2005
Sociétés contemporaines
Comment le monde social du rap aménage-t-il son territoire ?
L’exemple de la polémique autour du groupe Manau
[1]
Karim Hammou
SHADYC-EHESS/CNRS Centre de la Vieille Charité 2 rue de la Charité 13002 MARSEILLE
En 1999, après un large succès commercial, l’album “Panique Celtique” de Manau reçoit aux Victoires de la Musique la récompense de meilleur album Rap et Groove de
l’année. La presse spécialisée rap s’élève contre cette distinction, et conteste l’idée que Manau puisse être un groupe de rap. Cette entreprise de morale, en travaillant ses frontières,
suggère l’existence d’un monde social du rap. Mais la pleine compréhension de la polémique
qui naît autour de Manau suppose également d’étudier les acteurs qui, tout en se définissant
comme extérieurs au monde du rap, ne contribuent pas moins à en produire les frontières.
In 1999, the French group Manau’s first album wins the prize of best Rap & Groove
album of the year at the French ceremony of “Victoires de la Musique”. The rap
magazines, acting like entrepreneurs of ethic, criticize this judgment, arguing that
Manau isn’t a rap group. This attempt to assign a status to artists shows the existence
of a French “social world” of rap, by working on its boundaries. To well understand
this debate, we must study the outsiders of this social world, insofar as they contribute to produce its boundaries.
PANIQUE CELTIQUE, MEILLEUR ALBUM RAP & GROOVE 1999 ?
Le groupe Manau, rapidement catalogué inventeur du « rap celtique » par les
médias, connaît un succès imprévu à partir de mai 1998 avec sa chanson «
La tribu
de Dana ». Polydor, maison de disques du groupe, décide alors de produire un clip,
et lorsque le succès se confirme en juin, un album. Ce dernier est « disque de diamant » en quelques mois, et Manau remporte une Victoire de la Musique en février
1999, celle du meilleur album « Rap et Groove » de l’année, une catégorie qui apparaît pour la première fois cette année-là. Mais la distinction ne satisfait pas vraiment
les membres du groupe, qui trouvent la situation «
assez bizarre. Parce que nous
avions demandé par le biais de notre maison de disques à ne pas figurer dans la catégorie “Rap et Groove”. Avec ce que nous faisons, nous ne nous considérons pas
comme vraiment représentatifs du rap en tant que genre. »
[2] Le DJ du groupe ajoute
même : «
Il y avait des groupes de rap dix fois plus méritants que nous sur ce
plan... »
[3]. Aux yeux des premiers intéressés, la proposition « Manau a réalisé le
meilleur album Rap et Groove de l’année » produite par les Victoires de la Musique
est problématique. Et elle achoppe moins sur l’adjectif « meilleur » que sur l’attribut
« de Rap et Groove ».
Le verdict des Victoires de la Musique, cérémonie organisée depuis 1985 par
l’association du même nom, semble pourtant à même de faire autorité. Le choix des
nominés, puis celui des lauréats, repose sur le vote de plus d’un millier d’artistes et
de professionnels de la musique répartis en différents collèges : 40 % de ces personnalités sont des artistes (interprètes, auteurs, compositeurs, musiciens, chefs
d’orchestre ayant obtenu un disque d’argent – 50 000 exemplaires vendus – ou une
nomination aux Victoires dans les dix années précédant la cérémonie), 40 % des
professionnels de la musique (producteurs de spectacles, producteurs de disques,
etc.), et 20 % des professionnels « de milieux proches », selon l’expression de
l’association (agents artistiques, disquaires, critiques musicaux, programmateurs radios, etc.). Artistes et professionnels de la musique ont beau convenir de
l’appartenance de Manau au style musical rap, d’autres acteurs, ayant une certaine
autorité puisque les membres de Manau eux-mêmes reconnaissent leur jugement,
n’en refusent pas moins d’accepter la catégorisation du groupe aux Victoires de la
Musique.
CHAMP ET MONDE SOCIAL : DEUX FAÇONS D’APPREHENDER LA SEGMENTATION
SOCIALE
Deux univers sociaux en partie irréductibles l’un à l’autre, et dont les relations
restent pour l’instant obscures, semblent ici s’affronter. Cette situation nous renvoie
à la question de la segmentation de l’espace social. Ce problème complexe a stimulé
de nombreuses analyses, parmi lesquelles celle proposée par Pierre Bourdieu.
L’appareillage conceptuel bourdieusien a permis un examen fin des processus de
reproduction d’un certain état de la société, articulant les concepts de capitaux et
d’habitus dès les années 1960. Pierre Bourdieu aborde plus tardivement la question
de la segmentation sociale, notamment au travers du concept de champ, développé à
partir du milieu des années 1970. Dans Les règles de l’art (1992), Bourdieu approfondit l’élaboration d’une « théorie des champs » à travers, notamment, l’analyse
des évolutions d’un univers artistique : la littérature au XIXe siècle. Il faut toutefois
reconnaître que cette théorie ne s’applique pas de façon simple au cas dont il est
question dans cet article.
Si ce nouveau développement de la théorie bourdieusienne permet de comprendre des dynamiques d’autonomisation de certains segments de l’espace social, il accorde toujours une importance majeure à l’analyse de la reproduction de l’ordre social, par delà même les apparentes subversions portées par de nouveaux entrants
dans le champ. Bourdieu fait ainsi des acteurs « nés dans le jeu » le pivot de son
analyse (Lahire, 1999, p. 36), choix problématique dans le cas qui nous intéresse
puisque le rap est un style musical récent porté par des artistes qui étaient rarement
enfants de musiciens. La notion même d’autonomie est ici difficile à analyser dans
le cadre bourdieusien, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un enjeu d’autonomie
d’un univers social au sein de la société dans son ensemble, mais d’une portion du
monde de la musique. Les artistes de rap partagent les mêmes réseaux de commercialisation que la plupart des autres chanteurs : maisons de disques, grandes surfaces
spécialisées, et studios d’enregistrement sont communs, même si les réseaux de
promotion du rap se distinguent fréquemment, comme nous allons le voir dans cet
article (il existe une presse spécialisée rap, une grande radio FM spécialisée dans la
diffusion de musique rap, etc.). Cette difficulté en soulève une autre : la théorie des
champs n’a jusqu’à présent articulé que deux niveaux (la segmentation de la société
en champs), et ne s’est pas préoccupée de l’éventuelle irréductibilité d’un sous-univers social au champ qui l’inclut. L’hypothèse qu’il existerait des « sous-champs » paraît théoriquement complexe à justifier dans le cadre bourdieusien. Elle
renforcerait considérablement les difficultés déjà soulevées par Bernard Lahire
(1999, p. 23) à propos de la thèse d’un habitus propre à chaque champ.
Anselm Strauss propose en revanche une approche de l’espace social particulièrement adaptée à la situation qui semble caractériser les relations entre ces deux portions de l’espace social : l’univers professionnel du rap et celui de la musique dans
son ensemble. Il relève le phénomène de « la segmentation des mondes sociaux. […]
Une telle formation de micro-mondes signifie non seulement de nouvelles activités,
de nouveaux sites et de nouvelles technologies, mais également de nouveaux univers
de discours » (Strauss, 1992a, p. 274). Pendant longtemps, la notion de monde social
a fait l’objet d’un usage extensif mais peu contrôlé dans la tradition sociologique de
Chicago (Chapoulie, 2001). L’un des premiers à préciser le contenu sociologique de
cette expression fut Tamotsu Shibutani. À partir d’une réflexion sur le concept de
groupe de référence, il définit un monde social comme une aire culturelle circonscrite par les limites d’une « véritable communication » (Shibutani, 1955, p. 566). À
ses yeux, étudier un monde social, c’est d’abord rechercher les groupes humains partageant des canaux de communication. Anselm Strauss, s’appuyant explicitement
sur le travail de Shibutani, propose un programme de recherche qui infléchit la notion de monde social : étudier un monde social, expose-t-il, c’est étudier une ou plusieurs activités inscrites dans des lieux tout autant qu’étudier les conditions d’une
communication efficace (Strauss, 1992a, p. 269). Au-delà de savoirs communs ou de
significations partagées, il s’agit donc également de repérer des sites, des dispositifs,
des pratiques, etc.
On tentera dans cet article d’analyser l’échec partiel du verdict des Victoires de
la Musique comme conséquence de l’existence d’un monde social du rap dont l’aire
culturelle s’affirme au moins partiellement indépendante d’institutions telles que la
cérémonie des Victoires de la Musique. Afin d’affiner cette hypothèse, précisons
que le monde social du rap apparaît moins, en première analyse, comme un monde
social en tant que tel que comme un micro-monde social, compris dans le monde de
la musique, mais irréductible à celui-ci sur un certain nombre de points.
LA METHODE ETHNOGRAPHIQUE COMME MODE DE RESOLUTION EMPIRIQUE
Claude Dubar et Pierre Tripier soulignent certaines difficultés dans l’usage de la
notion de monde social. Ils notent la complexité d’un concept décrivant tout à la fois
un « univers de discours » et des faits matériels tels que des lieux, des objets, des
institutions, etc. Ils rappellent que « ces ordres de phénomènes ne relèvent pas des
mêmes méthodes d’investigation » (Dubar et Tripier, 1999, p. 108). La méthode ethnographique, telle que la définissent par exemple Stéphane Beaud et Françoise Weber (2003), offre un certain nombre d’outils permettant cette articulation. Dès lors, la
difficulté relevée par Claude Dubar et Pierre Tripier apparaît en même temps comme
une chance : si l’on se donne matériellement les moyens d’une double investigation,
du côté de l’univers matériel comme de celui de l’univers symbolique, la notion
proposée par Shibutani et Strauss devient un moyen privilégié d’analyser des changements sociaux dans toute leur complexité (Strauss, 1992b, p. 170 et suivantes). La
façon dont le groupe Manau a été d’un même mouvement plébiscité par l’industrie
du disque et par le grand public et, d’un autre côté, rejeté notamment par un certain
nombre de magazines est l’occasion de travailler cette dimension.
Dans cet article, je m’appuierai principalement sur des documents réunis au
cours de quatre années d’enquête ethnographique sur la pratique professionnelle du
rap en France : entretiens semi-directifs avec artistes et professionnels du rap, observations directes, analyse d’articles de presse. Seront plus particulièrement utilisés
dans cet article les entretiens réalisés avec une vingtaine d’artistes dont un membre
du groupe Manau, une dizaine de journalistes
[4] ainsi qu’avec un animateur de Skyrock ; et les articles évoquant directement ou indirectement Manau dans la presse
spécialisée comme dans la presse généraliste sur la période étudiée (1998-1999). En
rapprochant l’analyse beckerienne d’« entreprise de morale » (Becker, 1985) de la
perspective de Strauss en termes de monde social, je tenterai de reconstruire les étapes menant à la situation paradoxale d’un groupe rappant sans pouvoir se considérer
comme un groupe de rap. J’espère ainsi décrire comment des acteurs divers, situés
hors du monde social du rap comme en son sein, se sont saisi du succès de Manau
pour défendre une conception de cette pratique artistique.
1. LA CROISADE MORALE DE LA PRESSE MAGAZINE SPECIALISEE SUR LE
RAP
Après sa distinction aux Victoires de la Musique, Manau estime ne pas être représentatif «
du rap en tant que genre ». Le malaise de Manau fait écho à l’indignation d’un certain nombre d’acteurs face à ce même verdict ; en premier lieu, celle
des magazines musicaux spécialisés sur le rap. Ces derniers défendent une position
contrastant avec celle des quotidiens et hebdomadaires généralistes, plutôt élogieux
à l’égard de Manau et de sa récompense (cf. 3.3). La presse musicale consacrée au
rap en français
[5] a compté en général une demi-douzaine de titres, dont certains ont
eu une durée de vie assez brève. À l’époque où le groupe Manau rencontre ses premiers succès, on compte cinq magazines principaux :
Groove,
Radikal,
R.E.R.,
L’Affiche et
R.A.P.
[6]. La réaction de ces titres de presse permet de comprendre
l’enjeu de la consécration de Manau.
1.1. UNE EXCOMMUNICATION EXEMPLAIRE
En mars 1999,
Radikal et
Groove signent chacun un éditorial solennel contre le
groupe. Pour
Groove, le talent des vrais membres du hip-hop doit conduire à détester «
son rejeton récompensé aux Victoires de la Musique »
[7].
Radikal quant à lui
voit dans cet événement la confirmation du destin contre-culturel du rap en France.
Pour ces deux magazines, Manau, groupe «
navrant »
[8] selon le rédacteur en chef de
R.E.R., représente un anti-modèle pour le rap français qu’il faut contrer d’autant plus
fermement qu’il est plébiscité par les « professionnels » (les guillemets sont de la
rédactrice en chef de
Radikal) de l’industrie du disque.
L’Affiche choisit un angle un
peu différent pour évoquer le succès du groupe. La rédaction du magazine préfère
réinsérer le cas Manau dans une histoire plus longue de conflits entre un rap aux textes durs porté par «
les ventres creux du hip-hop » et un rap aux thèmes consensuels
privilégié par les «
grosses radios »
[9]. À la suite de ce qu’il qualifie de «
très tristes
Victoires de la Musique »
[10],
L’Affiche joint ses propres critiques au concert de sarcasmes autour de Manau.
Cohérents avec cette dénonciation, ces magazines se sont refusés dans les mois
précédents à rendre compte de la sortie du disque
Panique Celtique. Aucun d’entre
eux n’a publié de chronique de l’album de Manau. Mais avant le début de l’année
1999, ni
Radikal, ni
L’Affiche (à l’inverse de
Groove)
[11] n’avaient cru nécessaire de
critiquer ouvertement le groupe. Le verdict des Victoires de la Musique change
l’attitude des rédactions de
Radikal et
L’Affiche, qui d’indifférente devient ouvertement hostile. La presse spécialisée s’accorde à voir dans le 20 février 1999, jour des
remises des Victoires de la Musique, une date historique, celle ou s’est éteinte «
une
lueur d’espoir [qui] avait commencé à naître… L’espoir que le rap et sa culture le
Hip-Hop soient enfin reconnus et appréciés à leur juste valeur en France »
[12]. Chaque titre revient sur l’événement et, malgré quelques nuances de ton, la presse spécialisée rap dans son ensemble produit un verdict commun : Manau n’est pas un
groupe de rap. Elle prescrit un changement de statut relevant de l’excommunication
(Strauss, 1992b, p. 82), dirigeant le groupe Manau de l’intérieur vers l’extérieur
d’une aire culturelle dont elle se fait le défenseur.
1.2. LA MISE EN CAUSE DE MANAU
PERMET A UN NOUVEL ENTREPRENEUR DE MORALE DE SE DECLARER
Si tous les magazines de la presse musicale spécialisée sur le rap ont contribué à
excommunier le groupe Manau, tous n’y ont pas mis autant d’ardeur. Un titre se distingue particulièrement :
Groove, qui à l’inverse de
Radikal et
L’Affiche construit le
cas Manau en enjeu dès l’été 1998. L’examen détaillé des magazines
Groove permet
de mieux saisir pourquoi la presse magazine a réagi aussi vivement au succès de
Manau en février 1999, et quel est l’enjeu qui se cristallise alors à la frontière du
monde du rap. Le n° 18 de
Groove, paru au début de l’été 1998, contient la première
attaque visant Manau dans la presse spécialisée sur le rap. Dans le chapeau humoristique de son article, le chroniqueur des singles du mois évoque le titre à succès du
groupe : « La tribu de Dana n’a pas réussi à embrigader tout le monde. Une partie
de la Gaule résiste encore, fière et rebelle »
[13].
En octobre 1998,
Groove publie la lettre de protestation d’un lecteur qui dénonce
l’absence de rédactionnel consacré au groupe, et explique «
c’est du rap commercial
mais c’est du rap quand même. Ce groupe mérite d’avoir un article dans votre magazine »
[14]. Dans la mesure où la rédaction de
Groove choisit les lettres qu’elle publie, et choisit également de répondre ou non à ces lettres, on doit lire la réponse à
l’indignation de ce lecteur comme l’occasion d’une mise au point souhaitée par
l’équipe du magazine :
Succès commercial ne signifie pas forcément qualité et, honnêtement, Manau
frise le degré zéro de créativité, jouant la carte d’un folklore à mille lieues des
principes fondateurs du hip-hop que nous tentons de défendre. […] Tu soulignes qu’il s’agit du carton de l’été, le groupe n’a donc pas forcément besoin
de Groove si ce n’est pour asseoir une crédibilité, même relative, que nous refusons effectivement de lui donner [15].
Ici, sans doute pour la première fois
[16], la rédaction de
Groove reconnaît ouvertement s’engager dans une épreuve de force avec le groupe. L’argument du défaut
de créativité de
Panique celtique aurait suffit à rendre compte de l’absence de rédactionnel sur cet album dans les pages du magazine. Mais il justifie mal les remarques
ironiques à l’égard de Manau que l’on trouve dans les rubriques qui laissent aux
journalistes cette opportunité. La rédaction ajoute donc que le magazine a une fonction de défense des «
principes fondateurs du hip-hop »
[17]. Elle justifie ainsi les
nombreuses attaques du magazine et vise à imposer un statut (Strauss 1992b, p. 80)
au groupe Manau, ou plutôt à lui interdire un statut : celui de
véritable groupe de
rap. Le traitement par le magazine
Groove de l’événement Manau se présente ainsi
comme un travail sur les frontières du rap, qui recevra quelques mois plus tard le
renfort de
Radikal,
L’Affiche et
R.E.R.
Au sein de la rédaction de
Groove, l’opération de discrédit de Manau s’avère un
travail de longue haleine : les remarques acerbes à l’intention du groupe se répartissent sur près d’un an. Dans les mois qui suivent la forte affirmation de
Groove
comme membre du tribunal qui juge quels artistes sont « hip-hop » et quels artistes
ne le sont pas, Manau constituera une cible de choix, toujours dans les rubriques
« courriers des lecteurs »
[18], « quoi ? quoi ? »
[19], et « chroniques singles »
[20]. Réactivant la norme (fortement débattue) d’une éthique hip-hop de la pratique du rap,
Groove s’affirme donc comme participant actif au sein du dispositif d’acteurs chargés de faire appliquer celle-ci, et investit, à l’occasion de cette affaire, un rôle
d’entrepreneur de morale (Becker, 1985, p. 179).
1.3. RAPPELER UNE FRONTIERE POUR SE POSITIONNER PAR RAPPORT A ELLE
En juillet 1998,
Groove est un magazine jeune, qui achève à peine sa deuxième
saison. Les circonstances de création du magazine, en 1997, n’ont pas été propices à
sa reconnaissance par les membres du monde social du rap. Elle a été initiée par un
groupe de presse dans une logique de niche thématique, en réaction aux premiers
succès commerciaux du rap, et non par des personnalités connues des amateurs de
rap
[21].
Au départ, c’était créé par des mecs qui écrivaient dans le rock […]. C’est vrai
que question crédibilité Groove au départ c’était pas du tout ça. Même si
c’était honnête ce qu’ils faisaient [22].
Alors qu’à son origine le magazine mettait en avant des artistes internationaux
ou relativement grand public
[23], le succès croissant du rap en français contribue au
cours de l’année 1998 à réorienter la ligne éditoriale vers un appui plus explicite aux
nouveaux talents d’une scène locale alors en plein essor.
Cette évolution est assumée à l’époque en filigrane d’une modeste auto-critique.
En février,
Groove «
fête son vingt-quatrième numéro : deux fois douze éditions et
quelques hors-série […], beaucoup de hauts et quelques bas (reconnaissons-le :
nous n’avons pas toujours été parfaits…) pour un magazine qui ne cesse de vous
emballer »
[24]. En s’en prenant à Manau,
Groove s’affirme comme un acteur capable
de porter et de défendre les valeurs propres au monde social du rap. Cette démarche
témoigne d’une nouvelle politique éditoriale, moins soucieuse des goûts du grand
public, et plus investie dans l’univers symbolique du rap. En cela, le travail de discrédit du groupe Manau vise également à asseoir la crédibilité de
Groove. Il serait
pour autant déplacé de remettre en cause la bonne foi des journalistes du magazine :
ces derniers n’ont sans doute pas apprécié une musique qu’ils jugeaient sincèrement
«
bâclée ». On doit donc s’en tenir à un constat : la croisade que la rédaction de
Groove entreprend contre Manau produit deux effets simultanés : elle renforce
l’inscription du magazine à l’intérieur du monde social du rap en affermissant sa
frontière, et elle conduit à une prise de rôle au sein de ce monde qu’elle scelle par un
acte d’affirmation publique (Strauss, 1992b, pp. 99-103).
2. UN PARTAGE DU TRAVAIL CRITIQUE ENTRE « PRESSE SPE » ET
ARTISTES
2.1. FACE A UNE PRESSE MOBILISEE, DES RAPPEURS INDIFFERENTS A MANAU
Tous les acteurs supposés du monde social du rap ne sont pas aussi investis que
les journalistes cités précédemment. L’unanimité de la presse spécialisée contraste
en effet avec le relatif silence en public des artistes de rap reconnus. Manau intéresse
peu ses pairs théoriques. Au moment où la polémique fait rage dans les rédactions
de la presse spécialisée, les artistes qui s’expriment dans les colonnes de ces magazines ne prennent pas la mise à l’index de Manau très à cœur. Généralement, ils
n’abordent le sujet que sur demande explicite du journaliste, et tendent moins à
prendre position contre les artistes qu’à critiquer le processus de décision qui a fait
de Manau le meilleur groupe de rap de l’année.
Freeman (du groupe IAM), Menzo (du groupe Fonky Family) et Joey Starr (du
groupe NTM) ont tous les trois été explicitement interrogés sur le groupe. Le premier souligne : «
C’est un peu bizarre, ils se sentaient gênés. Même eux voulaient
dire “c’est pas pour nous”. Mais ça reflète bien la manière dont Les Victoires de la
Musique travaillent »
[25]. Le second répond en deux temps : «
J’étais dégoûté. Non
en fait, même pas, tu sais pourquoi ? C’est les médias et les gens du show biz qui
votent, pas les gens du rap »
[26]. Quant au dernier, nominé à la cérémonie, il ignore
tout simplement le groupe Manau lui-même, dont il érige implicitement la Victoire
en non-événement : «
C’est de l’imposture, j’ai pas à créditer ça »
[27]. Pour ces trois
artistes, c’est moins Manau qui est à blâmer que le principe même des Victoires de
la Musique, où des personnalités de l’industrie du disque sont amenées à décider du
meilleur artiste d’un style musical donné sans que ses pairs aient leur mot à dire.
Le groupe La Cliqua est l’un des seuls, à l’époque, qui semble avoir évoqué de
lui-même Manau. Mais ses membres l’insèrent dans une catégorie de rappeurs
« sans message », au même titre, par exemple, que Driver
[28], que cite l’un des rappeurs du groupe. Rocca, un des membres de La Cliqua, estime que «
si tu fais de la
musique sans message comme les gars, là, de la vallée […], cette musique peut servir à un gala du FN, n’importe qui peut la prendre et la mettre en sa faveur »
[29].
Contrairement à la presse spécialisée, La Cliqua ne conteste pas le droit de Manau à
être qualifié de groupe de rap. En pointant du doigt l’instrumentalisation que pourrait connaître le titre
La tribu de Dana, Rocca défend l’idée qu’un bon rap doit être
ouvertement engagé, et celle que le bon rappeur doit prévenir toute récupération
possible. Sur ce dernier point, le journaliste de
L’Affiche précise que Manau a fait un
morceau contre le FN. Surpris, un autre membre de La Cliqua reste soupçonneux :
«
Écrire des textes sur le FN ou la police c’est une mode »
[30]. Pour cet artiste, Manau est surtout un groupe qui doit faire ses preuves, un groupe qui n’a pas encore
montré qu’il rappe pour autre chose que parce que c’est dans l’air du temps.
L’attention (distraite) que les membres de La Cliqua accordent à Manau témoigne
ainsi d’une bien moindre inquiétude que celle de
Groove, Radikal,
R.E.R. ou
L’Affiche.
2.2. DANS LA MEMOIRE DU RAP,
MANAU DEVIENT UN EXEMPLE DE « NON GROUPE DE RAP »
La façon dont Manau est évoqué dans différents textes de rap quelques années
après cette polémique indique toutefois qu’entre l’indifférence des artistes et la mobilisation des journalistes, il n’y a pas contradiction. Six ans après la polémique autour de Manau, si l’on trouve des traces de ce groupe dans des chansons de rappeurs,
ce n’est toujours pas sous la forme d’une quelconque condamnation indignée. Mais
on y observe le passage d’un regard désinvolte sur Manau comme « mauvais groupe
de rap » à une attention oblique comme « faux groupe de rap ». Cette évolution
semble indiquer que la critique portée principalement par la presse spécialisée a persuadé nombre de rappeurs, et que désormais l’exclusion de Manau hors du monde
social du rap est considérée comme évidente. Ainsi Sheryo, dans les premières mesures d’un duel artistique contre Sadik Asken, lance à son adversaire cette insulte
suprême :
« Moi j’ai le flow / je sais pas qu’est-ce que t’as espèce de péquenaud / et je te
renverrai dans ta campagne avec Manau / rapper sur la montagne » [31].
En somme, si le nom du groupe est devenu une nouvelle insulte dont disposent
les rappeurs, c’est qu’il y a eu consensus parmi eux autour du discrédit de Manau.
Peu importe que le « rap celtique » se soit historiquement inscrit dans «
la vallée »
plutôt que «
sur la montagne ». Le groupe n’est pas lui-même pris à parti, il est simplement convoqué comme épouvantail pour critiquer d’autres artistes, qui partagent
eux aussi une vision de Manau comme contre-modèle. Voilà par exemple comment
Def Bond convoque à son tour le groupe : «
Repenche-toi bien sur ce que je fais je
suis pas Manau / mais non minot je suis de l’époque où on breakait sur le lino »
[32].
Dans ce passage, Def Bond demande à ce qu’on ne le confonde pas avec Manau, car
lui doit être considéré comme un « vrai » rappeur. Peu importe que les membres de
Manau aient effectivement eu un passé d’amateur de hip-hop
[33]. Le groupe n’est
qu’une référence, et non la cible directe d’une critique.
Aux yeux des rappeurs, Manau est devenu un exemple de « non groupe de rap ».
On peut en conclure que la cérémonie de dégradation (Garfinkel, 1956) du groupe
initiée par la presse spécialisée a jusqu’à présent réussi, ce que confirme le traitement – absolument inexistant – accordé au deuxième album du groupe sorti en 2001,
et devenu depuis disque d’or, ou à l’album solo du rappeur du groupe, paru en 2003.
Mais on peut aussi s’étonner de ce que les artistes de rap n’aient pas pris à cœur une
excommunication qu’ils reconnaissent si clairement quelques années plus tard. Il
semblerait que dans ce processus de non-authentification (Strauss, 1992a, p. 276),
presse spécialisée et rappeurs aient chacun leur rôle ; qu’il existe quelque chose
comme un partage du travail critique entre artistes et journalistes.
2.3. JOURNALISTES ET ARTISTES PRIVILEGIENT DIFFERENTS POUVOIRS
DE « NON-AUTHENTIFICATION »
Des journalistes fortement investis dans la critique de Manau, et des artistes relativement indifférents : cette situation contraste fortement avec l’absence habituelle
de prise de position des mêmes magazines lorsque des conflits opposent des rappeurs reconnus. Driver par exemple, que met en cause le groupe La Cliqua, n’est
jamais évoqué de façon critique dans les pages de la presse rap. Alors que les rappeurs semblent relativement peu préoccupés par la question de l’inclusion ou de
l’exclusion du groupe Manau, ils sont particulièrement sensibles aux écarts qu’ils
estiment déceler dans les choix artistiques de leurs pairs. Si la presse magazine, dans
le cas du rap, se préoccupe de définir un « nous » et un « eux » (que résumerait
l’idée « Manau n’est pas un groupe de rap »), les artistes de rap s’attachent avant
tout à la hiérarchisation interne à leur monde, définissant un centre et une périphérie
(illustrée par des prises de position comme celle de La Cliqua : « Faire du rap, c’est
d’abord un message »).
Le succès du verdict prononcé par la presse spécialisée rap témoigne du rôle institutionnel de ces acteurs. Les journalistes possèdent un pouvoir de non-authentification mais n’en disposent pas exclusivement. Plus précisément, le pouvoir
de la presse spécialisée apparaît étroitement lié à une opération – l’excommunication, mais achoppe sur une autre – l’attribution d’une plus ou moins grande authenticité parmi ceux dont elle reconnaît l’appartenance au monde du rap. Cette seconde fonction semble plutôt émerger des rapports de force entre artistes. Lorsque
La Cliqua et Sheryo s’en prennent respectivement à Driver et Sadik Asken, lorsque
Def Bond revendique son appartenance à l’élite du rap, ils redéfinissent l’activité
primaire d’un monde social du rap (chacun de façon différente : « avoir un message », « avoir du flow », « être de l’époque où on breakait sur le lino »). Le cas
Manau révèle ainsi une forme de division pratique du travail qui tend à affecter à la
presse spécialisée le contrôle des frontières et les procédures d’excommunication ; et
aux artistes la redéfinition de l’activité primaire et les procédures de marginalisation
au sein du monde social du rap.
2.4. OPPORTUNITES ET DIFFICULTES D’UN TRAVAIL CRITIQUE DANS LA PRESSE
SPECIALISEE
Les critiques contre Manau dans la presse spécialisée n’apparaissent que dans
certaines parties des magazines : principalement l’éditorial et la rubrique du courrier
des lecteurs. Le courrier des lecteurs exprime un verdict (largement contrôlé) sur le
magazine qui le publie : les lecteurs y ont l’occasion de louer ou de critiquer le magazine, tandis que l’équipe rédactionnelle est appelée à s’y justifier. De même
l’éditorial, tribune où la rédaction peut exposer les fondements de sa pratique, est un
lieu où sont exprimés des jugements explicites. D’autres rubriques, que leur forme
accrocheuse et ironique destine à un public d’initiés, complètent généralement ce
dispositif, qui contraste avec le ton consensuel du reste du magazine. Ces différentes
rubriques représentent à peine cinq des cent à cent cinquante pages que comptent des
magazines comme Groove, R.E.R., Radikal ou L’Affiche. Mais ces cinq pages ont
une fonction essentielle : elles offrent l’occasion de prises de position tranchées, et
on les retrouve dans tous les magazines – à l’exception notable de R.A.P. Ces espaces rédactionnels sont le lieu dans lequel valoriser un entre-soi. La critique d’artistes
ou d’événements permet de valoriser par contraste la communauté formée par la rédaction et son lectorat sur la base d’un amour commun des musiques du hip-hop
(Charon, 1999).
On peut illustrer ce processus en s’appuyant une fois encore sur le magazine
Groove. En septembre 1998, la rédaction réitère sa critique de Manau dans un petit
encart situé dans la rubrique « news ». Cet encart, intitulé « quoi ? quoi ? » est uniquement composé de petites phrases lapidaires et humoristiques. On peut y lire notamment : «
Ooooh, Non : le nouveau son de Manau ! »
[34], en référence au refrain
du single suivant
La tribu de Dana : «
Eh ! Oh ! le nouveau son de Manau ! » Ce
groupe n’est cependant pas le seul à être moqué. Sont notamment pointés du doigt
les artistes Yannick pour son single
J’aime ta maille, Bambi Cruz pour son dernier
clip, Diam’s pour avoir enregistré chez AB Productions, Ophélie Winter pour s’être
fait refaire les lèvres, Mariah Carey pour avoir multiplié les petits amis, Lara Fabian
pour ne pas plaire à la rédaction.
Groove érige en repoussoirs un certain nombre
d’artistes extérieurs au rap (Mariah Carey, Lara Fabian), dresse des portraits ironiques de ceux qu’elle considère comme des pseudo-rappeurs (Manau, Bambi Cruz),
et avertit les rappeurs reconnus opérant des écarts flagrants (Yannick, Diam’s). Ce
contrôle des normes par cercles concentriques de proximité au monde social du rap
permet de préciser la division du travail critique relevée précédemment – même s’il
ne s’agit ni d’une répartition explicite, ni d’une division rigoureuse des tâches.
La presse magazine use à la fois de procédures de marginalisation et de procédures d’excommunication, mais est contrainte de mesurer les premières pour plusieurs
raisons. La construction d’un entre-soi trouve sa limite dans la double vocation
commerciale de la presse magazine – vis-à-vis des annonceurs, et vis-à-vis des lecteurs~acheteurs. Toute critique franche contre un artiste est aussi une critique de son
public – la réaction de ce lecteur de Groove qui défend Manau par courrier interposé
l’illustre. L’intérêt professionnel (ménager les artistes avec qui on coopère) et
l’intérêt commercial (ménager un lectorat aux goûts divers et des annonceurs publicitaires) convergent alors pour que les journalistes euphémisent (Charon, 1999,
p. 98) leurs critiques vis à vis des artistes intégrés au monde social du rap. Inversement, de telles répulsions (Lemieux, 2000, p. 445) s’affaiblissent à mesure qu’un
artiste semble plus éloigné de cet univers commun. Cette situation explique peut-être
l’affinité particulière de la presse spécialisée avec les opérations d’excommunication
de groupes supposés être à la fois étrangers au monde social du rap et à la communauté que chaque rédaction tente de fédérer autour de son magazine.
3. COMMENT SE SEGMENTE LE MONDE DE LA MUSIQUE
Manau n’est ni le premier ni le seul groupe dont certains aient pu dire qu’il faisait « du rap de chaussette » ou qu’il n’avait pas de message, dans certains de ses
morceaux du moins. C’est pourtant l’un des seuls, à cette époque, à être mis à
l’index au point de se voir refuser le titre même de « groupe de rap ». On comprend
dans une certaine mesure l’opportunité pour le magazine Groove de mettre Manau
au banc des accusés. Mais pourquoi le reste de la presse spécialisée s’est-il explicitement rallié à l’accusation en mars 1999 ? Plus encore, pourquoi les rappeurs, publiquement indifférents et parfois compréhensifs à l’égard de Manau à l’époque de
cette polémique, finissent-ils par se ranger au verdict prononcé par la presse spécialisée ?
3.1. LES LIMITES DE L’HYPOTHESE INTERNALISTE
La première piste que l’on peut explorer conduit à la musique du groupe elle-même. Le rap est un style musical qui s’établit en France dans les années 1980, et
qui a développé des conventions musicales. Manau respecte-t-il ces conventions ?
Le premier objet musical qui fait connaître le groupe est La tribu de Dana ; c’est
aussi leur single qui connaîtra le plus grand succès. L’écoute du titre révèle une synthèse de conventions originale – et probablement en partie fortuite. Avec La tribu de
Dana, le groupe ne pensait pas faire un morceau hybride, entre rap et variété.
Comme l’explique Air-V, compositeur au sein de Manau :
C’est assez bizarre, […] nous on voulait essayer d’être crédible dans le milieu
rap, et là… […]. Dès La tribu de Dana, qui était pourtant assez classe, des
gens [de la presse spécialisée] nous ont un peu descendus en disant que c’était
trop variété [35].
Les aléas de la réalisation du morceau méritent d’être rappelés.
La tribu de Dana
s’appuie au départ sur un sample
[36] de harpe. Le propriétaire des droits, Alan Stivell,
s’estime plagié lors de l’écoute des premières maquettes, et ne concède pas les droits
à la maison de disques. Manau fait donc appel à des instrumentistes, afin de faire
rejouer à la bombarde et au biniou le sample incriminé
[37]. Le morceau final est assez
singulier, y compris lorsqu’on le rapproche des autres titres du groupe. On y décèle
en particulier de nombreuses variations mélodiques dans lesquelles le biniou et la
bombarde ont un rôle décisif. La majorité des morceaux de rap en France s’appuient
plutôt sur une boucle
[38], quelle soit jouée ou samplée. On comprend que ce morceau,
très largement diffusé en radio, ait pu ménager une prise (Bessy et Chateauraynaud,
1995) pour le magazine de
Groove dès l’été 1998.
L’ensemble de l’album Panique celtique, comprenant dix chansons, est sur le
plan formel nettement plus proche des autres albums de rap de cette époque que le
single La Tribu de Dana. Les refrains, à deux exceptions près, n’y sont pas chantés,
mais majoritairement composés d’une unique phrase (cinq titres sur dix), forme typique du rap à cette époque. Six morceaux sur dix comprennent des scratchs, et si
sur toutes les chansons des instrumentistes interviennent, aucun autre titre que La
tribu de Dana n’offre de réelles variations mélodiques. L’usage d’une boucle instrumentale, fréquent dans le rap, domine la construction de l’album, et ce bien qu’un
seul sample soit crédité. La façon dont Martial rappe sur l’ensemble de l’album reste
conventionnelle, même si elle paraît un peu dépassée en 1998 (le rappeur privilégie
un placement rythmique assez linéaire et une diction n’élidant presque aucun son, ce
qui ressemble plus au style de rap prépondérant jusqu’en 1995 qu’à celui dominant
en 1998, cf. Pecqueux, 2003). La structure de ses couplets est elle aussi habituelle
dans le rap – trois couplets de 16 mesures sur la majorité des titres, plus rarement
trois couplets de 8 ou 12 mesures. Sur le plan des paroles, l’usage de l’argot est rare
mais présent, et Martial fait lui-même référence à deux reprises au hip-hop.
Le recours chez Manau à un imaginaire celte constitue une autre piste qui mérite
attention, car c’est là une originalité que n’ont pas manqué de souligner certains titres de la presse généraliste en forgeant pour l’occasion l’expression « rap celtique ».
Le titre
La tribu de Dana décrit un combat mythique entre «
guerriers celtes » et
«
hordes de Simériens » inspiré des romans historiques de Jean Markale. Deux autres chansons développent cet imaginaire dans l’album,
Le chant des druides et
Le
chien du forgeron. Il s’agit bien d’une nouvelle prise qu’offre la musique du groupe
et dont se sont saisis des acteurs aussi divers que
Groove (pour soupçonner Manau)
ou
Le Nouvel Observateur
[39] (pour s’intéresser à ce groupe). Il faut cependant relativiser sa singularité. L’association de la musique rap à l’imaginaire et la musique celtique rappelle deux disques qui paraissent quelques mois après celui de Manau. En
février 1999, le groupe Bisso Na Bisso, formé de rappeurs célèbres
[40], mélangeant
rap et musique africaine, est applaudi par la presse spécialisée rap et les grands quotidiens nationaux. L’année suivante, c’est l’imaginaire du Moyen Âge occidental qui
inspire un album qui sera lui aussi salué par la presse spécialisée
[41].
Si la musique de Manau, et plus particulièrement le single La tribu de Dana, a pu
éveiller des soupçons dans le monde social du rap quant à la légitimité du groupe,
elle n’aurait pu constituer un repoussoir suffisant pour produire une telle polémique
qu’au prix d’un malentendu. Panique celtique est un album formellement rap et les
quelques écarts aux conventions de ce style musical qu’il opère constituent tout au
plus une généralisation (dans le cas de l’intervention d’instrumentistes) de choix artistiques ponctuellement opérés par d’autres rappeurs avant eux. Il faut donc chercher ailleurs que dans la musique elle-même les éléments qui ont définitivement fait
pencher la balance en la défaveur de Manau.
3.2. L’AUTHENTIFICATION D’UNE CARRIERE DANS LE MONDE SOCIAL DU RAP
FAIT DEFAUT A MANAU
Selon Martial, le rappeur du groupe, Manau, avec son style bon enfant, n’aurait
pas eu une image suffisamment sulfureuse pour se faire accepter de ses détracteurs
[42]. L’argument pourrait être plausible, mais, à la même époque, d’autres artistes n’essuient pas la moindre critique de la part de la presse spécialisée tout en pratiquant un rap aussi éloigné du fond de commerce stigmatisé par Manau. En outre, les
arguments de Martial rappellent plutôt une conception minoritaire qu’une conception étrangère au rap. D’autres ont porté et porteront les mêmes arguments sans subir
l’excommunication qu’a rencontrée le groupe. Def Bond, qui, comme Manau, est
l’auteur d’un des tubes de l’été 1998, estime dans
Groove que les rappeurs «
font du
hardcore toute la journée et, le soir, ils vont danser sur du R. Kelly. Le rap, ici, est
en train de s’enfermer tout seul dans un ghetto »
[43]. Ces propos ne lui attirent pourtant pas les foudres du magazine dont il faisait la couverture quelques mois plus
tôt
[44]. Au contraire,
Groove n’hésite pas à le défendre lorsqu’un lecteur affirme ne
pas supporter «
Def Bond, Manau, Bambi Cruz » et leur
« rap proche de Walt Disney »
[45].
La principale faiblesse du groupe Manau est bien d’être un groupe sans histoire,
mais dans un sens sensiblement différent. Peu importe que Air-V réalise depuis plusieurs années les musiques d’autres groupes de rap que Manau, ou que Martial affirme «
dans les années 80, j’étais smurfer, breaker, après j’étais tagger. Ca fait
vingt ans que j’écoute du rap »
[46]. Peu importe que Martial et Cédric aient animé
une émission de rap sur Radio Bellovaque, diffusant dans la région de Persan-Baumont
[47]. Il manque à Manau un parcours authentifié par les institutions du
monde du rap.
Driver et Def Bond ont à leur crédit l’appui d’autres figures du rap. Leur album
comporte les participations d’autres rappeurs connus à l’époque. Def Bond a déjà
fait parler de lui au travers de participations au premier et au deuxième album
d’IAM, et surtout d’un premier mini-album en 1998. Driver, plus jeune, compte à
son actif un maxi-vinyle, et quelques participations à des compilations de rap sur
lesquelles il côtoie les grandes figures du monde du rap. Il en va de même pour les
membres du groupe Bisso Na Bisso et ceux de La Garde. À l’inverse, Manau n’a fait
appel à aucun autre rappeur sur son album, qui constitue en outre sa première apparition discographique. Le groupe de « rap celtique » ne peut pas non plus revendiquer
la moindre participation au disque d’un autre artiste de rap, à l’occasion de laquelle
il se serait fait un nom (Hammou, 2002, p. 74).
L’autre appui qui fait gravement défaut à Manau est précisément celui de la
presse spécialisée. Elle est en effet l’un des acteurs privilégiés de l’authentification préalable au succès qui peut être constituée comme ressource ultérieure
pour un groupe, et elle ne découvre le nom de Manau qu’en cet été 1998. On voit
ici que le rôle des magazines hip-hop dans le processus d’authentification et de
non-authentification des groupes de rap est pour le moins équivoque, puisque
ceux-ci interviennent à deux niveaux différents. Ils sont en mesure de conférer (ou
non) une histoire à un groupe en relayant (ou non) leurs activités artistiques, et
sont amenés à prononcer un verdict sur ce même groupe lorsque son actualité discographique ou son succès commercial le popularisent. Ainsi, si Radikal, Groove
et L’Affiche s’en prennent à Manau, s’est sans doute en partie parce le groupe ne
peut compenser ses quelques écarts aux conventions dominantes du rap par le crédit acquis les années précédant son succès. Par ailleurs, la presse spécialisée sanctionne peut-être d’autant plus facilement un écart supposé qu’elle ne s’est pas implicitement liée au groupe incriminé en relayant son actualité alors qu’il était inconnu.
3.3. MANAU COMME ALTERNATIVE AUX ARTISTES DU MONDE SOCIAL DU RAP
La clef pour comprendre les réactions de la presse spécialisée au succès de
Manau réside probablement dans la mise en cause involontaire d’une définition
conventionnelle du rap en français. Mais les conventions que le groupe interroge
ne sont pas des conventions musicales.
Groove relève ainsi en octobre 1998 : «
Le
label du groupe ne nous a même pas fait parvenir le disque terminé, preuve que
ses responsables sont conscients de la (non) valeur artistique du projet »
[48]. Pourquoi Polygram (qui n’appartenait alors pas encore à Universal) a-t-elle courtcircuité la fonction de prescription habituellement dévolue à la presse spécialisée ?
Sans doute parce qu’elle a souhaité promouvoir Manau comme une alternative au
rap.
Dans un premier temps, Skyrock, radio alors fraîchement reconvertie dans le rap
et relais principal de ce style musical, joue ponctuellement
La tribu de Dana à partir
de sa sortie en mai 1998
[49]. Elle abandonne cependant le groupe lorsque les réseaux
concurrents (NRJ et Fun radio) s’en saisissent. Ce choix, qui n’a pas été accompagné d’une critique artistique, a malgré tout eu pour conséquence de contribuer un
peu plus à la marginalisation du groupe. Une dynamique de médiatisation s’engage
en effet dès l’été 1998, qui exclut Manau des réseaux habituels de diffusion du rap
en français tout en lui donnant accès à d’autres médias. Air-V, compositeur au sein
du groupe explique ainsi :
On s’attendait à […] ce qu’on nous traite comme un groupe de rap c’est-à-dire
avec pas beaucoup de télé… En réalité, comme il y a eu du succès, on a été
invité sur toutes les grandes télés […]. Les médias de variété nous ont très
bien acceptés, on a fait beaucoup de presse jeune genre OK !, Star Club. À
l’époque, y a aucun rappeur qui voulait faire ça.
Privilégiant cette dynamique, la maison de disques décrit Manau comme une
version acclimatée du rap à destination de ceux que gênent certaines aspérités de ce
style musical, notamment l’usage ponctuel de mots et de références issus de langues
étrangères ou de l’univers des banlieues, la violence supposée des textes et de la musique, l’absence fréquente d’instrumentistes…
[50] Et c’est ainsi que les grands quotidiens ont accueilli Manau. Sans être des inconditionnels de l’album
Panique Celtique, des titres aussi différents que
Le Figaro,
Le Monde ou
Libération ne manquent
pas de se réjouir de ce que le groupe ait des «
textes loin du prêchi-prêcha agressif
du rap-pitbull »
[51], précisent qu’on a affaire à un «
groupe de rap blanc »
[52], avant
d’ajouter que si le chanteur du groupe a été «
élevé à l’école du rap, Martial s’est
rapidement tourné vers autre chose »
[53]. Le succès de Manau est ainsi l’occasion
d’instruire un procès, la presse généraliste ne dégageant les traits positifs d’un artiste
assimilable au rap qu’après une mise à distance autant esthétique que morale de ce
style musical (Pecqueux, 2000, p. 11).
Si le travail d’excommunication de Manau, initié par Groove, trouve au printemps 1999 l’appui des autres titres de la presse spécialisée, c’est sans doute parce
qu’à ce moment-là Manau représente autre chose qu’un groupe de rap léger de plus.
Manau adoubé par les professionnels du monde de la musique, avec le poids médiatique et commercial qui est le sien, devient une menace pour la pratique conventionnelle du monde social du rap. En témoigne la façon dont L’Affiche relate les suites
de la distinction que le groupe reçoit aux Victoires de la Musique :
Tandis que les durs du mouv’ grinçaient des dents, les Manau fêtaient
l’évènement dans un resto du bord de Seine […]. Rappers présents : aucun.
Personnalités du rap biz : Fred de Planète Rap (l’émission quotidienne de Skyrock) et, euh, c’est presque tout. Menu du soir : crêpes aux œufs, huîtres, cidre, zakouskis divers, discours de Pascal Nègre le patron de Polygram [54].
Lorsque Manau fête son succès, c’est loin des lieux où se pratique conventionnellement le rap et en l’absence des personnalités qui travaillent d’habitude dans
ce style musical. Cette situation est l’aboutissement logique d’une dynamique de
médiatisation engagée six mois plus tôt. Rejeté par le monde social du rap, accueilli et soutenu par l’industrie du disque et une large part de la presse généraliste, Manau multiplie les marques d’attaches hors du rap, et finit par avaliser – à
contre cœur
[55] – l’assignation de statut initiée de part et d’autre de la frontière du
monde social du rap.
L’hypothèse de l’existence d’un micro-monde social du rap au sein du monde
social de la musique permet de comprendre, dans le cas de la polémique autour de
Manau, comment se déplace une frontière sociale. Manau, d’un statut ambigu, finit
par être définitivement catégorisé hors du monde du rap par la dynamique d’une cérémonie de consécration : les Victoires de la Musique, et d’une cérémonie de dégradation : le travail critique de la presse spécialisée. Le monde social du rap voit
confirmée son irréductibilité au monde social de la musique, par un processus qui
implique tout autant les acteurs de ce micro-monde que ceux du macro-monde qui
l’inclut.
Bien qu’il se distingue d’organisations plus formelles « aux frontières claires
et aux appartenances connues » (Strauss, 1992a, p. 272), le monde social du rap a
une frontière pour ceux qui défendent leur participation au rap (les journalistes de
la presse spécialisée qui se veulent défenseurs des « valeurs hip-hop ») tout autant
que pour des acteurs qui se définissent comme extérieurs à cet univers (les journalistes de la presse généraliste, qui ne parlent du rap qu’en le mettant à distance, par
exemple) ou à sa frontière (comme Martial, qui se voit rappeur et accepte par lassitude qu’on le dise chanteur de variété). L’analyse de ce travail contradictoire et
conflictuel des frontières permet de saisir la dynamique d’un monde social tel que
le rap. Il faut cependant relever au moins une limite à cette analyse : les phénomènes de hiérarchisation et de segmentation au sein même du monde social du rap
n’ont pas été suffisamment analysés ici. J’espère pouvoir y revenir dans un prochain article.
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BEAUD S., W EBER F. 2003. Guide de l’enquête de terrain. Paris : La Découverte.
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BESSY C., CHATEAURAYNAUD F. 1995. Experts et faussaires. Paris : Métailié.
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CHAPOULIE J.-M. 2001. La tradition sociologique de Chicago, 1892-1961. Paris :
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STRAUSS A. 1992a. La trame de la négociation. Paris : L’Harmattan.
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STRAUSS A. 1992b (1959). Miroirs et Masques. Paris : Métailié.
[1]
Cet article est le fruit d’une enquête entamée il y a trois ans sous la direction d’Emmanuel Pedler
dans le cadre d’un doctorat à l’EHESS en partenariat avec le Centre d’études en sciences sociales
appliquées (CESSA) et la région PACA.
[2]
Le Dauphiné Libéré, 6 mars 1999. Parmi les groupes de rap nominés cette année-là dans la même
catégorie que Manau, on trouvait notamment des représentants de la première vague du rap en français, ayant réalisé leur premier album au début des années 1990 : MC Solaar et NTM, et des représentants d’une nouvelle vague du rap, alors largement médiatisée par Skyrock, associés à la tendance « dure » du rap : Ärsenik, et dans une moindre mesure, Stomy Bugsy. Ces artistes, ainsi que
IAM nominé dans la catégorie « groupe de l’année », représentaient aux Victoires une scène artistique comptant à son actif près de 200 albums en 1999 (le double aujourd’hui). Au delà des artistes
les plus connus, MC Solaar, NTM et IAM notamment, tous trois présents aux Victoires de la Musique en 1999, le rap en français comptait déjà cette année-là plusieurs centaines de groupes professionnels et semi-professionnels, ainsi qu’une soixantaine d’albums disques d’or (plus de 100 000
exemplaires vendus).
[4]
Travaillant ou ayant travaillé pour le quotidien
Libération, les magazines
Groove,
Radikal,
Tracklist et
L’Affiche.
[5]
Par l’expression « rap en français », je pointe essentiellement une pratique chansonnière, caractérisée par un certain usage artistique de la voix, actualisé au moyen de la langue française. L’expression commune de « rap français » renvoie, dans le discours des acteurs, non seulement à une pratique stylistiquement plus définie, mais aussi à un ensemble d’institutions, à une histoire commune,
etc. « Le rap français » réfère déjà à un univers culturel et institutionnel, « le rap en français » ne
vise qu’une pratique artistique.
[6]
Les trois premiers ont été créés autour de 1996-1997. Ils présentaient un format et un public comparables autour de 1999 : 100 à 150 pages traitant principalement de rap en français, secondairement
de rap américain, de danse hip-hop ou de graffiti. Leur lectorat était masculin, jeune, et habitait majoritairement dans des petites et moyennes villes.
L’Affiche, le plus ancien magazine traitant du rap
(créé sous forme de fanzine en 1988, il est devenu un magazine payant en 1993), était aussi en 1999
le plus ouvert vers d’autres styles musicaux, tout en maintenant le rap en français comme sujet
principal. De ces quatre titres,
Groove était (et reste) le plus vendu, diffusé à plus de 25 000 exemplaires pour un tirage de 55 000 exemplaires.
L’Affiche,
Radikal et
R.E.R. avaient une diffusion qui
variait de 10 000 à 25 000 exemplaires environ. Le magazine
R.A.P. avait quant à lui un format
sensiblement différent. En une petite cinquantaine de pages, il présente un rapport aux artistes de
rap plus proche de la relation de « fan » à star, typique de la presse jeune, que de celle d’« amateur
éclairé » à artiste, généralement observable dans la presse musicale.
R.A.P. est diffusé à 45 000
exemplaires pour un tirage dépassant les 70 000 exemplaires. Je n’ai pas pu obtenir d’informations
sur les caractéristiques du lectorat de
R.A.P. et de
L’Affiche.
[7]
Groove n° 25.
[8]
Rap Et Ragga (
R.E.R.) n° 28, avril 1999.
[9]
L’Affiche n° 66 p. 13.
[10]
L’Affiche n° 68, p. 61.
[11]
Je n’ai pu retrouver qu’un petit nombre des magazines
R.E.R. publiés de 1998 à 1999, aussi ne suis-je pas en mesure de retracer aussi précisément que pour les trois autres magazines la politique que
sa rédaction a privilégiée à l’égard de Manau.
[12]
Radikal n° 28 p. 3.
[13]
Groove n° 18 p. 104.
[14]
Groove n° 20 p. 10.
[16]
Je n’ai pas été en mesure de retrouver le numéro 19 du magazine, aujourd’hui épuisé.
[17]
Ici, les principes du hip-hop sont présentés comme opposés au folklore breton. En février 1999,
l’équipe de
Groove répond à nouveau à des lecteurs en des termes sensiblement différents : «
Les
musiques sont bâclées (peu importe qu’il s’agisse de biniou ou de samples de guitares wah wah), et
les mecs rappent comme des chaussettes. C’est du rap de supermarché » (n° 24 p. 14).
[18]
En novembre 1998, la rédaction remercie par exemple une lectrice qui s’insurge contre le fait
d’«
employer le mot “groupe de rap” pour identifier Manau » (n° 21 p. 8).
[19]
Extraits de cette rubrique (absente des magazines n° 22 et 24) : «
Seize personnes dans un concert
de Manau. Ouais, parfaitement : je l’ai vu dans leur clip !... » (n° 21 p. 32) ; «
Manau représente
au rayon charcuterie à Auchan ! » (n° 23 p. 31) ; «
La Musique de France se nique toute seule et
baptise ça ses Victoires. […]
Si Manau c’est du rap, Jane Birkin c’est du gospel… » (n° 25 p. 32) ;
«
Avec un peu de chance, Manau va finir par partir au Kosovo… » (n° 27 p. 30).
[20]
En mars, un journaliste renchérit sur l’éditorial du numéro : «
Il y a des mois où on a l’impression
de vivre un cauchemar dans lequel Manau décrocherait une Victoire de la… musique. Heureusement après, on se réveille… » (n° 25 p. 104).
[21]
P. Veillet et Y. Bongarçon, qui travaillaient à
Rock Sound, étaient respectivement rédacteur en chef
et rédacteur en chef adjoint des premiers numéros du magazine. Dès cette époque, cependant,
Groove fait aussi appel à des pigistes plus spécialistes du rap.
[22]
Entretien avec un journaliste de la rédaction de
Groove (2003).
[23]
Les Fugees, Wyclef, Neneh Cherry, Notorious BIG, A Tribe Called Quest, Jungle Brothers, MC
Solaar, tous des artistes confirmés, font la couverture des sept premiers magazines.
[24]
Groove n° 24 p. 3.
[25]
Interview publiée en 1999 sur le site
Bokson.net à l’adresse
http ://bokson.net/hiphop/inter/47.html
(téléchargé en septembre 2003).
[26]
Rap Et Ragga (R.E.R.) n° 28, avril 1999.
[27]
L’Affiche n° 68, interview de Joey Starr par O. Cachin, p. 61.
[28]
Auteur en 1998 d’un album intitulé
Le grand Schelem, produit par la même maison de disques que
Manau : Polydor. À l’inverse de Manau, Driver eut les faveurs de la presse spécialisée, faisant notamment la une de
Radikal n° 20 en juin 1998.
[29]
L’Affiche n° 67, interview de La Cliqua, p. 62-63.
[31]
Sheryo, Clash avec Sadik Asken, in mixtape
Sang d’Encre (2000). Le flow qualifie l’art avec lequel un rappeur interprète ses paroles.
[32]
Def Bond,
Crossover, in
Le Thème (Delabel, 1999).
[33]
Le rappeur, Martial, a pratiqué la danse hip-hop et le tag avant de rapper. Il a animé avec Cédric,
DJ de Manau, une émission de rap dans une radio locale.
[34]
Groove n° 20 p. 32.
[35]
Dans un entretien que j’ai réalisé avec lui en novembre 2000.
[36]
Un item sonore prélevé sur un disque préexistant. Les samples peuvent être utilisés ponctuellement
ou montés en boucle pour produire la composition instrumentale sur laquelle l’artiste interprète sa
chanson.
[37]
Notamment évoqué dans
Le Monde, 4 sept. 1998.
[38]
Une séquence musicale de quelques secondes ou quelques dizaines de secondes qui revient en boucle tout au long du morceaux sans variation mélodique.
[39]
Nouvel Observateur n° 1765,3 sept. 1998, « Brève rencontre avec Manau. Rap avec binious ».
[40]
Le groupe Bisso Na Bisso est notamment composé de Passi, dont le premier album solo était alors
double disque d’or, et d’Ärsenik, groupe également disque d’or à l’époque. Leur disque, intitulé
Racines (V2 / Sony), paraît au moment où la polémique autour de Manau fait rage dans la presse
spécialisée. La chronique que
Groove consacre à l’album se conclut sur ses mots : «
L’événement
rap le plus massif du moment » (n° 24 p. 84).
Radikal, quant à lui, parle d’un «
vrai poème, avec de
vrais messages » et «
de vraies innovations » (n° 28 p. 21).
[41]
La Garde, groupe composé de Faf Larage et Shurik’N (membre d’IAM), sort en novembre 2000 un
album éponyme (Delabel / EMI). Le groupe fait à cette occasion la une de
Radikal et de
Groove.
[42]
«
Je sais ce qu’est un meurtre par balle, que prendre un coup de couteau, je sais ce que c’est que
tomber, je sais ce que c’est que tout ça. Maintenant je n’en parle pas, […]
ce n’est pas mon fond de
commerce. Il faut que je fasse racaille pour être respecté. J’emmerde tout ça moi. » Interview publiée le 14 avril 2003 sur
Musicactu.com à l’occasion de la sortie du premier album solo de Martial,
téléchargée en septembre 2003
http :// www. musicactu. com/ deliaGo/ flash/ 16397_47_martial-%28manau-en-solo%29. html.
[43]
Groove n° 28 p. 60.
[45]
Groove n° 32 p. 12. La rédaction commente ainsi cette lettre : «
Ca va lui faire plaisir à Def Bond
de se retrouver dans la même catégorie que Manau et Bambi Cruz… » (
ibid.).
[46]
Interview publiée sur
Musicactu.com,
op. cit.
[47]
Le Monde, 4 sept. 1998,
op. cit.
[48]
Groove n° 20 p. 10.
[49]
Bruno Malherbe, « Inébranlable celtitude »,
L’Express, 13 août 1998.
[50]
«
Loin, si loin des cités bétonnées, des tags graffités et des jours sans espoir de s’en sortir, le rap
français devient légendaire en retrouvant ses racines sur les séquences imparables de Manau ».
hhttp :// www. universalmusic. fr/ servlet/ FrontCreatorServlet ? action= biography&artiste_id= 3423&p
age=1, téléchargé en septembre 2003.
[51]
Libération, 17 juillet 1998, p. 25.
[52]
Le Monde, 4 sept. 1998,
op. cit.
[53]
Le Figaroscope, 3 mars 1999, p. 18.
[54]
L’Affiche n° 66 p. 13.
[55]
«
Au fond de toi-même, est-ce que tu te situes plus dans le rap ou plus dans la variété ? – Dans le
rap bien sûr ! Mais […] quand on voit ma dégaine et quand on voit les rappeurs, tout le monde se
dit : “Mais c’est qui ce machin ?”. […]
Là tu vois, on a le temps de parler tous les deux, je peux
vraiment m’exprimer. Ce serait une télé, jamais je ne dirais ça, je botterais en touche. Je dirais, je
fais de la variété. » Interview publiée sur
musicactu.com,
op. cit.
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