2009
Sociétés contemporaines
Éditorial
Le comité de rédaction deSociétés contemporaines s'élargit, pour faire face à la nette augmentation du nombre d'articles reçus et s'ouvrir à de nouvelles thématiques. Nous accueillons ainsi avec grand plaisir Muriel Darmon, Sabine Montagne, et Maud Simonet.
La pente ascendante suivie par notre revue n'empêche évidemment pas de s'inquiéter de la dégradation du contexte dans lequel elle s'inscrit. À l'heure où la mobilisation se développe parmi les enseignants, chercheurs, étudiants, techniciens et personnels de la recherche et de l'enseignement supérieur, se pose ainsi la question du rôle que peuvent jouer les revues scientifiques, au delà du seul support des travaux de recherche.
Mouvement de grève, rétention des notes et interruption des contacts avec l'administration n'ont pas leur équivalent dans le monde éditorial. Toutefois, les revues peuvent elles aussi prendre position. Nous avions évoqué, dans un précédent éditorial la polémique sur le classement des revues scientifiques, rappelant la nécessaire réflexion sur la pertinence des critères utilisés, sur la transparence des procédures, et sur les effets que de tels « palmarès » peuvent avoir sur la vie scientifique. Sociétés contemporaines avait ainsi décidé, avec d'autres revues, de refuser son (bon) classement pour marquer qu'on ne peut se satisfaire de mauvais principes même quand on bénéficie (temporairement) des résultats de leur application.
Au-delà de cette question, rappelons que la plupart des revues dites « académiques » ne peuvent fonctionner que grâce au soutien des institutions de recherche et d'enseignement supérieur. Qu'adviendra-t-il de ce soutien avec un CNRS démantelé ? Des ressources financières en diminution et en tout cas allouées par « projet » au détriment des crédits de fonctionnement et de structure ? Et que feront les chercheurs de plus en plus soumis à des impératifs quantitatifs de production lorsque, comme c'est probable, le nombre de revues tendra à diminuer faute de moyens ou du fait de la dynamique malthusienne du classement ?
Outre des initiatives collectives sur lesquelles nous devons réfléchir, une revue, tout comme le monde des sciences sociales de façon plus générale, peut utiliser ses savoir-faire et compétences propres pour prendre part à un débat public plus que jamais nécessaire. Notre rubrique « Les sciences sociales : métier et vocation » a précisément vocation à constituer un lieu privilégié d'analyse des mutations en cours des conditions de fonctionnement de la recherche en sciences sociales, et fournir les bases scientifiques à la formulation de contre-propositions. Ces objectifs prennent, malheureusement pour de mauvaises raisons, plus que jamais leur sens dans le contexte actuel.