2008
Sociétés contemporaines
Éditorial
Alors qu'enfle la polémique sur le classement des revues scientifiques, la pertinence de ses multiples critères possibles, la transparence de ses procédures, ses usages et effets sur l'activité de recherche, il n'est peut-être pas inutile de rappeler que la qualité d'une revue et sa survie même reposent sur le travail de ceux qui l'animent : les membres de son comité de rédaction. Formuler ce rappel en éditorial de Sociétés contemporaines ne vaut pas autocélébration collective. Dans l'esprit de notre rubrique « Les sciences sociales, métier et vocation », nous publierons d'ailleurs prochainement un bilan critique de notre mode de fonctionnement, établissant notamment les statistiques de l'origine des articles reçus et de leur devenir.
Si l'on formule ce rappel, c'est plus simplement pour rendre hommage à l'une d'entre nous. Spécialiste de la sociologie du travail, auteure ces dernières années de nombreux travaux sur les relations entre formation et emploi, Lucie Tanguy a rejoint le comité de rédaction aux tous débuts de Sociétés contemporaines. Elle le quitte aujourd'hui non par lassitude ou manque d'intérêt, mais en s'appliquant à elle-même les principes qu'on aimerait voir plus systématiquement respectés dans les différentes instances du champ des sciences sociales : le renouvellement des positions, la promotion non carriériste des jeunes générations, la diversification des points de vue. Au cours de ces années, Lucie a coordonné plusieurs dossiers, dont celui consacré à la formation permanente (no 35, 1999), et accompagné beaucoup d'autres, comme celui sur le travail dans les institutions culturelles proposé par de jeunes chercheurs (no 66, 2007). Elle a lu, avec le sérieux et la compétence qui la caractérisent, plusieurs centaines d'articles, sur les sujets les plus variés, acceptant par là de remiser à plus tard l'avancement de ses propres travaux. Sa rigueur, son énergie, sa conception exigeante de ce que doit être une publication en sciences sociales ont fait d'elle ce qu'il est convenu d'appeler un « pilier » de la revue. Ce rôle a également tenu à l'intensité avec laquelle elle a coutume de défendre ses convictions scientifiques, occasionnant des échanges parfois vifs mais toujours collectivement profitables : une revue, c'est aussi un lieu de débat intellectuel.
La nôtre s'efforce de l'être, en contribuant au dialogue entre disciplines, entre domaines de recherche spécialisés et entre courants théoriques, contre le repli des chapelles et les anathèmes croisés tout autant que contre l'évitement stérilisant des débats par prudence stratégique. Pour cela, elle a besoin de pouvoir compter sur des appuis aussi solides que ceux qu'a apportés Lucie Tanguy.