2005
Sociétés contemporaines
École publique et école privée en Espagne : la ségrégation rampante
Mariano Fernandez Enguita
Univ. de Salamanca, Dpto. Sociología Edificio FES, Campus Unamuno, 37007, SALAMANCA, España
Le niveau de recrutement de l’école publique d’une part, et privée d’autre part, a peu varié au cours de dix dernières années (respectivement 2/3 et 1/3 du public scolarisé),
mais cette tendance ne doit pas masquer trois processus cruciaux. Premièrement, l’accès à
l’éducation privée (sous-contrat ou totalement privée) augmente dans les grandes villes et
parmi les classes supérieures, fortement dotées en ressources économiques et culturelles.
Deuxièmement, parmi les écoles privées, on constate un déplacement des effectifs de l’école
privée sous contrat vers l’école privée hors contrat. Enfin, phénomène majeur, la stabilité
apparente des stocks masque des changements majeurs dans les flux : l’enseignement public
perd des élèves des classes supérieures et moyennes, et accueille la plupart des élèves des
catégories défavorisées, devant ainsi assumer l’effort le plus important pour l’intégration des
élèves requérant le plus de soutien.
State and private schooling networks have maintained virtually the same proportions
for the last ten years (two thirds and one third of enrolment, respectively), but these
gross figures should not hide three crucial processes. First, access to non-state education (whether state granted or purely private) is growing in big cities and among
families of higher income, occupational and cultural level. Second, among non-state
schools there occurs also a displacement from state granted to privately financed
schooling. Third, and most important, the stability of stocks has no match in flows:
state / non state ratio stagnates because state schools recover at the bottom what they
lose at the top. In other words, middle and higher classes fly away from public education, which must support the harder stretch (even if not the only) in order to integrate the most problematic students (and not always with the most ready teachers).
L’efficacité d’un système éducatif est liée à celle du système économique et politique dans lequel il s’inscrit. La faiblesse économique et idéologique de la bourgeoisie et du système politique espagnol durant le XIXe siècle et le premier tiers du XXe
s’est traduite par une division entre les « deux Espagne », l’Espagne traditionnelle et
l’Espagne moderne, dont l’expression éducative fut la division école publique/école
privée. Cette dernière, essentiellement monopolisée par l’Église catholique, a toujours été, à quelques exceptions près, l’école des classes privilégiées. Le secondaire
dans l’enseignement public fut aussi dirigé par l’Église catholique. L’école primaire
fut la seule véritablement publique, surtout dévolue aux classes populaires, qui
d’ailleurs bénéficiaient rarement d’une scolarité primaire complète. La tentative de
réforme du système de la parenthèse républicaine fut brisée par la dictature militaire
franquiste qui prolongea la situation antérieure pendant plusieurs décennies. Il fallut
attendre la Loi Générale de l’Éducation (1970), les accords de la Moncloa (1977,
l’année de la transition à la démocratie), et la première législature socialiste (1982-1986) pour qu’un véritable élan soit donné à l’enseignement public, ainsi d’ailleurs
qu’au financement public de la majeure partie de l’enseignement privé, rendant enfin effective l’éducation obligatoire.
Depuis lors, d’importants changements se sont produits. L’enseignement privé a
connu un processus de sécularisation : soumission à la Constitution, aux lois et aux
réformes éducatives, assujettissement des conventions (qui conditionnent les sub-ventions publiques à un ensemble de règles clairement définies), plus grand rôle ac 67
cordé aux professeurs et aux parents dans la gestion, la liberté du choix de l’enseignement religieux, la distension des liens entre de nombreux établissements (qui deviennent des fondations, etc.) et les ordres religieux fondateurs et enfin le développement d’un secteur croissant d’établissements laïques au profil différent (élitistes,
libéraux, rénovateurs ou simples formes d’emploi indépendant des enseignants).
L’école publique a connu, pour sa part, un processus endogène de détérioration. Si
l’amélioration des conditions de travail et de salaire des enseignants a été spectaculaire au cours des trois dernières décennies, ses effets d’abord positifs ont ensuite
conduit à une situation que l’on pourrait qualifier de « privilège du fonctionnariat »,
un repli sur les acquis accompagné d’une démoralisation, d’une inefficacité croissante, d’une chute de la participation et d’un discrédit indifférencié de l’éducation
publique.
Le repositionnement des trois réseaux scolaires î º le réseau public, le réseau privé sous contrat et le réseau privé hors contrat î º toujours en cours et dû à la diffusion
de l’enseignement obligatoire, à la réforme globale et à l’arrivée d’élèves issus de
l’immigration, s’avère plus important encore que ces deux processus relativement
indépendants que sont la sécularisation de l’enseignement privé d’une part, et la détérioration de l’enseignement public d’autre part. La mise en place effective de l’enseignement obligatoire s’est traduite par l’incorporation dans l’enseignement primaire et dans une moindre mesure, dans le secondaire, de groupes qui auparavant
n’y avaient pas accès, notamment la minorité gitane, très importante en Espagne. Par
la suite, la réforme compréhensive (avec l’élargissement du tronc commun qui est
passé en 1970 de 10 à 14 ans puis à 16 ans en 1990), s’est traduite par le remplacement d’un baccalauréat unique, bien qu’enseigné généralement dans les établissements publics, par le certificat d’Éducation Générale de Base (sanctionnant dix années de scolarité) d’abord, puis par le certificat d’Enseignement Secondaire Obligatoire (ESO, deux années de plus) ensuite. Enfin, l’arrivée, essentiellement dans les
établissements publics, d’élèves issus de l’immigration, avec une augmentation de
cinquante pour cent pour les deux dernières années et d’un tiers pour les années précédentes, (on évalue à une multiplication par dix la croissance de cette catégorie
d’élèves sur une décennie), a totalement pris au dépourvu une école qui n’était absolument pas préparée à la multiculturalité et a provoqué un white flight massif, surtout
dans les grandes villes.
Durant une dizaine d’années, l’école publique et l’école privée ont maintenu pratiquement les mêmes proportions (deux tiers et un tiers respectivement), toutefois
ces chiffres bruts ne doivent pas masquer trois processus cruciaux : le premier est
que l’accès à l’école privée (sous contrat ou purement privée) augmente dans les
grandes villes et au sein des familles les plus favorisées économiquement et culturellement. Le second est que dans l’école privée il y a un déplacement des effectifs de
l’école privée sous contrat vers l’école privée hors contrat. Et le troisième, le plus
important, est que la stabilité apparente des stocks masque des changements majeurs
dans les flux : l’enseignement public perd des élèves des classes supérieures et
moyennes, et reçoit la plupart des élèves des catégories les plus pauvres, devant ainsi assumer l’effort le plus important pour l’intégration des élèves requérant le plus
de soutien.
La loi pour l’éducation décidée par le gouvernement conservateur (LOCE) qui
organisait l’enseignement secondaire obligatoire en itinéraires et accordait une plus
grande autonomie aux établissements, y compris la liberté de ne pas proposer la totalité de ces itinéraires, aurait probablement renforcé cette différenciation, conduisant
peu à peu à une segmentation en trois types d’établissement, avec l’apparition d’une
part, d’établissements protégés, de « bulles » dans lesquelles les classes moyennes
pourraient se mettre à distance des effets des problèmes sociaux les plus aigus, et à
l’autre extrême, d’établissements « ghettos » concentrant les élèves des milieux les
plus défavorisés. Depuis la première rédaction de cet article, le gouvernement a
changé et le Parlement a approuvé une nouvelle loi pour l’éduction. La LOCE n’est
donc plus en vigueur, mais ses orientations pourraient réapparaître, car, outre son
inscription dans la politique néoconservatrice et néolibérale, le choix qu’elle faisait
de la répartition des élèves en filières distinctes à l’intérieur même des établissements avait et a encore l’appui de la majorité du corps enseignant dans le secondaire.
Et son option de permettre la différenciation et spécialisation entre établissement répondait aux vœux de la majorité des établissements privés comme de certains établissements publics.
1. L’ECOLE PRIVEE N’EST PLUS AUSSI PRIVEE,
ET L’ECOLE PUBLIQUE N’EST PLUS AUSSI PUBLIQUE
Les jugements sur le système d’enseignement utilisent bien souvent des arguments polémiques assez sommaires. Ainsi, pour les défenseurs inconditionnels de
l’enseignement public et en particulier pour les fonctionnaires de cette institution, il
est courant de diaboliser l’enseignement privé en le qualifiant de mercantile, de clérical, de pirate, etc. Cependant cette disqualification est peu justifiée par les faits. Il
faut en effet souligner que le marché de la scolarité ne peut être considéré comme tel
que dans un sens très restreint car l’offre n’est pas libre et doit se plier aux conditions de l’enseignement réglementé, et la demande est financée par les fonds publics
sous la forme des contrats. Ce qu’il reste de marché est donc seulement la liberté de
création d’établissements scolaires par les entrepreneurs du secteur et le choix de ces
établissements par les parents, c’est à dire le mécanisme formel de l’offre et de la
demande. Cependant le contenu de l’offre (soumis aux conditions générales requises
pour l’agrément et pour le conventionnement) ainsi que celui de la demande (dépendant de la subvention de la demande et des conditions d’admission) est extrêmement
contraint.
Au milieu des années 1980, le remplacement de la formule des subventions par
le conventionnement des établissements scolaires a entraîné la mise en place d’un
nombre de conditions que les établissements souhaitant être financés totalement ou
en partie par les fonds publics devaient satisfaire : « gratuité de l’enseignement,
création du Conseil Scolaire comme organe principal de gestion et de contrôle,
contrôle dans la sélection du personnel enseignant, adoption des mêmes critères que
ceux utilisés par les établissements publics pour l’admission des élèves, nombre
d’élèves par professeur ne dépassant pas celui fixé par les Communautés Autonomes
et respect des conditions minimales requises pour assurer la qualité de l’enseignement ». Les établissements privés peuvent bien sûr tricher sur une partie de ces
conditions, mais sur une partie seulement. Par ailleurs, « l’attribution de concessions
aux établissements privés est donnée, en priorité, à ceux qui, non seulement répondent à ces conditions, mais aussi répondent aux besoins de scolarisation, accueillent
des élèves de quartiers défavorisés sur le plan social et culturel et mettent en œuvre
des expériences éducatives intéressantes. » (CIDE, 2000 : 88).
TABLEAU 1
REGIME JURIDIQUE DES ETABLISSEMENTS PRIVES PAR COMMUNAUTES AUTONOMES
TABLEAU 1 : REGIME JURIDIQUE DES ETABLISSEMENTS PRIVES PAR COMMUNAUTES AUTONOMES
Chiffres absolus Pourcentages
Total SC Coop PP IFSL SC Coop PP IFSL
Espagne 4986 1054 517 597 2818 21 10 12 57
Andalousie 738 113 67 80 478 15 9 11 65
Aragon 160 26 8 12 114 16 5 8 71
Asturies 97 19 5 3 70 20 5 3 72
Baléares 131 14 8 5 104 11 6 4 79
Canaries 164 52 34 74 4 32 21 45 2
Cantabrie 95 21 11 7 56 22 12 7 59
Castille et León 311 40 8 20 243 13 3 6 78
Castille - La
Mancha 165 16 21 12 116 10 13 7 70
Catalogne 810 192 85 97 436 24 10 12 54
C. Valencienne 545 115 50 87 293 21 9 16 54
Estrémadure 95 12 12 10 61 13 13 11 64
Galice 317 86 27 48 156 27 9 15 49
Madrid 778 266 63 105 344 34 8 13 44
Murcie 139 24 44 16 55 17 32 12 40
Navarre 64 7 9 0 48 11 14 0 75
Pays Basque 334 50 62 16 206 15 19 5 62
La Rioja 31 0 1 0 30 0 3 0 97
Ceuta et Melilla 12 1 2 5 4 8 17 42 33
SC : société commerciale, Coop : coopérative, PP : personne physique, IBNL : institution à but non
lucratif.
Source : INE (2003) et calculs de l’auteur.
INE (2003) et calculs de l’auteur.
Ainsi, les écoles privées ne peuvent être considérées comme de pures entreprises
privées ni par le contenu de leur activité (le Droit par exemple reconnaît leur statut
spécial d’entreprises idéologiques, identique à celui des médias), ni par leur régime
de propriété, ni par leur structure. Le régime légal des établissements privés, selon le
caractère juridique de leur(s) titulaire(s), est indiqué dans le tableau 1. La plupart de
ces établissements sont des « institutions privées à but non lucratif », catégorie qui
comprend, entre autres, l’Église catholique et ses prolongements. Il est à signaler
toutefois qu’un établissement sur dix est une coopérative. D’autre part, figurent dans
les institutions à but non lucratif des fondations, patronages et autres qui ne dépendent pas de l’Église.
TABLEAU 2
ORIENTATION IDEOLOGIQUE DES ETABLISSEMENTS PRIVES PAR COMMUNAUTES AUTONOMES
TABLEAU 2 :ORIENTATION IDEOLOGIQUE DES ETABLISSEMENTS PRIVES PAR COMMUNAUTES AUTONOMES
TOUS RELIGIEUX LAÏQUES TOUS
Sous Sous Sous
Total contrat Privé Total Total contrat Privé Total Total contrat Privé
Espagne 4986 3738 1248 2654 2375 279 2332 1363 969 75,0 53,2
Andalousie 738 575 163 443 409 34 295 166 129 77,9 60,0
Aragon 160 120 40 102 86 16 58 34 24 75,0 63,8
Asturies 97 76 21 67 62 5 30 14 16 78,4 69,1
Baléares 131 107 24 97 90 7 34 17 17 81,7 74,0
Canaries 164 86 78 58 52 6 106 34 72 52,4 35,4
Cantabrie 95 71 24 52 43 9 43 28 15 74,7 54,7
Castille et León 311 241 70 234 202 32 77 39 38 77,5 75,2
Castille -
La Mancha 165 130 35 103 83 20 62 47 15 78,8 62,4
Catalogne 810 751 59 379 374 5 431 377 54 92,7 46,8
C. Valencienne 545 372 173 289 258 31 256 114 142 68,3 53,0
Estrémadure 95 76 19 53 50 3 42 26 16 80,0 55,8
Galice 317 225 92 132 118 14 185 107 78 71,0 41,6
Madrid 778 423 355 327 251 76 451 172 279 54,4 42,0
Murcie 139 104 35 62 54 8 77 50 27 74,8 44,6
Navarre 64 61 3 44 42 2 20 19 1 95,3 68,8
Pays Basque 334 283 51 180 172 8 154 111 43 84,7 53,9
La Rioja 31 27 4 27 24 3 4 3 1 87,1 87,1
Ceuta et Melilla 12 10 2 5 5 0 7 5 2 83,3 41,7
Source : INE (2003) et calculs de l’auteur
INE (2003) et calculs de l’auteur
Le tableau 2 présente la distribution des établissements privés entre religieux et
laïques, et entre établissements sous contrat et hors contrat (privés)
[1]. On peut constater qu’un peu plus de la moitié seulement de l’enseignement non étatique est religieux et que les trois quarts du total sont soutenus par les fonds publics. La différence de quatre points entre le poids des établissements religieux et celui des établissements dépendant d’institutions à but non lucratif représente ce qu’il faudrait ajouter au secteur coopératif pour obtenir ce qui correspondrait à
l’économie sociale
dans ce domaine (cf.
supra).
De plus, il faut ajouter que clérical et marchand ne vont généralement pas ensemble . Contrairement au secteur, minoritaire mais non négligeable, des coopératives et autres catégories semblables, dont une bonne partie manifeste des préoccupations sociales et pédagogiques plutôt progressistes et réformistes, il existe un autre
secteur religieux, pour ne pas dire clérical, et élitiste, pour ne pas dire socialement
ségrégationniste, bien représenté par les établissements de l’Opus Dei et par une partie de l’Ordre des Jésuites. Cependant, la majorité de l’enseignement élitiste (ou
marchand) est séculier, voire laïque, tandis que la masse des établissements religieux ne sont pas élitistes mais populaires, voire destinés explicitement aux catégories les plus défavorisées de la population.
Les établissements sous contrat, qui constituent donc les trois quarts des établissements d’enseignement non étatiques, relevaient jusqu’à récemment d’un régime
spécial de gestion. La Loi Organique du Droit à l’Éducation (LODE) de 1985 les
obligeait à se doter d’un Conseil Scolaire, lequel devait comporter des représentants
des professeurs, des parents d’élèves et des élèves (le nombre de représentants des
professeurs étant égal au total de celui des parents et des élèves, et la somme des
deux ne devant pas être inférieure à la moitié du nombre des membres). Ce Conseil
Scolaire peut intervenir dans des domaines importants tels que la nomination des
directeurs et des professeurs, les conditions d’admission des élèves, les budgets, les
programmes annuels, le règlement intérieur et le contrôle général des activités de
l’établissement scolaire. Il est vrai que ces compétences attribuées aux Conseil Scolaires ont toujours été contestées, rognées voire ignorées par les responsables ou
propriétaires des établissements privés, qui ont souvent fait de la participation à ces
conseils une simple formalité – à peine plus cependant que dans les établissements
publics
[2].
Du côté de l’enseignement public, on doit souligner que celui-ci satisfait de
moins en moins ses utilisateurs. L’étude de la distribution des élèves entre l’école
publique et l’école privée montre ce que les familles choisissent
quand elles peuvent
le faire et non pas ce qu’elles préfèrent ou ce qu’elles pensent réellement. En général, la satisfaction des parents et celle de toutes les personnes concernées par les établissements d’enseignement est nettement inférieure dans l’enseignement public que
dans l’enseignement privé ou dans l’enseignement sous contrat. D’après le graphique 1, les jugements positifs sur la qualité de l’établissement sont sensiblement plus
élevés chez les parents dont les enfants fréquentent des établissements sous contrat
(88 % plutôt d’accord ou tout à fait d’accord avec le jugement positif) que chez ceux
dont les enfants fréquentent les établissements scolaires publics, que ce soient des
lycées d’enseignement secondaire (65 %) ou des écoles primaires (74 %)
[3] ; et cette
différence s’accentue si on compte uniquement les parents qui se montrent
très satisfaits (50,22 et 33 % respectivement).
Il en est de même en ce qui concerne les élèves (Graphique 2 - seuls les élèves
les plus âgés, ceux de l’enseignement secondaire, ont été interrogés) : on compte
88 % d’élèves plutôt ou tout à fait d’accord avec le jugement positif sur leur établissement dans les collèges sous contrats contre 65 % pour les collèges publics (ou 33
et 20 % en comptant seulement ceux qui sont tout à fait d’accord).
GRAPHIQUE 1
PARENTS
INCE (2002)
La distribution des élèves entre l’enseignement étatique î º deux tiers î º et
l’enseignement sous contrat et privé – un tiers – ne peut être interprétée comme un
indicateur des préférences familiales en général, mais seulement de leurs préférences
compte tenu des contraintes, c’est à dire des choix de ceux qui peuvent choisir. Sans
une enquête récente (Pérez Díaz et al., 2001), il a été demandé aux parents d’élèves
d’établissements publics s’ils choisiraient un établissement scolaire privé pour
l’éducation de leurs enfants s’ils en avaient les moyens. Ont répondu oui « certainement » 19 % des parents, et 14 % oui « probablement ». Si ces choix pouvaient
s’exercer, le pourcentage des élèves dans l’enseignement non étatique (privé et sous
contrat) serait de l’ordre de 54 % du total.
TABLEAU 3
TYPE D’HABITAT ET TYPE D’ETABLISSEMENT
TABLEAU 3 : TYPE D’HABITAT ET TYPE D’ETABLISSEMENT
Taille de la localité de résidence (quintiles)
1 2 3 4 5
établissement public 86 76 65 55 39
établissement privé 2 5 6 3 9
établissement sous contrat 12 19 28 41 52
N 181 176 176 175 183
Source : Pérez Díaz et al (2001) : 180
Pérez Díaz et al (2001) : 180
Nous savons par ailleurs que plus le lieu de résidence est urbain et le niveau
culturel de la famille élevé, plus le pourcentage d’élèves dans l’enseignement sous
contrat ou privé est important. Le tableau 3 montre le pourcentage d’élèves scolarisés dans les différents types d’établissements selon la taille de la localité (en quintiles). Ce résultat bien connu est souvent utilisé comme argument critique contre
l’enseignement privé pour affirmer qu’il ne crée d’établissements que là où ils sont
financièrement rentables. Mais on peut l’interpréter d’une autre manière : considérer, d’une part, que la prédominance de l’enseignement public est due en partie à
l’absence d’offre de l’enseignement privé (principalement sous contrat) dans certaines zones ; en tirer l’hypothèse, d’autre part, que le temps joue en faveur de
l’enseignement privé car ce sont les villes et non les zones rurales qui définissent les
tendances d’évolution. Quoi qu’il en soit, tout semble bien indiquer que pour les parents, la fréquentation de l’école privée ou sous contrat correspond plus fréquemment à un choix effectif, tandis que la fréquentation de l’école publique est plutôt
l’effet des circonstances locales et des contraintes.
Le tableau 4 montre la distribution des élèves dans les différents types d’établissements selon le niveau culturel de la famille évalué par trois indicateurs : le niveau
d’études de la personne interrogée (personne qui suit les études de l’élève), sa participation à des activités culturelles pendant la période de scolarité considérée, et
l’accès à l’informatique à la maison. Malgré les limites de ces indicateurs, la tendance des familles d’un niveau culturel plus élevé à se tourner vers l’école privée est
très nette.
D’autre part, comme indiqué dans le tableau 5, les trois quarts des familles dont
les enfants fréquentent l’école sous contrat ont envisagé d’autres établissements, tout
comme l’ont également fait la grande majorité des parents dont les enfants fréquentent l’école privée. Ce qui n’est pas le cas, à l’inverse, des trois quarts des parents
dont les enfants vont à l’école publique ; lesquels peuvent, il est vrai, avoir délibérément choisi la proximité et l’établissement public, sans envisager les autres établissements à leur portée. Cette plus grande amplitude des choix envisagés par les
parents des établissements non étatiques est sans aucun doute due pour une part au
fait qu’il s’agit de catégories qui peuvent exercer ces choix (du fait de leur lieu de
résidence, de leurs revenus et de l’information dont ils disposent) ; mais pour une
autre part également, de leur intérêt pour la question.
TABLEAU 4
NIVEAU CULTUREL DE LA FAMILLE ET TYPE D’ETABLISSEMENT
TABLEAU 4 : NIVEAU CULTUREL DE LA FAMILLE ET TYPE D’ETABLISSEMENT
Type d’établissement scolaire de
l’enfant (% horizontaux)
Sous
Public Privé contrat N
TOTAL 64 5 31 900
Études suivies par la personne interrogée 84 1 15 174
Études Primaires non terminées 69 4 28 311
Études Primaires terminées 62 4 34 239
Études secondaires terminées 40 13 48 176
Études Universitaires
Au cours de cette année, la personne interrogée a assisté à des activités culturelles
(théâtre, concert, visite de musées)
Oui 53 8 39 208
Non 68 4 28 691
Ordinateur et Internet à la maison
Ordinateur et Internet 45 12 43 201
Ordinateur seulement 61 5 34 332
Ni l’un ni l’autre 77 2 21 367
Source : Pérez Díaz et al (2001) : 182
Pérez Díaz et al (2001) : 182
TABLEAU 5
OPTIONS CONSIDEREES
TABLEAU 5 : OPTIONS CONSIDEREES
Options Public Privé Sous contrat N
1 73 4 23 486
2 59 6 35 135
3 54 2 43 152
4 52 9 39 59
5 54 17 29 26
> 5 32 13 55 40
Source : Pérez Díaz et al (2001) : 182
Pérez Díaz et al (2001) : 182
Pourquoi cette préférence pour l’enseignement privé ou sous contrat face à l’enseignement public ? Tout comme pour les processus migratoires, une partie des causes est à rechercher du côté de l’attraction, pull, de l’établissement de destination, et
une autre partie du côté de la répulsion, push, vis à vis de l’établissement d’origine.
Examinons tout d’abord rapidement le second aspect. Les causes de rejet des établissement publics qui sont le plus fréquemment avancées par les critiques sont : la
présence croissante d’élèves issus de milieux marginaux, de bas niveau scolaire, de
comportement problématique, d’immigrants. Quelle que soit la réalité de la situation
des établissements publics, ces représentations qui structurent l’opinion publique ou
une partie d’entre elle influent sur les décisions des familles. Mais la prise en compte
de ces éléments exogènes ne saurait nous faire oublier d’autres problèmes endogènes
qui concernent spécifiquement l’enseignement étatique (et non le privé). Les enquêtes
mentionnent ainsi des caractéristiques des établissement publics tels que, la réduction
et/ou la compression du calendrier et des horaires scolaires, les taux comparativement
élevés d’absentéisme et de conflictualité au sein du personnel enseignant, la tendance à
se désintéresser des activités, des temps et des espaces non strictement scolaires,
l’instabilité des équipes enseignantes, l’absence fréquente de projets éducatifs de
l’établissement, assumés et concrets, l’immunité et l’impunité des professeurs incompétents ou au comportement problématique, la moindre attention portée à la discipline,
le manque d’autonomie et d’autorité des équipes de direction, etc.
[4]
2. LE DOUBLE ET LE TRIPLE RESEAU SCOLAIRE
Pour bien comprendre les caractéristiques du système d’enseignement en Espagne, on ne doit pas s’en tenir à notre sens, aux caractéristiques de chacun des secteurs, il est essentiel de considérer leurs différences et leurs relations.
TABLEAU 6
SCOLARISATION PRIVEE ET CLASSE SOCIALE ( AUTO - IDENTIFIEE )
TABLEAU 6 : SCOLARISATION PRIVEE ET CLASSE SOCIALE ( AUTO - IDENTIFIEE )
Auto-identification de classe %
Haute et moyenne-haute 76
Moyenne 51
Moyenne-basse 41
Ouvrière 32
Total 41
Source : « Instituto Oikos » (1983)
« Instituto Oikos » (1983)
Quand l’enseignement primaire était en Espagne un service dépourvu de moyens
et le seul accessible aux classes populaires, les classes moyennes et moyennes -
supérieures s’arrangeaient pour envoyer leurs enfants dans des établissements privés
(payants) pour les études primaires et dans les lycées publics pour les études secondaires (et, le cas échéant à l’Université publique également). Ce qui était important, à cette époque tout comme aujourd’hui, ce n’était pas tant le caractère privé ou
public, étatique ou non, des établissements d’enseignement (excepté pour les milieux catholiques les plus conservateurs) que leur caractère d’exclusivité. Tant que
les établissements publics (les lycées et à fortiori, l’Université), ont assuré eux-mêmes cette exclusivité, ces classes sociales ne se sont pas tournées vers les établissements privés, à l’exception de la minorité constituée par la classe supérieure (ayant
recours aux collèges privés d’enseignement secondaire et aux rares établissements
universitaires privés, ceux des Jésuites ou de l’Opus Dei). Ce qui est nouveau, surtout à partir des réformes compréhensives (c’est-à-dire de la Loi Générale de
l’Éducation – LGE – de 1970 qui fit passer la durée du tronc commun à 8 années,
ainsi que de la Loi d’Organisation Générale du Système Éducatif – LOGSE – qui le
fit passer à 10 années), c’est l’utilisation massive par les classes moyennes, « fonctionnelles » (professionnels, cadres, techniciens, fonctionnaires, employés de bureau, etc.) de l’école privée et sous contrat comme moyen de différenciation.
Le fait que l’école privée ou sous contrat soit, dans une large mesure, une
école
de classe n’est ni une nouveauté ni une découverte, mais plutôt un fait constant et
reconnu de l’histoire espagnole. Le tableau 6 montre le rapport entre la scolarisation
privée et la classe sociale d’après une enquête de 1982 où il était demandé aux personnes interrogées de choisir la classe sociale à laquelle elles appartenaient. Le tableau 7 indique le pourcentage d’élèves issus de la « classe capitaliste » (chefs
d’entreprises avec salariés : CAP), de la petite bourgeoisie traditionnelle (PTB), des
cadres supérieurs (CPD), des cadres moyens (CMS) et de la classe ouvrière (CO) qui
fréquentaient l’école privée en 1990. On peut en rapprocher le tableau 4 supra montrant la relation entre secteur de scolarisation et niveau socioculturel des parents
[5].
TABLEAU 7
SCOLARISATION PRIVEE ET CLASSE SOCIALE )
( ASSIGNEE SELON LA POPULATION OCCUPEE )
TABLEAU 7 : SCOLARISATION PRIVEE ET CLASSE SOCIALE )
( ASSIGNEE SELON LA POPULATION OCCUPEE )
Cap. PBT CPD CMS CO Toutes
Maternelle 47,5 32,9 56,5 47,2 30,6 38,5
EGB (Primaire) 42,3 30,3 69,8 52,2 23,7 35,0
BUP/COU (Secondaire) 33,9 29,9 54,4 30,7 17,3 30,0
FP Formation professionnelle 35,7 28,3 27,8 37,8 30,6 31,3
Source : Calero y Bonal (1999), d’après l’EPF
Calero y Bonal (1999), d’après l’EPF
Le tableau 8 présente la distribution des classes du primaire
[6] par communautés
autonomes et par provinces. La dernière colonne présente la différence entre le pourcentage de l’enseignement privé et sous contrat dans la communauté ou province et
dans l’ensemble du pays. On constate que quatre communautés autonomes î º le Pays
basque, Madrid, la Catalogne et les Baléares î º se situent très au-dessus de la
moyenne tandis que d’autres comme Estrémadure, Castille-La Mancha, les Canaries
ou l’Andalousie sont nettement en dessous. Les premières sont les communautés les
plus riches et les dernières les plus pauvres. On retrouve ce résultat au niveau des
provinces : les provinces basques viennent en tête quant au poids plus fort de
l’enseignement privé et sous contrat (Guipuzcoa et Biscaye, suivies d’Alava), puis
les deux grandes métropoles (Barcelone et Madrid), les communautés uniprovinciales les plus riches (Îles Baléares, Navarre, Cantabrie), certaines capitales de région
(Valladolid, Saragosse, Valence) ; à l’opposé, du côté du poids le plus faible, on
trouve les provinces « oubliées » (Cuenca, Teruel, Almeria, Huelva…).
TABLEAU 8
DISTRIBUTION DES CLASSES D’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE PAR TYPE D’ETABLISSEMENT
TABLEAU 8 : DISTRIBUTION DES CLASSES D’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE PAR TYPE D’ETABLISSEMENT
%
Total Public Non public public non public Diff
TOTAL 119603 85511 34092 71,5 28,5 0,0
Andalousie 25180 20012 5168 79,5 20,5-8,0
Almeria 1950 1732 218 88,8 11,2-17,3
Cadix 3930 3077 853 78,3 21,7-6,8
Cordoue 2647 2140 507 80,8 19,2-9,4
Granada 2972 2251 721 75,7 24,3-4,2
Huelva 1650 1409 241 85,4 14,6-13,9
Jaén 2361 1972 389 83,5 16,5-12,0
Malaga 4222 3169 1053 75,1 24,9-3,6
Séville 5448 4262 1186 78,2 21,8-6,7
Aragon 3350 2325 1025 69,4 30,6 +2,1
Huesca 634 512 122 80,8 19,2-9,3
Teruel 523 475 48 90,8 9,2-19,3
Saragosse 2193 1338 855 61,0 39,0 10,5
Asturies* 2671 1972 699 73,8 26,2-2,3
Baléares* 2301 1469 832 63,8 36,2 +7,7
Canaries 5871 4668 1203 79,5 20,5-8,0
Palmas (Las) 3167 2584 583 81,6 18,4-10,1
Santa Cruz de Tenerife 2704 2084 620 77,1 22,9-5,6
Cantabrie* 1522 1010 512 66,4 33,6 +5,1
Castille et León 7361 5451 1910 74,1 25,9-2,6
Avila 602 511 91 84,9 15,1-13,4
Burgos 939 610 329 65,0 35,0 +6,5
León 1487 1157 330 77,8 22,2-6,3
Palencia 505 372 133 73,7 26,3-2,2
Salamanque 1100 828 272 75,3 24,7-3,8
Ségovie 482 411 71 85,3 14,7-13,8
Soria 268 210 58 78,4 21,6-6,9
Valladolid 1359 837 522 61,6 38,4 +9,9
Zamora 619 515 104 83,2 16,8-11,7
Castille-La Mancha 5935 5001 934 84,3 15,7-12,8
Albacete 1266 1079 187 85,2 14,8-13,7
Ciudad Real 1644 1392 252 84,7 15,3-13,2
Cuenca 717 668 49 93,2 6,8-21,7
Guadalajara 520 422 98 81,2 18,8-9,7
Tolède 1788 1440 348 80,5 19,5-9,0
Catalogne 16182 10108 6074 62,5 37,5 +9,0
Barcelone 11688 6710 4978 57,4 42,6 +14,1
Gérone 1623 1198 425 73,8 26,2-2,3
Lérida 1110 851 259 76,7 23,3-5,2
Tarragone 1761 1349 412 76,6 23,4-5,1
Communauté Valencienne 11824 8447 3377 71,4 28,6 +0,1
Alicante 4259 3308 951 77,7 22,3-6,2
Castellón 1360 1108 252 81,5 18,5-10,0
Valence 6205 4031 2174 65,0 35,0 +6,5
Estrémadure 3903 3297 606 84,5 15,5-13,0
Badajoz 2441 2068 373 84,7 15,3-13,2
Caceres 1462 1229 233 84,1 15,9-12,6
Galice 8066 6224 1842 77,2 22,8-5,7
Corogne (La) 3166 2425 741 76,6 23,4-5,1
Lugo 1026 873 153 85,1 14,9-13,6
Orense 889 677 212 76,2 23,8-4,7
Pontevedra 2985 2249 736 75,3 24,7-3,8
Madrid* 13384 7711 5673 57,6 42,4 +13,9
Murcie* 3960 3062 898 77,3 22,7-5,8
Navarre* 1546 1043 503 67,5 32,5 +4,0
Pays basque 5361 2848 2513 53,1 46,9 +18,4
Alava 783 489 294 62,5 37,5 +9,0
Guipuzcoa 1795 897 898 50,0 50,0 +21,5
Biscaye 2783 1462 1321 52,5 47,5 +19,0
Rioja (La)* 727 512 215 70,4 29,6 +1,1
Ceuta et Melilla 459 351 108 76,5 23,5-5,0
Ceuta 225 165 60 73,3 26,7-1,8
Melilla 234 186 48 79,5 20,5-8,0
Non public = privé + sous contrat. Comprend les classes d’enseignement primaire et les classes
mixtes maternelle/primaire
% Diff = Pourcentage de l’enseignement non public dans la communauté ou dans la province
moins le pourcentage national.
Source : INE (2003) et élaboration de l’auteur
*Autonomies uniprovinciales
INE (2003) et élaboration de l’auteur
Il convient d’ajouter que les taux élevés de la scolarisation privée en Catalogne
et au Pays basque sont dus non seulement au niveau de vie dans ces régions mais
également aux particularités de leur nationalisme local. Celui-ci a cependant généré
un curieux mouvement pendulaire. Pendant la dictature, au cours de la transition politique et durant les premières années de la démocratie, un certain nombre d’écoles
privées furent créées sous l’impulsion du mouvement nationaliste, dans les interstices de la loi, afin de développer l’enseignement dans la langue vernaculaire ; certaines ont ensuite rejoint le réseau de l’enseignement public de la communauté autonome. Les gouvernements nationalistes ont utilisé durant les vingt-cinq dernières
années tous les instruments en leur pouvoir pour faire, de manière souvent fort sectaire, de l’école publique un outil de construction nationale, affirmant un monolinguisme croissant en catalan et en basque ; une partie de l’école privée est alors devenue dans la période récente le refuge des castillanophones ou de ceux qui préfèrent
des formules d’enseignement linguistique différentes ou moins radicales.
L’échelle provinciale n’est cependant pas assez précise pour apprécier vraiment
la polarisation croissante entre l’école étatique et la non étatique, car les communau-79
tés et provinces les plus riches et les grandes villes, en tête dans le processus de privatisation, sont elles-mêmes des espaces bigarrés, mélanges complexes de différentes classes sociales. Même s’il est impossible d’affiner l’analyse autant que nous le
souhaiterions, l’étude détaillée d’une province-communauté comme celle de Madrid
s’avère très intéressante et symptomatique. Le tableau 9 présente la distribution des
élèves dans les trente municipalités les plus peuplées de la Communauté Autonome
de Madrid. Les municipalités sont ordonnées selon le niveau de revenu (revenu disponible par habitant, exprimé en euros puis en indice de base 100), le tableau indique le pourcentage d’élèves de l’enseignement primaire, puis du secondaire, dans
l’ensemble des établissements privés et sous contrat ; figure ensuite la distribution
des classes entre établissements étatiques, sous contrat et privés, dans le primaire
puis dans le secondaire obligatoire. Ces deux ensembles d’indicateurs ne sont pas
identiques, le premier est plus précis puisqu’il porte sur le nombre d’élèves, le second offre cependant l’avantage de pouvoir distinguer les établissements strictement
privés des établissements sous contrat.
On constate une forte corrélation entre le niveau des revenus et le type de scolarité, particulièrement nette si l’on examine les lignes extrêmes du tableau. En effet,
tandis que Pozuelo de Alarcón, la municipalité la plus riche, affiche à peine 14,50 %
d’élèves de primaire et 18,80 % d’élèves de secondaire dans l’école étatique, Parla,
la plus pauvre de ces grandes municipalités, en affiche respectivement 89,50 % et
91,10 %
[7]. Le tableau montre aussi l’importance de la distinction opérée ici entre les
trois types d’établissement, puisqu’on note que dans les municipalités les plus riches, c’est l’enseignement strictement privé, celui que les familles paient intégralement, qui s’écarte le plus de la moyenne nationale, avec un poids qui s’approche ou
dépasse celui de l’enseignement public ou sous contrat.
TABLEAU 9
DISTRIBUTION DES ELEVES ET DES CLASSES D’ENSEIGNEMENT OBLIGATOIRE
TABLEAU 9 : DISTRIBUTION DES ELEVES ET DES CLASSES D’ENSEIGNEMENT OBLIGATOIRE
DANS LES 30 VILLES LES PLUS PEUPLEES DE LA COMMUNAUTE DE M ADRID
Pop.
DÉSIGNATION mun. 02 RD pc, € RD100 Al EP Al ES UEEP UCEP UPrEP UEES UCES UPrES
Com. autonome de Madrid 5527152 11543,9 100,0 46,1 43,2 44,3 23,0 32,6 45,4 22,6 32,0
Pozuelo de Alarcón 71246 19858,4 172,0 85,0 77,7 14,5 18,1 67,4 18,8 19,2 62,0
Rozas de Madrid (Las) 62527 17428,3 151,0 59,1 47,0 34,0 15,0 51,0 46,6 9,2 44,3
Majadahonda 52864 17373,0 150,5 36,7 30,7 56,2 16,2 27,7 63,3 12,2 24,5
Boadilla del Monte 27145 17111,2 148,2 76,9 78,9 23,9 0,0 76,1 22,0 0,0 78,0
Torrelodones 15916 16876,4 146,2 48,5 31,8 47,6 9,5 42,9 55,0 10,0 35,0
Tres Cantos 37688 15651,8 135,6 23,3 27,5 73,3 0,0 26,7 69,8 0,0 30,2
Alcobendas 95104 14973,4 129,7 57,2 52,6 38,5 10,4 51,1 41,0 8,6 50,4
Villaviciosa de Odón 21461 14050,1 121,7 70,7 64,1 25,6 14,6 59,8 36,8 0,0 63,2
Algete 16011 13901,1 120,4 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0
Galapagar 24927 13111,0 113,6 28,9 16,9 69,7 0,0 30,3 81,8 0,0 18,2
Madrid 3016788 12343,5 106,9 66,0 64,0 25,9 33,0 41,1 26,1 33,1 40,8
Rivas-Vaciamadrid 35660 12265,6 106,3 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0
San Sebastián de los RR. 60323 11406,7 98,8 16,7 24,6 84,7 0,0 15,3 74,2 0,0 25,8
Colmenar Viejo 35664 11238,5 97,4 14,4 10,6 78,8 10,6 10,6 82,2 8,9 8,9
Collado Villalba 48885 10538,7 91,3 17,8 26,6 77,6 3,9 18,4 61,5 16,9 21,5
Alcalá de Henares 179602 9533,0 82,6 29,4 25,0 57,5 21,3 21,3 62,9 18,5 18,7
Alcorcón 149594 9529,7 82,6 42,5 36,4 47,4 22,4 30,2 51,4 20,7 27,9
Coslada 79862 9445,0 81,8 6,2 4,8 89,8 5,1 5,1 91,3 4,3 4,3
Aranjuez 40928 9433,7 81,7 50,3 48,7 37,6 31,2 31,2 42,6 23,5 33,9
Pinto 31737 9370,5 81,2 50,0 47,2 34,9 32,6 32,6 37,8 31,1 31,1
San Fernando de Henares 36658 9346,8 81,0 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0
Valdemoro 34163 9255,4 80,2 25,1 24,8 77,5 0,0 22,5 72,4 6,9 20,7
Getafe 153868 9238,5 80,0 37,9 32,7 50,5 22,2 27,3 55,1 21,0 23,9
Torrejón de Ardoz 101056 9101,9 78,9 17,7 16,7 75,4 10,7 13,8 76,3 10,1 13,6
Arganda 33945 8840,0 76,6 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0
Móstoles 198819 8754,2 75,8 13,6 13,0 81,3 7,6 11,1 82,4 6,5 11,1
Mejorada del Campo 17560 8670,7 75,1 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0 100,0 0,0 0,0
Leganés 174436 8600,7 74,5 14,7 14,9 79,0 7,9 13,1 77,6 8,8 13,5
Fuenlabrada 179735 8179,7 70,9 21,7 18,6 67,1 15,3 17,6 71,2 12,8 16,0
Parla 80545 7512,7 65,1 6,8 5,2 89,5 5,3 5,3 91,1 4,4 4,4
Pop. mun. 02 : Population recensée en 2002. RD/h : Revenus disponibles I dans la ville. R 100 :
indice des revenus sur la base 100
Al EP : Pourcentage d’élèves de l’enseignement primaire dans des établissements privés ou sous
contrat. Al ES : idem pour l’enseignement secondaire.
UEEP, UCEP, UPrEP : Pourcentage de classes d’enseignement primaire dans les établissements
étatiques, sous contrat, privés. UEES, UCES, UPrES : idem pour le secondaire.
Source : IECM (2003), pour les revenus disponibles (2003) pour la scolarisation et élaboration de l’auteur.
IECM (2003), pour les revenus disponibles (2003) pour la scolarisation et élaboration de l’auteur.
TABLEAU 10
DISTRIBUTION PAR DISTRICT DES ELEVES DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
TABLEAU 10 : DISTRIBUTION PAR DISTRICT DES ELEVES DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
DANS LES RESEAUX SCOLAIRES (V ILLE DE M ADRID )
E. publics E. sous contrat E. privés
Districts R96,€ R10 %NoE %Pr
Cent Uds Als. Cent Uds Als. Cent Uds Als.
TOTAL 1650 7 230 2405 50306 263 3090 80118 62 742 17902 66,1 12,1
Chamartín 2278 10 9 88 1728 16 288 7877 20 175 3836 87,1 28,5
Chamberí 2191 10 6 53 1061 13 158 3996 5 41 855 82,1 14,5
Salamanca 2169 10 3 30 544 17 242 6321 1 6 49 92,1 0,7
Retiro 2146 10 6 61 1383 11 144 3927 2 18 454 76,0 7,9
Moncloa-Aravaca 2051 9 9 77 1531 13 159 4144 0 114 2905 82,2 33,9
Fuencarral-El Pardo 1770 7 20 211 4436 12 179 4725 1 20 629 54,7 6,4
Tetuán 1758 7 8 76 1423 10 103 2633 0 0 0 64,9 0,0
Arganzuela 1742 7 8 104 2431 8 84 2189 0 0 0 47,4 0,0
Ciudad Lineal 1699 7 12 114 2310 23 270 7003 10 121 2875 81,0 23,6
Centro 1676 7 9 72 1429 11 100 2367 1 18 497 66,7 11,6
Barajas 1675 7 3 48 1032 2 18 386 1 9 190 35,8 11,8
Moratalaz 1580 6 10 131 2845 5 72 1998 1 12 280 44,5 5,5
Hortaleza 1569 6 13 136 2894 10 102 2603 6 110 2893 65,5 34,5
Latina 1478 6 20 201 3739 21 247 6060 2 30 753 64,6 7,1
Carabanchel 1394 5 17 167 3632 22 213 5360 0 0 0 59,6 0,0
San Blas 1308 5 12 116 2299 11 122 3166 2 34 858 63,6 13,6
Villa de Vallecas 1303 5 7 102 2330 5 36 977 1 12 311 35,6 8,6
Usera 1257 5 11 104 2055 16 159 4107 0 0 0 66,7 0,0
Villaverde 1251 5 18 186 4010 10 101 2514 1 13 304 41,3 4,5
Puente de Vallecas 1188 4 25 271 5900 23 250 6680 1 9 213 53,9 1,7
Vicálvaro 1169 4 4 57 1294 4 43 1085 0 0 0 45,6 0,0
R96 : Revenus disponibles par habitant en 1996, en milliers de ptas. N96 : Niveau de revenus en
1996. Cent, Uds, Als : Établissements, classes, élèves.
%NoE, %Pr : Pourcentage d’élèves d’établissements non publics (privés et sous contrat) et
d’établissements strictement privés (hors contrat).
Source : Mairie de Madrid (2000), pour les revenus disponibles, (2003) pour la scolarisation et élaboration de l’auteur
Mairie de Madrid (2000), pour les revenus disponibles, (2003) pour la scolarisation et élaboration de l’auteur
Le tableau 10 présente la distribution par type d’école des établissements, des
classes et des élèves de l’enseignement primaire pour l’année scolaire 1999-2000
des districts administratifs de la ville de Madrid, classés d’après leurs revenus
moyens par habitant (en euros ou en indice, base 10 égale au maximum) pour 1996.
Ces données montrent que si l’ensemble de l’enseignement non étatique regroupe
les deux tiers des élèves de toute la capitale, dans les quartiers les plus riches (en général au nord et à l’ouest), ce poids atteint entre quatre-vingt et quatre-vingt dix pour
cent ; tandis que dans les quartiers les plus pauvres (en général au sud et à l’est),
l’enseignement privé et sous contrat ne regroupe que moins de la moitié des élèves,
atteignant un poids minimum d’un tiers seulement. Quant à l’enseignement strictement privé qui dans l’ensemble de la capitale représente à peine douze pour cent des
élèves, il en concerne jusqu’au tiers dans certains quartiers.
Soulignons que les données présentées ne permettent pas d’analyser de façon
précise le lien entre résidence des élèves et type de scolarisation, mais seulement de
mettre en évidence les principales disparités. En effet, il n’y a en général de lien direct entre le lieu de scolarisation de l’élève et le domicile de la famille, que pour
l’enseignement public. Tous les établissements privés et presque tous les établissements sous contrat offrent en effet des services (payants) de transport scolaire – les
dites
routes qui contribuent tant aux embouteillages matinaux î º, tandis que les établissements publics ne proposent ces services qu’à titre exceptionnel pour les élèves
domiciliés dans des communes très petites ou dispersées, où le droit au transport
gratuit est prévu pour les élèves de l’enseignement obligatoire. Dans l’ensemble des
établissements financés par les fonds publics (enseignement étatique et sous
contrat), la proximité du domicile familial est le premier critère de recrutement des
élèves, le contrôle étant plus strict dans les établissements étatiques. Nul n’ignore
que les justificatifs de domicile présentés par les familles pour inscrire leurs enfants
dans un établissement financé par les fonds publics ne correspondent pas toujours à
la réalité (le domicile déclaré est celui des grands-parents ou d’un autre membre de
la famille ou d’un ami, ou le cas échéant le lieu de travail)
[8]. Logiquement, cette
stratégie est plutôt utilisée par la classe moyenne, qui est plus informée, qui donne
plus d’importance à l’école comme instrument dans la compétition sociale et qui a
davantage de possibilités d’utilisation des ressources de son environnement (car les
actifs de cette classe travaillent souvent dans des zones d’activité tertiaire plus centrales et non industrielles, et en indépendants. Les ménages comptent souvent deux
actifs, les horaires de travail sont moins contraignants et les moyens individuels de
transport meilleurs, ils ne déclarent qu’une partie de leurs revenus, etc.). Par conséquent, cette stratégie de manipulation de l’adresse joue vraisemblablement plus pour
l’accès à l’enseignement sous contrat, puisque plus le niveau économique, social et
culturel est élevé, plus les familles se tournent vers ce type d’enseignement. De récentes modifications apportées à la réglementation des conditions d’admission dans
un établissement permettent d’ailleurs de prendre en compte le lieu de travail de l’un
des deux parents de façon équivalente au lieu de résidence, répondant ainsi à la demande d’une partie d’entre eux, ainsi qu’à une tentative de sauvegarde de certains
établissements du centre ancien. Dans l’ensemble, 32 % des élèves de l’enseignement privé et sous contrat utilisent le transport scolaire à Madrid contre 7 % des élèves de l’enseignement public (Données pour l’année scolaire 1999-2000, IECM,
2003c).
Un autre aspect intéressant de cette question tient au fait qu’en Espagne, compte
tenu du poids considérable de l’enseignement non étatique, les mécanismes de ce
qu’on pourrait nommer l’écologie sociale de la scolarisation sont distincts de ceux
qui opèrent dans des pays comme la France ou le Royaume Uni, où le poids de
l’enseignement étatique est plus important
[9]. Il semble que dans ces pays, une partie
des familles, surtout dans la nouvelle classe des professionnels et cadres dirigeants,
recoure à la mobilité résidentielle pour garantir l’accès de ses enfants aux établissements d’enseignement les plus prestigieux.
3. DES PROPORTIONS STABLES MAIS DES FLUX DIFFERENTS
À la question sur le poids relatif de l’école publique et de l’école privée, la réponse qui vient spontanément est, respectivement, deux tiers/un tiers. Cette proportion résume effectivement le poids de ces deux réseaux, et ce partage est resté stable
durant la dernière décennie, si l’on s’en tient aux chiffres globaux.
Cette stabilité relative dans le moyen terme récent résulte cependant de modifications non négligeables dans le plus long terme. Le tableau 11 présente l’évolution
pour la période 1975-1994, qui couvre la transition entre deux lois organiques portant sur le système éducatif, depuis la mise en application de la LGE (approuvée en
1970) jusqu’à celle de la LOGSE (approuvée en 1990) ainsi que celle entre les deux
régimes politiques, depuis la mort de Franco (1975) jusqu’à la fin du premier gouvernement socialiste (1993).
On note une augmentation sensible du poids de l’école publique dans
l’enseignement « de base » (primaire et premier cycle de l’enseignement secondaire
obligatoire) jusqu’au début des années 1990, et une augmentation spectaculaire au
niveau de la maternelle et du reste de l’enseignement secondaire sur toute la période.
TABLEAU 11
ÉVOLUTION DU NOMBRE D’ELEVES INSCRITS DANS LES RESEAUX PUBLICS ET PRIVES
TABLEAU 11 : ÉVOLUTION DU NOMBRE D’ELEVES INSCRITS DANS LES RESEAUX PUBLICS ET PRIVES
POUR LA PERIODE 1975 – 1994
Année scolaire 1975-76 1980-81 1985-86 1990-91 1993-94
Élèves inscrits
Maternelle 920336 1182425 1127348 1005051 1083330
Primaire et 1er cycle du secondaire 5473468 5606452 5594285 4882349 4290578
Secondaire/
Formation Professionnelle 1123657 1649468 1977214 2448946 2617501
% d’élèves inscrits dans les établissements publics
Maternelle 37,7 55,0 62,3 61,5 65,1
Primaire et 1er cycle du secondaire 60,5 63,3 64,7 65,0 65,5
Secondaire/
Formation Professionnelle 46,9 61,8 65,2 70,7 74,2
Source : OEI (1997)
OEI (1997)
La stabilité apparente des
stocks d’ensemble dans les années quatre-vingt-dix ne
doit pas cependant pas cacher la nature et l’intensité des
flux échangés entre les deux
réseaux. Pour les caractériser, le tableau 12 montre la distribution des élèves, dans
les différents cycles
[10], entre l’enseignement étatique et non étatique pour chaque
année scolaire de 1993-94 à 2002-03.
TABLEAU 12
ÉVOLUTION DE L’INSCRIPTION DES ELEVES DANS LE RESEAU PUBLIC ET DANS LE RESEAU
TABLEAU 12 : ÉVOLUTION DE L’INSCRIPTION DES ELEVES DANS LE RESEAU PUBLIC ET DANS LE RESEAU
PRIVE, 1993-2003
93-94 94-95 95-96 96-97 97-98 98-99 99-00 00-01 01-02 02-03
TOUS LES ÉTABLISSE-MENTS 8051040 7864884 7667516 7496288 7309096 7128251 6972500 6882363 6817322 6850827
Maternelle/Pré-scolaire 1083330 1093256 1096677 1115244 1122740 1128861 1133653 1165736 1213659 1277407
E. Primaire/E.G.B. 4280938 4063912 3849991 3137278 2615467 2562785 2524768 2491648 2474261 2480662
E.S.O. 180352 282837 457386 1181466 1686652 1890004 1999581 1941449 1897912 1881660
Baccalauréat 33108 69599 109398 153836 258974 396217 483705 601329 672541 656279
B.U.P. et C.O.U. 1467805 1400555 1259778 1080784 880268 531032 283259 137078 13616 -
F.P. I 407734 360253 301472 232113 169340 69540 2644 - - -
F.P. II 440049 432178 410912 369369 310110 225083 146547 71019 29296 751
C.F. cycle Moyen/Modu. II 14213 21442 29457 48609 75766 119556 158573 191456 210338 224003
C.F. cycle Supérieur/Modu. III 16187 22490 32285 54465 79900 110516 147875 185051 208223 230889
Progr. de Garantie Sociale - - 13996 17229 24273 29019 32976 41550 45116 43548
ÉTABLISS. PUBLICS 5499740 5414105 5311569 5211287 5075308 4911974 4761139 4665801 4596402 4622110
Maternelle/Pré-scolaire 703291 721804 737088 754196 759374 764079 759861 772173 795118 837508
E. Primaire/E.G.B. 2801891 2681829 2553332 2071095 1735180 1707507 1684527 1660087 1645826 1651949
E.S.O. 168070 239269 378230 899802 1231269 1310807 1327937 1277422 1243469 1236284
Baccalauréat 30215 64852 102554 144715 232283 335611 403626 470358 501198 487881
B.U.P. et C.O.U. 1068601 1019855 901847 751384 587103 345664 182560 87996 12594 -
F.P. I 267514 228016 181728 130806 90725 35213 1707 - - -
F.P. II 336138 330259 311302 275208 227672 164159 108016 51472 20753 721
C.F.cycle Moyen /Modu. II 13297 20187 27716 44450 64132 90333 113399 138167 152533 162974
C.F. Gr. Supérieur/Modu. III 14122 19839 27879 45934 64872 85479 112329 137809 155237 174019
Progr. de Garantie Sociale - - 11388 14475 17138 21374 22228 28182 31174 30559
ÉTABLISS. PRIVÉS 2551300 2450779 2355947 2285001 2233788 2216277 2211361 2216562 2220920 2228717
Maternelle/Pré-scolaire 380039 371452 359589 361048 363366 364782 373792 393563 418541 439899
E. Primaire/E.G.B. 1479047 1382083 1296659 1066183 880287 855278 840241 831561 828435 828713
E.S.O. 12282 43568 79156 281664 455383 579197 671644 664027 654443 645376
Baccalauréat 2893 4747 6844 9121 26691 60606 80079 130971 171343 168398
B.U.P. et C.O.U. 399204 380700 357931 329400 293165 185368 100699 49082 1022 -
F.P. I 140220 132237 119744 101307 78615 34327 937 - - -
F.P. II 103911 101919 99610 94161 82438 60924 38531 19547 8543 30
C.F. cycle Moyen /Modu. II 916 1255 1741 4159 11634 29223 45174 53289 57805 61029
C.F. cycle Supérieur/Modu. III 2065 2651 4406 8531 15028 25037 35546 47242 52986 56870
Progr. de Garantie Sociale - - 2608 2754 7135 7645 10748 13368 13942 12989
On constate en premier lieu une chute du nombre total d’élèves dans l’ensemble
des cycles (première ligne) avec un recul de 1,2 million d’élèves inscrits ce qui représente quinze pour cent du total. Cette baisse est due à la chute de la natalité en
Espagne, qui ne s’est redressée que récemment avec le poids croissant de la population immigrée.
Dans l’ensemble, le réseau étatique a augmenté sa part des inscrits jusqu’en
1996-1997, puis celle-ci a diminué, pour augmenter à nouveau légèrement la dernière année. Les faibles variations annuelles (une fois seulement supérieure à un
demi-point) font penser, à première vue, à une concurrence assez stable entre les
deux réseaux. Cependant si l’on examine ce qui s’est passé pour chaque cycle, on a
une image assez différente. En effet, au cours de ces années, la part du réseau étatique a progressé de 1,2 point surtout du fait de son poids croissant dans l’école maternelle (jusqu’en 1999) et dans le cycle du nouveau baccalauréat, qui, n’entrant pas
dans le champ des contrats d’enseignement, sont des cycles pour lesquels les parents
qui choisissent l’enseignement privé pour leurs enfants doivent le financer complètement. Une autre progression plus timide et moins continue est celle de la part du
public dans le primaire, due probablement à la progression de la scolarisation de certains groupes marginaux comme les gitans.
Dans la même période, le réseau public a perdu continuellement des points dans
l’Éducation Secondaire Obligatoire (ESO, le cycle actuellement le plus conflictuel
puisqu’il s’agit du parcours final de l’enseignement obligatoire et du tronc commun). Il en a également perdu assez tôt au niveau du baccalauréat, ainsi qu’après
1999 au niveau de la maternelle ; et la faible récupération au cours de l’année dernière n’est due qu’aux cycles strictement obligatoires (primaire et secondaire obligatoires). Une part de l’augmentation au cours des deux ou trois dernières années est
due à l’enseignement professionnel, surtout au niveau élémentaire, qui continue à
jouer le rôle d’un enseignement de deuxième catégorie.
TABLEAU 13
TAUX NETS DE SCOLARISATION SELON L’AGE DES ELEVES
TABLEAU 13 : TAUX NETS DE SCOLARISATION SELON L’AGE DES ELEVES
1980-81 2001-02
3 ans 15,6 93
4 ans 69,3 100
5 ans 92,2 100
6 à 13 ans 100 100
14 ans 79,7 100
15 ans 65,6 100
16 ans 51,5 91,9
17 ans 47,2 79,3
18 à 20 ans 26,9 58,5
21 à 24 ans 11,1 32,2
24 à 29 ans 2,5 8,5
Source : INE (2003)
INE (2003)
On peut proposer à partir de ces observations l’interprétation selon laquelle les
établissements publics gagnent des élèves en termes relatifs durant les périodes
d’expansion de la scolarité. Expansion qui n’est pas nécessairement absolue, puisqu’elle résulte surtout de la scolarisation d’enfants issus de catégories ou de groupes
sociaux qui auparavant n’étaient pas ou peu scolarisés, et qu’elle s’opère dans une
conjoncture de baisse démographique d’ensemble qui la compense, jusqu’à produire
un effectif total d’élèves scolarisés stationnaire ou en recul.
Entre 1993 et 1997, le nombre d’élèves inscrits dans les établissements publics a
augmenté tandis que celui des élèves inscrits dans les écoles privées a baissé. Ces
années étaient les dernières du gouvernement socialiste (jusqu’en 1996) et les premières de la mise en application de la LOGSE et surtout de la généralisation de
l’offre obligatoire d’éducation maternelle.
De 1997 à 2002, l’ensemble du système éducatif a perdu des élèves, mais le réseau public les a perdus plus rapidement que le privé, surtout dans le secondaire.
Cette période est celle du gouvernement conservateur et surtout de la mise en pratique de l’ESO (avec l’allongement du tronc commun) et l’élargissement subséquent
de l’accès au baccalauréat.
L’augmentation, dans la dernière année étudiée, des inscriptions d’élèves dans
les établissements publics semble due principalement à l’arrivée de nouveaux élèves
dans l’éducation obligatoire : la seconde génération issue de l’immigration.
Même si les sources d’information de l’époque n’étaient pas toujours fiables,
juste avant l’approbation de la LGE, le chiffre d’un million d’enfants non scolarisés
ou insuffisamment scolarisés, avancé par le procureur Fernandez Cantos, fut considéré exact. Le premier gouvernement socialiste affirma également en son temps être
le seul à avoir réussi à mettre en pratique la généralisation effective de l’enseignement obligatoire (celui prévu par la LGE d’une durée obligatoire de 8 ans). Le tableau 13 montre les taux de scolarisation par âge pour les années 1980-1981 et
2001-2002. L’écart de ces taux entre les deux dates montre bien l’afflux considérable d’élèves accueillis du fait de cette généralisation, probablement par l’école publique principalement, cependant qu’un courant plus faible mais non négligeable se
déplace de celle-ci vers l’école privée.
87
TABLEAU 14
ÉLEVES ETRANGERS : 1993-2003
TABLEAU 14 : ÉLEVES ETRANGERS : 1993-2003
1993-94 1998-99 2001-02 2002-03
TOTAL 50 076 80 687 200 804 297 262
Maternelle 8 640 12 387 38 998 60 412
Primaire 32 471 34 017 87 526 133 310
E. Spéciale 153 178 560 1 015
E.S.O. 0 22 558 55 177 80 820
Baccalauréats 6 149 6 311 8 582 12 200
F. Professionnelle 2 663 2 732 6 545 9 505
Non indiqué — 2 504 3 416 —
Source : MECD, Données et chiffres. Année scolaire 2003-2004
MECD, Données et chiffres. Année scolaire 2003-2004
Une fois atteinte la scolarisation quasiment intégrale des élèves pour la période
obligatoire et pour une bonne partie du second cycle de l’éducation maternelle (3 à 6
ans), la nouvelle vague d’élèves qui expliquerait la récente remontée de la part de
l’enseignement public vient non pas de l’intérieur mais de l’extérieur. Le tableau 14
présente l’évolution de la population étrangère scolarisée. Même si ces chiffres sont
modestes par rapport à ceux des pays européens économiquement plus développés
que l’Espagne, il est indéniable qu’il s’agit d’une évolution spectaculaire, surtout
dans l’enseignement obligatoire (primaire et secondaire commun).
Cependant, en ce qui concerne les élèves étrangers, plus encore que les élèves
nationaux, leur distribution se fait dans des proportions inégales dans les deux réseaux scolaires, comme indiqué ci-après. Pour l’année scolaire 2002-2003 la distribution des élèves étrangers dans l’ensemble des cycles de la maternelle, du primaire
et du secondaire obligatoire, a été de 19,80 % dans les établissements privés et
80,20 % dans les établissements publics, le premier pourcentage étant notablement
inférieur à la part de 32.50 % du total des élèves pour l’enseignement privé et le second notablement supérieur à celle de 67.50 % dans l’enseignement public (voir tableau 12).
Cette disproportion est plus accentuée dans les grandes villes et plus encore dans
les quartiers qui accueillent le gros de l’immigration. Le tableau 15 montre, pour
l’année scolaire 2000-2001, les différences entre les pourcentages d’élèves étrangers
dans les établissements étatiques et dans les établissements non étatiques, privés
sous contrat et hors contrat, dans les deux plus grandes villes espagnoles et pour
chacune dans un quartier à forte population immigrée.
TABLEAU 15
TAUX D’ELEVES ETRANGERS DANS DEUX QUARTIERS A POPULATION IMMIGRANTE DE DEUX GRANDES VILLES, PAR TYPE D’ETABLISSEMENT
TABLEAU 15 : TAUX D’ELEVES ETRANGERS DANS DEUX QUARTIERS A POPULATION IMMIGRANTE
DE DEUX GRANDES VILLES, PAR TYPE D’ETABLISSEMENT
Madrid Barcelone
Toute la ville Tetuán Toute la ville Ciutat Vella
Public Privé Public Privé Public Privé Public Privé
Maternelle 11,1 3,8 33,7 7,4 5,3 1,7 22,8 12,3
Primaire 12,7 4,4 32,3 7,3 6,6 1,1 30,1 7,5
ESO 8,6 2,9 30,7 3,4 8,5 1,5 29,9 7,9
Bacc. 2,3 1,3 4,9 2,6 2,5 1,3 - -
FP+GS+EE 2,4 2,8 2,3 2,5 1,6 1,7 - -
Total 8,5 3,4 23,0 5,0 5,7 1,4 28,0 8,9
Source : Ioé (2003)
Ioé (2003)
Tetuán est un quartier madrilène de plus de 135 000 habitants dont 11,50 % sont
étrangers (en situation régulière), il s’agit du quartier de la capitale espagnole où le
poids des immigrés est le plus important. À Barcelone, Ciutat Vella est un quartier
de plus de 85 000 habitants dont 18.20 % sont étrangers et c’est également celui de
la capitale catalane qui accueille la plus forte population immigrée.
À Tetuán, quartier qui présente un mélange social plus important (d’ethnies et de
classes), la disproportion entre scolarisation publique et privée des élèves étrangers
est nettement plus forte que pour la ville de Madrid. Par contre à Ciutat Vella (Barcelone), quartier plus petit, plus homogène comme espace résidentiel des pauvres et
d’accueil des immigrants, la disproportion est moins importante que dans l’ensemble
de la ville de Barcelone bien qu’il s’agisse là d’un phénomène assez récent dû à la
politique municipale d’intégration
[11].
Le Graphique 3 montre la distribution des divers groupes d’élèves étrangers selon leur origine, et révèle des structures de distribution ethniques fort cohérentes
avec les structures de distribution de classe qui, il y a peu de temps encore, caractérisaient la distribution des élèves espagnols. Ainsi, tandis que la proportion d’élèves
nord-américains inscrits dans l’enseignement privé se rapproche de la proportion de
ceux inscrits dans l’enseignement public, pour les élèves africains (en majorité maghrébins) moins du 1/8e vont dans le privé, et pour les élèves latino-américains, moins
du quart.
GRAPHIQUE 3
DISTRIBUTION DES ELEVES ETRANGERS DANS L’ENSEIGNEMENT PUBLIC ET DANS L’ENSEIGNEMENT PRIVE SELON LEURS ORIGINES
CIDE (2003)
4. LES DIMENSIONS NOUVELLES D’UN VIEUX PROBLEME
En Espagne, tant la division de l’enseignement entre public et privé que sa signification pour les rapports entre classes sociales, sont loin d’être un problème nouveau, on l’a dit. Cette fracture est un héritage historique lié à la recherche inachevée
de la définition d’une citoyenneté commune, et des institutions pour l’assurer, qui se
traduit tant dans cette division scolaire que dans le peu de crédit des institutions publiques, le ton toujours crispé du débat politique, ou l’interminable opposition des
nationalismes
[12]. La situation actuelle montre pourtant de nouvelles dimensions.
La première déjà évoquée, est la configuration du réseau scolaire en trois éléments au lieu de deux : le public strict, le privé sous contrat et le privé hors contrat.
Cette tripartition ne concerne d’ailleurs pas que l’école, mais semble bien concerner
l’ensemble des droits sociaux.
L’État-providence repose sur les piliers que sont les droits d’accès à un montant
minimum de ressources en matière d’éducation, de santé et d’assistance sociale,
considérés généralement comme des droits universels et inconditionnels ; ou les retraites et les allocations de chômage, droits en partie universels et en partie contributifs. L’accès universel à ces services semble se configurer en trois niveaux qui définissent trois grands groupes sociaux.
TABLEAU 16
PRIX DE L’ENSEIGNEMENT (€/ AN )
TABLEAU 16 : PRIX DE L’ENSEIGNEMENT (€/ AN )
Avec transport
Enseignement et autres coûts directs associés et cantine
Primaire Moyen Minimum Maximum Moyen
Public 87 30 165 579
Privé sous contrat 278 65 1260 1286
Privé hors contrat 2400 1152 4290 3756
Secondaire Moyen Minimum Maximum Moyen
Public 120 55 222 747
Privé sous contrat 3240 91 1290 1320
Privé hors contrat 2778 1277 1380 4116
Source : Consumer (1999) et élaboration par l’auteur
Consumer (1999) et élaboration par l’auteur
Le premier rassemble les personnes à qui seul l’État accorde ces services (scolarisation dans des établissements publics, santé publique, retraites non contributives,
allocations minimales ou d’insertion).
Le deuxième groupe rassemble les personnes qui reçoivent des prestations de
base de l’État et qui obtiennent des compléments sur le marché (scolarisation dans
les établissements sous contrat, ou dans les établissements publics mais avec un important supplément d’activités extra-scolaires ; services de santé sous contrat, allocations et retraites contributives, avec plan de retraite ou assurances privées complémentaires).
Le troisième groupe enfin est constitué par les personnes qui obtiennent tout du
marché (scolarisation dans des établissements privés hors contrat, assistance médicale totalement privée, assurances privées et fonds de pension autosuffisants).
Les prix très élevés de l’enseignement privé en font l’option exclusive d’une
classe sociale supérieure ou moyenne-supérieure dont les revenus lui permettent de
financer totalement les études de ses enfants, tandis que les prix plus modérés de
l’enseignement sous contrat le mettent à la portée de la classe moyenne y compris
moyenne-inférieure, si elle est disposée à faire l’effort, mais le rendent inaccessible
aux familles les plus modestes, en particulier les groupes stigmatisés que les précédents veulent éviter.
La deuxième dimension nouvelle est constituée par la viabilité croissante du réseau strictement privé. Dans un pays où le niveau de développement économique est
aujourd’hui important, avec une forte polarisation sociale et un très faible taux de
natalité, une partie croissante de la population peut se permettre de financer totalement les études d’un ou de deux enfants. D’après le « Tableau des Ménages » de
l’Union Européenne (2000), 26,30 % des ménages espagnols de trois membres ou
plus (les familles avec enfants essentiellement) appartenaient au groupe dont les revenus étaient les plus élevés, soit 2380 €/mois au moins. L’année précédente, le magazine Consumer (1999) publiait une étude comparative des prix de la scolarisation
publique, sous contrat et privée, étude résumée dans le tableau 16, qui évalue (sur un
échantillon de 222 établissements), le coût moyen, minimum et maximum que représente pour les familles la scolarisation de leurs enfants dans chacun des trois réseaux, en primaire comme en secondaire). Les coûts indiqués comprennent l’inscription, les cotisations, les livres et autres matériels scolaires, les assurances et la cotisation à l’association de parents d’élèves, d’une part, les mêmes éléments plus le
transport et la cantine d’autre part. On constate que les différences sont énormes,
mais aussi que les prix les plus élevés sont prohibitifs pour la majorité des ménages
tout en restant accessibles aux catégories supérieures.
Au terme de cette analyse des relations entre école publique et école privée en
Espagne, et de la dynamique de leurs transformations, nous reviendrons en guise de
conclusions sur certains traits du débat politique les concernant. Les résultats que
nous avons présentés devraient nous alerter sur la futilité de certaines propositions
soi-disant alternatives à la polarisation publique/privée comme celle qui propose un
nouveau type de conventions intégrales, ou celle qui propose que tous les établissements financés par des fonds publics partagent la charge ou l’effort solidaire que représente la scolarisation des minorités, des immigrés ou des élèves aux besoins éducatifs spéciaux (option qui a finalement été retenue dans la récente Loi Organique
pour l’Éducation).
D’après la première proposition, un nouveau type de convention devrait accorder
davantage de moyens financiers aux établissements privés sous contrat qui seraient
prêts à scolariser tous les élèves sans distinction comme le font les établissements
publics. Il est cependant difficile de discerner quel serait, hormis le fait de réduire un
peu les tensions actuelles, l’intérêt d’une mesure qui consacrerait la ségrégation non
seulement de l’enseignement strictement privé mais également d’une bonne partie
de l’enseignement sous contrat (celui qui aujourd’hui doit tricher pour sélectionner
ses élèves), et qui remettrait complètement en question l’esprit et la lettre de la loi
qui a créé et encadré les conventions actuelles.
Selon la seconde proposition (en application du principe qui paie commande) les
établissements publics et les établissements sous contrat devraient partager l’effort
de scolariser les élèves difficiles sans impliquer les établissements strictement privés
où les familles paient la totalité des études de leurs enfants. Or, il faudrait ici rappeler qu’en plus de consacrer la division entre marché pour les riches et État pour les
pauvres, cette protection accordée au privé ne concernerait plus, comme autrefois,
un groupe social élitiste exigu et ultra-conservateur, mais une partie croissante de la
catégorie sociale des « professionnels » et cadres de direction qui constitue, en principe, l’avant-garde de la société de la connaissance. Le comportement d’évasion scolaire de cette catégorie, qui atteint déjà aujourd’hui des pourcentages à deux chiffres
dans de nombreux quartiers et communes, augmenterait sans doute fortement en réponse à un contrôle plus efficace de la non sélectivité de l’enseignement privé sous
contrat.
La troisième possibilité est celle d’une polarisation croissante, surtout aux extrêmes de l’ensemble des établissements scolaires. Ce risque trouvait déjà une traduction avec la ségrégation résidentielle et avec le renforcement de pratiques plus ou
moins subtiles de certains établissements, et pourrait s’aggraver avec la mise en œuvre des mesures préconisées par le gouvernement Aznar, que l’on a pu qualifier de
libéral (sur le plan économique) î º conservateur (sur le plan politique). La LOCE
approuvée l’année dernière sous son impulsion, prévoyait non seulement de répartir
les élèves de l’enseignement secondaire selon un ensemble d’itinéraires (sciences,
littérature et technologie) et dans des « classes poubelles » (groupes de renfort,
d’initiation professionnelle), mais aussi de permettre à tous les établissements strictement privés et sous réserve d’autorisation administrative aux établissements privés
sous contrat qui le demanderont (ils seront très nombreux), de ne pas offrir toutes les
options et de se spécialiser dans un type d’offre (d’études) et de demande (d’élèves).
Les élèves refusés par certains établissements se retrouveront inévitablement concentrés dans d’autres. La nouvelle loi approuvée sur proposition du gouvernement socialiste, suite au renversement électoral du 14 mars 2004, abandonne cette initiative
ségrégatrice mais, même ainsi, on peut douter qu’elle parvienne à contrecarrer entièrement la dynamique de polarisation du marché scolaire et de la mobilité résidentielle, qui se renforce dans la société de l’information.
Dans ce contexte, les termes de la polémique traditionnelle entre enseignement
public et enseignement privé sont plus un obstacle qu’un instrument d’analyse utile.
On voit mal se produire une disparition de l’enseignement privé, sous contrat ou
hors contrat, malgré les dénonciations globales qui relèvent surtout de la protection
corporatiste de l’école publique et de la préservation de la position privilégiée de son
fonctionnariat (il convient de signaler ici que les enseignants espagnols sont les
mieux payés de l’Union européenne après les enseignants portugais et grecs alors
que leur service (heures d’enseignement et de présence) est parmi les plus faibles (Eurydice, 2003). Par contre, la perspective politique la plus réaliste serait de
réformer la régulation de l’enseignement sous contrat et de l’enseignement privé
pour les subordonner aux politiques globales éducatives et sociales et les ouvrir progressivement à la cohabitation des groupes d’élèves d’origines sociales différentes,
le financement et l’agrément de ces établissements dépendant de l’adoption de ces
orientations. Pour le cas espagnol, cette perspective exigerait la séparation de l’École
et de l’Église ainsi que le financement de toutes les écoles privées sans exception
(pour que tout élève puisse les fréquenter). Cependant, cela impliquerait également
un débat de fond sur les lacunes intrinsèques de l’école étatique. La scolarisation,
publique ou privée, doit être un service public réel, dans des conditions d’égalité et
de liberté pour tous les citoyens et pour l’ensemble de la société et non la propriété
exclusive d’un réseau ou d’un groupe particulier.
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[1]
Dans la suite du texte, je nommerai ainsi, sous contrat et privés, les deux types d’établissements
habituellement regroupés sous l’appellation de privés ; même si cette dénomination s’oppose à
l’une des définitions de ce qui est
public (de propriété publique) il n’en est pas de même avec
d’autres (offrir un service public). Je crois que l’opposition public/privé notamment dans le domaine de l’Éducation en Espagne, cache plus une propagande corporative qu’une analyse politique
et sociale et se focalise plus sur la situation des enseignants plutôt que sur celle des élèves.
[2]
Voir à ce sujet, Fernández Enguita (1993). La Loi Organique sur la Qualité de l’Éducation (LOCE)
approuvée par la majorité parlementaire conservatrice, faisait d’ailleurs des conseils scolaires de
simples organes de consultation, répondant ainsi aux souhaits de la plupart des responsables
d’établissements privés et des enseignants de l’école publique.
[3]
Les centres privés regroupent habituellement les deux niveaux, primaire et secondaire, la distinction n’est donc pas faite pour eux.
[4]
À propos de la crise de l’école publique, voir Fernández-Enguita (2002).
[5]
Ces trois sources, n’utilisant pas les mêmes catégories, ne sont pas vraiment comparables, mais ce
sont les seules données disponibles sur cette question. Les données du tableau 6 présentent les limites habituelles de l’auto-déclaration des situations de classe. Les données du tableau 7 sont extraites
d’un document qui date de 1999 mais les données concernent l’année 1990. Les auteurs utilisent
une catégorisation différente. Le tableau 4 ne comporte pas d’indication de catégorisation sociale,
bien que les données de base auraient permis de le faire ; les auteurs ne les ont pas utilisées en raison peut être d’une tendance exagérée à voir la distribution dans les réseaux scolaires comme le
simple résultat de choix rationnels effectués par des individus libres.
[6]
Moins de 2.5 % sont des classes mixtes maternelle/primaire.
[7]
Pour expliquer certains cas particuliers comme le pourcentage élevé de l’enseignement privé à
Boadilla del Monte ou le pourcentage tout aussi élevé de l’enseignement public à Tres Cantos, il
faudrait entrer dans le détail de leur situation géographique et de leur récente histoire politique et
sociale, ce qui dépasse les limites du présent article.
[8]
Cette dernière option fut légalisée par le gouvernement conservateur.
[9]
À la double exception de la Belgique et des Pays Bas, l’Espagne est de loin le pays d’Europe occidentale où le poids de l’enseignement privé est le plus fort, double de celui de la France et quadruple de celui du Royaume Uni (cf. EURYDICE, 2000)
[10]
Nous n’avons pas, vu leurs faibles effectifs, détaillé les données pour la filière du « baccalauréat
expérimental » et pour l’enseignement secondaire à distance, qui figurent néanmoins dans le total.
[11]
Pour l’année scolaire 1998-1999, les pourcentages de l’EM, l’EP, l’ESO et du total étaient de
20.80,24.50,22.80 et 23 % respectivement dans l’enseignement public et de 3.70,4.60,5.20 et
4.60 % dans l’enseignement privé (y compris sous contrat) (Ioé 2003 :79) ce qui montre une situation ressemblant davantage à celle du quartier madrilène, mais qui s’est inversée au cours des dernières années par le fait que l’augmentation des élèves issus de l’immigration a été en grande mesure absorbée par l’enseignement sous contrat.
[12]
À propos de l’absence d’un système scolaire solide dans la formation de la nation espagnole, voir
Álvarez Junco (2001 :545ss) et Puelles Benítez (1980) et à propos de la signification de classe de
l’école privée, voir Lerena (1986).