espèce, le travail de la RCP ne pouvait donc s’engager
que si les données de diverses sources partageaient la même unité géographique. Les
données civiles étaient déjà rassemblées sur le plan communal, cantonal ou départemental. Quant aux données religieuses, grâce à l’organisation territoriale de
l’action de l’Église catholique, elles étaient distribuées sur une base similaire. En
effet, pour le rural et à quelques exceptions près, le diocèse correspondait au département, le doyenné au canton, et la paroisse à la commune
[13]. Exceptions : le diocèse
de Saint-Brieuc où les limites des doyennés et des cantons n’étaient pas les mêmes,
ou les deux départements de la Savoie découpés en quatre diocèses (Tarentaise,
Saint-Jean-de-Maurienne, Chambéry et Annecy).
Enfin, s’est posée la question difficile du choix de l’espace de référence. Fallait-il traiter les données dans un grand ensemble métropolitain
[14] fait de plus d’un millier de cantons ou bien en rester au niveau des départements
[15] ? La question a surgi
à l’occasion d’une comparaison entre la valeur des coefficients de corrélation établis
au niveau du département et celle des coefficients calculés dans l’ensemble des cantons traités tous départements confondus. Les relations statistiques se montraient
plus étroites et le coefficient de corrélation beaucoup plus élevé quand les calculs
restaient dans le cadre départemental. Une observation que l’on retrouve dans les
études électorales plus récentes. Quoi qu’il en soit, ce constat a incité à la réflexion,
mais les chercheurs de la RCP n’étaient malheureusement pas suffisamment armés
pour en livrer toutes les raisons. Là encore, les travaux accomplis comptaient sur le
relais que pouvaient prendre les bons connaisseurs des réalités départementales.
COMPLEMENTS CARTOGRAPHIQUES
Il fallait partir, d’une part, des recensements religieux disponibles
[16] et, d’autre
part, dans les cas où ces derniers venaient à manquer (Eure, Haute-Vienne, Moselle,
Meurthe-et-Moselle, Grande couronne de Paris, Haute-Garonne, partie orientale de
la Savoie, ainsi que quelques cantons ici ou là) il était nécessaire de se fonder sur
des estimations calculées d’après l’équation de la droite d’ajustement de la régression mobilisant les variables électorales ou socioprofessionnelles qui s’étaient révélées explicatives sur le plan statistique, autrement dit fortement liées au niveau de la
pratique religieuse
[17]. Ainsi furent comblés les souhaits émis près d’un demi-siècle
auparavant par les promoteurs de la sociologie religieuse.
Mais, très rapidement, la Recherche coopérative n’envisagea l’usage des cartes
que dans une perspective strictement heuristique, pour faciliter la découverte
[18]. Elle
n’eut pas l’intention d’aboutir à une cartographie systématique et purement descriptive, elle n’imagina pas
a fortiori faire d’un atlas le point d’orgue de ses travaux.
Tout au plus, forgea-t-elle des outils cartographiques pour son propre usage dont des
exemples se retrouvent dans les publications de François-André Isambert et de Jean-Paul Terrenoire. Mais si l’Atlas de la pratique fut un produit dérivé, proposé par les
éditions de la Fondation nationale des sciences politiques, ce fut pour la plus grande
satisfaction de la RCP Pour elle, cette publication prestigieuse n’eut pas une simple
portée symbolique, mais ouvrit la possibilité de développer et d’affiner des analyses
grâce à plusieurs types de comparaisons : d’une part des cartes prises en elles-mêmes (comparaison des unités ou des régions à l’intérieur d’une même planche) ;
d’autre part des cartes confrontées entre elles ; enfin des cartes mises en regard des
graphiques correspondants.
L’ascèse cartographique
Contrairement à certaines habitudes prises en géographie ou en histoire où les
cartes voient s’accumuler sur une même planche une foison de données parfois disparates
[19] au prix d’une lisibilité hasardeuse et une difficulté majeure pour toute entreprise comparative, la RCP avait pris un parti simple, à savoir : une donnée, une
carte.
FIGURE 1
PROPORTION DE VOTES DE DROIT AUX ELECTIONS PRESIDENTIELLES DE 1974,
carte 6.04, p. 170 in F. Isambert et J.-P. Terrenoire, Atlas de la pratique religieuse des catholi-
FIGURE 2
PROPORTION DE MESSALISANTS DANS LES CANTONS RURAUX
FIGURE 2
PROPORTION DE MESSALISANTS DANS LES CANTONS RURAUX
Sources : carte 6.01, p. 170 in F. Isambert et J.-P. Terrenoire, Atlas de la pratique religieuse des catholi
ques en France, Paris, 1980, Presses de la FNSP et Éditions du CNRS.
carte 6.01, p. 170 in F. Isambert et J.-P. Terrenoire, Atlas de la pratique religieuse des catholi
La question difficile a été de trancher entre la part dévolue dans l’Atlas aux tableaux statistiques, aux cartes et aux graphiques. En effet, la Recherche coopérative
tenait à offrir aux chercheurs en sciences de l’homme et de la société un véritable
instrument de travail et pas simplement un compendium de connaissances acquises.
D’où l’importance consacrée aux tableaux chiffrés au détriment du reste. D’autre
part, l’éditeur et son équipe technique avaient trouvé intéressante l’idée de publier
des cartes régionales alors que les auteurs de l’Atlas n’y tenaient guère en raison des
graves lacunes que la plupart d’entre elles présentaient.
Comparaisons géographiques
Plusieurs exemples suscitent la réflexion. Le premier, que la Recherche coopérative s’est contentée de signaler, est celui de la parenté de la carte départementale des
pascalisants avec celle de l’âge de la mère à la naissance de leur enfant
[20]. Les similarités dans la distribution des valeurs départementales étaient, en effet, assez grandes. Le constat avait été fait dans d’autres circonstances par Hervé Le Bras
[21]. Mais
les questions, qui venaient à l’esprit pour expliquer cette parenté cartographique à
savoir la conception nataliste traditionnelle des autorités catholiques, le poids dans
les populations pratiquantes des catégories détentrices d’un important patrimoine,
(gros agriculteurs exploitants, professions libérales), … sont restées dans l’immédiat
sans réponse élaborée faute de disposer, au-delà du département ou à un niveau plus
fin, des valeurs susceptibles d’être croisées. Ajouté à cela le fait, observé ailleurs,
que les grandes masses départementales cachaient des variations intradépartementales considérables, ce qui invitait à aller au plus près, du moins si la possibilité était
donnée. La RCP se résolut donc à n’ouvrir alors qu’une piste de réflexion pour des
héritiers démographes ou géographes, mieux armés pour en juger.
Un second exemple fut celui de la répartition géographique du rigorisme sacramentaire découlant de la Contre Réforme comparée à celle de la diffusion du jansénisme (cf. supra, fig. 1 et 2, § Les catégories de la pratique religieuse ).
Le troisième est illustré par les deux cartes reproduites ici (fig. 1 et 2) qui montrent bien la parenté étroite qui s’établit entre géographie politique de la droite aux
présidentielles 1974 (voix Giscard d’Estaing) et celle de la pratique cultuelle (messalisants ruraux)
[22].
Des vertus de la cartographie
Telles qu’elles apparurent aux chercheurs de la Recherche coopérative, les cartes
avaient plusieurs mérites. En sollicitant la mémoire visuelle, elles stimulaient
l’imagination et facilitaient les comparaisons qu’elles soient internes ou externes.
Ainsi, à l’occasion de la comparaison à l’intérieur d’une même carte de la distribution d’une même variable : zones où les valeurs sont élevées ; zones où elles sont
faibles ; leurs contiguïtés ou discontiguïtés, les constats renvoyaient à des interrogations multiples sur les raisons des différences régionales ou locales. Par exemple, on
pouvait s’interroger sur la signification des variables cultuelles cartographiées :
était-elle la même dans le pays de Léon (Finistère) ou dans le sud-ouest des Pyrénées atlantiques ? dans les années cinquante ou dans les années soixante ? dans les
régions très pratiquantes (Vendée) ou dans celles que Fernand Boulard et Gabriel Le
Bras qualifiaient de « pays de mission » (Limousin) ?
Une vertu, et pas des moindres, de la cartographie, était d’éviter aux chercheurs
de s’enfermer dans le formalisme mathématique et de les rappeler aux vérités du terrain. Aujourd’hui, l’abandon de la pratique religieuse s’observe partout, chez les
femmes comme chez les hommes, mais il se double d’un phénomène lié aux migrations dominicales, notamment dans les grandes agglomérations : chacun choisissant
à la carte les conditions et les lieux de sa pratique. Pour des raisons qui ne tiennent
pas nécessairement à la proximité, chacun élit sa paroisse comme son supermarché,
ce qui bouscule sérieusement les critères habituels de la géographie religieuse.
Surdétermination régionale ?
Les travaux de la Recherche coopérative aboutissaient à contester fortement la
thèse de Fernand Boulard d’une surdétermination régionale de la pratique religieuse
de nature culturelle, clé, selon lui, de l’efficacité de l’action pastorale
[23]. Certes cela
n’allait pas jusqu’à mettre en cause une certaine détermination spatiale, mais en dépassant la simple quête des espaces de référence adéquats, en définissant de vastes
ensembles non plus selon la contiguïté de leurs éléments constitutifs, mais selon le
partage de traits communs, ces travaux révoquaient en doute le privilège accordé à
l’explication strictement géographique. Pour ce faire, la RCP construisit des unités
qui ne participaient de la géographie que par le biais des unités de base insécables,
cantons ruraux, qu’elles agrégea par centaines. L’espace de référence n’était plus
alors une circonscription territoriale, c’est-à-dire une unité classique de l’espace
géographique, mais un univers
dématérialisé, du moins en partie, un
hyperespace au
sens mathématique du terme, dont les dimensions n’étaient plus physiques, mais
démographiques, économiques et politiques.
Il y avait donc rupture avec la sociologie antérieure. L’espace de référence était
alors un ensemble dynamique à partir du moment où il était fondé sur des valeurs
soumises à variation. Dans ces conditions, la cartographie n’était plus exclusivement, ni même principalement, le moyen de dresser un état de la pratique religieuse,
de son évolution et de ses rapports avec le contexte social et économique. Elle devenait un outil au service de l’analyse statistique et sociologique, utile pour valider certaines hypothèses, en suggérer d’autres, et l’Atlas qui en présentait l’essentiel ne relevait plus d’une conception traditionnelle de la géographie, déjà récusée par la plupart des spécialistes de cette discipline, même si, ce faisant, n’était pas écarté le risque d’une certaine abstraction.
Les cartes et les autres moyens graphiques
La cartographie devait être replacée dans l’ensemble des instruments : tableaux,
graphiques et cartes. Ainsi, dans l’étude de la relation entre la pratique religieuse et
les pratiques électorales
[24] ou économiques
[25] : la cartographie des écarts à la régression permit grosso modo l’identification des cantons qui s’écartaient le plus du modèle linéaire dans les nuages de points
[26]. Un modèle strictement linéaire qui fut, par
ailleurs, contesté de deux façons, d’une part par François-André Isambert qui pu enrichir l’explication statistique contextuelle du niveau des pratiques religieuses par le
biais d’ajustements curvilignes
[27] et, d’autre part, par Jean-Paul Terrenoire qui avança l’hypothèse d’effets de seuil
[28] en deçà desquels la relation linéaire entre variables
contextuelles indépendantes et variables religieuses dépendantes ne serait plus observée. Mais la vision globale fournie par les graphiques était difficilement atteinte
par le biais de ces cartes très lacunaires. Néanmoins, dans le cas des pratiques électorales ou du contexte économique, les plus grands écarts au modèle se situaient généralement dans les régions relativement les plus pratiquantes telles que le Grand
Ouest, le sud du Massif Central, les monts du Forez, les départements du Doubs, des
Vosges, des Ardennes, et du Pas-de-Calais, etc. Sous réserve de dresser le bilan des
exceptions, tout se passait comme si, dans ces régions, le fort ancrage des traditions
religieuses acquises de longue date, neutralisait en quelque sorte le poids des réalités
politiques ou économiques du moment.
Toutefois, une telle conclusion pouvait apparaître comme simpliste dans certains
cas. Ainsi, les relations entre la pratique dominicale et le poids des voix communistes dans les Côtes-du-Nord et dans le Nord-Pas-de-Calais telles qu’il était possible
de les analyser par le biais des cartes
[29] ou des graphiques
[30] ne semblaient pas se
justifier par le poids de traditions religieuses anciennes. En effet, il faut se souvenir
des observations faites par Gabriel Le Bras sur le terrain breton, quand, à propos de
la dissonance rituelle qui s’établissait entre pêcheurs et goémoniers, les uns petits
patrons, les autres simples ouvriers, il insistait sur la nécessité de prendre en compte
non seulement les appartenances socioprofessionnelles mais aussi la nature de
l’activité économique.
Géographisme ? Culturalisme ?
Les chercheurs de la Recherche coopérative, et singulièrement l’auteur de ces lignes, se montrèrent sur le moment relativement silencieux sur la question du géographisme qui marqua les débuts de l’étude de la pratique religieuse et qui fut reproché à Gabriel Le Bras et à ses disciples. Bien que cela s’avéra nécessaire, il ne suffisait pas de condamner la notion de régions culturelles
[31] forgée par Fernand Boulard
en raison de son substantialisme et du privilège accordé aux facteurs strictement
culturels. Dominée par sa volonté de s’en démarquer, centrée sur les questions de
méthode et trop dépendante de traitements statistiques favorisant l’abstraction, il
faut constater qu’au cours de sa brève carrière – ce fut différent par la suite -, la Recherche coopérative n’élabora pas suffisamment dans le domaine de la théorie même
si, comme en témoignent les écrits de F.-A. Isambert et de J.-P. Terrenoire publiés
en amont et en aval de l’
Atlas, elle se tint strictement à l’écart d’une approche
empiriciste
[32], autrement dit de la tentation de ne s’en tenir qu’aux seules données empiriques, parti pris que le présent bilan tel qu’il est mené ici pourrait laisser craindre.
Sans doute, la RCP n’approfondit pas suffisamment le rôle déterminant des données
concrètes de l’espace et de l’environnement dans la dynamique et dans l’évolution
de son objet. Pour qu’il en fut autrement, il aurait fallu se souvenir de cette évidence
que les réalités matérielles, qu’elles soient physiques ou biologiques, pèsent de tout
leur poids dans l’évolution des pratiques sociales sur longue période
[33].
En effet, il n’y avait aucune raison sérieuse de penser que la pratique religieuse,
et plus généralement la religion, pouvaient échapper peu ou prou à la raison géographique. Le diagnostic des apports de la RCP et, plus généralement, du vaste ensemble des monographies, des sondages et des recensements religieux qui l’avait précédée, établi il y a plus de six ans, est là pour le prouver
[34].
L’ANALYSE ECOLOGIQUE QUANTITATIVE
LES DONNEES RELIGIEUSES
Les moyens de leur collecte
Les statistiques de la pratique cultuelle étaient issues de trois modes de collecte qui ont varié dans le temps ou selon la nature des circonscriptions étudiées :
- les recensements ruraux diocésains, effectués par le clergé paroissial et des
laïcs volontaires, étaient des relevés nominatifs indiquant, pour chacune des personnes, catholique ou d’ascendance catholique, les pratiques cultuelles et les actes religieux qui pouvaient lui être notoirement rapportés (Pâques, messe dominicale,
messe aux grandes fêtes et communion hebdomadaire) ;
- les sondages dominicaux urbains, effectués également dans le cadre paroissial, étaient le recueil de questionnaires remplis sous forme de fiches, un dimanche
ordinaire de l’année liturgique, par toutes les personnes présentes ce jour-là à la
messe
[35].
- les visites pastorales. Dans le cas où ni le recensement rural, ni le sondage urbain n’avaient été effectués, la Recherche coopérative a eu recours à des données
recueillies à l’occasion de la visite périodique des paroisses de son diocèse par
l’évêque qui demandait au clergé paroissial de lui dresser le bilan de la « vitalité religieuse » sur le plan local. Ce bilan, souvent chiffré, avait le mérite d’exister, même
si son extension et sa fiabilité ne soutenaient pas la comparaison avec les recensements ruraux diocésains ou les sondages dominicaux urbains, et si ses critères ou ses
classifications éminemment variables rendaient les comparaisons délicates.
Dans la plupart des cas, les pratiquants ruraux et urbains pouvaient être répartis
selon le sexe, l’âge, et l’activité professionnelle. Mais, le questionnaire urbain, plus
détaillé, offrait la possibilité supplémentaire de ventiler les répondants selon le lieu
de naissance, la situation de famille, la nationalité, et le niveau d’instruction.
Les catégories de la pratique religieuse
Pour des raisons pratiques, la RCP n’ayant pas pu forger ses propres catégories,
avait hérité de celles qui découlaient des obligations canoniques définies par l’Église
catholique. Tout au plus avait-elle pu homogénéiser la terminologie en la matière en
pérennisant certaines dénominations en usage dans les premières études de la pratique (baptisés, catéchisés, pascalisants et messalisants) et en introduisant de nouvelles appellations (cénalisants, festalisants, catégories désignant respectivement le recours régulier à la communion et l’assistance aux grandes fêtes du calendrier liturgique)
[36].. En fonction des obligations canoniques plus ou moins prégnantes, les recenseurs s’attendaient à ce que les effectifs de ces différentes populations, à l’exception des festalisants, s’ordonnent dans un ordre décroissant tel que : baptisés, catéchisés, pascalisants, messalisants, cénalisants. Toutefois, cette hiérarchisation toute
théorique se trouvera parfois invalidée. Il sera nécessaire d’y revenir.
Au-delà de la statistique descriptive, c’est à dire de l’établissement des tableaux,
les analyses sociologiques les plus élaborées conduites par la Recherche coopérative
s’en sont tenues aux principales catégories de la pratique cultuelle c’est-à-dire aux
pascalisants, aux messalisants et aux cénalisants.
Sans doute, dès le début des recherches sociographiques, le doyen Le Bras avait
le sentiment qu’il fallait aller regarder de très près, sur le terrain, pour savoir ce que
les gens mettaient derrière leurs actes. Au delà du caractère intangible que toute religion reconnaît aux obligations qu’elle énonce, la signification pour les fidèles des
diverses pratiques cultuelles a connu des variations notoires dans le temps comme
dans l’espace, ce qui posera aux chercheurs de la RCP quelques questions de méthode.
Par ailleurs, les techniques de recensement furent à l’origine de difficultés. Ainsi,
dans le cas des recensements urbains, les personnes présentes à l’église lors des opérations du sondage dominical pouvaient être des habitués – des messalisants –, ou
bien des personnes présentes ce jour là, à titre exceptionnel pour des raisons parfois
étrangères à toute pratique religieuse. Le questionnaire ne permettant pas de les différencier, tous les décomptés urbains furent en conséquence rassemblés sous l’appellation de messés, une catégorie hybride faite en grande majorité de messalisants
auxquels s’ajoutaient quelques participants fortuits.
Quant aux pratiques cultuelles, la RCP a pu s’affranchir partiellement des rigidités de la catégorisation institutionnelle. En effet, en plus d’établir pour chacune des
unités, pour chacune des catégories d’âge, de sexe ou d’activité, la pratique en niveau, c’est à dire de fixer le pourcentage de pascalisants, de messalisants ou de cénalisants, furent mesurés des écarts relatifs entre ces différentes variables pour caractériser d’éventuelles dissonances rituelles observées jusqu’ici à très petite échelle ou
totalement ignorées. Ces écarts vis à vis du modèle institutionnel de l’observance
religieuse étaient susceptibles de faire apparaître une relative prise de distance des
pratiquants vis à vis des obligations canoniques et l’esquisse d’un détachement ultérieur plus prononcé.
L’un des écarts qui retint notre attention s’établissait entre le pourcentage de
messalisants et celui de pascalisants. À cette occasion, apparaissait dans les cantons
ruraux des messalisants n’ayant pas fait leurs Pâques, une catégorie non prévue dans
la classification établie. Sa répartition géographique se révélait des plus intéressantes
car elle était proche de la diffusion en France, trois siècles auparavant, du jansénisme et de son corrélat, le rigorisme sacramentaire c’est-à-dire la réserve des fidèles
vis à vis des obligations pascales (confession et communion annuelles).
[37].
Pour étudier en détail la signification des pratiques cultuelles, il aurait fallu disposer d’une collecte tout en finesse que seule une démarche ethnographique, voire
même, dans certains cas, éthologique
[38], pouvait apporter. De plus il fallait le faire
sur l’ensemble du territoire métropolitain. Ce qui ne fut le cas que très partiellement.
Ainsi, fut rendue délicate toute généralisation à partir d’elles. En dépit des instructions données par Fernand Boulard aux diocèses responsables de la collecte des informations, les données religieuses, contrairement aux données civiles, présenteront
des lacunes et un degré très variable de cohérence, de fiabilité, de finesse et
d’élaboration, ce qui condamnera la Recherche coopérative à un travail d’épurement
considérable, avec pour conséquence de retarder le début de l’exploitation, de freiner
le développement des études les plus fines, et de limiter au tiers de la France rurale
métropolitaine
[39] les analyses statistiques les plus élaborées. Ce repli sur une partie
de l’hexagone et le lancement retardé des opérations en raison, notamment, de
l’étalement sur plusieurs années de la mise à disposition des données religieuses, découragèrent la majeure partie des concours scientifiques et techniques qui avaient été
rassemblés à l’origine et réduisirent l’éventail des disciplines convoquées. Les quelques acteurs du Groupe de sociologie des religions se retrouvèrent ainsi au cœur
d’un cercle très restreint de politologues et de statisticiens obstinés disposant de
moyens sans rapport avec les ambitions affichées au départ. Inconvénient : une réduction drastique de la pluridisciplinarité originelle, avantage : une cohérence plus
affirmée de la problématique commune et de la démarche.
LES DONNEES CIVILES
Qu’elles soient économiques (niveau de la mécanisation agricole, population ouvrière ou agricole, structure de la population active), démographiques (taille de la
population, excédent naturel, solde migratoire, densité de la population, proportion
de personnes âgées, …) ou politiques (voix gaullistes à l’intérieur du vote de droite,
voix de la gauche non communiste à l’intérieur du vote de gauche, profil électoral
des cantons), les données civiles héritées pour l’essentiel de l’Atlas de la France rurale, des fascicules des recensements de 1954 et de 1962 édités par l’INSEE ou des
tableaux des résultats des élections législatives publiés par le Ministère de
l’Intérieur, firent l’objet des croisements avec le niveau de la pratique cultuelle ainsi
que d’analyses d’interaction. Croisements et interactions donnèrent lieu à des représentions graphiques, mais eurent peu de traduction cartographique compte tenu du
caractère très parcellaire de la couverture métropolitaine des données exploitables.
La population civile de référence
Nécessaire pour calculer la proportion des pratiquants, la définition de la population civile avait connu des variations selon les diocèses recensés. En effet, la RCP
avait trouvé des bases démographiques différentes et des tranches d’âge disparates.
Il lui fallut user des tables de conversion élaborées par le chanoine Boulard et les
responsables diocésains, sans pouvoir établir leur validité en toute rigueur. Au demeurant, les recensements qui s’écartaient de la norme généralement retenue étaient
peu nombreux. Pour l’essentiel, la RCP a donc pris en compte les adultes âgés de
vingt ans et plus.
Comme cela a déjà été noté, des lacunes d’importance variable ont été observées
tant pour les recensements ruraux que pour les sondages urbains. Ainsi tous les cantons d’un département n’étaient pas au rendez-vous, certains cantons avaient été recensés partiellement, sans leur chef-lieu ou certaines de leurs communes, les villes
ou agglomérations présentaient parfois une couverture incomplète ou une définition
particulière sans que la Recherche coopérative soit en état de prendre la mesure
exacte des carences observées. La précaution a donc été prise de ne pas calculer des
valeurs départementales qui, la plupart du temps, n’auraient eu aucun sens vu le caractère partiel des agrégations cantonales dans ce cadre, et d’écarter des traitements
les plus élaborés les unités écologiques dont la population recensée se trouvait inférieure à soixante pour cent de la population civile de référence.
Les catégories socioprofessionnelles
Soucieux de préserver la liberté d’appréciation des diocèses en la matière, le
chanoine Boulard avait établi pour les recensements ruraux une fiche récapitulative
type qui prévoyait la répartition de la population active selon les catégories socio-professionnelles de l’INSEE mais en prévoyant des cases blanches intermédiaires
pour ménager une classification plus fine.
Malheureusement les diocèses introduisirent des catégories aux appellations non
contrôlées – « petite bourgeoisie non agricole », par exemple – qui ne correspondaient pas à une subdivision des catégories habituelles et dont il était difficile de déterminer avec exactitude à quoi elles correspondaient. Sans pouvoir toujours éviter
les approximations, la RCP dut faire un travail considérable de réduction, passant de
plus de quatre-vingt dix appellations « indigènes » aux neuf groupes socioprofessionnels de la nomenclature officielle, le travail d’assimilation se faisant à partir des
documents diocésains élaborés lors de la préparation des recensements religieux et
distribués sous forme de consigne aux recenseurs.
Quant à la notion de structure de la population active (cf. infra, variables composites) forgée par les chercheurs de la Recherche coopérative, elle correspondait, dans
l’analyse de variance, au traitement simultané en tant que variables indépendantes
du poids respectif des différents groupes socioprofessionnels dans la population active. Cette donnée structurelle permettait de prendre en compte la répartition de la
population active dans son ensemble plutôt que celle obtenue par le biais d’une dichotomie grossière à partir de l’une de ses composantes (pourcentage des ouvriers
versus pourcentage des autres catégories). Et d’en analyser les effets contextuels sur
le niveau de la pratique cultuelle.
CONDITIONS DU CROISEMENT DES DONNEES CIVILES ET RELIGIEUSES
À propos des unités agrégatives
La conduite de l’analyse écologique quantitative impliquait de considérer les
unités statistiques
[40], c’est à dire les circonscriptions, comme des réalités collectives.
Avait-on le droit de faire des opérations classiques d’analyse de variance, de corrélations, ou d’interaction avec comme unités des agrégations de population
? Dans
l’affirmative, pouvait-on postuler que l’unité ainsi constituée conservait une certaine
homogénéité pendant la période historique considérée ? Il est évident que répondre
oui à ces deux questions relevait du pari et pouvait être contesté, mais en même
temps il n’était pas envisageable de se priver de ce moyen, sous réserve, évidemment, de prendre de grandes précautions au niveau du traitement d’abord, de
l’analyse ensuite, enfin des conclusions.
Synchronie et diachronie
Les décomptes susceptibles d’un traitement systématique s’échelonnaient, pour
le rural, de 1941 (Diocèse de Bordeaux) à 1966 (Diocèse de Clermont-Ferrand) et,
pour l’urbain, de 1947 (Ville de Hyères, diocèse de Fréjus et Toulon, …) à 1970
(Agglomération de Saint-Nazaire, diocèse de Nantes,…). Toutefois, qu’il s’agisse
du rural ou de l’urbain, l’essentiel des données scientifiquement exploitables se situait entre les deux recensements civils de 1954 et de 1962. Là encore, cet étalement
temporel des données rassemblées a fait difficulté non seulement sur le plan pratique
mais aussi sur le plan méthodologique (cf. infra).
Pouvait-on assimiler la période tout entière à l’année médiane ? Autrement dit,
les données réunies en 1954, celles collectées en 1962, ainsi que celles rassemblées
entre ces deux dates pouvaient-elles être considérées comme contemporaines ?
Considérant la lenteur des évolutions en matière religieuse, l’hypothèse n’était pas
absurde. Toutefois, fallait-il en avoir une validation empirique ? Celle-ci fut acquise
lors de la comparaison des statistiques religieuses de deux grands ensembles cantonaux, celui recensé au milieu des années cinquante, l’autre au début des années
soixante. Il apparut que rien ne permettait de les considérer comme différents
[41].
Pratique des groupes socioprofessionnels
Il fallut regretter que les différences de pratique entre les trois catégories
d’agriculteurs exploitants – les petits, les moyens et les gros – qui s’avéraient notables, n’aient pu être exploitées au-delà d’une statistique purement descriptive en raison de l’absence, à l’époque, dans les données civiles, d’une distinction équivalente
des exploitations. Les petits exploitants agricoles, la catégorie la moins pratiquante,
se différenciaient peu, à cet égard, voire pas du tout, des employés ou des ouvriers,
alors que les gros agriculteurs exploitants, la catégorie la plus pratiquante, se situaient au-dessus des cadres supérieurs.
Pour ce qui concerne la population ouvrière, les études avaient fait apparaître, au
niveau religieux, des taux de pratique relativement élevés en Bretagne et jusqu’à
Nantes. Or en regardant les choses d’un peu près, les ouvriers sur lesquels les analyses portaient, n’étaient pas n’importe lesquels. Il s’agissait en général d’anciens
agriculteurs qui avaient conservé une activité agricole à côté de leur travail d’ouvrier
en entreprise. Leur statut social était donc tout à fait particulier. D’autre part, lorsqu’ils étaient interrogés, ces ouvriers reconnaissaient que leur condition ouvrière
leur apparaissait comme transitoire. Ils rêvaient de se mettre à leur compte. Par certains côtés, ils appartenaient donc au monde de la petite bourgeoisie rurale, et d’un
autre côté, comme salariés dans l’industrie, ils étaient en plein dans le monde ouvrier.
[42] Il n’était donc pas surprenant que leur pratique religieuse s’établisse, grosso
modo, à mi-chemin de celle que l’on observait dans ces deux populations.
Refus d’une approche substantialiste des unités écologiques
Les études catholiques de la pratique religieuse, comme cela a été souligné, avait
pris l’habitude d’approcher la réalité géographique sous une forme substantialiste
mettant l’accent sur ce qu’il y a de permanent dans les choses qui changent et à ne
les considérer n’existant que par elles-mêmes.
. Chose totalement récusée par les chercheurs de la RCP Ainsi, il n’était plus
question de parler des « ouvriers » ou des « agriculteurs exploitants » quand il
s’agissait non pas d’effectifs renvoyant aux populations éponymes, mais de pourcentages, c’est-à-dire du poids, de la part, de ces catégories dans la population active.
Enfin, il n’était plus possible d’affirmer tout uniment que les relations du territoire –
dans sa réalité humaine comme dans sa réalité physique – et les pratiques religieuses
pouvaient se résumer dans les formules lapidaires chères à Gabriel Le Bras ou à
Fernand Boulard telles que « le blé est pratiquant », « la vigne est non pratiquante « .
Variables composites et déréification
La tendance à réifier les variables n’était pas l’apanage des seuls artisans de la
sociographie religieuse, elle s’observait fréquemment ailleurs dans de nombreux
domaines de la sociologie quantitative, notamment quand il s’agissait des variables
électorales ou socioprofessionnelles. En effet, le raisonnement passait sans coup férir de la part que telle ou telle catégorie – les voix communistes ou les agriculteurs –
prenait dans l’ensemble des inscrits ou dans la population active, à la population correspondante. Ainsi, en considérant le pourcentage des suffrages gaullistes, le commentaire faisait directement référence aux électeurs proprement dits, quand il
s’agissait du pourcentage des ouvriers, le commentaire évoquait la population ouvrière, oubliant dans chaque cas que le pourcentage considéré était le complément à
100 du pourcentage des non gaullistes ou des non ouvriers ! Autrement dit, l’analyse
traditionnelle, non seulement se révélait réifiante, mais ne s’intéressait qu’à l’un des
termes d’une taxinomie simpliste à deux entrées. La Recherche coopérative, tenant à
se démarquer d’une telle réification et à ne pas s’enfermer dans une taxinomie électorale ou socioprofessionnelle aussi frustre, pensa plus intéressant de s’appuyer sur
la taxinomie la plus élaborée des résultats électoraux ou des groupes socioprofessionnels, à la prendre en tant que telle dans ses analyses et, de plus, à raisonner correctement à partir d’elle. C’est ainsi qu’ont été forgés deux variables « composites » :
- le profil électoral des cantons qui, dans une corrélation multiple, rassemblait,
comme variables indépendantes, le pourcentage des abstentions, celui des voix de
droite (Radicaux de droite, Gaullistes de gauche, UNR, MRP, modérés, extrême
droite), enfin celui des voix communistes. Ce parti pris eu quelques résultats spectaculaires, le coefficient de corrélation du profil électoral avec le niveau de la pratique
dominicale s’établissant toujours, et parfois très largement, au-dessus des coefficients correspondants quand il ne s’agissait que d’une variable isolée comme le
pourcentage de voix de droite
[43].
- la structure de la population active qui, dans le même type d’analyse de variance, prenait comme variables indépendantes l’ensemble des pourcentages des
groupes socioprofessionnels, avec des résultats similaires : le coefficient de corrélation multiple s’établissant plus haut que dans le cas d’une catégorie prise isolément
[44].
Les graphiques se montrèrent, dans les deux cas, beaucoup plus parlants que les
cartes en raison, notamment, du caractère lacunaire des planches consacrées aux
cantons ruraux. Enfin, l’analyse d’interaction qui consiste à noter les variations des
coefficients de corrélations dont il vient d’être question selon les quintiles de variables économiques ou démographiques prises comme variables contextuelles (mécanisation agricole, densité de la population, excédent naturel, proportion des personnes âgées) confirmèrent, de façon parfois spectaculaire, les propriétés des deux variables composites. Ainsi, la mise en œuvre de variables contextuelles dans l’analyse
d’interaction, représentait un nouveau moyen pour s’émanciper de l’approche géographique traditionnelle de la pratique religieuse.
L’année 1980 fut non seulement le terme d’une ambitieuse recherche coopérative mais également la fin d’une époque. En effet, l’Église catholique n’avait plus
les moyens de rééditer les opérations de recensement réalisées à grande échelle sous
sa responsabilité pour la première fois au mi-temps du dernier siècle. D’autre part,
elle ne ressentait, sans doute, plus la nécessité d’un bilan de cette envergure, au
moment où son emprise et son influence s’amenuisaient et, surtout, changeaient de
nature : la conception chrétienne du monde se faisant de plus en plus éthique
[45], la
pratique cultuelle voyant évoluer ses formes et ses contenus, ainsi que les obligations ou les significations qui leur étaient traditionnellement associées.
Dans la société d’aujourd’hui, plus libérale que jamais, qui poussait la recherche
à adopter dans tous les domaines le paradigme de l’individualisme sur le plan théorique comme sur le plan méthodologique, l’abandon de la raison géographique et de
la raison sociologique était inévitable. Corrélativement, les sciences sociales quant à
elles en venaient à accorder un privilège aux études qualitatives. Lorsque, exceptionnellement, le quantitatif était mis à contribution, la méthode adoptait l’analyse
factorielle plutôt que l’analyse de régression, et le chercheur délaissait les populations, pour ne s’intéresser qu’aux échantillons. Dans le même temps, la sociologie,
semblant oublier les leçons de Durkheim, et son refus de toute conception strictement intellectualiste des conduites, négligeait quelque peu les pratiques et faisait la
part belle aux constructions symboliques, aux croyances et aux opinions. À la fin de
la période, la donne était donc nouvelle à tout point de vue, et la sociologie des pratiques religieuses amenée à reconsidérer les bases sur lesquelles elle s’était construite. Désormais, la descendance de l’Atlas et le sort de la géographie de la pratique
religieuse n’étaient plus assurés.
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[1]
Cf. François-André Isambert et Jean-Paul Terrenoire.
Atlas de la pratique religieuse…, 1980 (ouvrage qui sera désigné désormais cursivement sous le terme de
Atlas ).
[2]
Voir la liste de ceux qui ont participé aux travaux de la RCP dans
Atlas…,
op. cit., 11.
[3]
Cf. André Siegfried, 1913.
[5]
Néologisme utile pour qualifier la conception de l’action que se faisait F. Boulard.
[6]
Cf. Jean-Paul Terrenoire, 1994.
[7]
Cf. Isambert, 1956.
[8]
Voir, à ce sujet, les développements de J.-P. Terrenoire (1994).
[9]
Comme en témoigne la monographie lyonnaise de Émile Pin (1956).
[10]
Jacques Maître (1972) a dressé un panorama assez complet des rapports que la sociologie religieuse
a entretenu, plus particulièrement en France, avec les mathématiques et la statistique.
[11]
Atlas de la France rurale. J. Duplex (dir.), 1968.
[12]
Depuis, cette dichotomie grossière s’est affinée grâce une typologie plus riche sinon plus convaincante (
Cf. Les campagnes et leurs villes. Paris, I.N.R.A./ INSEE,1998).
[13]
Voir la carte 1.01 de l’organisation territoriale de l’Église catholique en France,
Atlas, op. cit., 26.
[14]
Le terme de national doit être évité en raison du petit tiers des départements considérés.
[15]
Cf. Jean-Paul Terrenoire, 1976,137-164.
[16]
Cf.
ibidem, carte 2-01,34.
[17]
Cf.
ibidem., carte 7-25,186.
[18]
Voir par exemple, Jean-Paul Terrenoire(1974), 117-155, ou (1977),
passim.
[19]
Les cas sont nombreux (
Grand Atlas Bordas …,1971,
Atlas historique…, 1987, …).et rares sont
ceux qui compensent le foisonnement baroque par quelques exemples de dépouillement ascétique
(
Histoire de la France rurale (1975-76),
Histoire de la France urbaine (1980-85)).
[20]
Voir
Atlas, op. cit., cartes 7-01 et 7-05,180.
[21]
Hervé Le Bras. Géographie de la fécondité française depuis 1921.
Population, 1971,6,1093-1124.
[22]
Voir
Atlas, op. cit., cartes 6.01 et 6.04.
[23]
Aujourd’hui, dans le domaine de la pastorale, les diocèses se sont regroupés en régions qui ne découlent qu’en faible partie des conceptions du chanoine Boulard.
[24]
Par le biais de la variable composite « profil électoral » des cantons.
Cf.
Atlas, op. cit., cartes 6-01
et 6-05,170
[25]
Par le biais de la variable composite « structure de la population active ». Cf.
Atlas, op. cit., cartes
6-76 (p. 177) et 7,14 (p. 183)
[26]
Cf. Atlas, op. cit., graphiques 6-08 (p. 171) et 7-17 (p. 184)
[27]
Cf. F.-A. Isambert, 1972.
[28]
Comme on peut en juger à la lecture du graphique 6.08,
Atlas, op. cit., 171.
[29]
Cf.
Atlas, op. cit., carte 6-05,170
[30]
Cf.
Atlas, op. cit., graphique 6-07,171
[31]
F. Boulard et J. Rémy, 1968 et 1970. Voir également la critique d’É. Poulat, 1970.
[32]
Au sens où l’entendait Jules Lachelier (André Lalande.
Vocabulaire de la philosophie. Paris, PUF,
8
e éd., 1960.281).
[33]
Pour cela, point n’était besoin d’adopter le biologisme larvé et le côté quelque peu mécaniste de la
thèse de J. Diamond (2000).
[34]
Jean-Paul Terrenoire, 1994.
[35]
Voir les indications techniques et les formulaires de recensement, pour le rural, dans les
Premiers
itinéraires... (F. Boulard, 1966, annexe), et pour l’urbain, dans
Les 99 autres … (J. Labens, 1954),
ainsi que dans la monographie d’Émile Pin (1956,80-81).
[36]
Pour des précisions, voir Jean-Paul Terrenoire. 1982.
[37]
Jean-Paul Terrenoire, 1982,152, et
Atlas, op. cit., cartes 2-05,2-07,38 et 2-09,39.
[38]
Cf. Gabriel Le Bras,
L’Église et le village. Paris, Flammarion, 1976.
[39]
Cf. Atlas, op. cit. : les notes en tête des chapitres, et les précisions de J.-P. Terrenoire (1977,
passim,
et 1982,149-152).
[40]
Cf. les remarques intéressantes à propos des unités écologiques dans E. Julliard (1970) et dans J.-B.
Racine et H. Reymond (1973).
[41]
Voir Jean-Paul Terrenoire (1982), 149-158.
[42]
On peut consulter à ce sujet Mattei Dogan (1972).
[43]
Cf
. Atlas, op. cit., 170-173 et 177.
[44]
Cf.
Ibidem, 180-185.
[45]
Selon le constat de F.-A. Isambert, 1992.